Épidémiologie :
Ce sont les tumeurs malignes les plus fréquentes. Leur fréquence
augmente chez les sujets de peau blanche parallèlement à
l'allongement de la durée moyenne de vie, à l'augmentation de
l'exposition solaire, et à l'altération de la couche d'ozone.
* L'incidence des carcinomes basocellulaires est de l'ordre de
500/100.000 dans les pays occidentaux.
- Ils touchent plus souvent les sujets âgés: ils sont rares
avant 40 ans et leur pic de fréquence se situe vers 70 ans.
- Ils sont plus fréquents chez l'homme que chez la femme
(sex-ratio de 3/1).
* Les carcinomes spinocellulaires sont moins fréquents, avec une
incidence estimée à 100/100.000. Ils sont également plus
fréquents chez l'homme, avec un pic de fréquence après 60 ans.
Étiologie
FACTEURS CARCINOGENES PREDISPOSANTS :
* La lumière solaire est le principal facteur favorisant:
- elle intervient par l'action des ultraviolets, principalement
les UVB, mais aussi les UVA, qui provoqueraient des altérations
de l'ADN.
- les ultraviolets ont une action lente, cumulative, précédée de
signes précurseurs: lésions précancéreuses (kératose actinique)
et vieillissement cutané.
- ce facteur étiologique touche donc les sujets âgés, de race
blanche, ayant des professions de plein air.
* Facteurs physiques:
- radiations ionisantes responsables de radiodermites.
- microtraumatismes répétés.
- cicatrices de brélures.
- ulcères de jambes et plaies chroniques.
* Facteurs chimiques:
- arsenic: l'absorption ou l'inhalation chronique d'arsenic
exposent à la survenue de kératoses pouvant dégénérer en
carcinomes épithéliaux. L'exposition peut être professionnelle
(vignerons, ouvriers de l'industrie de peinture, des
insecticides, herbicides ou raticides) ou alimentaire.
- hydrocarbures polycycliques: sujets exposés aux goudrons par
le tabac ou par leur profession.
- puvathérapie: elle associe un facteur chimique (psoralène) et
un facteur physique (UVA).
* Dermatoses inflammatoires chroniques:
- lupus érythémateux chronique.
- lichen scléro-atrophique et lichen plan (au niveau muqueux).
* Certaines maladies congénitales:
- xéroderma pigmentosum.
- albinisme.
- navomatose basocellulaire.
- hamartomes verruco-sébacés.
* Immunodépression:
- iatrogène: méthotrexate ou Imurel*, notamment chez le
transplanté rénal.
- viral: SIDA.
LESIONS PRECANCEREUSES :
* Kératoses actiniques ou kératoses séniles:
- ce sont des taches brunes ou jaunâtres de surface
hyperkératosique, sur les parties découvertes (mains, visage),
chez les sujets âgés.
- l'histologie montre un épiderme aminci (formes atrophiques) ou
épaissi (formes hyperplasiques), avec des atypies nucléaires,
une élastose solaire dermique associée à un infiltrat
inflammatoire réactionnel.
- l'évolution est lente. La transformation en carcinome survient
dans 5à 20% des cas, le plus souvent en spinocellulaire. elle se
traduit par une infiltration, une ulcération, ou un
bourgeonnement, imposant une exérèse.
- le diagnostic différentiel s'établit avec la verrue
séborrhéique.
- le traitement est la destruction par cryothérapie et la
photoprotection.
* Kératoses sur radiodermites ou chimio-induites: les kératoses
arsenicales sont volontiers palmo-plantaires et symétriques.
* Kératoses des muqueuses:
- leucoplasies des lèvres, leucoplasie jugale, balanites
kératosiques.
- équivalent sur les demi-muqueuses des kératoses actiniques.
* Maladie de Bowen:
- c'est un carcinome in situ, avec, histologiquement, une
prolifération intraépidermique comportant des atypies
cellulaires.
- cliniquement, elle est caractérisée par un ou des éléments
discoïdes peu infiltrés, a surface plus ou moins kératosique.
