Les sarcomes cutanés sont des tumeurs malignes issues du tissu
conjonctif commun ou spécialisé et du tissu nerveux.
Ils peuvent
prendre leur origine dans le derme, dans l’hypoderme, ou envahir
la peau à partir des tissus sous-cutanés superficiels ou profonds.
Il s’agit de tumeurs qui posent, du fait de leur rareté, de leur diversité
histologique et de leur hétérogénéité évolutive, des problèmes
difficiles de diagnostic anatomopathologique, d’évaluation
pronostique et de stratégie thérapeutique.
Notre première partie est consacrée aux principes généraux du
diagnostic histologique, du grade histopronostique, du stade
évolutif et de la prise en charge thérapeutique.
Nous étudions
ensuite les principaux sarcomes cutanés en nous basant sur une
classification fondée sur l’aspect morphologique.
Les sarcomes de
l’enfant font l’objet d’un chapitre particulier.
La localisation à la peau d’un sarcome, quel qu’en soit le type, lui
confère une individualité qui ne remet pas en cause la nécessité
absolue d’une prise en charge pluridisciplinaire.
Toutefois, elle
devrait conduire à l’engagement de dermatologues et de chirurgiens
plasticiens spécifiques participant à l’élaboration de standards de
prise en charge des patients atteints de sarcome cutané.
Principes généraux du diagnostic,
du pronostic et du traitement
:
A - DIAGNOSTIC
:
Les sarcomes cutanés sont des tumeurs rares, représentant moins de
1 % de tous les cancers.
Leur diagnostic est anatomopathologique.
1- Objectifs du diagnostic
:
Ils sont multiples :
– établir le diagnostic de sarcome ;
– classer la tumeur ;
– aider à préciser le pronostic ;
– guider les décisions thérapeutiques.
2- Établir le diagnostic de sarcome
:
Les informations cliniques sont essentielles.
L’âge du patient, la
connaissance des antécédents (notion de radiothérapie pour une
autre tumeur par exemple), le siège de la tumeur, sa taille et son
évolutivité sont des facteurs déterminants du diagnostic.
Le
diagnostic de la tumeur est fait, soit sur l’analyse histologique de la
pièce d’exérèse, soit sur une biopsie qui doit être de bonne taille.
Dans certaines circonstances, elle doit être faite par un chirurgien
expérimenté, après réalisation d’une imagerie guidant le site de la
biopsie et sa voie d’abord.
L’examen histologique, aidé d’une étude immunohistologique, va
permettre de porter le diagnostic de sarcome en éliminant une autre
tumeur maligne.
Il doit aussi écarter d’autres tumeurs conjonctives
bénignes qui peuvent ressembler à un sarcome.
C’est le cas des fasciites nodulaires, de certains histiocytofibromes cellulaires et
profonds.
3- Classification des sarcomes
:
La classification utilisée est celle d’Enzinger et Weiss.
Il s’agit
d’une classification histogénétique fondée sur l’aspect
morphologique (ou type) des cellules qui prolifèrent. Les deux types
de sarcomes les plus fréquents sont l’histiocytome fibreux malin
(HFM) et le liposarcome (LS).
Cinq à 15 % des sarcomes restent inclassés.
Les types histologiques observés varient en fonction de
l’âge du malade et de certains antécédents, comme l’existence d’une
radiothérapie antérieure.
La classification d’un sarcome repose
essentiellement sur l’examen histologique standard.
Elle reste
délicate, avec des discordances entre les observateurs allant de 15 à
40 % des cas.
Trois techniques peuvent aider à classer un sarcome.
– L’immunohistochimie occupe aujourd’hui une place importante.
Les anticorps commercialisés utilisables sur coupes de
tissus inclus en paraffine sont très utiles pour l’identification de
certains types : synovialosarcome (SS), sarcome épithélioïde, sarcome
vasculaire, léiomyosarcome (LMS), sarcome à cellules claires et
dermatofibrosarcome de Darier et Ferrand.
Aucun marqueur n’est
absolument spécifique et l’immunomarquage doit être interprété
selon le contexte clinique et l’aspect morphologique de la tumeur.
– La microscopie électronique, du fait de contraintes techniques et de
difficultés d’interprétation, est moins utile en principe.
On devrait
pouvoir y avoir recours dans les cas non classés par
l’immunohistochimie.
– Les études cytogénétiques, qui ne sont pas d’utilisation courante,
montrent des anomalies caryotypiques spécifiques dans certains
types de sarcomes (LS myxoïde, SS, sarcome à cellules claires,
sarcome d’origine neuroectodermique ou malignant peripheral
neurectodermal tumor [MPNET], rhabdomyosarcome…).
B - PRONOSTIC :
1- Histopronostic :
Les éléments histologiques qui permettent de préciser le pronostic
d’un sarcome sont, outre l’analyse des marges d’exérèse chirurgicale
de la tumeur, le grade histologique et le type histologique.
Le grade histologique est probablement le facteur pronostique le plus
important.
Différents systèmes de grade histologique sont utilisés.
Ils prennent en compte le degré de différenciation tumorale, l’index
mitotique et la présence ou l’absence de nécrose.
Il n’y a cependant
pas de consensus sur le grade attribué à une tumeur, qui peut varier
selon les systèmes utilisés.
En France, le système défini par la
Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer est le plus
utilisé.
Le type histologique est, pour certaines tumeurs, plus informatif que
le grade histologique.
Ainsi, les tumeurs à malignité intermédiaire
ou locale (fibroxanthome atypique, dermatofibrosarcome de Darier
et Ferrand, LS bien différencié, hémangioendothéliome épithélioïde)
et les tumeurs à potentiel métastatique important (certains types de
LS) ne doivent pas être gradées.
2- Pronostic et stade évolutif
:
Le recueil des informations relatives à l’extension de la maladie a
pour but d’établir un pronostic, d’aider au choix des modalités
thérapeutiques, et d’en évaluer les effets.
Les facteurs pronostiques
pour le contrôle local de la tumeur varient selon les études.
Toutefois, le facteur retrouvé de façon relativement constante et
significative est la qualité de l’exérèse chirurgicale lors du traitement
initial.
En second lieu, le grade histopronostique apparaît. Dans le
cas des sarcomes cutanés, en règle sus-aponévrotiques, la
localisation n’est pas un facteur discriminatif.
Pour le pronostic
général, le facteur qui émerge est le grade histologique.
Plusieurs systèmes d’appréciation du stade évolutif sont utilisés, et
aucun n’est basé sur des critères unanimement reconnus.
Les
systèmes de l’American Joint Committee on Cancer (AJCC) et de
l’Union internationale contre le cancer (UICC) sont les plus utilisés
et sont applicables aux sarcomes cutanés.
Ils prennent en compte la
taille et l’extension de la tumeur (T1, T2, T3), l’envahissement des
ganglions lymphatiques régionaux (N0, N1), la présence de
métastases (M0, M1) et le grade du sarcome (G1, G2, G3).
Quatre stades sont ainsi définis :
– stade I : G1, T1-T2, N0, M0 ;
– stade II : G2, T1-T2, N0, M0 ;
– stade III :
– IIIa : G3, T1-T2, N0, M0 ;
– IIIb : tous G, T1-T2, N1, M0 ;
– stade IV :
– IVa : tous G, T3, N0-N1, M0 ;
– IVb : tous G, tous T, tous N, M1.
C - BILAN RADIOLOGIQUE :
1- Bilan préthérapeutique :
* Bilan d’extension locorégional
:
Il est fonction de la localisation anatomique et, pour les membres,
de la localisation superficielle ou profonde.
+ Sarcomes des membres :
– Dans les tumeurs superficielles, l’échographie suffit pour les
tumeurs de diamètre inférieur à 5 cm.
On complète par une imagerie
par résonance magnétique (IRM) lorsque le diamètre est supérieur à
5 cm ou lorsque la tumeur franchit l’aponévrose musculaire.
– Dans les tumeurs profondes, on pratique une IRM.
La tomodensitométrie (TDM) garde sa supériorité pour l’analyse des
structures osseuses (envahissement osseux par contiguïté, détection
de calcifications).
Les signes de malignité retenus sont la taille supérieure à 5 cm, la
présence de nécrose tissulaire, l’envahissement des tissus adjacents,
la prise de contraste intense et précoce avant la première minute.
+ Sarcomes du massif facial
:
La TDM, qui permet une meilleure définition des contours osseux
que l’IRM, complète au mieux les clichés simples.
* Bilan d’extension général :
+ Poumons
:
C’est le site métastatique préférentiel et le seul site dont l’exploration
systématique est nécessaire.
La radiographie de thorax standard permet de déceler des lésions
secondaires infracliniques et sert de point de repère ultérieur.
La TDM pulmonaire est systématique dans le bilan d’extension
initial.
