Le syndrome confusionnel (SC) ou confusion mentale, est un tableau
clinique qui tire son unité de sa sémiologie.
Ses étiologies sont
multiples mais ont toutes un dénominateur commun : elles
correspondent à une pathologie organique sous-jacente, qui impose
une hospitalisation urgente en milieu médical.
Historique
:
Il y a près de 2 500 ans, en distinguant la « phrenitis » de la manie et
de la mélancolie, Hippocrate faisait déjà une description presque
complète du SC.
Il en décrivait les troubles cognitifs et
comportementaux, la perturbation du sommeil et en soulignait le
caractère aigu et fréquemment fébrile.
La « phrenitis », caractérisée
par une agitation de l’esprit et du corps (dont il nous reste, en
français, la frénésie), était ainsi nommée par référence à l’ancienne
croyance que l’intelligence siégeait dans le diaphragme.
La léthargie
en était le contrepoint, les troubles consistant alors en une
somnolence, une apathie, un émoussement des perceptions et une
perte de la mémoire.
La constatation de fréquents passages de l’état de « phrenitis » à
celui de léthargie, chez un même patient, souvent au cours de la
même journée, suggéra à Celse (25 avant JC - 50 après JC) de les
regrouper sous le terme générique de delirium (de delirare,
littéralement « sortir du sillon »).
C’est ce terme qui reste utilisé dans
la littérature anglo-saxonne et qu’on retrouve dans le delirium
tremens.
C’est aussi à Celse puis à Arétée de Cappadoce (1er siècle
après JC) que revient le mérite de distinguer une folie fébrile et
aiguë, le delirium, d’un tableau proche, non fébrile, la dementia
continua ou démence sénile.
Ainsi, se trouvent posés dès l’Antiquité
gréco-romaine les jalons de critères diagnostiques encore valides de
nos jours.
Dans la dichotomie entre delirium et démence, la fièvre et l’acuité
du tableau sont longtemps demeurées les deux critères distinctifs
majeurs.
Cependant, petit à petit l’accent va être mis sur les troubles
de la conscience.
Bien que ceux-ci et leur fluctuation soient bien
décrits au XVIe siècle par Fracastor, c’est un auteur allemand du
début du XIXe siècle, Greiner, qui est probablement le premier à
introduire la notion d’« obscurcissement de la conscience »
(Verdunkelung des Bewusstseins).
Celle-ci va rapidement être
intimement associée à celle de « confusion mentale », bien décrite
par Delasiauve, mais dont la dénomination revient à Chaslin.
Pour celui-ci, la « confusion mentale primitive » est un syndrome
associant une désorganisation de la pensée et des perceptions, une
désorientation temporospatiale et un état onirique.
Près d’un siècle
plus tard, Berrios estime toujours que c’est l’altération de la
conscience, bien plus que la présence d’une fièvre associée ou le
profil évolutif des troubles, qui permet de distinguer la confusion
des autres troubles des fonctions supérieures. Mais
l’obscurcissement de la conscience est une notion qui se révèle très
difficile à définir.
Définition
:
L’accord reste à faire sur la définition du SC car il n’y a pas de réel
consensus sur la place et la définition de tous les symptômes
constitutifs de ce syndrome, en particulier des troubles de la
conscience ou de vigilance.
En outre, que ce soit dans la terminologie
anglo-saxonne (avec le terme de delirium) ou dans la française (avec
les termes de confusion ou de sujet confus), les acceptions du mot
changent selon que l’on passe du langage commun au langage
médical.
Les définitions proposées dans la CIM-10 (classification
internationale des maladies) et le DSM IV tendent à se recouvrir.
On peut aussi s’en tenir à la définition proposée par Lipowski
qui a le mérite de la concision et du classicisme : « Le SC est un
syndrome mental d’origine organique transitoire, d’installation
aiguë, caractérisé par une altération globale des fonctions cognitives, une réduction du niveau de conscience, des troubles attentionnels,
une activité psychomotrice diminuée ou majorée et une perturbation
du cycle nycthéméral ».
Enfin, il existe des échelles utiles au diagnostic précis et rapide dans
la pratique courante.
Parmi celles-ci, la Confusion Assessment Method
(CAM) a été mise au point en 1990 dans une étude de dépistage du
SC en milieu non psychiatrique, chez des personnes de plus de 65
ans.
Elle s’est révélée être un excellent outil de dépistage du SC,
de passation rapide, abordable par les non-spécialistes et les
infirmières.
Sa sensibilité est comprise entre 94 et 100 %, sa spécificité
entre 90 et 95 %.
Répondre au premier critère demande
la participation de l’entourage, alors que la réponse aux trois autres
critères avait été obtenue dans l’étude princeps en faisant passer le
Mini Mental State examination (MMS) de Folstein.
Épidémiologie
:
Les données épidémiologiques concernant le SC sont très disparates
dans la littérature.
Ceci est probablement lié aux différences des
populations étudiées et aux divers critères diagnostiques utilisés.
Une revue de la littérature récente révèle une prévalence du SC
de 0,4 % dans la population générale de plus de 18 ans, de 1,1 %
dans celle de plus de 55 ans.
Chez les patients hospitalisés en
médecine elle est comprise entre 15 et 30 % et, si la population est
âgée, la fourchette est comprise entre 10 et 60 %.
