Les conséquences de la fièvre pendant la grossesse peuvent être
nombreuses : elle peut avoir un retentissement maternel et fœtal
quelle que soit son étiologie :
* Fièvre précoce au 1er trimestre :
- fausse couche spontanée précoce.
- embryopathie avec malformation congénitale diagnostiquée
tardivement par rapport à l'épisode fébrile.
* Fièvre plus tardive :
- fœtopathie.
- mort in utero.
- accouchement prématuré.
- hypotrophie fœtale.
- infection néonatale (septicémie néonatale).
Quand le diagnostic est posé, il faut avoir recours aux
antipyrétiques pour éviter les conséquences de la fièvre, en
association au traitement étiologique.
Cette vigilance s'impose aussi du fait de la modification des
symptômes de certaines infections en cours de grossesse,
induisant un retard au diagnostic parfois préjudiciable (en
particulier dans la pathologie chirurgicale).
La constatation d'une fièvre chez une femme enceinte doit donc
induire un examen clinique particulièrement soigneux, un minimum
d'examens complémentaires, pour débuter rapidement un traitement
adapté.
Constater et définir la fièvre :
La fièvre peut être le motif de la consultation. La constatation
d'une température rectale supérieure à 38°C doit inciter une
femme enceinte à consulter immédiatement son médecin. La
consultation de déclaration de grossesse devrait être l'occasion
de sensibiliser les futures mères aux signes d'infection et de
les dissuader de toute automédication en cours de grossesse.
Mais la fièvre, parfois méconnue, peut être dépistée par la
prise systématique de la température :
* devant tout signe d'appel infectieux.
* en cas de menace :
- de fausse couche spontanée ou d'accouchement prématuré.
- de métrorragies.
- de rupture prématurée des membranes.
- d'anomalies du rythme cardiaque fœtal (et surtout en cas de
tachycardie).
Dans ce contexte, une température rectale supérieure à 37,5°C
nécessite un contrôle quelques heures après. Dans certains cas,
une hypothermie inférieure à 36°C peut avoir la même valeur
qu'une fièvre.
Conduite à tenir en cas de fièvre :
BILAN CLINIQUE :
Les buts de l'examen clinique sont triples :
* apprécier le retentissement de l'infection :
- maternel : fièvre, polypnée, tachycardie, signes de choc
infectieux.
- obstétrical : contractions utérines, ouverture du col.
- fœtal : tachycardie fœtale, diminution des mouvements actifs
fœtaux.
* orienter vers une étiologie infectieuse ; le contexte est
parfois évocateur et permet d'orienter les examens biologiques ;
plus souvent la fièvre est isolée.
* ne pas méconnaître l'éventuel caractère chirurgical d'une
infection, les signes classiques (défense abdominale) étant
souvent atténués ou absents en fin de grossesse.
Interrogatoire :
Il fait préciser des éléments essentiels :
* les antécédents infectieux de la patiente : infection
urinaire, herpès...
* les caractéristiques de la fièvre : date et circonstances
d'apparition, intensité, évolution (en plateau, pics fébriles
avec frissons puis sueurs, évocateurs de bactériémie).
* les symptômes associés ( le contexte) :
- urinaires : brûlures mictionnelles, dysurie, pollakiurie,
douleurs lombaires.
- ORL : rhinorrhée, toux, otalgie.
- pulmonaires : toux, dyspnée, douleurs thoraciques.
- digestifs : douleurs abdominales, troubles du transit,
vomissements, prurit, ictère.
- méningés : céphalées, vomissements, photophobie.
- syndrome pseudo-grippal : myalgies, dorsalgies, céphalées.
- génitaux : rupture des membranes, contractions utérines,
leucorrhées, métrorragies.
- cutanés : éruption.
* la notion d'un contage infectieux, d'un voyage en pays
étranger, d'antécédents chirurgicaux ou d'infections urinaires à
répétition, les résultats des sérologies antérieures de la
rubéole, de la toxoplasmose, de la syphilis.
* les médicaments déjà pris.
Examen clinique :
Il est complet.
* Examen général :
- signes de retentissement déjà vus.
