Diagnostic et traitement d’un genou douloureux
(Suite) Cours de l'appareil locomoteur
* Indications thérapeutiques
Les recommandations officielles pour le traitement de la gonarthrose
ne tiennent pas compte du mécanisme douloureux mais seulement
de la sévérité des symptômes et de la présence d’un épanchement.
Ainsi, en première situation, on recommande l’association de
moyens non médicamenteux (R3) et de médicaments (paracétamol
[R4], AINS topiques [R5]).
En cas d’échec, on peut recourir aux AINS
généraux (ou coxibs) (R6), puis aux opioïdes (R7).
L’infiltration est
indiquée en cas de poussée (épanchement) (R9).
En dernier lieu, la
prothèse est envisagée si le handicap est important (R10).
La place
des AAAL (R8) n’est pas précisée, mais il est logique de les utiliser
en dehors des poussées, lorsque les signes sont chroniques.
Dans la gonarthrose, il semble logique d’adapter le traitement à la
lésion qui semble la principale responsable des douleurs : synovite,
lésion méniscale dégénérative ou ostéopathie sous-chondrale.
La poussée synoviale peut bénéficier des AINS, des infiltrations, des
lavages articulaires en cas de synoviale « poubelle ». Une mise en
décharge (3-4 mois selon Amor), un lavage articulaire suivi d’une
injection de corticoïde sont indiqués en urgence en cas de
chondrolyse rapide.
Ce traitement pourrait être relayé par des
injections intra-articulaires d’acide hyaluronique.
En cas d’échec, le
recours à une chirurgie précoce doit être envisagé.
La poussée méniscale avec lésion franche instable peut être traitée
par une résection arthroscopique de la partie lésée du ménisque
après échec d’un traitement médical comportant notamment des
infiltrations cortisoniques périméniscales.
Mais rappelons encore que
dans la gonarthrose, les lésions méniscales dégénératives sont le plus
souvent stables, peu symptomatiques, ne justifiant absolument pas
une méniscectomie qui risquerait de décompenser l’arthrose.
La poussée osseuse (oedème, fissure, ONA) peut être contrôlée par
une mise en décharge (repos, cannes anglaises, orthèses plantaires
amortissantes) ; en cas d’échec, le recours à la chirurgie de réaxation
ou de remplacement doit rapidement se discuter en fonction de l’âge
et du morphotype.
B - PATHOLOGIE SYNOVIALE :
Une atteinte synoviale est suspectée devant un gros genou avec
gonalgie globale.
Un tableau clinique et biologique inflammatoire
est en faveur d’une arthrite septique, microcristalline ou
rhumatismale, alors qu’un tableau mécanique avec biologie non
inflammatoire oriente vers une synovite villonodulaire ou une
ostéochondromatose.
1- Synovites inflammatoires
:
Une arthrite du genou est suspectée cliniquement devant une
gonalgie diffuse, spontanée, d’horaire inflammatoire avec réveils
nocturnes et dérouillage matinal.
Le début est aigu, subaigu ou
progressif.
Il s’y associe souvent un épanchement articulaire, et des
signes locaux inflammatoires (genou chaud, gonflé et rouge).
Un
début aigu avec fièvre est en faveur d’une arthrite septique (à
éliminer en premier lieu) ou microcristalline.
Le bilan d’une arthrite
du genou comporte :
– un interrogatoire soigneux qui doit rechercher d’autres signes
articulaires et des signes extra-articulaires ;
– un bilan biologique de dépistage.
Certaines recherches infectieuses sont effectuées devant une
suspicion de spondylarthropathie : la sérologie Chlamydia trachomatis
et la PCR Chlamydia (urines ou frottis cervical) ont un intérêt
seulement en cas d’infection génito-urinaire récente.
La coproculture
n’est demandée qu’en cas de diarrhée.
– Une ponction articulaire est systématique devant tout
épanchement : la numération et la cytologie montrent un liquide
synovial inflammatoire (> 2000 éléments/mm3), une recherche de
microcristaux de pyrophosphate de calcium ou d’urate est effectuée
en microscopie optique avec polarisation, et une analyse
bactériologique élimine une arthrite septique ;
– des radiographies :
– des genoux de face et de profil, souvent normales au début,
recherchent une chondrocalcinose après 50 ans.
À un stade
évolué, l’arthrite du genou se traduit par un pincement articulaire bicompartimental, avec condensation osseuse sous-chondrale,
géodes ou érosions osseuses.
Ceci contraste avec l’absence
d’ostéophytes initiaux. Une dégradation arthrosique ultérieure de
l’articulation peut survenir ;
– du thorax de face ;
– du bassin de face et des sacro-iliaques en cas de suspicion de spondylarthropathie, complétées par un scanner sacro-iliaque en
cas de doute ;
– la biopsie synoviale ne possède un intérêt que dans de rares
pathologies.
En pathologie inflammatoire, l’histologie ne
montre habituellement que des aspects de synovite non spécifiques
qui n’apportent aucune aide au diagnostic étiologique de l’arthrite
du genou.
Le développement de techniques particulières d’analyse
de la membrane synoviale telles que les anticorps monoclonaux,
et l’analyse vasculaire sous arthroscopie pourrait à l’avenir aider
à classer certains rhumatismes inflammatoires.
La biopsie est surtout
utile en cas de suspicion d’arthrite septique du genou ne faisant pas
sa preuve, en confirmant le diagnostic (ulcération des franges
synoviales), et en améliorant les chances de détection du germe par
rapport à l’analyse du liquide synovial.
La biopsie permet de plus
d’éliminer les pathologies synoviales dystrophiques (synovite villonodulaire, chondromatose synoviale).
Au terme de ce bilan, l’étiologie rhumatismale peut être identifiée,
mais dans plus de la moitié des cas, la monoarthrite reste
inclassable.
Le suivi évolutif permet parfois un diagnostic
rétrospectif.
La séropositivité (facteur rhumatoïde) d’emblée est de
mauvais pronostic.
* Rhumatismes inflammatoires
:
Une monoarthrite du genou généralement non fébrile peut
inaugurer un rhumatisme inflammatoire.
Le
rhumatisme psoriasique, la maladie rhumatoïde ou une
spondylarthropathie sont les variantes nosologiques les plus
fréquentes à évoquer chez un sujet jeune.
Les éléments d’orientation du diagnostic des principales variantes
nosologiques (polyarthrite rhumatoïde, et en leur absence, l’évolution vers une
polyarthrite ou l’apparition de signes extra-articulaires permet
parfois un diagnostic rétrospectif.
Mais le plus souvent, la monoarthrite reste inclassable, même lorsqu’elle évolue vers une
oligoarthrite (séronégative).
Le traitement d’une monoarthrite rhumatismale fait appel aux AINS,
et en cas d’échec, il faut envisager rapidement un traitement local,
sans attendre la dégradation articulaire.
Les infiltrations cortisoniques sont envisagées en première intention,
en utilisant l’hexacétonide de triamcinolone (Hexatrionet) à la dose
de 40 à 80 mg, suivies systématiquement d’un repos au lit strict de
24 heures (qui accroît la durée et l’efficacité de ce traitement).
En
cas d’échec de l’Hexatrionet, marqué par la persistance ou la
récidive d’un épanchement moins de 6 mois après l’injection, une
synoviorthèse isotopique (Yttrium 90 associé à un corticoïde) est
indiquée.
Elle est contre-indiquée chez l’enfant, la femme enceinte,
et nécessite une contraception efficace pendant les 6 mois qui suivent
l’injection, chez le sujet en âge de procréer.
L’injection d’acide
osmique est efficace, mais connaît des difficultés d’approvisionnement
et de conditionnement, le produit n’étant pas adapté à
l’utilisation clinique.
La synovectomie arthroscopique peut être
envisagée en dernier recours.
Les suites opératoires sont très
améliorées par rapport à la synovectomie à ciel ouvert.
Une
synoviorthèse complémentaire peut être réalisée à distance de la
synovectomie.
