Affections des gaines synoviales Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
Les tendons sont entourés d’une gaine protectrice quand ils sont menacés par
un changement de direction sur une saillie osseuse ou leur passage dans les
tunnels ostéofibreux, notamment au poignet, à la main et à la cheville.
Ces
gaines peuvent être le siège de lésions tumorales bénignes ou malignes mais
surtout de lésions dégénératives, comme les tendons, liées à un surmenage
fonctionnel, ou de lésions inflammatoires du fait de leur structure synoviale.
Les gaines ont partie liée avec les
articulations, au point que leur atteinte révèle parfois et
accompagne souvent un rhumatisme inflammatoire aigu ou
chronique.
La démarche diagnostique doit donc s’apparenter à
celle d’une arthropathie avec le même souci de ne pas passer à
côté d’une infection.
L’examen clinique garde son importance
mais l’imagerie moderne apporte une aide précieuse dans les cas
difficiles ; les examens biologiques et histologiques apportent
la certitude étiologique.
Données générales :
A - Anatomie générale :
Les gaines synoviales ne peuvent être séparées des tendons qu’elles entourent
sur une partie de leur trajet.
La gaine proprement dite (feuillet pariétal) est
fermée à ses deux extrémités où elle se réfléchit sur le tendon et se continue
avec une enveloppe adhérente au tendon (feuillet interne ou viscéral de la
gaine tendineuse).
Les deux feuillets ménagent une véritable cavité synoviale
contenant un mince film de liquide très voisin du liquide synovial normal dont
la viscosité est assurée par l’acide hyaluronique.
Les deux feuillets de la gaine
du tendon sont aussi unis entre eux, le long de l’axe du tendon et sur sa face
squelettique, par une mince cloison porte-vaisseau : le mésotendon.
La gaine ténosynoviale assure au tendon un glissement doux en le protégeant, mais l’atteinte de la gaine, selon sa forme anatomique, empêchera le glissement du
tendon ou finira par l’altérer jusqu’à son éventuelle rupture.
La structure de la gaine tendineuse est voisine de celle de la synoviale
articulaire dont elle partage les atteintes.
Une ténosynovite peut donc
accompagner ou révéler une atteinte articulaire de même étiologie.
B - Anatomie pathologique :
Les affections des gaines sont de nature tumorale, dégénérative ou
inflammatoire.
On distingue parmi les atteintes inflammatoires :
– les ténosynovites exsudatives caractérisées par un épanchement dont
l’analyse permet de préciser la cause ;
– les ténosynovites sténosantes caractérisées par un épaississement du
feuillet pariétal de la gaine qui gêne le glissement du tendon.
Elle peut être
primitive ou être le terme évolutif de la phase exsudative.
C - Anatomie régionale :
Les anciennes dénominations sont indiquées entre parenthèses.
1- Gaines synoviales de la main et du poignet
:
Les gaines passent dans des
tunnels ostéofibreux formés par le plan osseux profond et soit le ligament
annulaire antérieur du carpe en avant, soit le ligament annulaire dorsal du
carpe en arrière.
* À la face palmaire du poignet et de la main
:
On retrouve :
– la gaine digitocarpienne externe (ou radiale) qui entoure le tendon du long
fléchisseur du pouce.
Elle s’étend sur 12 à 14 cm de la base de la phalange
unguéale à l’avant-bras, débordant de 3 à 4 cmle bord supérieur du ligament
annulaire antérieur du carpe ;
– la gaine digitocarpienne interne (ou cubitale) qui entoure les tendons les
plus internes des fléchisseurs profond et superficiel des doigts (ou fléchisseur
commun superficiel et profond).
Elle s’étend sur 13 à 14 cm de la base de la
phalange unguéale du cinquième doigt à l’avant-bras, plus haut que la gaine
radiale, dépassant de 3 à 5 cmle bord supérieur du ligament annulaire ;
– la gaine du fléchisseur radial du carpe (ou grand palmaire) à la partie
externe du canal carpien.
* À la face palmaire de la main
:
– Les gaines digitales des trois doigts moyens entourent les deux tendons
fléchisseurs superficiel et profond dans le trajet digital.
Elles s’étendent de la base de la phalange unguéale à la paume de la main remontant à 10 ou 15 mm
au-dessus de la métacarpophalangienne.
– Les gaines carpiennes moyennes sont deux gaines inconstantes annexes au
tendon de l’index.
* À la face dorsale du poignet :
Six gaines sont disposées, de dehors en dedans, dans des tunnels ostéofibreux :
– gaine du long abducteur et du court extenseur du pouce, partiellement
divisée, située à la face externe du radius ;
– gaine des court et long extenseurs radiaux du carpe (ou radiaux),
partiellement divisée parfois, située en arrière de la précédente à la face
externe du radius ;
– gaine du long extenseur du pouce située à la face postérieure du radius ;
– gaine commune à l’extenseur commun et à l’extenseur propre de l’index ;
– gaine de l’extenseur propre du cinquième doigt répondant à l’interligne radiocubital ;
– gaine de l’extenseur ulnaire du carpe (ou cubital postérieur)
située entre la styloïde et la tête du cubitus.
2- Gaines
synoviales de la cheville :
Chaque tendon musculaire entourant la cheville est enveloppé d’une gaine
synoviale l’isolant des gouttières ostéofibreuses sur lesquelles les gaines sont
appliquées par les retinaculi (épaississement du fascia profond qui enveloppe
la région).
Les gaines synoviales antérieures comprennent la gaine du tibial antérieur (ou
jambier antérieur), du long extenseur de l’hallux (ou extenseur propre du gros
orteil) et du long extenseur des orteils (ou long extenseur commun des orteils).
Ces gaines débordent les retinaculi supérieurs et inférieurs des extenseurs.
Les gaines synoviales médiales (ou internes) comprennent la gaine du tibial
postérieur (ou jambier postérieur) qui commence à 4 cm au-dessus de la
malléole et se termine près de l’insertion du tendon, la gaine du long
fléchisseur de l’hallux (ou long fléchisseur propre du gros orteil) qui
commence au niveau de la malléole interne et se termine à la base du premier
métatarsien, la gaine du long fléchisseur des orteils (ou long fléchisseur
commun des orteils) qui s’étend de la malléole interne à l’os naviculaire (ou
scaphoïde tarsien).
Les gaines synoviales latérales (ou externes) comprennent :
– la gaine commune des muscles fibulaires (ou péroniers latéraux) qui se
divise en bas pour accompagner le tendon du court et du long fibulaire (long
et court péronier latéral) jusqu’à la face latérale du cuboïde ;
– la gaine plantaire du long fibulaire (ou long péronier latéral), indépendante
de la précédente, entoure le tendon de ce muscle dans son trajet plantaire.