- examen ORL, auscultation cardio-pulmonaire.
- recherche de signes méningés, d'une éruption (varicelle,
rubéole), de douleur à l'ébranlement des fosses lombaires, d'une
défense abdominale, d'un ictère, de polyadénopathies
(toxoplasmose, SIDA, infection à Cytomégalovirus, rubéole).
* Examen obstétrical :
- à l'examen au spéculum : leucorrhées sales, glaire infectée,
recherche de métrorragies, d'écoulement liquidien, signe d'une
infection péri-ovulaire, vésicules d'herpès.
- au toucher vaginal : appréciation de l'ouverture du col.
- hauteur utérine : recherche d'un retard de croissance
intra-utérin...
EXAMENS COMPLEMENTAIRES :
Pour la recherche étiologique :
* Prescrits en fonction des symptômes :
- hémocultures systématiques devant tout tableau bâtard.
- bilan hépatique.
- ECBU, échographie rénale, éventuellement urographie
intraveineuse.
- échographie abdominale.
- radiographie pulmonaire, intradermoréaction à la tuberculine.
- ponction lombaire.
- sérologies (rubéole, toxoplasmose, hépatites virales A, B, C,
VIH, Cytomégalovirus).
- prélèvement vaginal et d'endocol (et éventuellement urétral
s'il existe une suspicion de maladies sexuellement
transmissibles) en cas de signes d'infection génitale, ou d'une
rupture prématurée des membranes, d'une menace d'accouchement
prématuré ou de fausse couche spontanée.
- grattage d'une lésion évocatrice d'herpès génital à la curette
mousse pour transfert dans un milieu de relargage fourni par le
laboratoire.
* En l'absence de symptômes évocateurs, on pratique
systématiquement un examen cytobactériologique des urines et
trois hémocultures aérobies, à la recherche d'une listériose.
Pour définir le retentissement fœto-maternel :
- Echographie obstétricale avec mesure de l'index amniotique et
estimation de la croissance fœtale.
- Cardiotocographie au 3e trimestre pour rechercher des
anomalies du rythme cardiaque fœtal et/ou la présence et
l'intensité des contractions utérines.
- Numération de formule sanguine. Une hyperleucocytose jusqu'à
15.000/mm3 est physiologique pendant la grossesse.
- La VS est inutile car toujours augmentée pendant la grossesse.
- La CRP est inutile car toujours augmentée en cas de fièvre.
Les principales étiologies :
De nombreuses infections, parfois très banales (infections ORL,
pouvant cependant masquer une listériose), peuvent survenir en
cours de grossesse ; certaines posent pourtant des problèmes
particuliers.
LISTÉRIOSE :
Elle est due à Listeria monocytogenes, bacille à Gram positif
hydrotellurique ; la contamination se fait au contact des
animaux ou par la consommation de lait ou de viande.
Elle est grave, car :
* souvent méconnue, du fait d'une symptomatologie polymorphe ;
elle se manifeste :
- le plus souvent par un syndrome pseudo-grippal de résolution
spontanée.
- mais parfois aussi par des symptômes urinaires, digestifs,
pulmonaires, méningés.
- ou par une fièvre isolée.
* susceptible de provoquer, 2 à 8 semaines après le premier
épisode, une fausse couche ou un accouchement prématuré, une
mort fœtale, une septicémie néonatale.
Son diagnostic peut être fait par isolement de Listeria
monocytogenes dans les hémocultures au moment de la fièvre, les
prélèvements périphériques (surtout placentaires) à la
naissance, ou par mise en évidence de micro-abcès à l'examen
histologique du placenta.
C'est la listériose qui motive le traitement systématique de
toute fièvre d'étiologie inconnue survenant en cours de
grossesse par amoxicilline (6g/j) dans l'attente du résultat de
l'hémoculture. Ce traitement est d'autant plus efficace qu'il
est débuté plus tôt.
FIÈVRE ET SIGNES URINAIRES :
Infection urinaire :
* L'infection urinaire est plus fréquente en cours de grossesse
; elle est facilitée par :
- la dilatation des voies urinaires liée en partie à des
facteurs hormonaux et aux facteurs mécaniques d'obstacle
pelvien, favorisant une stase urinaire.
