Manifestations dermatologiques du lupus Cours de dermatologie
Introduction
:
Le terme de lupus a été initialement utilisé à la fin du Moyen Âge
pour décrire des lésions cutanées mutilantes du visage de causes
variées.
Actuellement, le terme de lupus érythémateux désigne un
ensemble d’affections formant un spectre continu allant d’une lésion
cutanée isolée à une maladie multiviscérale grave dans le cadre d’un
lupus érythémateux aigu disséminé (LEAD), aussi appelé lupus
systémique.
Les nombreuses manifestations cutanéomuqueuses
observées dans ces affections ont une grande valeur diagnostique et
parfois pronostique.
Aussi est-il fondamental d’en faire un
diagnostic précis.
Schématiquement, ces manifestations peuvent être
classées en trois groupes : les lésions lupiques caractérisées par une
atteinte de l’interface dermoépidermique, les lésions vasculaires, les
manifestations non lupiques et non vasculaires.
Lésions lupiques
:
Il n’existe pas de définition précise des lésions lupiques.
Arbitrairement, dans un but de simplification de classement des
lésions dermatologiques observées au cours du lupus, nous avons
considéré que les lésions lupiques étaient caractérisées par une
atteinte de l’interface de la jonction dermoépidermique, atteinte non
spécifique puisque observée dans d’autres maladies telles que la
dermatomyosite.
Le diagnostic de lésion lupique repose en fait sur un faisceau d’arguments prenant en compte l’aspect clinique des
lésions dermatologiques, leur topographie, leur évolution, une
histologie compatible, les résultats de l’immunofluorescence cutanée
directe, le contexte clinique et immunologique.
A - NOSOLOGIE. ÉPIDÉMIOLOGIE. FACTEURS DE RISQUE
:
1- Lupus érythémateux aigu
:
Le lupus érythémateux aigu (LEA) est observé essentiellement chez
la femme, avec un sex-ratio femmes/hommes de 9/1.
Il serait plus
souvent observé en cas de début précoce du lupus.
Mieux visible
sur des malades à carnation claire, il est probablement sous-évalué
chez les malades à carnation très foncée, mais aussi peut-être moins
fréquent en raison de leur protection naturelle aux ultraviolets
(UV).
La multitude des études génétiques chez les malades avec
un LEAD contraste avec l’absence d’études recherchant une relation
entre certains haplotypes human leukocyte antigen (HLA) et le LEA.
2- Lupus érythémateux subaigu
:
Autrefois dénommé sous des appellations diverses, le lupus
érythémateux subaigu (LES) a été individualisé en 1977 par Gilliam.
Il atteint préférentiellement les femmes (70 %) d’origine
caucasienne (85 %), surtout de la cinquième décennie.
Le LES
serait préférentiellement associé aux haplotypes HLA-B8, DR3.
Les
malades ayant également une symptomatologie de Gougerot-
Sjögren auraient plus souvent les haplotypes B8, DR3, DRW6,
DQ1/2 et DRW52, ces haplotypes favorisant une forte production
d’anticorps anti-Ro (SS-A).
3- Lupus érythémateux chronique
:
Le lupus érythémateux chronique (LEC) regroupe le lupus discoïde,
le lupus tumidus, le lupus à type d’engelures et la panniculite ou
lupus profond qui comporte inconstamment une atteinte de la
jonction dermoépidermique.
Le terme de LEC est souvent confondu avec celui de lupus discoïde,
le lupus tumidus et le lupus à type d’engelures étant alors
considérés comme des formes cliniques de lupus discoïde.
La panniculite est à part.
Il n’existe aucune étude épidémiologique
concernant la prévalence du LEC.
Certains auteurs le considèrent
deux à trois fois plus fréquent que le lupus systémique.
À
l’inverse, d’autres le considèrent sept fois moins fréquent.
La
prévalence du LEAD ayant été évaluée entre 14,6 et 50,8/100 000
suivant les régions, la prévalence du LEC serait comprise entre 2
et 100/100 000, l’ampleur de cet intervalle témoignant de l’absence
de données épidémiologiques fiables.
Le LEC débute souvent entre
20 et 40 ans, mais peut également atteindre les âge extrêmes de la
vie.
La prédominance féminine est moins nette que dans les
autres formes, le sex-ratio femmes/hommes variant de 3/2 à 3/1.
Toutes les races sont atteintes, certaines études récentes aux États-
Unis étant en faveur d’une prévalence plus élevée chez les Noirs.
Chez les malades avec LEC, a été démontrée une augmentation
significative des antigènes HLA B7, B8, CW7, DR2, DR3, DQW1 et
une diminution de l’HLA-A2.
La présence combinée de CW7, DR3,
DQW1 et de B7, Cw7 et DR3 conférerait un risque maximal (X 7,4)
de présenter un LEC. Un phénomène de Koebner explique
certaines localisations des lésions de LEC sur des zones traumatisées
ou sur des cicatrices préexistantes.
4- Photosensibilité
:
La fréquence du déclenchement par l’exposition solaire des lésions
lupiques est très difficile à évaluer.
En effet, les données de
l’interrogatoire des malades ne sont pas toujours fiables, du fait
notamment du caractère retardé de l’apparition des lésions lupiques
par rapport à l’exposition solaire et de la prise de conscience
individuelle très variable des différentes expositions solaires
possibles.
Les résultats des tests de provocation varient en fonction
des techniques utilisées et de la population étudiée en raison de
facteurs génétiques.
Grossièrement, le déclenchement des lésions
cutanées par l’exposition solaire est noté chez 25 à 30 % des malades
ayant un LEA, 65 à 80 % des malades ayant un LES et 30 à 40 % des
malades ayant un LEC, les rayonnements nocifs étant surtout les
UVB et à un moindre degré les UVA et le visible.
Cette
photosensibilité des lésions lupiques serait plus élevée chez les
malades de moins de 40 ans que chez les sujets plus âgés.
Sa
corrélation avec la présence sérique d’anticorps anti-Ro n’a pas été
mise en évidence dans toutes les études.
La radiothérapie par
rayons X peut être également un facteur déclenchant de lésions de
lupus cutané, notamment de LES.
5- Lupus induits
:
Ils représentent environ 10 % des lupus systémiques. Parmi la
multitude de médicaments inducteurs possibles, les médicaments le
plus souvent incriminés sont l’hydralazine, la procaïnamide,
l’isoniazide et les bêtabloquants.
Habituellement, ces lupus induits
ont peu de manifestations cutanées, rénales ou neurologiques.
Il faut
cependant signaler qu’une éruption cutanée (de type LEA) a été
signalée dans 18 % des lupus induits par la procaïnamide et 26 %
des lupus induits par l’hydralazine.
Biologiquement, ces lupus
induits sont caractérisés par un taux élevé d’anticorps antinucléaires
contrastant avec l’absence habituelle d’anticorps antiacide
désoxyribonucléique (ADN) natif et d’hypocomplémentémie.
Un
certain nombre de médicaments ont été associés à la survenue ou à
l’aggravation de lésions de LES.
La famille médicamenteuse la plus
incriminée est celle des diurétiques thiazidiques.
Les autres
médicaments ont été occasionnellement rapportés : procaïnamide,
D-pénicillamine, glyburide (sulfonylurée), oxyprénolol,
griséofulvine, piroxicam, naproxène, spironolactone, diltiazem,
cilazapril, interféron (IFN)-alpha, cinnarizine. Il n’est pas de
règle de rechercher une cause médicamenteuse dans les LEC.
Le
problème des contraceptifs oestroprogestatifs est différent.
