Nouvelles techniques IRM du parenchyme cérébral
Cours de Neurologie
Introduction
:
L’imagerie par résonance magnétique (IRM) comprend
conventionnellement des séquences pondérées en T1 et pondérées
en T2 qui sont respectivement dédiées à montrer l’anatomie et à être
sensibles à l’augmentation du contenu en eau libre des
parenchymes.
Celles-ci constituent la base de l’utilisation du signal
d’IRM qui est le signal électrique produit dans l’antenne de
réception par le mouvement de l’aimantation résultante des protons
en résonance restituant de l’énergie radiofréquence (interaction spinréseau).
Pour cette raison, ce signal oscille à la fréquence de
résonance et décroît selon la constante de temps de relaxation T1.
À
ce processus, le temps de relaxation T2 ajoute la prise en compte des
interactions internes aux protons (interactions spin-spin) : en
échangeant de l’énergie entre eux, les protons se dispersent créant
une perte de cohérence du signal ou déphasage produisant ainsi
une atténuation supplémentaire du signal d’IRM.
En IRM, ce
déphasage est en sus produit de manière contrôlée pour le codage
spatial du signal (codage de phase).
Il survient également de
manière parasite à cause des hétérogénéités du champ magnétique.
Il peut enfin être exploité pour pondérer le signal par d’autres
aspects physiques de la résonance magnétique nucléaire ce qui
aboutit à l’angio-IRM par contraste de phase, l’imagerie de diffusion,
les imageries de susceptibilité magnétique (imagerie de perfusion et
imagerie fonctionnelle), la spectroscopie et l’imagerie de transfert
d’aimantation.
La décroissance du signal d’IRM est ainsi utilisable
pour bâtir des images pondérées par des aspects physiques variés
qui ont en commun la caractéristique de produire un déphasage des
protons entre eux.
Déphasage en imagerie
par résonance magnétique :
Cette notion permet de servir de fil conducteur aux différentes
méthodes de modulation du contraste des images par l’action
d’effets physiques variés qui modifient la phase du signal.
Ceci constitue la base de tout ce qui
suit où nous verrons comment chacune des techniques exploite cette
diminution de signal en la reliant à l’effet physique ayant produit le
déphasage.
Toute la difficulté consiste à être bien sélectif de l’effet
recherché en minimisant l’interaction de toutes les autres sources
potentielles de déphasage.
A - DÉPHASAGE DÛ AU CODAGE SPATIAL :
Celui-ci est volontaire et obligatoire dans toutes les techniques
d’IRM pour localiser le signal.
Il est produit par une variation
contrôlée et linéaire du champ magnétique ou gradient linéaire de
champ magnétique-transitoirement appliquée au cours de la séquence d’acquisition pour établir une relation linéaire entre une
diminution de signal et une position dans le champ magnétique.
Toutes les autres modulations de signal en rapport avec un
déphasage viendront en sus de celle-ci.
B - DÉPHASAGE DÛ À LA RELAXATION SPIN-SPIN :
Les interactions spin-spin survenant entre protons lors des contacts
moléculaires représentent des échanges d’énergie entre eux qui
produisent de microscopiques accélérations et décélérations autour
de la vitesse de rotation principale x.
Il est étudié lorsqu’on réalise une
séquence pondérée en T2 où le contraste de l’image reflète les
contacts des molécules d’eau entre elles.
Ils sont amoindris dans les
tissus pathologiques déstructurés par rapport à la normale
entraînant un allongement de T2.
C - DÉPHASAGE DÛ AUX MOUVEMENTS :
Dans ce cas la vitesse v du déplacement des protons s’ajoute à la
vitesse de rotation x produisant un déphasage en proportion de v.
Dans les deux méthodes relevant de cette catégorie, ce déphasage
est travaillé pour être visualisé isolément du reste de l’information,
en cherchant à le compenser sélectivement dans l’angio-IRM et en cherchant à
l’accentuer dans l’imagerie de diffusion qui s’adresse à des
mouvements microscopiques dont l’effet est indécelable spontanément.
