Hypothyroïdie acquise de l’adulte Cours
d'endocrinologie
Introduction
:
Décrite en 1874 par Gull chez la femme présentant un « état crétinoïde » acquis à l’âge adulte, puis par Ord qui établit une
relation entre l’atrophie thyroïdienne et la maladie à laquelle il
donne le nom de myxoedème, l’hypothyroïdie est définie comme
une insuffisance de sécrétion des hormones thyroïdiennes.
Cette endocrinopathie, aux causes multiples, se traduit par des
manifestations cliniques diverses, inconstantes, parfois aspécifiques,
voire même paradoxales, dominées à un stade plus ou moins évolué
par un ralentissement global des grandes fonctions de l’organisme.
Ce grand classique de l’endocrinologie a vu sa présentation et sa
prise en charge évoluer au cours des dernières années.
Aujourd’hui,
le dosage de la thyroid stimulating hormone (TSH) plasmatique
constitue la clef de voûte d’un diagnostic évoqué devant des
arguments anamnestiques, cliniques ou biologiques.
Ses
performances exceptionnelles dans la forme périphérique de
l’hypothyroïdie ont contraint de réécrire la sémiologie classique,
souligné l’absence de parallélisme clinicobiologique et imposé le
concept d’hypothyroïdie fruste ou occulte dont les répercussions et
la prise en charge sont toujours débattues.
L’intérêt d’un
traitement précoce de l’hypothyroïdie est étayé par divers
arguments apportés par l’exploration fine des fonctions cognitives,
cardiaques et des métabolismes.
Le traitement apparaît aussi crucial
au cours de la grossesse où les hormones thyroïdiennes de la mère
jouent un rôle essentiel dans la maturation foetoplacentaire.
La stratégie diagnostique de l’hypothyroïdie constitue un autre
thème de réflexion.
L’opportunité d’un dépistage dans des
populations ciblées et la nécessité d’une exploration étiologique
systématique font encore l’objet d’un débat.
Épidémiologie :
Affection thyroïdienne la plus fréquente, l’hypothyroïdie est
vraisemblablement sous-estimée en raison de son caractère
volontiers fruste ou asymptomatique.
Une étude de cohorte menée
pendant 20 ans en Angleterre, la Wickham Study, situe l’incidence
de survenue d’une hypothyroïdie à 3,5/1 000/an chez la femme et à
0,6/1 000/an chez l’homme.
La prédominance du sexe féminin est
constante et encore plus marquée dans les formes non iatrogènes.
L’âge moyen de survenue est de 60 ans.
La fréquence de
l’hypothyroïdie s’accroît avec l’âge pour atteindre 14/1 000/an après
75 ans.
Dans la population de Framingham, la prévalence de
l’hypothyroïdie varie de 0,5 à 2,4 %.
Ces études ont mis en
exergue l’importance des antécédents thyroïdiens familiaux, quelle
que soit la nature de la thyréopathie, et le caractère pronostique de
la présence d’anticorps antithyroïdiens antiperoxydase qui accroît le
risque relatif d’un facteur 8 chez la femme et d’un facteur 25 chez
l’homme.
En dehors de l’impact environnemental dominé par le
niveau de la charge iodée ou la consommation d’aliments contenant
des substances antithyroïdiennes, il ne semble pas exister de
prépondérance ethnique.
Symptômes clinicobiologiques :
Les symptômes sont nombreux mais leur sensibilité et leur
spécificité sont bien variables d’un malade à l’autre.
A - SIGNES CLINIQUES :
1- Syndrome d’hypométabolisme :
L’expression clinique dépend beaucoup de la sévérité et de
l’ancienneté de l’hypothyroïdie.
Le ralentissement des échanges respiratoires et la diminution de la
consommation basale d’oxygène rendent compte du ralentissement
global des principales fonctions de l’organisme.
Il s’exprime par une asthénie, une frilosité et une prise pondérale en dépit d’une
anorexie.
L’asthénie physique, psychique et sexuelle à prédominance
matinale est majorée par la fatigabilité.
Le ralentissement intellectuel
consiste en une certaine indifférence ainsi qu’une baisse de
l’initiative, de l’attention et de la mémoire.
Il confine à une pseudosomnolence dans les formes évoluées.
Le gain pondéral secondaire à la diminution de la dépense
énergétique est modéré du fait de l’anorexie et tient largement à une
inflation du compartiment hydrique de l’organisme.
La frilosité est
précoce et très évocatrice.
La tolérance au froid est très réduite.
2- Manifestations digestives
:
La constipation est un signe cardinal de l’hypothyroïdie.
Souvent
précoce, parfois révélatrice, elle est la conséquence du ralentissement
de la contractilité avec hypotonie intestinale.
Il en résulte un
météorisme abdominal et, dans les formes extrêmes, un iléus
paralytique, une atonie oesogastrique ou un mégacôlon pouvant être
associés à une paralysie vésicale.
L’hypotonie vésicale peut expliquer
la plus grande fréquence de la lithiase vésiculaire et des
manifestations dyspeptiques. Une diarrhée paradoxale est possible.
3- Manifestations cutanéomuqueuses :
Sécheresse, pâleur et froideur de la peau avec tendance squameuse,
aspect ichtyosique des avant-bras et hyperkératose des coudes et
des genoux sont des signes d’appel assez fréquents.
La pigmentation
jaune orangé palmoplantaire liée à un trouble de la conversion des
caroténoïdes en vitamine A est très évocatrice, de même que
l’érythrocyanose des lèvres et des pommettes qui se détache sur le
fond de pâleur.
L’infiltration avec dépôt dermique d’acide hyaluronique et la diminution des fibres élastiques sont à l’origine
d’un aspect de pseudo-oedème ferme, ou myxoedème,
particulièrement net au niveau du visage qui prend un aspect bouffi
avec un pseudo-oedème des paupières.
Les doigts sont boudinés, les
creux axillaires et sus-claviculaires partiellement comblés et les
chevilles empâtées. Le myxoedème ne prend pas le godet.
