Introduction
:
Le cliché thoracique (RT) reste le cliché le plus
pratiqué de par le monde et représente, à lui seul,
plus de la moitié du film photographique médical.
Sa
grande diffusion est liée à la période d’endémie
tuberculeuse.
Son maintien est dû à la fréquence des
infections respiratoires et à celle du cancer
bronchique.
Il semble bien que le cliché thoracique
ne doive pas dépérir à l’heure de la tomodensitométrie
(TDM), à l’opposé de ce qui est advenu de
l’abdomen sans préparation (ASP), à l’heure de
l’échographie et du scanner abdominal.
Cela est
sans doute dû à sa capacité à donner une vue
d’ensemble du cou au diaphragme : le thorax.
Il
restera le premier examen à faire à partir duquel on
réalisera une TDM ou non.
Nous centrerons ce texte sur les rapports
dialectiques en « aller-retour » qui existent entre RT et
TDM thoracique puis nous situerons les apports, plus
limités pour l’heure, de l’échographie thoracique et
de l’imagerie par résonance magnétique (IRM).
Nous
aborderons ensuite différentes situations concrètes
où le clinicien fait appel à l’imagerie thoracique, en
proposant des stratégies logiques et économes entre
les divers examens.
Démarche :
Depuis 10 ans, l’imagerie thoracique a été
« révolutionnée » par la TDM, et notamment par les
coupes millimétriques du parenchyme pulmonaire.
Les belles images de la TDM thoracique ont pu
faire délaisser quelque peu le cliché standard.
Il est
temps de s’y intéresser à nouveau, d’autant que le
nombre de ses obscurités, voire de ses erreurs, ont
été expliquées par l’aller-retour TDM-RT.
C’est
justement quand il est « désacralisé » par un nouveau
« juge de paix » plus puissant que lui (la TDM), qu’un
« corps de savoir » (la RT), gagne en bases
scientifiques.
Le trop grand formalisme scolastique
séparant systématiquement « l’alvéolaire » de
« l’interstitiel » en RT a été « recadré » grâce à la TDM
avec une nouvelle terminologie, une nouvelle
sémantique.
Cet aller-retour TDM-RT a confirmé parfois,
reclassé souvent et simplifié toujours, la sémiologie
du cliché simple.
Celle-ci est, en soi, compliquée, du
fait de la projection sur un seul plan... projection que
la TDM supprime. La démonstration des lignes du
médiastin en est l’exemple type.
De plus, il existe de
nombreuses pathologies où la sensibilité de la TDM
a contraint le monde médical à accepter que la RT
puisse rester normale alors que la TDM montre déjà
des lésions : emphysème, bronchectasies, fibroses et
pneumonies infiltratives chroniques débutantes...
C’est un fait, la TDM est reconnue comme plus
sensible et plus spécifique.
Ce n’est pas que la TDM
soit plus pénétrante en résolution spatiale alors
qu’elle l’est en résolution en densité.
Ce fait est
surtout dû à ce qu’elle ne projette pas un volume 3D
(« le tonneau thoracique ») sur un plan 2D (la plaque
film).
La TDM « désuperpose », alors que le film
projette.
C’est la projection qui rend la RT si difficile : il
y a trop d’informations sur un seul film et parfois des
informations fausses.
Ainsi en va-t-il des faux
micronodules miliaires, créés par la projection, sur un
seul plan, de septa épaissis, entrecroisés dans
l’espace mais non au contact anatomiquement...
Inversement, c’est cette richesse qui fait de la RT
une image globale et unique du « cou au
diaphragme ».
C’est pour cela qu’il est et restera le
viatique indispensable pour le dépistage ou pour le
suivi thérapeutique et parfois le viatique exclusif
comme en réanimation.
Il faudra donc toujours bien
faire et bien lire les RT, même si les appareils TDM se
multiplient et s’affinent en devenant spiralés.
Il est
probable qu’on ne commencera jamais un bilan
thoracique par une TDM d’emblée.
La RT sort donc régénérée de cette épreuve de 10
ans avec la TDM, d’autant plus que sa technologie
s’améliore... avec la numérisation.
Son apprentissage
va pouvoir être bien plus rapide et « objectif » pour
les plus jeunes, grâce à la pratique de l’aller-retour RT-TDM.
La RT et la TDM sont « omnivalentes » car
elles « voient » bien tous les compartiments du
thorax : poumons mais aussi médiastin, plèvre,
paroi, diaphragme...
L’échographie a des limites physiques du fait de
l’air pulmonaire.
Son application est surtout destinée
aux épanchements pleuraux ou au diaphragme.
Chez le tout petit, grâce au thymus qui sert de fenêtre
acoustique, elle peut explorer le médiastin, mais
chez l’adulte, elle est plus limitée.
L’IRM donne des images de très bonne qualité du
médiastin, du coeur, de la paroi thoracique et du
diaphragme.
Elle ne nécessite pas de produit de
contraste iodé, et visualise les trois plans de l’espace
simultanément.
Par contre, son grand déficit actuel
est aux poumons.
En effet, la faible densité en
protons et les effets négatifs de susceptibilité
magnétique de la membrane d’échanges gazeux, ne
permettent qu’une vision grossière des poumons
pour l’heure.
L’IRM ne sera le plus souvent
qu’appelée en renfort, quand la TDM n’aura pas été
suffisante.
Elle a pourtant des points d’excellence : le
coeur, le médiastin postérieur (neurologique) ou le
diaphragme.
Quant à la tomographie et à la bronchographie,
elles ne sont plus à utiliser aujourd’hui, car la TDM
s’est totalement et heureusement substituée à elles.
Il n’y a donc que quatre moyens d’imagerie
majeurs à l’approche de l’an 2000 : RT, TDM, IRM,
échographie, et un couple majeur quasiment
incontournable qui est le couple RT-TDM.
Nous allons étudier à présent chacune de ses
techniques, en insistant surtout sur les critères de
qualité qui permettent au clinicien de reconnaître un
bon document.
Clichés thoraciques :
Ce sont la RT face et profil et les incidences ou
techniques complémentaires.
A - RT de face
:
La qualité photographique de la RT est, pour
nous, l’objet d’une « véritable croisade ».