Le principe de l’angio-IRM par contraste de phase repose sur la
compensation sélective du déphasage dû aux flux afin que le signal
des protons en mouvement d’écoulement soit intense et que celui
du parenchyme soit diminué.
Sur les images ordinaires, le
mouvement des protons du sang produit un déphasage qui
contribue fortement à l’hyposignal spontané des vaisseaux.
Si l’on
place dans la séquence avant l’acquisition du signal, un gradient de
champ magnétique dont l’effet est opposé à celui que produira le
déplacement des protons dans les vaisseaux, les deux effets
s’annulent et le signal des vaisseaux est maximal.
Autre avantage,
ce même gradient de champ magnétique produit un déphasage des
protons du parenchyme et diminue leur signal à l’acquisition.
Pour
plus de détail sur ce sujet, le lecteur est référé au chapitre de X
Leclerc spécifique à l’angio-IRM et à l’angioscanner.
2- Imagerie de diffusion : mouvements microscopiques
browniens
Les mouvements de diffusion brownienne des molécules d’eau sont
si microscopiques et surtout leur gamme de variation est si faible
que le déphasage qu’ils entraînent n’est pas perceptible
spontanément sur les images ordinaires.
Pour rendre la diffusion
visible, on amplifie le déphasage qu’elle crée en ajoutant un gradient
de champ magnétique à la séquence.
On le dispose en deux
impulsions symétriques telles que leur effet se compense en un
même lieu.
Ainsi, tout mouvement même microscopique rompt cette
condition et laisse persister un déphasage proportionnel au
déplacement qui diminue d’autant le signal.
D - DÉPHASAGE DÛ À LA SUSCEPTIBILITÉ MAGNÉTIQUE :
Celui-ci est produit par des variations d’intensité du champ
magnétique, qu’elles soient fixes comme les hétérogénéités de l’aimant ou les interfaces de tissus de susceptibilités magnétiques
différentes, ou variables comme le passage d’un produit de contraste
ou les modifications d’oxygénation tissulaire en relation avec le
couplage neurovasculaire.
1- Distorsions du champ magnétique :
Toute source de variation dB0 retentit sur la phase des protons par la
dispersion locale de vitesse de rotation x0 qui découle de la relation
de Larmor x0 = cB0.
Il y a d’une part les hétérogénéités de l’aimant
lui-même et d’autre part les différences d’interactions des tissus avec
le champ magnétique qui sont quantifiées par leur susceptibilité
magnétique.
Ainsi l’air et l’os ont une susceptibilité magnétique plus
faible que les parenchymes.
Ceci crée des artefacts dits « de
susceptibilité magnétique » aux interfaces.
En outre, les métaux ont
une susceptibilité magnétique encore plus importante et la présence
dans le champ d’examen de plombage ou implant métallique
perturbe l’homogénéité de l’aimant.
La séquence d’écho de spin
compense cet effet en profitant du caractère stable de ces
variations de champ en un même lieu.
En revanche, les séquences
d’écho de gradient, dont l’échoplanar, exploitent l’ensemble des
variations de susceptibilité magnétique et ne peuvent pas être
affranchies des distorsions de champ magnétique.
2- IRM de perfusion : mouvements microscopiques
d’écoulement
La variation d’intensité locale de champ magnétique exploitée ici
est liée au gradient de susceptibilité magnétique entre les vaisseaux
et le parenchyme survenant avec de fortes concentrations intravasculaires de produit de contraste paramagnétique, conditions
réalisées au premier passage d’un bolus de chélates de gadolinium
avant sa dilution interstitielle.
Cette situation équivaut à la
circulation capillaire d’un gradient de champ magnétique qui
produit un déphasage et donc une perte de signal proportionnels à
la perfusion parenchymateuse.
Également produit par une modification locale de susceptibilité
magnétique, ce déphasage est dû à la variation sanguine de
concentration de désoxyhémoglobine, substance paramagnétique
endogène, dont l’effet est cependant si faible qu’il n’est pas
spontanément perçu.
Pour le mettre en évidence, il faut recourir à
des comparaisons statistiques d’images cérébrales d’états
d’oxygénation différents en relation avec des épreuves d’activation
corticale.
