Principaux aspects techniques et pratiques de la SPECT cérébrale. Résultats et indications
Cours de Neurologie
Introduction
:
Le sigle anglo-saxon SPECT, ou SPET, s’est imposé, même dans les
pays francophones, pour désigner la tomoscintigraphie, c’est-à-dire
la technique d’imagerie fonctionnelle en trois dimensions (3D) basée
sur l’utilisation de radiotraceurs émetteurs de rayons gamma.
Avec la tomographie par émission de positon (TEP), la SPECT constitue
le groupe des techniques de médecine nucléaire qui permet
d’explorer les aspects circulatoires et métaboliques du
fonctionnement des organes et, par là même, se distinguent
fondamentalement des techniques d’imagerie morphologique 3D,
comme la tomodensitométrie (TDM) et l’imagerie par résonance
magnétique (IRM).
Ces techniques de médecine nucléaire se
distinguent aussi de l’IRM fonctionnelle (IRMf) dans la mesure où,
reposant sur des phénomènes physiques différents, elles accèdent à
des paramètres fonctionnels différents.
En fait, ces diverses
techniques 3D explorent chacune un aspect particulier d’une même
réalité, la structure anatomofonctionnelle du cerveau, et doivent être considérées comme complémentaires les unes des autres.
En raison
des caractéristiques physiques des traceurs qu’elle utilise, la SPECT
a des performances inférieures à celles de la TEP, en ce qui concerne
aussi bien la sensibilité et la résolution spatiale des images que la
diversité et l’intérêt des molécules traçantes qu’elle met à la
disposition des investigateurs.
La TEP a donc été préférée à la SPECT comme outil de recherche dans ce secteur de l’imagerie.
De plus, lorsqu’on l’applique au cerveau, la SPECT pose des
problèmes techniques particuliers qui appellent, au plan des
appareils, des solutions spécifiques.
Or, du fait de son coût, la mise
au point de ces solutions dépendait de l’existence d’indications
médicales assurant la rentabilité des recherches méthodologiques et
de l’exploitation des appareils, alors que la mise en évidence de ces
indications dépendait de l’existence de tomographes adéquats.
Ce
cercle vicieux, qui a longtemps pesé sur la reconnaissance de cette
technique, a été résolu en grande partie par la solution de
compromis qu’ont représenté, à partir du début des années 1990, les
caméras « trois têtes ».
Les premières perspectives d’applications pratiques de la SPECT
s’étaient pourtant dessinées, quelques années plus tôt, avec
l’apparition des marqueurs lipophiliques de débit sanguin cérébral,
dont le chef de file a été l’hexaméthyl-propylène-amine-oxime
(HMPAO) marqué au technétium (99mTc).
Cette molécule a été appliquée à l’étude de toutes les affections cérébrales, avec des
résultats le plus souvent superposables à ceux fournis par la TEP.
D’un coût moins élevé que cette dernière, la SPECT est alors
devenue plus accessible en pratique courante.
En conséquence, ses
indications, dont la plupart sont aussi celles de la TEP mais dont
certaines sont spécifiques, notamment en matière d’épilepsie, se sont
peu à peu élargies.
Actuellement, une des caractéristiques de la SPECT est sa grande
diversité technique, qu’il s’agisse des appareils et des radiotraceurs.
Une présentation de ces aspects techniques est donc nécessaire à
une bonne compréhension des indications de la méthode ; elle fait
l’objet de la première partie de cet exposé.
La deuxième partie est
consacrée aux résultats et indications cliniques.
Ceux-ci se situent,
pour l’essentiel, dans quatre secteurs de la pathologie cérébrale : les
maladies cérébrovasculaires, les épilepsies partielles, les affections
neurodégénératives et les tumeurs.
Un chapitre est consacré à
chacune de ces affections. Les résultats obtenus dans les autres
affections neurologiques sont résumés dans un dernier chapitre.
Aspects techniques de la SPECT
cérébrale
:
La SPECT est la plus ancienne des techniques d’imagerie cérébrale
3D, puisque la description de son principe et ses premières
réalisations pratiques, dues à David Kuhl, remontent aux années
1960.
Elle a donc précédé d’environ 10 ans le développement
de la TDM cérébrale et de la TEP.
Mais ses applications pratiques
n’ont pris une véritable ampleur qu’à partir de 1985, avec le premier
traceur lipophilique de débit sanguin cérébral, HMPAO marqué au
99mTc.
Cette maturation particulièrement lente est due aux difficultés
méthodologiques et économiques rencontrées pour adapter l’une à
l’autre les deux « composantes » fondamentales de la SPECT que
sont les appareils de tomographie et les radiopharmaceutiques
marquées par des isotopes émetteurs de photons gamma.
Ces
photons ont, en effet, deux inconvénients importants par rapport
aux photons émis par l’annihilation des positons dans la technique
TEP.
D’une part, ils ont une énergie d’émission relativement faible
et sont donc facilement absorbés par les tissus vivants (et même par
l’air) avant d’atteindre les détecteurs.
D’autre part, ils sont émis dans
toutes les directions de l’espace et la localisation de leur origine
nécessite l’utilisation de collimateurs qui sont responsables d’une
absorption supplémentaire de photons.
La faiblesse des rendements
de comptage, eu égard aux doses administrées, est donc le principal
défaut de la SPECT.
Ceci est particulièrement vrai pour le traceur de
référence du débit sanguin cérébral, le xénon 133 (133Xe), qui ne peut
être utilisé qu’avec des tomographes spécialement conçus à cet effet.
Une autre difficulté provient de la complexité que les appareils SPECT partagent avec les autres tomographes.
Très
schématiquement, on peut leur reconnaître deux parties relativement
distinctes : le tomographe proprement dit, c’est-à-dire la partie
véritablement spécifique de l’appareil permettant la détection et le
comptage de radioactivité, puis la reconstruction d’images 3D, et le
système de visualisation et de traitement des données, qui peut être
identique à ceux que l’on utilise avec d’autres techniques d’imagerie,
et joue souvent un rôle décisif dans l’utilisation pratique de ces
différentes méthodes.