Il faut dire
que la RT est certainement l’acte le plus complexe de
la radiologie conventionnelle, en raison de
l’importance de volume à explorer, de la variété des
composants anatomiques et de la vision
tridimensionnelle qu’exige sa lecture.
La RT doit être réalisée en haute tension et/ou en
numérisation.
Nous allons le démontrer en
commençant par une remarque générale, qui
semble être sémantique et « décorative », mais qui,
en réalité, conditionne toute la démarche : on ne
réalise pas une radiographie pulmonaire (RP) mais
une radiographie du thorax (RT).
Les côtes, le coeur,
le médiastin... ne sont pas dissociables
« photographiquement » des poumons.
Pour bien voir le poumon, il faut penser à faire
une RT. On se rappellera que plus de 50% de la
surface pulmonaire est masquée par la cage
thoracique, le coeur, le foie...
On parle donc de RT et
non pas RP, comme on parle de pathologie
thoracique, chirurgie thoracique etc.
1- Critères de qualité
:
L’appréciation de la qualité de la RT est un
préalable à sa lecture.
Il ne faut pas lire un film
illisible.
Cette appréciation de qualité se fait lors des
quelques secondes de prise de contact avec le film.
Il
faut alors ne pas regarder en premier les plages
pulmonaires pendant cette prise de contact, mais
s’intéresser à la « cage ».
La qualité d’une RT peut être appréciée en cinq
points.
Le premier point est donné sur le « cadrage »
et la position du sujet.
Le cliché de face doit être de face : clarté trachéale
médiane se projetant sur les épineuses, manubrium
sternal médian, clavicules symétriques... Une rotation
entraîne de faux débords médiastinaux, de faux gros
hiles, etc.
L’inspiration doit être profonde.
Le cliché
ne doit pas couper les culs-de-sac costodiaphragmatiques
et l’« étiquette » ne doit pas masquer les
sommets.
Cette « étiquette » ou « marquage » doit
comporter l’identification, la date, l’heure et les
constantes en réanimation.
Les quatre autres points sont donnés sur la
pénétration obtenue.
Le cliché ne doit être ni trop
mou (pâle) ni trop dur (« grillé ») et présenter les
stigmates d’égalisation photographique (nuances de
gris), qui permettent une vision totale : médiastin et
poumon (tout le poumon).
La haute tension (ou la numérisation) assure
l’obtention des quatre critères de bonne pénétration,
avec bonne visualisation :
– des bronches souches et de la ligne aortique
dans le médiastin ;
– du poumon rétroventriculaire gauche ;
– du poumon rétrohépatique ;
– de la trame vasculaire du poumon périphérique
(2 derniers centimètres) qui doit être nette, sans flou.
2- Méthode de lecture :
La lecture commence donc par l’appréciation de la
qualité et on commence par ne pas regarder le poumon.
On balaiera l’image d’une façon concentrique du
contenant (parois et diaphragme) au contenu
(médiastin et poumons).
On se forcera à ne regarder
et lire le poumon qu’en dernier, pour être sûr de ne
pas avoir négligé la « cage », avant de se précipiter
sur l’oiseau.
En premier lieu, il faut s’attacher à l’étude de la
« cage » thoracique : clavicules, omoplates, rachis et
surtout gril costal.
Il faut compter les côtes, et les suivre du doigt,
d’arrière en avant (se rappeler que le décalage entre
les arcs postérieurs et antérieurs s’accroît
progressivement de haut en bas).
Pour la recherche
de fractures ou de lyses costales, on aura intérêt à
« dépolariser » l’image en renversant le cliché.
Il ne
faut pas oublier que le cartilage sternocostal est peu
radio-opaque en haute tension, et que le bord
inférieur des arcs postérieurs des côtes de 6 à 10
paraît normalement interrompu ou encoché en son
milieu, du fait de la gouttière costale inférieure
(attention aux fausses fractures).
Il faut s’assurer de la forme et de la position des
deux hémidiaphragmes, le droit étant le plus
souvent plus haut mais pas toujours (85% des
sujets).
On vérifiera la présence de la poche à air
gastrique sous l’hémidiaphragme gauche.
En un deuxième temps, on s’intéressera au
contenu central (coeur et médiastin) et toujours pas
aux poumons.
Le bord droit de la silhouette cardiomédiastinale
est constitué de haut en bas par : le tronc
brachiocéphalique veineux et la veine cave
supérieure, avec le bouton de la veine azygos (loge
de Barety), puis par l’oreillette droite et la veine cave
inférieure.
Le bord gauche est constitué par : l’artère
sous-clavière, le bouton aortique, la fenêtre aortopulmonaire, l’infidibulum pulmonaire et le
ventricule gauche.
On déterminera l’index cardiaque : diamètre
transversal du coeur sur diamètre transversal du
thorax, qui doit être inférieur à 50%.
On appréciera la forme, la taille, la densité et la
symétrie des deux hiles pulmonaires.
Ces hiles sont
essentiellement de structure vasculaire et répondent
aux branches de division de l’artère pulmonaire.
À
droite, le hile a la forme d’une aile d’oiseau, avec un
angle aigu dont la bissectrice est la petite scissure.
À
gauche, la forme est celle d’une crosse faite par
l’artère pulmonaire gauche, qui enjambe la bronche
principale gauche.
De ce fait, le hile gauche est plus
haut situé que le droit.
La différence des deux hiles
est due à la division inégale des deux branches de
l’artère pulmonaire : la division est intramédiastinale
à droite, intrapulmonaire à gauche.
Ce n’est qu’en un troisième temps qu’on
analysera les deux plages pulmonaires : apex, bases
et régions périhilaires.
Aux bases, on s’assurera que
les culs-de-sac pleuraux sont ouverts et pointus.
Aux
apex et aux bases, on vérifiera que la vascularisation
est harmonieuse de type 0,5/L, c’est-à-dire que les
vaisseaux sont plus gros aux bases.
La
vascularisation doit être symétrique et visible jusqu’à
15mm de la paroi.
En périhilaire, on notera les images bronchiques
et artérielles dites en « jumelles ».
L’« oeil » vasculaire est plein, alors que l’«
oeil » bronchique est clair.
Les deux yeux sont normalement de même taille.
