Entorses de la cheville
Cours de l'appareil locomoteur
La fréquence des entorses latérales de la cheville n’est
plus à démontrer.
Il suffit de rappeler quelques chiffres
désormais classiques : 1 accident pour 10 000 personnes
par jour, soit 6 000 en France, dont 20 % sont des lésions
graves qui, en l’absence de traitement correct, laisseront
des séquelles dans près de la moitié des cas.
Elles
représentent par ailleurs environ 20 % des traumatismes
sportifs.
C’est dire l’impact économique de cet accident
réputé banal.
Mais, c’est justement cette apparente
banalité qui pose tout le problème des entorses de la
cheville : en aucun cas, il ne faut mésestimer la nécessaire
rigueur de la prise en charge du blessé pour établir avec
certitude le diagnostic positif, le diagnostic de gravité et
le projet thérapeutique cohérent qui en découlera.
Rappel anatomique et biomécanique :
L’articulation talo-crurale est comparée à une mortaise
dans laquelle se loge le tenon talien.
Il faut se souvenir
que la partie médiale de la mortaise, représentée par la
malléole tibiale est plus courte que la malléole fibulaire.
Cela permet l’amplitude des mouvements d’inversion
du pied (flexion plantaire, supination et rotation médiale)
par rapport aux mouvements d’éversion (flexion dorsale,
pronation et rotation latérale), tout de suite bloqués par
la malléole latérale. L’appareil ligamentaire latéral de la
cheville joue donc un rôle essentiel, mais très exposé,
puisque c’est sur lui et sur lui seul que repose la stabilité
en inversion.
Il est composé de 3 faisceaux : le faisceau talo-fibulaire
antérieur le plus menacé et toujours le premier lésé, le
faisceau calcanéo-fibulaire, dont le rôle est également
essentiel en tant que stabilisateur de la sous-talienne,
véritable ligament latéral de cette articulation (dont le
ligament central est le ligament en haie), enfin le faisceau
talo-fibulaire postérieur, horizontal et dont la lésion est
plus rare.
Ce système représente un triangle à sommet
malléolaire et à large base s’insérant sur les os de l’arrièrepied
lui permettant de s’opposer aux contraintes en
inversion quel que soit le secteur de flexion-extension
dans lequel se trouve la talo-crurale.
Il est complété, par
ailleurs, par la capsule antérieure.
L’encastrement du tenon talien dans la mortaise tibiofibulaire
rend compte des risques majeurs de lésions
ostéochondrales du talus lors du mécanisme lésionnel.
Trois sites sont particulièrement exposés : l’angle
externe du dôme talien, par contact avec la malléole
latérale, l’angle interne, par contact avec le pilon tibial
et la joue interne du talus par impaction dans la malléole
médiale.
Ces lésions ostéo-chondrales sont la
véritable gravité des
entorses.
Elles doivent être
minutieusement recherchées
et, si elles sont présentes,
doivent guider l’attitude
thérapeutique.
Il faut enfin insister sur le
caractère favorisant que
constitue un varus de l’arrière-pied, quelle qu’en soit
l’origine.
À partir de ce
défaut statique, les
contraintes supportées par
l’appareil ligamentaire
latéral ne peuvent qu’en
être augmentées.
Diagnostic
:
A - Examen clinique :
C’est le temps essentiel.
Il conditionne toute la suite de
la démarche diagnostique et thérapeutique et donc l’avenir
de la cheville et du blessé.
Par conséquent, on ne saurait
trop insister.
Il a 2 buts : établir le diagnostic positif et le degré de
gravité et, pour cela, doit respecter les règles d’un
examen clinique programmé.
1- Interrogatoire :
Il doit comprendre 2 temps successifs :
• les antécédents, notamment à la recherche d’accidents
d’instabilité anciens, témoins d’une laxité chronique de
la cheville, qui posent des problèmes tout différents ;
• les circonstances du traumatisme actuel : mécanisme
lésionnel, sensation de craquement, toujours de grande
valeur si elle est retrouvée, de même que le gonflement
immédiat (« l’oeuf de pigeon » prémalléolaire latéral),
signe de gravité incontestable.
Par contre, l’importance
des phénomènes douloureux et leur évolution dans les
premières heures sont plus contingentes.
De même,
l’impotence fonctionnelle est variable et sans parallélisme anatomo-clinique valable.