Beaucoup d’études
se sont aussi intéressées au SC postopératoire, dont la fréquence est
de 11 % tous âges confondus, pouvant atteindre 52 % chez les
patients âgés.
Tableau clinique
:
Le SC est la manifestation d’un trouble global du fonctionnement
cérébral.
L’analyse du fonctionnement mental est donc difficile.
Elle
permet cependant de relever trois grands types de manifestations :
une altération de la conscience, des troubles cognitifs sévères et des
manifestations comportementales.
A - ALTÉRATION DE LA CONSCIENCE :
L’altération du niveau de conscience est traditionnellement un signe
cardinal du SC.
L’imprécision de ce terme est liée au fait que la
conscience (dans son acception médicale courante) recouvre
plusieurs dimensions des capacités attentionnelles, qui sont la
conscience de soi et de l’environnement, l’état d’alerte et la vigilance.
Les troubles de la conscience de soi et de l’environnement sont
constants.
Ils rendent le patient incapable de saisir correctement et
de traiter une information, qu’elle provienne de son propre corps
ou de l’environnement.
Non seulement le sujet confus est donc
incapable de rappeler lesdites informations, mais en outre il ne
parvient pas à leur fournir une réponse adaptée.
Ce trouble soustend
le comportement du sujet, qui est inapproprié, a perdu toute
finalité claire et toute continuité.
L’état d’alerte correspond à
un état psychologique dans lequel un sujet est disposé à répondre à
un stimulus.
Il s’agit donc de la composante phasique de
l’attention.
Chez le confus, il peut être anormalement élevé ou au
contraire abaissé.
Dans le premier cas, le confus répond à toutes les
stimulations sans discernement.
L’attention focalisée est impossible,
car l’attention du patient est accaparée par d’innombrables stimuli
peu pertinents ; c’est particulièrement le cas dans le delirium
tremens, où le patient est à l’affût de la moindre stimulation de
l’environnement.
À l’opposé, l’état d’alerte peut être effondré. Les
réponses aux stimuli sont alors absentes ou émoussées.
C’est le
tableau qu’offrent habituellement les encéphalopathies
métaboliques, en règle associées à une grande apathie.
La vigilance correspond à un état physiologique qui fluctue
normalement de la veille au sommeil, ce qui réalise le cycle
nycthéméral.
Il s’agit donc de la composante tonique de
l’attention.
En pathologie, la vigilance peut être exacerbée (c’est
par exemple l’hypervigilance du maniaque) ou diminuée (c’est le
coma, avec ses différents stades).
Chez les confus, il existe toujours
des troubles de la vigilance, qui se manifestent au moins par une
inversion du cycle nycthéméral : dans la journée la somnolence
diurne donne la présentation classique d’un malade obnubilé, qui
contraste avec une agitation nocturne.
B - TROUBLES COGNITIFS :
Sur le plan cognitif, les troubles les plus frappants sont la
désorientation temporospatiale et les troubles de la mémoire.
La
désorientation temporelle est la règle et concerne d’abord la date
exacte, le jour de la semaine pour ensuite toucher le mois, la saison,
voire l’année.
La désorientation dans l’espace peut être absente dans
les formes débutantes de confusion : lorsqu’elle s’installe, elle touche
d’abord le grand espace (ville, région) puis l’espace immédiat (étage,
chambre).
Il peut s’y associer, quoique plus rarement, un trouble de
la reconnaissance des visages, avec de fausses reconnaissances.
Généralement, il s’agit de l’identification erronée de personnes
étrangères comme de personnes familières.
Ainsi, les médecins et
les infirmières peuvent être pris pour des membres de la famille ou
des connaissances du malade, ou encore pour des personnes d’un
tout autre cadre (ouvriers d’une usine, commerçants...).
La mémoire est atteinte globalement. Les faits récents ne sont que
très partiellement encodés, du fait des troubles de l’attention et du
flou des perceptions.
Les souvenirs ne peuvent donc être exprimés
que de façon fragmentaire.
Même le rappel d’informations
anciennes, appartenant à la mémoire sémantique (mémoire des
connaissances générales) est difficilement obtenu.
La prononciation est maladroite, réalisation d’une « dysarthrie
pâteuse ».
Le langage reflète une pensée laborieuse et lente et est
alors habituellement réduit à des bribes de phrases, souvent
décousues.
Rarement, on peut observer un mutisme stuporeux.
Parfois la pensée est plus vive et le langage est plus riche, rapide,
fortement déclamé mais reste incohérent.
Dans tous les cas la
conversation tourne court, du fait soit de la distractibilité, soit de
l’obnubilation du patient.
L’exploration du langage écrit, quand
elle est possible, peut montrer une alexie et une agraphie.
Les perceptions sont également perturbées et aboutissent à de
mauvaises interprétations, dont des illusions, le plus souvent
visuelles et parfois auditives.
Les hallucinations, c’est-à-dire des
perceptions sans objet, surviennent dans 40 à 75 % des cas.
Elles
sont également plutôt visuelles, et varient en complexité des simples
formes géométriques ou couleurs à des images élaborées, telles que
des animaux ou des gens.
Elles peuvent être plus rarement
auditives, tactiles ou kinesthésiques (par exemple, sensation de
chute).
L’affect dominant est l’anxiété, mais selon certains auteurs la
dépression serait encore plus fréquente, présente dans près de 40 %
des cas.
En fait, l’étiologie joue un rôle important dans ces
modifications de l’affect.