On cherchera à localiser les scissures, dont la
visibilité est variable : la petite scissure droite est
transversale, en position hémithoracique, plus
souvent en coupole qu’horizontale ; les grandes
scissures sont obliques de haut en bas et de dedans
en dehors.
Leur relief est hélicoïdal, ceci expliquant
qu’elles ne sont pas visibles sur toute leur hauteur et
qu’un nodule latérocardiaque droit puisse être aussi
bien en lobaire moyen qu’en lobaire inférieur.
On terminera la lecture du cliché comme on l’a
commencé, c’est-à-dire par une vision d’ensemble,
avec recul :
– recherche de la présence symétrique des seins
chez la femme, de la projection bilatérale et
symétrique des mamelons chez l’homme ;
– élimination des éléments extrathoraciques
comme les muscles (sternocléïdomastoïdiens
au-dessus de la clavicule, pectoraux ou grands
dorsaux dans la région axillaire), natte, boutons,
chaîne ou médaille, repli cutané ou vestimentaire,
anomalies cutanées (tumeur de la peau ou du sein),
sans oublier les taches sur les clichés (révélateur,
anomalie de la cassette, etc).
Au total : au risque d’insister lourdement, disons à
nouveau qu’il s’agit d’une radiographie thoracique
(RT) et non pas d’une radiographie pulmonaire (RP),
et qu’il faut lire le poumon en dernier, ne serait-ce
que pour ne pas succomber au « syndrome du
bikini ».
Nous appelons « syndrome du bikini », le
syndrome de celui qui ne regarde que les deux
plages pulmonaires sur une RT, comme il ne
regarderait que le bikini sur une plage...
Cette
méthode de lecture globalisante et concentrique,
permet d’aborder une RT faite sans orientation
clinique (RT systématique).
À ce sujet, disons que
même quand on a une orientation clinique, il faut
tout regarder et ne pas vouloir voir que ce que l’on
attend d’après la clinique.
Cette façon de faire est
réductrice... mais malheureusement répandue.
B - RT en incidence latérale ou profil
:
Le « profil » reste mal connu.
Il est mal considéré,
en pratique quotidienne comme dans les
publications.
Il n’est pas toujours réalisé, et s’il l’est, il
est lu plus vite que la face d’un oeil distrait et craintif à
la fois.
En fait, le profil fait peur... Pourtant, beaucoup
a été dit et enseigné à son sujet par Felson, Proto,
Heitzman, Coulomb, Rémy (José et Jacques),
Coussement, Bernadac, Anthoine, Frija... et d’autres
encore, pionniers et auteurs, qui nous ont inspiré
une actualisation du profil à l’heure de la TDM.
Très souvent, le profil sert à confirmer un
diagnostic fait sur la face (atélectasies, masses...) et à
préciser une topographie douteuse en projection
postéroantérieure.
Il sert à éclairer les zones dites
« aveugles » : rétrocoeur, rétrofoie, gouttières
costovertébrales et région sous-hilaire.
Ces zones ne
sont pourtant pas toutes « aveugles » sur un cliché en
haute tension.
Partant de propos prêtés à Felson et
des vertus de la haute tension, certains ont prétendu
qu’on devait pouvoir se passer du profil, grâce au
« signe de la silhouette ».
Armé du « signe de la
silhouette », et ayant réalisé une bonne haute
tension, ce serait donc une faiblesse d’avoir encore
besoin du profil...
En fait, le profil, s’il sert souvent à confirmer la
face, peut avoir aussi des exclusivités et ce, même
avec une face parfaite.
Dans les cas difficiles, ou bien
devant une « face normale », il faut savoir faire et lire
le « profil » en soi et pour soi car il y a, en effet, des
données exclusives que seul le profil peut apporter.
Le profil reste mal exploité, ce qui est dommage et
dommageable dans 10% des cas environ.
Il devrait
être mieux exploité, même à l’heure actuelle où la TDM est omniprésente.
1- Philosophie du profil
:
Le profil est presque un jeu intellectuel, dans
lequel il faut vouloir s’investir.
Le profil est à
« apprivoiser ». Il faut l’approcher avec une vision en
trois dimensions de l’anatomie, ce que le « bagage »
axial transverse de la TDM facilite beaucoup.
Le
profil est, avec la face, l’autre deux dimensions (2D)
qui veut représenter le trois dimensions (3D) du réel
anatomique.
Pour « apprivoiser » le profil, il faut d’abord le
standardiser dans sa « facture » : profil toujours
gauche (strict ou avec glissement).
Il faut aussi le
standardiser dans sa lecture : méthode propre pour
le profil, proche de celle du cliché de face car tout
aussi « concentrique », « contenant-contenu », en évitant là encore le syndrome
du bikini.
Le syndrome du bikini du profil est encore plus
répandu.
Il faut pourtant commencer, là encore, par la
périphérie.
On repérera quel est le liseré pleural postérieur
en cause (lié aux grosses côtes ce sera le droit) puis quelle est la
coupole en cause (effacée en avant ce sera la gauche).
Au centre du profil, on enregistrera le fil à
plomb du profil qu’est la clarté trachéale (avec en bas les deux
clartés lobaires supérieures, la droite étant la plus haute).
Ce n’est qu’alors que le lecteur orienté pourra
situer les pyramides basales. Elles ne sont pas totalement
superposées quand les « jambes » que sont les bronches principales
sont écartées par un glissement.
Notre lecteur, orienté, pourra étudier les
espaces clairs rétrosternal en haut et sous-hilaire
rétrocardiaque en bas, que la face, même en haute
tension, n’étudie pas bien.
S’il est vrai qu’un coup d’oeil panoramique de
quelques secondes sur une RT de face décèle une
anomalie pulmonaire et que le gain d’information
obtenu par une inspection prolongée du cliché de
face est souvent peu rentable, il en va tout
autrement pour l’incidence latérale, pour des raisons
anatomiques et techniques.
L’incidence latérale
résulte, en effet, d’un double effet de sommation,
entre les deux plages pulmonaires d’une part, entre
chaque plage pulmonaire et le médiastin d’autre
part.
Des interfaces nouveaux sont créés sur cette
incidence qu’il faut apprendre à reconnaître.
La
visibilité d’une structure sur le profil dépend à la fois
de sa densité propre, de l’apparition d’interfaces
entre ses bords et les structures qui l’entourent, et
des effets de tangente ou non du faisceau de rayon
X.