2- Inspection
:
Elle permet de noter 2 signes de grande valeur localisatrice :
• le gonflement et la tuméfaction, précisément pré- et sous-malléolaires ;
• les ecchymoses de même localisation, mais jamais
plantaires, et exceptionnellement rétromalléolaires et,
dans ce cas, jamais isolées.
Toute autre localisation doit faire penser à d’autres
pathologies qui seront évoquées au paragraphe des
diagnostics différentiels.
On peut, parfois, noter une attitude spontanée du pied
en varus qui serait, pour certains, un signe de gravité.
Enfin, il faut examiner la région sous-malléolaire
médiale, siège parfois de gonflement et d’ecchymose,
qui peuvent faire suspecter une lésion dans l’espace
tibio-talien médial.
3- Palpation
:
Autre temps capital par la valeur localisatrice qu’il
représente, d’autant plus que c’est à partir de ses données
que sera, ou non, décidée la nécessité de réaliser des
radiographies, selon les règles d’Ottawa, sur lesquelles
nous reviendrons.
Il faut palper avec soin toutes les structures osseuses et
ligamentaires : les malléoles, la styloïde du 5e métatarsien,
les faisceaux ligamentaires antérieur et moyen, sans oublier
les articulations médio-tarsienne et tarso-métatarsienne,
les tendons fibulaires et le tendon calcanéen et l’articulation
tibio-fibulaire inférieure.
Enfin, les contractions résistées des différents tendons
autour de la cheville doivent être effectuées tour à tour,
si tant est que la douleur le permette.
4- Recherche d’un déficit neurologique
:
On doit étudier la sensibilité et la motricité dans le
territoire du nerf sciatique poplité externe qui peut avoir
été étiré lors du traumatisme en inversion.
5- Recherche des mouvements anormaux :
• Le varus forcé est quasiment impossible à réaliser du
fait de la douleur et des réactions de défense.
Ce test n’a,
en pratique, ni valeur ni intérêt.
• Le tiroir antérieur, à la rigueur, effectué avec douceur
est parfois possible et de bonne valeur.
En empaumant
le talon qui repose sur le plan de la table, genou fléchi
à 90°, on pousse le segment jambier vers l’arrière (technique
de Landeros).
Ce test, beaucoup moins douloureux pour
le blessé que le varus, peut permettre de ressentir le
déchaussement du talus et affirme alors la rupture ligamentaire,
au moins du faisceau talo-fibulaire antérieur.
Cependant, là encore, la douleur et les réactions de
défense n’autorisent pas, de façon certaine, à tirer des
conclusions définitives si le test est négatif.
En fait, le plus souvent, cette recherche des mouvements
anormaux est sans valeur réelle dans le cadre d’une
entorse récente.
Cependant, le mécanisme du traumatisme, les signes qui
l’ont accompagné ou immédiatement suivi, les données
de l’inspection et de la palpation permettent souvent de
faire non seulement le diagnostic positif de l’entorse
latérale, mais aussi celui de sa gravité lésionnelle.
Dans le doute quant à la gravité de la lésion, cet examen
doit être repris après quelques jours de traitement
« initial », tel qu’il sera décrit plus loin. Il permet alors,
dans des conditions plus favorables, de rechercher les
signes de gravité.
B - Imagerie :
Elle ne doit être ni systématique, ni incohérente, mais au
contraire répondre à une logique déterminée à la fois par
l’examen clinique et par les renseignements que l’on
veut obtenir.
1- Radiographies standard :
Il a été prouvé, depuis les travaux de Stiell, qu’elles ne
sont pas toujours utiles, mais que, en respectant ce qu’il
est convenu maintenant d’appeler « les règles d’Ottawa »,
on pouvait, sans risque, en faire l’économie dans au
moins 20 % des cas.
Il faut donc rappeler en quoi consiste ces « règles » : elles
s’appliquent aux patients entre 18 et 55 ans (au-dessous
de 18 ans, le risque de décollement épiphysaire justifie
la radiographie systématique, de même celui de fracture
malléolaire au-dessus de 55 ans).
Elles reposent ensuite
sur les données de l’examen clinique : impossibilité pour
le blessé d’effectuer 2 pas complets immédiatement
après le traumatisme et lorsqu’il est vu à la première
consultation, et, à la palpation, présence d’une douleur
au niveau de la pointe des malléoles et sur leur bord
postérieur sur une hauteur de 6 cm, au niveau de la styloïde du 5e métatarsien et du tubercule de l’os naviculaire.