Ils ne sont
pas réellement inducteurs mais peuvent déclencher des poussées
systémiques de lupus.
Leur responsabilité dans l’aggravation de LES
et LEC n’a pas été clairement établie.
Il paraît cependant logique de
les éviter en cas de lupus cutanés résistants à l’hydroxychloroquine
et/ou accompagnés d’anomalies immunologiques sériques.
Quant au
traitement substitutif de la ménopause, aucune donnée actuelle ne
permet de le contre-indiquer dans les lupus uniquement cutanés.
Il
est parfois prescrit dans les lupus systémiques stabilisés.
6- Déficits immunologiques associés :
Les déficits génétiques en fractions du complément ainsi que le
déficit congénital en inhibiteur de la C1-estérase ont été surtout
rapportés en association avec des LES et des LEA, mais aussi avec
des LEC.
Les malades atteints de granulomatose septique ou
leurs mères peuvent avoir des lésions proches de celles du lupus
discoïde.
L’immunofluorescence directe y est cependant
généralement négative.
Il s’y associe fréquemment des aphtes
buccaux. Un cas a été décrit associé avec un LEAD.
B - PHYSIOPATHOLOGIE :
La physiopathologie des lupus cutanés reste un puzzle dont il
manque encore de nombreuses pièces.
Les lupus cutanés résultent
vraisemblablement, comme le lupus systémique, d’interactions entre
des gènes de susceptibilité et des facteurs d’environnement, ayant
pour conséquence une réponse immune anormale comportant une
hyperréactivité lymphocytaire T et B qui n’est pas réprimée par les circuits habituels d’immunorégulation.
Cette réponse immunitaire
est essentiellement localisée au niveau de l’interface dermoépidermique, ce qui suggère l’existence de cibles antigéniques
situées à la surface des kératinocytes de la couche basale de
l’épiderme.
Les facteurs d’environnement qui déclenchent une poussée cutanée
de la maladie sont pour la plupart inconnus, à l’exception des UVB
et à un moindre degré des UVA.
Récemment, des données ont précisé les mécanismes par lesquels
l’apoptose kératinocytaire induite par les UV pourrait déclencher
des poussées, voire l’apparition de la maladie.
L’apoptose est un
mécanisme génétiquement programmé par lequel une cellule meurt
sans entraîner de nécrose, c’est-à-dire sans réaction inflammatoire.
Très souvent, ce mécanisme est déclenché par la stimulation d’un
récepteur membranaire, appelé Fas (Apo-1, appartenant à la
superfamille des récepteurs au tumor necrosis factor [TNF]), par un
Fas-ligand présent notamment sur les cellules du système
immunitaire, essentiellement les lymphocytes T.
Les kératinocytes
sont capables d’exprimer cette molécule Fas, notamment après
irradiation UV. Il a récemment été montré que les kératinocytes des
patients lupiques pourraient ainsi être beaucoup plus sensibles à
l’apoptose induite par les UV.
D’autre part, la fréquence élevée de lupus cutanés associés à un
déficit en C1q et le rôle protecteur potentiel du C1q en situation
physiologique sur l’apoptose kératinocytaire ont reçu récemment
une explication à l’échelon moléculaire.
Les déficits en fractions du
complément réduisent globalement la clairance des complexes antigènes-anticorps de l’organisme, mais cette donnée
physiopathologique essentielle n’avait jusqu’à présent jamais été
reliée directement aux poussées cutanées.
Il semble actuellement que
la voie classique du complément puisse maintenir la tolérance
immune.
Les kératinocytes entrant en apoptose se mettent à
exprimer à leur surface des vésicules contenant des autoantigènes
intracellulaires qui étaient jusqu’à présent masqués au système
immunitaire.
La mauvaise élimination de ces autoantigènes
favoriserait leur présentation aux lymphocytes T autoréactifs et la
rupture de la tolérance sur un terrain génétique prédisposé.
En
revanche, en situation normale, il semble bien que les vésicules apoptotiques ainsi formées à la surface des kératinocytes acquièrent
la capacité de lier spécifiquement le C1q en l’absence même de la
constitution de complexes immuns.
Ainsi, le C1q pourrait favoriser
une clairance des kératinocytes apoptotiques indépendamment de
la présence d’anticorps, et alors prévenir l’immunisation par des
autoantigènes d’origine cutanée.
Les lésions cutanées de lupus discoïde expriment des cytokines
lymphocytaires, avec un profil de sécrétion aberrant et probablement
unique en physiopathologie.
Une synthèse abondante
d’interleukine (IL) 5 est notamment présente dans les trois formes
cliniques, ce qui suggère une réaction immunitaire cutanée de type
Th2.
Ce type de réaction oriente la réponse vers l’immunité
humorale, ce qui est tout à fait cohérent avec les données obtenues
dans le LEAD.
En revanche, l’IL4 ne semble pas particulièrement
présente dans les peaux lupiques, sans doute car il existe dans le
même temps une synthèse accrue d’IFN-gamma antagoniste de la
production d’IL4.
Ainsi, le profil de sécrétion des cytokines avec
présence d’IFN-gamma (cytokine Th1) augmenterait l’expression de
molécules d’adhésion comme l’ICAM-1 à la surface des
kératinocytes, ce qui contribuerait à faciliter le recrutement de
cellules pro-inflammatoires.
D’autre part, les cytokines Th2 (IL5
essentiellement) favorisent l’apparition des autoanticorps.
Enfin,
l’IL2 ne semble pas transcrite dans les lésions lupiques cutanées, ce
qui confirme que la prolifération lymphocytaire Th1 n’est qu’un
événement accessoire dans l’apparition des lésions.
La régulation
aberrante de l’IFN-gamma sans IL2 est similaire à celle observée en
réponse à l’apport exogène d’IFN-gamma.
Enfin, l’irradiation UV peut in vivo faire synthétiser de l’IL10 par
les kératinocytes humains ; cette notion, longtemps admise
uniquement dans les modèles murins, a été récemment mise en
évidence.
Cette cytokine de type Th2 est largement impliquée dans
l’activation lymphocytaire B et la synthèse d’autoanticorps.
La
démonstration de son expression accrue dans les peaux lupiques est
fortement suspectée mais n’a pas encore été formellement
démontrée.
De plus, la synthèse des cytokines pro-inflammatoires
précédemment citées est parfois liée à l’expression dans les
kératinocytes d’une enzyme, la monoxyde d’azote (NO)-synthase
inductible, qui joue le rôle d’un second messager pro-inflammatoire.
Cette enzyme est en effet exprimée dans des lésions lupiques, aussi
bien aiguës que chroniques.
Les UV étant eux-mêmes capables
d’induire l’expression de la NO-synthase dans les kératinocytes
irradiés, ces résultats apportent une explication supplémentaire à
l’inflammation cutanée liée à l’irradiation UV dans la peau ; le NO
ainsi produit peut aussi être à l’origine du déclenchement du
processus apoptotique.
C - ASPECTS CLINIQUES :
1- Lupus érythémateux aigu
:
Il est caractérisé cliniquement par son aspect érythémateux, plus ou
moins oedémateux ou squameux, voire papuleux.
Dans la
forme localisée, il est situé principalement sur les joues et le nez, en vespertilio ou en « loup », respectant relativement les sillons
nasogéniens, s’étendant souvent sur le front, les orbites, le cou, dans
la zone du décolleté.
L’oedème, parfois important, peut gêner
l’ouverture des yeux.
Dans la forme diffuse, il prédomine généralement sur les zones photoexposées, réalisant une éruption morbilliforme, papuleuse,
eczématiforme ou bulleuse.