L’anxiété est vive dans le delirium
tremens ; la dépression ou l’euphorie se rencontreraient plus dans
l’encéphalopathie hépatique. Les troubles de l’humeur peuvent
encore consister en irritabilité, agressivité, apathie, perplexité,
suspicion....
Ils sont très labiles chez un même sujet.
C - MANIFESTATIONS COMPORTEMENTALES :
La présentation du malade confus témoigne du trouble global des
fonctions mentales.
Le faciès est hébété, figé, avec une mimique
inadaptée. Le regard est hagard, flou, lointain : « ils ont des yeux et
ils ne voient pas ».
On a l’impression que le malade est absent de
la situation présente.
Le comportement psychomoteur peut
s’inscrire dans deux tableaux, avec parfois des passages
imprévisibles et rapides de l’un à l’autre.
Soit le malade est
apathique, somnolent, répondant péniblement, lentement et
maladroitement aux stimulations.
Il est sans initiative et a besoin
d’une assistance pour les actes les plus élémentaires (manger, se
laver, etc) : c’est la forme stuporeuse.
Soit le malade est en proie à
une agitation stérile, est bruyant et en perpétuel état d’alerte.
C’est
dans cette forme qu’est décrit l’onirisme ou délire onirique, sorte de
rêve éveillé, intensément vécu et agi.
Le malade est incapable de
faire la part entre des images internes et celles de l’environnement.
Il a des hallucinations transitoires, chaotiques, désagréables et
menaçantes.
Visuelles, elles constituent le plus souvent un
enchaînement scénique.
Il peut parfois s’y ajouter des hallucinations
auditives ou tactiles.
Le thème le plus fréquent, professionnel ou
animalier, est en règle terrifiant.
L’adhésion du malade au fait qu’il
vit ce tableau cauchemardesque est complète, de sorte qu’il peut
tenter de s’échapper, se défenestrer ou avoir des gestes de défense
dangereux pour lui ou les autres. Une telle forme clinique de
confusion correspond à l’état confuso-onirique.
D - COURS ÉVOLUTIF :
Une dernière caractéristique de la confusion mentale est son cours
évolutif.
Il s’agit d’un tableau d’installation aiguë, en quelques
heures ou jours, en règle dans la soirée.
L’installation des troubles
se fait dans les heures qui suivent un traumatisme ou une
intervention chirurgicale majeure, alors qu’elle est graduelle dans le
cadre d’une pathologie infectieuse, métabolique ou toxique.
Dans
ce dernier cas, on décrit une phase prodromique, durant laquelle le
patient se plaint d’insomnie, de cauchemars, d’inappétence, de
céphalées ou de troubles de la concentration.
On peut également y
observer des modifications de l’humeur et du caractère.
À la
phase d’état, le tableau reste remarquable par ses fluctuations, avec
une aggravation des troubles le soir.
À certains moments de la
journée, le malade semble sortir brièvement de sa torpeur et se
demander avec anxiété, lors de ces fugaces épisodes de lucidité, ce
qui lui arrive.
C’est la classique perplexité anxieuse.
Bien que l’issue habituelle de la confusion mentale soit la
récupération complète (mis à part une amnésie lacunaire), lorsque
la maladie sous-jacente est grave le malade peut sombrer dans un
coma profond, conduisant au décès.
Sans surprise, les deux
meilleurs indices prédictifs d’une issue fatale sont l’âge avancé et
l’existence de tares multiples.
Dans quelques cas plus rares, la
confusion mentale peut laisser des séquelles irréversibles.
C’est
surtout le cas de l’encéphalopathie de Gayet-Wernicke, qui peut
laisser la place à un syndrome de Korsakoff.
Le SC a donc un coût,
puisqu’il augmente la durée d’hospitalisation, le risque de démence,
de perte d’autonomie et d’entrée dans une institution, ainsi que la
morbidité et la mortalité.
Formes cliniques
:
Dans la forme confuso-onirique (ou d’hyperactivité-hyperalerte de
Lipowski), il existe un débordement de l’activité verbale et non
verbale, ainsi qu’une exacerbation du niveau d’alerte.
Il s’y associe
habituellement un délire onirique très actif, faisant courir le risque
d’accès de défense dangereux.
On y décrit enfin des troubles
végétatifs, en particulier sympathiques (hypersudation, tachycardie),
qui aggravent le pronostic vital en l’absence de prise en charge
médicale.
Le delirium tremens fournit le tableau prototypique de
cette forme.
Dans la forme stuporeuse (ou d’hypoactivité-hypoalerte de
Lipowski), le niveau d’activité et d’alerte est au contraire
sévèrement déprimé.
Le malade est calme, passif, ralenti, très peu
loquace, somnolent.
Parfois il est catatonique, garde les yeux ouverts
mais semble être ailleurs.
Son apparence peut être trompeuse car il
peut présenter des hallucinations et avoir une activité mentale
riche.
C’est la confusion mentale « simple » de certains auteurs.
Ce serait le tableau habituel des encéphalopathies métaboliques
chez le sujet âgé.
La forme mixte associe en alternance irrégulière et imprévisible les
deux formes précédentes.
La fréquence relative de ces trois formes
reste mal précisée.
Les auteurs français isolaient encore une forme
onirique pure, où l’onirisme est au premier plan, avec une activité
hallucinatoire intense et des troubles de la conscience très peu
marqués.
Ey propose de classer ce tableau plutôt parmi les
psychoses délirantes aiguës.