Examen clinique
:
A - Diagnostic positif
:
L’examen vise d’abord à reconnaître la ténosynovite.
1- Ténosynovite exsudative :
Elle est en général reconnue dès l’inspection.
La ténosynovite exsudative des fléchisseurs des doigts est celle dont l’aspect
peut le plus souvent être aigu ou chronique selon l’étiologie qui est parfois
infectieuse.
Dans les cas aigus, la flexion d’un ou plusieurs doigts est irréductible (signe
du « crochet »).
La douleur est traçante sur tout le trajet de la gaine.
L’oedème
est diffus à la totalité du ou des doigts affectés et parfois à l’ensemble de la
paume de la main.
La fièvre peut être élevée et les signes généraux importants.
Des adénopathies sus-épitrochléennes ou axillaires peuvent être observées.
L’évolution peut être marquée par la diffusion de l’infection localement aux
autres gaines, aux espaces celluleux, aux articulations ou, à distance,
entraînant un adénophlegmon axillaire ou une septicémie.
Dans les cas
chroniques, elle se traduit par une tuméfaction molle, mal
limitée, soit à la partie basse de l’avant-bras, au-dessus du
pli de flexion du poignet, soit à la paume comblant le creux de
la main de façon plus ou moins nette et n’apparaissant parfois
que par comparaison avec le côté opposé, soit au niveau digital
sous forme d’un gonflement localisé à la face palmaire d’une
phalange à cause de la présence de la gaine fibreuse.
La
tuméfaction peut être en « bissac » à la paume et à
l’avant-bras, à cause de la présence du ligament annulaire
antérieur du carpe.
À l’inspection, on peut observer aussi des
ressauts lors de la mobilisation active des doigts.
La ténosynovite exsudative des extenseurs des doigts se traduit par une
tuméfaction médiane allongée à la face dorsale du poignet et à la partie basse
de l’avant-bras prenant parfois un aspect en « bissac » lié à la présence du
ligament annulaire dorsal.
La ténosynovite exsudative des tendons cubitaux se traduit par un gonflement
de la région radiocubitale inférieure qui contribue à majorer la saillie de la
tête cubitale.
Au minimum, elle entraîne un comblement de la dépression
normalement observée sur le versant cubital du poignet, sous l’épiphyse
cubitale inférieure.
La ténosynovite exsudative des muscles fibulaires est visible sous forme
d’une tuméfaction molle, allongée, sous- et rétromalléolaire externe.
La ténosynovite exsudative du tibial postérieur est moins visible sous forme
d’une tuméfaction rétromalléolaire interne allongée dans l’axe du tendon.
2- Ténosynovite sténosante :
Elle peut aussi se traduire par une tuméfaction, moins nette, mais surtout par
une douleur locale réveillée par la pression locale, par le mouvement contre
résistance qui met en tension le tendon (maître-symptôme de la tendinite) et
par l’étirement passif du tendon.
B - Diagnostic étiologique :
Il faut ensuite préciser la cause par l’examen clinique aidé par les examens
complémentaires.
L’examen articulaire doit être complet.
Il faut d’abord vérifier que les signes
locaux sont bien dus à la ténosynovite et non à une inflammation de
l’articulation voisine qui peut lui être associée.
Ensuite, on doit examiner les
autres articulations axiales et périphériques à la recherche de signes d’un
rhumatisme inflammatoire chronique tel que la polyarthrite rhumatoïde (PR)
ou la spondylarthrite ankylosante, la goutte ou la chondrocalcinose.
L’interrogatoire précise les antécédents récents (surmenage fonctionnel
professionnel, sportif ou de loisir, traumatisme direct ou indirect) ou lointains,
notamment tuberculeux, du malade lui-même et un antécédent familial de
rhumatisme inflammatoire.
L’examen extra-articulaire recherche d’autres localisations tuberculeuses,
des signes d’une autre infection ou d’une maladie systémique, en particulier
des signes de syndrome sec ou un syndrome de Raynaud et d’autres atteintes
viscérales.
La démarche diagnostique doit être la même que celle d’une
arthrite au début.
C - Évolution :
Elle est marquée par le risque de rupture tendineuse traduite par la perte du
mouvement actif et le maintien du mouvement passif.
Pour les fléchisseurs,
les ruptures prédominent sur le bord radial du canal carpien ou à la partie
distale de la paume.
Les extenseurs sont classiquement les plus atteints,
surtout ceux des deux derniers doigts.
Plusieurs tendons peuvent être atteints
simultanément ou successivement.
Examens complémentaires :
A - Radiographie standard :
Elle a peu d’intérêt dans l’étude des affections des gaines synoviales.
Elle peut
montrer une calcification d’une ou plusieurs gaines et une réaction osseuse de
voisinage dans certaines localisations (tendinite de de Quervain).
Elle a
surtout l’intérêt d’éliminer une affection osseuse ou articulaire de proximité.
La calcification de la gaine oriente vers un rhumatisme à hydroxyapatite ou
une chondrocalcinose articulaire.
B - Ténographie :
Même couplée au scanner, elle est de moins en moins utilisée.
C’est, en effet,
une méthode invasive qui expose au risque septique et traumatique car la
ponction de la gaine n’est pas toujours facile.
Le produit de contraste moule
le tendon qui est vu en négatif.
Ses bords sont réguliers et parallèles.
Les
fissures intratendineuses sont parfois difficiles à déceler.
Les contours de la
gaine sont bien analysés et la ténographie met bien en évidence les
communications éventuelles avec les articulations voisines.
C - Arthrographie de contraste :
Elle n’a pas pour objectif l’étude des tendons périarticulaires.
Néanmoins,
ceux-ci peuvent parfois être opacifiés de façon physiologique au cours de cet
examen.
D - Échographie :
Technique non invasive, très accessible, peu coûteuse, rapide et facilement
répétée, elle est sous-utilisée car elle devrait être un complément régulier de
l’examen clinique des gaines tendineuses.
Pour l’examen des poignets, des
mains et des chevilles, l’appareil à 10 MHz convient mieux que celui à 5
MHz, mais d’excellents résultats ont été obtenus à l’aide d’appareils à
haute fréquence (13 MHz) dans l’étude des tendons de la PR.
Les
meilleures images sont obtenues lors des épanchements et il est possible de
distinguer l’épanchement (hypoéchogène) et la prolifération synoviale, sauf
si le taux de fibrine du liquide synovial est élevé.
Les tendons normaux
sont toujours visualisés sous forme d’une zone assez hyperéchogène, à
contours parallèles, présentant une structure fibrillaire bien décelée par les
sondes de haute définition.
L’expérience de l’opérateur est essentielle pour éviter les artefacts observés
lorsque la sonde n’est pas exactement perpendiculaire à l’axe du tendon.