+ Autres organes
:
Les techniques d’exploration complémentaire spécifiques
(scintigraphie osseuse, TDM et IRM cérébrales) ne sont réalisées
qu’en fonction des signes d’appel cliniques.
2- Bilan d’évaluation en cours de traitement
:
Il a pour objectifs de rechercher des reliquats tumoraux après une
exérèse chirurgicale non réglée, de rechercher une récidive tumorale,
d’évaluer l’évolution tumorale au cours d’un traitement non
chirurgical.
3- Surveillance à long terme
:
Elle tient compte de l’histoire naturelle des sarcomes, dont le risque
maximal de récidive et de métastases se situe dans les 3 premières
années.
Il n’y a pas de consensus concernant le rythme de surveillance.
Il est
recommandé un examen clinique et une radiographie thoracique
tous les 2 à 3 mois les 2 à 3 premières années, puis tous les 3 à
4 mois jusqu’à la cinquième année.
Le bilan radiologique local est fonction de l’examen clinique.
Si
l’examen est normal, on ne pratique pas d’exploration
complémentaire.
Si l’examen est suspect, on demande une
échographie, voire une TDM, pour l’abdomen, une IRM pour le
rachis ou les membres.
En cas de doute, une drill biopsy sous contrôle radiologique
s’impose.
D - PRINCIPES GÉNÉRAUX DU TRAITEMENT :
1- Biopsie chirurgicale : règles
Elle doit impérativement être chirurgicale, de façon à ramener un
prélèvement de taille suffisante pour permettre le diagnostic
histologique, tenant compte des inclusions en paraffine, des coupes
pour immunohistochimie, du caractère souvent hétérogène et
nécrosé de la tumeur.
La ponction est insuffisante.
Lorsque la tumeur est de diamètre inférieur à 3 cm, on pratique une biopsie-exérèse.
L’incision est faite en regard de la tumeur, dans l’axe des fibres
musculaires, sans décollement, de façon à ne pas disséminer la
tumeur.
Le choix du tracé de l’incision doit tenir compte du dessin
d’éventuels lambeaux de couverture futurs et de l’excision totale du
trajet de la biopsie, et de son éventuel drainage lors du traitement
chirurgical ultérieur.
2- Chirurgie
:
La chirurgie obéit à deux impératifs : carcinologique et fonctionnel.
Elle s’efforce d’être conservatrice mais doit être large.
L’exérèse
marginale seule (énucléation) s’accompagne d’un taux de récidive
de 50 à 93 % et doit être proscrite.
L’exérèse élargie, applicable aux sarcomes cutanés, emporte la
tumeur, avec des marges de 2 cm de tissus sains dans tous les plans
de l’espace ou une barrière anatomique saine.
3- Radiothérapie externe
:
La radiothérapie exclusive est réservée aux tumeurs inopérables.
Les résultats de l’association radio-chirurgie sont comparables à ceux
obtenus avec une chirurgie radicale (amputation).
Ainsi, elle
constitue actuellement l’indication de première intention pour les
sarcomes des membres.
La radiothérapie est le plus souvent postopératoire. Le volume et la
dose sont fonction des résultats histologiques.
La curiethérapie peut être pratiquée en association à la radiothérapie
externe et à la chirurgie, ou en association à la chirurgie seule.
Elle
peut être pratiquée sur la tumeur primitive ou sur une récidive.
4- Chimiothérapie
:
Les objectifs sont :
– le traitement de la maladie micrométastatique chez les patients à
haut risque ;
– le traitement complémentaire des patients évolués ne pouvant
bénéficier d’un traitement chirurgical radical d’emblée ;
– le traitement palliatif des malades inopérables.
* Monochimiothérapie :
Les agents cytostatiques utilisés sont la doxorubicine, l’ifosfamide,
la dacarbazine.
Le taux de réponse pour la doxorubicine (Adriblastinet) utilisée en
monothérapie varie de 16 % à 29 % selon les équipes.
L’ifosfamide utilisé en monothérapie a une efficacité variable en
fonction de la dose et du schéma utilisés.
Les résultats d’études de
phase II montrent un effet dose-dépendant au prix d’une toxicité
hématologique, rénale et neurologique élevée.
Seules des études
randomisées permettraient de définir les schémas thérapeutiques
optimaux.
La dacarbazine (Déticènet) est très peu utilisée en monothérapie, le
taux de réponse serait de 14 % à 19 % selon les études.
* Association :
L’association de choix est l’association doxorubicine-ifosfamide.
Les polychimiothérapies type CYVADIC (cyclophosphamide, VP 16,
adriamycine, Déticènet, cisplatine) ou MAID (mesna, adriamycine,
ifosfamide, cisplatine) majorent les taux de réponse objective
observés mais ne modifient pas la survie globale des patients.
* Chimiothérapie néoadjuvante :
Elle n’a pas fait la preuve de son efficacité tant sur le plan de la
durée de vie sans rechute, que sur le plan de la survie globale pour
les tumeurs opérables d’emblée.
Elle peut induire une réduction du volume tumoral et permettre
une chirurgie secondaire lorsque la tumeur est localement avancée,
et ne permet pas de chirurgie carcinologiquement satisfaisante
d’emblée.
Il n’existe pas de protocole de chimiothérapie standard.
Cependant,
l’objectif étant d’obtenir un taux maximal de réponses, le choix se
porte de préférence sur les polychimiothérapies.
Celles-ci ne peuvent
se concevoir que dans le cadre d’essais thérapeutiques.
* Chimiothérapie adjuvante :
L’objectif est de traiter la maladie micrométastatique et d’améliorer
la survie globale.
Elle impose donc de définir les groupes à risque.
Les études publiées à ce jour ne sont pas contributives et ne
permettent pas d’affirmer un bénéfice, tant sur le plan de la survie
globale que sur le plan de la survie sans métastases.
Elles semblent,
en revanche, mettre en évidence un bénéfice significatif sur le plan
de la récidive locorégionale.
La chimiothérapie adjuvante ne peut
aussi se concevoir que dans le cadre d’essais thérapeutiques.
Sarcomes fibrohistiocytaires :
A - DERMATOFIBROSARCOME DE DARIER
ET FERRAND :
Le dermatofibrosarcome, décrit par Darier et Ferrand en 1924, est
une tumeur rare, de développement lent, particulière par son
agressivité locale et sa tendance aux récidives en l’absence de
chirurgie adaptée.
Cette tumeur survient le plus souvent chez l’adulte jeune, entre 20
et 40 ans, exceptionnellement chez l’enfant, voire le nouveau-né.
Il
existe une très discrète prédominance masculine.
Sa nature fibroblastique, histiocytaire ou neurectodermique est
toujours discutée.
La pathogénie de cette tumeur est inconnue.
Des anomalies
génétiques ont été rapportées sans que leur signification soit
déterminée.
Il ne semble pas exister de prédisposition familiale.
Le
rôle des traumatismes, rapportés dans près de 20 % des patients, est
difficile à interpréter, mais certaines tumeurs se développent sur des
cicatrices (chirurgicales ou brûlures).
1- Aspects cliniques
:
Le siège le plus fréquent est le tronc (47 %), notamment la ceinture
scapulaire, les extrémités proximales (38 %) ou la région cervicocéphalique (15 %).
Les localisations acrales sont très rares,
sauf peut-être chez l’enfant.
Cette tumeur débute le plus souvent par une plaque unique, ferme,
indurée, brun-rouge, violacée ou couleur de peau normale.
Rarement, la lésion initiale prend l’aspect d’un nodule ferme, d’une
plaque atrophique ou d’une lésion sclérodermiforme.
Au bout de
plusieurs années (souvent plusieurs décennies), apparaissent un ou
plusieurs nodules, enchâssés dans la plaque et saillants
(dermatofibrosarcoma protuberans).
La taille de la lésion
dépend du délai entre le début et la première consultation, parfois
très tardive devant cette tumeur asymptomatique et d’évolution très
lente (parfois plus de 40 ans).
Elle est en règle de 1 à 5 cm, avec des
extrêmes de plus de 20 cm de diamètre.
Peu à peu, cette tumeur,
longtemps superficielle, va envahir les plans profonds, s’étendant
volontiers le long des fascias.
La tumeur de Bednar, rare (moins de 5 % des cas), est la forme
pigmentée du dermatofibrosarcome. Elle survient surtout chez le
sujet de race noire et contient, histologiquement, des dépôts de
mélanine.
2- Aspects histologiques et immunohistochimiques
:
La prolifération tumorale siège dans le derme et l’hypoderme.
La
tumeur est composée de cellules fusiformes, avec peu d’atypies et
de mitoses.