De nombreux progrès techniques ont été accomplis dans ces
différents domaines au cours des vingt dernières années.
Le plus
notable d’entre eux, pour une large utilisation de la technique, a été,
après l’apparition déjà citée de l’HMPAO, la mise sur le marché, en
1988, du premier tomographe « trois têtes », le Triad de Trionix.
Si l’on excepte quelques aspects bien particuliers, comme celui des
détecteurs hybrides SPECT-TEP, les modalités techniques des
appareils SPECT sont donc aujourd’hui bien stabilisées.
Mais elles
sont encore peu répandues et les performances actuelles de cette
technique sont variables d’un centre à l’autre.
On peut, en outre,
prévoir un développement important des radiotraceurs dans un
avenir relativement proche.
Pour bien comprendre l’intérêt clinique
de la SPECT, il est donc utile d’avoir une vision d’ensemble de ces
différents aspects techniques.
Nous décrirons donc succinctement les
principaux types de tomographes monophotoniques, en nous
intéressant surtout à leurs avantages et à leurs inconvénients
pratiques respectifs.
Nous envisagerons ensuite les différents radiotraceurs disponibles en insistant sur leurs propriétés
particulières.
Nous terminerons cette partie méthodologique par les
systèmes de visualisation et de traitement des images.
A - TOMOGRAPHES :
Pendant plusieurs années, les appareils de tomoscintigraphie
cérébrale ont été diversifiés dans leur conception, leurs
caractéristiques physiques et, finalement, dans leurs performances
cliniques.
En raison du faible rendement de comptage des photons
gamma évoqués ci-dessus, ces performances dépendent pour
l’essentiel de la distance qui sépare le cerveau, rendu émetteur de
photons gamma par le marquage des radiotraceurs, et les détecteurs.
Ces derniers conditionnent, en outre, l’architecture des appareils SPECT.
Bien que d’autres cristaux, de germanium notamment, aient
été expérimentés, le choix des constructeurs s’est constamment porté
sur des cristaux d’iodure de sodium.
Ces derniers peuvent avoir des
tailles et des formes variables, ce qui permet la réalisation
d’appareils d’architectures différentes.
On distingue schématiquement
deux types de tomographe monophotonique, les
« appareils dédiés cerveau » et les « gammacaméras tournantes ».
Mais la SPECT n’est devenue une technique de routine qu’avec les
caméras « trois têtes ».
1- Tomographes dédiés cerveau
:
Bien que la plupart d’entre eux aient été des appareils de recherche
méthodologique et que leurs applications aient parfois été limitées,
ce sont eux qui ont permis d’établir la « faisabilité » clinique de la SPECT.
Leur caractéristique majeure est de rapprocher les détecteurs
de l’extrémité céphalique des sujets examinés.
Pour cela, ils utilisent
des cristaux d’iodure de sodium, généralement multiples, agencés
de manière à envelopper le plus complètement possible la tête des
sujets et à tourner autour de celle-ci.
Leur principal défaut est de ne pas permettre l’exploration du corps
entier, et de ce fait de n’être rentable ni pour les centres de médecine
nucléaire, qui ont rarement un recrutement suffisant de patients
« cérébraux », ni pour les industriels.
Trois « familles » d’appareils
méritent cependant d’être citées.
Les Tomomatics (Medimatic Inc, Copenhague) ont été les premiers
tomographes monophotoniques à permettre des applications
cliniques diversifiées en recherche et en pratique.
Conçus pour
l’utilisation du 133Xe, ils comportaient quatre plans de
détecteurs disposés en carré autour de la tête du patient.
Ils ont
ensuite pu être équipés de collimateurs adaptés à l’utilisation des
traceurs technéciés et iodés, et ont comporté plusieurs versions
différant par le nombre de coupes (de une à cinq) qu’ils permettaient
d’enregistrer simultanément.
Leurs performances en matière de
résolution spatiale, et surtout de sensibilité, restent parmi les
meilleures à n’avoir jamais été atteintes.
Leurs équivalents japonais, les Headtomes (Schimadzu), avaient des
performances à peu près équivalentes.
Mais ils ont eu une diffusion
moins large et ont donné lieu à moins d’études cliniques.
Le dernier type de tomographe monophotonique dédié cerveau à
avoir été commercialisé a été celui des appareils dont le détecteur
est un cristal de forme circulaire entourant la tête du patient.
Cette disposition permet d’optimiser le rendement de comptage.
Après leur commercialisation, ils ont donc eu tendance à remplacer
les appareils de type Tomomatic.
Mais, outre le fait qu’ils n’ont
jamais fourni la preuve de leur aptitude à l’utilisation du 133Xe, ils
se sont heurtés à la même difficulté que les appareils précédents, à
savoir une absence de marchés rentables.
Lorsque ces divers appareils continuent à être maintenus, et s’ils
bénéficient des progrès accomplis en matière de visualisation et de
traitement des images, ils donnent d’excellents résultats.
2- Gammacaméras tournantes
:
La gammacaméra d’Anger a constitué une étape majeure dans le
développement de l’imagerie nucléaire.
Construite à partir d’un
cristal d’iodure de sodium unique, de grande surface et pourvu d’un
nombre élevé de photomultiplicateurs, elle a permis d’obtenir de
bonnes images planes de la fixation de radiotraceur au niveau de
tous les organes.
Lorsqu’il a été possible de faire tourner cette
caméra autour d’un corps humain, elle a été utilisée pour obtenir
des images tridimensionnelles de cette fixation.
Les premiers
appareils ne comportaient qu’une caméra dont la rotation se faisait
à une distance de l’axe du corps pour pouvoir obtenir des images
des reins, du foie et du coeur.
Ils n’étaient donc pas adaptés à
l’obtention de bonnes images de la tête.
Ils étaient inutilisables avec
le 133Xe.
En revanche, en prolongeant les temps d’enregistrement
jusqu’à 40 ou 50 minutes, ils ont fourni des images acceptables du
cerveau avec les marqueurs de perfusion technéciés.
Quelques travaux cliniques ont pu être réalisés avec ces machines,
mais, dans l’ensemble, elles ont plutôt contribué à donner une
opinion défavorable de la SPECT.