En
effet, l’échogénicité du tendon dépend de l’angle que fait la sonde par rapport
au tendon. Ce phénomène est connu sous le nom d’anisotropie.
Ainsi, lorsque
la sonde (barrette linéaire) est perpendiculaire au tendon, celui-ci apparaît
plus échogène que le muscle.
Lorsque l’angle se modifie, l’échogénicité du
tendon décroît, devenant isoéchogène pour un angle compris entre 2 et 7°,
hypoéchogène au-delà.
L’échographie permet l’étude de l’échostructure des tendons, de leur
morphologie, de leur épaisseur, de leur continuité ainsi que l’analyse des
gaines synoviales.
L’examen des tendons doit être fait sous tension dans les
deux plans, sauf si l’on recherche une fissure sous forme d’une plage linéaire
liquidienne au sein du tendon examiné détendu.
Le perfectionnement de la
technique où l’image est créée, non par la réflexion mais par la transmission
des ultrasons, est très prometteur pour l’étude des articulations de la main par
exemple.
E - Scanner :
Idéalement couplé à la ténographie, il permet une analyse précise de la
morphologie des tendons, des gaines synoviales et des parties molles
environnantes.
Il permet une étude bilatérale et comparative des poignets, des
mains, des chevilles et des pieds placés côte à côte le plus symétriquement
possible.
Cette possibilité de comparaison est un avantage indéniable,
notamment en cas d’images discrètes ou douteuses.
Il permet d’obtenir des
images de très bonne qualité en résolution spatiale dans la mesure où l’on
réalise des coupes de faible épaisseur (1 à 1,5 mm).
Il n’est pas nécessaire de
réaliser des coupes jointives, sauf si l’on souhaite réaliser des reconstructions multiplanaires.
L’injection intraveineuse de produit de contraste peut être
utile pour distinguer une lésion inflammatoire d’une lésion dégénérative de la
gaine.
La radioanatomie des tendons en scanner est calquée sur celle de
l’IRM.
F - Imagerie par résonance magnétique
:
Méthode non invasive, non irradiante, donnant des images d’une précision
proche de celle des coupes anatomiques, l’IRM serait la méthode idéale si ce
n’était son coût.
On utilise des antennes de surface relativement larges qui
permettent une étude synchrone des deux régions articulaires ; des antennes
plus étroites, voire des antennes de contact, peuvent être utiles pour une étude
plus localisée.
Un tendon s’étudie dans deux plans dont l’un au moins est perpendiculaire à
son grand axe.
Le choix de l’épaisseur de coupe est un compromis entre une
bonne résolution spatiale, avec un effet de volume partiel aussi faible que
possible, et un rapport signal sur bruit acceptable.
En pratique, des coupes de
3 à 5 mm sont utilisées.
Les séquences en pondération T1 sont utilisées le plus fréquemment possible.
Les séquences en pondération T2 permettent une bonne visualisation des
épanchements liquidiens et de l’oedème.
Les séquences rapides permettent de
raccourcir le temps des séquences par rapport aux séquences classiques en
écho de spin.
La saturation de graisse (STIR ou fat-sat) sensibilise l’injection
de gadolinium en T1 et fait ressortir l’oedème ou l’inflammation en T2.
L’injection de contraste entraîne une fixation sur tout ce qui est richement
vascularisé (ténosynovite inflammatoire ou tumorale).
En T1 comme en T2,
le tendon apparaît normalement en hyposignal franc, de forme arrondie ou
ovalaire, de contours et d’épaisseur réguliers.
Il est en général bien visualisé
au sein du contraste naturel existant avec la graisse et les muscles adjacents.
En revanche, il est mal différencié au contact d’une corticale osseuse en hyposignal identique.
La sémiologie IRM repose sur les anomalies de signal, mais les anomalies
morphologiques (anomalies de calibre, des contours ou de position) doivent
aussi attirer l’attention.
Un plan de lecture systématique, au besoin
comparatif, est nécessaire pour ne pas méconnaître des anomalies parfois peu
évidentes.
Il faut se méfier des artefacts bien connus en IRM, et notamment
celui sous le nom d’« angle magique ».
Les anomalies de l’imagerie sont
détaillées lors de l’étude des ténosynovites de la cheville et du pied où elles ont davantage d’importance qu’à la main et au poignet.
G - Examens de laboratoire :
Leur choix a pour objectif de préciser la cause des affections des gaines
synoviales.
Dans le sang, la recherche d’un syndrome inflammatoire comporte la mesure
de la vitesse de sédimentation (VS) des hématies à la première heure tout en
sachant qu’elle peut être normale ; dans ce cas, la mesure de la protéine C
réactive est utile. L’électrophorèse des protides, à la recherche d’une gammapathie monoclonale, et le bilan rénal (proteinurie, créatininémie)
peuvent orienter vers une amylose.
Le dosage de l’uricémie peut mettre sur la
voie d’une ténosynovite tophacée.
La recherche d’un rhumatisme
inflammatoire impose les mêmes examens que pour une polyarthrite :
sérologie rhumatoïde, anticorps antinucléaires en immunofluorescence
indirecte (IFI), anticorps anticytosquelette, plus rarement anticorps
anticytoplasme de polynucléaire neutrophile (ANCA), et parfois phénotype
HLA (human leukocyte antigen)-DR qui a une certaine valeur
d’orientation.
Dans le liquide synovial qu’il faut ponctionner chaque fois qu’il y a un
épanchement dans la gaine, on pratique un examen cytobactériologique et
cristallographique.
La numération des éléments blancs permet de distinguer
un épanchement mécanique (moins de 1 000/mm3) d’un épanchement
inflammatoire (plus de 1 000/mm3).
La recherche de germes et notamment de
mycobactéries, à l’examen direct et en culture, sera systématique.
La biologie
moléculaire permet une mise en évidence plus rapide du bacille de Koch.
La
recherche de cristaux est faite en lumière polarisée pour les cristaux d’urate et
de pyrophosphate de calcium, et au microscope électronique pour les cristaux
d’hydroxyapatite.
L’examen histologique de la gaine est parfois indispensable pour préciser
l’étiologie.
Principales localisations :
A - Main et poignet :
1- Ténosynovite des fléchisseurs :
En plus de la tuméfaction décrite, elle se traduit par une raideur des
doigts, surtout le matin et après une immobilisation dans la journée.
Elle est
souvent responsable de paresthésies liées à un syndrome du canal carpien par
compression du nerf médian dans sa traversée de ce canal fibreux, inextensible.
À l’examen,
on remarque que la tuméfaction est mobile avec les tendons et on
provoque une douleur à la flexion contrariée des doigts.