Ces cellules sont groupées en petits faisceaux flexueux,
enchevêtrés dans les zones nodulaires de forte densité cellulaire
réalisant un aspect en « panier tressé » (l’aspect « storiforme » des
Anglo-Saxons).
En périphérie, dans le derme, les cellules tumorales
s’agencent en grands faisceaux lâches, ondulés et flexueux, parallèles
à la surface.
En profondeur, la tumeur infiltre l’hypoderme en
nappes dissociant les lobules adipeux, et sous forme de coulées dans
les cloisons interlobulaires.
Elle peut s’étendre très à distance du
foyer principal, atteignant les fascias ou les plans aponévrotiques
sous-jacents.
Le diagnostic différentiel peut être difficile, notamment sur des
prélèvements biopsiques :
– les zones de forte densité cellulaire peuvent ressembler à un histiocytofibrome de forme cellulaire et profond ou à un HFM ;
– les zones de faible densité cellulaire peuvent être confondues avec
un neurofibrome, un dermatomyofibrome.
Les cellules expriment le CD 34 dans 90 % des tumeurs et
n’expriment généralement pas le facteur XIIIa (contrairement aux
histiocytofibromes).
La négativité de la PS100 permet d’éliminer une
tumeur nerveuse.
3- Évolution et traitement
:
Si l’évolution de cette tumeur est longue, elle est fréquemment
émaillée de récidives, leur fréquence dépendant des marges de
l’exérèse initiale : 40 % si elles sont de 2 cm, 10 à 20 % pour des
marges à 3 cm, 1,75 % pour des marges à 4 cm dans les tumeurs
primitives.
Dans tous les cas, l’exérèse doit emporter un plan
aponévrotique sain en profondeur.
Les métastases sont rares (5 %), essentiellement pulmonaires.
Quelques cas ont été rapportés de dermatofibrosarcome récidivant
sous forme de sarcome de plus haut grade de malignité.
B - HISTIOCYTOMES FIBREUX MALINS :
Ce sont les plus fréquents des sarcomes de l’adulte survenant entre
50 et 70 ans dans deux cas sur trois chez un homme.
Là encore,
l’étiopathogénie est inconnue : certains sont cependant radio-induits,
et les HFM représenteraient les sarcomes postradiques les plus
fréquents.
Cependant, la tendance actuelle est au reclassement d’un certain
nombre de HFM en sarcomes d’autre type, en fonction de données
morphologiques, immunohistochimiques, voire cytogénétiques.
1- Aspects cliniques
:
Ils siègent préférentiellement aux extrémités inférieures (notamment
la hanche), puis aux membres supérieurs, et enfin dans la région rétropéritonéale.
La tumeur réalise une masse non douloureuse, le
plus souvent musculaire mais parfois sous-cutanée, de 5 à 10 cm.
Cliniquement souvent bien limitée, elle s’étend en fait volontiers à
distance de long des fascias et au sein des faisceaux musculaires.
Le
délai et la rapidité d’apparition de la tumeur dépendent de son type
et de son grade histologiques.
2- Aspects histologiques et immunohistochimiques
:
*
HFM pléiomorphe et storiforme :
C’est le plus fréquent. Son aspect histologique extrêmement
polymorphe associe de façon variable des zones de cellules
globuleuses disposées en tous sens avec des cellules multinucléées,
des zones de cellules fusiformes agencées en petits faisceaux
enchevêtrés réalisant également des aspects de « panier tressé »,
voire des zones de grands faisceaux entrelacés comme dans un
fibrosarcome.
Enfin, on peut observer quelques zones myxoïdes.
Les
atypies cytonucléaires et les mitoses sont variables selon l’agressivité
de la tumeur.
L’étude immunohistochimique est peu utile au diagnostic : elle sert
surtout pour éliminer d’autres sarcomes ou tumeurs sarcomatoïdes.
Certains marqueurs histiocytaires sont exprimés de façon variable
mais n’ont pas de grande spécificité (CD 68, a-1-antitrypsine et
a-1-antichymotrypsine, lyzozyme...).
À noter la possibilité
d’expression focale de desmine, de kératine, d’actine.
Le diagnostic différentiel se pose avec d’autres sarcomes pléiomorphes et des carcinomes sarcomatoïdes.
Il s’agit surtout des LS pléiomorphes, des rhabdomyosarcomes pléiomorphes, plus
rarement des sarcomes neurogéniques (SN), des LMS, voire
exceptionnellement d’une maladie de Hodgkin ; pour les carcinomes
sarcomatoïdes, l’immunohistochimie permet souvent de retrouver
une expression d’une ou de plusieurs cytokératines, associée à une
expression fréquente de vimentine.
* HFM myxoïde :
Il comprend, outre des aspects semblables au HFM pléiomorphe, de
larges zones (plus de la moitié de la tumeur) où les cellules
tumorales sont dispersées de façon lâche dans une substance
mucopolysaccharidique abondante.
Les atypies et les mitoses sont
peu marquées. Les vaisseaux sont nombreux, arciformes.
Le diagnostic différentiel se pose avec des lésions bénignes comme
une fasciite nodulaire, un myxome ou avec d’autres sarcomes,
notamment un LS myxoïde.
* HFM à cellules géantes :
Encore appelée tumeur maligne à cellules géantes des parties molles,
c’est une tumeur rare, plurinodulaire, associant dans des proportions
variables des cellules géantes plurinucléées de type ostéoclastique,
des fibroblastes et des histiocytes.
La présence possible de zones ostéoïdes pose le problème d’un ostéosarcome extraosseux.
* HFM de type inflammatoire :
Il se rencontre presque exclusivement dans la région rétropéritonéale.
3- Aspects évolutifs
:
Pour les HFM pléiomorphes et storiformes, le taux de récidive est lié à
la qualité de l’exérèse chirurgicale ; 37 % si elle est large ou consiste
en une amputation ; 50 à 84 % si elle est insuffisante.
Le taux de
métastases est de 34 à 40 %, surtout pulmonaires (90 %) et dans 12 %
des cas ganglionnaires.
L’évolution globale est corrélée au grade histopronostique, à la taille
de la tumeur et à sa localisation superficielle ou profonde.
Seules
10 % des tumeurs superficielles métastasent, 27 % de celles qui
envahissent le fascia, et 43 % des tumeurs profondes
intramusculaires.
La survie est corrélée à la taille : à 5 ans, elle est de
82 % pour les tumeurs inférieures à 5 cm, de 68 % pour une taille
entre 5 et 10 cm et de 51 % quand la taille est supérieure à 10 cm.
La
plupart de ces HFM pléiomorphes et storiformes sont de grade II
ou III, avec une survie à 5 ans de 80 % pour les grades II et de 60 %
pour les grades III.
Par ailleurs, les tumeurs distales auraient un
meilleur pronostic.
Les HFM de type myxoïde récidivent dans deux tiers des cas et
métastasent dans un quart des cas. Ils sont le plus souvent de
grade II.
Cependant, ils doivent être traités par exérèse large, voire
par amputation.
Les HFM à cellules géantes sont de meilleur pronostic quand ils sont
superficiels (deux tiers récidivent mais seulement un sur six
métastase).
C - FIBROXANTHOME ATYPIQUE (FXA) :
Il est considéré comme une forme à part des HFM.
1- Aspects cliniques
:
Le FXA s’observe chez les personnes âgées, le plus souvent sur les
zones photoexposées (nez, joues, oreilles).
De rares cas sont décrits
sur le tronc ou les membres chez des patients plus jeunes.
Il peut
survenir dans certaines conditions particulières, sur les sites de
radiothérapie ou au cours de certaines génodermatoses comme le
xeroderma pigmentosum.
Il s’agit d’un nodule unique, parfois ulcéré, mesurant typiquement
moins de 2 cm et de croissance lente.
2- Aspects histologiques
:
C’est une tumeur dermique pouvant s’étendre dans la partie
superficielle de l’hypoderme.
La prolifération est faite de
cellules ovoïdes et fusiformes éparses ou organisées en structures
fasciculées.
Il s’y mêle de grandes cellules spumeuses pouvant
traduire une différenciation histiocytaire.
Les atypies sont marquées
avec des noyaux volumineux, hyperchromatiques, mitotiques. Les cellules plurinucléées sont nombreuses.
La prolifération peut être
collée à l’épiderme.
Il n’y a pas de marqueurs immunohistochimiques
spécifiques du FXA, mais l’absence d’expression de
la PS100, de la cytokératine, permet d’éliminer les diagnostics de
carcinome épidermoïde ou de mélanome que l’on peut évoquer
histologiquement surtout lorsque manquent les cellules spumeuses.
3- Aspects évolutifs
:
C’est une tumeur de très bon pronostic : moins de 10 % de récidives
après exérèse simple.
On n’a jamais rapporté de métastases.