Encore et toujours en matière de RT, de profil
comme de face, tout est affaire de « silhouettage ».
L’aorte est le meilleur exemple que nous
puissions choisir :
– on sait que, de face, seul est silhouetté le bord
gauche de l’aorte descendante et non son bord droit
que l’on ne voit pas.
De même, du fait de la graisse péricardomédiastinale, on ne voit pas sur le profil,
l’aorte ascendante, sauf si elle est calcifiée... ou bien
chez l’emphysémateux dont les languettes
antérieures pulmonaires distendues viennent la
silhouetter ;
– de profil, on ne voit donc de l’aorte que sa
crosse le plus souvent ; l’aorte descendante (du sujet
jeune) n’étant pas visible, car logée dans la gouttière costovertébrale.
Chez le sujet âgé, le déroulement de
l’aorte descendante la fait « glisser » hors de la
gouttière, et le poumon gauche entoure alors le fût
aortique qui devient visible.
2- Profil : échecs et exclusivités
Les échecs se rencontrent à l’apex, du fait des
épaules.
On améliore ceci en haute tension de profil
et avec la numérisation.
Les échecs se rencontrent aussi au niveau du
médiastin et des plages pulmonaires.
Une opacité médiastinale, se raccordant en pente douce avec les
organes du médiastin, peut rester invisible sur
l’incidence latérale, alors qu’elle est vue de face.
Au
niveau des plages pulmonaires, on peut perdre des
images peu denses si elles se projettent sur des
structures denses comme le coeur.
Mais les exclusivités du profil sont aussi bien
réelles.
En pratique courante, une atélectasie peut
n’être définitivement affirmée que sur le profil.
Il en
va de même de la topographie d’un nodule.
On sait
qu’un faux nodule pariétal disparaît sur le profil, ce
qui confirme par la négative sa nature pariétale et
donc hors du poumon comme un cal de fracture
costale ou une plaque pleurale.
Le profil donne une
vue exclusive sur les trois espaces clairs : rétrosternal,
rétrocardiaque et rétrotrachéal sus-aortique.
Sans
qu’il s’agisse d’une exclusivité absolue, nous savons
que le profil permet de considérer (en son centre) la
fenêtre aortopulmonaire vue dans l’axe de la crosse
aortique.
Il permet de voir la région sous- et rétrocarinaire, entre les « jambes bronchiques ».
3-
Quand faut-il faire une RT et... un profil ?
La RT ne devrait pas être systématique, notamment
lors d’une admission hospitalière, car le pourcentage
d’anomalies détectées est faible (2 à 4 %) et l’impact
thérapeutique négligeable (0,6 à 4 %).
La découverte
d’une fausse anomalie peut, au contraire, entraîner
des examens complémentaires inutiles ou la
prescription d’un traitement inadapté.
Les sujets
migrants et les patients issus de milieux
socioéconomiques défavorisés, sans surveillance
récente, échappent cependant à cette première règle.
Il n’y a pas lieu (référence médicale opposable) de
faire une RT dans le cadre d’une chirurgie courante,
en dehors de l’urgence, chez les patients de plus de 3
ans et de moins de 45 ans et en l’absence
d’antécédent pathologique précis ou de facteur de
risque. Par contre, la RT est particulièrement indiquée
en présence de symptômes thoraciques, d’un
traumatisme, d’une altération fébrile ou isolée de
l’état général, dans un contexte néoplasique ou
encore en présence de facteurs de risque précis...
L’incidence latérale ne devrait pas accompagner
systématiquement l’incidence de face en cas de RT
systématique.
Il est conseillé de ne pas réaliser
d’incidence latérale chez les patients âgés de moins
de 45 ans.
Il est par contre démontré que l’incidence
latérale clarifie la lecture de la RT systématique après
45 ans dans 16%des cas (Sagel-Proto).
On peut proposer de faire un profil quand on
suspecte une des affections à exclusivité latérale ou
quand on veut écarter une fausse image (comme un
mamelon... à moins de refaire la face avec cerclage).
On peut aussi faire un profil sur une face normale
quand le but est d’affirmer la normalité.
C - Incidences complémentaires du thorax
:
1- « Thorax osseux » ou « gril costal » :
Quand la pathologie est osseuse, traumatique ou
métastatique, le cliché du thorax doit devenir un
cliché de la paroi, un « thorax osseux » et/ou un « gril
costal ».
Au point de vue technique, il n’est pas nécessaire
de réaliser une haute tension ; il vaut mieux, au
contraire, réaliser une basse tension (constantes
osseuses).
La numérisation donne, elle, à volonté,
des pénétrations osseuses ou parenchymateuses, en
réglant les algorithmes pour une seule prise de
rayon X.
Pour la recherche de fractures de côtes, il faut
savoir multiplier les incidences tangentielles et faire
un marquage métallique au point douloureux.
Pour
les fractures pathologiques, le cliché est « parlant »
(lyse ou cal).
Pour les fractures traumatiques, si le
cliché est négatif, il faut savoir refaire le cliché une
semaine plus tard car la fracture peut alors
apparaître sous forme d’un trait avec écart visible ou
d’un cal naissant.
Mais rappelons que le traitement
sera le même, fracture ou pas.
Rappelons aussi que
des fractures costales bilatérales sans « bonne »
raison traumatique dans l’anamnèse, peuvent
signaler un « alcoolisme de comptoir de bar ».
2- Autres incidences complémentaires
:
Habituellement, une RT est faite debout, en
inspiration et en incidence postéroantérieure (ventre
plaque), de face et en profil gauche (plaque à
gauche).
Par nécessité, une RT peut être réalisée en
décubitus (dos plaque) ou debout (dos plaque).
Les clichés en expiration servent à apprécier une
course diaphragmatique, un piégeage ou trapping expiratoire (global, unilatéral
ou localisé), ou à mettre en évidence un pneumothorax de faible
abondance.
Les clichés avec manoeuvres ont pour but
d’apprécier l’effet de variation de pression transthoracique sur les structures médiastinales, en
particulier de nature veineuse, comme par exemple
une dilatation de la veine azygos, que l’on peut ainsi
différencier d’une adénopathie.
L’incidence antéropostérieure avec lordose sert à
explorer les lésions apicales en dégageant les
clavicules.