Sur le dos des mains, les lésions
lupiques atteignent surtout les zones interarticulaires qui, à l’inverse,
sont respectées dans la dermatomyosite.
Dans les formes bulleuses
du lupus suraigu existent de vastes décollements, survenant
toujours en zones érythémateuses lupiques.
Les lésions buccales de lupus aigu sont érosives, localisées
préférentiellement sur les gencives, le palais, les joues ou les lèvres,
tantôt bien supportées, tantôt très douloureuses, gênant
l’alimentation.
L’atteinte génitale est beaucoup plus rare,
généralement associée à une atteinte buccale.
Toutes ces lésions
régressent rapidement sans cicatrice en dehors d’une possible
hyperpigmentation séquellaire chez le sujet noir.
Le diagnostic différentiel se pose surtout avec la rosacée qui
comporte des télangiectasies et des pustules, avec une dermite séborrhéique localisée principalement dans les plis nasogéniens,
avec une dermatomyosite prédominant au visage sur les paupières
supérieures, de couleur lilacée, et aux mains sur les zones
articulaires.
Les formes disséminées évoquent parfois un eczéma,
une éruption virale ou toxidermique.
Les formes suraiguës peuvent
faire discuter une nécrolyse épidermique toxique.
Les érosions
buccales du lupus aigu sont généralement moins étendues que celles
du syndrome de Stevens-Johnson.
L’atteinte génitale lupique est
plus rare et généralement plus limitée.
2- Lupus érythémateux subaigu :
Cliniquement, le LES se manifeste initialement par des lésions
maculeuses érythémateuses ou papuleuses évoluant soit vers une
forme annulaire, soit vers une forme psoriasiforme.
Dans la forme
annulaire, les lésions ont des contours polycycliques à bordure érythématosquameuse ou vésiculocroûteuse avec un centre
hypopigmenté grisâtre parfois couvert de télangiectasies. Rarement,
elles peuvent prendre un aspect d’érythème polymorphe (syndrome
de Rowell).
Dans la forme psoriasiforme, les lésions sont
papulosquameuses, psoriasiformes ou pityriasiformes, pouvant
confluer pour réaliser une forme profuse, voire une érythrodermie
exfoliative.
Les deux formes peuvent être associées chez un même
malade.
Quelle que soit la forme, l’atteinte est superficielle, sans
kératose folliculaire visible ni squame adhérente.
Les lésions ont une
topographie évocatrice du fait d’une distribution prédominante sur
les zones photoexposées avec une atteinte grossièrement symétrique
du visage, du cou, du décolleté, des épaules, de la face d’extension
des bras, du dos des mains.
L’extension sur le tronc est possible
avec respect fréquent de la face interne des membres supérieurs,
des aisselles et des flancs.
L’atteinte des membres inférieurs est rare.
La régression des lésions est plus ou moins rapide, sans atrophie
cicatricielle mais avec des troubles pigmentaires (hypo- ou
hyperpigmentation) et des télangiectasies séquellaires.
Le diagnostic peut hésiter avec une dermatophytie, un eczéma
annulaire, un érythème polymorphe, un psoriasis, un pityriasis rosé
de Gibert, une toxidermie.
L’examen anatomopathologique avec
immunofluorescence directe en zone lésionnelle permet d’éliminer
la majorité de ces diagnostics, excepté l’érythème polymorphe en
cas de syndrome de Rowell ou une toxidermie en cas de lésions
diffuses.
Dans ces derniers cas, c’est le contexte clinique qui oriente
vers le diagnostic de LES.
3- Lupus érythémateux chronique
:
Il regroupe le lupus discoïde, le lupus tumidus, le lupus à type
d’engelures ou lupus pernio, le lupus profond ou panniculite
lupique.
* Lupus discoïde :
Dans sa forme classique, le lupus discoïde réalise des plaques
bien limitées associant trois lésions élémentaires :
– érythème de type congestif surtout net en bordure, parcouru de
fines télangiectasies ;
– squames plus ou moins épaisses s’enfonçant en « clous » dans les
orifices folliculaires pouvant donner un aspect de piqueté blanc,
râpeux au toucher ;
– atrophie cicatricielle prédominant au centre des lésions souvent
dépigmenté, parfois tatoué de télangiectasies et de taches
pigmentées.
Les lésions, souvent multiples et symétriques, sont surtout localisées
sur les zones photoexposées, notamment au visage sur l’arête du
nez, les pommettes, avec parfois une disposition en « aile de
papillon », les régions temporales et l’ourlet des oreilles.
Les zones
non exposées sont en fait souvent atteintes, en particulier les
sourcils, les paupières ou le cuir chevelu.
Ainsi, des plaques du cuir
chevelu existent-elles dans 60 % des cas, isolées dans 10 %, laissant
après guérison une alopécie cicatricielle définitive avec un aspect de pseudopelade.
Ailleurs les lésions sont plus diffuses, atteignant le tronc et les
membres et on parle alors de lupus discoïde disséminé.
Sur les
membres, les lésions sont observées préférentiellement sur les zones
traumatisées comme les coudes ou sur les extrémités.
L’atteinte palmoplantaire est souvent érosive, très douloureuse,
particulièrement résistante aux traitements, invalidante sur le plan
fonctionnel, gênant la marche en cas de lésions plantaires et
empêchant toute activité manuelle en cas de lésions palmaires.
L’atteinte unguéale est rare, à l’origine de dystrophies pseudolichéniennes.
Des lésions muqueuses, essentiellement buccales, seraient présentes
dans 25 % des cas.
Initialement, il s’agit de lésions érythémateuses
évoluant vers un aspect lichénien avec des zones blanches isolées ou entourant des zones érythémateuses ou érosives en
« rayons de miel ».
Les demi-muqueuses des lèvres, la face interne
des joues et le palais sont le plus souvent atteints, alors que l’atteinte
linguale est plus rare.
L’évolution vers un carcinome spinocellulaire
est possible.
L’atteinte des autres muqueuses, notamment
conjonctivale, nasale ou génitale, est rare.
Différentes formes cliniques existent selon la prédominance ou la
répartition des lésions élémentaires : lupus crétacé très hyperkératosique, lupus comédonien avec de nombreux comédons
ouverts, lupus folliculaire notamment des coudes, fréquent chez les
Asiatiques, lupus télangiectasique, formes érythémateuses, très
difficiles à distinguer du lupus aigu, formes infiltrées nodulaires
avec un centre déprimé kératosique sur les mains, lupus atrophique
avec des lésions cicatricielles vermoulues de la zone péribuccale.
* Lupus tumidus :
Il réalise un ou plusieurs placards nettement saillants, arrondis ou
ovalaires, de teinte rouge violacé, à bords nets comme tracés au
compas, de consistance oedémateuse, sans hyperkératose folliculaire
visible à l’oeil nu.
Certaines lésions sont déprimées en leur centre.
Les lésions sont principalement localisées au visage, parfois
sur le tronc.
Elles disparaissent habituellement sans cicatrice.
Le
diagnostic différentiel se pose essentiellement avec le LES et les
infiltrats lymphocytaires bénins cutanés, en particulier de Jessner-Kanoff.
* Lupus à type d’engelures :
Il est caractérisé par sa localisation (extrémités des doigts et des
orteils, oreilles, nez, mollets, talons, coudes, genoux), son évolution
souvent saisonnière aggravée par le froid, son aspect clinique avec
des lésions violacées souvent ulcérées, prurigineuses ou
douloureuses.
Cliniquement, il peut être confondu avec des
engelures, une sarcoïdose ou plus fréquemment avec des lésions de vasculite. L’histologie est voisine de celle du lupus discoïde.