Le terme BOLD signifie blood oxygen level dependent.
E - DÉPHASAGE DÛ AU DÉPLACEMENT CHIMIQUE :
Ce déphasage est aussi dans la catégorie de ceux produits par des
variations du champ magnétique, ici induites par les champs
magnétiques électroniques du cortège des noyaux, produisant de
petites différences de fréquences de résonance en relation avec
l’environnement chimique, ou déplacement chimique.
1- Spectroscopie
:
Les électrons ont également des propriétés magnétiques car chargés
négativement, ils génèrent localement de très faibles hétérogénéités
de champ magnétique qui sont cependant décelables sous certaines
conditions d’homogénéité de l’aimant et de suppression du signal
de l’eau.
Les différentes liaisons chimiques dans lesquelles les
protons sont engagés permettent leur identification dans la
spectroscopie et leur cartographie dans l’imagerie spectroscopique
de protons d’autres natures que ceux de l’eau.
2- Imagerie de transfert d’aimantation :
L’individualisation de fréquences de résonance différentes en
fonction de l’environnement chimique permet d’identifier
sélectivement les protons de molécules d’eau adsorbées sur de
volumineuses molécules telles que la myéline de la substance
blanche et d’en faire la cartographie.
Imagerie de diffusion
:
La sensibilisation du signal IRM à la diffusion est obtenue en
ajoutant des gradients de champ magnétique dans la direction du
mouvement à étudier : il s’agit de l’imagerie pondérée en diffusion.
Un stade de plus consiste à calculer le coefficient de diffusion
apparent (ADC) de l’eau en chaque point de l’image, apparent car
recouvrant in vivo non seulement la diffusion brownienne mais
aussi la contribution d’autres micromouvements tels que la
perfusion capillaire et les écoulements lents et non uniformes tels
que celui du liquide cérébrospinal.
Ces méthodes d’imagerie, qui
ont longtemps été limitées par une durée d’examen trop longue et
une trop grande sensibilité aux artefacts de mouvement sont
devenues applicables cliniquement par leur association au recueil
du signal par échoplanar, technique relativement ancienne, mais de
mise en oeuvre clinique difficile permettant l’acquisition d’images
en quelques millisecondes.
Il en résulte un gain important en
résolution temporelle et une minimisation des artefacts de
mouvement.
En fonction du nombre de directions sensibilisées, on
peut ainsi accéder à la diffusion brownienne de l’eau de manière
isotrope ou anisotrope.
Les directions privilégiées de diffusion sont
ainsi facilement déterminables et l’on note en particulier une
anisotropie importante le long des tractus de fibres myélinisées.
A - IMAGERIE PONDÉRÉE EN DIFFUSION
:
L’imagerie de diffusion effectuée dans les conditions d’acquisition
actuelles perçoit des phénomènes du même ordre de grandeur que
le voxel de l’image.
Ainsi, en imagerie pondérée en diffusion, les
gradients de champ magnétique appliqués rendant un déphasage
dû à des mouvements de l’ordre du 1/10 mm perceptible sur une
image possédant un voxel de résolution spatiale de l’ordre de
5 mm3, cela refléterait essentiellement le déplacement aléatoire des
molécules d’eau dans le compartiment extracellulaire.
Cette partition
est controversée mais les signes observés dès les premiers travaux
cliniques portant en particulier sur l’ischémie cérébrale ont été
interprétés selon une modélisation discernant un stade lésionnel
aigu de gonflement cellulaire restreignant la diffusion de l’eau
extracellulaire et un stade chronique avec élargissement interstitiel
l’augmentant.
Un chapitre récent de l’Encyclopédie Médico-
Chirurgicale fait le point de cette question.
B - IMAGERIE DU COEFFICIENT DE DIFFUSION APPARENT :
L’imagerie pondérée en diffusion est un outil simple à mettre en
oeuvre mais d’interprétation ambiguë dès que la séquence pondérée
en T2 est anormale.
En effet, le déphasage des gradients de
diffusion diminue le signal proportionnellement à l’ADC mais à
partir d’un signal de base inégal qui reflète le temps de relaxation
transversal T2.