- la glycosurie, par abaissement du seuil rénal au glucose
constaté chez la femme enceinte.
* Elle est plus souvent asymptomatique pendant la grossesse ; or
elle favorise la survenue d'une prématurité et d'une hypotrophie
fœtale.
* L'examen cytobactériologique des urines est donc systématique
:
- dès la constatation d'une glycosurie, d'une hématurie, d'une
protéinurie ou de la présence de nitrites au néphurtest
(Multistix*) mensuel.
- mensuel en cas d'antécédents d'infections urinaires itératives
ou récentes, de diabète, de néphropathie.
* Le diagnostic bactériologique d'infection urinaire est fait
par la positivité de l'examen cytobactériologique des urines
(leucocyturie supérieure à 100.000/ml, bactériurie supérieure à
10exp5 germes par ml) effectué au mieux sur les urines du matin.
* Les germes le plus souvent isolés sont :
- Escherichia coli (dans 60 à 80% des cas).
- les autres entérobactéries.
- les streptocoques, entérocoques ou staphylocoques étant plus
rares.
Pyélonéphrite aiguë :
La pyélonéphrite aiguë est la cause la plus fréquente de fièvre
en cours de grossesse.
On la suspecte en cas de :
- fièvre à 40°C, avec des pics bactériémiques (avec frissons
puis sueurs).
- brûlures mictionnelles, urines troubles, pollakiurie, dysurie,
irradiation lombaire des douleurs.
- douleur à la pression d'une fosse lombaire, contact lombaire
unilatéral, douleur au point urétéral inférieur (dans cul-de-sac
antérolatéral homolatéral au toucher vaginal).
Signes de gravité :
* Signes généraux : survenue d'une septicémie, d'un choc
septique, d'une pyélonéphrite gravido-toxique (avec un ictère et
des vomissements).
* Signes obstétricaux : contractions utérines, modifications
cervicales.
* Signes urologiques : un obstacle urétéral fébrile peut
provoquer une destruction du parenchyme rénal. Sont évocateurs :
- l'anurie fébrile (en cas d'obstacle bilatéral ou sur rein
unique), une fièvre persistant plus de 48 heures après le début
d'une antibiothérapie parentérale adaptée selon l'antibiogramme.
- des signes de dilatation pyélocalicielle, unilatérale à
l'échographie rénale (largeur du bassinet).
- un retard à l'excrétion unilatéral à l'urographie
intraveineuse.
Traitement :
Chirurgical ou par montée de sonde urétérale, il est envisagé en
cas de persistance de la fièvre après 48 heures
d'antibiothérapie parentérale adaptée.
FIÈVRE ET SIGNES DIGESTIFS :
L'existence de signes digestifs doit orienter vers certaines
étiologies.
Gastro-entérite :
* Les éléments évocateurs sont :
- la notion de contage, ou d'un repas éventuellement contaminant
(œufs, charcuterie, fruits de mer, crèmes ou laitages).
- l'association de vomissements et de diarrhée, de douleurs
abdominales diffuses ou à type de coliques.
- l'absence de défense abdominale, de douleur à la palpation
abdominale ou au toucher rectal, d'ictère.
* La possibilité d'une forme trompeuse de listériose doit faire
proposer une antibiothérapie par amoxicilline (après
hémoculture).
Appendicite aiguë :
Elle est grave du fait de la fréquence des perforations
intestinales et des péritonites.
* Son diagnostic est de plus difficile :
- elle peut être particulièrement atypique passé 5 mois de
grossesse, du fait de l'inconstance de la défense de la fosse
iliaque droite.
- le diagnostic différentiel essentiel est la pyélonéphrite
aiguë droite à ce terme de la grossesse.
* Les signes évocateurs sont les suivants :
- l'absence d'antécédents d'appendicectomie.
- la défense de la fosse iliaque droite, la douleur au point de
McBurney (ou du flanc droit en décubitus latéral gauche en fin
de grossesse), mais ce sont des signes inconstants.
