Photothérapie et photochimiothérapie par ultraviolets
(Suite) Cours de dermatologie
Indications en fonction
de la dermatose
:
A - PSORIASIS :
1- PUVAthérapie :
À condition d’administrer des doses subérythémales, un
blanchiment du psoriasis vulgaire est obtenu dans 80 à 95 % des
cas :
– par la PUVAthérapie orale en 15 à 30 séances, pour une dose totale
d’UVA d’environ 100 J/cm2 (60 à 150 J/cm2),
les modules pour irradiations localisées étant réservés aux psoriasis
palmoplantaires ;
– par la balnéoPUVAthérapie en 15 à 20 séances, pour une dose
totale d’UVA d’environ 25 J/cm2 (15 à 60 J/cm2).
Les limites de la PUVAthérapie sont liées à certaines localisations
plus réfractaires (coudes, genoux, jambes) ou inaccessibles aux UV
(cuir chevelu, pubis, organes génitaux, sillon interfessier).
Le
traitement d’entretien augmente les doses cumulées d’UVA et sera
limité au minimum.
Les psoriasis pustuleux et érythrodermiques
ne sont pas de bonnes indications (aggravation possible).
Des traitements locaux peuvent être associés à la PUVAthérapie :
– un émollient qui peut être appliqué quelques minutes avant la
séance sur les plaques psoriasiques résistantes, à condition d’utiliser
une huile qui augmente la transmission des UVA, comme l’huile de
paraffine ;
– une crème dermocorticoïde car elle absorbe très peu les UV et
constitue une association synergique ;
– une pommade ou une crème à 50 íg/g de calcipotriol (Daivonext)
qui, à condition d’être appliquée biquotidiennement, entraîne un
bénéfice synergique permettant une diminution de la dose cumulée
d’UVA et du nombre de séances ; cependant, du fait d’une
absorption des UV par le topique au calcipotriol, elle ne sera pas
appliquée le matin de la séance ;
– les préparations salicylées, nécessaires pour décaper les plaques hyperkératosiques, ne doivent pas être appliquées avant les séances
du fait de l’effet photoprotecteur de l’acide salicylique qui absorbe
plus les UVB que les UVA ;
– les pommades à base de coaltar ou d’anthraline, qui affectent la
transmission des UVA, seront soigneusement retirées avant les
séances.
L’association acitrétine-PUVAthérapie est synergique dans le
psoriasis, bénéfice démontré par deux études contrôlées.
Cette
association, qualifiée de l’acronyme RE- (pour rétinoïde) PUVA,
permet une augmentation du nombre de malades blanchis (95 % des
cas), une diminution du nombre de séances (15 séances) et une
réduction de la dose cumulée d’UVA (d’environ 40 %), ce qui laisse
espérer une diminution de risque photocarcinogène.
L’introduction du rétinoïde ne modifie pas le protocole habituel de
PUVAthérapie.
La posologie du psoralène et l’horaire de la séance
d’irradiation UVA restent inchangés dans la mesure où le rétinoïde
ne modifie pas les paramètres pharmacocinétiques du 8-MOP. Les
doses d’UVA délivrées sont celles du protocole traditionnel.
Le schéma de RE-PUVA le plus souvent utilisé dans le psoriasis est
le suivant : l’acitrétine est débutée à la dose de 35 mg/j, 2 semaines
avant la PUVAthérapie, posologie diminuée à 25 mg/j pendant la
durée de la photothérapie, puis réduite à la dose minimale efficace
pendant une éventuelle phase d’entretien par acitrétine seule.
Du fait des effets secondaires des rétinoïdes et de la nécessité d’un
traitement prolongé pendant plusieurs mois, la RE-PUVA doit être
considérée comme un traitement de seconde intention des psoriasis
sévères et étendus, soit en situation de rechute ou de résistance
malgré une photochimiothérapie bien conduite, soit ayant déjà reçu
des doses élevées d’UV (dose cumulée supérieure à 1 000 J/cm2
d’UVA).