Elle peut être utile pour la mise en
évidence d’adénopathies mammaires internes qui se
trouvent ainsi agrandies, pour l’appréciation d’une
coiffe apicale pleurale, pour des lésions
tuberculeuses du sommet...
L’incidence oblique et tangentielle est utile pour
dégager des plaques pleurales.
Elle est utile, on l’a
vu, dans la pathologie traumatique ou tumorale
costale.
Elle peut préciser des angles de
raccordement pour des opacités périphériques pleuropariétales.
Les clichés en décubitus (latéral ou dorsal) à rayon
horizontal, sont des clichés positionnnels visant à
mobiliser les épanchements pleuraux de
topographie sous-pulmonaire ou à visualiser un
pneumothorax couché qui se situe alors en
sous-xiphoïdien.
L’échographie peut aussi être
appelée en renfort pour ce type de problème.
Les clichés avec opacification de l’oesophage :
l’opacification de l’oesophage est un geste simple et
utile, lors de l’exploration des masses médiastinales
postérieures (oesophagiennes ou non), lors de la
recherche d’anomalie de type arc aortique ou
encore lors de la recherche de fistule.
3- Examen sous scopie télévisée
ou amplificateur de luminance
:
L’examen sous scopie traditionnelle a été
abandonné, du fait de son irradiation trop
importante.
Mais l’apport des amplificateurs de
luminance l’ont remis à l’ordre du jour : la vision scopique sans irradiation excessive.
Ce type
d’examen en temps réel peut servir à préciser la
mobilité des coupoles diaphragmatiques, à la
recherche d’une parésie ou une paralysie.
On mettra
en évidence une respiration paradoxale, notamment
avec l’épreuve de reniflements ou sniff test.
Cet
examen peut aussi rechercher, au sein d’une opacité,
une contractilité synchrone avec les pulsations
cardiaques, témoignant de la nature vasculaire de
cette opacité.
On reconnaîtra la « danse des artères »
dans les anomalies valvulaires pulmonaires.
Enfin,
cet examen sous amplificateur de luminance peut
servir à guider les ponctions-biopsies transpariétales
à l’aiguille.
4- Radiophotographie
:
Au niveau de la population, les examens
systématiques du thorax peuvent être réalisés sur de
petits clichés de format 10 x 10.
Il s’agit en fait du
recueil de l’image d’un écran de radioscopie
conventionnelle, focalisée à l’aide de miroirs et de
lentilles.
Ces clichés sont effectués en haute tension
avec un exposeur automatique à l’intérieur de
cabines blindées.
Les résultats de cette méthode sont
bons pour certains dépistages de masse et le coût
reste faible.
Mais cette technique présente deux
inconvénients : elle est irradiante et elle est
insuffisante pour le suivi de certaines populations à
risque, par exemple pour dépister des pneumoconioses
débutantes.
Tomodensitométrie thoracique :
Si la préhistoire des rayons X remonte au XVIe
siècle, avec des découvertes sur les phénomènes
électrostatiques qui sont dus à l’abbé Nollet, son
histoire débute, comme il est bien connu, par la
découverte de Wilhem Conrad Rontgen.
Cette
découverte date de 1895 et lui valut le prix Nobel de
physique en 1901. Quatre-vingts ans plus tard, en
1981, le prix Nobel de médecine sera décerné à Godfrey Newbold Hounsfield, ingénieur
électronicien, pour avoir mis au point le premier
ordinateur appliqué à l’imagerie médicale,
c’est-à-dire le premier scanner, nommé EMIDEC.
Ses
travaux sont concomitants de la grande vague musicoartistique des Beatles et, par des pieds-de-nez
dont elle est coutumière, l’histoire a ainsi relié
musique et découverte scientifique, puisque la
société EMI a bien voulu financer ces travaux (qui ne
semblaient pas devoir aboutir rapidement) pour la
seule raison qu’elle avait un excédent de bénéfice,
grâce au groupe de chanteurs bien connus.
Pour en revenir à la découverte de Godfrey
Newbold Hounsfield, on peut se demander s’il s’agit
uniquement d’une découverte de technicien,
permettant une vue axiale transverse (auquel cas, il
eût été plus satisfaisant de lui décerner le prix du
concours Lépine), ou bien s’il s’agit d’une véritable
révolution en profondeur, méritant bien le Nobel ?
La réponse à cette question est, qu’effectivement, le
prix Nobel est tout à fait justifié, puisque au-delà de
la vue axiale transverse, et d’une belle machine (le
tomodensitomètre), Hounsfield a, en fait, inauguré le
profond bouleversement que l’informatique et la
numérisation de l’image ont apporté à l’imagerie
médicale.
La numérisation de l’image déplace la
radiologie du terrain photographique pour le terrain
informatique.
L’image n’est plus fixée de façon
définitive sur le film de nitrate d’argent après la
traversée du corps humain par les rayons X.
Faite,
dorénavant, d’une série de chiffres, elle est
manipulable par divers procédés informatiques,
stockable sur disquette et susceptible d’être
transmise, quasi instantanément par télématique, à
l’autre bout de la terre ou à l’autre bout de la ville.
L’étymologie du mot scanner nous permettra de
clôturer ce chapitre historique en précisant qu’il n’est
pas seulement d’origine anglaise comme on pourrait
le croire (to scan = scruter).
Selon le Littré, le terme skand signifie : se mouvoir, aller, se lever.
Il semble
que ce terme remonte aux langues sacrées des
Brahmanes et plus précisément au sanskrit.
Passé
plus tard au latin, ce terme se transforme en
« scendere » pour finalement signifier en terme de
musique ou d’éloquence « scander un texte en
séparant les syllabes », la « scansion ».
Dans la langue
anglaise, d terminale du mot latin se transforme en
un deuxième n, et « to scan » signifie : mesurer des
vers, scruter l’horizon et en terme de télévision
balayer et explorer l’image.
La terminologie déposée
par Hounsfield, lui-même, était : « tomographie
axiale computérisée (TAC) ».
Les auteurs de langue
anglaise utilisent couramment l’abréviation CT pour
computed tomography, au Québec on parle de
TACO, en langue espagnole de TAC et en langue
française, nous préférons l’emploi de l’abréviation
TDM pour tomotensitométrie.