Seule, l’existence de ces signes justifie la
radiographie.
Cependant, il ne faut peut-être pas être aussi schématique.
Il n’est pas sûr, en effet, que certaines fractures ostéo-chondrales du dôme du talus répondent à ces
critères. Dans le doute, mieux vaut faire une radiographie
qui risque d’être normale plutôt que de méconnaître une
telle lésion.
Mais, si les radiographies se justifient, alors elles se
doivent d’être parfaites et complètes pour pouvoir en
tirer les éléments indispensables.
La prescription sans
autre libellé que « face et profil de cheville » est une faute.
Dès lors qu’une radiographie s’avère nécessaire, ce sont
4 clichés qui doivent être exigés :
• face en rotation neutre, pour étudier l’espace tibiotalien
interne ;
• face en rotation interne, seul moyen de dégager
l’angle supéro-externe du dôme du talus, siège des
fractures ostéo-chondrales, et l’espace talo-fibulaire ;
• profil, meilleur moyen de dépister une fracture de la
malléole externe ;
• oblique externe du tarse, seul moyen d’étudier la
styloïde du 5e métatarsien et les articulations médiotarsienne
et tarso-métatarsienne.
C’est à ce prix que l’on peut véritablement rechercher
avant tout des lésions ostéochondrales, essentiellement
au niveau de l’angle supéro-externe du talus (avulsion
en coup d’ongle) et dans l’espace interne (fracture/
impaction).
Ce sont aussi ces clichés qui permettent
d’éliminer ce qui n’est pas une entorse : fracture de la
malléole externe, fracture de l’apophyse latérale du
talus, fracture de la styloïde du 5e métatarsien, lésions ostéo-articulaires du Chopart ou du Lisfranc.
Ce sont
aussi ces clichés qui montrent cette éventuelle forme
clinique qu’est l’arrachement de la pointe de la malléole
latérale dont l’approche thérapeutique sera bien différente.
2- Radiographies dynamiques
:
Leur prescription est malheureusement classique et
habituelle.
Elles n’ont pourtant ni valeur ni intérêt, quelle
que soit la technique utilisée, manuelle ou instrumentale,
dans le cadre d’une entorse récente.
Il en va de même que
pour la recherche clinique des mouvements anormaux :
la douleur, les réactions de défense du blessé, les
contractures musculaires enlèvent toute fiabilité à ces
clichés.
Toutes les études sérieuses montrent que leur
sensibilité n’excède pas 50 %, ce qui leur enlèvent donc
toute justification.
Le risque, au contraire, d’un faux
négatif serait de qualifier de bénigne une entorse grave
avec toutes les conséquences que cela entraîne inévitablement.
Ces clichés n’auraient de valeur que sous anesthésie
générale, ce qu’il est hors de question d’envisager dans
le cas d’un traumatisme aussi fréquent et dans la mesure
où dans la grande majorité des cas le traitement n’est pas
chirurgical.
Il en va tout autrement dans le cadre des laxités chroniques :
le patient est vu alors en dehors de tout traumatisme récent
et les clichés dynamiques prennent alors toute leur place.
Du fait de leur manque de fiabilité et dans l’état actuel
des choses, les clichés en position forcée doivent être
proscrits.
En cas de doute sur la gravité de la lésion
ligamentaire, c’est vers d’autres examens qu’il faut se
tourner.
Leur choix dépend de ce que l’on veut rechercher.
3- Échographie :
C’est actuellement le moyen le plus simple, le moins
onéreux, mais aussi le plus sûr, pour étudier les structures
ligamentaires.
La situation superficielle des faisceaux
antérieur et moyen, la présence d’un épanchement
articulaire expliquent la qualité des informations obtenues.
La rupture ou la désinsertion de l’un ou des 2 faisceaux
sont parfaitement visualisées, d’autant que de petits
mouvements, dans les limites de ce qu’il est possible
d’obtenir, permettent une étude dynamique.
Dans le même temps, d’autres structures
sont étudiées : les tendons fibulaires et
leur position, la syndesmose tibio-fibulaire
inférieure.
Par contre, l’échographie ne permet
pas la recherche de lésions ostéochondrales.