En cas de dégradation radiologique malgré les
traitements locaux, doit se discuter un traitement de fond
(Salazopyrinet, méthotrexate,...).
* Arthrites microcristallines
:
Une arthrite aiguë pseudoseptique du genou peut résulter de la
précipitation articulaire de cristaux dans la goutte et la CCA.
Il faut
en urgence éliminer une arthrite infectieuse, en analysant le liquide
articulaire, qui est souvent puriforme dans ces arthrites cristallines.
Le diagnostic repose sur la mise en évidence des cristaux intra-articulaires.
+ Goutte
:
Une arthrite du genou peut rarement inaugurer une goutte.
Il faut
penser à rechercher un antécédent d’arthrite du gros orteil devant
un genou inflammatoire de l’homme mûr, et à doser l’uricémie.
Une hyperuricémie (homme : uricémie > 420 mmol/L [70 mg/L], femme :
uricémie > 360 mmol/L [60 mg/L]) par trouble du métabolisme des purines est à l’origine des dépôts articulaires de microcristaux
d’acide urique.
Cependant, la mise en évidence d’une hyperuricémie
n’est pas synonyme du diagnostic de goutte. Une hyperuricémie
existe dans 2,5 à 5 % de la population générale, et seulement 10 %
des patients ayant une hyperuricémie évoluent vers une goutte.
Inversement, l’uricémie peut être normale au moment d’une crise
de goutte.
La clef du diagnostic est la mise en évidence des cristaux
d’urate de sodium dans la ponction articulaire.
L’évolution se fait vers une récidive plus ou moins fréquente des
crises, atteignant préférentiellement les membres inférieurs.
En
l’absence de traitement, on note une fréquence accrue des crises, et
des dépôts de cristaux d’urate de sodium dans les tissus mous souscutanés
(tophus), et tardivement dans les articulations.
L’arthropathie chronique goutteuse du genou, rare, se manifeste par
des douleurs chroniques de type mécanique avec des aspects
radiologiques tardifs mais évocateurs : géodes ou lacunes osseuses,
pincement de l’interligne articulaire, ostéophytose exubérante.
Le traitement de la crise associe, après la ponction évacuatrice du
genou qui soulage rapidement le patient, la mise au repos et le
glaçage de l’articulation, des antalgiques, la colchicine 3 à 4mg à j1,
2 mg/j à j2 et j3, puis 1 mg/j pendant 1 mois.
Les AINS sont efficaces dans la crise de goutte, en particulier
l’indométacine (Indocidt) 100 à 150 mg/j, mais souvent mal tolérés.
Une infiltration cortisonique est parfois utile, en particulier en cas
de monoarthrite goutteuse du genou répondant mal à la colchicine
ou aux AINS.
Le traitement hypo-uricémiant a pour but de réduire
l’hyperuricémie en dessous d’un taux de 360 mmol/L (60 mg/L), ce
taux permettant d’éviter les récidives.
Les médicaments hypouricémiants
sont débutés à distance de la crise, et sous couvert de
colchicine pendant au moins les 3 premiers mois, sinon le risque de
crises répétées à court terme est élevé.
Ils ne doivent pas être
interrompus s’ils étaient déjà utilisés. Ce sont les inhibiteurs de
l’uricosynthèse, tels que l’allopurinol, et les uricoéliminateurs tels
que la benzbromarone.
Le régime hypo-uricémiant est un bon adjuvant (restriction calorique
en cas d’obésité, suppression de l’alcool, éviction des aliments riches
en purines).
Une diurèse alcaline est indiquée dans les cas d’hyperuraturie, pour
prévenir les crises de lithiase urinaire (eaux de Vichy Célestins 1 à
2 litres par jour).
+ Chondrocalcinose articulaire
:
Une arthrite aiguë du genou du sujet âgé (chez la femme surtout),
doit faire évoquer une crise de pseudogoutte, par libération de
cristaux de pyrophosphate de calcium dihydraté (PPCD) dans les
articulations où ils se sont formés.
C’est la cause la plus fréquente
d’arthrite du genou chez le sujet âgé.
La chondrocalcinose en est
l’expression radiologique.
Clinique : la crise de pseudogoutte
Le début de l’arthrite est très brutal, et le tableau clinique intense,
avec parfois un syndrome pseudo-infectieux (fièvre, frissons,
polynucléose, VS très élevée).
Elle ne doit pas faire méconnaître une
arthrite infectieuse, parfois associée, qui est systématiquement
recherchée.
La crise est parfois déclenchée par un traumatisme, une
intervention chirurgicale, ou une infection.
L’épanchement
articulaire est souvent important.
Le diagnostic est fait par la mise
en évidence de cristaux de PPCD dans le liquide synovial lors de la
ponction articulaire, par examen en biréfringence sans colorant ; il
faut avoir éliminé une infection par une étude bactériologique du
liquide synovial.
Imagerie
Les radiographies standards du genou sont l’examen le plus
performant pour dépister une chondrocalcinose (plus de 90 % des
cas), en montrant les dépôts calciques de PPCD qui moulent les
ménisques et parfois les cartilages.
Il faut toutefois se
rappeler qu’une CCA radiologique est présente chez 10 à 15 % des
sujets entre 65 et 75 ans, et plus de 30 % de la population au-delà de
85 ans, sans aucune traduction clinique.
La responsabilité de la CCA
dans le tableau clinique devra être interprétée avec soin.
Par ailleurs,
le liseré de chondrocalcinose peut être absent, en cas d’incrustation
calcique insuffisante, ou lorsque le liseré est lysé par la destruction
cartilagineuse.
Le bilan radiologique de dépistage de la CCA est le
suivant : genoux face, profil, incidences axiales 45°, poignets face,
bassin, épaules.
Le scanner apporte peu d’arguments supplémentaires.
L’IRM est
peu performante dans le diagnostic de la chondrocalcinose.
L’arthropathie chronique du genou liée aux dépôts de PPCD peut
faire suite aux crises répétées de pseudogoutte, ou surtout
représenter isolément la forme la plus fréquente de chondrocalcinose
(plus de 50 % des cas).
L’atteinte articulaire est chronique, avec des
douleurs de type mécanique, parfois un épanchement articulaire de
formule mécanique où l’on peut trouver des quantités faibles de
cristaux de PPCD extracellulaires (à la différence des crises de
pseudogoutte).
Les radiographies montrent le liseré calcique de CCA, et des signes radiologiques d’arthrose (pincement, géodes,
ostéophytes, condensation).
Quand le pincement radiologique
arthrosique est évolué, le liseré calcique n’est plus visible, et il faut
rechercher ce liseré sur l’articulation opposée ou sur d’autres
articulations.
Ces localisations arthrosiques inhabituelles (scaphotrapézienne,
poignets, chevilles, métacarpophalangiennes) alertent vers une CCA,
ainsi que la présence de nombreuses géodes sous-chondrales qui
évoquent une maladie métabolique.
L’évolution de cette forme pseudoarthrosique de la chondrocalcinose semble plus sévère que
l’arthrose classique.
Une arthropathie destructrice rapide du genou est très évocatrice
du diagnostic de CCA.
Elle est souvent très douloureuse, et peut
s’associer à une atteinte des épaules, de la hanche ou des poignets.
Elle se caractérise par une destruction radiologique rapide de
l’articulation (clichés successifs) et la présence assez fréquente de macrogéodes.
Les liserés de chondrocalcinose sont parfois invisibles,
puisque éliminés par la destruction du cartilage.
Le diagnostic de CCA est fait rétrospectivement sur des radios antérieures de
l’articulation détruite.
Lorsqu’il existe un épanchement, il s’agit le plus souvent d’une
hémarthrose.
En cas d’hydarthrose, des cristaux de PPCD peuvent
être recherchés.
Le syndrome inflammatoire biologique est modéré, à la différence
de la crise de pseudogoutte.
Nosologie des chondrocalcinoses
La CCA est le plus souvent idiopathique.