Du fait
de ces difficultés diagnostiques, des critères diagnostiques ont
été proposés, comportant deux critères majeurs (lésions des
extrémités induites par l’exposition au froid ou une diminution de
la température et présence de lésions évocatrices de lupus en
histologie avec immunofluorescence directe) et trois critères mineurs
(coexistence d’un lupus systémique ou de lésions de lupus discoïde,
réponse à un traitement des lupus cutanés et absence de cryoglobuline, cryofibrinogène ou d’agglutinines froides).
Les
frontières entre le lupus à type d’engelures et les formes distales de
lupus discoïde sont assez floues, les lésions étant classées lupus à type d’engelures lorsqu’elles sont aggravées par le froid et lupus
discoïde lorsqu’elles n’ont pas de variations saisonnières.
* Panniculite lupique (ou lupus érythémateux profond
ou maladie de Kaposi-Irgang)
:
Elle est classiquement considérée comme une forme de LEC.
En fait,
il n’existe qu’inconstamment une atteinte de l’interface dermoépidermique d’où la possibilité de classer également ces
lésions comme non lupiques et non vasculaires.
La panniculite se manifeste par des nodules ou des plaques infiltrées
de taille variable, parfois douloureuses.
La peau en regard est
normale ou érythémateuse, parfois siège de lésions de lupus
discoïde.
Les lésions s’ulcèrent dans 30 % des cas.
Les dépôts
calciques sont inconstants.
L’évolution se fait vers une lipoatrophie
cicatricielle permettant un diagnostic rétrospectif.
Il n’y a pas
de fièvre. Les lésions siègent préférentiellement sur le tiers supérieur
des bras, les joues ou les cuisses.
Plus rarement sont atteints les
seins, avec un aspect pouvant simuler à la mammographie un
carcinome inflammatoire, ou en régions abdominale, périoculaire ou
parotidienne.
Le diagnostic différentiel se pose cliniquement avec
les vasculites nodulaires ou les autres panniculites : panniculite
factice, panniculite histiocytaire cytophagique, panniculites de
Weber-Christian ou pancréatique, habituellement fébriles.
L’examen
histologique permet généralement de faire le diagnostic.
4- Association des différents types de lupus cutanés :
Les différents types de lupus cutanés peuvent être associés chez un
même malade.
Ainsi, sur 191 malades avec un lupus cutané, 68 %
n’avaient qu’un seul type de lésion, 29 % en avaient deux et 3 % en
avaient trois. Les lésions de LEA sont associées aussi bien au
LES qu’au LEC.
Vingt pour cent environ des malades avec des
lésions de LES ont ou auront également, au cours de leur évolution,
des lésions de lupus discoïde.
Dans 70 % des cas, la panniculite
est associée à des lésions de lupus discoïde en regard des lésions ou
à distance.
D - ASPECTS HISTOLOGIQUES :
L’examen anatomopathologique d’une lésion cutanée lupique révèle
dans les trois formes de lupus cutané des lésions épidermiques et
dermiques avec une hyperkératose, une atrophie du corps muqueux,
des lésions de dégénérescence des kératinocytes basaux, un
épaississement de la membrane basale et un infiltrat lymphocytaire
dermique composé essentiellement de lymphocytes CD4.
Des
variations importantes existent suivant chaque forme de lupus.
Ainsi, dans le LEA, l’hyperkératose est peu importante ; l’infiltrat
mononucléé est discret, surtout périvasculaire ; il existe un oedème
du derme superficiel ; la dégénérescence des kératinocytes est
souvent intense, plus étendue, notamment dans les formes sévères.
Dans le LES, les lésions de dégénérescence des kératinocytes sont
également parfois très intenses ; l’hyperkératose est discrète ;
l’infiltrat est peu abondant, périvasculaire et périannexiel.
Dans le lupus discoïde, l’hyperkératose est marquée, de type orthokératosique, formant des bouchons cornés dans les orifices
folliculaires ; l’infiltrat dermique est plus important, périannexiel
pouvant s’étendre dans le derme profond d’où l’évolution
cicatricielle.
Dans le lupus tumidus existent une hyperkératose folliculaire
minime, une discrète vacuolisation des kératinocytes basaux et un
infiltrat inflammatoire abondant.
L’aspect histologique du lupus à
type d’engelures est proche de celui du lupus discoïde avec une
hyperkératose moins importante.
Au cours de la panniculite existe inconstamment un aspect de lupus
discoïde dans le derme et l’épiderme.
Plus en profondeur, dans
l’hypoderme, sont notés un infiltrat lobulaire composé de
lymphocytes, de plasmocytes et d’histiocytes, des débris nucléaires,
des dépôts fibrinoïdes, une nécrose hyaline des adipocytes, une
hyalinisation des septa. Des foyers de calcification sont parfois
présents.
L’étude en immunofluorescence directe d’une lésion lupique met en
évidence des dépôts granulaires d’immunoglobulines (IgG, A ou M)
et/ou de complément (C1q, C3) à la jonction dermoépidermique
dans 80 à 90 % des cas de LEA et lupus discoïde, 70 % des cas de
panniculite lupique et 60 % des cas de LES.
Ces dépôts ne sont
pas spécifiques de la maladie lupique ; ils peuvent être observés
dans certaines rosacées, les dermatomyosites et chez 20 % des sujets
normaux en peau saine exposée.
Dans le LES a été décrite
une fluorescence en poussières épidermiques dont la fréquence de
positivité semble varier beaucoup en fonction de problèmes
techniques.
Dans une étude récente, elle a été mise en évidence
chez 31 % des malades avec LES, mais aussi chez des malades avec LEAD, lupus discoïde, connectivite mixte, syndrome de Gougerot-Sjögren ou des dermatoses variées. Seuls 36 % des 56 malades avec
cette fluorescence avaient des anticorps anti-Ro (SS-A).
Histologiquement, le diagnostic est très difficile, voire impossible,
entre une lésion de LEA et une lésion de dermatomyosite qui peut
comporter également une bande lupique en immunofluorescence
directe.
En cas de nécrose extensive des kératinocytes d’une lésion
de LEA ou de LES, l’aspect histologique peut être proche de celui
d’une toxidermie, surtout en cas de négativité de
l’immunofluorescence directe.
E - ASSOCIATION AU LUPUS ÉRYTHÉMATEUX
AIGU DISSÉMINÉ :
1- Définition. Prévalence de l’association :
Le LEAD est généralement défini par la présence d’au moins quatre
critères sur les onze établis par l’American Rheumatology
Association (ARA) en 1982, deux de ces critères ayant été
modifiés en 1997.
Or, ces critères ont été élaborés
initialement dans un but de classification des maladies
rhumatologiques ; ils ont été secondairement déviés de leur vocation
initiale et utilisés en pratique comme critères diagnostiques de LEAD dans toutes les spécialités.
La présence de quatre critères
dermatologiques conduit à classer abusivement des malades avec
une atteinte cutanée isolée associée à quelques anomalies
biologiques dans le groupe des LEAD alors qu’ils n’ont en fait
aucune manifestation systémique.
Ce classement n’a aucune
conséquence pratique puisque le choix du traitement dépend
uniquement de l’existence et de la gravité des atteintes viscérales
actuelles et non du nombre de critères de l’ARA comptabilisés
depuis le début de la maladie.
Tous les types de lupus cutanés peuvent être associés à un LEAD.
Toutefois, la fréquence de cette association est très variable selon le
type de lupus.