L’infiltration muqueuse est à l’origine de la macroglossie et de la
raucité et du nasonnement de la voix, et contribue à la pathogénie
des ronflements et du syndrome d’apnée du sommeil dont la
fréquence doit être soulignée.
Les phanères sont altérés.
Les
cheveux sont secs et cassants et les poils axillaires et pubiens sont
raréfiés, les sourcils s’appauvrissent dans leur partie externe et les
ongles sont cassants, amincis et striés.
4- Manifestations cardiovasculaires :
Souvent occultes mais quasi constantes lorsqu’elles sont recherchées
systématiquement à l’aide d’explorations plus ou moins
sophistiquées, elles ont une signification pronostique importante.
La bradycardie est une composante du syndrome
d’hypométabolisme.
Un déficit hormonal sévère et prolongé peut
conduire à un état d’insuffisance cardiaque, surtout en cas de
cardiopathie sous-jacente.
Il convient de distinguer le coeur
myxoedémateux avec cardiomégalie par infiltration d’une substance
amorphe myxoedémateuse, du coeur insuffisant cardiaque.
Le
premier ne comporte ni stase pulmonaire ni modification des
pressions en fin de diastole du ventricule droit, de l’oreillette et des
artères pulmonaires.
Le débit cardiaque et la fraction d’éjection
augmentent de façon satisfaisante lors de l’exercice.
Les anomalies
hémodynamiques sont améliorées par la seule substitution alors
qu’elles ne le sont guère par les digitaliques et les diurétiques.
L’augmentation du volume cardiaque est assez fréquente et est
partiellement due à une hypertrophie myocardique avec un
gonflement des myofibrilles, un oedème interstitiel, une fibrose et
une dégénérescence des myocytes.
La cardiomégalie
hypothyroïdienne ou « coeur de boeuf » est surtout la conséquence
d’un épanchement péricardique.
Constaté dans un tiers des cas
d’hypothyroïdie patente à l’échocardiographie, il est habituellement
asymptomatique.
Les épanchements majeurs avec tamponnade sont
exceptionnels.
La ponction peut évacuer jusqu’à 2 L d’un liquide
riche en albumine, en lymphocytes et en cholestérol.
L’athéromatose favorisée par l’hypothyroïdie est à l’origine d’une
atteinte coronarienne plus fréquente dont l’expression clinique est
classiquement masquée par l’hypométabolisme et révélée lors du
traitement substitutif du fait de l’augmentation du travail
myocardique.
Au total, sauf exception, l’expression clinique du
syndrome cardiovasculaire qui est le fait de l’hypothyroïdie patente
se limite à une bradycardie, à une diminution de l’amplitude du
pouls et à un assourdissement des bruits du coeur.
Les troubles du
rythme sont rares.
Des blocs sino-auriculaires et auriculoventriculaires
ainsi que des torsades de pointe ont cependant été
rapportés, notamment en cas d’allongement de l’espace QT, témoin
de troubles de la conduction.
À l’électrocardiogramme, les anomalies
sont discrètes mais plus fréquentes : bradycardie sinusale,
aplatissement ou inversion de l’onde T, allongement des signes PR
et QT, en sont les plus caractéristiques.
Le microvoltage diffus est en
faveur d’un épanchement péricardique.
Les répercussions hémodynamiques de l’hypothyroïdie non
compliquée sont dominées par une diminution du débit cardiaque,
de l’index systolique et de la volémie en accord avec
l’hypométabolisme et une relative vasoconstriction périphérique
associée à une diminution de la thermogenèse.
La diminution du
débit cardiaque systolique est secondaire à une dépression de la
force contractile du myocarde et à la bradycardie et la fonction
diastolique est altérée.
Ces troubles fonctionnels sont réversibles
avec la correction de l’hypothyroïdie.
Ils sont la conséquence directe
d’une interaction des hormones thyroïdiennes au niveau génomique, réceptoriel et de la régulation d’activités enzymatiques.
Dans une
observation d’insuffisance cardiaque sévère associée à une
hypothyroïdie, la biopsie myocardique réalisée avant et après
substitution met en évidence une augmentation de l’acide
ribonucléique messager (ARNm) spécifique de la chaîne lourde
alpha de la myosine qui est contemporaine d’une nette amélioration
de la fraction d’éjection, ce qui prouve que les hormones
thyroïdiennes participent bien à la modulation de la contractilité
myocardique chez l’homme.
La modification de l’expression des
gènes de certaines enzymes, Ca++, Na+, K+, adénosine
triphosphatase (ATPase) contribue à diminuer la contractilité
myocardique.
Les effets vasculaires périphériques traduisent les effets des
hormones thyroïdiennes sur la vasorelaxation rapide des muscles
lisses vasculaires.
Dans l’hypothyroïdie, le volume sanguin global
est diminué au prorata de l’hypométabolisme mais les résistances
vasculaires périphériques sont augmentées.
Il en résulte une
hypertension artérielle diastolique décrite chez 10 à 20 % des
femmes âgées hypothyroïdiennes.
La vasoconstriction périphérique
peut contribuer à l’installation d’un phénomène de Raynaud.
L’atteinte coronarienne est plus fréquente que dans une population
témoin.
Elle est bien documentée par des études anatomopathologiques
et contraste avec la relative rareté de l’angor ou de
l’infarctus du myocarde lorsque l’hypothyroïdie n’est pas substituée.
Une mise en route trop vigoureuse du traitement substitutif favorise
l’expression de la coronaropathie avec angor, nécrose myocardique
et mort subite.
L’athéromatose à topographie coronarienne est
due en partie aux anomalies lipidiques induites par l’hypothyroïdie
et à la réduction de l’oxygénation tissulaire et myocardique liée à
un état chronotrope et inotrope négatif.