- des nausées et vomissements inhabituels ou persistant après le
deuxième trimestre, et qui sont également des signes
inconstants.
- surtout un météorisme ou un iléus droit, une contractilité
utérine inhabituelle au niveau de la corne utérine droite.
Cholécystite aiguë :
Elle est rare (bien que favorisée en cours de grossesse par des
facteurs mécaniques et hormonaux), évoquée du fait de douleurs
spontanées et provoquées de l'hypocondre droit.
Le diagnostic est aidé par l'échographie des voies biliaires à
jeun, qui permet de visualiser des lithiases vésiculaires et
d'éliminer une obstruction cholédocienne.
Hépatite virale :
Démarche diagnostique devant un ictère fébrile avec prurit
L'apparition d'un ictère fébrile avec prurit fait rechercher :
* à l'interrogatoire :
- un syndrome pré-ictérique (anorexie, nausées, vomissements,
urticaire, céphalées) en faveur d'une origine virale.
- des antécédents de colique hépatique, orientant plutôt vers
une angiocholite ou une pancréatite aiguë.
* à l'examen clinique : une défense de l'hypocondre droit
(angiocholite), une douleur épigastrique irradiant en arrière et
à gauche (pancréatite aiguë).
* au bilan hépatique :
- une cholestase très importante orientant plutôt vers une
étiologie obstructive.
- une cytolyse prédominante orientant vers une étiologie virale.
- une augmentation de l'amylasémie de plus de 5 à 10 fois la
normale orientant vers une pancréatite aiguë.
* à l'échographie hépatique : une dilatation de la voie biliaire
principale, signe d'obstruction.
En l'absence d'obstruction de la voie biliaire principale à
l'échographie, les sérologies suivantes doivent être pratiquées
:
- MNI test ou réaction de Paul et Bunnell.
- anticorps (IgM) anti-HBc.
- anticorps (IgM) anti-HAV.
- anticorps (IgM) anti-HVC.
Hépatite B
* Les risques fœtaux de l'hépatite B sont la fausse couche
spontanée, l'accouchement prématuré et la mort fœtale ; le
risque d'embryopathie n'a pas été constaté et on ne pratique pas
d'avortement thérapeutique. Ces risques fœtaux doivent faire
proposer la vaccination aux femmes à risque non immunisées avant
ou, à défaut, pendant la grossesse.
* La découverte d'une hépatite B aiguë en cours de grossesse
fait répéter les sérologies tous les mois jusqu'à disparition de
l'antigénémie HBs.
* La persistance de l'antigène HBs chez une femme à terme doit
faire pratiquer une sérovaccination chez l'enfant à la
naissance.
MALADIES VIRALES OU PARASITAIRES :
Le VIH :
* Le SIDA avéré (infections opportunistes récidivantes, avec
altération de l'état général ou syndrome de Kaposi) est très
rare en cours de grossesse, le diagnostic est fait devant les
modifications caractéristiques de la numération formule sanguine
et la positivité de l'anticorps anti-VIH.
* La séropositivité est plus souvent dépistée par la réalisation
d'une sérologie, systématique ou chez des femmes à risques
(toxicomanes, Africaines, partenaire d'un homme séropositif).
* La gestation ne semblerait pas accroître le risque évolutif de
la maladie.
* Le risque de contamination néonatale est actuellement évalué à
20%. Il fait discuter une interruption de grossesse
thérapeutique dans les deux premiers trimestres. Un traitement
antirétroviral est entrepris (voir question).
La toxoplasmose :
Le plus souvent asymptomatique, parfois révélée par de la fièvre
et des polyadénopathies ; elle survient chez une femme non
immunisée.
* La sérologie est répétée tous les mois (si possible dans le
même laboratoire) en cours de grossesse chez les femmes non
immunisées :
- elle couple deux réactions, l'une détectant les
immunoglobulines G (dye test, immunofluorescence indirecte),
l'autre les immunoglobulines M (Remington ou agglutination
directe avant et après 2-mercaptoéthanol).