Ainsi, plus de 90 % des malades avec un LEA ont ou
auront un LEAD, les lésions dermatologiques étant révélatrices dans
25 % des cas.
À l’inverse, 16 à 61 % des LEAD ont des lésions de
LEA.
Celles-ci accompagnent très souvent les poussées de lupus
systémique qu’elles doivent faire rechercher systématiquement.
Dans notre expérience, les ulcérations muqueuses sont fréquemment
associées à une atteinte rénale évolutive.
Plus de 50 % des malades avec des lésions de LES ont un LEAD
selon les critères de l’ARA.
En fait, la large majorité des malades
avec LES n’ont pas d’atteinte systémique justifiant une
corticothérapie générale.
Les atteintes viscérales graves, en
particulier rénales ou neurologiques, seraient présentes dans près
de 10 % des cas.
Ces dernières seraient surtout observées chez
l’homme, avec un aspect papulosquameux psoriasiforme du LES.
À l’opposé, suivant les séries, 7 à 21% des malades avec un LEAD
ont des lésions de LES.
Quinze à 20 % des malades avec LEAD ont
des lésions cutanées de lupus discoïde.
À l’inverse, 10 à 20 %
des malades avec un lupus discoïde ont ou auront un LEAD.
Environ 8 % des malades avec lupus discoïde initialement isolé
évolueront vers un LEAD, le plus souvent après plusieurs années.
Il n’existe pas de critère prédictif formel de cette évolution ; dans
certaines séries cependant, le caractère disséminé des lésions
cutanées, leur aggravation en période prémenstruelle ou pendant la
grossesse étaient plus souvent associés à une évolution vers un LEAD.
Près de 40 % des malades avec une panniculite lupique
ont un LEAD.
À l’inverse, un aspect de panniculite n’est noté
que chez 2 à 3% des LEAD.
2- En pratique :
Ces données justifient, devant tout lupus cutané, la recherche
systématique par l’interrogatoire et l’examen clinique de
manifestations suggestives de LEAD, ainsi que certains examens
paracliniques : numération formule sanguine, vitesse de
sédimentation, recherche d’anticorps antinucléaires et, en cas de
positivité d’anticorps anti-ADN natif, d’anticorps anti-Ro (SS-A),
d’anticorps anti-ECT, dosage du complément hémolytique total et
de ses fractions C3, C4, examen cytobactériologique urinaire,
protéinurie des 24 heures, électrocardiogramme.
Des anticorps
antinucléaires sont présents dans environ 20 % des lupus discoïdes
et 70 % des LES.
Les anticorps anti-SSA sont surtout observés dans
les LES où leur prévalence varie de 60 à 80 % selon les séries et les
techniques utilisées.
Ces anticorps sont parfois présents alors que le
dépistage global des anticorps antinucléaires est négatif.
Dans le LEAD, des anticorps antinucléaires sont présents dans 98 % des cas
et des anticorps anti-SSA dans 25 à 50 % des cas.
La pratique
d’une immunofluorescence cutanée directe en peau saine a un
intérêt diagnostique en l’absence de lésion dermatologique biopsiable.
En effet, des dépôts d’Ig et/ou de complément (bande
lupique) sont présents à la jonction dermoépidermique dans 36 à
90 % des cas de LEAD.
Cette bande lupique est plus souvent
observée en zone exposée qu’en zone non exposée, sa spécificité
étant moindre en zone exposée.
Elle n’a pas de valeur prédictive
d’une atteinte viscérale.
Au terme de ce bilan, le malade est situé dans le vaste spectre de la
maladie lupique.
La possibilité d’évolution systémique justifie une
surveillance clinique et biologique prolongée, la répétition du bilan
biologique étant généralement inutile en l’absence de modification
du contexte clinique.
F - AUTRES ASSOCIATIONS :
Tous les types de lupus cutanés peuvent être associés à diverses
connectivites, la fréquence de ces associations étant généralement
inconnue.
De 3 à 20% des malades avec un LES développent un syndrome de
Gougerot-Sjögren, ces pourcentages étant plus élevés chez les sujets
âgés de plus de 55 ans.
Au LES et au syndrome sec s’ajoutent alors
fréquemment une vascularite cutanée, une atteinte neurologique
centrale et périphérique et un syndrome interstitiel pulmonaire.
Les éruptions annulaires décrites chez les Japonais avec
syndrome de Gougerot-Sjögren primaire et anticorps anti-Ro (SS-A)
ou anti-
La (SS-B) sont très proches du LES.
Elles en différeraient par
un aspect clinique plus oedémateux avec en histologie absence des
altérations de la jonction dermoépidermique et la possibilité de
dépôts de mucine.
L’immunofluorescence directe est alors souvent
négative.
Si un tiers environ des malades avec LES ont un facteur rhumatoïde
dans leur sérum, environ 10 % des malades avec polyarthrite
rhumatoïde ont des anticorps anti-Ro (SS-A).
L’association
polyarthrite rhumatoïde et LES est pourtant rare, peu de cas étant
rapportés dans la littérature.
Enfin, certaines lésions de LES ont parfois été considérées comme
paranéoplasiques du fait de l’association dans de rares observations
à des néoplasies diverses : cancer du poumon, cancer du sein,
adénocarcinome utérin, cancer gastrique, mélanome malin, maladie
de Hodgkin.
G - LUPUS NÉONATAL :
Sa prévalence est inconnue, probablement inférieure à 1/20 000
naissances. Une atteinte cutanée est présente dans
approximativement la moitié des cas.
Le sex-ratio femmes/hommes
est de 3/1 en cas d’atteinte cutanée.
Les lésions, rarement présentes
dès la naissance, apparaissent habituellement dans les premières
semaines de vie.
Il s’agit de plaques érythématosquameuses,
arrondies et polycycliques, très proches cliniquement et
histologiquement du LES, fréquemment hypopigmentées,
notamment sur peau noire.
Les lésions sont principalement
localisées sur la tête et les zones photoexposées, tout le tégument
pouvant être atteint.
Elles disparaissent après une ou plusieurs
poussées successives évoluant sur des semaines ou des mois, avec
possibilité de télangiectasies ou de troubles pigmentaires séquellaires.
D’autres manifestations ont été décrites : lupus discoïde
sans hyperkératose folliculaire marquée ni atrophie ; érosions
buccales ; alopécie ; éruptions érythématosquameuses, purpuriques,
bulleuses ; lésions télangiectasiques ; papules angiomateuses ;
panniculite.
Les autres atteintes sont dominées par les troubles
de la conduction cardiaque, associés à l’atteinte cutanée dans 11 %
des cas seulement.
Des anticorps anti-Ro sont généralement
présents chez la mère et l’enfant, plus rarement des anticorps anti-La
ou des anticorps anti-U1RNP parfois isolés.
Récemment a été
mise en évidence la fréquence des anticorps anticalréticuline.
Seulement 1 % environ des bébés de mères avec anticorps antiRo
ont un lupus néonatal ; ce pourcentage s’élève à 15 % lorsqu’un
premier enfant a déjà été atteint.
H - TRAITEMENT DES LUPUS CUTANÉS :
1- Photoprotection :
Quel que soit le type de lupus cutané, une protection solaire est
indispensable.
Aussi l’utilisation de la photoprotection externe doitelle
être large et systématique sur les zones découvertes dans la vie
courante.
Les écrans solaires associent des molécules filtrantes
sélectives des UVB et/ou des UVA et des poudres minérales formant
un écran dispersées dans un excipient.
Les indices de protection
contre les UVB, les UVA et/ou le visible correspondent à
l’augmentation plus ou moins importante de la dose érythémateuse
minimale qu’ils confèrent vis-à-vis de ces radiations.