Le vieil adage qui
préconisait de ne pas traiter les hypothyroïdies vieillies pour
ménager le coeur n’est pas fondé car l’augmentation des besoins
myocardiques en oxygène sous l’effet du traitement thyroxinique est
partiellement compensée par la réduction des dimensions
ventriculaires, de la pression diastolique et la levée de la
vasoconstriction à condition que l’initiation du traitement soit
progressive.
La progression de la plaque d’athérome peut d’ailleurs
être stoppée par le traitement substitutif.
5- Syndrome neuromusculaire
:
L’atteinte musculaire est fréquente, précoce et volontiers distractive,
en imposant pour une pathologie de l’appareil locomoteur.
Les
manifestations fonctionnelles les plus fréquentes sont la fatigabilité
musculaire, les crampes musculaires des membres inférieurs, les
myalgies et une sensation d’enraidissement prédominant aux racines
des membres et aux ceintures.
Objectivement, un déficit rhizomélique peut s’observer dans près d’un tiers des cas.
Il peut
encore exister une modification des masses musculaires qui sont
hypertrophiées ou, au contraire, atrophiées.
Les formes sévères et
prolongées d’hypothyroïdie déterminent des syndromes musculaires
sévères.
Dans le syndrome de Hoffmann, l’hypertrophie musculaire
diffuse, impressionnante, avec induration à la palpation, est associée
à des myalgies et à un déficit moteur.
Dans la forme atrophique
d’Alajouanine, plus rare, l’amyotrophie prédomine aux ceintures.
Des formes pseudopolymyositiques ou myopathiques à
prédominance axiale avec cyphose dorsolombaire ont encore été
décrites.
L’exploration de la fonction musculaire dans la forme patente
d’hypothyroïdie ne fournit pas d’éléments spécifiques.
Dans la
forme commune de myopathie hypothyroïdienne avec crampes,
déficit rhizomélique modéré et impression de fermeté
myxoedémateuse à la palpation musculaire, l’électromyogramme est
en faveur d’un profil pseudomyotonique caractérisé par la lenteur
de la contraction et de la décontraction avec une réduction de la
durée et de l’amplitude de potentiels d’action.
Il n’existe pas de
salves répétitives comme dans la maladie de Thomsen, mais les
potentiels peuvent être polyphasiques.
Le réflexogramme achilléen
dont le principe visait à quantifier l’allongement de la contraction et
de la décontraction du triceps sural après percussion du tendon
d’Achille pour apprécier le statut fonctionnel thyroïdien a été
abandonné par manque de spécificité.
Les anomalies histologiques
sont fréquentes mais aspécifiques : atrophie des fibres de type II,
perte de striation des myofibrilles, anomalies mitochondriales,
fibrose annulaire, accumulation de glycogène et de polysaccharides.
Les données biochimiques démontrent les modifications de la
myosine et de l’activité de la Na-K-ATPase, réversibles sous
hormonothérapie.
L’exploration biologique traduit l’intensité de l’atteinte musculaire.
Créatine phosphokinase (CPK), aldolases, déshydrogénase lactique
et transaminases sont augmentées modérément, toutes ou en partie,
dans plus de deux tiers des cas d’hypothyroïdie avérée.
Dans l’hypothyroïdie commune, l’atteinte neurologique est
principalement, mais non exclusivement, périphérique. Les
paresthésies sont fréquentes (plus de 50 % des cas).
Accentuées la
nuit, elles prédominent aux extrémités et correspondent à une polyneuropathie sensitivomotrice à prédominance sensitive.
Elles
sont présentes dans 70 % des cas, correspondant à une atteinte axonale avec démyélinisation à l’électromyogramme.
Les
répercussions motrices et les anomalies de la conduction sont
inconstantes et déterminent une aréflexie tendineuse.
Les autres
symptômes neurologiques sont assez hétérogènes.
Parmi ceux-ci, le
syndrome du canal carpien est remarquable par le fait qu’il peut
être révélateur de l’hypothyroïdie comme d’autres syndromes de
compression canalaire.
Souvent bilatéral, plus fréquent après 50 ans,
il est cliniquement symptomatique dans 10 % des cas et
électriquement dans 70 % des cas.
Il est la conséquence de la
compression du nerf médian par l’accumulation polysaccharidique
dans les structures périnerveuses et peut être favorisé par une
souffrance métabolique de la cellule de Schwann par ailleurs
responsable d’une démyélinisation segmentaire.
Sur les biopsies
nerveuses, elle apparaît associée à une dégénérescence axonale et à
une augmentation des granules de glycogène dans les cellules de
Schwann.
D’autres manifestations neurologiques périphériques sont
décrites de façon plus anecdotique.
Un ptôsis bilatéral est la
conséquence d’une diminution du tonus sympathique puisqu’il est
réversible après l’injection rétroconjonctivale de substances
sympathomimétiques.
L’atteinte cochléaire avec hypoacousie parfois
réversible sous hormonothérapie substitutive est vraisemblablement
la conséquence d’une compression par des substances polysaccharidiques.
Une atteinte vestibulaire avec troubles de
l’équilibre est plus rare.
En dehors du coma myxoedémateux, complication évolutive ultime,
les manifestations centrales sont dominées par un syndrome
cérébelleux rare et discret.
Dans quelques observations, il peut être
au-devant de la scène clinique.
Il existe alors une ataxie et, à un
moindre degré, une dyskinésie et une dysarthrie dont l’exploration
révèle une dissociation albuminocytologique assez fréquente dans
l’hypothyroïdie et des lésions de dégénérescence focale du cortex
cérébelleux à l’imagerie par résonance magnétique (IRM).
6- Syndrome psychiatrique :
En dehors des grandes manifestations pseudopsychotiques telles
qu’hallucinations auditives et visuelles, démence, troubles graves de
la personnalité avec paranoïa qui sont par définition réversibles par
l’hormonothérapie, les troubles de l’humeur et de l’attention sont
fréquents mais difficiles à évaluer.
7- Manifestations ostéoarticulaires :
Le « rhumatisme myxoedémateux » est le fait des hypothyroïdies
évoluées dont le traitement a été tardif.