Pour calculer l’ADC, deux séquences de pondération
en T2 similaires sont requises, l’une sans et l’autre avec l’adjonction
des gradients de diffusion.
Le calcul effectué pour chaque point de
l’image supprime la contribution du T2 et aboutit à une image
paramétrique dont l’échelle de gris varie en sens inverse de celle de
l’image pondérée en diffusion : plus la diffusion est élevée, plus le
signal est intense.
C - ANISOTROPIE DE DIFFUSION :
L’analyse du coefficient de diffusion suivant une seule direction se
montre insuffisante pour caractériser une structure orientée dans
laquelle la diffusion est anisotrope, ce qui est notamment le cas de
la majorité du parenchyme cérébral.
Les fibres myélinisées présentes
dans la substance blanche possèdent, par exemple, un coefficient de
diffusion plus élevé le long de la fibre que perpendiculairement à
celle-ci.
Ceci se traduit par des hypersignaux physiologiques sur
les images pondérées en diffusion dans les directions les plus
contraintes, perpendiculairement aux trajets de fibres.
Une des solutions proposées pour tenir compte de tous les coefficients
de diffusion et s’affranchir de ces hypersignaux est de sensibiliser la
diffusion selon plusieurs directions non colinéaires.
La valeur d’ADC
la plus importante représente le coefficient de diffusion parallèle à
l’axe longitudinal de la structure anisotrope et identifie la direction
privilégiée de diffusion de l’eau dans la structure.
Le fiber
tracking ou reconstitution informatique d’un faisceau de fibres
anisotropes consiste à identifier la trajectoire des directions principales
de diffusion mises bout à bout dans chacun des voxels.
Ces
méthodes sont difficiles de mise en oeuvre, nécessitent des capacités
de calcul importantes mais sont d’intérêt en recherche fondamentale
et peut-être dans l’identification d’anomalies de trajets de fibres dans
le cas de la dyslexie par exemple.
D - IMAGERIE DU TENSEUR DE DIFFUSION :
La détermination complète des paramètres intrinsèques de diffusion
passe ainsi par un calcul matriciel de tenseur de diffusion constitué
au minimum de coefficients de diffusion Dij décrivant des
mouvements au second ordre (Dxx, Dxy, Dxz, Dyx, Dyy, Dyz, Dzx,
Dzy, Dzz).
Comme le tenseur de diffusion est symétrique (Dxy =
-Dyx, Dxz = -Dzx, Dyz = -Dzy), il suffit de six acquisitions
indépendantes avec des directions de gradients non colinéaires.
La
diagonalisation de la matrice du tenseur de diffusion est une
opération qui, déterminant les trois vecteurs et valeurs propres de la
matrice, indique en chaque point la direction principale de diffusion,
la direction la plus restreinte et leur perpendiculaire.
La moyenne
des coefficients de diffusion dans ces trois directions est la trace de
la matrice du tenseur de diffusion.
Elle correspond à la valeur du
coefficient de diffusion affranchie de toute considération
d’anisotropie.
En complément, la comparaison des coefficients de diffusion dans les trois directions d’orientations
notables permet d’établir un index d’anisotropie de la structure et
d’en faire la cartographie toutes directions confondues.
Imagerie de perfusion
:
L’imagerie de perfusion est une technique permettant de mesurer
des paramètres fonctionnels tels que le volume sanguin cérébral,
le temps de transit moyen dans le lit capillaire et le flux sanguin
cérébral.
La méthode repose sur l’injection en bolus d’un produit
de contraste paramagnétique et le suivi des variations de signal
qu’il provoque.
Cette technique mise au point avec l’imagerie radio-isotopique se développe aujourd’hui avec des modalités
moins invasives et non irradiantes comme l’IRM.
La théorie
mathématique est basée sur la conservation des masses qui
suppose que la quantité d’agent injectée à l’entrée est la même
que celle retrouvée à la sortie du système. Ainsi avec une quantité M de marqueur introduite, en réalisant des mesures de
concentration C, on obtient le volume vasculaire du compartiment
V par V = M/C.
