Introduction
:
Le nez, véritable pare-chocs de la face, est fréquemment concerné
lors des traumatismes craniofaciaux.
Les lésions qui en résultent
associent des atteintes du squelette nasal (fractures de l’auvent et
du septum), mais aussi des structures de soutien.
Elles ne doivent
pas être négligées sous peine de séquelles esthétiques et/ou
fonctionnelles.
Anatomie
:
A - SITUATION :
La face est classiquement divisée en trois étages :
– étage supérieur ou crânien (plafond orbitaire, région nasoethmoïdale, sinus frontaux) ;
– étage moyen entre l’arcade dentaire supérieure et le bandeau
frontal ;
– étage inférieur ou mandibulaire.
Verticalement, on peut distinguer le tiers médian séparé des tiers
latéraux par une ligne verticale passant par le quart interne de
l’orbite.
Le nez est une pyramide ostéocartilagineuse située au niveau du
tiers médian du tiers moyen de la face, juste sous le bandeau frontal.
Sa situation et sa proéminence en font une zone exposée de la face
et expliquent les lésions associées.
B - CONSTITUTION DE LA PYRAMIDE NASALE :
1- Portion osseuse
:
La portion osseuse représente le tiers, voire la moitié supérieure de
la pyramide nasale.
Elle est constituée de trois éléments osseux : l’os
nasal, le processus frontal du maxillaire et l’os frontal.
Les os nasaux sont des lames osseuses paires et symétriques, minces
et fragiles.
Ils reposent en arrière et latéralement sur des structures
osseuses compactes qui sont des zones de résistance et participent à
la constitution des piliers canins : les processus frontaux des
maxillaires.
En haut, ils s’engrènent au niveau de l’échancrure nasale
de l’os frontal.
Celle-ci se prolonge par l’épine nasale très épaisse,
qui s’impacte en coin, dans le dièdre osseux nasal. Cette partie est
une zone extrêmement résistante.
Latéralement, en haut, le processus orbitaire interne de l’os frontal,
de part et d’autre de l’échancrure, s’articule avec le processus frontal
du maxillaire et contribue à la constitution de la partie supérieure et
postérieure de l’auvent osseux.
Cette structure osseuse masque et protège des éléments beaucoup
plus fragiles et notamment l’ethmoïde dont les parois latérales des
masses latérales participent à la constitution de la paroi interne de
l’orbite ; le toit, à la constitution de l’étage antérieur de la base du
crâne et la lame perpendiculaire, à la partie supérieure du septum
nasal.
La limite entre les structures compactes et fragiles est
représentée par le canal lacrymonasal qui est une zone de faiblesse.
Au niveau de la crête lacrymale antérieure s’insère le ligament
palpébral médial.
Il contribue au maintien en place du canthus
médial.
Les fractures de l’auvent osseux intéressent d’abord les zones les
plus fragiles (os propres du nez).
En fonction de l’importance du
traumatisme et de l’impact, leur support est atteint (piliers,
échancrure nasale du frontal, épine frontale) et les structures fragiles
qu’il protège peuvent être lésées.
2- Portion cartilagineuse :
La portion cartilagineuse est formée du cartilage latéral du nez, des
cartilages alaires et du cartilage septal qui participe à la statique de
la pyramide nasale.
Le cartilage latéral s’amarre en haut à l’os nasal, et est soudé sur la
ligne médiane au cartilage opposé et au cartilage septal.
Le cartilage
alaire a une forme de U ouvert en bas et présente deux portions :
– une médiale, qui participe avec son homologue opposé à la
constitution de la columelle ;
– une latérale, large qui donne le relief à l’aile du nez. Son bord
antérieur forme le bord libre de la narine.
La jonction entre les deux branches forme le dôme nasal.
Le cartilage septal est quadrangulaire et s’intercale entre en haut et
en arrière, la lame perpendiculaire de l’ethmoïde, en bas et en arrière le vomer situé entre la crête incisive en bas et en avant et le
sphénoïde en haut et en arrière.
Son bord antérosupérieur, tendu
depuis le bord inférieur de l’union des os nasaux au lobule du nez
est uni aux cartilages latéraux sur toute sa hauteur.
Son bord antéroinférieur,
entre le lobule et l’épine nasale, s’insinue entre les ailes
médianes des cartilages alaires.
Les cartilages peuvent être fracturés ou désolidarisés de leurs
attaches osseuses.
Épidémiologie :
A - RIXES :
Elles sont au premier plan dans certaines séries.