Il existe des formes
familiales diffuses (mutation génique sur le bras court du
chromosome 5) et parfois des formes secondaires qu’il faut savoir
rechercher, surtout chez le sujet jeune.
Traitement
Le traitement de l’accès aigu de pseudogoutte fait appel à la
colchicine suivant le même schéma que la goutte, mais qui est moins
efficace.
Les AINS sont utilisés, avec une préférence pour les anti-
COX2, ou bien les AINS classiques associés à un protecteur gastrique
dans cette population âgée.
Les infiltrations cortisoniques du genou
sont d’une efficacité remarquable.
La prévention des crises, si elles
sont rapprochées, est basée sur la colchicine 1 mg/j au long cours,
bien qu’elle n’ait pas prouvé son action préventive, ou la prise d’un AINS continu à faible dose.
L’hydroxychloroquine (Plaquenilt),
voire le méthotrexate, sont parfois utilisés dans les formes
polyarticulaires rebelles.
Dans les arthropathies chroniques, le
traitement est similaire à celui de la gonarthrose, avec semble-t-il un
intérêt particulier des traitements locaux : lavage articulaire + Hexatrionet, ou synoviorthèse isotopique (Yttrium 90 +
Hexatrionet), en cas d’épanchement chronique ou d’hémarthrose.
Une prothèse articulaire est souvent nécessaire dans les formes
destructrices rapides.
En cas de chondrocalcinose secondaire, le
traitement de la cause est associé : ablation d’un adénome
parathyroïdien, saignées dans les hémochromatoses, magnésium
dans le syndrome de Gitelman.
* Arthrites infectieuses
:
Véritable urgence rhumatologique, l’arthrite septique du genou
expose à des séquelles articulaires graves, si elle n’est pas traitée à
temps.
Elle doit être suspectée de principe devant un tableau de
gros genou inflammatoire fébrile.
La biologie recherche des signes
en faveur d’une infection (forte élévation de la VS, de la CRP,
hyperleucocytose).
Ces anomalies sont toutefois inconstantes,
surtout en début d’évolution.
Parfois le tableau est torpide, en cas
de germe atypique (mycobactérie, streptocoque...), de terrain
immunodéprimé, ou de contexte postopératoire.
Une ponction articulaire doit être réalisée en urgence, avant toute
antibiothérapie.
Le liquide synovial est typiquement trouble ou
puriforme, contenant plus de 20 000 éléments par mm3, à
prédominance de polynucléaires neutrophiles (PN) altérés. Une
numération atteignant 100 000 PN/mm3 signe pratiquement
l’origine infectieuse de l’arthrite.
La recherche du germe est effectuée
dans le liquide synovial, et dans les hémocultures et les
prélèvements des portes d’entrée possibles sont systématiquement
réalisés.
On effectue un examen direct ainsi que des cultures sur
milieux standards et parfois spéciaux selon le contexte
(mycobactérie, gonocoque, brucellose).
En cas de négativité (un tiers
des cas), une biopsie synoviale sera rapidement effectuée, au trocart
ou sous arthroscopie, associée à un lavage articulaire, et suivie par
des hémocultures, ceci avant l’instauration de toute antibiothérapie.
L’examen anatomopathologique permet de confirmer le caractère
septique de l’arthrite, en montrant une ulcération de la couche
synoviale bordante.
L’isolement d’un germe au sein d’un fragment
synovial biopsique est nettement plus performant que dans le
liquide synovial.
Le bilan complémentaire comporte la recherche d’un foyer infectieux
(cutané, ORL, pulmonaire, urinaire, endocardite, septicémie...),
d’une porte d’entrée (chirurgie prothétique ou arthroscopique, infiltration, traumatisme).
Le diagnostic de tuberculose fait appel à
l’intradermoréaction (IDR) à la tuberculine et surtout à la biopsie
synoviale (granulomatose avec follicules gigantocellulaires et
caséum) avec cultures sur milieux spécifiques.
Les radiographies sont normales au début, mais en l’absence de
traitement, apparaît rapidement un pincement articulaire et un
aspect flou puis grignoté des surfaces articulaires.
Un traitement antibiotique est instauré sans délai, dès que tous les
prélèvements sont effectués.
Si le germe a pu être identifié, on utilise
une association d’antibiotiques adaptée à l’antibiogramme,
possédant une bonne diffusion ostéoarticulaire avec une
administration parentérale initiale, puis orale prolongée pendant au
moins 3 mois.
Si le germe n’a pu être isolé, il faut démarrer après la
biopsie synoviale une antibiothérapie à large spectre, active sur le
staphylocoque.
Parallèlement, une immobilisation du genou au lit (gouttière
antalgique au début) avec anticoagulation, glaçage du genou
soulagent le patient.
Tant qu’existe un épanchement articulaire, des ponctions, ou mieux,
des lavages articulaires répétés sont réalisés.
Si le tableau
inflammatoire local et général persiste au terme de 72 heures
d’antibiothérapie et d’évacuations articulaires, une toilette articulaire arthroscopique est indiquée, permettant d’éliminer les débris
synoviaux infectés non accessibles au traitement.
Dans les formes
évoluées, un nettoyage chirurgical peut être nécessaire.
La mobilisation précoce du genou en décharge, ainsi que l’entretien
musculaire luttent contre la raideur et l’amyotrophie, et stimulent le
métabolisme cartilagineux.
2- Pathologies synoviales dystrophiques
:
* Chondromatose synoviale :
Dans sa forme primitive, rare, il s’agit d’une prolifération synoviale
produisant des corps cartilagineux (chondromes) qui peuvent
s’ossifier (ostéochondromes), et qui sont libérés dans la cavité
articulaire ou bien qui restent attachés à la synoviale, sous forme
sessile ou pédiculée.
Le genou en est la localisation la plus fréquente.
L’atteinte est en règle unilatérale.
Cliniquement, il s’agit d’un adulte jeune, présentant des signes
évocateurs tels que des blocages ou des pseudoblocages liés aux
« billes » cartilagineuses qui se comportent comme des corps
étrangers articulaires.
Les douleurs sont inconstantes et mécaniques,
ainsi que les épanchements qui sont habituellement non sanglants.
Les signes évoluent initialement par crises brèves.
Les radiographies
standards permettent facilement d’établir le diagnostic
lorsque les chondromes sont ossifiés (ostéochondromatose), mais
elles sont souvent normales au début. Un pseudoélargissement de
l’interligne ou des érosions osseuses peuvent constituer des signes
indirects.
L’arthrographie, et surtout l’arthroscanner, permet de
visualiser les chondromes en négatif, de les dénombrer et de les
localiser.
L’IRM n’est pas contributive.
L’arthroscopie donne un
diagnostic immédiat et permet le traitement.
L’évolution se fait par poussées.
La production synoviale de
chondromes s’épuise spontanément, le plus souvent en quelques
années.
L’évolution anatomique se fait selon les trois stades de Milgram :
– stade I : chondromes intrasynoviaux (enchâssés dans la synoviale),
sessiles ou pédiculés ;
– stade II : chondromes intrasynoviaux et chondromes libres ;
– stade III : chondromes libres, synoviale inactive.
Dans les deux premiers stades, la synoviale est encore productive,
et il existe un risque de récidive après traitement.
L’ostéochondromatose secondaire est de loin la forme la plus
fréquente (gonarthrose dans 90 % des cas).
Elle est provoquée par la
libération de fragments cartilagineux qui peuvent s’ossifier et
grossir.
Elle peut être bilatérale. La synoviale peut être inflammatoire
autour des ostéochondromes, mais n’est pas métaplasique.
Elle n’est
pas la source de la maladie.
Le traitement de la chondromatose est basé sur l’arthroscopie qui
permet l’évacuation des chondromes, et une synovectomie si la
synoviale est encore active dans les formes primitives (stades 1 et 2).