Des améliorations progressives ont été apportées à ces appareils en
augmentant le nombre de caméras et en optimisant les collimateurs.
Depuis le début des années 1990, la plupart des constructeurs ont
mis sur le marché des systèmes réalisant un bon compromis entre
les gammacaméras standards et les appareils dédiés cerveau.
Il s’agit
de systèmes équipés de trois têtes de caméra, mobiles les unes par
rapport aux autres et pouvant être disposées selon deux
configurations : l’une dans laquelle les caméras sont éloignées les
unes des autres et laissent entre elles un espace suffisant pour loger
le corps entier, et l’autre dans laquelle les caméras sont rapprochées
le plus possible du cerveau. Dans cette dernière configuration,
ces machines ont un rendement de comptage presque aussi bon que
celui des systèmes dédiés cerveau.
Comme avec ces derniers, il est
possible de faire des acquisitions qui sont, soit rapides (20 à
30 minutes) et donc plus confortables pour les patients, mais de
qualité moyenne, soit plus longues (lorsque la coopération du
patient le permet) pour détecter de très faibles activités ou pour
avoir une meilleure résolution spatiale des images.
Cette résolution
reste habituellement supérieure au centimètre, mais elle peut
descendre à 8 mm avec certains appareils et des traceurs spécifiques.
Aucun de ces systèmes ne permet cependant une utilisation
routinière du 133Xe.
B - RADIOTRACEURS :
Les radiopharmaceutiques utilisables en SPECT cérébrale sont
aujourd’hui relativement nombreuses et diversifiées.
Cette diversité
est avant tout celle des molécules qui ont été adaptées à l’exploration
d’un système biologique particulier.
Mais elle inclut aussi, bien qu’à
un moindre degré, celle des isotopes radioactifs qui marquent ces
molécules.
Ces radio-isotopes sont essentiellement au nombre de
deux.
Le plus utilisé, tout au moins pour l’étude de la perfusion
cérébrale, est le 99mTc.
Peu coûteux, disponible dans tout service de
médecine nucléaire où il est obtenu par élution à partir d’un
générateur au molybdène (99Mo), ayant une énergie d’émission de
140 keV et une demi-vie de l’ordre de 6 heures, cet élément artificiel
est facile à utiliser et n’entraîne qu’une faible irradiation.
Par
exemple, l’équivalent de dose-corps entier résultant de l’injection de
20 mCi d’HMPAO marqué au 99mTc est de 0,7 rem, ce qui
correspond à l’irradiation due à une scintigraphie osseuse et à
1,5 fois celle reçue à l’occasion d’un examen tomodensitométrique
de l’abdomen et du pelvis. Le principal inconvénient du 99mTc
provient de sa structure stéréochimique qui limite les possibilités de
le fixer sur certaines molécules.
Le 123I, qui a des caractéristiques
physiques assez proches de celles du 99mTc (énergie d’émission à
159 keV et demi-vie d’environ 13 heures), se prête mieux que ce
dernier à des marquages biologiques, mais il est plus coûteux et
nécessite une protection particulière de la thyroïde.
La différence
entre les énergies d’émission du 99mTc et du 123I offre la possibilité,
peu exploitée jusqu’à présent, de techniques de doubles traceurs
simultanés, qui n’existe pas avec la TEP.
Deux autres radio-isotopes, le 133Xe et le thallium (201Tl), ont joué
un rôle historique important dans le développement de certaines
techniques spécifiques. Ils ne permettent pas le marquage de molécules biologiques, mais le 201Tl peut se prêter à des
techniques de double traceur.
Leurs caractéristiques physiques
seront exposées plus loin.
Du point de vue de l’utilisateur, on peut distinguer trois catégories
de radiotraceurs : les marqueurs de perfusion cérébrale, auxquels il
faut ajouter les traceurs de volume sanguin cérébral ; les marqueurs
du métabolisme énergétique cérébral, auxquels peuvent se rattacher
les marqueurs de tumeurs cérébrales ; et les radioligands permettant
d’étudier divers récepteurs cérébraux.
Les premiers sont aujourd’hui
entrés dans la pratique courante, ils feront l’objet d’une description
précise de leurs possibilités respectives. Les seconds ont une place
plus limitée et n’ont pas encore fait l’objet d’une évaluation clinique
systématique.
Les troisièmes ne sont encore, pour la plupart d’entre
eux, que des outils de recherche ; ils seront simplement cités avec
une mention de leurs domaines d’application potentielle respectifs.
1- Marqueurs de perfusion cérébrale :
Actuellement, ils sont de loin les plus utilisés.
Ils comprennent trois
groupes distincts de molécules, les traceurs diffusibles qui
permettent la mesure du débit sanguin cérébral, les traceurs dits
« lipophiliques » qui fournissent plutôt un index de perfusion
relative, et les traceurs permettant la mesure du volume sanguin
cérébral.
* Traceurs diffusibles
:
Ils se résument en fait au 133Xe.
Déjà bien connu pour avoir été
largement utilisé, pendant plus de 10 ans, pour la mesure du débit
sanguin cérébral locorégional avec des techniques de cartographie
superficielle, ce gaz inerte a été le premier radiotraceur à permettre
une application clinique de la SPECT cérébrale.
Le passage de son
exploitation bidimensionnelle à une exploitation tridimensionnelle
a nécessité la construction d’un tomographe spécialement adapté à
cet objectif.
Les résultats obtenus avec ce nouvel appareil
ont été faciles à valider par rapport à ceux d’une technique déjà
éprouvée.
Administré par inhalation ou par injection intraveineuse,
le 133Xe reste le seul traceur à permettre le calcul du débit sanguin
cérébral, sans prélèvement artériel et sans modèle mathématique
compliqué.
Ce calcul est habituellement effectué dans des voxels de
3 à 4 cm3, ce qui permet de découper l’encéphale en 300 à 400 zones
qui peuvent ensuite être regroupées en régions d’intérêt plus
grandes et moins nombreuses.