4- Tomodensitométrie :
C’est l’examen de référence si l’on
recherche des lésions ostéochondrales,
quelle que soit leur localisation et leur
type : fracture, avulsion, impaction ou
encore corps étrangers intra- articulaires.
L’importance de ces lésions pour le
pronostic et l’avenir de la cheville est telle
que le traitement sera fondamentalement
différent selon qu’elles existent ou non :
c’est dire que cet examen se justifie parfaitement
en cas de doute.
5- Imagerie par résonance magnétique
:
Grâce aux différentes séquences possibles, elle permet
d’étudier la cheville dans les 3 plans de l’espace, autorisant
un bilan global des lésions ligamentaires, osseuses
et tendineuses.
Mais, la longueur de l’examen, si l’on
veut effectivement mettre en évidence l’ensemble de ces
éléments, en limite en pratique l’indication dans le cadre
d’un traumatisme récent, d’autant plus que, dans l’état
actuel de ses performances, elle est encore inférieure au
scanner dans l’étude des structures osseuses.
Cependant,
elle a permis de montrer l’importance des contusions
osseuses sous-chondrales, contemporaines du traumatisme,
probablement responsables de certaines douleurs
séquellaires et, peut-être aussi, de ces lésions dystrophiques
(ou de nécrose partielle) observées à distance,
notamment au niveau de la partie interne du dôme talien.
6- Arthrographie et arthroscanner :
Ces 2 examens sont hautement performants, que ce soit
pour l’étude des lésions ligamentaires ou des lésions
osseuses et ostéo-chondrales.
Ils ont, de plus, l’avantage
de permettre l’analyse du revêtement cartilagineux
qu’aucune autre méthode n’autorise.
Ces lésions chondrales
pures ont leur importance, dans la mesure où elles
sont à l’origine de séquelles, notamment, probablement,
dans la genèse des kystes muqueux intra-osseux que
l’on peut observer à distance du traumatisme initial.
Cependant, leur caractère invasif en limite l’indication
par rapport aux explorations précédentes, sans pour
autant en diminuer la valeur incontestable.
7- Arthroscopie
:
Dans le cadre d’une lésion récente, elle n’a pas de place
à titre diagnostique.
Elle peut même être nocive du fait
des brèches capsulaires en raison des fuites de liquide
qui vont se répandre dans les parties molles tout autour
de la cheville.
C - Classification
:
Il en existe 2 types, selon qu’elles prennent en compte
uniquement les lésions ligamentaires ou qu’elles ajoutent
les lésions associées.
1- Lésions ligamentaires seules :
Ce sont les classifications d’O’Donoghue ou de Castaing.
Cette dernière classe les lésions en 4 stades :
– 0 : pas de rupture ligamentaire, mais simple distension ;
– I : rupture du ligament talo-fibulaire antérieur ;
– II : rupture associée du ligament calcanéo-fibulaire ;
– III : rupture des 3 faisceaux.
On a pu mettre en parallèle l’importance du bâillement tibio-talien sur les clichés dynamiques, mais nous avons
vu leur insuffisance dans le cadre d’une lésion récente,
enlevant donc toute fiabilité à cette classification.
Elle
repose, certes, sur des études anatomiques cadavériques
parfaitement valables, mais qui ne sont pas reproductibles
en clinique.
2- Lésions ligamentaires et lésions associées :
C’est la classification proposée par Trevino, beaucoup
plus complexe, mais qui a l’énorme avantage de tenir
compte de ce qui fait la véritable gravité de l’entorse :
les lésions ostéo-chondrales associées.
Ce sont les stades III et IV et leurs sous-groupes.
C’est à partir de ces notions que se détermine l’attitude
thérapeutique actuelle, puisque l’on sait maintenant que
les lésions ligamentaires pures peuvent parfaitement
cicatriser en l’absence de traitement chirurgical.
D - Diagnostic différentiel :
Leur élimination est un temps capital des examens
clinique et radiographique, tant la fréquence et la banalité
apparente de l’entorse de cheville autorisent souvent un
diagnostic de facilité.
1- Lésions osseuses :
• Les fractures de la malléole externe, de la styloïde du
5e métatarsien des articulations médio-tarsienne ou tarsométatarsienne
ne doivent pas échapper à un examen sérieux.
• La fracture de
l’apophyse externe
de l’astragale est
beaucoup plus difficile
à mettre en évidence
par la palpation et sa
visibilité sur les clichés
standard n’est pas toujours
claire.