Ils ne prennent
pas en compte le maintien de la protection après immersion ou
sudation, d’où la nécessité de répéter régulièrement les applications
au cours de la journée.
Les indices les plus élevés contre les spectres
les plus larges sont à utiliser de préférence en cas de lupus cutané.
Ces photoprotecteurs doivent être systématiquement appliqués tous
les jours, même en l’absence d’exposition solaire prévisible dans la
journée.
Ils doivent être renouvelés toutes les 2 heures en cas
d’exposition solaire.
2- Antipaludéens de synthèse
:
En l’absence d’atteinte viscérale de LEAD justifiant un traitement
« lourd » (corticothérapie et parfois immunosuppresseurs), le
traitement des lupus cutanés fait appel en première intention aux
antipaludéens de synthèse, essentiellement à l’hydroxychloroquine
et à la chloroquine aux doses de 6,5 mg/kg/j pour l’hydroxychloroquine
et de 4 mg/kg/j pour la chloroquine.
L’efficacité n’est
pas jugée avant 3 mois de traitement, date à laquelle une
amélioration clinique nette est notée dans plus de 80 % des cas.
Leur mode d’action dans les lupus cutanés est mal connu, faisant
probablement intervenir un effet photoprotecteur, anti-inflammatoire
et immunologique.
Les effets secondaires sont dominés par
l’atteinte oculaire.
Les dépôts cornéens sont fréquents et
asymptomatiques dans plus de la moitié des cas.
La rétinopathie est
plus grave car elle peut retentir sur l’acuité visuelle.
Au stade préclinique, elle se manifeste par une altération de la vision des
couleurs avec le plus souvent dyschromatopsie d’axe bleu-jaune.
À
un stade plus avancé, existe une maculopathie confirmée avec baisse
de l’acuité visuelle en vision paracentrale.
Une fois installée, la maculopathie est irréversible et peut continuer à s’aggraver après
l’arrêt du traitement.
L’incidence de cette rétinopathie a
diminué depuis plusieurs décennies et est actuellement très faible. Dans la série récente de Lévy, un malade sur 1 207 (0,08 %)
avait une toxicité définie et cinq autres (0,4 %) une toxicité probable.
Il existe un consensus pour penser que plusieurs facteurs
interviennent dans la prévalence de cette rétinopathie des
antipaludéens de synthèse :
– la nature de l’antipaludéen de synthèse, la chloroquine étant plus
toxique que l’hydroxychloroquine ;
– les doses quotidiennes prescrites ; les doses considérées à faible
risque étant inférieures à 6,5 mg/kg/j pour l’hydroxychloroquine et
inférieures à 4 mg/kg pour la chloroquine ;
– la durée du traitement, le risque de toxicité augmentant avec la
dose totale ;
– l’âge élevé, l’insuffisance rénale, l’existence d’une atteinte oculaire
préalable, éléments considérés comme des facteurs de risques
supplémentaires.
Les modalités des examens ophtalmologiques et le rythme de la
surveillance oculaire ne font l’objet d’aucun consensus et varient considérablement selon les centres.
En France,
l’électrorétinogramme n’est plus considéré comme obligatoire mais
reste conseillé par certains ophtalmologistes.
Les autres examens le
plus souvent réalisés sont la grille d’Amsler permettant
l’autodépistage de pertes du champ visuel, nécessitant une bonne
coopération du malade ; la périmétrie statique avec un test
automatisé comportant une grille de points couvrant les 10 degrés
centraux et espacés de 1 degré, sensible et reproductible ; enfin
l’étude de la vision des couleurs avec score chiffré en fonction de
l’âge (test D15 désaturé de Lanthony...) autorisant une surveillance
dans le temps. Un examen initial est indispensable.
Pendant les 5
premières années de traitement, une surveillance annuelle est
souhaitable, alors qu’un examen bisannuel paraît raisonnable
au-delà.
Les autres effets secondaires sont plus rares, en dehors de troubles
digestifs mineurs (neuromyopathie, agranulocytose, bloc
auriculoventriculaire, perte de l’audition...).
Un
électrocardiogramme annuel est cependant nécessaire.
La
pigmentation cutanée prédominant sur les zones exposées est en
revanche relativement fréquente après de nombreuses années de
prise d’antipaludéens ; elle peut être également muqueuse,
notamment palatine, et unguéale, n’imposant pas l’arrêt du
médicament.
Le blanchiment des cheveux est beaucoup plus rare,
probablement en rapport avec un effet toxique sur le mélanocyte.
Un prurit, une urticaire, une vascularite ou un exanthème
maculopapuleux ont été signalés dans des cas isolés.
La contreindication
des antipaludéens pendant la grossesse n’est plus
reconnue aujourd’hui par une majorité d’auteurs.
En cas d’échec apparent d’un traitement par antipaludéens de
synthèse, il faut s’assurer de la prise correcte du médicament, de
l’absence de facteurs inducteurs tels que des expositions solaires et
combattre le tabagisme, considéré comme un facteur de résistance
aux antipaludéens.
L’augmentation des doses d’antipaludéens
augmente l’efficacité mais aussi le risque de toxicité ; des doses
élevées ne doivent pas être prescrites sur de longues durées.
Le
changement de l’hydroxychloroquine par la chloroquine ou l’inverse
peut permettre de contrôler les lésions dans un pourcentage de cas
qui reste à déterminer.
Aux États-Unis, l’association de plusieurs antipaludéens de synthèse
entre eux, telle que l’association chloroquine-quinacrine ou
hydroxychloroquine-quinacrine est prescrite en deuxième
intention. Environ 100 à 200 mg de quinacrine sont alors ajoutés
au traitement antérieur.
La quinacrine a des effets secondaires
voisins de ceux des deux autres antipaludéens, mais sans toxicité
oculaire.
Elle donne une coloration jaune pigmentée des téguments,
parfois considérée comme inesthétique.
L’apparition d’une réaction lichénoïde doit faire arrêter le traitement car elle peut précéder une
toxicité médullaire.
L’efficacité de cette association n’a été
rapportée que dans des études ouvertes limitées.
Paradoxalement a
été notée une toxicité oculaire majorée.
L’absence de
commercialisation de la quinacrine limite son utilisation en France.
3- Corticothérapie :
La corticothérapie locale (dermocorticoïde de niveau I) est réservée
aux formes limitées.
La corticothérapie générale n’est pas indiquée ;
son activité est en effet médiocre sur les lésions cutanées avec une corticodépendance très fréquente.
4- Thalidomide :
En France, le médicament utilisé en deuxième intention est le
thalidomide à la dose initiale de 100 mg/j.
Son efficacité n’a été
évaluée que dans des études ouvertes avec une rémission des lésions
dans plus de 70 % des cas obtenue en moins de 3 mois.
Cette
rémission est transitoire avec des rechutes dans presque tous les cas
à l’arrêt du thalidomide.
Aussi est-il nécessaire de prescrire une dose
d’entretien la plus faible possible.
Les règles de prescription du
thalidomide sont très strictes (médecin dûment autorisé, distribution
hospitalière exclusive, pratique systématique d’un test de grossesse
tous les 2 mois et contraception efficace obligatoire chez la femme
en période d’activité ovarienne, procréation interdite chez l’homme,
lecture et signature d’un document informant sur les risques
tératogènes encourus, normalité de l’électromyogramme avec étude
des vitesses de conduction nerveuse).
Le thalidomide peut induire
une somnolence mieux acceptée en cas de prise le soir, une prise de
poids, une aménorrhée ou une impuissance chez l’homme.