Il s’agit dans
75 % des cas d’hommes jeunes.
B - ACCIDENTS DE LA VOIE PUBLIQUE
:
Les traumatismes faciaux ont diminué en fréquence et en gravité
avec le port de la ceinture de sécurité et l’équipement généralisé de
coussins gonflables.
Les piétons et les usagers de deux roues sont,
eux, particulièrement vulnérables, soit lors de l’impact avec le
véhicule, soit lors de la chute.
Dans la statistique de Heymans,
l’accident de la voie publique met en cause les piétons dans 31 %
des cas, une automobile dans 30 % des cas, les bicyclettes dans 21 %
des cas, puis les deux roues à moteur dans 10 % des cas.
C - ACCIDENTS DU SPORT
:
Le traumatisme nasal peut être isolé ou s’intégrer dans un
traumatisme plus complexe.
Il s’agit d’un sujet jeune, masculin dans
70 à 80 % des cas, concernant la deuxième décennie de la vie.
D - CHUTE :
Elle concerne les deux extrémités de la vie : l’enfant ou la personne
âgée, malvoyante ou polymédicamentée dans 47 % des cas selon
Heymans.
Les conséquences de la chute et la prise en charge sont
spécifiques.
Dans la série de Thaller, la chute représente 8 % des
étiologies de fractures nasales.
Physiopathologie :
impacts et conséquences lésionnelles
Les fractures nasales concernent à la fois l’auvent nasal et le septum.
On distingue pour l’auvent nasal des fractures non déplacées et des
fractures déplacées.
Le déplacement varie selon la vitesse, la force et
la direction de l’impact.
Lorsqu’il y a un déplacement, il se produit
toujours une fracture du septum ostéocartilagineux :
– si l’impact se situe sur l’arête cartilagineuse : la fracture du septum ostéocartilagineux entraîne un arrachement de l’attache supérieure
avec les os nasaux ;
– si le choc est sur le bord inférieur de la cloison : la fracture du
septum ostéocartilagineux entraîne une fracture de l’épine nasale ;
– dans le cas d’une fracture comminutive : la fracture du septum ostéocartilagineux se produit par un mécanisme de tassement sous
un auvent osseux effondré.
A - IMPACT LATÉRAL :
C’est la forme la plus fréquente selon Heymans.
Il s’agit de la
conséquence, en règle, d’un traumatisme à vitesse lente : chute ou
coup de poing.
1- Conséquences sur l’auvent osseux :
L’arête nasale est intacte mais déviée, le septum nasal, bien que
fracturé, ne présente pas de gros dégâts.
Selon l’importance du choc, on distingue :
– l’enfoncement unilatéral : un seul os propre est enfoncé.
L’arête
nasale, la pointe du nez restent alignées sur la ligne médiane du
visage ;
– la scoliose nasale : l’arête est déviée avec une angulation de l’arête
à l’opposé de l’impact.
La pointe reste médiane, surplombant la
columelle qui reste alignée au philtrum ;
– le nez couché : la cloison se rompt, entraînant un déplacement du
côté opposé de la pointe.
Dans ce traumatisme par choc latéral, les lignes de ruptures se
situent habituellement plus près de l’os propre du nez côté impact,
plus près de l’apophyse montante côté opposé.
2- Conséquences sur le septum
:
La fracture peut être isolée, parfois révélée par un hématome de
cloison.
Le déplacement est responsable d’une déviation de la pointe
en cas de fracture du septum cartilagineux.
Compte tenu de
l’élasticité du cartilage, le traumatisme doit être violent et l’impact
concerner la pointe du nez.
Le septum osseux, quant à lui, est
fracturé dès qu’il y a une déformation de la pyramide osseuse.
B - IMPACT FRONTAL :
L’impact est antéropostérieur, impliquant habituellement des
fractures chondroseptales.
Ces fractures sont plus graves que les
précédentes.
1- Impact direct antéropostérieur :
* Conséquences sur l’auvent osseux :
On distingue :
– la fracture dite en « marche d’escalier ».
L’arête nasale reste dans
un plan sagittal, mais marque une ensellure qui est rapidement
noyée dans l’oedème ;
– l’impaction du dôme.
La fracture se produit entre les deux os
nasaux fracturés parallèlement, les apophyses montantes ayant
résisté ;
– les fractures comminutives.
Elles échappent à toute
systématisation ;
– les dislocations orbitonasales.
L’impact est encore plus violent que
précédemment.