Physiopathologie
:
En 1936, Hart remarquait de façon lapidaire que « nous ne
connaissons rien des mécanismes précis responsables de la confusion mentale ».
Depuis lors, les choses n’ont guère changé
et les hypothèses formulées restent encore assez spéculatives.
Il est
possible que les mécanismes conduisant à la confusion soient divers,
de la même façon que les causes d’une hémiplégie peuvent être
multiples et variées.
On ne s’accorde que sur un point : le SC est
avant tout un trouble fonctionnel.
Cette assertion repose sur deux
constatations.
D’une part, il n’est qu’exceptionnellement secondaire
à une lésion cérébrale ; lorsque le SC mène au décès du malade,
l’examen neuropathologique ne décèle pas d’anomalie spécifique,
même microscopique.
D’autre part, l’habituelle réversibilité des
symptômes milite contre l’existence de lésions cérébrales.
Engel et Romano ont postulé l’existence d’une réduction du
métabolisme cérébral, par extrapolation des confusions induites par
l’hypoglycémie ou l’hypoxie, où existe un défaut d’apport au
cerveau des substrats nécessaires.
En sa faveur, milite l’existence
d’une corrélation, chez le sujet sain, entre niveau de conscience et
consommation cérébrale d’oxygène (CCO).
Ces données sont en
revanche contredites par l’absence de diminution de la CCO dans
les troubles de la conscience induits par certains médicaments.
En outre, il semble que la confusion précède la faillite du
métabolisme cérébral, plutôt qu’elle n’en est la conséquence.
Quand le débit sanguin cérébral (DSC) est réduit, le niveau de
conscience tend à être également abaissé, de même que le
métabolisme cérébral.
Les études du DSC dans la confusion mentale
restent cependant rares et d’un apport ambigu.
En effet, dans la
confusion le DSC peut être abaissé (par exemple dans le SC après
traumatisme crânien, chirurgie cardiaque, intoxication alcoolique ou
médicamenteuse, dans l’encéphalopathie hépatique) ; on observe
alors une diminution du DSC et du métabolisme dans le cortex
antérieur, surtout droit, ou dans l’ensemble du cortex.
D’autres
fois, le DSC est élevé (par exemple dans le delirium tremens ou
l’hyperthermie).
Sur le plan électrophysiologique, l’électroencéphalogramme (EEG)
montre de façon habituelle, quoique inconstante, un ralentissement
diffus de l’activité de fond, sur laquelle peuvent se superposer des
rythmes rapides.
Un tel ralentissement de l’EEG, rappelant celui de
la transition entre veille et sommeil, est trouvé dans la plupart des
confusions d’origine métabolique, toxique ou infectieuse.
Il est
associé à la forme stuporeuse de confusion.
Ce type de tracé, qui a
pu être corrélé à une diminution du DSC, incite à considérer la
confusion comme un état intermédiaire entre la veille et l’état
d’alerte d’une part, et les comas d’autre part, où l’EEG est encore
plus ralenti.
Dans d’autres cas, l’EEG, loin d’être ralenti,
présente plutôt des similitudes avec celui du sommeil paradoxal :
l’activité est dysrythmique, de fréquence élevée, peu voltée.
Un tel
tracé accompagne plutôt un syndrome confuso-onirique.
Murruzi et Magoun ont montré le rôle primordial que tient la
substance réticulée activatrice dans les processus d’éveil.
Des
travaux ultérieurs ont souligné également l’importance de noyaux
du tronc cérébral (tels que le noyau du raphé médian, le locus coeruleus ou le noyau pédoculopontin) et du diencéphale
(particulièrement les noyaux intralaminaire et réticulaire du
thalamus), ainsi que leurs projections corticales.
Toutes ces structures
sont ainsi impliquées dans la genèse et la modulation de l’activité
EEG, ainsi que leurs corrélats comportementaux qui sont la
somnolence, le sommeil, le réveil et la veille.
Ces constatations
anatomiques et physiologiques font suspecter le rôle de telles
structures médianes dans la genèse des SC.
Cette hypothèse est
confirmée en clinique par les troubles majeurs de l’attention
qu’induisent des lésions de la substance réticulée mésencéphalique,
ou des régions médiales du thalamus (par exemple en pathologie
vasculaire ou dans l’encéphalopathie de Gayet-Wernicke).
Au niveau cortical, les régions clés sous-tendant les processus
attentionnels sont le cortex préfrontal, le cortex pariétal postérieur
(surtout droit) et les régions occipitotemporales internes.
Il s’agit de
régions corticales associatives, vers lesquelles convergent des
informations provenant des régions sensorielles primaires, et qui
sont elles-mêmes étroitement connectées au système limbique.
Il
n’est donc pas surprenant d’observer des SC après des lésions
focales corticales touchant ces aires sensibles.
Enfin, certaines
confusions sont probablement dues à un dysfonctionnement conjoint
de ces régions corticales associatives et de la substance réticulée
activatrice.
C’est le cas dans les confusions de la maladie
d’Alzheimer, dans laquelle on observe à la fois des lésions diffuses
des aires corticales associatives et des régions sous-corticales.
C’est
sans doute aussi le cas dans les confusions métaboliques et toxiques,
ainsi que le suggèrent les effets de l’alcool ou des anesthésiques sur
ces régions.
D’autres hypothèses physiopathologiques reposent sur le rôle des
neurotransmetteurs et de leurs interactions.