A - Scanner spiralé :
La dernière amélioration du scanner X,
aujourd’hui généralisée à toutes les installations, est
la capacité à acquérir des images pendant que le lit
se déplace grâce à une rotation du tube continue.
Il
en résulte une acquisition « spiralée » ou
« hélicoïdale » sur le corps humain comme une
« pelure de peau d’orange ».
Ceci permet des études
en continu sans que l’on risque de « sauter » un plan
de coupe du fait des mouvements respiratoires.
Ainsi
on acquiert tout le volume, sans zone d’ombre, et
l’on parle de balayage « volumique » spiralé.
La
chose est d’importance en matière de thorax et, par
exemple, la recherche de métastases pulmonaires se
fait, au mieux, en mode spiralé.
On ne peut affirmer
qu’un nodule est unique que s’il l’est en mode
spiralé.
C’est le mode spiralé par grande vitesse
d’exécution qui a permis la réalisation de véritables
angiographies par TDM (« angioscanners »).
Là
encore l’application au thorax est décisive pour
l’étude de l’aorte et surtout pour l’étude des artères
pulmonaires et la recherche d’embolies
pulmonaires.
B - Pratique de l’examen
en TDM thoracique :
1- Choix des coupes
:
Le premier temps de toute TDM thoracique
consiste, avec l’analyse du dossier clinique et de la
RT, à élaborer une tactique d’examen.
C’est elle qui
s’inscrit sur le cliché de départ longitudinal, cliché
numérique plan du scanner X.
Le tracé des coupes choisies témoigne d’une
réflexion médicale, d’un examen personnalisé.
Par
exemple, pour un nodule, les coupes seront jointives
sur l’ensemble des champs pulmonaires pour
affirmer qu’il est solitaire et quelques coupes
millimétriques à son endroit essayeront de découvrir
ses composantes et, peut-être, son étiologie.
2- Choix des fenêtres :
Il faut savoir que Hounsfield a gradué les densités
de moins 1000 (l’air) à plus 1000 (l’os) en passant
par zéro (l’eau).
Il convient de pratiquer toujours une
fenêtre parenchymateuse centrée au niveau du
parenchyme pulmonaire, c’est-à-dire à moins 600
unités Hounsfield, et une fenêtre médiastinale
centrée sur la densité moyenne du médiastin de l’ordre de plus de 50. Sur les coupes en « fenêtre
médiastinale », les poumons seront « noirs » et non
lisibles alors que le médiastin sera bien analysé.
Il est aussi utile de pratiquer des fenêtres très
larges (ouverture à 1800-2000) au niveau du hile et
du parenchyme, puisqu’à ce niveau vont se
combiner les densités variées : aériques
intrabronchiques (moins 1000), vasculaires avec
opacification iodée (de l’ordre alors de plus 200) et
parfois calciques (plus 1000).
3- Utilisation de l’iode
:
L’utilisation des produits de contraste iodés est
très fréquente en TDM générale, mais aussi en TDM
thoracique.
On n’en a pas besoin cependant, dans
l’étude du parenchyme pour fibrose, dilatation des
bronches, pneumothorax, pneumoconioses,
pneumopathies infectieuses...
Par contre, l’étude
d’un (éventuel) cancer bronchique ou l’étude du
médiastin requiert l’injection iodée.
Il convient de noter qu’il faut perfuser les patients
au bras gauche, de façon à opacifier le tronc veineux
brachiocéphalique gauche.
Ceci permet de bien
délimiter l’espace prévasculaire rétrosternal du
médiastin, ou loge thymique.
Les méthodes d’opacifications sont multiples : bolus, infusion iodée lente, méthode mixte
combinant bolus et infusion iodée, injecteur
automatique avec débit élevé pour la recherche
d’embolie pulmonaire...
4- Étude des hiles
:
Il convient d’employer une fenêtre large, des
coupes fines, et le plus souvent d’utiliser des bolus
fractionnés iodés, de façon à séparer ce qui est artère
et veine pulmonaire de ce qui est éventuelle
adénopathie ou éventuelle tumeur.
L’étude d’un
« gros hile », détecté en RT, doit pouvoir répondre à la
question : tumeur ou hile vasculaire paranormal ?
Dans le cancer bronchique, l’étude des artères
pulmonaires est décisive pour prévoir la résécabilité
chirurgicale, surtout à gauche (raisons anatomiques).
5- Étude d’un nodule pulmonaire :
La détection d’un nodule pulmonaire doit se faire
en coupes épaisses (8-10 mm) spiralées. Les coupes
de 1 mm ne seront utilisées qu’à bon escient,
c’est-à-dire une fois la cible précisée et pour réaliser
une densitométrie non polluée.
Le nodule doit toujours être étudié à la console,
grâce au jeu de fenêtrage, pour rechercher en son
sein l’existence ou non d’un bronchogramme
aérique, d’une calcification, d’une zone nécrotique
ou encore d’une zone graisseuse.
Enfin, le
comportement iodé d’un nodule est indispensable à
étudier pour pouvoir affirmer qu’il s’agit bien d’un
nodule parenchymateux, présentant un
rehaussement, et donc bien de nature tissulaire.
6- Pratique des ponctions biopsies :
La pratique des ponctions biopsies est bien
réglée : le repérage doit être le plus méticuleux
possible, et le geste de ponction le plus rapide et le
plus atraumatique possible en évitant de traverser
les scissures, en ne faisant qu’un trajet...
Pendant le repérage, il conviendra de réaliser une
opacification iodée, de façon à reconnaître
d’éventuels vaisseaux sur le trajet de la ponction.
Cette opacification iodée sert aussi à apprécier les
zones de nécrose intratumorale, qu’il conviendra
d’éviter pour que la prise biopsique soit de bonne
qualité.
Il faut réaliser enfin une coupe après
ponction pour savoir s’il s’est produit (ou non) un
pneumothorax et en connaître l’importance.
En
pratique, ce risque n’est pas nul.
Il est de l’ordre de
15% dont 5% nécessitent une exsufflation.
Après
ponction, une nuit d’hospitalisation nous semble le
plus souvent nécessaire par prudence.