Les tendinites d’insertion du tendon d’Achille, de la styloïde radiale, de l’épicondyle et de la
ceinture scapulaire sont la conséquence de l’infiltration tendineuse
par une substance mucoïde.
Les grosses articulations sont le siège
de douleurs et de tuméfaction avec un épanchement constitué d’un
liquide visqueux riche en acide hyaluronique.
Il existe une
infiltration périarticulaire qui accentue la tuméfaction.
Des crises
douloureuses articulaires à type d’arthrite aiguë sont liées à
d’authentiques crises de goutte du fait de l’hyperuricémie fréquente
au cours de l’hypothyroïdie ou à une chondrocalcinose.
Elles sont
plus fréquentes lors de la mise en route du traitement substitutif.
L’existence d’une hyperlaxité articulaire et la fréquence des kystes
poplités ont été soulignées au cours de l’hypothyroïdie. Une
acropachie thyroïdienne, habituellement décrite durant la maladie
de Basedow, peut être présente en cas d’hypothyroïdie auto-immune
ou iatrogène après traitement radical.
Elle associe un hippocratisme
digital, des doigts boudinés et une hypertrophie périostée à la
radiographie.
L’exploration de l’os par absorptiométrie fournit des résultats
variables avec possibilité d’augmentation de la masse osseuse.
Les
études histomorphométriques sont en faveur d’un ralentissement de
l’ostéoblastose et de l’ostéoclastose avec tendance à l’ostéoporose.
8- Manifestations endocriniennes
:
Syndrome prémenstruel, ménorragies avec déficit lutéal et frigidité
sont des manifestations assez fréquentes.
Aménorrhée,
spanioménorrhée ou anovulation sont favorisées par l’hyperprolactinémie
secondaire à une stimulation des cellules lactotropes
par la défreination de la thyrotropin releasing hormone (TRH).
À
l’extrême, un syndrome aménorrhée-galactorrhée avec
hyperprolactinémie réversible sous traitement substitutif est un
piège facile à déjouer.
L’ensemble concourt à une hypofécondité,
voire une stérilité.
Chez l’homme ont été rapportés des troubles de la libido, une
impuissance et une altération de la spermatogenèse associés à une
diminution de la testostéronémie.
La gynécomastie est rare.
La diminution de la sécrétion et du métabolisme du cortisol
correspond à une insuffisance surrénale fonctionnelle réversible qui
doit être distinguée de l’insuffisance surrénale auto-immune associée
à une thyroïdite dans le syndrome de Schmidt.
L’hyperplasie hypophysaire secondaire à l’hyperproduction de TSH,
réversible, ne doit pas être confondue avec une pathologie
hypophysaire.
B - SIGNES BIOLOGIQUES :
Ils sont de deux types. Les uns, non spécifiques, sont les
conséquences de l’hypométabolisme et peuvent révéler
l’hypothyroïdie, surtout lorsqu’ils sont inexpliqués par ailleurs ou
rebelles aux traitements conventionnels.
Les autres témoins sont les
marqueurs d’une moindre imprégnation hormonale thyroïdienne.
1- Anomalies biologiques non spécifiques :
– Hyperlipoprotéinémie : la fréquente et classique hypercholestérolémie
comporte une augmentation des low density lipoproteins
(LDL) du fait d’une diminution des récepteurs LDL et de l’activité
macrophagique régulée par les hormones thyroïdiennes.
Les high
density lipoproteins (HDL) sont normales ou augmentées par
diminution de l’activité de la lipase hépatique.
La sous-fraction
HDL2 est augmentée mais la capacité d’épuration du cholestérol
tissulaire est moindre en raison d’une clairance métabolique
diminuée.
Dans les formes sévères, l’augmentation de la
concentration en triglycérides est secondaire à une moindre activité
de la lipoprotéine lipase.
Ce profil lipidique est athérogène.
L’hypercholestérolémie encore accrue par l’augmentation de son
absorption intestinale est volontiers révélatrice : 70 % des femmes
de plus de 40 ans ayant une hypercholestérolémie supérieure à 3,6 g
ont une hypothyroïdie.
– Anomalies électrolytiques : l’hyponatrémie de dilution n’est sévère
qu’en cas de coma myxoedémateux.
Sa correction fait partie des
objectifs thérapeutiques.
– Hyperuricémie : assez fréquente chez les hypothyroïdiens de sexe
masculin, elle est la conséquence d’une réduction de l’excrétion
rénale et du métabolisme de l’acide urique.
– Métabolisme glucidique : une tendance à l’hypoglycémie est surtout
le fait d’une insuffisance centrale multihormonale.
Une
hypoglycémie peut survenir au cours du coma myxoedémateux.
La
correction d’une hypothyroïdie accroît les besoins en insuline ou en
antidiabétiques oraux en cas de diabète concomitant.
– Hyperprolactinémie : fréquente chez la femme jeune, elle est la
traduction de la stimulation des cellules lactotropes hypophysaires
par le défreinage de la TRH.
– Anomalies hématologiques : une anémie de nature variée, parfois
sévère et apparemment isolée, est fréquente.
Macrocytaire, elle est
due à un déficit en folates, à une authentique maladie de Biermer
associée ou à une anomalie de la paroi érythrocytaire par excès de
cholestérol et de phospholipides.
Normochrome et normocytaire,
elle traduit la diminution de la production d’érythropoïétine et de
l’érythropoïèse.
Assez souvent hypochrome et microcytaire, elle est
secondaire à une réduction des capacités d’absorption intestinale, à
une spoliation martiale due aux ménorragies et à une altération du
transport du fer.
Les modifications des paramètres de la coagulation sont discrètes et
liées à une diminution de la synthèse de facteurs de la coagulation
et de l’adhésivité plaquettaire.
Elles favorisent une tendance
hémorragique.