La pyramide nasale s’impacte comme un coin
osseux entre les apophyses montantes du maxillaire qui se rompent
en effondrant l’unguis et l’ethmoïde, structures frêles, avec des traits
de refend irradiant vers la lame criblée.
De face, le nez est élargi, les
fentes palpébrales anormalement écartées.
De profil, la rétrusion
nasale est manifeste.
* Conséquences sur le septum
:
Quand il se produit une fracture septale, elle est volontiers verticale
(fracture de Chevalet).
2- Impact ascendant ou descendant :
* Conséquences sur l’auvent osseux :
Les lésions décrites précédemment sont possibles.
Au maximum, ces
impacts peuvent être responsables de dislocations orbito-nasoethmoïdo-
frontales.
Aux lésions précédentes s’ajoutent une fracture de la racine
frontale du nez, une fracture de la paroi antérieure du sinus
frontal, avec ou sans embarrure.
La paroi postérieure du sinus frontal peut être également
fracturée avec un recul des structures osseuses antérieures.
Ces fractures font l’objet d’un chapitre particulier.
* Conséquences sur le septum
:
Des fractures horizontales (fractures de Jarjavay) sont décrites, avec
luxation chondrovomérienne.
Une fracture de l’épine nasale est
classique en cas de traumatisme inférieur.
Diagnostic : bilan facial
S’il n’y a pas d’urgences ou si celles-ci ont été traitées, le praticien
réalise un bilan lésionnel facial systématique et complet.
A - INTERROGATOIRE DU BLESSÉ :
Il précise les circonstances du traumatisme.
Si le patient est
inconscient, l’entourage est questionné.
Les circonstances informent
sur le degré de violence du choc, sur la vitesse relative et la direction
de l’impact (accident de la voie publique, du travail ou de sport,
rixe).
On recherche en particulier :
– des antécédents de traumatisme nasal ;
– une pathologie associée ;
– l’existence de traitements : anticoagulants, anti-inflammatoires.
B - EXAMEN CLINIQUE :
1- Inspection
:
L’inspection du patient de face, de profil, recherche :
– une déformation.
Tête du patient relevée, l’examinateur se place
devant puis derrière lui.
On peut s’aider d’une photographie, d’une
pièce d’identité si l’on en dispose.
Cette déformation est parfois
noyée dans l’oedème, l’hématome.
On apprécie l’axe de la pyramide,
sa symétrie, la projection de la pointe selon une ligne médiane de
projection partant du milieu du front, passant par la pointe du nez
jusqu’au milieu du menton ;
– une plaie, qui détermine une fracture ouverte ou fermée ;
– une épistaxis déglutie dans la cavité buccale, avec l’aide d’un
abaisse-langue.
Les organes voisins sont explorés : oeil et voies lacrymales : la vision
est appréciée par la visualisation des doigts de l’examinateur.
Un
larmoiement fait réaliser un test de perméabilité des voies
lacrymales à la fluorescéine, dont l’issue doit s’observer sous le
cornet inférieur, après instillation dans le cul-de-sac lacrymal, au canthus interne.
On suspecte une atteinte oculo-orbitaire devant :
– un télécanthus supérieur à 35 mm ;
– un abaissement du globe oculaire ;
– un hématome en « lunette ».
2- Palpation externe :
Elle est douce, prudente et est réalisée par un opérateur ganté, avec
l’index et le pouce vaselinés permettant un glissement doux et atraumatique.
Cette palpation est souvent plus utile que l’inspection
du fait de l’oedème rapidement considérable.
On recherche :
– un point douloureux,
– une ensellure ;
– un décrochage ;
– une asymétrie ;
– une crépitation signant un emphysème.
3- Examen endocavitaire :
Il débute par une rhinoscopie antérieure réalisée après l’ablation
d’un tamponnement initial éventuel.
Cet examen est complété d’un
examen à l’endoscope rigide à 0 ou 30 degrés.
La fibroscopie souple
n’est pas toujours réalisée.
On recherche :
– un hématome de cloison, tuméfaction molle, dépressible et
arrondie, de part et d’autre de la cloison, sombre, tendue ou
fluctuante ;
– une déformation au niveau du nez cartilagineux ;
– une plaie muqueuse.
En cas de saignement, la rhinoscopie repère l’origine de l’épistaxis.
Le classique test à la compresse laissant une auréole claire sur la
périphérie de la tache de sang est réalisé pour rechercher la présence
de liquide cérébrospinal lors des traumatismes violents.