Des variations absolues
ou relatives de l’acétylcholine (déficit) et de la dopamine (excès)
semblent impliquées dans certains SC.
L’acétylcholine intervient
dans la régulation de l’attention, la mémoire et le sommeil.
Or, sa
synthèse décroît avec l’âge et plusieurs études ont montré une
corrélation entre un taux bas de l’activité anticholinergique sérique
et le SC chez la personne âgée.
De surcroît, les médicaments anticholinergiques sont une source classique de SC.
Le mécanisme
par lequel l’excès de dopamine engendre des SC reste inconnu.
On
a seulement noté que la sismothérapie, qui augmente les taux de
dopamine, provoque un SC, et observé les effets confusiogènes de la
L-dopa en thérapeutique.
L’influence de l’activité sérotoninergique est encore plus ambiguë.
L’augmentation de la sérotonine cérébrale est associée à
l’encéphalopathie hépatique et appartient aussi au syndrome sérotoninergique, au cours duquel la confusion est le symptôme
principal.
Le déficit sérotoninergique est en revanche associé au
delirium tremens, à la confusion postopératoire et à celle des
parkinsoniens traités par L-dopa.
On a également constaté des variations postopératoires des taux de
la mélatonine, hormone impliquée dans le cycle veille-sommeil, chez
des patients confus.
Enfin, d’autres hypothèses physiopathogéniques sont fondées sur les conséquences du stress
dans les situations confusiogènes comme les interventions
chirurgicales, les maladies graves et les traumatismes.
Ainsi,
l’hypercortisolémie, la libération de cytokines ou encore le syndrome
de basse T3, liés au stress, pourraient jouer un rôle dans le SC.
Diagnostic différentiel
:
A - AFFECTIONS NEUROLOGIQUES :
– Une amnésie isolée, telle qu’en réalisent un ictus amnésique ou
un syndrome de Korsakoff, est aisément distinguée d’un SC, parce
que le comportement, les perceptions, les capacités d’attention et le
jugement y sont préservés.
– L’aphasie sensorielle est souvent confondue au premier abord
avec un SC.
L’écoute attentive du malade permet cependant
aisément de reconnaître l’abondance des paraphasies.
La vigilance
est normale et l’examen peut trouver une hémianopsie latérale
homonyme associée.
– La démence, notamment de type Alzheimer, ne peut être
confondue si on adopte strictement les critères diagnostiques du SC.
La vigilance et l’attention focale, au moins dans les formes
débutantes, sont préservées dans la démence.
Les grandes
fluctuations circadiennes du tableau, la perplexité anxieuse en sont
absentes.
En outre, un interrogatoire soigneux permet
habituellement de reconnaître l’installation lente des troubles, sur
des mois, dans la démence de type Alzheimer.
Le diagnostic
différentiel se complique avec la maladie à corps de Lewy diffus,
dont un des critères diagnostiques est l’existence de « fluctuations ».
Celles-ci transparaissent lors d’évaluations cognitives, mais elles
sont liées à de sévères troubles attentionnels pouvant aller jusqu’à
la somnolence diurne ou à des accès de confusion lors de moments
de veille calme.
Pour mieux cerner ce trouble, Ferman et al ont
mis au point un questionnaire de fluctuation, destiné à l’entourage.
Quatre symptômes se révèlent significativement plus fréquents dans
la démence à corps de Lewy que dans la maladie d’Alzheimer et
sont quasiment absents chez le sujet âgé normal : des accès de somnolence ou de léthargie ; une propension anormale à dormir
dans la journée (plus de 2 heures de sommeil diurne avant 19 h) ;
des moments durant lesquels le patient regarde de façon fixe dans
le vide ; un discours par moment désorganisé.
La fluctuation se
révèle donc être un trouble qui correspond clairement à l’irruption
d’états confusionnels transitoires au sein d’un syndrome démentiel.
Dans un tel cas de figure c’est essentiellement la survenue répétée et
sur une longue période (plus de 6 mois) des accès confusionnels qui
permet avec la meilleure sûreté de les rattacher à une démence.
B - AFFECTIONS PSYCHIATRIQUES :
– La bouffée délirante aiguë survient chez un adolescent.
L’automatisme mental et la dépersonnalisation, qui en sont deux
éléments sémiologiques majeurs, sont absents ou au second plan
dans le SC.
– La manie peut bien simuler un SC agité, d’autant plus qu’il existe
des formes confusionnelles de manie.
On a même pu y décrire des
troubles cognitifs diffus et des hallucinations visuelles, ce qui peut
rendre le diagnostic différentiel très difficile.
– La mélancolie, stuporeuse ou agitée, est plus facile à distinguer
d’une confusion grâce à la présence d’une douleur morale.
– La schizophrénie, même dans sa forme catatonique, est un
diagnostic différentiel assez formel de la confusion.
Certes, il peut
exister dans les deux tableaux des hallucinations, un délire et des
troubles de la pensée, mais ils sont nettement moins bien organisés,
plus fragmentaires et fluctuants dans la confusion que dans la
schizophrénie.
En outre, dans la schizophrénie les hallucinations
sont plutôt auditives que visuelles, la pensée est bizarre et les
fonctions cognitives (en particulier la mémoire et l’orientation temporospatiale) sont moins globalement perturbées.