2- Marqueurs de l’imprégnation tissulaire des hormones
thyroïdiennes
:
Toute une série d’anomalies biologiques sont à considérer comme
des marqueurs non hormonaux de la fonction thyroïdienne dans la
mesure où elles reflètent l’action sur les récepteurs.
Aucun de ces
marqueurs n’est spécifique.
Les plus connus et les mieux évalués
sont la sex hormone binding globulin (SHBG), la ferritine, la
fibronectine, l’enzyme de conversion de l’angiotensine, l’ostéocalcine
et la S-glutathion transférase.
Ces marqueurs ne doivent pas être
utilisés en routine clinique.
Au cours de l’hypothyroïdie, la
dépression de la synthèse des protéines hépatiques voit ses
conséquences contrebalancées par la diminution du catabolisme.
L’un des témoins est la diminution de la transformation des
caroténoïdes en vitamine A avec une hypercaroténémie responsable
de la coloration jaunâtre des téguments.
Diagnostic positif de l’hypothyroïdie :
Il est fondé sur le dosage de la TSH et de la fraction non liée de la
thyroxine (T4L : T4 libre).
Le dosage de la TSH est l’examen de
référence.
Du fait de la spécificité de ce dosage, une valeur normale
de TSH permet d’éliminer le diagnostic d’hypothyroïdie primaire.
Une valeur de TSH augmentée, c’est-à-dire supérieure à la limite
donnée par le laboratoire, est fortement en faveur d’une
hypothyroïdie primaire en dehors de pathologies intercurrentes
graves susceptibles de modifier le métabolisme de la TSH.
Il existe
de fait une certaine hétérogénéité des valeurs normales, ce qui rend
peu utilisables les valeurs de la littérature habituellement fixées à
5 mU/L.
Un contrôle du dosage de la TSH est utile pour
confirmer le diagnostic lorsque le taux initial est voisin de
l’intervalle de confiance chez un patient paucisymptomatique.
En
un deuxième temps, le dosage complémentaire de la T4L est
recommandé.
Il précise la sévérité de l’hypothyroïdie mais a une
mauvaise sensibilité en cas d’hypothyroïdie débutante.
La
concordance entre la TSH et la T4L est assez bonne, les discordances
étant le fait d’une dysthyroïdie infraclinique définie par une
anomalie de la TSH contrastant avec une valeur normale de T4L.
Le
dosage de la T3 libre (T3L) n’est pas recommandable. Il est à la fois
peu sensible et peu spécifique.
Il existe de nombreuses situations
(syndrome à basse T3) où la T3L est abaissée sans hypothyroïdie du
fait d’une moindre conversion périphérique de la T4 en T3 par diminution de l’activité de la 5’monodésiodase.
De plus, près
d’un tiers des patients hypothyroïdiens ont un taux de T3L normal.
La diminution de la T4L sans élévation de la TSH est, soit le fait
d’une insuffisance thyroïdienne d’origine centrale, soit la
conséquence d’une affection générale sévère et de mauvais
pronostic.
L’exceptionnelle présence d’anticorps anti-T3 ou anti-T4
susceptibles de perturber le dosage des hormones thyroïdiennes doit
être évoquée en cas de résultats dissociés chez les patients ayant
une dysthyroïdie auto-immune.
Une TSH élevée et une T4L basse caractérisent l’hypothyroïdie
franche.
Dans l’hypothyroïdie fruste ou infraclinique, la TSH est
élevée mais la T4L est normale.
Le seul dosage de TSH peut suffire à
affirmer l’hypothyroïdie lorsque le taux dépasse 20 mU/l.
La
recherche d’anticorps antithyroïdiens (anti-thyroperoxydase [TPO])
est facultative dans la mesure où elle ne modifie pas l’attitude
thérapeutique.
Elle est utile pour préciser le diagnostic étiologique
et pour apprécier le pronostic d’une hypothyroïdie infraclinique.
Chez la femme enceinte, elle constitue un élément prédictif de la
survenue d’une thyroïdite du post-partum.
En dépit de quelques avis divergents, le test de stimulation de la TSH par la TRH n’a guère d’intérêt dans le diagnostic d’une
hypothyroïdie périphérique, même lorsqu’elle est fruste.
Il
contribue assez mal à la distinction entre l’hypothyroïdie centrale
d’origine hypothalamique et hypophysaire mais peut aider à
préciser la signification d’une valeur de TSH normale en cas
d’hypothyroxinémie.
L’absence d’élévation de la TSH plaide en
faveur d’une atteinte hypophysaire.
L’abolition du pic nocturne de TSH est un autre élément en faveur de l’hypothyroïdie centrale.
Diagnostic différentiel
:
L’interprétation des résultats hormonaux peut être problématique
lorsqu’ils sont dissociés où lorsqu’ils ne sont pas associés à la
symptomatologie ou au contexte clinique attendus.
Une élévation isolée modérée de TSH doit faire envisager une cause
iatrogène en cas de traitement par des antagonistes
dopaminergiques (métoclopramide) neuroleptiques ou par des
antagonistes des récepteurs alpha-2 hypophysaires (clonidine).
L’acide iopanoïque peut élever la TSH en inhibant la désiodase
intrahypophysaire.
Une interaction avec des anticorps antihétérophiles ou des anticorps anti-TSH est rare avec les trousses
actuelles.
Une élévation modérée de la TSH a été décrite à la phase de
récupération des affections générales graves avec un syndrome de
basse T3, de basse T4 et de basse TSH.
De principe, il convient
d’envisager la possibilité d’une sécrétion inappropriée de TSH due
à un exceptionnel adénome thyréotrope mais le contexte clinique
est bien différent.
La résistance généralisée aux hormones
thyroïdiennes due à une insensibilité à la T3 des organes cibles et de
l’hypophyse est toute aussi exceptionnelle.
Cette affection parfois
familiale due à une mutation du gène TRb du récepteur de T3 peut
associer chez un même patient des signes d’hyperthyroïdie et
d’hypothyroïdie avec une TSH et une T4 élevées selon que
l’hypophyse seule ou l’ensemble des organes sont concernés.