Devant un
écoulement clair, sans hémorragie associée, une liquorrhée est
fortement suspectée. On recherche, à la bandelette, la présence de
glucose.
On peut également faire doser la b2-transferrine.
Puis l’examen endobuccal recherche des lésions associées. On
explore les surfaces osseuses qui ont pu échapper à la palpation
cutanée en parcourant du doigt les vestibules supérieurs et
inférieurs jusqu’aux branches des mandibules.
L’articulé dentaire est
étudié à la recherche d’un contact dentaire précoce, d’un décalage
de la ligne interincisives.
On recherche une fracture de l’arcade
dentaire en appréciant la mobilité des groupes dentaires un par un
et par rapport au massif facial et la mobilité de ce dernier par
rapport au crâne à la recherche d’une disjonction craniofaciale,
intégrant cette fracture nasale à un traumatisme plus complexe.
Enfin, l’examen est complété par la recherche d’une hypoesthésie
du nerf trijumeau dans le territoire sous-orbitaire, d’une diplopie,
qui signent une fracture orbitaire.
Une dysperméabilité de la voie
lacrymale est suspectée devant un larmoiement et on réalise un test
à la fluorescéine.
C - IMAGERIE MÉDICALE :
L’imagerie médicale complète le bilan clinique initial.
Cette imagerie n’est pas systématique pour certains, lorsque la
fracture est cliniquement évidente ; on s’aide éventuellement
de photographies d’identité.
Deux situations bien distinctes sont à envisager :
– soit le traumatisme est à l’évidence bénin, limité à la pyramide
nasale ;
– soit le traumatisme est grave, du fait des lésions associées (patient
polytraumatisé pour lequel le traumatisme nasal passe au second
plan), ou du fait du contexte (violence de l’impact, atteinte des
structures adjacentes à la pyramide nasale cliniquement évidente).
1- Traumatisme à l’évidence bénin :
* Photographies :
Des clichés photographiques en possession du traumatisé peuvent
permettre de visualiser l’état antérieur.
Ils sont parfois suffisants.
Il
peut être utile également de réaliser des photographies lors de
l’examen clinique qui peuvent avoir une valeur médicolégale.
Les
incidences sont celles utilisées dans les projets de rhinoplastie (face,
profils droit et gauche, base du nez).
Cette pratique doit être
recommandée.
* Clichés classiques de radiologie conventionnelle
:
Ils ont également un intérêt médicolégal.
Ils ne sont pas
systématiquement demandés, la clinique pouvant suffire à elle
seule.
Il n’y aurait pas de corrélation entre les catégories de
fractures et les données de la radiographie conventionnelle.
Pour
certains, ces clichés sont peu utiles au diagnostic chez l’adulte, et
d’interprétation difficile chez l’enfant.
Les clichés demandés sont les suivants :
– cliché « os propres du nez ».
Il est réalisé de profil strict, centré
sur le bord inférieur des orbites.
Il n’offre pas une bonne définition
des os propres du nez et des processus frontaux des maxillaires.
On
confond souvent l’ombre des empreintes vasculaires avec un trait
de fracture ;
– l’incidence de Blondeau, ou « nez-menton-plaque », est
systématiquement demandée par certaines équipes.
Elle paraît
moins informative que l’incidence voisine dite de Waters qui est une incidence postéro-inférieure.
Cependant, l’interprétation de ces
incidences est également difficile du fait de la structure en relief de
la pyramide nasale et doit plutôt être faite en suivant les lignes
décrites par Campbell et Mc Gregor.
D’autres incidences ont été décrites, mais en pratique, seules celles
mentionnées ci-dessus sont de réalisation courante, car elles se
complètent.
On peut néanmoins citer :
– l’incidence de Gosserez -Tréheux, dite racine-base : elle est très
voisine de l’incidence de Tréheux, mais peut être réalisée en position
assise.
Le rayon incident est perpendiculaire au plan de Francfort et
projette la voûte nasale dans l’os frontal ;
– le cliché mordu avec incidence tangentielle, de réalisation est
d’interprétation difficiles du fait de la superposition des reliefs
osseux ;
– l’incidence du profil dissocié de Gosserez.
Un film dentaire est
appliqué sur la face latérale du nez. Cette incidence explore
l’hémivoûte nasale homolatérale et nécessite donc deux clichés.
2- Traumatisme grave :
Si le traumatisme est grave, les incidences classiques sont
supplantées par la tomodensitométrie (TDM) qui permet, outre le
diagnostic de fracture nasale, de réaliser le bilan des lésions craniofaciales associées.