Une synoviorthèse à l’Hexatrionet ou à l’acide osmique (+
Hexatrionet) peut se discuter pour limiter les récidives, dans les
formes primitives débutantes, ou en complément d’une
synovectomie arthroscopique.
Elle n’a pas fait la preuve de son
efficacité.
L’ablation chirurgicale des chondromes est indiquée
lorsqu’ils sont très volumineux, inaccessibles à l’arthroscopie, et s’ils
occasionnent une gêne mécanique.
* Synovite villonodulaire :
Cette prolifération synoviale bénigne pseudotumorale rare survient
chez le sujet jeune et affecte préférentiellement le genou.
Le
diagnostic doit être évoqué devant une gonalgie unilatérale
mécanique, un gonflement chronique du genou, des épanchements
récidivants.
Les SVN localisées peuvent se manifester par des
blocages douloureux, ou par une tuméfaction palpable.
La ponction
du genou ramène typiquement une hémarthrose, qui est très
évocatrice du diagnostic de SVN chez un sujet jeune sans notion de
traumatisme ou d’hémophilie.
Les radiographies standards sont longtemps normales.
À un stade
avancé, le caractère destructeur de la SVN se traduit par des érosions
osseuses ou des macrogéodes bien limitées, et un pincement
articulaire lié aux hémarthroses répétées.
L’arthrographie ou l’arthroscanner montre une prolifération villeuse
et/ou nodulaire de la synoviale, toutefois non spécifique.
L’IRM avec injection intraveineuse de gadolinium permet une bonne
approche diagnostique, un bilan d’extension de la synovite et le
dépistage de lésions osseuses infraradiologiques :
– masses de synoviale hyperplasique et hypervascularisée en
hyposignal T1, rehaussées après injection de gadolinium, en
hypersignal en T2 ;
– zones d’hyposignal T1 et T2 au sein des nodules synoviaux, non
rehaussés par le gadolinium, correspondant à des dépôts
d’hémosidérine.
Cet aspect est très évocateur de SVN.
L’arthroscopie est l’examen clef qui montre un aspect souvent
caractéristique, permet la confirmation histologique, et précise
l’étendue :
– la SVN localisée prend la forme d’un nodule typiquement ocre,
sessile ou plus souvent pédiculé, de consistance ferme, avec un
piqueté hémorragique ;
– dans les formes diffuses, il existe une prolifération synoviale
villeuse majeure en massue, de couleur ocre ou brune, avec parfois
un piqueté hémorragique caractéristique.
La biopsie synoviale dirigée sous arthroscopie permet un diagnostic
histologique : hyperplasie villeuse et nodulaire de la synoviale,
infiltrat cellulaire comportant des macrophages, des cellules géantes multinucléées, avec présence de dépôts de fer (hémosidérine).
L’évolution spontanée se fait vers la destruction ostéoarticulaire
progressive du genou.
Les formes localisées guérissent après
exérèse, alors que les formes diffuses récidivent habituellement.
Le traitement fait appel à la synovectomie si possible arthroscopique
et aux synoviorthèses, en particulier isotopiques.
Les SVN
localisées guérissent habituellement après ablation arthroscopique
isolée du nodule.
Dans les formes diffuses, le traitement repose sur
la synovectomie arthroscopique, chirurgicale, ou mixte.
Elle est au
mieux complétée (3 mois plus tard) par une synoviorthèse
isotopique pour limiter les risques importants de récidive.
3- Tumeurs synoviales
:
* Hémangiome synovial
L’hémangiome synovial est une tumeur vasculaire bénigne rare,
affectant habituellement l’enfant ou le sujet jeune, et le plus souvent
localisée au genou.
Le diagnostic doit être suspecté devant
l’existence d’hémarthroses à répétition, d’une tuméfaction localisée
du genou (plus d’un tiers des cas), d’un angiome cutané homolatéral
ou de varices localisées.
La douleur semble liée à la distension créée
par l’hémarthrose.
L’angiographie peut apporter un diagnostic de
présomption en découvrant une anomalie vasculaire à type de
malformation artérioveineuse.
L’IRM montre des images peu
spécifiques de tumeur synoviale : masse en hyposignal T1, en
hypersignal T2.
Il faut rechercher, au sein de la tumeur, une image
serpigineuse en hyposignal assez caractéristique, liée à des septa
fibrograisseux.
Actuellement, l’arthroscopie est considérée comme le
gold standard pour visualiser les hémangiomes synoviaux du
genou.
Elle offre la possibilité de faire un diagnostic macroscopique
immédiat de la tumeur vasculaire, et grâce à la biopsie dirigée de la
lésion, d’effectuer un diagnostic histologique de certitude.
Une excision chirurgicale ou arthroscopique est le traitement de
référence.
Dans les formes nodulaires localisées intra-articulaires,
l’exérèse arthroscopique est le traitement de choix.
Dans les
hémangiomes de type intermédiaire ou diffus, cette exérèse est
habituellement chirurgicale, associée si possible à une embolisation.
* Tumeurs synoviales malignes :
Elles sont heureusement rares et peuvent occasionner une
hémarthrose.
Le sarcome synovial est généralement adjacent à l’articulation, la
bourse ou la gaine tendineuse.
Il est rarement localisé initialement à
l’intérieur de la cavité articulaire.
Il survient chez l’adulte jeune et
se manifeste par une tuméfaction douloureuse périarticulaire.
Les
petites calcifications radiologiques devraient alerter.
Le scanner
montre une masse hétérogène des tissus mous.
L’IRM montre une
tumeur en hypersignal T2 et il existe un rehaussement de signal
après injection de gadolinium, en rapport avec l’hypervascularisation.
Un effet de masse important est évocateur.
La
confirmation du diagnostic de sarcome est histologique.
Le
traitement est chirurgical, avec une exérèse large s’accompagnant
parfois d’une amputation.
Le risque de métastases fait discuter une
chimiothérapie complémentaire.
Le chondrosarcome est exceptionnel.
La transformation maligne
d’une ostéochondromatose synoviale est exceptionnelle et reste
débattue.
4- Pathologie synoviale mécanique
:
* Synovites réactionnelles de la gonarthrose
:
Rencontrées dans les poussées congestives d’arthrose, elles
provoquent des douleurs de type inflammatoire du genou, un
gonflement articulaire avec un épanchement mécanique.
L’arthroscopie permet d’en préciser le type :
– synovite mécanique simple.
Elle peut être localisée (liée à une
irritation par contact avec des ostéophytes, des ulcérations
cartilagineuses, une lésion méniscale [périméniscite]) ou diffuse
d’origine enzymatique ;
– synovite « poubelle » en rapport avec la résorption de particules
cartilagineuses issues de la chondrolyse ;
Il s’agit d’une inflammation localisée de la synoviale périméniscale,
en rapport le plus souvent avec une lésion méniscale ayant créé une
traction sur l’attache synoviale du ménisque.
Une infiltration
cortisonique périméniscale est souvent efficace.
Une méniscectomie
partielle arthroscopique est nécessaire en cas de lésion méniscale
instable.
* Plicae synoviales
:
Il s’agit d’accolement de feuillets synoviaux d’origine embryonnaire
qui forment des replis de la synoviale.
Le repli inférieur qui double
grossièrement le trajet du ligament croisé antéroexterne ne
s’accompagne d’aucune pathologie connue.
Le repli supérieur s’il
est complet peut isoler le cul-de-sac sous-quadricipital de la cavité
articulaire ; une pathologie du cul-de-sac peut alors réaliser un
épanchement « suspendu ».
La plica médiopatellaire ou repli synovial interne a été une
découverte de l’arthroscopie.
De très nombreux travaux lui ont été
consacrés.
En arthroscopie, elle est présente chez 25 % des
patients.
Un repli large peut entrer en conflit avec la rotule et/ou la trochlée,
devenir fibreux et pathologique.
Cette éventualité est cependant peu
fréquente.
Les signes cliniques sont des douleurs antéro-internes, des
pseudoblocages, une hydarthrose.