En raison de la rapidité de son
élimination par voie respiratoire, il reste également le seul à
permettre la répétition des mesures à intervalle rapprochés : le temps
d’acquisition des images nécessaires à un calcul de débit est de
4 minutes et l’examen peut être répété au bout de 30 minutes.
Le
nombre d’examens par séance est cependant limité à trois ou quatre,
pour éviter une irradiation excessive des voies respiratoires.
Son
principal inconvénient, dû à la faiblesse de son énergie d’émission
(81 keV) et à la rapidité de son élimination pulmonaire, réside dans
les faibles taux de comptage qu’il permet d’obtenir : il ne peut pas
être utilisé avec les gammacaméras tournantes.
* Marqueurs de perfusion stables dits « lipophiliques »
:
Ce sont eux qui ont assuré le succès clinique de la SPECT cérébrale
et c’est sur eux que reposent actuellement les principales
applications pratiques de cette technique.
Ces marqueurs sont des
molécules lipophiliques instables qui franchissent librement la
barrière hématoencéphalique, se distribuent dans le tissu cérébral
en fonction de la perfusion sanguine locale et se convertissent
ensuite en une forme hydrophilique qui reste fixée de façon
relativement prolongée à l’intérieur des cellules.
Les plus répandus
sont marqués au 99mTc.
Mais on a utilisé aussi et on utilise encore
parfois l’isopropyl-p-iodoamphétamine (IMP) marquée au 123I, qui
permet d’obtenir des images contrastées mais variables dans le
temps.
L’incontestable chef de file de ces produits est l’HMPAO marqué au
99mTc.
Il s’agit d’une amine macrocyclique liposoluble.
Commercialisé en France sous le nom de Céretect, son utilisation
en routine clinique remonte à une dizaine d’années.
Sa fixation
cérébrale atteint un maximum en 10 minutes et reste stable pendant
des heures, ce qui lui confère un intérêt particulier puisqu’il est
possible d’injecter le produit au lit du malade, à un moment
privilégié de son évolution, et d’enregistrer les images plus tard,
lorsque les soins le permettent.
Cette possibilité a été mise en oeuvre
à la phase aiguë des accidents vasculaires cérébraux et pour
étudier les différentes phases de la crise d’épilepsie.
L’autre traceur technécié est l’éthyl-cystéinate-dimer (ECD), connu
sous le nom de bicisate et commercialisé sous le nom de Neurolitet.
D’apparition plus récente, il semble présenter quelques avantages.
Grâce à une fixation cérébrale et à une clairance sanguine plus
rapides que celles de l’HMPAO, il permet d’obtenir des images
cérébrales plus précoces et plus contrastées.
En outre, le produit
marqué reste stable plus longtemps avant l’injection, ce qui rend
son utilisation au lit du malade plus facile que celle de l’HMPAO.
L’inconvénient de ces marqueurs de perfusion est de ne donner
qu’une estimation relative de la perfusion cérébrale.
* Volume sanguin cérébral :
On peut mesurer le volume sanguin cérébral en SPECT.
On utilise
pour cela un traceur qui reste strictement intravasculaire.
Les
hématies marquées sont, à l’évidence, le meilleur de ces marqueurs.
En SPECT, on marque les hématies avec du pertechnétate de 99mTc,
alors qu’en TEP ce marquage est fait avec du monoxyde de carbone,
lui-même marqué à l’oxygène O-15.
Le marquage au technétium peut
se faire in vitro ou in vivo.
Cette dernière solution, qui consiste à
injecter directement le produit de l’élution, est la plus simple, mais
elle ne permet pas de contrôler la qualité du marquage.
En fait, les
deux méthodes donnent des résultats équivalents et ces derniers
sont du même ordre que ceux obtenus en TEP.
La principale
contrainte de la mesure du volume sanguin cérébral est qu’elle
nécessite un étalonnage très précis du comptage de la radioactivité
cérébrale par rapport à celui de la radioactivité sanguine.
De la
validité de cet étalonnage dépend la validité de la mesure, puisque
celle-ci repose pour l’essentiel sur le rapport de ces deux taux de
radioactivité.
Il s’agit donc d’une technique dont la mise en oeuvre
est très délicate.
Ses indications étant limitées à l’exploration
hémodynamique des lésions obstructives sévères des artères
carotides, elle n’est guère utilisée.
2- Traceurs du métabolisme cérébral
:
Pendant longtemps, la principale lacune de la SPECT a été de ne
proposer aucun traceur permettant d’étudier le métabolisme
énergétique cérébral ou le métabolisme des acides aminés.
Toutes
les explorations de ces métabolismes devaient être réalisées avec la
TEP.
Tout récemment, de nouveaux collimateurs ont été développés pour
permettre l’utilisation du fluorodésoxyglucose (FDG) marqué au 18F
avec des appareils SPECT du type caméra « trois têtes ».
Il est
donc aujourd’hui possible de mesurer la consommation cérébrale
de glucose en SPECT.
Comme en TEP, cette mesure nécessite un
temps d’acquisition des données particulièrement long. Mais elle
exige, en plus, la mise en place d’une logistique d’approvisionnement
coûteuse à partir de centres équipés d’un cyclotron,
car la production du fluor (18F) et le marquage du FDG ne peuvent
être effectués que dans de tels centres ou à proximité.
Ces contraintes
d’ordre technique expliquent que cette possibilité n’ait pas encore
été exploitée, mais il est très vraisemblable qu’elle le sera assez
rapidement, en raison des perspectives intéressantes qu’elle offre,
en pathologie cérébrovasculaire et en oncologie
plus particulièrement.
Les tumeurs cérébrales peuvent cependant être déjà visualisées de
façon quantitative en SPECT à l’aide de certains marqueurs de la
perfusion myocardique, comme le 201Tl et, plus récemment, le sesta-
MIBI (méthoxy-isobutyl-isonitrile), marqué au 99mTc, dont la fixation
est fonction de certains processus métaboliques.
Le 201Tl, par
exemple, est un métal analogue du potassium qui est connu depuis
longtemps pour avoir une fixation différentielle sur les tumeurs
cérébrales.
Il est produit dans un cyclotron à partir d’une cible de thallium naturel.