Les
risques de neuropathie axonale sensitive et distale sont non
négligeables, contre-indiquant ce traitement chez certains sujets
prédisposés (alcooliques, diabétiques...).
Une surveillance
neurologique clinique mensuelle et électromyographique bisannuelle est
préconisée.
5- Dapsone :
La dapsone à la dose de 100 à 150 mg/j a permis de blanchir certains
malades atteints de lupus discoïde ou de LES.
De faibles doses
(inférieures à 100 mg/j) sont souvent suffisantes dans les LES, ce qui
permet de diminuer la toxicité, en particulier l’hémolyse et la
méthémoglobinémie dose-dépendantes.
Rappelons qu’il est
nécessaire, avant de prescrire ce médicament, de vérifier l’absence
de déficit en G6PD, surtout dans certaines ethnies, et la possibilité
au cours du traitement de survenue d’un syndrome
d’hypersensibilité, heureusement rare.
La prescription concomitante
de foldine en améliore la tolérance.
6- Rétinoïdes
:
Les rétinoïdes, en particulier l’acitrétine (Soriatanet) ou
l’isotrétinoïne (Roaccutanet), à la dose de 0,5 à 1 mg/kg/j, sont une
alternative thérapeutique pour les lupus cutanés résistants.
Leur
efficacité n’est pas limitée au lupus verruqueux ; elle a été également
rapportée chez des malades ayant un lupus discoïde ou un LES dans
des séries ouvertes de taille limitée.
La longue durée
(2 ans) de la contraception imposée par la prise d’acitrétine conduit
à choisir plutôt chez une jeune femme l’isotrétinoïne. Les effets secondaires
des rétinoïdes en limitent l’utilisation.
7- Clofazimine :
La clofazimine (Lamprènet) à la dose de 100 mg/j a été employée
avec succès dans des cas isolés de lupus discoïde ou de LES.
Il
peut induire une coloration brune inesthétique, notamment des
lésions séquellaires atrophiques de lupus discoïde.
8- Autres
:
L’IFN-alpha a été utilisé à une dose de 18 à 120 millions d’unités
par semaine pendant 4 à 13 semaines chez des malades atteints de
lupus discoïde ou de LES.
L’amélioration des lésions cutanées,
constatée dans plus de 50 % des cas, a été transitoire, associée à une
stimulation de l’auto-immunité dangereuse sur ce terrain.
Rappelons que l’IFN-alpha peut induire des lupus.
Les multiples effets secondaires des sels d’or, en particulier cutanéomuqueux (réaction lichénoïde, érythrodermie exfoliative...)
ont fait pratiquement abandonner sa prescription dans les lupus
cutanés, alors que des améliorations avaient été rapportées
antérieurement.
La salazopyrine à la dose de 1,5 ou 2 g/j a donné des résultats très
satisfaisants dans près de la moitié des cas de séries ouvertes de
malades atteints de lupus discoïde.
Les effets secondaires sont
cependant nombreux, parfois graves à type de syndrome
d’hypersensibilité ou d’exacerbation du lupus.
L’efficacité
thérapeutique serait associée au phénotype d’acétylation rapide qui
devrait être systématiquement recherché avant de débuter le
traitement.
L’efficacité de la phénytoïne n’a été étudiée que dans une seule
étude de 93 malades atteints de lupus discoïde, non sélectionnés du
fait de leur résistance.
Après 4 mois de traitement, seulement 50
malades sont analysables avec obtention d’une rémission totale dans
88 % des cas et des effets secondaires mineurs.
En raison des effets
secondaires connus de la phénytoïne, d’autres études concordantes sont indispensables avant d’envisager de prescrire ce médicament
chez des malades atteints de lupus cutané résistant.
Les immunosuppresseurs ont été prescrits dans des cas anecdotiques
avec un bon effet, notamment l’azathioprine et le méthotrexate.
Ils
ne sont envisagés qu’en dernier recours chez des malades avec un
retentissement psychologique ou une impotence fonctionnelle
majeure.
Il en est de même des gammaglobulines qui, dans notre expérience,
ont eu un effet favorable mais souvent suspensif chez huit malades
sur neuf souffrant d’un lupus discoïde et chez un malade avec
LES
particulièrement résistant.
Enfin, quelques malades avec LES ont été améliorés par une
irradiation généralisée à faibles doses d’UVA-1 (340-400 nm).
Étant donné le risque théorique élevé d’aggravation du LES par cette
irradiation, l’indication de cette UVA-1-thérapie reste encore très
controversée.
Des études contrôlées appréciant les effets bénéfiques et délétères
de ces produits sont indispensables pour guider le choix
thérapeutique des lupus cutanés résistant aux antipaludéens de
synthèse.
Lésions vasculaires
:
Elles sont principalement observées dans les LEAD.
En dehors des acrosyndromes et des oedèmes angioneurotiques, elles sont
secondaires à une atteinte inflammatoire (vasculite) ou thrombotique
des vaisseaux cutanés.
Un diagnostic précis est indispensable étant
donné les conséquences thérapeutiques totalement opposées.
La
mise en évidence d’une thrombose impose la recherche d’anticorps antiphospholipides.
A - ACROSYNDROMES :
Un phénomène de Raynaud est présent chez 10 à 45 % des malades
atteints de LEAD, pouvant précéder de longue date l’apparition des
autres symptômes.
Il serait encore plus fréquent (60 à 90 %) chez les
malades avec anticorps anti-U1 RNP. Il ne justifie que rarement
un traitement spécifique.
L’apparition d’une nécrose digitale doit
faire suspecter une thrombose ou une vasculite associée.
D’exceptionnels cas d’érythermalgies ont été rapportés au cours de
LEAD, avec une bonne efficacité du clonazépam.
B - LIVEDO :
Autrefois considéré comme une manifestation de vasculite lupique,
le livedo est en fait statistiquement associé au cours du lupus à la
présence d’anticorps antiphospholipides et aux manifestations
vasculaires ischémiques cérébrales.
Ce livedo est
habituellement diffus, non infiltré, à mailles fines non fermées
formant des cercles incomplets (livedo racemosa ou livedo ramifié),
localisé sur les membres et surtout le tronc.
Les biopsies cutanées
sur les mailles ou entre les mailles sont le plus souvent normales ;
ailleurs elles mettent en évidence une artériolopathie oblitérante non
spécifique, exceptionnellement une thrombose.
C - ULCÈRES DE JAMBES
:
Ils sont observés chez 3 % environ des malades ayant un LEAD.
Ils imposent de pratiquer un doppler artériel et veineux des
membres inférieurs, ainsi qu’une biopsie des bords pour en
comprendre le mécanisme, vasculite ou plus souvent thrombose
profonde ou superficielle.
Leur fréquence est en effet
incontestablement plus élevée en présence d’anticorps antiphospholipides, allant de 5 à 39%.
D - URTICAIRE ET OEDÈME DE QUINCKE :
Des lésions d’urticaire ont été notées dans 4 à 13 % des grandes
séries de LEAD, correspondant histologiquement à une vasculite
leucocytoclasique des vaisseaux superficiels dermiques.
Ces lésions urticariennes sont souvent associées à un complément abaissé et à
des anticorps anti-C1q, par ailleurs très fréquemment observés au
cours du LEAD.
Elles peuvent s’accompagner de lésions
d’oedème de Quincke, à différencier alors de l’oedème
angioneurotique, en rapport avec un déficit congénital de
l’inhibiteur de la C1-estérase dont la prévalence est augmentée dans
le LEAD.