On réalise des coupes axiales et coronales.
En cas d’impossibilité de pratiquer des coupes coronales sans
menacer le rachis du patient, des reconstructions sont possibles à
partir des coupes fines axiales.
La TDM reste le meilleur moyen
actuel pour étudier un traumatisme facial dans sa totalité et ses
détails.
La TDM autorise des reconstructions tridimensionnelles dont
l’indication n’est pas de première urgence.
Elles peuvent permettre
d’évaluer une séquelle, de préparer un geste de reconstruction, mais
compte tenu de leurs faux positifs et de leurs faux négatifs, des effets
de lissages, ainsi que du caractère irradiant de cet examen, elles ne
sont pas à demander dans le bilan initial.
L’imagerie par résonance magnétique n’a pas sa place en
traumatologie faciale du fait de sa mauvaise définition osseuse.
Elle
peut être utile pour l’examen d’un nerf optique dont on suspecte le
traumatisme.
Elle aurait un intérêt pour certains après 48 heures de
la survenue de la fracture pour différencier le sang, l’inflammation
et l’oedème.
Formes cliniques :
A - FORMES ANATOMOPATHOLOGIQUES :
1- Lésions osseuses :
Elles intéressent soit la structure globale de la pyramide nasale et
les catégories de lésions ont été vues précédemment, soit l’un de ses
éléments.
Il peut s’agir :
– d’une atteinte isolée d’os propre qui réalise un enfoncement ou
une extériorisation de l’os propre ou de son fragment.
Ce
déplacement est souvent constaté au toucher car l’oedème posttraumatique
masque rapidement les reliefs des déformations ;
– d’une fracture de l’épine nasale antéro-inférieure par choc direct
qui se traduit par une douleur nette au niveau de la columelle, un
hématome du cul-de-sac gingival au niveau du frein de la lèvre
supérieure, parfois associé à un traumatisme dentaire incisif. Un
cliché radiographique de profil en fait le diagnostic ;
– d’une fracture ouverte dès qu’il existe une effraction cutanée en
regard de la fracture.
En cas de caractère transfixiant le plan
muqueux, la réparation doit suivre des règles chirurgicales définies
afin de limiter les séquelles fonctionnelles et esthétiques.
2- Lésions cartilagineuses
:
Certaines concernent le cartilage septal : ce sont des fractures
verticales dites fractures de Chevalet, ou horizontales avec luxation chondrovomérienne de Jarjavay.
L’inspection objective une déviation
de la pointe, une asymétrie des orifices narinaires et, habituellement,
un hématome de cloison.
D’autres lésions concernent les cartilages
triangulaires par leur désinsertion de l’os propre et les cartilages
alaires qui peuvent réaliser un « coup de hache » au niveau de la
crus latérale.
B - FORMES SYMPTOMATIQUES :
1- Formes hémorragiques
:
Compte tenu de la riche vascularisation des fosses nasales,
l’épistaxis, lors d’un traumatisme nasal, est fréquente et se tarit
souvent rapidement.
Cependant, son abondance ou sa persistance
doivent faire suspecter une lésion vasculaire classiquement dévolue
aux vaisseaux issus du système ethmoïdal en cas d’hémorragie
haute et à ceux issus des branches de l’artère maxillaire interne en
cas d’origine basse du saignement.
Elle doit être prise en charge
rapidement par les moyens classiques d’hémostase par
tamponnement mais doit parfois imposer un geste chirurgical ou
d’embolisation au besoin complété d’une réanimation.
Elle est aussi classique après une manoeuvre de réduction de
fracture.
2- Formes respiratoires : obstruction nasale
La sensation d’obstruction nasale majeure unilatérale peut être le
témoin d’une fracture septale.
Elle conduit systématiquement à la
recherche d’un hématome de cloison.
Sa présence impose un
traitement en urgence en raison du risque de surinfection et de
nécrose septale : il doit être ponctionné ou drainé puis la fosse nasale
est méchée afin d’éviter sa récidive.
3- Formes ecchymotiques « massives » :
Du fait de la plasticité du revêtement cutané facial, une fracture du
nez conduit rapidement à un oedème ecchymotique parfois
impressionnant, intéressant la pyramide nasale, les régions sousorbitaires,
voire les paupières puis les régions nasogéniennes.
Ce
phénomène gêne l’examen clinique et impose un examen clinique
secondaire lors de la « fonte » de l’oedème ; le caractère en « lunette »
impose un bilan craniofacial complet.