Étiologies
:
A - SYNDROMES CONFUSIONNELS MÉTABOLIQUES
ET ENDOCRINIENS :
1- Troubles métaboliques
:
Ils sont parmi les plus grands pourvoyeurs de SC.
Il peut s’agir de
trouble de l’apport des substrats énergétiques du cerveau (oxygène,
glucose) ou de troubles électrolytiques et de l’équilibre acidobasique.
Ces derniers témoignent souvent d’un
dysfonctionnement viscéral ou endocrinien sous-jacent.
2- Encéphalopathie hépatique :
Elle peut aller de la confusion au coma, et traduit un
dysfonctionnement hépatique grave.
On peut distinguer trois grands
tableaux : l’encéphalopathie portocave, qui peut donner des SC
transitoires, par exemple lors d’un apport alimentaire élevé de
protéines ou une infection ; la décompensation d’une cirrhose
hépatique ; l’insuffisance hépatique grave, soit d’origine virale, soit
toxique (par exemple due à l’alcool ou des médicaments tels que
l’halothane, l’alphaméthyldopa, etc).
Il s’agit d’un tableau
confusionnel calme, dont le diagnostic étiologique est aidé par deux
signes évocateurs, que sont le foetor hepaticus et l’astérixis (ou
flapping tremor).
Sa pathogénie reste discutée : le rôle de
l’hyperammoniémie, de faux neurotransmetteurs, de
benzodiazépines endogènes ou d’acides gras à courte chaîne a été
évoqué.
3- Insuffisance rénale :
Elle peut donner lieu à des SC protéiformes, le plus souvent de type
confuso-onirique. Les perturbations biologiques, dont
l’hyperazotémie, orientent rapidement le diagnostic.
La pathogénie
exacte de la confusion reste méconnue : rôle de l’urée, de faux
neurotransmetteurs de neurotoxines ?
L’encéphalopathie des
dialysés est à classer parmi les confusions d’origine toxique, car
probablement liée à la teneur en aluminium du dialysat.
4- Insuffisance respiratoire :
Elle peut donner un SC par le biais de l’hypercapnie et de l’hypoxie.
Les causes en sont variées : l’une des plus classiques est la
décompensation d’une bronchopneumopathie lors d’une infection
bronchopulmonaire, d’une prise de sédatifs ou d’une oxygénothérapie
intempestive.
5- Endocrinopathies :
Certaines endocrinopathies peuvent induire un SC par le biais de
troubles métaboliques.
C’est le cas de l’hypoparathyroïdie (à
l’origine d’une hypocalcémie), de l’hyperparathyroïdie (à l’origine
d’une hypercalcémie), de l’insuffisance surrénalienne, du
panhypopituitarisme (où se conjuguent les effets de l’hypoglycémie,
de l’hyponatrémie, de l’hypotension, voire de l’hypothermie).
Dans
l’hyperthyroïdie, il semble qu’un syndrome démentiel, marqué par
un important ralentissement, soit plus fréquent qu’une confusion ;
celle-ci serait plutôt le fait des brutaux changements de la fonction
thyroïdienne, comme en réalisent par exemple les thyroïdectomies.
Le mécanisme est sans doute complexe et fait intervenir entre autres
le ralentissement du métabolisme de base.
Un SC n’émaillerait une
hyperthyroïdie que dans 3 à 4% des cas, et était plus commun
lorsque les thyréotoxicoses étaient fréquentes.
Le tableau n’est pas
forcément agité : ainsi, la confusion stuporeuse est la plus commune
chez le sujet âgé.
À part se situe le SC lors d’une encéphalopathie dite de Hashimoto.
Celle-ci peut précéder, accompagner ou suivre une thyroïdite de Hashimoto et n’est pas liée aux taux des hormones thyroïdiennes.
Il
s’agit plus vraisemblablement de troubles neurologiques centraux
en rapport avec une angéite auto-immune du système nerveux
central, dont une caractéristique est sa grande corticosensibilité.
Dans la maladie de Cushing et les syndromes apparentés, les
troubles cognitifs sont quasiment constants, mais la confusion est
peu commune : elle est directement due aux corticostéroïdes.
B - SYNDROMES CONFUSIONNELS D’ORIGINE TOXIQUE
:
Selon les circonstances, les intoxications peuvent être aiguës ou
chroniques, médicamenteuses, professionnelles ou domestiques.
La
liste des toxiques responsables ne saurait être complète et est en
perpétuelle réactualisation.
1- Médicaments :
Il s’agit le plus souvent d’un surdosage mais une hypersensibilité idiosyncratique peut être incriminée.
Avec les tranquillisants, le SC
peut aussi résulter d’un phénomène de sevrage.
Chez un épileptique, les médicaments usuellement en cause sont les
benzodiazépines, la phénytoïne, le phénobarbital, le topiramate, ou,
plus rarement, le valproate de sodium.
Chez le parkinsonien, il peut
s’agir d’un surdosage en L-dopa, en agonistes dopaminergiques ou
en trihexyphénidyle.
Parmi les autres médicaments pourvoyeurs du SC figurent les antidépresseurs (tricycliques et inhibiteurs de la
monoamine oxydase [IMAO]), le lithium, plus rarement les
neuroleptiques (en partie par leur effet anticholinergique) ou les
anti-inflammatoires stéroïdiens et non stéroïdiens, les opioïdes,
certaines antibiotiques (pénicillines, céphalosporines, aminosides),
les antiarythmiques (digitaliques, amiodarone, flécaïnide, etc), les
bêtabloquants, les antihypertenseurs centraux (clonidine,
alphaméthyldopa), certains antispasmodiques ou les
antihistaminiques.