Cependant, en IRM la relation entre le paramètre
observé (les variations de signal) et la concentration en produit de
contraste est moins directe qu’avec les produits radioactifs.
En
effet même si le produit de contraste utilisé est considéré comme
non diffusible durant le temps de la mesure et restant confiné dans
l’espace intravasculaire, le déphasage qu’il produit par variation
de susceptibilité magnétique dépasse la paroi vasculaire car celle-ci
ne confine pas les effets magnétiques.
Si la chute de signal
produite en imagerie de perfusion est si nette qu’elle permette de
repérer directement des zones mal perfusées (d, e)
c’est qu’elle profite du recrutement des molécules d’eau situées au
pourtour des vaisseaux, dont on peut démontrer la
proportionnalité à la concentration du produit traceur mais qui
empêche sa quantification en valeur absolue.
Les images brutes
du passage du bolus de produit de contraste ont ainsi une échelle
de gris évoluant selon la perfusion locale, en traduisant par un
hypersignal les zones mal perfusées et y décelant les retards
d’arrivée du bolus.
Ces images sont vraisemblablement d’utilité
dans l’indication de l’ischémie cérébrale aiguë en combinaison
avec l’imagerie de diffusion.
En effet selon la prépondérance du
territoire mal perfusé identifié en IRM de perfusion, et du territoire
de souffrance cellulaire indiqué par l’IRM de diffusion, on pourrait orienter la stratégie thérapeutique vers la reperfusion et/ou le
recours à des thérapeutiques neuroprotectrices.
Même si la concentration absolue de produit n’est pas mesurable,
la courbe de la variation de concentration en chaque point de
l’image en fonction du temps permet d’obtenir un paramètre de
volume sanguin relatif par intégration de l’aire sous la courbe (f).
Le volume est lié au débit et au temps de transit
moyen (TTM) dans le compartiment par TTM = V/F.
Le TTM
est la largeur à mi-hauteur de la courbe de variation de
concentration dans le compartiment mais à condition que le
bolus d’injection soit parfait ou que l’on puisse séparer l’effet de
la fonction d’entrée.
Pour cela plusieurs solutions ont été
proposées, en échantillonnant le signal dans un gros vaisseau de
la coupe par exemple mais ceci reste d’application difficile.
En
pratique, le TTM peut être approximé au centre de gravité de la
courbe de concentration et sa traduction en image permet une
bonne appréciation des territoires mal perfusés (g).
Enfin,
le débit relatif est obtenu grâce à la relation F = V/TTM et ses
variations également traduites en images.
Imagerie fonctionnelle
:
L’identification de zones d’activations corticales par IRM BOLD
repose sur le couplage neurovasculaire.
Cette régulation fait qu’en
activation, la genèse d’une activité neuronale produit localement en
quelques secondes une élévation de débit sanguin cérébral apportant
une quantité d’oxygène supérieure au besoin tissulaire.
L’imagerie
fonctionnelle isotopique par caméra à positons étudie ces variations
de débit sanguin, ce qui pourrait également être fait par IRM.
Mais
il est plus avantageux pour faire de l’IRM fonctionnelle d’utiliser les
propriétés d’une molécule endogène paramagnétique, la désoxyhémoglobine, forme désoxygénée du transporteur sanguin de
l’oxygène, dont la diminution de concentration locale produit une
augmentation de signal.
Celle-ci, à la différence des variations de
signal de l’IRM de perfusion, est si minime qu’elle n’est pas
perceptible à l’oeil nu.
Il faut faire appel à une méthode de
comparaison statistique d’images réalisées en états d’activations
différents pour identifier les zones significatives. Le choix de
tâches pertinentes réalisables dans le champ magnétique est une
étape cruciale.
On fait habituellement alterner une dizaine de
périodes de 30 secondes au repos et en activation ou deux états
d’activation différents.
Le recueil de la série d’images et son recalage
précis compensant tous les artefacts de mouvements est également
capital.
L’analyse d’images passe par une première sélection des
points où la variation du signal est rythmée par la tâche dictée au
sujet.