Sa demi-vie est relativement longue (73 heures) et
les photons gamma ne représentent que 10 % de son énergie de
désintégration, avec deux pics à 135 et 167 KeV.
Il existe donc
quelques limitations à son utilisation, ce qui a rendu souhaitable la
recherche de marqueurs technéciés ayant les mêmes propriétés.
Le sesta-MIBI a été le premier de ces marqueurs à avoir été validé en
partie.
D’autres études sont actuellement en cours avec
d’autres traceurs tumoraux technéciés comme le DMSA (acide
dimercaptosuccinique) et le tétrofosmine (éthoxyéthylphosphino-
éthane).
Le métabolisme des acides aminés est un autre aspect du
métabolisme cérébral explorable avec les techniques de médecine
nucléaire.
Le taux de fixation cérébrale de ces acides aminés est
considéré comme représentant un index de synthèse protéique.
Mesuré en TEP, avec la méthylméthionine ou la tyrosine marquées
au carbone (11C), ce taux serait plus sensible et plus spécifique que
la consommation de FDG marqué au 18F dans l’évaluation des
tumeurs cérébrales.
Avec la L-3-(123I) iodo-á-méthyltyrosine, on
dispose d’un traceur SPECT dont les premières applications à
l’étude des tumeurs cérébrales sont très encourageantes.
Il
s’agit d’un analogue d’acide aminé qui franchit la barrière hématoencéphalique normale, n’est pas incorporé dans les protéines
cérébrales, et dont la fixation peut être inhibée compétitivement
par les L-aminoacides naturels.
3- Ligands de neurorécepteurs
:
Autres traceurs hautement spécifiques, généralement considérés
comme relevant du domaine de la TEP, les ligands de
neurorécepteurs ouvrent une nouvelle voie prometteuse à la SPECT.
Il est bien établi que la mise au point de ces molécules complexes et
de leur mode d’utilisation pratique nécessite la réunion de
compétences extrêmement diversifiées (en chimie, biochimie,
mathématiques, imagerie et clinique) ce qui, joint à la diversité des
molécules et des procédures de marquage à tester, explique la lente
progression de ce champ de recherches particulier.
La plupart des ligands SPECT actuels sont marqués au 123I, atome
plus gros et moins « physiologique » que les isotopes émetteurs de
positons, comme le 18F, et surtout le 11C, qui sont incontestablement
mieux adaptés au développement de ce type de produits.
Certains
de ces ligands ont, néanmoins, été préparés dans des conditions de
stabilité et de sécurité satisfaisantes et ont pu, de ce fait, donner lieu
à des essais chez l’homme sain et/ou chez des malades.
Ils sont
simplement cités ci-dessous.
Les plus connus d’entre eux sont les ligands des récepteurs
dopaminergiques.
Ils comprennent l’IBZM (ou iodo-hydroxyméthoxy-
N-[éthyl-pyrrolidinyl]-méthyl-benzamide), l’IBZP (ou iodohydroxy-
iodophényl-méthyl-tétrahydro-H-benzazépine), le bêta-CIT
(ou 2bêta-carbométhoxy-3bêta-[4-iodophényl]-tropane), et l’IPT (ou N-[3-
iodopropène-2-yl]-2bêta-carbométhoxy-3bêta-[4-chlorophényl]-tropane).
Ces produits ont donné lieu à plusieurs études préliminaires chez
l’homme dans la maladie de Parkinson et dans la
schizophrénie (pour comparer les effets de certains neuroleptiques).
Il existe aussi un antagoniste des récepteurs muscariniques, le QNB
(quinuclidinyl-iodo-benzilate), qui pourrait être utile dans la maladie
d’Alzheimer, et un ligand des récepteurs aux benzodiazépines,
l’iomazénil, qui a donné des résultats prometteurs dans la maladie
d’Alzheimer et dans la localisation préopératoire des foyers
épileptiques.
Enfin, il faut signaler l’existence de ligands des récepteurs sérotoninergiques.
Ce rapide survol n’a pas d’autre ambition que de donner une idée
de l’éventail des possibilités que la SPECT devrait offrir à l’avenir.
Mais elle illustre aussi l’ampleur des recherches cliniques qui
devront précéder, dans la plupart des cas, l’introduction de ces
molécules en pratique courante.
C - SYSTÈMES DE VISUALISATION
ET DE TRAITEMENT DES IMAGES :
De ce point de vue, la SPECT cérébrale utilise les mêmes matériels
et les mêmes procédures que les autres techniques d’imagerie
fonctionnelle cérébrale.
Comme la TEP et l’IRMf, elle est confrontée
à des problèmes de visualisation et de traitement d’images qui tirent
leur spécificité de la diversité, de la petite taille et de la complexité
des structures anatomofonctionnelles du cerveau.
Ces problèmes
concernent, d’une part, le repérage, l’identification et la localisation
des anomalies de fixation ou de cinétique des radiotraceurs et,
d’autre part, la quantification de ces anomalies.
Les résultats de la SPECT, comme ceux de la TEP et de l’IRMf,
peuvent être présentés sous forme d’images et sous forme de
données numériques.
Mais il ne faut pas oublier que les images
obtenues avec ces différentes méthodes ne sont que la représentation
visuelle de valeurs numériques.
Bien que la représentation la plus
couramment utilisée soit celle qui associe les couleurs blanc et rouge
aux valeurs les plus élevées et les couleurs bleu et noir aux valeurs
les plus basses, il n’y a pas encore de vrai consensus international
sur ce point.
En outre, les valeurs représentées sont de nature très diverses.
Les
plus simples sont les taux de comptage dans les voxels (images
brutes qui sont toujours utiles pour vérifier la qualité technique de
l’examen).
Les plus couramment utilisées sont les rapports entre le
taux de comptage du voxel ou de la région d’intérêt et un taux de
référence qui peut être soit le taux de comptage moyen de la coupe,
de l’hémisphère ou du cerveau entier, soit le taux de comptage de la
région symétrique (index d’asymétrie fréquemment utilisé), soit le
taux de comptage dans un hémisphère cérébelleux, homo- ou
controlatéral, ou dans le cervelet pris dans son ensemble, soit même
le taux de comptage dans le scalp.