7- Étude de l’extension médiastinale :
Il est nécessaire d’utiliser toujours l’opacification
iodée et de réaliser les coupes adéquates, c’est-à-dire
celles passant par les deux artères pulmonaires.
Il est indispensable d’apprécier l’existence
d’adénopathies sous-carinaires (N2 dont on sait la
valeur frontière) et, surtout, l’existence
d’adénopathies controlatérales (N3).
Il faut connaître
l’existence d’éventuelles adénopathies sousdiaphragmatiques
péri-oesophagiennes dans le cas
des néoplasmes lobaires inférieurs.
La TDM « thoracique » doit, de toute façon,
« descendre » jusqu’aux surrénales, lieux de
métastase possibles dans un cancer bronchique.
8- Étude du parenchyme :
La haute résolution (HR) est obtenue par une
épaisseur de coupe millimétrique, et un champ
réduit (un seul poumon ou même moins).
La matrice
doit être « serrée », (512 au moins).
L’algorithme doit
être « sharp » c’est-à-dire de type « passe-haut ».
La TDM-HR optimale peut « descendre » jusqu’à des
tailles très petites pour chaque pixel de l’ordre de 0,4 mm, soit
400 microns, c’est-à-dire deux à trois alvéoles !
La zone périphérique corticale est la mieux
étudiée.
Il faut savoir étudier le parenchyme pulmonaire
en procubitus dans les maladies interstitielles et
professionnelles (amiante), pour se dédouaner des
phénomènes de gravitodépendance et réaliser des
coupes en expiration pour rechercher les trappages
des bronchiolites.
Échographie thoracique
:
Le « positionnement » de l’échographie thoracique
est paradoxal.
En effet, il s’agit d’une technique
d’imagerie qui est tout à fait utile, voire
indispensable, dans la pratique quotidienne et à la
fois relativement annexe et limitée dans le concert
de l’imagerie thoracique.
Les limitations de
l’échographie sont dues au paramètre physique
lui-même : l’air parenchymateux pulmonaire est un
ennemi irréductible des ultrasons, alors que l’eau est
son amie.
La visualisation parcellaire (en « gros
plan ») que cette méthode fournit, est aussi une autre
limitation.
Elle ne peut être envisagée qu’en
deuxième intention, d’après les déductions réalisées
sur la RT et que s’il y a de « l’eau » ou un
« équivalent-eau ».
L’application de l’échographie à la pathologie
thoracique est récente et ne date que des années 1980, avec l’apparition du temps réel.
Les premières
applications ont été tournées vers la pathologie
pleurale (épanchements et plaques) et vers les
problèmes posés par les hémithorax opaques
(notamment postpneumonectomie).
L’échographie
peut guider une ponction transthoracique à la
condition que la masse pulmonaire ou médiastinale soit au contact de la paroi.
La technique d’exploration échographique du
thorax s’est enrichie de l’échographie de haute
fréquence, qui permet une étude fine mais peu
profonde, c’est-à-dire l’étude des territoires pariétaux
ou pleuropulmonaires superficiels.
Une sémiologie
nouvelle peut voir le jour comme conséquence de
cette innovation technologique, mais elle est d’un
intérêt discutable, face aux précisions sémiologiques
des autres méthodes d’imagerie (notamment TDM)
et face à la difficulté de sa propre reproductibilité
entre divers opérateurs.
Enfin, une technique
particulière vient d’apparaître, où l’échographe est
couplé à un endoscope oesophagien (ETO), ce qui
permet une exploration directe de l’oesophage et de
son environnement : médiastin moyen, aorte et
coeur.
Cette nouvelle technique peut participer au
bilan d’extension des cancers bronchiques pour ce
qui est du T médiastinal et du N2 ganglionnaire.
D’autres applications peuvent être envisagées :
cancer de l’oesophage, kystes bronchogéniques,
région sous-carinaire et en urgence, l’étude de l’aorte
traumatique ou des dissections aortiques.
IRM thoracique :
L’IRM a encore peu d’indications en pathologie
thoracique du fait de son « trou noir » en matière de
parenchyme pulmonaire.
Elle est fortement
concurrencée par la TDM spiralée, alors que ses performances objectives, en
matière de médiastin, de coeur ou de paroi sont supérieures.
L’IRM
n’utilise pas les produits de contraste iodés ni les
rayons X, ce qui est important chez la femme
enceinte, l’enfant, l’insuffisant rénal, etc.
Des progrès
décisifs en rapidité permettant l’acquisition en apnée
et l’angiographie pulmonaire par IRM sont à nos
portes.
On peut rêver de l’utilisation de produits de
contraste en aérosol (notamment d’Hélium [3He]
activé) et d’une approche de la fonction respiratoire
par IRM.
Radiologie vasculaire thoracique :
Le thorax présente deux types de vascularisation.
D’un côté la vascularisation systémique à haute
pression (aorte, artères bronchiques) avec le système
veineux correspondant (veine cave, veines azygos,
veines intercostales, mammaires internes...) se
drainant dans l’oreillette droite.
De l’autre, la
vascularisation fonctionnelle à basse pression
(artères pulmonaires) et le drainage du sang
« réoxygéné » par les veines pulmonaires vers
l’oreillette gauche.
L’arrivée du scanner spiralé a fait brutalement
chuter le nombre d’aortographies ou d’angiographies
pulmonaires.
C’est une bonne chose pour
le patient que l’angioscanner puisse donner des
renseignements équivalents ou presque, alors qu’il
ne subit qu’une simple intraveineuse.
Nous y
reviendrons par exemple à propos de la stratégie
actuelle face à une suspicion d’embolie pulmonaire.
Il reste cependant au radiologue interventionnel
quelques activités.
Il peut être amené à placer un
cathéter dans les artères pulmonaires pour en
mesurer la pression.
Il peut poser des endoprothèses
dans une veine cave supérieure dont le blocage par
une extension médiastinale de cancer ou un
lymphome est responsable d’un syndrome cave.
Il
pourra être amené à occlure une fistule artérioveineuse (FAV) dans le cadre d’une maladie
de Rendu-Osler-Weber.
Plus rare dans nos régions,
est l’éventualité de devoir occlure un anévrisme
artériel pulmonaire dans le cadre d’une maladie de Behçet.
En revanche, il reste fréquent d’avoir à intervenir
par artériographie bronchique et systémique devant
des hémoptysies graves et répétées.