Cependant, une lecture
attentive doit la dépister
et le scanner prend
ici toute sa valeur en
cas de doute.
Le pronostic
est tout différent
dans la mesure
où cette fracture intéresse
l’articulation sous-talienne et peut
laisser de très graves séquelles à ce niveau.
Elle peut justifier
un traitement par immobilisation plâtrée en l’absence
de déplacement ou chirurgical pour ostéosynthèse
dans le cas contraire.
2- Lésions tendineuses :
Elles intéressent les tendons fibulaires.
Leur rupture est
exceptionnelle, par contre, la luxation des tendons fibulaires est un diagnostic différentiel essentiel.
Elle
peut répondre à un
mécanisme lésionnel
apparemment identique,
encore que,
plus souvent, elle soit
secondaire à une
contraction réflexe
mais qui peut survenir
sur un mouvement
d’inversion brutal.
Là
encore, c’est l’examen
clinique qui doit permettre
le diagnostic :
douleur, tuméfaction
et ecchymoses rétromalléolaires
et non
pas prémalléolaires,
douleur à la contraction
résistée.
Par contre, la
reproduction de la
luxation à l’examen est très rarement possible.
Les
radiographies standard peuvent montrer une petite
écaille latéro-malléolaire, signe pathognomonique mais
rare.
En cas de doute, l’échographie, le scanner
ou l’imagerie par résonance magnétique permettent le
diagnostic de certitude.
3- Autres lésions ligamentaires :
• Articulation tibio-fibulaire inférieure : tout est différent,
le mécanisme (habituellement en flexion dorsale et
rotation externe forcées), les signes cliniques (antérieurs),
les données de l’examen (douleur locale, douleur en
flexion dorsale, douleur à la rotation externe du pied,
douleur à la pression des 2 os de la jambe à mi-hauteur),
les signes radiologiques (diastasis visible non pas sur
l’écart tibio-fibulaire, trop dépendant de l’incidence
radiologique, mais sur l’écart tibio-talien interne).
• Les entorses médio-tarsienne ou tarso-métatarsienne
ne résistent pas à l’examen clinique si l’on prend soin
d’examiner ces 2 articulations.
• Les entorses sous-taliennes posent des problèmes
beaucoup plus difficiles tant les signes cliniques sont
identiques et les radiographies non contributives.
Encore que leur identité à titre isolé soit discutée et
qu’elles soient le plus souvent, sinon toujours, associées
à une lésion du faisceau tibio-calcanéen du ligament
collatéral latéral dont elles partagent alors le traitement.
L’imagerie par résonance magnétique est alors l’examen
de référence.
L’importance, la fréquence et le traitement spécifique de
ces différentes lésions impliquent que la recherche de
ces diagnostics différentiels constitue un temps essentiel
de l’examen de tout traumatisme de la cheville.
Traitement :
Il faut fondamentalement différencier 2 tableaux : les
lésions ligamentaires pures et les lésions ligamentaires
associées à des fractures ostéo-chondrales.
Mais, dans tous les cas, un traitement immédiat, après le
traumatisme, est très souhaitable.
A - Traitement immédiat :
Tout de suite après le traumatisme, le protocole appelé RICE s’impose. Il associe rest, ice, compression, elevation.
C’est-à-dire repos, application de vessie de glace, bandage
compressif et surélévation du membre, le tout pour
diminuer tous les phénomènes inflammatoires locaux et
le gonflement de la cheville.
Si la lésion paraît grave, la
décharge complète est indispensable.
B - Lésions ligamentaires pures :
L’examen clinique initial permet habituellement d’établir
le diagnostic de gravité.
1- Lésions manifestement bénignes
:
Les signes cliniques sont peu marqués.
Il n’y a aucune
lésion anatomique réelle, sinon une simple distension
ligamentaire.
Seuls, des traitements locaux peuvent se
justifier (anti-inflammatoires locaux) associés à une prise en charge kinésithérapique (drainage, musculation
des éverseurs, rééducation proprioceptive). En quelques
jours, la reprise sportive est possible.
2- Lésions de gravité moyenne
:
Ce sont les cas les plus difficiles. Elles correspondent le
plus souvent à une rupture du seul faisceau talo-fibulaire
antérieur.
Mais, souvent, l’examen clinique initial ne
permet pas de trancher avec une lésion grave.