- elle évolue vers un carcinome spinocellulaire.
- l'atteinte est cutanée ou muqueuse (gland et vulve).
Anatomie pathologique :
CARCINOME BASOCELLULAIRE :
Il se développe à partir des kératinocytes basaux basophiles.
* Les cellules ressemblent donc aux cellules basales: de petite
taille, avec un noyau arrondi, très basophile avec peu de
mitoses. Le cytoplasme est clair et très réduit.
* L'architecture est typique: les cellules se groupent en amas
ou boyaux, connectés a l'épiderme, très basophiles, a limites
nettes, avec une couche cellulaire périphérique formée de
cellules cylindriques organisées en palissades.
* Le stroma est inflammatoire, riche en fibroblastes.
L'infiltrat péritumoral est composé de lymphocytes et de
plasmocytes.
CARCINOME SPINOCELLULAIRE :
Il se développe à partir des kératinocytes suprabasaux.
* Les cellules sont de type malpighien: de grande taille,
parfois monstrueuses, irrégulières, éosinophiles, avec des
noyaux irréguliers et hyperchromatiques oèles mitoses sont
fréquentes.
* Les cellules forment de multiples bourgeons mal limités,
infiltrant le derme, dont le degré de différenciation est
variable: tantôt immatures, tantôt kératinisés, pouvant même
aller jusqu'à la formation de globes cornés.
* On voit fréquemment sur les bords de la lésion des signes de
kératose précarcinomateuse. Le stroma est également
inflammatoire.
Diagnostic :
DIAGNOSTIC POSITIF :
Il devra toujours être confirmé par un examen histologique.
Carcinome basocellulaire :
* Mode de début:
- le début est insidieux.
- la lésion apparaît souvent en peau saine ou sur une lésion
précancéreuse.
- l'évolution est lente.
* Topographie:
- il se situe dans les zones photoexposées (visage et cou dans
90% des cas).
- il n'y a pas d'atteinte des muqueuses.
- la forme ulcérée est fréquente dans les plis: sillons
naso-géniens et plis rétroauriculaires. La forme
sclérodermiforme est fréquente au niveau du front et des tempes,
alors que la forme pagétoide se rencontre volontiers au niveau
du tronc.
* Lésions élémentaires:
- la perle épithéliomateuse: il s'agit d'une petite élevure
rosée, translucide, unique ou multiple, de taille variable (1à
5mm), fréquemment disposée en périphérie de la lésion.
- télangiectasies.
- l'ourlet filiforme: petit bourrelet induré soulignant les
limites de la lésion.
* Formes cliniques:
- plan cicatriciel: c'est la forme la plus fréquente. La tumeur
est formée d'une zone centrale atrophique d'allure
cicatricielle, parcourue de télangiectasies et entourée d'une
bordure perlée.
- ulcus rodens: forme sévère formée par une ulcération
rapidement extensive en profondeur (forme térébrante).
- nodulaire: la tumeur est formée d'une perle unique de grande
taille.
- pagétoide ou superficiel: plaque érythémato-squameuse bien
limitée, d'évolution centrifuge lente.
- sclérodermiforme: tumeur à type d'infiltration plane ou à
peine déprimée, blanc jaunâtre, mal limitée, sans perle
caractéristique. La diffusion des cellules malignes est toujours
plus étendue que ne le laisse présager la clinique (partie
immergée de l'iceberg).
- tatoué ou pigmenté: tumeur formée de perles pigmentées par de
la mélanine. A ne pas confondre avec un mélanome.
* Evolution:
- malignité locale avec envahissement des structures
musculaires, osseuses, vasculaires et nerveuses sous-jacentes.
- dans les formes extrêmes, destruction des organes nobles: et
cerveau.
- absence de métastases ganglionnaires ou viscérales.
- possibles récidives après exérèse.
Carcinome spinocellulaire :
* Mode de début:
- complique fréquemment une lésion précancéreuse.