Les
tumeurs envahissant l’hypoderme, les fascias, rejoignent le pronostic
des HFM superficiels.
D - SARCOME FIBROMYXOÏDE DE FAIBLE GRADE
:
Cette nouvelle entité de sarcome de faible grade de malignité
survient chez des adultes jeunes, surtout sur les parties proximales
des membres et le tronc.
Sur le plan histologique, elle comporte des
zones myxoïdes et des zones plus cellulaires.
Ces sarcomes, autrefois
étiquetés comme HFM myxoïdes ou LS myxoïdes, sont des tumeurs
de croissance lente, récidivant dans 10 % des cas, et donnant
rarement (6 % des cas) des métastases pleuropulmonaires. L’exérèse
complète est suffisante.
Léiomyosarcomes :
Les LMS représentent moins de 3 % des sarcomes des tissus mous.
Ils surviennent plus souvent chez l’homme que chez la femme et
apparaissent entre la cinquième et la septième décennie, bien que
l’on puisse en voir à tout âge, y compris chez l’enfant.
Le rôle de
certains facteurs déclenchants a été souligné, comme les
traumatismes, la radiothérapie.
Récemment, on a rapporté, mais
uniquement dans des localisations profondes, le développement de LMS chez des patients transplantés, immunodéprimés avec mise en
évidence du virus Epstein-Barr dans les tumeurs.
Il existe deux
grands types de LMS : les LMS superficiels, intradermiques
développés à partir des muscles arrecteurs des poils ou de muscles
spécialisés, dartos du scrotum ou des grandes lèvres, muscle du
mamelon, et les LMS sous-cutanés issus des parois vasculaires.
Cette
distinction est essentielle en termes de pronostic.
1- Aspects cliniques
:
Le LMS dermique se présente comme un nodule généralement
unique, bien qu’il existe des formes multifocales, mesurant rarement
plus de 3 cm lors du diagnostic, érythémateux, parfois ulcéré ou
ombiliqué, souvent douloureux.
Il siège préférentiellement
aux membres, notamment à la face externe des jambes.
Les
localisations au visage, au cou et au tronc sont moins fréquentes.
Le LMS hypodermique se présente comme une masse hémisphérique
recouverte d’une peau légèrement érythémateuse ou parfois rouge
violacé dont la taille est variable de 1 à 15 cm.
Il peut aussi être
douloureux et siège essentiellement aux membres inférieurs.
2- Aspects histologiques, immunohistochimiques
et ultrastructuraux :
La nature musculaire lisse de la tumeur est le plus souvent
identifiable dès l’examen histologique standard.
Selon les cas, la
prolifération siège dans le derme et/ou l’hypoderme, avec une
extension possible dans le fascia ou les muscles.
Dans les formes
dermiques pures, la tumeur est mal délimitée, alors que les formes
profondes sont mieux circonscrites et comportent une croissance
nodulaire progressive.
La prolifération est faite de faisceaux
enchevêtrés avec des zones de différenciation variable.
Il s’agit de
cellules fusiformes ayant un noyau allongé à bouts carrés.
Le degré
des atypies nucléaires est variable d’une zone à l’autre.
On trouve
parfois des cellules multinucléées, anaplasiques et monstrueuses.
Le
degré des atypies, la présence de foyers de nécrose, le nombre des
mitoses, permettent d’apprécier le grade de malignité de la tumeur.
L’étude immunohistochimique permet de confirmer la nature
musculaire de la tumeur qui exprime dans 100 % des cas l’actine,
dans moins de 70 % des cas la desmine.
La PS100, le CD 34
peuvent être exprimés de façon focale et faible.
L’étude ultrastructurale, lorsqu’elle est faite, montre que les cellules
tumorales contiennent des myofibrilles avec des corps denses et des
plaques d’attache le long de la membrane plasmique, des vésicules
de pinocytose et une membrane basale entourant chaque cellule.
3- Diagnostic différentiel :
Il est histologique.
Dans les formes dermiques pures, très bien
différenciées et de bas grade, le diagnostic se pose avec le
léiomyome, et ce n’est parfois qu’à l’occasion d’une récidive que le
diagnostic de LMS est fait.
Le diagnostic peut se poser avec d’autres sarcomes, l’HFM, le
dermatofibrosarcome de Darier et Ferrand, le schwanome malin ou
même le mélanome.
Les études immunohistochimiques permettent
en règle de préciser la nature du sarcome.
4- Traitement et facteurs pronostiques :
Le traitement, indiscutablement chirurgical, est le seul à permettre
la guérison.
L’exérèse doit être large, et l’on recommande des marges
de 3 à 5 cm emportant le tissu hypodermique et le fascia.
Le taux de récidives locales est très largement dépendant de la
qualité de l’exérèse.
Elles surviennent dans les 5 années qui suivent
le traitement initial, dans 42 % des LMS superficiels et 58 % des LMS
profonds.
Les métastases ne se développent que dans les formes
profondes et atteignent principalement le poumon.
Aucune étude
ne permet de dire l’intérêt de la radiothérapie en tant que traitement
adjuvant.
Le facteur déterminant du pronostic d’un LMS est son siège
superficiel ou profond avec une évolution favorable quel que soit le
grade histologique des LMS dermiques, lorsque le traitement
chirurgical a été correct.
Dans les LMS profonds, la taille de la
tumeur (plus de 5 cm), l’atteinte du fascia et le haut grade de
malignité sont corrélés à la survenue de métastases et au décès (près
de 60 % dans un travail récent).
Liposarcomes
:
Les LS sont parmi les plus fréquents des sarcomes de l’adulte.
Ils
surviennent dans 60 % des cas chez l’homme entre 40 et 60 ans.
Les
cas chez l’enfant sont exceptionnels.
Ils semblent se développer à
partir d’une cellule mésenchymateuse primitive plutôt qu’à partir
d’un adipocyte.
Ils sont en effet rares dans le tissu adipeux souscutané,
là où se développent les lipomes.
Là encore, le rôle d’un
traumatisme est difficile à prouver.
Les LS post-radiques sont très
rares, de même que ceux naissant d’un lipome.
1- Aspects cliniques
:
Les deux localisations principales sont :
– les extrémités notamment inférieures (41 %) surtout au niveau de
la cuisse et du creux poplité (exceptionnellement les extrémités
distales) ;
– la région rétropéritonéale (42 %).
D’autres localisations sont plus rares : cordon spermatique, paroi
thoracique, sein, voire la région cervicoencéphalique.
Il s’agit d’une tumeur souvent volumineuse (de 7 à 48 cm avec une
moyenne de 15 cm de grand axe lors du diagnostic), bien limitée,
nodulaire, de consistance élastique, d’évolution lente, de plusieurs
mois à plus de 20 ans.
Les tumeurs évoluées peuvent être
douloureuses.
2- Aspects histologiques
:
Plusieurs types sont individualisés.
* LS myxoïdes :
Ce sont les plus fréquents (la moitié des cas).
Ils sont composés de lipoblastes souvent peu différenciés, parfois vacuolaires, dispersés
sur un fond myxoïde comportant une vascularisation arborescente.
La tumeur réalise des lobules bien limités, avec parfois des nodules
satellites à distance.
Ils sont parfois difficiles à distinguer de zones
de dégénérescence myxoïde du tissu adipeux, d’un myxome
intramusculaire ou d’un HFM de type myxoïde.
Ils sont de bon
pronostic.
Certains LS myxoïdes sont actuellement considérés
comme des sarcomes fibromyxoïdes de faible grade.
* LS bien différenciés :
Ce sont des tumeurs de très bas grade de malignité, parfois appelées
« lipomes atypiques ».
Ils ressemblent à des lipomes avec quelques
cellules fusiformes et quelques lipoblastes. Le diagnostic de
malignité est parfois difficile à affirmer et n’est quelquefois posé que
sur la (ou les) récidive(s).
* LS pléiomorphes :
Ils comportent, à côté d’éléments fusiformes ou arrondis, des cellules
volumineuses, plurinucléées, à noyaux bourgeonnants.
Il peut
être difficile de les différencier d’autres sarcomes pléiomorphes
(HFM, rhabdomyosarcomes...).
* LS à cellules rondes :
Assez rares, plus agressifs, ils sont faits de nappes de cellules
arrondies pouvant faire discuter une tumeur d’Ewing ou un
lymphome.
3- Aspects évolutifs et thérapeutiques :
Les LS myxoïdes et les LS bien différenciés sont des tumeurs de bas
grade de malignité, pouvant récidiver (le plus souvent entre 5 à
10 ans, parfois plusieurs dizaines d’années), mais ne donnant
qu’exceptionnellement des métastases.
Lorsqu’elles sont
superficielles, elles ne nécessitent qu’une exérèse simple.
Plus
profondes, il convient d’effectuer une exérèse plus large.