Il faut
rechercher un déficit moteur et/ou sensitif dans le territoire
du médian.
Sa cause peut être inflammatoire ou mécanique liée aux
microtraumatismes et au gonflement des tissus à l’âge de la ménopause ou à
l’occasion d’autres causes.
Son évolution est dominée par la compression du
nerf médian et le risque de rupture tendineuse.
Il faut noter la fréquence des
tendons anormaux responsables de la réaction synoviale, jusqu’à 12 % des
canaux carpiens opérés.
Les gaines synoviales en peropératoire sont
opaques et épaissies.
L’examen histologique retrouve, soit des lésions
inflammatoires, soit des lésions dégénératives si le syndrome est en apparence
primitif.
Le traitement est essentiellement médical et fonction de la cause.
La chirurgie n’est indiquée que dans les formes rebelles et en cas de déficit
neurologique.
À la section du ligament annulaire antérieur du carpe sont
associées une synovectomie péritendineuse et une épineurolyse antérieure.
2- Ténosynovite rare du fléchisseur radial du carpe
:
Elle se traduit par une douleur sur le trajet du tendon accentuée par la flexion
contrariée du poignet ou son extension passive, et parfois par des dysesthésies
dans le territoire de la branche cutanée palmaire du nerf médian.
À
l’examen, on peut observer une tuméfaction qu’il faut distinguer d’un kyste
de la gouttière du pouls radial et d’une bursite de la tubérosité du
scaphoïde.
Elle est souvent associée à une arthrose scaphotrapézienne qui
a des rapports anatomiques étroits avec le tendon expliquant son irritation
directe.
Le traitement médical suffit en règle à la guérir.
3- Ténosynovite sténosante de de Quervain
:
Elle a été décrite en 1895 par de Quervain, même si des publications
antérieures de Tillaux en 1892 et de Gray en 1893 ont décrit la même
affection.
Elle touche surtout la femme entre 40 et 50 ans et elle est favorisée par des
facteurs mécaniques qui expliquent sa fréquence dans les professions
manuelles et son retentissement socioprofessionnel important.
Une cause
récemment rapportée consiste en l’utilisation de certains claviers
informatiques et plus encore de jeux vidéo.
Elle est favorisée aussi par des
variations anatomiques telles que la multiplicité des tendons du long
abducteur et du court extenseur, ou un dédoublement total ou partiel du
premier compartiment dorsal de la main.
Elle se traduit par une douleur
du bord radial du poignet accentuée par les mouvements d’inclinaison
cubitale de celui-ci, l’abduction active du pouce et les prises pollicidigitales.
À l’examen, on peut voir une tuméfaction en regard de la styloïde radiale et
on provoque une douleur par la pression locale et par deux manoeuvres : la
prise pouce-cinquième doigt ou l’extension du pouce contre résistance d’une
part, la manoeuvre de Finkelstein d’autre part (flexion passive du poignet en
inclinaison cubitale, le pouce étant maintenu fléchi dans la paume par les
autres doigts).
Il faut rechercher une pathologie associée : rhizarthrose du
pouce, syndrome du canal carpien...
Il faut éliminer une
tendinite des radiaux et un syndrome deWartenberg ou « névrite » de la branche antérieure
du nerf radial qui reconnaît le même mécanisme que la tendinite.
La
radiographie, le plus souvent normale, peut montrer un épaississement des
parties molles, une réaction périostée ou une décalcification localisée.
L’échographie peut objectiver un épanchement liquidien péritendineux : image
classique en « cible ».
Le traitement est essentiellement médical.
La chirurgie serait nécessaire dans
20 %des cas mais elle doit se limiter à l’ouverture partielle de la gaine sur son
bord postérieur cubital et à la résection de l’arche d’entrée pour éviter une subluxation des tendons lors des mouvements du poignet et du pouce.
Ses
résultats sont bons dans 90 à 95 % des cas mais au prix de 2 à 4 % de réinterventions et quelques cicatrices inesthétiques.
La caractéristique
anatomique est l’hypertrophie de la gaine tendineuse qui,
histologiquement, se traduit par une augmentation d’épaisseur des fibres
collagènes, des aires de métaplasie myxoïde et chondroïde et la présence de
cellules semblables à des myofibroblastes.
4- Ténosynovite des extenseurs :
Traduite par une tuméfaction médiane allongée à la face dorsale du poignet et
à la partie basse de l’avant-bras, elle a parfois un aspect caractéristique en
« bissac » lié à la présence du ligament annulaire dorsal.
Elle doit être
distinguée d’un kyste synovial dorsal ou d’une synovite villonodulaire.
Elle
est presque toujours secondaire à une PR ou à une tuberculose.
5- Ténosynovite des court et long extenseurs radiaux du carpe
:
La douleur est voisine de celle de la ténosynovite de de Quervain mais elle est
proximale à trois travers de doigt de la styloïde radiale.
À l’examen, on perçoit
une crépitation et il est possible que l’« aï crépitant » de Tillaux corresponde
à cette tendinite.
Due à une ténosynovite pour certains, elle le serait, pour
d’autres, à une bursite située entre les tendons des radiaux et le long abducteur
du pouce d’où la dénomination de syndrome du « croisement ».
Elle guérit
en général sous l’effet du seul traitement médical.
6- Ténosynovite des cubitaux :
Elle se traduit par un comblement de la dépression normalement visible sur le
bord cubital du poignet et par une tuméfaction de la région radiocubitale
inférieure qui contribue à majorer la saillie de la tête cubitale.
Dans notre
expérience, elle a toujours été associée à la PR, mais elle a été décrite chez
des sportifs après des microtraumatismes répétés en supination, flexion
palmaire et inclinaison cubitale du poignet pour le tendon cubital postérieur.
Il y a un risque de rupture de la cloison interne du sixième compartiment
dorsal avec luxation antérieure du tendon extenseur ulnaire du carpe et
instabilité dorsale de la tête cubitale.
7- Doigt à ressaut ou ténosynovite digitale sténosante
:
La forme de l’adulte touche surtout la femme vers la cinquantaine et elle
prédomine sur le pouce, le médius et l’annulaire atteignant parfois plusieurs
doigts simultanément ou successivement.
Ses signes sont bien connus : au début, simple gêne à la mobilisation rapide
du doigt, puis ressaut le plus souvent douloureux, ressenti le matin, que le
malade situe en regard de l’interphalangienne proximale ; l’extension du
doigt n’est parfois possible que de façon passive.
Dans les formes évoluées,
un doigt peut rester bloqué en flexion ou en extension (simulant une rupture
tendineuse au niveau du pouce). Un nodule, mobile avec le tendon, est
palpé à la partie distale de la paume en regard des têtes métacarpiennes.