- évolution plus rapide, d'une petite tumeur à base indurée vers
une tumeur saillante.
* Topographie:
- les régions découvertes (face et cou) mais également les
membres inférieurs et le thorax.
- atteinte des muqueuses et demi-muqueuses: langue, lèvres,
vulve et gland.
- atteinte très fréquente de la lèvre inférieure chez le sujet
fumeur.
* Lésions élémentaires:
- végétation.
- ulcération.
- infiltration.
- corne, ou "croûte".
* Formes cliniques: la tumeur associe en proportions variables
les différents éléments sémiologiques:
- forme ulcéro-végétante: la plus fréquente.
- forme ulcérée pure.
- forme végétante: en chou-fleur, facilement hémorragique.
- forme nodulaire: lésion saillante nodulaire, verruqueuse et
croûteuse.
* Évolution:
- extension locale avec destruction des éléments adjacents.
- extension régionale avec envahissement ganglionnaire (peu
fréquent).
- extension générale avec de rares métastases viscérales
(hépatiques et pulmonaires).
L'atteinte métastatique dépend de la topographie: elle est plus
fréquente avec les lésions touchant les muqueuses (plus
vascularisées) ou survenant sur ulceres de jambe (diagnostic
plus tardif).
DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL :
La différenciation entre les carcinomes baso- et
spinocellulaires est parfois difficile en raison des mêmes
topographies et de formes cliniques identiques (formes
ulcérées).
* Carcinome basocellulaire:
- mélanome et verrue séborrhéique pour la forme tatouée.
- sclérodermie localisée pour la forme sclérodermiforme.
- métastase cutanée, naevus dermique, kyste pour la forme
nodulaire.
- psoriasis ou eczéma pour la forme superficielle.
* Carcinome spinocellulaire:
- botriomycome (bourgeon charnu post-traumatique).
- kératoacanthome: tumeur bénigne formée d'un nodule saillant
creusé d'un cratère.
- kératose actinique simple.
- mélanome nodulaire.
Traitement :
TRAITEMENT PRÉVENTIF :
* Destruction des kératoses actiniques par électrocoagulation,
cryothérapie ou crème antimitotique à base de 5-fluoro-uracile
(Efudix*).
* Exérèse chirurgicale des leucoplasies muqueuses et de la
maladie de Bowen.
* Photo protection vestimentaire.
* Lutte contre les facteurs de risque.
* Rétinoïdes (acitrétine ou isotrétinoine) dans le cadre de la
navomatose basocellulaire ou si lésions multiples.
TRAITEMENT CURATIF :
Il dépend de la taille et de la topographie de la tumeur, mais
aussi de l'age et de l'état général du patient. Il est identique
dans les deux types cliniques:
* Exérèse chirurgicale avec suture immédiate, plastie ou greffe.
Elle permet le contrôle histologique des berges. La marge
d'exérèse doit être de 0,5cm pour les tumeurs de taille
inférieure à 2cm de diamètre, jusqu'à l'hypoderme, et de 1cm
pour les lésions à risque, plus en profondeur.
* La technique dite "de Mohs" a pour principe une sectorisation
de la piece opératoire et des contrôles histologiques
extemporanés répétés. Elle est de réalisation difficile.
* Radiothérapie si la chirurgie est contre-indiquée. Elle doit
cependant etre évitée pour les basocellulaires
sclérodermiformes.
- Curithérapie: implantation d'un fil d'iridium dans la tumeur.
- Radiothérapie externe: faible énergie ou électronthérapie.
* Autres méthodes de destruction, dont le principal inconvénient
est l'impossibilité du contrôle des limites d'exérèse:
- électrocoagulation au bistouri électrique.
- cryothérapie) à l'azote liquide.
- laser CO2.
* Exérèse ganglionnaire et radiothérapie complémentaire si
présence d'adénopathies cliniques.
* Chimiothérapie générale si métastases viscérales de
spinocellulaires: bléomycine et cisplatine.
Nombre d'affichage de la page 1052 |