- il faut un délai de 10 à 15 jours entre la parasitémie et
l'apparition des anticorps.
- la primo-infestation est évoquée en cas de séroconversion ou
d'augmentation significative du taux des IgM entre deux
prélèvements à 3 semaines d'intervalle après un premier
contrôle.
* Le risque de transmission fœtale augmente avec le terme de la
grossesse, mais la gravité de la fœtopathie diminue. La
primo-infestation une fois affirmée, un traitement par
Rovamycine* (3g/j) et une surveillance échographique sont
institués jusqu'à l'accouchement, la ponction de sang fœtal est
discutée en fonction du terme de la grossesse.
La rubéole :
* Elle peut être refaite chez une femme antérieurement non
immunisée en cas :
- de fièvre associée à une éruption maculeuse rosée, à des
polyadénopathies surtout occipitales et à des arthralgies (en
fait, la symptomatologie est atypique dans 90% des cas).
- de contage avec une personne contagieuse (c'est-à-dire vue
dans les 8 jours précédant ou suivant l'éruption cutanée).
* La primo-infection, seule dangereuse pour le fœtus, car
accompagnée d'une virémie, est affirmée en cas de séroconversion
ou d'élévation significative du taux des immunoglobulines M
entre une première sérologie et un contrôle 15 jours à 3
semaines après.
* Les anticorps spécifiques deviennent positifs 14 jours après
le contage, au moment de l'éruption lorsqu'elle existe.
* La contamination fœtale transplacentaire peut être responsable
:
- de malformations fœtales si la contamination se fait avant 20
semaines de gestation (l'interruption volontaire de grossesse
peut être discutée avant ce terme).
- d'embryopathie ou de fœtopathie.
La maladie des inclusions cytomégaliques :
* Le diagnostic est suggéré par la survenue :
- d'une fièvre prolongée, associée à une asthénie, des myalgies,
une polyadénopathie ou une pharyngite récidivante.
- avec constatation d'un syndrome mononucléosique à la
numération formule sanguine.
* Il est affirmé par :
- l'isolement direct du virus à partir du sang et des urines.
- le dosage d'anticorps anti-Cytomégalovirus (immunoglobulines G
et M) par test ELISA.
* Ce diagnostic est difficile. Cependant, son intérêt est dû à
la gravité de l'éventuelle fœtopathie induite : microcéphalie,
ictère, hépatosplénomégalie, purpura thrombopénique.
La varicelle :
* Le diagnostic de la varicelle est clinique, facile lors de
l'apparition de vésicules prurigineuses. Un contrôle sérologique
avec recherche d'anticorps IgM sera systématique.
* Le risque de fœtopathie (hypoplasie des membres, hypotrophie,
paralysie et atrophie musculaire, chorio-rétinite, retard
psychomoteur...) serait possible pour les infections survenues
avant 20 semaines de grossesse : le diagnostic de l'atteinte
fœtale peut être fait par ponction de sang fœtal, mais son
intérêt est discuté. Une surveillance échographique
morphologique et biométrique mensuelle devrait permettre de
dépister l'atteinte fœtale.
* Le risque maternel réside dans le contage quelques semaines
avant l'accouchement : pneumopathie varicelleuse grave avec
pronostic vital engagé pour le nouveau-né.
L' herpès :
La primo-infection, au contraire des récurrences herpétiques,
peut être fébrile.
* Elle se caractérise par l'association d'une fièvre, de
bouquets de vésicules polycycliques très douloureuses
secondairement ulcérées, suintantes et douloureuses, et
d'adénopathies dans les territoires de drainage des lésions
cutanéo-muqueuses.
* Le diagnostic est surtout clinique ; en cas de doute, on peut
s'aider :
- du dosage des anticorps spécifiques (fiable dans la
primo-infection).
- de l'isolement du virus par écouvillonnage des lésions
génitales, adressé au laboratoire sur milieu de relargage.
* Le risque fœtal existe lorsque l'infection d'herpès de type II
persiste lors de l'accouchement, la transmission se faisant lors
du passage dans la filière génitale.