Ce
tableau se distingue facilement des rares ressauts articulaires qui siègent à la métacarpophalangienne mais plus difficilement du ressaut dû à une plaie
partielle du fléchisseur qui peut siéger à tous les niveaux du canal digital, ce
qui nécessite de rechercher une cicatrice cutanée pour le localiser.
Les infiltrations locales de corticoïdes sont efficaces dans 80 % des cas.
Sa pathogénie est en revanche mal connue : tendinite nodulaire ou ténosynovite sténosante ou sténose rétractile de la poulie A1.
La pathogénie
ne repose actuellement que sur des spéculations déduites de l’anatomie et de
la physiologie des tendons fléchisseurs à la main.
Citons deux formes
particulières : celle associée à la rhizarthrose opérée ou non et celle associée
au syndrome du canal carpien opéré car la section du ligament annulaire
antérieur du carpe supprime la première poulie de réflexion des tendons
fléchisseurs à la main, ce qui peut augmenter les contraintes au niveau des
poulies digitales.
La forme de l’enfant est due à une anomalie congénitale, située au pouce en
règle, qui consiste en un épaississement ovalaire du tendon long fléchisseur
alors que la gaine fibreuse, de calibre normal, reste inextensible.
Elle se traduit
par une flexion de l’interphalangienne du pouce et un nodule palpable sur la
face palmaire de la métacarpophalangienne du pouce.
B - Cheville-pied :
1- Ténosynovite du tibial postérieur
:
Les signes sont une douleur rétro- et sous-malléolaire interne et des
paresthésies du pied traduisant un syndrome du tunnel tarsien.
À l’examen,
on retrouve une tuméfaction allongée en « boudin » sous- et rétromalléolaire
interne ou une crépitation à la mobilisation du tendon en cas de ténosynovite
sèche.
Il existe un valgus de l’arrière-pied avec déficit du verrouillage du talon
lors de l’élévation sur la pointe du pied en station unipodale. Une abduction
progressive de l’avant-pied est traduite par le signe du « trop-plein d’orteils ».
Le diagnostic différentiel est parfois difficile.
La radiologie standard est utile
pour objectiver les troubles de la statique du pied.
L’échographie montre
l’épaississement hypoéchogène de la gaine contrastant avec
l’hyperéchogénicité du tendon quand celui-ci est intact.
Le scanner objective
bien les lésions de voisinage et l’épanchement de la gaine difficile à distinguer
du tendon si celui-ci est atteint.
Lorsqu’il est sain, le tendon est hyperdense.
Combiné à la ténographie, il montre parfaitement le tendon sous forme d’une
image en cible au sein de la gaine élargie.
L’IRM montre l’épaississement
du tendon, de signal normal ou en hypersignal central T1 et T2 en cas de
microrupture, entouré ou non d’un épanchement au sein d’une gaine
distendue mais bien limitée dans la forme exsudative ou épaissie, et aux parois
irrégulières dans la forme sténosante.
L’utilisation de la séquence T1-
gadolinium, surtout en saturation de graisse, permet de dépister
les composantes inflammatoires par fixation du gadolinium sur
les tissus richement vascularisés.
Le traitement est d’abord étiologique.
Dans la forme dégénérative, il repose
sur la mise au repos, la prescription de semelles orthopédiques, les
infiltrations de corticoïdes ou les anti-inflammatoires non stéroïdiens par voie
générale.
Dans la forme sténosante rebelle, la chirurgie peut être indiquée.
2- Ténosynovite du long fléchisseur de l’hallux
:
Située à la réflexion du tendon sur le bord postérieur de l’astragale, elle
concerne surtout le danseur.
Elle se traduit par une douleur du carrefour
postérieur, augmentée par la palpation en arrière de l’astragale et la flexionextension
de la métatarsophalangienne du gros orteil.
La palpation peut
percevoir la pseudofluctuation de la cheville et la tension de la gaine en souset
rétromalléolaire interne.
La station sur la pointe est souvent impossible et
la flexion plantaire sur le pied en charge est toujours douloureuse.
La
radiographie standard et, mieux, le scanner permettent d’apprécier les
éléments osseux du carrefour postérieur susceptibles de favoriser la ténosynovite et de faire le diagnostic différentiel.
L’échographie est moins
performante à cause de la situation anatomique de ce tendon.
L’IRM permet
de distinguer la ténosynovite exsudative ou sténosante, la fissuration ou la
rupture du tendon et de distinguer une vraie ténosynovite d’un épanchement
dans la gaine lié à un épanchement dans la cheville en raison de la
communication physiologique présente dans 20 % des cas entre les deux
compartiments.
3- Ténosynovite du long fléchisseur des orteils
:
Elle est rare et principalement liée à la PR.
4- Ténosynovite des muscles fibulaires
:
La douleur spontanée siège au-dessous et en arrière de la malléole externe.
La
douleur provoquée est obtenue par la résistance à l’éversion du pied en flexion
plantaire.
Pour le court fibulaire, il faut appliquer la résistance sur le bord
externe du pied et pour le long fibulaire sur la surface plantaire de la première
tête métatarsienne.
En cas de ténosynovite exsudative, on peut palper une «
saucisse » molle curviligne entourant la malléole externe.
Elle est parfois
bifide à son extrémité.
Dans ce cas, l’échographie visualise facilement
l’épanchement anéchogène et le tendon flottant au sein de la gaine distendue.
Dans la forme sténosante, l’échographie objective l’épaississement de la
gaine synoviale bien visible sur les coupes transversales sous forme d’une
couronne hypoéchogène autour d’un tendon qui reste hyperéchogène.
Au
scanner, le tendon inflammatoire apparaît épaissi, parfois hypodense, mais
reste continu et homogène.
Le tendon dégénératif apparaît épaissi et plutôt
hyperdense.
Dans la ténosynovite exsudative, la gaine tendineuse apparaît augmentée de
volume, hypodense, mal différenciée de l’hypodensité tendineuse, d’autant
plus qu’il existe une atteinte du tendon lui-même.
Dans la ténosynovite
sténosante, la gaine apparaît épaissie et il n’est généralement pas possible
d’individualiser le tendon.
L’hypertrophie du tubercule des péroniers est
souvent associée.
En IRM, l’aspect morphologique des anomalies est superposable à celui
décrit au scanner.
En revanche, l’excellente résolution en densité de l’IRM
permet de mieux différencier les composants liquidiens et les composants
tissulaires, qu’ils soient sains, inflammatoires ou cicatriciels.
On recherche
donc des anomalies de signal intratendineux.
On peut aussi rechercher une
atteinte de la graisse adjacente et des tissus sous-cutanés qui présentent un hyposignal en T1 et un hypersignal en T2, mieux visible sur les séquences
fat-sat.