Certains LS myxoïdes peuvent donner des foyers à distance sur les
séreuses ou être multicentriques.
Les survies à 5 ans sont de 88 % et
100 %.
Les autres LS sont de moins bon pronostic, pouvant récidiver et
surtout donner des métastases (poumons ou autres organes et os),
avec des survies à 5 ans ne dépassant guère 50 %.
Synovialosarcomes et sarcomes
épithélioïdes :
A - SYNOVIALOSARCOMES :
Ce sont des tumeurs fréquentes, survenant chez l’adolescent et
l’adulte jeune (15 à 40 ans), avec une prédominance masculine.
Quelques cas sont rapportés chez l’enfant.
Leur histogenèse et leur étiologie restent obscures.
Contrairement à
ce que leur appellation sous-entend, leur origine n’est pas prouvée.
La majorité des patients rapportent une histoire de traumatisme
dans les semaines ou les 15 années précédentes.
Ce rôle est difficile
à évaluer en raison de la fréquence des traumatismes au niveau des
membres.
1- Aspects cliniques :
Il s’agit d’une tumeur des extrémités (85 à 95 % des cas), surtout
inférieures (60 %), notamment dans la région du genou, voire la
cheville ou le pied ; au niveau du membre supérieur (23 %), la
tumeur siège le plus souvent au niveau de l’épaule, parfois sur
l’avant-bras ou le poignet, plus rarement au niveau des orteils ou
des doigts ; les localisations tête et cou et tronc ne représentent que
5 % à 15 % des cas.
La tumeur siège au contact des tendons ou des capsules articulaires,
mesurant de 3 à 5 cm (voire 20 cm).
Elle se présente sous forme
d’une masse volontiers douloureuse, de croissance lente longtemps
insidieuse, existant en moyenne depuis 2 à 4 ans lors du diagnostic
(parfois 20 ans).
Elle est le plus souvent intimement liée aux gaines tendinoaponévrotiques.
L’examen radiologique peut, dans 15 à 20 % des cas, évoquer le
diagnostic devant la présence de petites opacités punctiformes
(calcifications).
2- Aspects histologiques
:
On peut observer deux types cellulaires :
– des cellules fusiformes en nappes avec des zones myxoïdes et des
calcifications ;
– des cellules d’aspect épithélial en cordons centrés par des cavités glanduliformes.
Selon l’association de ces deux types, on distingue les SS
biphasiques, monophasiques sarcomateux (cellules fusiformes
uniquement), monophasiques « épithéliaux » (très rares).
Les
cellules, quel qu’en soit le type, expriment la vimentine et les
cytokératines de bas poids moléculaires.
Les cellules épithéliales
expriment en outre l’epithelial membrane antigen (EMA) et l’antigène
carcinoembryonnaire (ACE).
Sur le plan cytogénétique, on observe
dans la majorité des cas une translocation entre les chromosomes X
et 18.
3- Aspects évolutifs
:
Quel que soit le type ou le grade histologique, les SS sont de
mauvais pronostic.
Les récidives surviennent dans 80 % des cas
après chirurgie limitée, et 30 % après chirurgie large et radiothérapie.
Les métastases, souvent tardives, surviennent dans la moitié des
cas : elles sont surtout pulmonaires (94 % des cas), plus rarement
ganglionnaires (10 à 21 %).
Si les survies à 5 ans vont, selon les
études, de 96 à 64 %, les survies à 10 ans ne sont que de 20 à 38 %.
B - SARCOMES ÉPITHÉLIOÏDES :
Rares (1,4 % des sarcomes des tissus mous), ils surviennent chez
l’adulte jeune entre 10 et 39 ans (âge moyen de 28 ans avec des
extrêmes de 3 mois à 90 ans), siégeant essentiellement aux
extrémités :
– aux membres supérieurs : 66 % des cas dont 90 % au niveau de la
main et de l’avant-bras et 10 % dans les régions proximales ;
– aux membres inférieurs : 27 % des cas sans prédominance distale
ou proximale.
Les autres sièges sont la tête et le cou, les organes génitaux externes
(grandes lèvres chez la femme) et le tronc.
Le sex-ratio est de 1,8 homme/1 femme.
1- Aspects cliniques
:
La tumeur débute par un nodule ferme, indolore, d’évolution lente
(de quelques mois à 6 ans).
Les formes superficielles
(extrémités distales) vont réaliser volontiers des nodules multiples
notamment après récidives, mobiles par rapport aux plans
profonds ; les formes profondes (racines des membres) sont
représentées par une masse multilobulaire, fixée sur les plans
musculoaponévrotiques et tendineux.
Les localisations génitales se
présentent sous forme d’un nodule unique.
2- Diagnostic différentiel
:
Il est essentiellement celui d’une maladie de Dupuytren.
3- Aspects histologiques, immunohistochimiques
et ultrastructuraux :
La tumeur est faite de nodules souvent creusés de plages de nécrose,
entourées de cellules arrondies d’aspect pseudoépithélial, l’ensemble pouvant réaliser des aspects de granulomes épithélioïdes
et tuberculoïdes.
Les formes de début sont parfois trompeuses, avec
un aspect de fibromatose.
Sur le plan immunohistochimique, les
cellules expriment des marqueurs à la fois conjonctifs (vimentine,
parfois CD 34, antichymotrypsine, actine...) et épithéliaux
(cytokératines, EMA...).
Sur le plan histologique, le diagnostic
différentiel peut se poser avec des lésions granulomateuses
nécrosantes (nodule rhumatoïde, granulome annulaire, granulome
béryllique...), une maladie de Dupuytren, certains carcinomes peu
différenciés, un sarcome à cellules claires et des formes épithélioïdes
d’autres sarcomes (LMS, SN, SS).
L’étude ultrastructurale met en
évidence dans les cellules tumorales des filaments intermédiaires
(kératine et vimentine), des structures réticulogranulaires
correspondant à des filaments dégénérés, et des microfilaments
d’actine.
4- Aspects évolutifs
:
Des récidives locales sous forme de nodules multiples (au nombre
de un à dix), étagés le long des axes tendinoaponévrotiques,
surviennent dans 71 % des cas dans un délai de 6 mois à 3 ans.
Elles
surviennent surtout pour les tumeurs profondes ou mesurant plus
de 3 cm.
Les métastases surviennent dans 30 % des cas chez la
femme et 50 % des cas chez l’homme.
Elles sont plus fréquentes
pour les tumeurs proximales (71 %) que pour les tumeurs distales
(38 %).
Il s’agit de métastases ganglionnaires locorégionales,
pulmonaires, cutanées (cuir chevelu) et hépatiques.
La survie à
6 ans est de 70 %, mais elle n’est que de 50 % à 10 ans.
Sarcomes vasculaires :
Les angiosarcomes (AS) désignent des tumeurs vasculaires malignes
développées à partir des cellules endothéliales.
Le terme
d’hémangioendothéliome est actuellement appliqué à des tumeurs
vasculaires de malignité intermédiaire ou incertaine, comme c’est le
cas de l’hémangioendothéliome épithélioïde que nous étudions plus
loin.
S’il existe très probablement des sarcomes développés à partir des
vaisseaux sanguins (hémangiosarcomes) ou à partir des vaisseaux
lymphatiques (lymphangiosarcomes), et si l’arrivée de nouveaux
anticorps monoclonaux devrait permettre la distinction entre cellules
endothéliales capillaires et lymphatiques, la caractérisation précise
de ces deux types de sarcomes n’est pas encore possible.
Aussi, le
terme générique d’angiosarcome reste encore aujourd’hui justifié.
A - ANGIOSARCOMES :
1- Incidence et facteurs étiologiques :
Les AS représentent environ 1 % de tous les sarcomes et leur siège
de prédilection est la peau, ce qui contraste avec la localisation le
plus souvent profonde des autres sarcomes.
Le lymphoedème
chronique est le facteur prédisposant le plus fréquent.
Il est à
l’origine d’une variété clinique d’AS décrite par Stewart et Treves en
1948.
Le second facteur étiologique est la radiothérapie.
Les autres
circonstances d’apparition d’un AS sont plus anecdotiques : fistules artérioveineuses, sites d’implantation de matériel étranger.
De
même, la transformation maligne d’une lésion bénigne préexistante
est exceptionnelle.
2- AS non associés au lymphoedème :
Ce sont les AS les plus fréquents, apparaissant chez les personnes
âgées de plus de 60 ans, un peu plus souvent chez l’homme que
chez la femme (sex-ratio 3/2), au niveau de la tête et du cou, et plus
précisément au niveau du cuir chevelu et du front.
* Aspects cliniques
:
Le début est le plus souvent insidieux, avec apparition d’une lésion
faussement anodine à type de tache maculeuse, bleutée,
ecchymotique, dont les limites floues s’infiltrent progressivement.