Causes de l’hypothyroïdie primaire
chez l’adulte :
A - HYPOTHYROÏDIE AUTO-IMMUNE :
L’auto-immunité thyroïdienne est à l’origine de thyroïdites
lymphocytaires chroniques.
Elle est responsable de la majorité des
hypothyroïdies acquises et spontanées chez l’adulte.
L’événement
initial serait l’expression aberrante des molécules de classe II du
complexe majeur d’histocompatibilité par les macrophages et les
monocytes (cellules présentatrices d’antigène).
Il est perpétué par
l’activation de cellules immunocompétentes et la production de
cytokines.
L’hypothèse d’un dysfonctionnement ou d’un déficit des
cellules T suppressives à l’origine d’un défaut d’immunosurveillance
semble impliquée dans certains modèles d’hypothyroïdies
expérimentales.
Quoi qu’il en soit, la production d’autoanticorps
thyroïdiens chez des individus génétiquement prédisposés à la
faveur de facteurs de l’environnement encore mal appréhendés
entraîne une altération de la production hormonale due à des
troubles de l’organification et à une réduction du parenchyme
thyroïdien fonctionnel.
Divers antigènes servant de cibles aux autoanticorps peuvent être
exprimés par les cellules thyroïdiennes.
Les anticorps antithyroperoxydase sont dirigés contre un antigène microsomial
impliqué dans l’organification de l’iode, étape indispensable de
l’hormonosynthèse.
L’inhibition enzymatique peut aussi être
secondaire à un effet cytotoxique direct avec destruction cellulaire.
Les anticorps antithyroglobuline ont un rôle pathogène mal précisé.
Les anticorps antirécepteurs de la TSH à activité bloquante ont un
rôle pathogène clairement illustré par la dysthyroïdie foetale qu’ils
entraînent en cas de passage transplacentaire.
Ils sont rarement
impliqués dans la pathogénie des hypothyroïdies mais expliquent
quelques rares formes cliniques de maladie de Basedow comportant
une succession de phases d’hyper- et d’hypothyroïdies
spontanées.
1- Thyroïdite de Hashimoto :
C’est une thyroïdite lymphocytaire chronique à forme
hypertrophique survenant neuf fois sur dix chez une femme d’âge
moyen. Un goitre modéré est constant.
Il est diffus, homogène, très
ferme, indolore, isolé et non compressif.
Les signes d’hypothyroïdie
ne sont présents que dans un quart des cas au moment du
diagnostic mais s’installent inéluctablement au fil du temps.
Le
diagnostic est affirmé par la présence d’anticorps antithyroperoxydase à un titre élevé dans plus de 90 % des cas et,
plus inconstamment, d’anticorps antithyroglobuline.
La présence
plus rare d’anticorps anti-TSH, anti-T4 ou anti-T3 peut perturber les
dosages hormonaux.
D’autres anomalies biologiques plus
inconstantes ont été rapportées : augmentation modérée de la vitesse
de sédimentation, de la C reactive protein et des gammaglobulines
ainsi que de la calcitoninémie (par hyperplasie des cellules
parafolliculaires C).
À l’échographie, la glande apparaît globalement hypoéchogène et hétérogène avec un aspect en « damier » ou en
« patchwork ».
À la scintigraphie, la fixation du traceur est
conservée mais est parfois hétérogène.
La cytoponction d’une zone
hypoéchogène confinant à un aspect pseudonodulaire confirme
l’infiltration lymphoplasmocytaire caractéristique de cette affection
et révèle volontiers quelques atypies cellulaires et des oncocytes
dont la signification néoplasique ne doit pas être évoquée dans ce
contexte clinicobiologique.
L’évolution se fait progressivement vers
une hypothyroïdie patente avec réduction du volume du goitre et
du titre des anticorps antithyroïdiens.
L’association d’une maladie
de Basedow et d’une thyroïdite de Hashimoto n’est pas
exceptionnelle et explique le passage possible d’une hypothyroïdie
vers une hyperthyroïdie et vice versa.
2- Thyroïdite lymphocytaire chronique avec atrophie
thyroïdienne
:
C’est la cause la plus fréquente d’hypothyroïdie, notamment chez la
femme après la ménopause.
D’installation insidieuse, elle est
caractérisée par une atrophie progressive du parenchyme thyroïdien
cependant que s’installent les signes d’hypométabolisme.
L’aspect
échographique est de type hypoéchogène et hypovasculaire et peut
aller jusqu’à un aspect de vacuité de la loge thyroïdienne.
Le titre
des anticorps thyroïdiens est élevé de façon plus inconstante et plus
modeste que dans la thyroïdite de Hashimoto.
Il diminue au fil des
ans et lorsque le traitement substitutif est débuté.
3- Thyroïdite lymphocytaire des adolescents :
Il s’agit d’un goitre survenant à la période pubertaire se distinguant
du goitre pubertaire commun par sa plus grande fermeté, son aspect plus hypoéchogène, une augmentation modeste de la TSH et un titre
élevé des anticorps antithyroïdiens.
Une hypothyroïdie définitive ne
s’installe que dans un tiers des cas.
4- Autres thyroïdites
:
En dehors de la thyroïdite du post-partum, la thyroïdite silencieuse
se rencontre surtout chez la femme d’âge moyen.
Elle comporte une
hypothyroïdie souvent fruste sans goitre mais avec un aspect hyperéchogène du parenchyme thyroïdien et une élévation des
anticorps antithyroïdiens.
Cette situation fréquente est marquée par
des taux de TSH volontiers fluctuants autour de la limite supérieure
de la normale, inconstamment pathologiques même si l’évolution se
fait, dans un délai difficile à prévoir, vers l’hypothyroïdie avérée.
La thyroïdite subaiguë de de Quervain peut être à l’origine d’une
hypothyroïdie définitive quoique la récupération fonctionnelle soit
habituelle.