2- Toxiques industriels
:
Certains métaux ne sont responsables de SC que du fait de leur
usage médicamenteux (lithium, bismuth), mais la plupart sont
délétères du fait de leur usage industriel (arsenic, plomb,
manganèse, nickel, thallium, zinc).
En pathologie professionnelle, les
autres molécules classiquement impliquées dans des confusions
mentales sont les hydrocarbures aromatiques (benzène, toluène...),
les hydrocarbures aliphatiques halogénés (tétrachlorure de carbone,
chlorure de méthyl, trichloréthylène), le disulfure de carbone, etc.
3- Toxiques domestiques :
Citons le monoxyde de carbone, certains aliments (champignons
vénéneux, seigle parasité par l’ergot...), les hallucinogènes.
4- Alcool
:
Il mérite une place à part.
Une absorption massive d’alcool peut
engendrer plusieurs tableaux cliniques :
– lors de l’ivresse aiguë « simple » les troubles de la conscience et
l’incoordination dominent la scène ;
– dans la forme excitomotrice, l’état confusionnel s’associe à une
angoisse et une fureur aveugle ;
– dans la forme hallucinatoire, le sujet présente des hallucinations
visuelles et auditives et un délire onirique.
Cependant, c’est dans l’éthylisme chronique que l’alcool est le plus
souvent responsable de SC, par le biais d’un phénomène de sevrage.
Le tableau réalise le delirium tremens, qui se singularise par
l’angoisse, l’agitation, les tremblements, l’onirisme, la fièvre et des
troubles végétatifs majeurs (sueurs profuses, déshydratation).
Enfin,
l’alcool est le principal pourvoyeur d’états confusionnels d’origine
carentielle.
C - SYNDROMES CONFUSIONNELS D’ORIGINE
CARENTIELLE
:
Dans nos pays, ils ne se rencontrent pratiquement que chez
l’alcoolique chronique.
Dans l’encéphalopathie de Gayet-Wernicke,
due à une carence en vitamine B1, et précipitée par l’apport
intempestif de sérum glucosé, il existe en général une hypertonie
extrapyramidale et des troubles oculomoteurs fluctuants et de nature
très variable.
L’encéphalopathie pellagreuse, due à une carence en
vitamine PP, s’accompagne rarement de la classique mélanodermie
avec diarrhées.
Il faut donc y penser systématiquement.
Les carences
en vitamine B, et B12, peuvent, exceptionnellement, donner un SC.
D - ÉTATS DE MAL ÉPILEPTIQUES
À EXPRESSION CONFUSIONNELLE
:
Sous le terme d’« absence » (Petit Mal status), Lennox a décrit un
état confusionnel stuporeux associé à une activité EEG de pointesondes
bilatérales, symétriques et synchrones à 3 c/s.
Rare, il survient
habituellement dans le cours d’une épilepsie généralisée primaire
antérieurement connue.
Des SC d’origine épileptique peuvent
également être observés dans des états de mal partiel :
– c’est le cas de l’« état de mal partiel complexe », également
dénommé « état de mal psychomoteur » ou « état de mal limbique »,
où le foyer est temporal ou frontotemporal, uni- ou bilatéral ;
– c’est aussi le cas de l’état de mal avec foyer frontal polaire, uniou
bilatéral.
Ce dernier réalise un état d’obnubilation calme, parfois
euphorique, qui a suscité l’appellation de pseudo-état d’absence
(Petit Mal status like).
Au contraire, l’état de mal partiel complexe
peut être agité et en imposer pour un état maniaque ou délirant.
La
clinique est généralement insuffisante pour porter un diagnostic
étiologique de certitude et l’apport de l’EEG est essentiel, surtout
quand le tableau est inaugural de l’épilepsie.
E - SYNDROMES CONFUSIONNELS
D’ORIGINE VASCULAIRE
:
Rarement, un accident vasculaire peut avoir pour principale
expression un SC.
Ainsi, les hématomes sous-duraux chroniques, les
hémorragies méningées, les thrombophlébites cérébrales ou certains
accidents ischémiques peuvent adopter un masque confusionnel très
trompeur.
Dans ce dernier cas, le territoire infarci est toujours
hémisphérique droit, soit thalamique, soit sylvien, soit cérébral
postérieur.
La confusion de l’encéphalopathie hypertensive est
aisée à rattacher à sa cause.
La migraine, particulièrement chez
l’enfant et l’adolescent, peut avoir une traduction confusionnelle,
habituellement de plusieurs heures.
F - SYNDROMES CONFUSIONNELS
D’ORIGINE INFECTIEUSE
:
Le SC résulte soit de la fièvre, soit de l’action directe de l’agent
pathogène sur le cerveau.
Des exemples classiques de SC infectieux
sont le tuphos de la fièvre typhoïde, la confusion de l’accès palustre,
ou celle pouvant émailler une brucellose, l’encéphalopathie liée au
virus de l’immunodéficience humaine (VIH).
Parmi les infections à
tropisme cérébroméningé figurent encore les oreillons, la grippe, la
rougeole ou la mononucléose.
Mais le SC est encore plus souvent
dû à la fièvre engendrée par une infection à distance (une infection
urinaire, par exemple), particulièrement chez le sujet âgé.