On ne recherche pas la synchronisation des variations avec la
tâche car il faut tenir compte du délai de réponse hémodynamique
qui de plus est différent selon les régions corticales.
En revanche, on
retient tous les points où le signal varie à la fréquence de la tâche.
L’étape suivante teste statistiquement ces points sur l’amplitude de
variation de signal par rapport à sa fluctuation spontanée.
L’IRM fonctionnelle est une méthode de neuro-imagerie très utilisée
en recherche fondamentale pour la cartographie cérébrale,
conjointement avec les méthodes radio-isotopique,
électroencéphalographique et magnétoencéphalographique.
En
clinique, les phases de récupération ou de compensation des
pathologies cérébrales font habituellement appel à une extension des
recrutements corticaux à des aires adjacentes ou controlatérales.
La réalisation d’une IRM fonctionnelle permet une identification des
aires fonctionnelles en phase préopératoire qui peut en particulier
compléter le bilan de latéralisation du langage.
Cependant
seule l’aire de Broca est identifiée de manière fiable et reproductible
tandis que l’aire de Wernicke n’est qu’occasionnellement détectée.
En IRM fonctionnelle motrice, plusieurs équipes ont effectué des
études de corrélation entre localisations déterminées en IRM
fonctionnelle et par stimulation électrique corticale peropératoire et
mis en évidence une excellente correspondance.
Par rapport aux
dispositions normales, les aires corticales peuvent être
refoulées ou plus rarement incorporées dans les lésions.
On
objective également fréquemment une bilatéralisation des réponses
corticales ou un recrutement d’aires entièrement ipsilatérales
au mouvement, en particulier lorsque l’effet de masse est important.
On ne peut cependant pas en déduire que la prise en charge de la
fonction est assurée par un recrutement cortical de remplacement.
Il
est en effet fréquent dans ces cas de retrouver une latéralisation
correcte pratiquement immédiatement après décompression.
Ces
méthodes représentent un progrès dans l’aide à la décision
thérapeutique et dans la contribution à la technique opératoire par
intégration dans les stations de neuronavigation.
La précision et
l’interprétation des recrutements alternatifs restent encore à
approfondir cependant dans la poursuite du processus
d’évaluation.
Imagerie spectroscopique
:
En spectroscopie RMN, les protons sont analysés en fonction des
liaisons chimiques dans lesquelles ils sont engagés.
Celles-ci
occasionnent une délocalisation plus ou moins importante du nuage
électronique de l’atome.
Ainsi la perception du champ magnétique de
l’aimant par chaque proton dépend du groupement chimique dont il
fait partie car le champ magnétique créé par son nuage électronique
s’en soustrait inversement proportionnellement à sa délocalisation, la
charge électrique de l’électron étant négative.
La fréquence de résonance des protons de chacun des groupements est donc
augmentée proportionnellement à la délocalisation de son nuage
électronique.
L’analyse fine des différences de fréquences de résonance
est réalisée sur des spectres, ensembles de pics de résonance d’aires
proportionnelles au nombre de protons et à leurs temps de relaxation.
La condition primordiale est celle d’une bonne homogénéité
de l’aimant afin que les variations de fréquences de résonance soient
bien différenciées.
En effet, en cas d’hétérogénéité de champ
magnétique, une dispersion de fréquence de résonance survient pour
chacun des protons des différents groupements, élargissant les pics
du spectre et altérant la résolution spectrale.
Cette condition exige
l’ajustement de l’aimant juste en préalable à la mesure. Pour
l’application in vivo, ou spectroscopie par résonance magnétique
(SRM), il existe des procédures d’optimisation du champ permettant
de le faire très rapidement.
L’autre particularité de l’application au
vivant est la nécessité de supprimer la contribution du signal de la
molécule d’eau prépondérante dans les tissus, utilisée majoritairement
en IRM mais peu informative en SRM.
L’application principale est
celle du cerveau mais d’autres parenchymes sont aussi
accessibles tels que la prostate.