5- Ténosynovite du tibial antérieur
:
Le tibial antérieur est le plus fort fléchisseur dorsal du pied mais aussi
adducteur et supinateur.
La douleur spontanée siège à la partie interne de la
face antérieure de la cheville ou au bord interne du pied. Un défaut de fuite du
pied peut être ressenti à la montée des escaliers et les chaussures à tige haute
sont mal tolérées.
La douleur provoquée est obtenue par l’étirement passif
du tendon en flexion plantaire et abduction du pied, et surtout par la
contraction contre résistance en flexion dorsale du pied et en neutralisant les
tendons extenseurs grâce à une flexion plantaire active ou, à défaut, passive
des orteils.
Le tendon est alors bien visible et palpable sous la peau.
Il peut
être épaissi simplement ou être le siège d’une tuméfaction avec épanchement
en « sablier » ou polylobée en cas de ténosynovite exsudative.
Il peut être
rompu et l’on perçoit une brèche sur le trajet tendineux.
La ténosynovite sténosante donne le signe du « aï crépitant » perceptible et
audible à la mobilisation de la cheville ainsi qu’une tuméfaction locale mobile
avec le tendon dont elle est indissociable.
Le diagnostic est essentiellement
clinique.
Il peut être confirmé par l’échographie mais l’IRM, qui permet le
mieux d’en faire le bilan, ne sera faite que si on envisage un geste chirurgical.
Cette ténosynovite est rare, y compris dans le cadre de la PR.
6- Long extenseur de l’hallux et des orteils
:
Les ténosynovites sont rares.
Elles se traduisent par un gonflement
douloureux du dos du pied.
Quelques cas de ténosynovite exsudative du long
extenseur des orteils ont été décrits, secondaires le plus souvent à un conflit
direct avec la chaussure chez les footballeurs professionnels.
Le scanner et
surtout l’IRM retrouvent une distension de la gaine tendineuse au sein de
laquelle sont visibles les quatre ramifications des tendons extenseurs.
Lésions tumorales des gaines :
A - Bénignes :
1- Synovite villonodulaire :
Appelée ainsi par Jaffe qui l’a décrite avec précision en 1941, elle s’observe
à tout âge, chez la femme dans 65 % des cas avec une fréquence de 2 à 9 par
million d’habitants.
Elle siège principalement sur les gaines des fléchisseurs
des doigts et des extenseurs au poignet.
Elle se traduit par une tumeur ferme,
arrondie ou polycyclique, mobile sous la peau et en général indolente, de la
face palmaire de la main ou de la face dorsale du poignet.
Elle est isolée et elle
est rarement responsable d’un syndrome du canal carpien.
La radiographie
montre une densification des parties molles et parfois une réaction osseuse de
voisinage.
L’échographie objective parfois l’hétérogénéité de la lésion.
Le
scanner précise la densité des parties molles et les éventuelles lésions
osseuses.
L’IRM montre un hyposignal en T1 en cas de présence
d’hémosidérine et un hypersignal en cas de présence de xanthomatose.
Le traitement est purement chirurgical.
L’exérèse doit être complète d’emblée
car si on se contente d’une biopsie, on risque une récidive.
2- Fibromes des gaines tendineuses
:
Survenant à l’âge de 30 à 50 ans, les fibromes des gaines tendineuses siègent
essentiellement aux doigts et aux poignets.
La symptomatologie s’installe
insidieusement et se limite à l’existence d’une masse indolore le long du trajet
d’un tendon, mesurant 1 à 2 cm.
L’examen histologique retrouve un tissu
fibreux. Des récidives restent possibles là aussi après exérèse dans près d’un
quart des cas.
B - Malignes :
Elles se traduisent par une masse unique, sensible dans 50 % des cas, en
général fixée aux plans profonds et susceptible de se révéler par des signes de
compression des éléments voisins.
Des adénopathies sont observées dans
25 % des cas car la lenteur de la croissance tumorale explique que le
diagnostic soit souvent tardif.
La radiographie standard montre, dans 30 %
des cas, un semis de calcifications évocatrices d’un synovialosarcome qui est
la tumeur la plus fréquente.
L’imagerie moderne facilite le diagnostic précoce
et principalement l’IRM qui permet, en outre, de préciser l’extension.
Le diagnostic positif et différentiel du synovialosarcome est facilité par
l’avènement de deux techniques : l’immunohistochimie et la cytogénétique
qui permettent d’affirmer le diagnostic dans les formes monophasiques à
cellules fusiformes et d’individualiser les synovialosarcomes des tumeurs
apparentées.
Le pronostic dépend beaucoup de la nature de la tumeur maligne.
Il reste sombre malgré une chirurgie d’exérèse large, guidée par l’IRM, et
complétée par la radiothérapie le plus souvent et parfois par la chimiothérapie.
Toutefois, il s’est amélioré au cours des 30 dernières années.
Étiologie des atteintes des gaines synoviales
:
A - Ténosynovites sténosantes :
Celles des gaines sont la conséquence d’une sténose progressive de la gaine
des tendons.
Elles se rencontrent fréquemment chez des patients adultes,
ayant pratiqué des mouvements répétitifs dans le cadre de leurs activités
professionnelles, des travaux ménagers ou des loisirs.
Parmi les sièges les plus
fréquents, on trouve la sténose de la gaine des tendons du long abducteur et
du court extenseur du pouce au niveau de l’apophyse styloïde radiale
(ténosynovite de de Quervain), des gaines des tendons fléchisseurs en regard
de l’articulation métacarpophalangienne (doigt à ressaut), de la gaine du
tendon du long extenseur du pouce, de la gaine du tendon du fléchisseur radial
du carpe, et plus rarement au niveau des gaines synoviales des membres
inférieurs (ténosynovite sténosante des muscles fibulaires, ténosynovite
sténosante du tibial antérieur).
B - Ténosynovites d’origine infectieuse
:
1- Germe banal
:
Les infections à germe banal peuvent atteindre les gaines synoviales.
Tous les
sièges sont possibles mais l’atteinte des gaines synoviales des fléchisseurs des
doigts est la plus fréquente.
Elles surviennent habituellement chez des sujets
actifs, non immunodéprimés, au décours d’une plaie ou d’une griffure de la
main.
Les germes les plus fréquemment retrouvés sont, par ordre décroissant,
le staphylocoque doré, le streptocoque â-hémolytique, les germes à Gram
négatif, les pasteurelles.
Néanmoins, de très nombreux germes peuvent
être en cause et des observations ponctuelles d’infections à germes rares tels
que Yersinia ou Haemophilus ont été rapportées.
Ces ténosynovites
débutent habituellement brutalement et entraînent une douleur qui siège sur
tout le trajet de la gaine synoviale.