Une troisième possibilité, lorsque
la cinétique du traceur et les taux de comptage le permettent, est
d’utiliser des modèles compartimentaux pour calculer, dans des
voxels ou dans des régions d’intérêt, des paramètres comme le débit
et le volume sanguins, la consommation de glucose et, tout au moins
théoriquement, le KD et le Vmax d’un ligand.
Il existe notamment
des procédés, complexes et nécessitant des prélèvements artériels,
pour calculer le débit sanguin cérébral à partir des images obtenues
avec les traceurs non diffusibles, HMPAO, ECD et IMP.
Enfin, la
dernière possibilité est celle des cartes présentant les résultats de
tests statistiques (statistical parametric maps [SPM]).
Le choix entre
ces différentes possibilités dépend de la nature du marquage, du
taux de comptage et surtout des objectifs de l’examen.
En pratique
courante, il est quelquefois possible d’obtenir les informations
souhaitées de la simple inspection visuelle des taux de comptage.
Mais, le plus souvent, des rapports simples peuvent apporter des
réponses simples aux questions posées.
Il n’existe actuellement
aucune procédure standardisée sur ce thème, quelle que soit la
pathologie considérée. Des études multicentriques comparatives
sont indispensables pour identifier les meilleures solutions.
Les
procédés les plus sophistiqués sont peu utilisés car ils sont rarement
disponibles sur les systèmes du commerce.
Nous l’avons déjà dit, de toutes ces méthodes d’imagerie
fonctionnelle, la SPECT est celle qui a la plus mauvaise résolution
spatiale.
En conséquence, c’est elle qui a la valeur localisatrice la
plus faible et le besoin d’une fusion d’images avec les techniques
morphologiques le plus grand.
Il faut aussi tenir compte de cette
différence de sensibilité et de résolution spatiale lorsque l’on utilise
des logiciels développés pour d’autres méthodes.
Tous les dispositifs actuels fournissent en standard des images de
coupes axiales, coronales et sagittales.
La plupart d’entre eux
permettent de reconstruire le volume cérébral selon n’importe quel
angle, y compris l’angle selon lequel des images TDM ou IRM ont
été obtenues précédemment.
Certains systèmes possèdent des
logiciels de fusion d’images qui permettent de superposer des
images planes obtenues en SPECT, en TDM et/ou en IRM, pour créer
des images uniques combinant les aspects anatomiques et
fonctionnels.
D’autres sont équipés de procédés de reconstruction
tridimensionnelle des surfaces et/ou des volumes, de rotation et de présentation des images en perspective, ce qui pourrait faciliter la
localisation et l’évaluation de la taille des lésions.
Les systèmes de visualisation et de traitement d’images constituent
aujourd’hui un élément essentiel de l’utilisation pratique de la SPECT.
Mais les moyens sophistiqués dont on dispose aujourd’hui
sont encore trop récents pour que l’intérêt pratique des diverses
procédures qu’ils permettent de mettre en oeuvre ait été clairement
évalué.
Ces procédures doivent avant tout permettre de répondre à
des questions simples.
À partir de quel seuil peut-on considérer qu’il
y a hypo- ou hyperfixation d’un traceur ?
Quelle est l’étendue exacte
de la zone anormale ? Quel est l’index de fixation qui possède les
meilleures sensibilité et spécificité par rapport à la référence, dans le
domaine considéré ?
Enfin, il ne suffit pas de disposer d’un bon système de traitement
d’images.
Il faut que ces images répondent à des critères de qualité
qui doivent être vérifiés régulièrement.
Au cours des cinq dernières
années, des procédures de contrôle de qualité ont été élaborées aux
États-Unis et en Europe.
Leur application systématique a permis
de mettre en évidence des différences importantes entre laboratoires.
Tant que ces contrôles ne sont pas rendus obligatoires par les
pouvoirs publics, il appartient aux utilisateurs de s’informer sur les
procédures utilisées par le ou les laboratoires auxquels ils
s’adressent.
Aspects cliniques de la SPECT
cérébrale : résultats et indications
À quelques rares exceptions près, toutes les affections cérébrales ont
été explorées à l’aide d’au moins une technique SPECT au cours des
15 dernières années.
Plus de 500 articles ont relaté ces travaux.
Il est
impossible d’en faire une présentation complète dans le cadre de la
présente synthèse. Plusieurs revues générales successives ont permis
de dégager les principaux axes d’intérêt clinique de cette méthode
d’imagerie.
Celles de Holman et Devous, en 1992, de Masdeu et
al, en 1994, et le rapport de l’Académie américaine de neurologie,
en 1996, ont été exclusivement consacrées à la SPECT, alors que
celles d’Alavi et Hirsch, en 1991, et de Newberg et Alavi, en
1996, portaient sur toutes les méthodes d’imagerie cérébrale et
permettaient de les situer les unes par rapport aux autres.
Au fil des
études, quatre grandes indications de la SPECT cérébrale se sont
dégagées.
Elles concernent la pathologie cérébrovasculaire, et plus
particulièrement les indications thérapeutiques de la phase aiguë des
accidents ischémiques cérébraux, les épilepsies, pour la localisation
préopératoire des foyers épileptogènes rebelles aux traitements
médicaux, les affections dégénératives et les tumeurs cérébrales.
Le
présent exposé consacre un chapitre à chacune de ces quatre
questions et résume, dans un cinquième chapitre, les principaux
résultats obtenus dans les autres affections cérébrales.
A - SPECT ET MALADIES CÉRÉBROVASCULAIRES :
Le développement de la SPECT ayant reposé, pour l’essentiel, sur
des marqueurs de perfusion cérébrale, les maladies
cérébrovasculaires ont logiquement constitué le principal domaine
pathologique étudié avec cette technique.
Les résultats les plus
nombreux et les plus intéressants concernent la phase aiguë des
accidents ischémiques cérébraux, le vasospasme des hémorragies
sous-arachnoïdiennes et les conséquences hémodynamiques des
sténoses sévères et occlusions des artères carotides.