Le tableau réalisé est tantôt
proche d’un syndrome fémoropatellaire, tantôt pseudoméniscal.
Les
radiographies sont normales ; l’arthrographie ou l’arthroscanner
peut mettre en évidence le repli, en apprécier la taille et détecter
parfois des lésions chondrales dans la zone de conflit.
En fait, seule l’arthroscopie peut réellement apprécier le
caractère pathologique de la plica interne en obéissant à des critères
stricts : repli large, inflammatoire ou fibreux, venant franchement au
contact des surfaces articulaires sur lesquelles sont apparues
éventuellement des lésions chondrales, absence d’autre lésion
articulaire expliquant la symptomatologie.
La biopsie du repli
confirme son caractère pathologique.
Le traitement est la résection arthroscopique du repli.
Seuls les replis franchement pathologiques
doivent être traités et en aucun cas la seule présence d’un repli
synovial interne ne justifie sa résection.
* Maladie de Hoffa :
Il s’agit de l’inflammation du paquet adipeux sous-rotulien, le plus
souvent d’origine traumatique ou microtraumatique (sports en
extension).
Elle se manifeste par une douleur et une tuméfaction sous-rotuliennes, le long du tendon rotulien.
La douleur est
déclenchée par la montée et descente des escaliers.
Le signe de Hoffa évoque le diagnostic : la pression interne sur le tendon rotulien,
genou à 90° avec une extension progressive du genou provoque une
vive douleur en fin d’extension.
L’échographie évoque le diagnostic,
qui peut être confirmé par IRM.
Le traitement fait appel à une
infiltration locale et éventuellement à une résection arthroscopique.
5- Kyste poplité
:
Le kyste poplité représente le plus souvent l’équivalent postérieur
d’un épanchement articulaire pouvant se rencontrer au cours de
nombreuses pathologies articulaires du genou, les plus fréquentes
étant la gonarthrose et la polyarthrite rhumatoïde (kyste de Baker).
Le kyste est formé par la fuite postérieure d’un épanchement
articulaire à travers une communication avec la bourse séreuse du
tendon du demi-membraneux et du jumeau interne.
Cette
communication agit comme un clapet empêchant le retour du
liquide synovial vers la cavité articulaire.
Rarement, le kyste se développe à partir d’une pathologie synoviale
à début postérieur, qu’il peut révéler (synovite villonodulaire). Un
kyste synovial primitif se rencontre plus volontiers chez l’enfant.
Souvent bien toléré, le kyste poplité est asymptomatique ou
provoque une gêne postérieure, surtout lors de l’hyperflexion du
genou, avec une douleur poplitée pouvant irradier dans le mollet.
La tuméfaction poplitée est parfois perçue par le malade.
Elle se
recherche sur le genou en extension. Un tableau bruyant peut être
provoqué par une rupture du kyste donnant un tableau de pseudophlébite.
Le diagnostic est redressé par l’anamnèse (début
brutal) et par un échodoppler du mollet en urgence.
L’échographie du creux poplité permet une confirmation du kyste
lorsqu’il est de petite taille, échappant à l’examen clinique.
Le
diagnostic étiologique est orienté par le contexte.
L’IRM n’est
indiquée qu’à visée étiologique dans certains cas.
Le traitement du kyste poplité est en fait celui de la cause de
l’hydarthrose (régularisation d’une lésion méniscale, traitement
d’une poussée congestive d’arthrose avec parfois ponctioninfiltration
cortisonique articulaire, synoviorthèse en cas de
monoarthrite rhumatismale...).
En cas de kyste poplité persistant et
gênant, une ponction directe du kyste (échoguidée ou non) avec une
aiguille de gros calibre permet son évacuation et sera complétée par
une infiltration cortisonique intrakystique. Les récidives sont fréquentes.
L’exérèse chirurgicale du kyste
est rarement indiquée.
C - PATHOLOGIE OSSEUSE :
1- Ostéonécrose aseptique
:
Il faut distinguer les ONA primitives et les ONA secondaires
auparavant confondues, mais qui ont des caractéristiques très
différentes.
L’ONA primitive du genou est le plus souvent condylienne,
affectant le condyle interne dans la quasi-totalité des cas. L’atteinte
du plateau tibial interne est extrêmement rare.
L’ONA se manifeste typiquement comme une gonalgie mécanique
avec cependant des réveils nocturnes fréquents en début
d’évolution.
La douleur est localisée en regard du condyle fémoral
interne, et s’aggrave rapidement.
La pression du condyle interne
(genou fléchi à 120°) réveille de vives douleurs.
Un épanchement
articulaire peut survenir, dont la nature est mécanique.
La biologie
ne montre pas de syndrome inflammatoire.
Le diagnostic est fait grâce à l’imagerie.
Les radiographies standards
sont longtemps normales, et ce n’est qu’après 2-3 mois qu’apparaît
l’image typique d’ostéonécrose condylienne : clarté souschondrale
entourée d’un liseré d’ostéocondensation.
Un
aplatissement du condyle, lié à un effondrement de la zone
nécrotique peut s’observer en fin d’évolution.
À l’origine des ONA
« dites primitives » du condyle interne, l’hypothèse d’une fracture
de contrainte est actuellement admise, favorisée par des facteurs
d’hyperpression ou de fragilisation osseuse.
Les facteurs de risque
sont un âge élevé et un morphotype en genu varum.
Il faut
rapprocher de ce cadre, les ONA post-méniscectomies, décrites dans
les suites de méniscectomie interne chez des sujets âgés.
La reprise
précoce de l’activité en charge pourrait jouer un rôle fragilisant sur
l’os et favoriser cette complication.
Dans les ONA secondaires, s’observent classiquement des opacités
hétérogènes en volute de fumée dans les régions métaphysoépiphysaires
du genou.
L’atteinte métaphysaire est rarement
symptomatique, alors que l’atteinte condylienne est source de
douleur en cas d’évolution défavorable.
L’atteinte est souvent
bilatérale et les condyles interne ou externe sont touchés
indifféremment.
Dans les deux types d’ONA, l’IRM est l’examen le plus fiable pour
un dépistage précoce, lorsque les radiographies sont normales ou
ne montrent que des signes banals pour l’âge (gonarthrose,
chondrocalcinose).
Elle montre une zone en hyposignal T1 et
hypersignal T2, correspondant au foyer nécrosé, parfois cerné par
un liseré en hyposignal T1 et T2 (bande de fibrose périlésionnelle).
Un oedème condylien sous forme d’hyposignal T1 et hypersignal T2
diffus accompagne ces images en début d’évolution.
Si une IRM
n’est pas obtenue, la scintigraphie osseuse permet de suspecter
précocement le diagnostic, en montrant une hyperfixation
condylienne intense et plus ou moins localisée du condyle, mais qui
n’est cependant pas spécifique, et ne permet pas la distinction avec
une algodystrophie ou une fracture de contrainte.
La scintigraphie
permet par ailleurs de dépister d’autres foyers nécrotiques dans les ONA secondaires.
La répétition des radiographies permet un
diagnostic plus tardif.
L’évolution, variable, dépend surtout de l’étendue de la nécrose, sa
localisation en zone portante, l’importance de la désaxation frontale,
l’étiologie et la précocité de la mise en décharge du membre
inférieur.
La guérison clinique peut survenir rapidement en cas de nécrose
respectant la zone portante, ou de petite taille qui aura été
rapidement traitée par béquillage.
Dans le cas contraire, l’évolution se fait habituellement vers un
affaissement du contour condylien, avec la constitution d’une
arthrose secondaire sévère générant des douleurs chroniques.
Le traitement consiste en la mise en décharge précoce du membre
inférieur pendant plus de 4 semaines, associée à la prescription
d’antalgiques, voire d’anti-inflammatoires.
À un stade tardif, le
traitement est celui d’une gonarthrose, avec si possible une
ostéotomie de valgisation chez le sujet jeune, pour décharger le compartiment
atteint.