Il existe le plus souvent un aspect
inflammatoire et la douleur est très intense lors de la mise en tension du tendon
ou de la palpation.
Le tableau clinique a débuté rapidement et est très parlant.
Si la notion de plaie pénétrante n’est pas retrouvée, on note habituellement
une infection de voisinage, une intervention chirurgicale récente de voisinage,
ou alors un contexte septicémique.
Une adénopathie peut être observée.
Les infections à gonocoques sont actuellement plus rares mais doivent aussi
être évoquées.
En ce cas, l’origine est hématogène dans le cadre d’infections
gonococciques disséminées.
Les gaines des tendons les plus touchées sont
celles des mains, des poignets, et plus rarement des chevilles.
De la même
façon, il a été décrit des ténosynovites méningococciques d’origine
hématogène, le plus souvent associées à des lésions cutanées.
La confirmation du diagnostic peut être apportée par une ponction de la gaine,
par les hémocultures, ou par la mise en culture lors d’une intervention
chirurgicale à visée thérapeutique.
Dans le cas des infections gonococciques,
il peut être utile de faire des prélèvements d’autres sièges (urétral, vaginal,
rectal).
Malgré l’examen direct et la mise en culture, aucun germe n’est
trouvé dans près d’un tiers des cas.
2- Infections à mycobactéries :
* Ténosynovite tuberculeuse :
Quoique rare, la tuberculose est loin d’être exceptionnelle et ce diagnostic doit
être évoqué devant une ténosynovite inexpliquée.
L’origine par inoculation
directe ou par dissémination de foyers à distance est actuellement discutée.
Le terrain sur lequel surviennent ces ténosynovites est le même que celui des
tuberculoses d’autres sièges.
Les ténosynovites peuvent apparaître chez des
patients déjà en cours de traitement ou être révélatrices de la maladie.
Elles
touchent plus volontiers les poignets, mais peuvent aussi atteindre les
chevilles.
Le tableau est habituellement insidieux et la ténosynovite peu
inflammatoire.
L’intradermoréaction à la tuberculine ne peut avoir qu’une
valeur d’orientation et c’est le plus souvent la biopsie qui apporte le
diagnostic.
L’examen anatomopathologique permet en effet d’observer des
granulomes avec une nécrose caséeuse, ce qui ne suffit pas au diagnostic.
En
revanche, si l’examen direct de la pièce ne permet que rarement d’isoler des
bacilles acido-alcoolo-résistants à l’examen direct, la mise en culture apporte
le diagnostic de confirmation.
* Mycobactérie atypique :
Les gaines synoviales font partie des sièges de prédilection des infections à
mycobactéries atypiques, le plus souvent à la suite d’une inoculation
accidentelle à la main ou au poignet.
Quel que soit le germe en cause, la
présentation clinique est en général proche de celle des ténosynovites
tuberculeuses avec un début souvent insidieux et un tableau inflammatoire qui
reste peu intense.
Dans tous les cas, le diagnostic peut être orienté par
l’examen anatomopathologique qui met en évidence un granulome proche de
celui qu’on observe dans la tuberculose mais c’est l’examen direct et plus
encore la mise en culture sur milieu de Löwenstein qui permettront d’affirmer
le diagnostic et d’obtenir un antibiogramme.
Quelques particularités sont
propres à chacune de ces mycobactéries :
– Mycobacterium marinum peut entraîner une ténosynovite à la suite d’une
plaie dans un environnement aquatique (piscine, lac, océan, aquarium) ;
– Mycobacterium avium est plus souvent à l’origine de ténosynovites chez
des patients immunodéprimés, notamment dans le cas du syndrome
d’immunodéficience acquise.
Les atteintes prédominent aux poignets ou aux
doigts sans que l’on trouve de porte d’entrée dans de nombreux cas ;
– d’autres mycobactéries ont été trouvées dans des observations isolées.
La
présentation était proche de celle des précédentes mycobactéries citées.
Il
s’agit de Mycobacterium szulgai, Mycobacterium terrae, Mycobacterium
xenopi, Mycobacterium chelonei, Mycobacterium kansasii et Mycobacterium
fortuitum.
* Ténosynovites mycotiques :
+ Sporotrichose :
Rares, les infections à Sporothrix schenckii sont surtout transmises par les
piqûres d’épine et touchent plus volontiers des patients immunodéprimés.
L’examen anatomopathologique met en évidence une synovite granulomateuse et c’est le plus souvent la culture de liquide et/ou de tissu qui
permet de porter le diagnostic.
La négativité de la culture ne doit pas faire
rejeter ce diagnostic.
Il est souvent souhaitable de répéter les examens lorsque
le doute persiste.
+ Candida albicans :
Des synovites à Candida albicans ont aussi été observées chez des sujets
immunodéprimés, réalisant là aussi l’aspect d’une synovite
granulomateuse.
+ Autres :
D’autres germes ont exceptionnellement été isolés à l’origine de ténosynovite : Histoplasma capsulatum, Prototheca, Exophiala
mansonii.
Le diagnostic n’est là encore porté qu’après culture sur milieu
de Sabouraud.
* Ténosynovites parasitaires :
Deux cas de ténosynovites des poignets ou des chevilles à Toxoplasma
gondii ont été décrits.
Le diagnostic est porté grâce à l’examen
histologique qui met en évidence les parasites au sein des cellules synoviales.
C - Ténosynovites des rhumatismes inflammatoires
:
1- Polyarthrite rhumatoïde :
Les ténosynovites des mains, des poignets et des chevilles sont très fréquentes
au cours de la PR. Cette atteinte peut aussi être un mode d’entrée dans la
maladie.
L’atteinte des gaines est initialement limitée à un épaississement de
la synoviale du tendon mais progressivement apparaissent des lésions granulomateuses qui s’étendent dans le tendon avec une rupture de certaines
fibres, si bien qu’une rupture tendineuse peut être observée.
En pratique, nous
voyons encore régulièrement des patients consulter à ce stade alors qu’un
traitement prophylactique aurait pu l’éviter.
Néanmoins, la synovite n’est pas
seule responsable dans ces ruptures qui sont souvent aussi favorisées par
usure du tendon lors de son frottement sur une surface osseuse.
Cette double
étiologie généralement associée explique la difficulté de réparation au stade
de rupture du fait de la dilacération tendineuse avec une perte de substance
sur plusieurs centimètres.
2- Lupus érythémateux disséminé :
Des ténosynovites sont aussi observées au cours du lupus, plus rarement, mais
on peut observer au cours de cette affection des ruptures des extenseurs des
doigts, ou des tendons d’Achille.