En SRM, la localisation spatiale du signal est effectuée par des
méthodes dérivées de l’imagerie, selon deux stratégies au choix :
l’acquisition peut être effectuée en sélectionnant soit un volume
d’intérêt d’environ 8 cm3, soit une coupe dont chacun des éléments
constitutifs est alors analysable comme en imagerie.
L’information
de chaque élément de volume est un spectre dont l’aire de chaque
pic est quantifiée, puis transcrite en échelle de gris pour l’obtention
de cartographies séparées.
On constitue de cette manière l’imagerie
spectroscopique ou images de la répartition de chacun des
métabolites.
En pratique clinique, une indication émerge par la spécificité de son
spectre : l’abcès cérébral comporte un pic supplémentaire d’acétate,
contenu dans les polynucléaires altérés.
Ceci permet de le
différencier de certaines tumeurs de morphologies voisines.
De
nombreux travaux portent sur les tumeurs.
Certaines ont des
spécificités intéressantes comme le méningiome contenant
sélectivement de l’alanine, le neurinome de l’inositol.
Pour les
tumeurs cérébrales primitives, on note de manière générale une
élévation de choline par augmentation du turnover membranaire et
une diminution de N-acétyl-aspartate (NAA) par infiltration et
diminution de densité neuronale.
La littérature est très controversée
sur la spécificité du spectre des tumeurs en fonction de leur grade :
il semble que les tumeurs de plus bas grade aient le contenu en
choline le plus élevé.
L’image de la choline constitue une
possibilité de définition biologique du volume tumoral d’intérêt en
radiothérapie.
Dans la sclérose en plaques, une place importante est
accordée au pic de NAA pour documenter la raréfaction axonale
récemment incriminée dans le passage aux formes progressives
d’évolution de la maladie.
Imagerie de transfert d’aimantation
:
On peut procéder d’une manière dérivée de la spectroscopie pour
analyser des différences d’environnement chimique au sein de la
même espèce de protons, situés dans la molécule d’eau par exemple.
Dans le parenchyme cérébral, celle-ci est plus ou moins adsorbée
sur des macromolécules telles que la myéline, ce qui provoque des
différences minimes de fréquences de résonance élargissant la base
du pic de résonance de l’eau.
L’imagerie conventionnelle ne
montre pas cette contribution et ne traduit que les protons de l’eau
libre dont le pic de résonance est net.
Cette eau adsorbée sur les
macromolécules peut être sélectivement cartographiée par marquage
radiofréquence appliqué hors de la bande de fréquence de résonance
de l’eau libre.
Seules les molécules d’eau adsorbées sont ainsi
réceptrices de cette saturation par radiofréquence mais n’expriment
la diminution de signal qui s’y associe que lorsqu’elles migrent vers
le compartiment d’eau libre.
La proportion de diminution de signal
calculée point par point est une carte d’index de transfert
d’aimantation qui reflète le contenu en macromolécule.
Cette
méthode est reproductible.
Elle est utilisée dans la sclérose en
plaques pour différencier la démyélinisation de l’oedème au sein des hypersignaux de la séquence pondérée en T2.
En outre, des
anomalies de l’index de transfert d’aimantation sont identifiables à
l’échelon du groupe dans la substance blanche apparemment
normale, étayant le profil de maladie générale du système nerveux
central et ouvrant la perspective d’un nouveau paramètre d’imagerie
reflétant peut-être mieux le pronostic de la maladie que les
séquences conventionnelles.
Conclusion
:
Les méthodes d’IRM décrites dans ce chapitre proviennent de
déclinaisons multiples du même phénomène physique de RMN.
La
recherche méthodologique est active dans ce domaine, procédant de
l’étape de la conception technique jusqu’à celle de l’évaluation de
l’utilisation dans le contexte clinique, précédant un éventuel transfert
vers la mise à disposition en routine clinique.
La plupart des méthodes
restent difficiles de mise en oeuvre car elles demandent un posttraitement
souvent complexe et restent d’utilisation restreinte aux
centres de recherche.
Cependant, si un impact important sur la prise en
charge diagnostique et thérapeutique se confirmait pour certaines
d’entre elles, la simplification de mise en oeuvre par diffusion
commerciale de logiciels appropriés serait tout à fait envisageable.