Il
peut s’agir aussi d’un oedème plus ou moins inflammatoire.
Très
rapidement, l’aspect devient franchement tumoral, avec formation
de plaques et de nodules violacés, hémorragiques, qui peuvent
s’ulcérer et qui se multiplient.
Le caractère multifocal est une des
particularités de cette tumeur dont le degré d’extension est très
difficile à apprécier, débordant les limites cliniquement visibles.
En
quelques mois, la tumeur peut envahir l’ensemble du cuir chevelu,
du visage, et s’étendre à la partie supérieure du tronc.
* Aspects histologiques, immunohistochimiques et ultrastructuraux
:
La prolifération vasculaire se développe dans toute l’épaisseur du
derme et envahit progressivement l’hypoderme et parfois le fascia.
La plupart des AS comportent des zones de différenciation variable.
Les zones les mieux différenciées forment des structures vasculaires
de taille et de forme irrégulières, disséquant les fibres de collagène
et les cellules adipeuses.
Ces vaisseaux communiquent entre eux en
formant un réseau anastomotique complexe.
Ils sont tapissés de
cellules endothéliales irrégulièrement disposées, parfois empilées,
avec formation de papilles flottant dans les lumières vasculaires.
Les
cellules sont de grande taille avec des noyaux hyperchromatiques.
Dans les zones indifférenciées, de haut grade de malignité, la
prolifération est plus compacte, faite de cellules pléiomorphes
comportant un index mitotique élevé.
La mise en évidence d’un
réseau de réticuline peut aider au diagnostic.
Surtout, la confirmation du diagnostic est apportée par les études immunohistochimiques utilisant un panel d’anticorps, ayant pour
buts d’éliminer une autre tumeur si l’échantillon biopsique a porté
sur une zone dédifférenciée, et de mettre en évidence la nature
vasculaire de la prolifération.
Le CD 31 (molécule d’adhésion plaquette-cellule endothéliale) est le marqueur vasculaire qui est le
plus utile, plus spécifique et plus sensible que l’antigène lié au
facteur VIII, la lectine Ulex Europeus et le CD 34.
L’expression du
Fli-1 est utilisée, aujourd’hui, dans le diagnostic des tumeurs
vasculaires.
La microscopie électronique est peu utile au diagnostic, les
marqueurs morphologiques de l’origine vasculaire étant surtout
trouvés dans les formes bien différenciées : vésicules de pinocytose
le long des membranes plasmiques soulignées par une membrane
basale, filaments intracytoplasmiques et corps de Weibel-Palade.
* Diagnostic différentiel :
Aucun autre diagnostic clinique ne se pose que celui d’AS devant
l’installation récente chez une personne âgée d’une tache angiomateuse ou ecchymotique du visage et du cuir chevelu en
l’absence de traumatisme.
Le diagnostic histologique peut être au début difficile dans les
formes bien différenciées, avec un hémangiome ou un
lymphangiome ou une maladie de Kaposi.
L’hyperplasie angiolymphoïde, que l’on peut discuter cliniquement, se distingue
par son organisation architecturale et par l’infiltrat
d’accompagnement.
L’angiomatose bacillaire, le granulome pyogénique récidivant sont facilement reconnus par le terrain sur
lequel ils surviennent.
Dans les formes indifférenciées, les études immunohistochimiques
permettent d’éliminer, en général, un carcinome et les
autres sarcomes.
* Évolution et traitement :
Le pronostic est sombre.
Ceci est lié au fréquent retard de
consultation pour des lésions en apparence bénigne chez
des patients âgés, au caractère multifocal de la tumeur
et à l’inefficacité des traitements.
La plupart des séries rapportent des taux
de survie à 5 ans de 12 à 25 % avec une survie moyenne
de 15 à 20 mois. Le facteur pronostique déterminant est
la taille de la tumeur au moment du diagnostic, la
frontière se situant à 5 cm.
Les autres facteurs comme le sexe, le
siège et le grade histologique ne sont pas corrélés au
pronostic.
Le décès survient par extension locale et
métastases.
Récidives et métastases apparaissent dans
les 2 ans qui suivent le diagnostic.
Les métastases ganglionnaires surviennent
dans 20 à 30 % des cas, ce qui est beaucoup plus
fréquent que dans les autres sarcomes.
Elles peuvent aussi se développer dans le
poumon, le foie et la rate.
Le traitement n’est pas codifié et les
modalités thérapeutiques font appel à la chirurgie, la
radiothérapie et la chimiothérapie, chaque méthode
utilisée seule n’étant pas satisfaisante.
Un travail récent, portant sur 14
patients, montre que l’association d’une chirurgie
d’exérèse des tumeurs cliniquement visibles et d’une
radiothérapie très large apporte un taux de survie à 5
ans de 50 %.
Toutefois, l’addition d’un traitement
systémique apparaît impératif pour contrôler les
récurrences locales, qui peuvent survenir à très grande
distance du site traité, et les métastases.
3- Angiosarcome sur lymphoedème :
Ce sont Stewart et Treves qui ont, en 1948, décrit cette variété
clinique d’AS dont le dénominateur commun est leur
développement sur un lymphoedème chronique.
Près de 90 %
d’entre eux apparaissent sur le membre supérieur dans les suites
d’une mammectomie associée à un curage ganglionnaire axillaire
pour cancer du sein.
Plus rarement, l’AS se développe au niveau de
la paroi abdominale après curage inguinal pour carcinome des
régions génitale ou pelvienne ou sur lymphoedème d’un membre,
d’origine congénitale, traumatique, filarienne ou idiopathique.
Le
délai d’apparition du sarcome est variable, en moyenne 10 ans après
le traitement, souvent plus long encore sur les lymphoedèmes
congénitaux ou idiopathiques.
Les mécanismes pathogéniques sont
mal compris.
L’obstruction lymphatique, une dysrégulation
immunitaire locale, la radiothérapie souvent associée au traitement
du carcinome initial sont les facteurs invoqués.
* Aspects cliniques
:
Comme pour les AS de la tête et du cou, le début est insidieux,
marqué par l’apparition d’une ou plusieurs lésions bleuâtres
infiltrées sur une peau profondément remaniée par le lymphoedème.
Ces lésions deviennent peu à peu nodulaires et confluent en larges
plaques violacées s’infiltrant et s’ulcérant.
Le degré d’extension peut
être considérable, avec atteinte de tout le membre et diffusion à la
paroi thoracique.
* Aspects histologiques :
Ils ne sont guère différents des autres AS.
La constatation, dans
quelques cas, de zones de lymphangiomatose qui représenteraient
un stade prolifératif précancéreux, est le seul argument pour penser
que ces sarcomes sont d’origine lymphatique.
Les études immunohistochimiques, plus que la microscopie
électronique, permettent d’affirmer la nature vasculaire de la tumeur
et d’éliminer une extension locorégionale du carcinome initial.
* Diagnostic différentiel :
Il se pose essentiellement avec la maladie de Kaposi, notamment
lorsque l’angiosarcome siège aux membres inférieurs, voire au dos.
* Évolution et traitement :
L’absence de standards thérapeutiques empêche une analyse précise
des résultats.
Le taux de survie est quoi qu’il en soit faible, inférieur
à 3 ans dans la plupart des séries.
Le caractère multifocal du sarcome
ne permet le plus souvent qu’une chirurgie palliative.
Les métastases pleuropulmonaires sont
fréquentes et responsables de la plupart des décès.
4- Angiosarcomes postradiothérapie :
Leurs aspects cliniques et histologiques sont comparables aux autres
AS, et il s’agit de sarcomes de haut grade de malignité, de très
mauvais pronostic.
Ils apparaissent sur le site d’une radiothérapie, 3
à 5 ans après la fin du traitement et ne sont pas associés à un lymphoedème.
B - HÉMANGIOENDOTHÉLIOME ÉPITHÉLIOÏDE :
L’hémangioendothéliome épithélioïde (HEE) a été individualisé par
Weiss et Enzinger en 1982.
Pour cette tumeur vasculaire de malignité
incertaine ou intermédiaire, les auteurs ont choisi l’appellation
d’hémangioendothéliome.
La peau et le tissu sous-cutané sont un
des sites privilégiés, bien que les localisations hépatiques,
pulmonaires ou osseuses soient plus fréquentes.
Il survient chez les
adultes jeunes, un peu plus souvent chez la femme.
1- Aspects cliniques
:
La présentation clinique des HEE est variable.
Il peut s’agir d’une
tumeur unique nodulaire, érythémateuse, parfois douloureuse, de
croissance lente et de siège ubiquitaire.
Les tumeurs souscutanées
n’ont guère de particularités cliniques et sont plus
volontiers localisées aux extrémités des membres.