G - SYNDROMES CONFUSIONNELS
DE LA PERSONNE ÂGÉE :
Plusieurs études ont mis en évidence chez la personne âgée, des
facteurs prédisposant à la survenue du SC : l’âge avancé, un MMS
inférieur à 24, la démence, une tension artérielle systolique élevée,
la perte d’autonomie dans les activités quotidiennes, les déficits
sensoriels.
Les étiologies sont les mêmes que chez l’adulte plus
jeune, mais souvent intriquées (organiques et médicamenteuses) et
associées à des facteurs psychosociaux précipitants (isolement social,
stress psychologique, changement brutal d’environnement,
hospitalisation ou entrée en institution).
Enfin, une cause de SC
propre à la personne âgée est représentée par la rétention d’urines
et le fécalome.
H - SYNDROMES CONFUSIONNELS EN CANCÉROLOGIE
:
Environ 25 à 40 % des patients cancéreux ont fait un épisode
confusionnel, ce chiffre atteint 85 % quand ils sont au stade terminal.
Aux causes spécifiques du SC chez les patients cancéreux
(encéphalite limbique paranéoplasique, tumeurs cérébrales
primitives ou secondaires, coagulation intravasculaire disséminée
[CIVD]), s’associent les causes précédemment citées :
médicamenteuses (opioïdes, corticoïdes), l’hypercalcémie,
l’insuffisance hépatique, les infections...
Conduite à tenir
devant un syndrome confusionnel
:
Une fois le diagnostic de SC posé, le problème urgent réside dans le
diagnostic étiologique, qui guide la conduite thérapeutique.
L’enquête étiologique ne doit cependant pas retarder les premiers
soins qu’exige le SC.
L’hospitalisation est nécessaire pour établir la
surveillance et mettre en route la thérapeutique : isoler le malade,
corriger les troubles hydroélectrolytiques, contrôler une éventuelle
agitation.
Les étiologies les plus fréquentes étant métaboliques ou
toxiques, c’est souligner l’importance de l’interrogatoire, pour
préciser les pathologies préexistantes, les traitements suivis, la prise
de produits toxiques, le mode et les circonstances d’installation.
L’examen clinique aide à trouver l’étiologie et évaluer le
retentissement du SC sur l’état général.
L’examen général cherche la fièvre, évalue l’état d’hydratation
cellulaire (soif, sécheresse de la langue, tension des globes oculaires)
et extracellulaire (tension artérielle, diurèse, pli cutané).
Les troubles ventilatoires, l’haleine du malade (odeur de pomme de reinette de
l’acidocétose, foetor hepaticus de l’encéphalopathie hépatique)
peuvent orienter vers une affection précise.
L’examen neurologique
cherche des signes focaux, en principe absents, une raideur
méningée, des troubles oculomoteurs, des trémulations, un astérixis.
A - EXAMENS DE PREMIÈRE INTENTION
:
À réaliser dès l’arrivée du malade, ce sont la glycémie, la natrémie
et l’osmolarité (indices de l’hydratation cellulaire), la protidémie et
l’hématocrite (témoins de la fonction rénale), la calcémie et le bilan
hépatique (à la recherche d’une insuffisance hépatique).
En fonction
du contexte, on peut y ajouter une gazométrie artérielle (dès
qu’existent des troubles ventilatoires), des dosages de médicaments
ou de toxiques dans le sang et les urines, des hémocultures, une
uroculture, un électrocardiogramme (ECG) ou un EEG.
B - EXAMENS DE DEUXIÈME INTENTION
:
Parmi ceux-ci figurent le scanner cérébral, voire l’IRM cérébrale, et
la ponction lombaire, qui s’impose d’urgence s’il y a un syndrome
méningé, mais qui peut aussi être pratiquée en l’absence de point
d’appel, à la recherche d’une méningite, ou surtout d’une
hémorragie méningée.
C’est en deuxième intention qu’entrent les
dosages vitaminiques (B12, folates) ou hormonaux (thyroïdiens,
parathyroïdiens, etc).
Le traitement est avant tout étiologique. Il ne dispense cependant
pas d’un traitement symptomatique.
Celui-ci comporte l’isolement
du patient au calme, dans un local de préférence éclairé.
Il faut éviter
les changements de repères spatiaux répétés (qui accroissent la
confusion) et une contention trop serrée (qui peut contribuer à
aggraver les troubles végétatifs).
La correction des troubles hydroélectrolytiques et un apport calorique se font de préférence
per os, sinon par voie parentérale.
Dans un delirium tremens, les
besoins en liquides peuvent être de 3 à 6 L/j.
Chez l’alcoolique, il
faut ajouter de façon systématique une vitaminothérapie
parentérale : vitamines B1, 500 à 1 000 mg en intramusculaire (IM)
ou en perfusion, vitamines B6, B12, PP, folates.
En cas d’agitation, un
traitement sédatif s’impose, en majorant les doses du soir et en
privilégiant une monothérapie. Par exemple diazépam, 4 à 6 fois
10 mg/j per os ou en IM, ou méprobamate 4 fois 400 mg per os ou
en IM.
Lorsque l’agitation ou les hallucinations sont majeures, les
neuroleptiques sont indispensables : par exemple loxapine, une
ampoule en IM contre l’agitation, ou halopéridol, 4 fois une ampoule
par jour en IM, plutôt contre les hallucinations.