E - HÉMORRAGIES EN FLAMMÈCHES MULTIPLES
SOUS-UNGUÉALES :
Leur survenue brutale sur plusieurs doigts au cours d’un LEAD
témoigne le plus souvent d’un événement important systémique tel
qu’une thrombose profonde ou une poussée lupique.
Leur
mécanisme reste encore hypothétique : embolie, vasculite ou
thrombose ?
F - NÉCROSES CUTANÉES EXTENSIVES :
Leur début est volontiers brutal avec un purpura nécrotique laissant
rapidement place à une plaque escharrotique noirâtre bordée d’un
liseré purpurique témoignant de leur évolutivité.
Elles sont
localisées sur les membres, le visage (joues, nez, oreilles) ou les
fesses.
La biopsie de la bordure purpurique objective aisément des
thromboses multiples.
Le traitement fait appel à l’anticoagulation,
aux vasodilatateurs dérivés de la prostacycline et éventuellement
aux échanges plasmatiques.
G - AUTRES LÉSIONS VASCULAIRES :
D’autres lésions vasculaires peuvent survenir au cours d’un LEAD.
Certaines sont de mécanisme incertain car non biopsiées.
Il en est
ainsi de l’érythème palmaire, lunulaire et des télangiectasies
périunguéales ressemblant à celles observées au cours des
dermatomyosites souvent accompagnées de mégacapillaires à la
capillaroscopie, observés chez 10 à 15 % des malades avec LEAD.
Les lésions purpuriques infiltrées plus ou moins nécrotiques peuvent
correspondre à une vasculite ou à des thromboses.
Quant aux lésions
atrophiques ivoirines dites d’atrophie blanche ou de pseudomaladie
de Degos, elles semblent plus souvent d’origine thrombotique que
vasculitique, observées essentiellement en présence d’anticorps
antiphospholipides.
Manifestations non lupiques,
non vasculaires :
Elles forment un groupe hétéroclite de manifestations
dermatologiques préférentiellement observées au cours des lupus.
Certaines sont fréquentes, telle l’alopécie, alors que d’autres sont
rares comme le lupus bulleux, la mucinose ou la pustulose
amicrobienne.
A -
LUCITE IDIOPATHIQUE :
Les lucites idiopathiques telles que la lucite estivale bénigne ou la
lucite polymorphe sont très fréquentes dans la population générale,
atteignant près de 20 % de la population scandinave.
La plupart
des études épidémiologiques ont démontré que la présence d’une
telle lucite n’augmentait pas le risque de développer ultérieurement
un lupus.
Cependant, deux études de la même équipe finlandaise
ont mis en évidence une histoire de lucite idiopathique ou des phototests compatibles avec ce type de réaction chez la moitié des
malades avec diverses formes de lupus cutané.
La lucite
idiopathique précédait dans la moitié des cas les lésions lupiques.
Inversement, la prévalence des lupus chez les malades avec lucite
idiopathique paraît faible, estimée à 2 %.
Dans notre expérience,
les lucites idiopathiques ne semblent pas plus fréquentes chez les
lupiques que dans la population générale.
En revanche, il est parfois
difficile de différencier une lucite polymorphe de lésions lupiques.
B - ALOPÉCIE :
Dans le LEAD, il ne s’agit pas d’une alopécie cicatricielle secondaire
à des lésions lupiques mais d’une chute diffuse des cheveux
(effluvium télogène) contemporaine des poussées ou survenant
3 mois après, pouvant donner un cuir chevelu clairsemé,
disparaissant progressivement après traitement. Ailleurs les cheveux
sont fins et fragiles, facilement cassés.
Il peut exister alors une bande
de cheveux de ½ cm de longueur (cheveux lupiques) en bordure du
cuir chevelu (front, tempes).
C - LUPUS BULLEUX :
Il se manifeste cliniquement par des bulles ou des vésiculobulles,
parfois regroupées en bouquets, apparaissant en peau saine sur les
zones exposées et non exposées, disparaissant sans cicatrice
ni grain de milium.
Histologiquement, il s’agit de bulles sousépidermiques
avec un infiltrat de polynucléaires neutrophiles et
éosinophiles et souvent une vascularite leucocytoclasique dermique.
L’immunofluorescence directe est généralement positive avec des
dépôts d’IgG ou d’IgM et d’IgA à la jonction dermoépidermique.
Le
clivage de la bulle est dermique superficiel en microscopie
électronique. Biologiquement existent des anticorps anticollagène de
type VII (protéine majeure de 290 kDa et mineure de 145 kDa en
western blot).
Les lésions bulleuses disparaissent habituellement avec
la dapsone.
Le lupus bulleux est à différencier des bulles par nécrose
épidermique au cours du LEA ou du LEAD et des rares associations
de LEAD avec d’autres maladies bulleuses auto-immunes :
pemphigoïde bulleuse, pemphigus, dermatite herpétiforme,
dermatose bulleuse à IgA linéaire...
D - MUCINOSE PAPULEUSE
:
Alors que des dépôts de glycosaminoglycanes sont fréquemment
mis en évidence par l’histologie au sein des lésions cutanées
lupiques comme dans les dermatomyosites, la présence isolée de
tels dépôts dans le derme sans lésion lupique est plus rare.
Elle se
manifeste par des lésions papuleuses, plus rarement nodulaires,
localisées préférentiellement sur le cou, la racine des membres
supérieurs et le tronc.
Cette mucinose papuleuse serait
présente dans certaines séries chez 1,5 % des malades lupiques.
Elle est observée plus fréquemment dans le LEAD (65 %) que dans
les LEC sans manifestation systémique (35 %).
Les dépôts de glycosaminoglycanes sont localisés dans le derme superficiel et
moyen, entourés d’un discret infiltrat lymphocytaire.
Les antimalariques ne seraient efficaces que dans 20 % des cas.
L’abstention thérapeutique ou l’emploi de corticostéroïdes peuvent
être discutés.
E - ANÉTODERMIE :
Les lésions d’anétodermie sont définies histologiquement par la
disparition localisée du tissu élastique, non centrée par un follicule
pileux, sur toute la hauteur du derme, et cliniquement par
l’existence d’un phénomène de herniation à la palpation.
Le nombre
et la taille des lésions sont excessivement variables.
Elles sont
surtout localisées sur le cou et la moitié supérieure du tronc et des
bras.
Au sein du lupus a été récemment soulignée l’association
préférentielle de ces lésions avec la présence d’anticorps antiphospholipides et la possibilité de microthromboses en
histologie.
F - CALCIFICATIONS :
Les calcifications cutanées sont beaucoup plus rares dans le lupus
que dans la sclérodermie.
Leur présence doit faire rechercher une
connectivite mixte et la présence d’anticorps anti-U1RNP.
Elles
peuvent être observées en regard des lésions lupiques ou à distance.
G - PUSTULOSE AMICROBIENNE DES PLIS :
Une pustulose amicrobienne des grands et petits plis associée à des
pustules isolées du cuir chevelu a été récemment décrite au cours
du lupus et d’autres maladies auto-immunes.
L’aspect histologique
est celui d’une pustule spongiforme.
Les surinfections sont
fréquentes, avec un aspect suintant, notamment de la région génitale.
Un déficit en zinc a été rapporté dans quelques cas.
Les
lésions sont sensibles à la corticothérapie générale ou locale.
Conclusion :
L’analyse sémiologique rigoureuse des lésions dermatologiques
observées au cours des lupus, au besoin complétée par un examen
anatomopathologique d’un prélèvement biopsique, doit permettre un
diagnostic précis indispensable avant de proposer un traitement adapté.