Mais souvent, le recours à une
prothèse articulaire est nécessaire, lorsque la déformation
condylienne est importante et la gêne fonctionnelle majeure.
2- Ostéochondrite :
Cette nécrose osseuse sous-chondrale, d’origine probablement
ischémique (comme certaines ONA), concerne surtout l’adolescent.
L’ostéochondrite affecte préférentiellement le genou, au niveau du
condyle.
Des atteintes rotuliennes ont été décrites. L’affection est
bilatérale dans 20 % des cas.
* Évolution
:
L’évolution est différente selon que l’ostéochondrite survient avant
ou après la fermeture de la plaque de croissance :
– avant 12 ans, lorsque les cartilages de conjugaison ne sont pas
soudés, le pronostic est habituellement favorable.
Le séquestre (situé
en zone condylienne postérieure non portante) se stabilise dans sa
niche, si le cartilage est indemne, et reste asymptomatique ;
– chez l’adolescent à cartilage fémoral soudé, l’ostéochondrite
évolue volontiers vers une dissection du séquestre osseux
(ostéochondrite disséquante).
En l’absence de traitement, le
séquestre tend à se détacher par rupture du cartilage recouvrant la
zone nécrosée, et libère un gros fragment ostéocartilagineux dans la
cavité articulaire, se comportant comme un corps étranger intraarticulaire.
Ce type d’ostéochondrite est fréquemment arthrogène.
* Clinique et imagerie :
Cliniquement, l’adolescent se plaint de gonalgies intermittentes,
avec épisodes d’épanchement articulaire, et parfois de blocages
articulaires évocateurs.
La pression condylienne peut déclencher des
douleurs, et le corps étranger est parfois palpable dans le cul-de-sac sous-quadricipital ou les rampes condyliennes.
Le diagnostic est radiologique, avec l’image typique de séquestre
osseux dense ovalaire, au sein d’une niche condylienne, ou libre
dans l’articulation.
L’IRM et l’arthroscanner confirment la lésion, et surtout apprécient
l’état du cartilage adjacent et la stabilité du fragment, pour
déterminer la stratégie thérapeutique.
* Traitement :
Il dépend du stade évolutif de l’ostéochondrite, de sa localisation en
zone portante ou non, et de l’âge de l’enfant :
– avant la fermeture des cartilages de conjugaison, lorsque le
séquestre est en place avec un cartilage indemne, une simple
surveillance avec repos sportif est suffisante.
Si la gêne persiste, et
que le séquestre est en zone portante, une fixation arthroscopique
ou des perforations transchondrales sont discutées ;
– chez l’adolescent plus âgé ou l’adulte, une refixation est proposée
rapidement pour limiter l’évolution arthrosique ;
– lorsque le séquestre est libre, son ablation arthroscopique donne
de bons résultats à court terme.
Si la lésion est en zone portante, le
risque d’arthrose justifie de discuter une greffe ostéochondrale.
3- Algodystrophie :
L’algodystrophie du genou est évoquée devant l’association d’un
tableau clinique initial d’allure inflammatoire, contrastant avec une
biologie non inflammatoire et un liquide articulaire de type
mécanique.
Elle touche l’adulte, parfois spontanément, mais le plus
souvent après un traumatisme même mineur (surmenage, faux
mouvement).
La gonalgie est d’apparition rapide, avec une phase chaude initiale
comportant une douleur très intense, globale, permanente diurne et
nocturne, très invalidante, pouvant empêcher la mobilisation du
genou et la marche.
Il peut exister des signes vasomoteurs locaux,
mais pas de signes généraux associés.
Le genou est augmenté de
volume, chaud et hypersensible à l’examen. Un épanchement
articulaire (parfois difficile à objectiver sur un genou empâté) peut
survenir.
La ponction articulaire ramène un liquide mécanique, paucicellulaire (< 1500 éléments/mm3 et moins de 50 % de
polynucléaires).
Parfois, la phase chaude initiale est très discrète et
le tableau est d’emblée mécanique.
Après un intervalle variable de quelques semaines à quelques mois,
succède la phase froide qui se manifeste par des douleurs
mécaniques, un genou normal ou froid à l’examen, un
enraidissement articulaire et l’absence d’épanchement articulaire.
La biologie reste normale, sans aucun syndrome inflammatoire, tout
au long de l’évolution.
Les radiographies standards (comparatives au côté sain) sont
longtemps normales.
Après 1 à 2 mois d’évolution, apparaît l’image
classique d’« ostéoporose régionale » à type de déminéralisation
hétérogène d’aspect flou, pommelé ou moucheté.
Fait important,
l’interligne articulaire est respecté.
Lorsque les radiographies restent normales et en cas de doute
diagnostique, il faut recourir à la scintigraphie osseuse et parfois à
l’IRM, qui objectivent l’hypervascularisation régionale.
La scintigraphie osseuse montre précocement une hyperfixation
intense du genou, évocatrice lorsqu’elle intéresse de façon diffuse le
genou, ou, si est elle est plurifocale, avec atteinte concomitante de la
hanche ou du pied homolatéraux.
Il existe des formes partielles
limitées à un condyle fémoral en particulier, parfois migratrices sur
le compartiment opposé.
La scintigraphie peut être non spécifique
en cas d’atteinte focalisée, ou même montrer une hypofixation
(enfant, formes froides).
Le recours à l’IRM est utile pour trancher
avec une autre lésion osseuse telle que l’ONA ou une fracture de
contrainte.
L’IRM montre un oedème médullaire hétérogène, plus ou moins
étendu, sous la forme d’une plage diffuse en hyposignal T1 et
hypersignal T2.
Il s’y associe un gonflement des parties molles et
parfois un épanchement articulaire. Elle découvre parfois une cause
sous-jacente de l’algodystrophie (fissure de contrainte, lésion
méniscale).
L’algodystrophie évolue vers la guérison en 6 à 18 mois, le plus
souvent sans séquelles.
Parfois peut persister une raideur séquellaire
avec douleurs mécaniques chroniques.
Le traitement est aléatoire et son efficacité est difficile à apprécier
dans la littérature compte tenu de l’évolution spontanément
résolutive de l’affection.
Il vise à enrayer la douleur et éviter
l’enraidissement du genou.
En phase chaude initiale, les antalgiques, la mise au repos du
membre inférieur par béquillage, associés à une rééducation douce
en piscine respectant la non-douleur sont de mise.
La calcitonine est
prescrite précocement malgré le caractère inconstant de son
efficacité, et non validé par des études contrôlées satisfaisantes.
Des
doses élevées (50 à 100 U) sont prescrites selon un schéma habituel
comportant une injection intramusculaire ou sous-cutanée par jour
pendant 15 jours, puis trois fois par semaine pendant 2 à 3 semaines.
La mauvaise tolérance de la calcitonine en limite souvent
l’observance.
Une infiltration cortisonique est parfois efficace sur la composante
inflammatoire de la douleur.
Dans les cas résistant à ces traitements
classiques, on peut utiliser d’autres thérapeutiques toutefois
empiriques : les perfusions de biphosphonates tels que le
pamidronate ont fait l’objet d’études prometteuses, mais non
randomisées.
Les bêtabloquants ont une efficacité très inconstante.
Les blocs régionaux intraveineux au buflomédil (Fonzylanet) peuvent être utiles (à raison de trois blocs à quelques jours
d’intervalle), s’ils sont réalisés précocement, dès l’échec de la
calcitonine.
Les blocs à la guanéthidine sont difficilement réalisables
en France (arrêt de commercialisation du produit).
En phase froide, le traitement repose sur les antalgiques et surtout
sur la rééducation progressive et douce, avec mobilisation passive,
étirements, hydrothérapie et physiothérapie, pour lutter contre les
troubles vasomoteurs et l’enraidissement.