Chacun de
ces trois aspects des maladies cérébrovasculaires fait l’objet d’une
section distincte.
Quelques résultats plus ponctuels obtenus dans
d’autres domaines de la pathologie cérébrovasculaire sont cités dans
une quatrième section.
En raison du contexte clinique dans lequel
elles se situent, les données SPECT concernant les démences
vasculaires sont abordées et discutées dans le chapitre consacré aux
démences dégénératives.
1- Phase aiguë des accidents ischémiques cérébraux :
Tout le monde s’accorde aujourd’hui pour considérer que les
premiers moments qui suivent la constitution d’un foyer d’ischémie
cérébrale sont cruciaux pour la mise en oeuvre de traitements
efficaces.
Pour la fibrinolyse, la durée de cette période critique ne
semble pas devoir dépasser les 6 premières heures de l’accident.
Mais cette durée peut fluctuer, en plus ou en moins, en fonction de
la cause et de la sévérité de l’ischémie et des réactions
physiopathologiques secondaires qu’elle entraîne.
Pour optimiser les
essais thérapeutiques et l’utilisation pratique des traitements
efficaces, il faudrait pouvoir déterminer le plus tôt et le plus
exactement possible le mécanisme de ces accidents (embolique,
hémodynamique ou lacunaire) ainsi que l’étendue des lésions
irréversibles et celle des zones récupérables.
Les examens cliniques,
les techniques d’imagerie anatomique, comme la TDM et l’IRM, et
les techniques angiographiques ne permettent pas d’atteindre ces
deux objectifs de façon satisfaisante.
Il est maintenant bien établi que la SPECT, comme la TEP, visualise
les foyers ischémiques cérébraux dès les premières heures de leur
constitution et ceci quel que soit le traceur utilisé.
En tout état
de cause, cette visualisation est nettement plus précoce que celles de
la TDM et de l’IRM.
Plusieurs de ces études ont montré que le
degré et l’étendue de cette hypoperfusion quasi immédiate étaient
bien corrélés à la gravité clinique initiale, évaluée à l’aide des
échelles habituellement utilisées dans les essais thérapeutiques.
L’évolution des anomalies de perfusion au cours des premières
48 heures pourrait avoir une valeur prédictive du pronostic final
égale ou supérieure à celle des échelles cliniques.
Un travail
récent suggère qu’une SPECT cérébrale à l’ECD, réalisée avant la
sixième heure, pourrait distinguer les accidents transitoires et
régressifs d’une part, et les accidents constitués d’autre part, avec
une sensibilité et une spécificité de 100 %.
D’autres études ont été consacrées aux mécanismes
physiopathologiques de ces accidents et ont montré qu’une absence
de perfusion focalisée correspondait généralement à l’occlusion
d’une artère cérébrale majeure, que les lacunes n’entraînaient pas
d’anomalies de la perfusion cérébrale et que les hyperfixations de
traceurs étaient souvent compatibles avec le diagnostic d’embolie
d’origine cardiaque.
Par ailleurs, certains ont mis en évidence des
signes précoces de risques hémorragiques, liés à la profondeur de
l’ischémie, qui pourraient être particulièrement utiles dans les
indications ou plutôt les contre-indications de la thrombolyse.
Enfin,
il vient d’être clairement établi que la SPECT permettait de vérifier
la réalité de la reperfusion 24 heures après fibrinolyse.
Toutefois, l’interprétation des images n’a pas encore été codifiée
définitivement.
La plupart des études ont été effectuées avec des
méthodes de quantification calculant des rapports entre régions
d’intérêt, le plus souvent des index d’asymétrie.
Ces méthodes ont
permis de définir des seuils séparant les foyers d’ischémie
irréversibles des zones de pénombre qui les entourent.
Mais elles
sont longues à mettre en oeuvre et, de ce fait, mal adaptées aux
besoins de l’urgence.
Récemment, une méthode d’interprétation
visuelle simple, reposant sur l’identification de cinq tableaux
distincts, s’est avérée très reproductible et a fourni des résultats de
grande valeur prédictive.
Parallèlement, une échelle d’évaluation
détaillée portant sur la profondeur, l’étendue et la localisation des
lésions ischémiques a été proposée pour la réalisation des essais
multicentriques qui restent nécessaires pour valider l’intérêt pratique
de la SPECT dans la prise en charge initiale des accidents
ischémiques à la phase aiguë.
Depuis peu, grâce à une adaptation de la méthode au FDG, il est
possible de mesurer la consommation cérébrale de glucose en
SPECT.
Il n’est donc pas surprenant que, dans une revue
récente comparant les avantages et inconvénients respectifs des
différentes méthodes d’imagerie cérébrale à la phase aiguë des
accidents ischémiques cérébraux, la SPECT ait été considérée, avec
l’IRM de perfusion et de diffusion, comme l’une des deux techniques
appelées à renouveler l’approche de cette phase aiguë au cours des
années à venir.
À la phase subaiguë, les données de la SPECT ont été beaucoup
plus confuses et leurs corrélations avec les données cliniques ont
donné des résultats contradictoires.
Tout d’abord, les différents
traceurs de perfusion ne donnent plus les mêmes images.
Une
variabilité des images en fonction du temps avait déjà été mise en
évidence avec l’IMP marqué au 123I.
Plus récemment, des différences
ont été observées, à distance de l’accident, entre les images HMPAO
et ECD ; elles s’expliquent par des différences dans les mécanismes
de fixation cérébrale de ces deux radiotraceurs.
L’HMPAO, qui
interagit simplement avec le glutathion intracellulaire, donne
fréquemment des images d’hyperfixation, alors que l’ECD, dont la
rétention dépend de l’activité estérasique du cerveau, ne visualise
pratiquement jamais de reperfusion au-delà de la 24e heure.
De plus,
un découplage entre débit et métabolisme apparaît rapidement dans
les zones lésées et il n’est pas possible de différencier, sans mesure
du métabolisme, la reperfusion d’un tissu viable, accompagnée
d’une reprise métabolique, et le débit de « luxe » ou non nutritionnel
dans une zone nécrosée.