Les lésions peuvent aussi être multiples.
Ce sont alors une à quelques dizaines
de papulonodules disséminés mesurant quelques millimètres de
diamètre, de couleur rose ou rouge, à surface lisse ou kératosique.
2- Aspects histologiques et immunohistochimiques
:
La prolifération tumorale se développe dans le derme ou le tissu
sous-cutané.
Elle est caractérisée par la présence de cellules
endothéliales isolées ou groupées en cordons ou pseudotubes.
Elles sont dites épithélioïdes, polygonales ou ovoïdes,
possédant un cytoplasme abondant et clair et des vacuoles
intracytoplasmiques qui peuvent contenir des globules rouges, ce
qui témoigne d’une différenciation vasculaire incomplète.
Le degré
des atypies nucléaires, de même que l’index mitotique, sont
variables.
Le stroma est souvent myxoïde, typiquement dépourvu
d’infiltrat inflammatoire, et en particulier de polynucléaires
éosinophiles.
Dans le tissu sous-cutané, la tumeur naît de la paroi
d’une veine de gros ou moyen calibre.
L’étude immunohistochimique indispensable confirme la nature
vasculaire de la tumeur qui exprime le facteur VIII, le CD 31 et
parfois le CD 34, tandis que les marqueurs épithéliaux sont en
principe négatifs.
3- Diagnostic différentiel :
Cliniquement, selon la topographie et le nombre des lésions
observées, on peut évoquer une maladie de Kaposi, une hyperplasie angiolymphoïde, des granulomes pyogéniques ou une angiomatose
bacillaire.
Histologiquement, la métastase cutanée d’un carcinome est
facilement éliminée par le phénotype immunohistochimique.
Plus
difficilement, on écarte un angiosarcome dont il existe une variété
épithélioïde.
La distinction entre HEE et autres proliférations
vasculaires épithélioïdes peut être difficile, à la fois cliniquement et
histologiquement.
4- Évolution et traitement
:
Une des particularités de l’HEE est son caractère plurifocal, et l’on
s’interroge toujours pour savoir, dans le cas de localisations
multiples et notamment cutanéoviscérales, s’il s’agit d’une maladie
métastatique ou d’une tumeur multifocale d’emblée.
Le bilan
d’extension, dirigé vers la recherche d’une atteinte pulmonaire
(scanner thoracique), hépatique (échographie et/ou scanner
abdominal) et osseuse (radiographies du squelette), permet parfois
de constater, dès le moment du diagnostic, l’existence d’une maladie
disséminée.
Le comportement évolutif des HEE est difficile à
évaluer.
Le pronostic semble dépendre du site initial de
développement de la tumeur.
Ainsi, le taux de mortalité est estimé à
13 % pour les HEE des tissus mous, à 35 % pour les HEE hépatiques
et 65 % pour les HEE pulmonaires.
Par ailleurs, il semble que les
atteintes multifocales d’emblée ont une évolution un peu plus
bénigne.
Les critères histologiques habituellement considérés comme
de mauvais pronostic ne semblent pas applicables à l’HEE.
Les choix thérapeutiques sont limités. Lorsque la tumeur est unique,
l’exérèse chirurgicale simple est indiquée.
La chirurgie radicale n’est
évidemment pas possible dans les formes disséminées.
Aucune
chimiothérapie n’est efficace.
L’interféron alpha ne l’est guère
davantage.
C
- HÉMANGIOPÉRICYTOME MALIN :
Nous ne consacrons que quelques lignes à cette variété de tumeur
vasculaire, en raison de sa localisation exceptionnelle au niveau de
la peau, et surtout des incertitudes qui persistent sur son origine et
son individualité.
On l’a décrite comme une tumeur sous-cutanée
volontiers douloureuse, de siège ubiquitaire et survenant surtout
chez l’adulte jeune.
Le diagnostic est histologique et évoqué devant
une prolifération de cellules polygonales, ovoïdes ou fusiformes
organisées autour de structures vasculaires formant un réseau dont
la forme est comparée à des bois de cerf.
Il existe une fusion
progressive entre les péricytes et les cellules tumorales.
Les
colorations argentiques mettent en évidence un lacis de fibres réticuliniques entourant chaque cellule tumorale.
Les études immunohistochimiques et en microscopie électronique permettent
surtout d’éliminer une autre tumeur.
Il s’agit en effet d’un diagnostic
d’exclusion, car de nombreuses tumeurs (SS, HFM, LMS,
mélanome...) peuvent avoir des zones de différenciation, parfois
prédominantes, de type hémangiopéricytome.
Le traitement est
chirurgical.
Mélanome des tissus mous
(sarcome à cellules claires) :
L’intégration de cette tumeur dans une mise au point consacrée aux
sarcomes cutanés est discutable, mais dans la mesure où certains
auteurs continuent à parler de sarcome à cellules claires, nous lui
réservons quelques lignes.
D’histogenèse longtemps discutée, ce sarcome d’aspect histologique
très particulier est maintenant considéré comme un mélanome des
parties molles sans connexion avec les sites de présence habituelle
des mélanocytes.
Cependant, des données cytogénétiques tendent à
lui préserver son originalité par rapport aux mélanomes.
1- Aspects cliniques
:
Il s’agit d’une tumeur de l’adulte jeune entre 20 et 40 ans avec des
extrêmes de 7 à 83 ans. Le sex-ratio est de 1.
Souvent étroitement liée à des structures tendinoaponévrotiques, cette tumeur siège dans
69 % des cas au membre inférieur, notamment le pied (31 %), et dans
23 % des cas sur le membre supérieur, avec 10 % des cas sur la main.
Le plus souvent, il s’agit d’une masse de croissance lente peu ou pas
douloureuse apparue en moyenne 2,9 ans auparavant (avec des
extrêmes allant de 1 mois à 30 ans).
La tumeur mesure en moyenne
4 cm (de 1 à 20 cm) au moment du diagnostic.
2- Aspects histologiques :
Il s’agit d’une prolifération monomorphe faite de grandes cellules
fusiformes au cytoplasme clair ou faiblement éosinophile, agencées
en lobules ou en faisceaux.
Il existe dans deux tiers des cas des
cellules plurinucléées.
Dans 72 % des cas, on retrouve de la mélanine intracytoplasmique.
Par ailleurs, les cellules tumorales expriment
dans 90 % des cas la PS100 et l’HMB 45.
L’origine mélanocytaire est
en outre confirmée par la mise en évidence de mélanosomes en
microscopie électronique.
3- Aspects évolutifs
:
Le taux de récidive locale est élevé (47 %) avec des récidives
volontiers multiples, et un délai moyen d’apparition de 4,6 ans
(entre 1 mois et 22 ans).
Elles ne semblent pas avoir d’incidence sur
la survie.
Les métastases sont fréquentes (67 %), se développant en
moyenne en 3,2 ans, mais parfois très tardives (31 ans).
Elles sont
avant tout ganglionnaires et pulmonaires, puis osseuses, cutanées et
hépatiques.
Leur survenue semble liée au volume initial de la
tumeur (plus fréquentes quand celle-ci mesure 5 cm de diamètre ou
plus).
Cinquante-six pour cent des patients décèdent et la survie à
5 ans est de 43 % ; celle à 10 ans n’est que de 18 %.
Sarcomes neurogéniques :
Anciennement appelés schwannomes malins ou neurofibrosarcomes,
puis SN, ces tumeurs, nées de certains composants des nerfs (cellules
de Schwann ou fibroblastes du périnèvre) tendent à être regroupées
par l’Organisation mondiale de la santé sous le terme de « tumeurs
malignes des gaines des nerfs périphériques ».
Ces SN représentent
5 à 10 % des sarcomes des parties molles. Ils surviennent dans la
moitié des cas dans le cadre d’une neurofibromatose de type 1 (NF1)
ou maladie de Von Recklinghausen, l’incidence, dans le cadre d’une
NF1, étant diversement appréciée (de 2 à 29% selon les études).
Il
s’agit d’une tumeur de l’adulte entre 20 et 50 ans, l’âge moyen de
survenue étant peut-être plus précoce lors d’une NF1 (29 à 36 ans)
que sans NF1 (40 à 44 ans).
Des cas ont cependant été rapportés
chez l’enfant.
Dans les cas sporadiques, le sex-ratio est de 1, alors
que dans les cas de NF1, la prédominance masculine de ces
sarcomes (80 %) est parallèle à celle observée dans cette maladie.
Si
le rôle d’une intervention antérieure sur neurofibrome reste très
discuté, 10 % des SN sur NF1 ont subi une irradiation dans les 15
ans précédents.
1- Aspects cliniques :
La tumeur se manifeste avant tout, soit par l’apparition d’une masse
de novo, soit par une augmentation de volume d’un neurofibrome
préexistant.