4- Fractures de contrainte :
Habituellement non détectables sur les radiographies, et guérissant
rapidement à la condition d’une mise en décharge, les fractures de
contrainte du genou ont été longtemps assimilées à tort à des
« tendinites de la patte d’oie » ou confondues avec les ONA et les
algodystrophies, avant d’être bien individualisées par l’IRM.
L’atteinte du plateau tibial interne est la plus fréquente, suivie par
le condyle fémoral interne, puis par le compartiment fémorotibial
externe.
On distingue deux types de fractures de contrainte : la fracture de
fatigue qui survient sur un os non fragilisé, à l’occasion d’un effort
inhabituel (notamment sportif chez un sujet jeune) ou de
microtraumatismes (genu varum, surpoids), et la fracture par
insuffisance osseuse qui survient sur un os ostéoporotique, de façon
spontanée ou pour un traumatisme mineur, chez des sujets plus
âgés.
Le diagnostic doit être évoqué devant une douleur mécanique du
genou bien localisée, après un surmenage articulaire ou
spontanément en présence d’une ostéoporose connue.
Le tableau typique est celui d’une fissure du plateau tibial interne.
La gonalgie, localisée au compartiment interne, est déclenchée par
l’appui du membre inférieur.
La gêne fonctionnelle devient
rapidement importante et la marche difficile.
L’examen clinique
montre une douleur intense à la pression et à la percussion osseuse
en regard de la partie antérieure du plateau tibial interne, sous
l’interligne fémorotibial interne.
Ceci contraste avec une mobilisation
quasi normale du genou.
Il existe parfois un épanchement
articulaire, de type mécanique.
Un aspect discrètement
inflammatoire des parties molles en regard peut s’observer.
Les radiographies sont normales au début et le restent
habituellement tout au long de l’évolution. Parfois, apparaît après
quelques semaines une bande d’ostéocondensation horizontale au
sein du plateau tibial, qui signe le diagnostic.
Cette image
correspond à la formation du cal osseux fracturaire, et peut
disparaître ultérieurement.
La biologie ne montre aucun syndrome inflammatoire.
Un bilan
phosphocalcique, complété par une ostéodensitométrie, recherche
des signes en faveur d’une ostéopathie fragilisante (ostéoporose,
ostéomalacie, hyperparathyroïdie).
Le diagnostic précoce de la fracture fait appel à la scintigraphie
osseuse et à l’IRM.
La scintigraphie osseuse montre une
hyperfixation intense du plateau tibial, le plus souvent diffuse non
spécifique, mais parfois linéaire horizontale évocatrice du diagnostic.
L’IRM est plus performante, montrant le trait de fracture sous la
forme d’un hyposignal T1 et T2 linéaire horizontal, souvent entouré
d’oedème en hyposignal T1 et hypersignal T2, et parfois accompagné
d’un épanchement articulaire.
Dans les cas de fracture de contrainte du condyle interne, la
distinction avec une ONA peut être difficile, lorsque le trait
fracturaire est curviligne, aux limites de l’os sous-chondral.
Ailleurs, la distinction avec une algodystrophie peut être délicate,
dans les formes avec oedème diffus susceptible de masquer le trait
de fracture.
Le recours à un scanner peut s’avérer intéressant pour
déceler le trait de fracture et fixer le diagnostic.
L’évolution des fractures de contrainte se fait habituellement vers
une guérison rapide et sans séquelles avec la mise en décharge du
membre inférieur par un béquillage de quelques semaines et des
antalgiques.
Dans les cas où la douleur reste intense, la calcitonine
est communément utilisée, par analogie aux tassements vertébraux,
bien qu’elle n’ait pas été validée pour les fractures périphériques.
L’évolution peut être défavorable en l’absence de mise en décharge,
avec constitution d’une ONA, s’accompagnant souvent d’un
effondrement de l’os sous-chondral.
Dans ces formes, le recours à
une chirurgie prothétique est rapidement nécessaire.
5- Tumeurs osseuses :
Le genou est une localisation fréquente des tumeurs osseuses et
l’imagerie reste l’élément majeur du diagnostic (radiographies
standards, TDM).
L’IRM est surtout utile pour apprécier le caractère
invasif et l’extension de la tumeur.
Les tumeurs osseuses bénignes du genou responsables de douleurs
sont dominées par l’ostéome ostéoïde, auquel il faut savoir penser
chez un sujet jeune, devant un genou douloureux la nuit, calmé par
la prise d’aspirine, avec parfois un épanchement articulaire
mécanique.
La scintigraphie osseuse permet un bon dépistage si la
radiographie standard paraît normale.
Le scanner évoque le
diagnostic, qui est confirmé par la biopsie-exérèse.
Au genou, il faut
rappeler le caractère délabrant d’une exérèse tumorale chirurgicale,
et savoir proposer une ponction-biopsie-exérèse au trocart de
l’ostéome, guidée par tomodensitométrie.
Toutes les autres tumeurs, bénignes ou malignes, peuvent se
rencontrer au genou, et sont explorées par tomodensitométrie.
D -
PATHOLOGIE MÉNISCALE :
Les lésions méniscales sont très fréquentes.
Il convient de
différencier les lésions traumatiques, sur ménisque sain, apanage des
patients jeunes et habituellement sportifs et les lésions qui
surviennent en dehors de tout traumatisme notable traduisant la
rupture d’un ménisque dégénératif et fragilisé.
En marge de ces
deux catégories, il faut mentionner les lésions sur ménisque
congénitalement anormal (ménisque discoïde en particulier).
1- Lésions méniscales traumatiques
:
Elles entrent dans le cadre des « entorses du genou ». Une lésion
isolée d’un ligament latéral correspond à une entorse bénigne.
À un
stade de plus, une lésion méniscale peut être associée.
L’association
à une lésion du pivot central (LCA en particulier) signe une entorse
grave.
Un diagnostic lésionnel précis est indispensable car il va
guider toute une stratégie thérapeutique qui n’est pas abordée ici.
Une lésion méniscale peut également être la conséquence d’une
instabilité chronique du genou non traitée.
La lésion du pivot central
autorise en effet un mouvement antéropostérieur et rotatoire excessif
très dommageable pour le ménisque.
* Lésions méniscales internes
:
Elles sont verticales pour la plupart des auteurs.
Dans la
classification de Trillat, elles débutent au segment postérieur
(stade I).
Elles peuvent être transfixiantes ou n’atteindre qu’une
partie de l’épaisseur méniscale.
Elles peuvent s’étendre vers
l’avant, le segment antérieur n’étant jamais atteint isolément.
Une
lésion étendue réalise une anse de seau (stade II).
Cette anse peut se
luxer, voire s’incarcérer dans l’échancrure (stade III), elle peut se
rompre en son centre ou à l’une de ses extrémités.
Une lésion peu
étendue mais rompue réalise une languette.
La lésion verticale peut siéger en zone périphérique (zone rouge -
rouge d’Arnoczky) ; il s’agit alors d’une désinsertion méniscale.
Elle peut siéger dans la zone encore vascularisée du ménisque (zone rouge-blanc) ou dans la partie non vascularisée (zone blanc-blanc).
Le traitement doit être économique : abstention, méniscectomie arthroscopique économe, et plus rarement, si cela est possible, suture
méniscale.
Les indications varient selon le type de rupture
méniscale, son siège en zone vascularisée ou non, les lésions
associées (LCA ++, cartilage), l’âge et la motivation du sujet.
* Lésions méniscales externes :
On peut les classer en lésions verticales (les plus fréquentes),
obliques, radiales ou transversales, et en clivages horizontaux.
Les lésions méniscales traumatiques peuvent être isolées mais elles
sont plus souvent associées à des lésions ligamentaires.
Un kyste
méniscal externe peut accompagner les lésions transversales ou
horizontales.
Le ménisque discoïde est une malformation congénitale rare du
ménisque externe, parfois symptomatique (claquement et ressaut
dans l’interligne externe lors de l’extension).
2- Lésions méniscales dégénératives
:
Elles surviennent en dehors de tout traumatisme, sur un tissu
méniscal dégénéré et sont inconstamment associées à une arthrose.