À une phase de thyrotoxicose initiale succède une phase
d’hypothyroïdie plus ou moins profonde mais souvent fruste
pendant quelques mois.
Le titre des anticorps antithyroïdiens et
particulièrement des anticorps antithyroglobuline est classiquement
élevé mais il existe d’assez nombreuses exceptions.
5- Affections associées
:
D’autres maladies auto-immunes peuvent être associées aux
thyroïdites.
Parmi celles-ci, le vitiligo, la maladie de Biermer, le
syndrome de Gougerot-Sjögren, le diabète de type I et l’insuffisance
surrénale sont les plus fréquentes.
La thyroïdite appartient parfois
au cadre des polyendocrinopathies auto-immunes de type II
marquées par la fréquence de l’haplotype human leukocyte antigen
(HLA) DR3.
Le syndrome de Schmidt associant une hypothyroïdie
et une maladie d’Addison est un classique.
D’autres maladies dysimmunitaires peuvent être associées de façon non fortuite :
polyarthrite rhumatoïde, anémie hémolytique auto-immune,
purpura thrombopénique idiopathique, sclérodermie, dermatomyosite,
cirrhose biliaire primitive ou myasthénie.
Il paraît légitime
de préconiser un dosage de TSH au cours de ces affections.
B - HYPOTHYROÏDIES IATROGÈNES :
Leur contingent est élevé et relève de mécanismes divers.
Leur
survenue témoigne souvent d’une thyropathie infraclinique sousjacente.
Le contexte pathologique et la bonne connaissance
d’antécédents parfois lointains contribuent à préciser la cause d’une
hypothyroïdie périphérique.
La surveillance prospective
systématique de la fonction thyroïdienne chez des patients soumis à
des traitements à risque conduit au diagnostic d’hypothyroïdie
iatrogénique avant toute expression symptomatique.
1- Hypothyroïdies induites par l’iode
:
L’iode contenue dans de nombreux médicaments peut être à
l’origine d’une hypothyroïdie du fait d’une inhibition persistante de
l’organification de l’iodure, sans échappement à l’effet Wolff-
Chaikoff.
Par-delà les très nombreux médicaments contenant de
l’iode, les excipients, les produits d’application cutanée ou les agents
de contraste iodés largement utilisés à l’ère de la tomodensitométrie,
le pourvoyeur principal des hypothyroïdies à l’iode est de loin
l’amiodarone.
L’hypothyroïdie par l’amiodarone est favorisée par
une affection thyroïdienne sous-jacente et par un apport iodé
journalier important.
Son apparition est relativement précoce,
presque toujours au cours de la première année de traitement.
Sa
fréquence estimée de façon très variable selon l’origine
géographique des séries publiées est inférieure à 5 % en France alors
qu’elle peut dépasser 10 % en Amérique du Nord.
Le mécanisme de
l’hypothyroïdie tient certes à la forte teneur en iode de l’amiodarone
(73 mg pour 200 mg de principe actif) mais aussi à un possible effet
thyrotoxique propre à la molécule.
C’est la raison pour laquelle on
distingue l’hypothyroïdie fonctionnelle de l’hypothyroïdie
lésionnelle.
Dans la première, l’apport massif et chronique en iode
provoque un défaut d’organification et de synthèse hormonale.
À la
scintigraphie, le captage du traceur isotopique est maintenu ou
augmenté, témoin de la stimulation du symporteur d’iodure sous
l’effet de l’élévation de la TSH avec un test au perchlorate de
potassium positif.
Cette forme régresse assez rapidement après
l’arrêt de l’amiodarone.
Dans la forme lésionnelle, l’amiodarone ou
ses métabolites provoquent une destruction des follicules
thyroïdiens.
La fixation du radio-isotope est supprimée et le test au
perchlorate n’a pas lieu d’être.
L’arrêt de l’amiodarone ne suffit pas
toujours à corriger ce type d’hypothyroïdie.
2- Autres médicaments inducteurs d’hypothyroïdie
:
Outre les antithyroïdiens de synthèse, d’autres médicaments sont
susceptibles de provoquer une hypothyroïdie.
Lithium : le carbonate de lithium utilisé dans le traitement de la
psychose maniacodépressive entraîne près d’une fois sur deux un
goitre diffus compliqué d’une hypothyroïdie dans environ 10 % des
cas au cours de la première année de traitement, deux fois plus
souvent chez les femmes que chez les hommes.
Elle est due à un
moindre relargage hormonal par blocage de la protéolyse de la
thyroglobuline, à une inhibition de l’organification de l’iode et, peutêtre,
à un effet imunomodulateur avec diminution de la fonction
suppressive des lymphocytes T.
L’arrêt de la lithiothérapie,
lorsqu’elle est possible, est accompagné d’une récupération
fonctionnelle.
Une surveillance de principe de la TSH est souhaitable
chez les patients traités par lithium au long cours.
Cytokines : les cytokines utilisées lors du traitement de l’hépatite
virale B ou C ou de certaines affections néoplasiques sont à même
d’induire une dysthyroïdie chez près de 10 % des patients.
L’interféron alpha est un grand pourvoyeur d’hypothyroïdie.
Plus
fréquente chez les femmes et en cas d’anticorps antithyroïdiens
circulants, l’hypothyroïdie, volontiers fruste, apparaît en moyenne
après 1 an de traitement. Recherchée systématiquement par un
dosage de TSH, elle est notée, au moins transitoirement, chez un
malade sur deux.
Elle est la conséquence d’une exacerbation d’une
thyroïdite auto-immune latente ou d’un processus auto-immun
induit ainsi qu’en témoigne l’importante infiltration lymphocytaire
de la thyroïde.
Bien que l’apparition de l’hypothyroïdie ne semble
pas liée à la durée du traitement ou à la dose de l’interféron alpha, il
existe quelques arguments en faveur d’une toxicité thyroïdienne des
cytokines par l’intermédiaire des interleukines IL1 et IL6.