Il peut s’y associer des douleurs, notamment quand la
tumeur naît d’un gros tronc nerveux.
La taille est très variable au
moment du diagnostic, de 2,5 à 45 cm.
2- Aspects histologiques
:
Ils se caractérisent par un très grand polymorphisme d’une tumeur
à l’autre ou au sein d’une même tumeur : peuvent s’observer des
zones lâches myxoïdes ou à type de neurofibrome, des zones plus
denses avec des ébauches d’agencement palissadique, de
corpuscules de Meissner, des zones « léiomyosarcomateuses », des
plages de cellules pseudoépithéliales.
Les atypies sont variables,
parfois très marquées comme dans un HFM.
3- Aspects immunohistochimiques :
Dans 50 à 90 % des cas, il existe une expression de la PS100, en règle
limitée à quelques amas de cellules tumorales.
Dans 50 % des cas
s’observe une expression du CD 57 (Leu 7).
4- Aspects ultrastructuraux :
Certaines cellules tumorales comportent de longs prolongements
cytoplasmiques enchevêtrés, des jonctions peu nombreuses, une
membrane basale péricellulaire souvent incomplète, des grains
neurosécrétoires, des microfilaments. Dans la matrice extracellulaire,
on peut observer du collagène à longue périodicité.
5- Aspects évolutifs
:
La plupart des SN sont des sarcomes de haut grade de malignité.
Les récidives sont fréquentes, survenant dans 20 à 87 % des cas.
Dans 65 % des cas se développent (en 14 à 18 mois) des métastases
pulmonaires, osseuses, pleurales ou rétropéritonéales.
Les
métastases ganglionnaires sont exceptionnelles.
À noter la possibilité
dans les NF1 de voir apparaître deux SN concomitants.
Sarcomes de l’enfant
:
Ils méritent un chapitre particulier car leur type et leur évolutivité
sont bien différents des sarcomes de l’adulte.
A - RHABDOMYOSARCOME (RMS) :
Les RMS sont les sarcomes des tissus mous les plus fréquents chez
l’enfant de moins de 15 ans.
Ils représentent 6 à 7% des cancers de
l’enfant.
L’âge moyen de survenue est de 8 ans, et près de 2 %
d’entre eux sont présents dès la naissance. Ils sont un peu plus
fréquents chez le garçon.
Près de 15 % des RMS siègent aux
membres (avant-bras, main, pied surtout), les deux autres
localisations préférentielles concernant peu le dermatologue (tête et
cou, tractus génito-urinaire et rétropéritoine).
Il s’agit d’une masse
sous-cutanée de croissance plus ou moins rapide.
Quatre types histologiques principaux sont retenus dans la
classification conventionnelle :
– le RMS embryonnaire, le plus fréquent (50 à 60 %) siège parfois
aux membres.
Il est représenté par une prolifération fusocellulaire
associée à un stroma myxoïde ;
– le RMS botryoïde (5 à 10 %) est un variant du premier type et se
caractérise par son aspect polypoïde en « grappe de raisin ».
Il
intéresse surtout les organes creux (vagin, vessie...) et peut
s’extérioriser à la peau, au niveau du pelvis ;
– le RMS alvéolaire (20 %) est une tumeur de l’enfant et l’adolescent
caractérisée par une prolifération de volumineuses cellules rondes.
L’architecture est alvéolaire avec formation de fentes entre les
cellules tumorales, alignées le long de septa fibrovasculaires ;
– le RMS pléiomorphe (moins de 5 %) est le type histologique
rencontré chez les adultes de plus de 40 ans au niveau des muscles
des membres.
Le diagnostic de RMS, difficile, doit tenir compte du siège de la
tumeur, de son aspect histologique, des études immunohistochimiques
(expression de la desmine, de l’actine, de la
myoglobine), de la microscopie électronique (présence de
myofilaments), et parfois d’une analyse cytogénétique
(translocations spécifiques dans les RMS alvéolaires).
Le pronostic est fonction de l’âge, du siège de la tumeur qui
détermine les possibilités d’exérèse chirurgicale, du type
histologique, et bien sûr du degré d’extension au moment du
diagnostic.
Le traitement associe chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie.
Quatre groupes ont été définis pour le stade évolutif selon le degré d’extension, local, régional, général, et selon les possibilités
d’exérèse.
Dans le groupe I, la survie à 5 ans est de plus de 85 %.
B - SARCOME D’EWING EXTRASQUELETTIQUE ET MPNET
:
Ces deux entités appartenant au même spectre de tumeurs sont des
sarcomes survenant essentiellement chez l’enfant, parfois chez
l’adulte jeune de moins de 30 ans.
Leur localisation cutanée
dermique est exceptionnelle mais a néanmoins été rapportée dans
plusieurs cas.
Leur diagnostic est histologique devant des nappes
et des cordons de cellules rondes exprimant le CD 99.
Les études
cytogénétiques sont indispensables pour les différencier d’autres
tumeurs à cellules rondes : carcinome neuroendocrine de Merkel,
neuroblastome, RMS, lymphome lymphoblastique.
L’exérèse chirurgicale (avec radiothérapie et/ou chimiothérapie
selon les centres) en est le traitement.
Dans cette variété cutanée, le
pronostic est favorable sans récidive ni métastases dans la plupart
des cas.
C - FIBROSARCOME CONGÉNITAL ET FIBROSARCOME
DE L’ENFANT :
Ce type de sarcome se développe à la naissance et chez les enfants
de moins de 5 ans.
C’est une masse sous-cutanée de 1 à 20 cm, de
croissance rapide, située aux extrémités des membres.
Il se
caractérise par une prolifération monomorphe de petites cellules
fusiformes exprimant la vimentine.
L’évolution est bonne après
l’exérèse chirurgicale avec 85 % de survie à 5 ans.
Aucun critère ne
permet de prévoir les tumeurs qui vont métastaser.
D - FIBROBLASTOME À CELLULES GÉANTES :
Il a été décrit en 1982 et est considéré comme un analogue juvénile
du fibrosarcome de Darier et Ferrand.
L’âge moyen du diagnostic
est de 3 ans, et il est deux fois plus fréquent chez le garçon.
Il s’agit
d’un nodule dermique ou sous-cutané situé à la cuisse, dans la
région inguinale ou à la paroi thoracique.
La prolifération est
dermique profonde et hypodermique, faite de cellules fusiformes
diversement orientées.
Surtout, on observe des espaces pseudovasculaires ectasiques bordés de cellules géantes.
La
prolifération fusocellulaire exprime la vimentine et le CD 34.
Le
traitement requiert une exérèse chirurgicale large.
Les exérèses
insuffisantes exposent aux récidives comme dans le fibrosarcome de Darier et Ferrand, tumeur que l’on peut aussi voir chez l’enfant.
Aucun cas de métastases n’a été jusqu’à présent rapporté.
E - ANGIOENDOTHÉLIOME MALIN PROLIFÉRANT
ENDOVASCULAIRE OU TUMEUR DE DABSKA :
C’est une tumeur vasculaire exceptionnelle de l’enfant, de malignité
intermédiaire.
Elle se présente comme une masse sous-cutanée ou
superficielle, angiomateuse, sans topographie élective.
Elle est
caractérisée par des cavités bordées de cellules endothéliales formant
des papilles qui se projettent dans les lumières vasculaires.
Le
traitement est chirurgical.
Un seul des rares cas rapportés s’est
accompagné de métastases ganglionnaires et pulmonaires.
Conclusion :
Les sarcomes à expression cutanée sont des tumeurs rares.
Leur
diagnostic peut être difficile.
Il repose avant tout sur l’examen histopathologique ; ce dernier doit porter sur un fragment tumoral de
grande taille, aussi la biopsie doit être chirurgicale afin de rapporter
suffisamment de matériel tumoral.
L’examen anatomopathologique va
porter le diagnostic de sarcome (de tumeur maligne), essayer d’en
préciser le type histogénétique (au besoin à l’aide d’études
immunohistochimiques, voire ultrastructurales) et surtout établir un
grade histopronostique qui permet d’évaluer le risque de métastases et
de décès.
Le bilan d’extension locale est réalisé par échographie ou IRM,
selon la taille de la tumeur ; un bilan d’extension pulmonaire est
systématique.
Les stratégies thérapeutiques dépendent de nombreux
facteurs : siège profond ou superficiel, certains types histogénétiques,
grade histologique.
La prise en charge initiale adéquate de ces tumeurs,
notamment sur le plan chirurgical, est un facteur important du
pronostic, et elle ne peut être effectuée de manière satisfaisante que par
des équipes pluridisciplinaires intégrant dermatologues, chirurgiens,
anatomopathologistes, radiothérapeutes et chimiothérapeutes.