C’est dans
ces cas qu’après quelques jours de décharge et de soins
locaux l’examen secondaire se justifie pleinement.
Van Dijk, notamment, a montré que la reprise de cet examen
et des radiographies dynamiques sont alors de très grande
valeur et autorisent un diagnostic de gravité précis.
C’est aussi ici que l’échographie trouve une place.
Le diagnostic étant établi, le traitement consiste soit en
une orthèse de stabilisation pour 3 semaines environ ou
encore un strapping, à la condition qu’il soit effectué
dans les règles : technique de réalisation précise et non
pas simple application d’une bande élastique, réfection
tous les 2 jours, etc.
La rééducation s’impose ici sans
discussion.
La reprise sportive est possible en quelques
semaines, sans séquelle.
3- Lésions graves
:
Le tableau clinique ne prête guère à discussion devant
l’importance des signes locaux à l’inspection et à la
palpation.
Le traitement initial est d’importance capitale et, dans
certains cas particulièrement spectaculaires, une immobilisation
plâtrée est nécessaire pour les premiers jours.
Le traitement définitif est encore discuté :
• l’immobilisation plâtrée de 6 semaines est classique.
Elle permet la cicatrisation ligamentaire mais au prix
souvent de troubles trophiques secondaires, d’amyotrophie,
de raideur articulaire et de délais de reprise
longs.
C’est un traitement de sécurité, mais qui ne se
justifie plus chez le sportif ;
• le traitement chirurgical pour suture ligamentaire
était suivi classiquement par 6 semaines d’immobilisation
plâtrée avec les conséquences déjà évoquées.
C’est la raison pour laquelle, actuellement,
lorsqu’il est pratiqué, il est suivi de la mise en place
d’une orthèse de stabilisation qui permet appui et
rééducation précoces, raccourcissant d’autant les
délais de reprise qui demeurent malgré tout de l’ordre
de 2 à 3 mois ;
• le traitement fonctionnel pur, sans immobilisation
donne des résultats très rapides, mais expose à une
laxité secondaire qui peut obliger à une plastie ligamentaire
ultérieure ;
• le traitement « mixte » orthopédico-fonctionnel
associe la stabilisation par une orthèse amovible pour
6 semaines et le traitement fonctionnel par appui et
rééducation immédiate.
De nombreuses orthèses sont
disponibles, mais il semble que les orthèses pneumatiques
soient les mieux adaptées.
Il associe donc
les avantages du traitement orthopédique pour la
cicatrisation ligamentaire (les 6 semaines nécessaires à la cicatrisation du tissu collagène) et ceux du traitement
fonctionnel, permettant des délais de reprise nettement
inférieurs à ceux de l’immobilisation stricte
(voir : Pour approfondir).
C - Lésions ligamentaires associées
à des fractures ostéo-chondrales :
Lorsqu’elles sont prouvées par les radiographies ou
par le scanner, elles posent alors des problèmes tout
différents.
À notre avis, et quelle que soit leur
localisation, le traitement chirurgical s’impose sans
discussion.
Certes, une fracture non déplacée de l’angle supéro-latéral du talus peut se consolider par une immobilisation
plâtrée de 6 semaines.
Mais le risque de
pseudarthrose est réel, obligeant à des interventions
secondaires dont les délais d’incapacité et de reprise
s’ajoutent encore à la longueur du traitement initial.
S’il s’agit de microfractures par impaction dans
l’espace tibio-talien médial, la présence de multiples
fragments ostéo-cartilagineux entraînera non seulement
des douleurs mais aussi une raideur de la cheville qu’il
sera bien difficile de récupérer par la suite.
Dans tous ces cas, le traitement chirurgical permet la
toilette articulaire par l’ablation du fragment ostéochondral
supéro-latéral (sa taille ne justifie pratiquement
jamais une ostéosynthèse) ou des corps étrangers
médiaux. Bien entendu, dans le même temps, la suture
ou la réinsertion ligamentaires sont effectuées.
L’intervention sera suivie de la même prise en charge
par orthèse et rééducation que pour le traitement non
chirurgical.
L’arthroscopie thérapeutique peut être, pour certains,
indiquée dans le but de réaliser cette toilette articulaire.
En fait, comme il a déjà été dit, elle n’est pas dénuée de
nocivité du fait des brèches capsulo-ligamentaires et son
indication ne peut être que très limitée.