La
découverte d’une hypothyroïdie ne contre-indique pas la poursuite
du traitement bien que l’évolution se fasse vers la régression à la fin
de celui-ci.
Un traitement substitutif peut être préconisé.
Dans les
formes définitives, on admet que l’interféron alphalpha a été le
révélateur d’une thyroïdite lymphocytaire préexistante dont il a
précipité l’évolution vers l’hypothyroïdie.
Les conséquences thyroïdiennes de l’interféron b utilisé dans la
sclérose en plaques sont probablement sous-estimées.
Celles de
l’IL2 ou des facteurs de stimulation des cellules souches
hématopoïétiques sont moins exceptionnelles, d’autant qu’elles sont
parfois associées à l’interféron alpha.
D’autres médicaments entraînent une hypothyroïdie de façon plus
anecdotique par des mécanismes plus ou moins bien connus.
Les tuberculostatiques anciens ou modernes (acide para-aminosalicylique
[PAS], éthionamide, isoniazide), les sulfamides antiinfectieux
ou hypoglycémiants, le cyclophosphamide, les composés
pyrazolés, l’aminoglutéthimide, la 6-mercaptopurine, interagissent
sur le métabolisme de l’iode ou des hormones thyroïdiennes.
L’hypothyroïdie induite par les médicaments, dominée aujourd’hui
par l’amiodarone et les cytokines, mérite d’être dépistée chez des
sujets à risque porteurs d’un goitre ou ayant une anomalie de l’autoimmunité
thyroïdienne connue.
Sa survenue n’implique pas
nécessairement l’arrêt du traitement qui n’est d’ailleurs pas toujours
garant de guérison dans la mesure où il révèle une thyropathie
sous-jacente.
3- Hypothyroïdie radique :
Toute irradiation cervicale antérieure externe peut être à l’origine
d’une hypothyroïdie dans un délai de plusieurs mois ou années d’autant plus bref que la dose délivrée aura été plus grande.
Les
conséquences thyroïdiennes de l’irradiation ont été bien étudiées au
cours des lymphomes hodgkiniens guéris.
Après 10 ans, on note
une hypothyroïdie fruste ou patente chez 25 à 50 % des malades.
Le
sexe féminin, le jeune âge, la chimiothérapie, un apport iodé
chronique du type de celui qui est réalisé par la lymphographie sont
des facteurs de risque d’hypothyroïdie.
En cas d’irradiation pour cancer oto-rhino-laryngologique,
l’hypothyroïdie est plus fréquente et plus précoce du fait d’une dose
délivrée plus importante.
Quelles que soient les circonstances,
l’hypothyroïdie postradique peut s’installer progressivement en
plusieurs années.
En conséquence, toute notion d’irradiation de la
région cervicale antérieure justifie une surveillance régulière de la TSH pendant plusieurs années.
Le traitement par l’iode 131 d’une hypothyroïdie détermine une
hypothyroïdie souvent tardive mais définitive.
Elle est due à une
atrophie progressive avec fibrose, infiltration lymphoplasmocytaire,
métaplasie des thyréocytes et atteinte vasculaire.
La constitution de
l’hypothyroïdie est lente, progressive, s’échelonnant sur plusieurs
mois, années ou même décennies.
Elle est favorisée par la dose
administrée : supérieure à 15 mCi, elle est présente dans 60 % des
cas à 1 an, que la dose soit délivrée de façon fractionnée ou
globale.
Elle est plus fréquente en cas d’hyperthyroïdie diffuse que
d’hyperthyroïdie nodulaire.
Dans la maladie de Basedow, le risque
plus élevé d’hypothyroïdie pour une même dose s’explique par le
caractère fonctionnel de l’ensemble du parenchyme thyroïdien.
La
présence d’anticorps antithyroïdiens ne semble pas avoir de
signification prédictive.
Une hypothyroïdie précoce, fruste mais
transitoire, due à un phénomène de thyroïdite radique et favorisée
par la présence d’anticorps antirécepteurs de TSH bloquants a été
décrite dans la maladie de Basedow.
Un traitement par
antithyroïdiens de synthèse avant ou après l’irradiation métabolique
réduirait le risque d’hypothyroïdie mais aussi l’efficacité du
traitement.
4- Chirurgie
:
En dehors de la thyroïdectomie totale à visée carcinologique où
l’hypothyroïdie est définitive dans la totalité des cas, l’apparition
d’une hypothyroïdie au décours d’une intervention sur la thyroïde
dépend de l’importance de la résection et, à un moindre degré, de la
nature de l’affection thyroïdienne et du niveau d’apport iodé.
Le
risque d’hypothyroïdie est faible lorsqu’il reste plus de 10 g de
parenchyme thyroïdien mais est accru lorsque le tissu restant est le
siège de lésions de thyroïdite lymphocytaire.
Dans la maladie de
Basedow, le risque d’hypothyroïdie dépend de l’importance du
moignon restant (84 % d’hypothyroïdie s’il est inférieur à 5 g) mais
aussi de la possibilité d’une évolution spontanée vers
l’hypothyroïdie.
La carence iodée expose davantage au risque.
Selon
la procédure chirurgicale, l’hypothyroïdie survient immédiatement
ou dans les 2 ans qui suivent le geste.
C - AUTRES CAUSES D’HYPOTHYROÏDIE :
Beaucoup plus rarement, l’hypothyroïdie de l’adulte peut être
secondaire à une carence d’apport iodé (en dehors de la grossesse
où une subcarence iodée suffit à induire une hypothyroïdie fruste),
à une anomalie de la migration thyroïdienne ou de l’hormonogenèse
à révélation tardive ou encore à diverses maladies infiltratives avec
destruction progressive du parenchyme fonctionnel : amylose,
sarcoïdose et granulomatoses diverses, infiltration leucémique ou
lymphomateuse, thyroïdite de Riedel...
L’hypothyroïdie centrale acquise due à un déficit en TSH relève de
diverses causes.