À cet égard, la SPECT était, jusqu’à présent,
nettement inférieure à la TEP.
Les approches indirectes du
métabolisme hémisphérique, par l’intermédiaire du diaschisis
cérébelleux croisé, ne semblaient pas devoir apporter une solution à
cette difficulté.
Ici aussi, la nouvelle possibilité de mesurer la
consommation cérébrale de glucose avec le FDG marqué au 18F
pourrait renouveler l’apport de la SPECT à une phase encore mal connue de
l’ischémie cérébrale.
2- Vasospasme de l’hémorragie méningée
:
Le vasospasme reste l’une des complications majeures de la phase
subaiguë des hémorragies méningées.
Il est une cause importante
de mortalité et de morbidité avec séquelles.
Il peut être prévenu
et/ou traité par hypertension et hémodilution hypervolumique.
La SPECT est, avec l’angiographie et le doppler transcrânien, une des
techniques qui permet de visualiser précocement cette complication.
Plus facile à réaliser que l’angiographie, elle est aussi plus sensible
et mieux corrélée à la présence et à la sévérité des signes
neurologiques secondaires qui sont actuellement considérés comme
les meilleurs critères de vasospasme.
Mais, par définition, elle est
moins spécifique que l’angiographie, tout au moins pour la
visualisation du vasospasme des grosses artères cérébrales.
Le
doppler transcrânien est la technique la plus facile à réaliser et à
répéter, mais elle n’explore elle aussi que les grosses artères.
La
supériorité de la SPECT sur ces deux techniques est d’être la seule à
permettre une estimation semi-quantitative de la perfusion tissulaire
dans l’ensemble du cerveau et dans ses différents territoires
vasculaires.
Toutefois, le vasospasme n’est pas la seule cause
d’hypoperfusion distale dans les suites d’une hémorragie méningée
et l’interprétation de ces hypoperfusions doit être faite en
comparaison avec les données TDM.
Une hypoperfusion
cérébrale diffuse est généralement un signe de pronostic fatal, mais
les signes cliniques ont une valeur prédictive supérieure sur ce
point.
La meilleure stratégie de diagnostic et de prise en charge du vasospasme pourrait reposer sur une utilisation complémentaire du
doppler transcrânien et de la SPECT, selon des modalités qui restent
à préciser et à évaluer.
3- Conséquences hémodynamiques des sténoses sévères
et occlusions de l’axe carotidien
:
Le traitement chirurgical des sténoses sévères et occlusions de l’axe
carotidien a fait l’objet d’une des plus importantes controverses
médicales des années 1980.
Première clarification importante du
problème, les résultats concordants de plusieurs grandes études
multicentriques ont permis de fonder les indications de
l’endartériectomie carotidienne sur deux critères principaux, le degré
de la sténose et son caractère symptomatique ou asymptomatique,
qui font l’objet d’un large consensus international.
Mais ces
critères, pour aussi indiscutables qu’ils soient, ne sont peut-être pas
les seuls à prendre en compte.
Aucune de ces études multicentriques
ne s’est, en effet, intéressée à la place que pourraient avoir, dans ces
indications, les anomalies hémodynamiques dues aux lésions
carotidiennes.
Celles-ci, en revanche, ont été abondamment
documentées par des études aux effectifs plus limités, réalisées
parallèlement avec la SPECT, mais aussi avec la TEP et d’autres
techniques d’exploration circulatoire.
La contribution de la SPECT à ce problème repose sur deux
approches complexes (la mesure couplée du débit et du volume
sanguin cérébral et la réponse du débit sanguin cérébral à un stress
vasodilatateur, comme l’inhalation de CO2 ou l’injection
intraveineuse d’acétazolamide) destinées à mettre en évidence la
vasodilatation induite par la chute de pression résultant de la ou
des lésion(s) obstructive(s).
Les résultats de ces deux approches
(augmentation du volume sanguin cérébral et diminution du
rapport « débit/volume » d’une part, et diminution de la réponse
du débit à un stress vasodilatateur d’autre part) ont été
significativement corrélés les uns aux autres.
Mais aucun de ces
paramètres, pas même le rapport « débit/volume », n’a pu être
étalonné par rapport à la pression sanguine d’aval et, plus
particulièrement, au seuil critique correspondant à la limite
inférieure de l’autorégulation.
Enfin, ces anomalies sont relativement
peu fréquentes.
Elles ne s’observent qu’en aval des sténoses très
serrées, supérieures à 70 %, ce qui ne modifie pas les indications de
l’endartériectomie basées sur le degré de sténose et suggèrent que,
souvent, la chute de pression induite par cette sténose est en grande
partie compensée par la circulation collatérale.
Enfin, sur le plan
méthodologique, la lourdeur de la mesure du volume sanguin
cérébral et les contraintes liées à l’utilisation du 133Xe pour
pouvoir quantifier le débit sanguin cérébral et répéter sa mesure
limitent considérablement l’applicabilité de ces approches.
Des résultats identiques ont été obtenus avec d’autres méthodes,
dont certaines, comme le doppler transcrânien, sont à la fois moins
onéreuses et plus faciles à mettre en oeuvre.
La SPECT ne sera probablement pas la méthode retenue dans les
essais multicentriques destinés à évaluer l’intérêt pratique des
explorations hémodynamiques dans la prise en charge des lésions
carotidiennes sévères.
4- Autres affections cérébrovasculaires :
Des études ponctuelles ont révélé la présence de zones
hypoperfusées à la périphérie des hématomes cérébraux ou chez des
diabétiques de type I, sans antécédent de maladie cérébrovasculaire.
D’autres travaux ont suggéré que la SPECT pourrait être utile pour
évaluer l’importance de l’hémodétournement dû aux malformations
artérioveineuses.
Ces résultats doivent être confirmés et leur
signification précisée avant de pouvoir être, éventuellement, utilisés
en pratique.
Un dernier aspect des maladies cérébrovasculaires, celui des
démences vasculaires, a également été étudié.
Il est plus cohérent,
du point de vue clinique, de situer les constatations faites dans ce
cadre par rapport à celles qui concernent les démences
dégénératives.