4- Formes avec rhinorrhée aqueuse
:
Même si l’apparition lors de fracture du nez d’une rhinorrhée reste
rare, elle doit faire suspecter une lésion basicrânienne comme une
brèche ostéoméningée par impaction ou une fracture irradiée.
C - FORMES ASSOCIÉES :
Un traumatisme de la pyramide nasale, qui par son seul aspect est
parfois impressionnant, ne doit pas faire négliger la recherche de
lésions associées.
1- Formes associées à une lésion de la région craniofaciale :
L’objet de ce paragraphe n’est pas de traiter les lésions traumatiques
de la face mais d’énumérer leur fréquente association en raison de
l’étroitesse des rapports entre ces différentes structures et parfois
leur aspect caractéristique.
On peut les schématiser en lésions médiofaciales et latérofaciales.
En ce qui concerne les lésions médiofaciales associées, on distingue :
– les lésions du tiers supérieur de la face par atteinte du bandeau
frontal ;
– les lésions du tiers moyen de la face où la fracture nasale s’intègre
dans un ensemble plus complexe :
– atteinte du complexe fronto-naso-maxillo-ethmoïdo-frontal ;
– disjonctions faciales de type Le Fort où existe un trouble de
l’articulé dentaire associé ;
– les lésions du tiers inférieur de la face avec fractures dentaires ou
mandibulaires.
Des lésions latérofaciales sont parfois associées, les associations les
plus fréquentes étant naso-orbitaires. Hormis le nez, elles
intéressent les structures osseuses orbitaires (paroi interne et
plancher de l’orbite), les structures tégumentaires ligamentaires
(ligament palpébral interne) et lacrymales (voie lacrymale et son
sac).
Leur traduction clinique se fait par un hématome dit en
« lorgnette », une modification du point canthal interne, une
diplopie et une hypoesthésie sous-orbitaire, parfois par un
emphysème sous-cutané si le patient s’est mouché.
Tout doute sur
l’existence d’une de ces lésions impose un bilan tomodensitométrique.
2- Formes associées à une lésion d’une autre région
:
Nous ne citerons que l’association avec un traumatisme crânien ou
du rachis cervical dont la présence peut se révéler gravissime.
D - FORMES SELON L’ÂGE :
1- Formes du nouveau-né
:
Le traumatisme nasal est une complication classique lors des
accouchements dystociques.
La fracture est due à l’appui forcé lors
de l’expulsion ou à l’utilisation de forceps.
La pyramide osseuse et
le septum peuvent être touchés isolément.
Le nez apparaît alors
dévié.
Cette fracture ne doit pas être méconnue et doit faire l’objet
d’un traitement orthopédique immédiat, sous peine de persistance
et d’aggravation de la déformation avec la croissance.
2- Formes de l’enfant
:
Leur particularité provient de l’aspect morphologique du nez de
l’enfant et ses caractéristiques structurales et évolutives.
En effet, le
nez de l’enfant est petit, en situation plus basse que l’adulte, donc
moins proéminent et présentant moins de risque traumatique.
La
portion dominante de sa structure est cartilagineuse donc encore
souple.
La croissance n’est pas terminée et les noyaux restent
exposés.
De ce fait, une fracture du nez de l’enfant passe souvent
inaperçue car elle est masquée par l’apparition rapide d’un oedème.
Les lésions de la cloison sont probablement très sous-estimées.
Elles
sont observées essentiellement au stade séquellaire à l’âge adulte.
3- Formes du sujet âgé
:
Elles sont fréquemment comminutives, en relation avec la fragilité
osseuse des personnes âgées.
E - FORMES SÉQUELLAIRES :
Elles sont dominées par l’aspect extérieur du nez dont la caricature
est le « nez de boxeur ».
Elles intéressent à la fois l’architecture
externe et l’architecture interne.
Sur le plan externe, on observe sur
le plan osseux soit des cals inesthétiques (médian ou latéral), soit au
contraire des defects avec ensellure.
Du point de vue cartilagineux,
on observe volontiers une déviation de pointe, une asymétrie de
pointe.
Au plan de la structure interne, la cloison nasale peut
prendre tous les aspects malformatifs avec des déformations très
importantes et complexes obstruant la filière nasale.
Leur correction
est parfois difficile car le cartilage post-traumatique est d’allure
feuilletée et un plan de dissection peut être laborieusement trouvé.
Une perforation septale n’est pas rare, témoin d’un hématome de
cloison négligé ou passé inaperçu.
Suite
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