* Le risque fœtal justifie la pratique d'une césarienne avant ou
en début de travail, moins de 4 heures après la rupture des
membranes :
- en cas de lésions actives au moment de l'accouchement ou de
récurrence dans les 10 jours précédents.
- s'il y a antécédents d'infection herpétique, l'accouchement
par voie basse est possible après désinfection locale et les
prélèvements virologiques du nouveau-né sont obligatoires. On
traitera le nouveau-né au moindre doute d'infection (voir
question spécifique).
La syphilis :
* La sérologie est systématique en début de grossesse.
Le passage transplacentaire du tréponème pâle, induisant un
risque de syphilis congénitale, est possible après 16 semaines
d'aménorrhée.
* Le diagnostic de syphilis primaire, évoqué en cas de chancre
(typiquement induré, rose, indolore avec ganglion de drainage),
est confirmé par la découverte du tréponème pâle au microscope à
fond noir après grattage des lésions, ou par la positivation des
réactions spécifiques (FTA-ABS, TPHA), réalisée 15 jours au
moins après l'apparition des lésions cutanées.
La tuberculose :
* Elle est suspectée en cas d'altération de l'état général, ou
de bronchite traînante, surtout chez une femme à risques de
tuberculose :
- femme immigrée ou transplantée.
- patiente immunodéprimée.
- femme ayant eu un contage tuberculeux dans son entourage ou
des antécédents personnels de tuberculose.
* La radiographie pulmonaire du 6e mois de grossesse, pratiquée
chez ces mêmes populations, peut faire suspecter le diagnostic.
* Celui-ci est fait par l'examen direct et surtout la mise en
culture sur milieu de Löwenstein du produit d'aspiration
bronchique recueilli par fibroscopie bronchique.
* L'évolution, le traitement et la surveillance sont identiques
à ceux pratiqués en l'absence de grossesse (en évitant la
rifampicine au premier trimestre de grossesse).
Le paludisme :
* Il est dangereux du fait de l'hyperthermie des accès
palustres.
* Le diagnostic se fait par goutte épaisse ou frottis sanguin,
chez des patients ayant séjourné dans des pays impaludés,
surtout en l'absence d'une prévention correcte.
* Le traitement en cours de grossesse utilise des dérivés de la
quinine.
CHORIO-AMNIOTITE :
Elle est le plus souvent secondaire à une contamination
ascendante (favorisée par une rupture prématurée des membranes,
une infection génitale ou une ouverture prématurée du col),
rarement à une contamination hématogène (le plus souvent
d'origine urinaire).
On la suspecte :
* après rupture prématurée des membranes, devant :
- une fièvre maternelle.
- le caractère teinté ou fétide du liquide amniotique.
- des signes de souffrance fœtale aiguë à l'enregistrement du
rythme cardiaque fœtal (en particulier tachycardie fœtale).
* avant terme, en cas de fièvre maternelle, associée à :
- une infection génitale, une cervico-vaginite au spéculum, une
menace d'accouchement prématuré.
- des signes de souffrance fœtale aiguë inexpliquée à
l'enregistrement du rythme cardiaque fœtal.
Ces éléments imposent :
- l'hospitalisation.
- la pratique d'hémocultures, d'examens cytobactériologiques des
urines, de prélèvements bactériologiques d'endocol, avant
l'accouchement, de prélèvements placentaires et périphériques à
la naissance.
* un traitement par antibiotiques et antipyrétiques sans
attendre les résultats bactériologiques ; la prescription de
tocolytiques est contre-indiquée lors des menaces d'accouchement
prématuré fébriles.
Conclusion :
Au total, un examen clinique attentif permet d'orienter dans une
majorité de cas le diagnostic étiologique.
Les examens complémentaires sont prescrits suivant les éléments
cliniques. Seuls les hémocultures et l'examen
cytobactériologique des urines sont indispensables en l'absence
d'orientation clinique particulière.
Les antibiotiques de type amoxicilline doivent être facilement
prescrits en cours de grossesse, afin de traiter une éventuelle
listériose mimant les affections très banales telles qu'une
gastro-entérite ou une rhinopharyngite fébrile.
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