Dans ce cadre,
le rôle de l’artériographie bronchique a changé. Elle
ne participe plus tellement à l’étape diagnostique.
La
fibroscopie bronchique et la TDM préalables
donnent le plus souvent l’étiologie des hémoptysies
(bronchectasies, séquelles de tuberculose,
aspergillomes intracavitaires ou encore tumeur).
L’artériographie bronchique est devenue
thérapeutique : localiser l’artère bronchique en cause
et l’emboliser pour obtenir un répit temporaire ou
dans les meilleurs cas, permanent.
Cet examen n’est pas sans risque, et il convient de
bien peser ses indications.
Il n’est requis que si les
moyens médicaux sont en échec, que si le malade
est inopérable alors que les hémoptysies persistent
et menacent (risque mortel).
Il doit être réalisé par
une équipe entraînée, comprenant un anesthésiste
et un opérateur rompu au cathétérisme sélectif.
Le
risque principal est un risque neurologique
médullaire.
En effet, les artères intercostales et les
artères bronchiques (surtout à droite) peuvent
donner des rameaux médullaires de très petite taille
(150 microns, soit 0,15 mm) donc difficiles à voir et
pourtant, à ne surtout pas emboliser.
Il convient de
réaliser cette artériographie avec un matériel très
performant et en numérique, de façon à pouvoir
réaliser des tests « scopiques » répétés avant, pendant
et après les divers temps du cathétérisme et de
l’embolisation.
La présence d’un rameau spinal que
l’on ne pourrait pas « shunter » par un cathétérisme supersélectif, doit faire renoncer à l’embolisation.
Le
patient doit être dûment prévenu des risques
encourus si son état de conscience le lui permet.
Malgré ses dangers, l’embolisation bronchique reste souvent le dernier recours.
Elle doit être réalisée de
façon à pouvoir être itérative en cas de récidive.
Éléments de sémiologie
radiologique thoracique :
La sémiologie du cliché standard est très souvent
explicitée grâce à la TDM et « revisitée ».
De cette
façon, elle devient plus facile à apprendre, car plus
évidente à comprendre.
La TDM authentifie ou, au
contraire, récuse l’interprétation du standard.
En TDM, l’appartenance médiastinale, pariétale,
pleurale ou même bronchique d’une lésion devient
évidente.
A - Signe de la silhouette :
Le signe « de la silhouette » est le signe
sémiologique de base générique dans l’interprétation
d’un cliché thoracique.
Il a été vulgarisé par Felson.
Ce signe est le « compas » du radiologue.
Il
s’utilise aussi bien en radioanatomie normale qu’en
pathologie sur le cliché standard. Il est dû au fait que
tout ce qui est visible dans un thorax, l’est grâce à
l’air (peu dense) qui le « silhouette ».
À l’inverse, ce qui
n’est pas silhouetté n’est pas visible.
Une opacité thoracique, de densité eau, en
contact avec le bord du coeur ou de l’aorte, efface
l’image de ce bord (densité eau + densité eau).
Cette
opacité se fond alors avec l’opacité cardiovasculaire.
Les deux opacités ne sont plus séparables.
Comme
dans une silhouette, il n’existe plus qu’une seule
limite périphérique.
Ce signe a une grande valeur
pour la détermination topographique d’une opacité intrathoracique et ceci avant même la réalisation du
cliché de profil.
En pratique, si deux opacités, de
densité égale eau, donnent entre elles naissance à
un signe de la silhouette, c’est qu’elles sont dans un
même plan.
Ainsi, une opacité pulmonaire de la
base qui efface l’un des bords du coeur est toujours
de siège antérieur au contact du coeur (lobe moyen à
droite et lingula à gauche).
Si deux opacités, de densité égale eau, ne se
confondent pas, si elles sont séparables, c’est qu’elles ne sont pas
situées dans le même plan et séparées par l’air. Une opacité de la
base qui n’efface pas le bord du coeur est postérieure à celui-ci et
correspond aux lobes inférieurs dont l’air la silhouette.
Ce signe « générique » explique la formation des
lignes et bords du médiastin.
Ainsi, la ligne ou bord
aortique se fait de face sur son bord gauche
(aorte-air) et non sur son bord droit (aorte-médiastin,
soit pas de contraste).
De profil, le « silhouettage » de
l’aorte n’est constant que pour la crosse, et le
diaphragme gauche est celui qui disparaît en avant
du fait d’un contact avec le ventricule gauche qui
efface sa silhouette.
1- Signe du recouvrement hilaire
:
Aux hiles, les vaisseaux peuvent être dilatés (gros
hile) ou être recouverts par une tumeur ou des
adénopathies.
D’où les signes de la convergence
hilaire ou du recouvrement hilaire.
2- Signe cervicothoracique :
Si on réalise une coupe anatomique sagittale du
thorax, on constate que le sommet du poumon ou
apex est postérieur.
C’est ainsi qu’une tumeur médiastinale opaque,
visible au-dessus des clavicules, est forcément
entourée d’air, donc postérieure.
Une opacité tumorale médiastinale supérieure,
dont le bord externe disparaît au-dessus de la
clavicule, est obligatoirement antérieure, comme un
goitre plongeant antérieur, dit cervicothoracique.
3- Signe thoracoabdominal ou signe de « l’iceberg
» :
Si une opacité basale a des bords parfaitement
dessinés, c’est qu’elle est entourée d’air, donc intrathoracique.
Si le bord inférieur n’est pas
silhouetté par l’air, la masse peut avoir un
prolongement sous-diaphragmatique.
Il s’agit du même signe que précédemment, mais à
l’autre « orifice » du thorax.
Syndrome pleural et pariétal
Le syndrome pariétal témoigne d’une masse
pariétale.
La lyse costale signe le plus souvent la
malignité du processus.
Le syndrome pleural regroupe l’ensemble des
informations qui, sur un cliché thoracique, témoignent de la
présence d’un épanchement gazeux ou liquidien, libre ou cloisonné, à
l’intérieur de la grande cavité pleurale ou des scissures.
B - Syndrome bronchique
:
Ses signes peuvent être directs (bronches trop
visibles), ou indirects (conséquences fonctionnelles ventilatoires et circulatoires de l’atteinte bronchique). |