3- Spondylarthropathies séronégatives
:
Elles regroupent la spondylarthrite ankylosante, les arthrites réactionnelles,
certains rhumatismes psoriasiques, certaines entérocolopathies, le SAPHO
(synovite, acné, pustulose, hyperostose par ostéite).
Il existe classiquement
des enthésopathies d’insertion, c’est-à-dire une inflammation de la zone
d’insertion des tendons, au cours des spondylarthropathies, mais on peut aussi
observer une inflammation des gaines synoviales.
4- Maladie de Still :
Deux observations exceptionnelles d’affections des gaines synoviales ont été
observées au cours de la maladie de Still.
5- Pseudopolyarthrite rhizomélique
:
Des ténosynovites peuvent rarement être observées au cours des
pseudopolyarthrites rhizoméliques (3 % des cas pour Salvarani et al).
6- Rhumatismes microcristallins :
* Goutte :
Une accumulation de cristaux d’urate de sodium peut être observée dans les
gaines synoviales et les tendons.
Les atteintes siègent préférentiellement aux
mains et aux poignets mais peuvent aussi toucher la région achilléenne.
Les
atteintes surviennent habituellement chez des goutteux connus.
Au poignet,
les poussées peuvent s’accompagner de syndrome du canal carpien.
Il existe
un risque de rupture tendineuse lorsque la symptomatologie persiste.
* Chondrocalcinose :
Elle est caractérisée par un dépôt de cristaux de pyrophosphate de calcium
qui intéresse préférentiellement les cartilages d’encroûtement et les
fibrocartilages.
La gaine synoviale peut aussi être le siège d’un dépôt,
notamment aux tendons fléchisseurs des doigts.
* Hydroxyapatite :
Des dépôts d’hydroxyapatite ont exceptionnellement été observés dans les
gaines synoviales.
D - Ténosynovites à corps étranger
:
La pénétration, puis la persistance d’un corps étranger dans la gaine peut
engendrer une ténosynovite chronique par réaction à corps étranger.
On
l’observe volontiers avec des épines de rosiers, des épines d’oursin,
essentiellement aux mains.
La symptomatologie est habituellement chronique
et survient chez un sujet en bonne santé. Une surinfection peut toujours
survenir.
L’examen anatomopathologique met en évidence habituellement un
granulome sans nécrose caséeuse par réaction à corps étranger.
Ce dernier
peut être décelé lors de l’examen anatomopathologique alors qu’il est le plus
souvent invisible sur les examens complémentaires lorsqu’il est de petite
taille et non métallique.
E - Tumeurs synoviales :
La synovite villonodulaire et la tumeur à cellules géantes, très proches, sont
des tumeurs bénignes caractérisées par la présence de cellules
géantes, de dépôts d’hémosidérine, de cellules spumeuses et
d’infiltrats d’histiocytes.
L’atteinte est souvent localisée et
touche plus volontiers les gaines des mains mais parfois aussi
des pieds.
L’examen histologique affirme le diagnostic.
Sur le
plan macroscopique, les aspects sont variables selon la
prédominance de l’un ou l’autre type : formes circonscrites,
nodulaires, ou diffuses avec de nombreuses villosités.
Sur le
plan microscopique, il y a un important granulome avec constance
des cellules géantes plurinucléées et un stroma plus ou moins
dense de cellules fibreuses.
Il n’y a pas de signe de malignité.
D’autres tumeurs bénignes peuvent être reconnues par
l’histologie : chondrome, lipomes, fibromes, hémangiomes.
Les
tumeurs malignes ont été évoquées.
F - Autres causes :
D’autres étiologies peuvent exceptionnellement être à l’origine d’affections
des gaines synoviales et l’on peut citer essentiellement l’hémochromatose,
l’amylose des insuffisants rénaux hémodialysés chroniques et du myélome
multiple, la sarcoïdose.
Le diagnostic est habituellement aidé par le contexte
et la notion d’atteinte extrasynoviale.
Traitement des affections des gaines
synoviales :
Le traitement dépend de l’étiologie de la ténosynovite.
Lorsqu’il s’agit d’une ténosynovite d’origine mécanique, le traitement repose
essentiellement sur l’arrêt d’une activité manuelle ou sportive durant 2 à
6 semaines avec une immobilisation relative.
Pour hâter la guérison, on peut
éventuellement proposer des moyens physiques (ultrasons, utilisation du
froid par glaçage dans les ténosynovites aiguës et par la chaleur dans les
formes plus chroniques) mais ce sont surtout les AINS, et plus encore, la
réalisation d’une infiltration de corticostéroïdes, qui permettent d’obtenir une
action spectaculaire rapidement.
Dans les rhumatismes inflammatoires primitifs et les rhumatismes
microcristallins, ce sont surtout les anti-inflammatoires et les infiltrations
locales qui seront préconisés mais en cas de complication aiguë grave
(compression neurologique essentiellement), ou surtout de persistance
malgré ce traitement médical bien conduit, une intervention chirurgicale peut
être proposée. Dans les formes chroniques, cette dernière a surtout pour but
d’éviter les ruptures tendineuses.
Au cours des ténosynovites infectieuses, il est indispensable de faire des
prélèvements pour isoler le germe en cause mais l’antibiothérapie ne suffit
pas au traitement, qui doit être chirurgical, dans la grande majorité des cas si
l’antibiothérapie n’a pas pu être débutée dans les premières heures
d’évolution.
Lorsqu’il n’existe qu’une hyperémie de la gaine, on peut se
contenter d’une excision de la porte d’entrée que l’on laissera guérir par
cicatrisation dirigée et d’une contre-excision pour lavage.
Au stade suivant,
avec un aspect congestif de la séreuse et un épanchement purulent sur un
tendon sain, l’excision de la porte d’entrée sera plus large avec, là encore, une contre-excision pour lavage, remplacée par une synovectomie si la synoviale
est d’allure pathologique.Au stade ultérieur de nécrose tendineuse, l’excision
sera large et le pronostic est alors défavorable.
L’indication chirurgicale est
beaucoup plus discutée lorsqu’il s’agit d’une synovite gonococcique ou
même méningococcique puisque les antibiotiques peuvent alors suffire si
l’antibiothérapie est débutée rapidement.
Les ténosynovites infectieuses à mycobactérie et mycosiques doivent
habituellement bénéficier d’un geste chirurgical à visée diagnostique et
thérapeutique, la synovectomie permettant d’obtenir à la fois le diagnostic et
une grande part du traitement.
On complétera le geste d’une antibiothérapie
adaptée à l’antibiogramme, en sachant cependant que ce dernier n’est pas
toujours le parfait reflet des résultats obtenus in vivo pour ces germes.
Les synovites à corps étranger et les tumeurs synoviales ne peuvent être
traitées que chirurgicalement par synovectomie.