On reconnaît des lésions horizontales, des lésions radiales et des
lésions complexes.
Les lésions radiales sont très particulières dans
leur siège (jonction segment moyen-segment postérieur), leur forme
(radiales légèrement obliques), leurs circonstances de survenue.
Classification anatomique.
– Type I : méniscose. Altération du ménisque sans solution de
continuité : il est aplati, terne, mais sans aucune rupture ni aucune
instabilité.
– Type II : il est caractérisé par la présence de dépôts calciques sur
sa surface et en son sein (méniscocalcinose).
– Type III : le ménisque présente un clivage horizontal en feuillet de
livre.
– Type IV : dans la forme la plus caractéristique (type IVa), c’est
une fissure radiale légèrement oblique, partant du bord axial, à
l’union tiers moyen-tiers postérieur et se dirigeant vers le mur
périphérique.
On en rapproche le type IVb où la fissure se poursuit par un trait de
refend assez proche du bord axial, libérant une languette mobile à
la palpation.
– Type V : lésion complexe qui échappe à toute description.
Il ne se
rencontre que très rarement en dehors de l’arthrose.
La classification IRM est intéressante car elle met en évidence la
dégénérescence méniscale avant toute fissure et permet de mieux
comprendre le concept de lésion méniscale dégénérative.
On
distingue :
– grade 1 : hypersignal intraméniscal de forme globulaire
n’atteignant pas les bords du ménisque ;
– grade 2 : hypersignal intraméniscal linéaire ne touchant pas les
limites du ménisque ;
– grade 3 : hypersignal atteignant les bords du ménisque de forme
linéaire (3a) ou globulaire (3b). Seul le grade 3 correspond à la
fissure ouverte.
3- Rupture atraumatique sur ménisque interne
dégénératif
:
* Clinique
:
Cette forme clinique mérite d’être détaillée du fait de sa fréquence
et des conséquences thérapeutiques.
Il s’agit d’un homme dans deux
cas sur trois (alors que la gonarthrose est plus fréquente chez la
femme), rarement obèse, d’âge moyen 56 ans, ayant une profession
exposée ou pratiquant une activité sportive.
La douleur peut survenir assez rapidement après un surmenage
articulaire.
Une circonstance fréquente est le maintien d’une position
accroupie prolongée.
Son siège est interne, de type mécanique, mais peut survenir la nuit lors des changements de position.
Il n’existe
pas de blocage mais parfois des sensations d’accrochage ou de pseudoblocage.
À l’examen l’épanchement est inconstant ; il existe un point
douloureux sur l’interligne interne qui serait plus postérieur que
dans la gonarthrose.
* Imagerie :
Les radiographies sont normales ou montrent un minime pincement
de l’interligne interne sur le « schuss ».
L’arthrographie doit comporter de nombreuses coupes postérieures ;
en effet, le caractère radial de la lésion rend possible sa
méconnaissance si les coupes passent en avant et en arrière de la
fente méniscale.
L’IRM montre également bien la lésion ; elle a l’avantage dans cette
tranche d’âge d’éliminer une éventuelle nécrose du condyle interne.
L’arthroscopie, réalisée uniquement lorsqu’on envisage une
méniscectomie, confirme la lésion méniscale.
* Traitement
:
Le traitement médical (comprenant les infiltrations en particulier périméniscales) mérite d’être tenté, mais c’est certainement dans la
lésion méniscale dégénérative de type IV que les résultats sont les
moins bons.
Dans ces cas, la méniscectomie interne partielle supprimant la partie
lésée et instable du ménisque donne de bons résultats cliniques avec
un recul minimum de 6 ans.
Le risque arthrogène d’une méniscectomie, même partielle, est
important.
Il faut donc limiter l’indication de méniscectomie aux
lésions instables de type IV et ne pas hésiter à laisser en place les
autres lésions méniscales dégénératives, car le ménisque reste
fonctionnel.
E - PATHOLOGIE LIGAMENTAIRE
:
Les entorses du genou surviennent dans un contexte posttraumatique,
avec le plus souvent un mécanisme de torsion ou de
latéralité.
L’interrogatoire et l’examen clinique soigneux (détaillés
dans le premier chapitre) permettent le plus souvent un diagnostic
lésionnel précis.
L’atteinte concerne les ligaments périphériques (LLI le plus
souvent), le pivot central (LCA essentiellement, LCP plus rarement),
les formations capsuloligamentaires et tendineuses postéroexternes
(PAPE : point d’angle postéroexterne), ou parfois postéro-internes
(PAPI).
Fréquemment, une entorse du genou combine plusieurs
lésions méniscoligamentaires (triades ou pentades lésionnelles).
L’entorse du LLI est la plus fréquente des entorses bénignes du
genou.
Elle est provoquée par un mouvement de valgus forcé.
Il peut s’agir
d’une simple élongation, d’une rupture d’un ou deux faisceaux du LLI.
La douleur siège sur le compartiment interne, provoquée par la
mise en flexion-valgus du genou.
À l’examen clinique, la douleur
est habituellement retrouvée sur l’insertion haute du LLI, nettement
au-dessus de l’interligne.
Il n’y a pas d’épanchement articulaire
initialement (possible hydarthrose retardée).
Une laxité latérale
interne en flexion-valgus-rotation externe peut être recherchée,
signant une rupture des deux faisceaux du LLI.
En l’absence de
rupture associée du LCA, il n’y a pas de laxité antéropostérieure, de
laxité latérale interne en extension, ni de ressaut rotatoire.
Un flessum antalgique ne doit pas être confondu avec un blocage par
lésion méniscale.
Les radiographies sont normales.
À un stade tardif,
une calcification paracondylienne interne en regard de l’insertion
haute du LLI peut apparaître (syndrome de Pellegrini-Stieda).
L’échographie confirme le diagnostic d’atteinte du LLI en cas de
doute.
Le traitement est habituellement médical (repos sportif, AINS,
glaçage, attelle, physiothérapie, rééducation précoce).
Les indications
chirurgicales sont très rares (ruptures basses).
Une infiltration cortisonique n’est indiquée qu’en cas de douleur
persistante en rapport avec un syndrome de Pellegrini-Stieda ou un
syndrome de Palmer (rétraction cicatricielle du LLI).
L’entorse du LCA est la plus fréquente des entorses graves du
genou.
Elle est provoquée par un mouvement de torsion du genou fléchi
(en rotation interne ou externe) (sports de pivot), ou par un shoot
dans le vide.
Un gonflement immédiat du genou est évocateur du
diagnostic (hémarthrose à la ponction).
Une instabilité fonctionnelle
du genou est recherchée.
La laxité du LCA est objectivée à l’examen
immédiat, avec un test de Lachman positif (arrêt mou), et l’existence
d’un ressaut rotatoire interne.
La radiographie recherche un rare
arrachement de l’épine tibiale.
Le traitement initial est fonctionnel.
Une immobilisation immédiate
par attelle du genou permet la cicatrisation des lésions périphériques
souvent associées.
Le glaçage du genou, les AINS, la physiothérapie
sont utilisés à titre antalgique.
Il n’y a en principe pas d’indication
chirurgicale en urgence d’une rupture du LCA, sauf en cas
d’arrachement de l’épine tibiale qui pourra être réinsérée.
Un bilan
lésionnel du genou est effectué après 3 semaines de repos, faisant
éventuellement appel à l’IRM.
Une arthroscopie est indiquée en cas
de lésion méniscale instable ou de corps étranger ostéochondral.
Une
rééducation précoce vise à stabiliser le genou, dans tous les cas.
Le
choix entre un traitement fonctionnel et une ligamentoplastie
(chirurgicale ou sous arthroscopie) est délicat, et les techniques sont
nombreuses et discutées.
Les indications thérapeutiques dépendent
de nombreux facteurs (âge, sport pratiqué et niveau sportif,
instabilité chronique, motivation, associations lésionnelles...).