La combinaison avec le méthotrexate (15 mg par semaine), utilisé
seul pendant 3 semaines puis associé à la PUVAthérapie jusqu’au
blanchiment (la photothérapie étant ensuite continuée seule en
traitement d’entretien), est une association synergique qui doit
être réservée aux psoriasis très sévères.
Elle est cependant plutôt
déconseillée du fait de la possibilité d’accidents phototoxiques et de
majoration du risque carcinogène.
L’association de ciclosporine à la PUVAthérapie est également
synergique, le bénéfice étant cependant inférieur à celui obtenu par
la RE-PUVA. Elle n’est pas recommandée du fait de la
potentialisation possible du risque carcinogène.
2- Photothérapies UVB :
*
Photothérapie UVB à large spectre
:
Associée au goudron de houille (technique de Goeckerman), à
l’anthraline (technique d’Ingram), aux émollients ou au
calcipotriol, elle fournit de bons résultats (60 à 70 %) mais
cependant inférieurs à ceux de la PUVAthérapie.
Elle est efficace
contre le psoriasis des sujets VIH +.
L’association d’acitrétine aux UVB (RE-UVB) améliore la réponse au
traitement et diminue la dose totale d’UVB reçue.
La prise concomitante de 8-MOP n’augmente pas l’efficacité des UVB à spectre large, contrairement aux UVA.
*
Photothérapie UVB à spectre étroit (TL01)
:
Elle est plus efficace dans le psoriasis (80 à 90 % de bons résultats), pour une dose cumulée de 20 à 30 J/cm2 obtenue en 15 à
30 séances, que les UVB à spectre large et mieux tolérée à court
terme en raison du risque plus faible d’érythème phototoxique.
Si
elle constitue une alternative à la PUVAthérapie de par sa simplicité
d’emploi (pas de psoralève), ses résultats sont cependant légèrement inférieurs à ceux obtenus avec la PUVAthérapie, qui reste la
photothérapie de première intention dans les psoriasis sévères.
L’association avec le calcipotriol topique est synergique mais
celui-ci ne doit pas être débuté quand la photothérapie est déjà
entamée (risque phototoxique).
L’association aux rétinoïdes (RETL01)
est d’un grand intérêt, les résultats étant cependant
légèrement inférieurs à ceux obtenus avec la RE-PUVA.
La prise concomitante de 8-MOP (P-TL01) est efficace,
permettant d’obtenir des résultats identiques à ceux de la
PUVAthérapie.
L’intérêt de la P-TL01 est néanmoins limité :
mêmes effets secondaires, contraintes de l’utilisation des psoralènes
oraux, méconnaissance des effets secondaires à long terme
(photocarcinogenèse).
*
Photothérapie UVAB :
Elle est peu utilisée et d’efficacité inférieure à celle de la PUVA.
B - MYCOSIS FONGOÏDE :
1- PUVAthérapie :
L’efficacité de la PUVAthérapie dans les stades initiaux du MF est
connue depuis 20 ans et récemment confirmée comme
traitement de première intention ; cependant l’amélioration du
pronostic vital reste à confirmer.
Son mode d’action est mal connu :
inhibition de la synthèse de l’ADN, cytotoxicité directe, modulation
immunitaire ?
Le protocole de référence est proche du protocole « doux » utilisé
dans le psoriasis, comportant un traitement d’attaque par
trois séances par semaine, suivi d’un traitement d’entretien avec
espacement progressif des séances : une fois par semaine pendant
1 mois, puis une fois toutes les 2 semaines pendant 2 mois, puis une
fois toutes les 3 semaines pendant 3 mois, enfin une fois par mois
pendant plusieurs années.
Si la nécessité de la photothérapie
d’entretien est contestée par certains, il est admis, pour le MF, de
dépasser la dose cumulée de 1 500 J/cm2, le risque carcinogène à
long terme paraissant acceptable.
La PUVAthérapie est un très bon traitement du MF en plaques sans
atteinte ganglionnaire, permettant d’obtenir une rémission complète
(clinique et histologique) dans 80 % des stades IA (atteinte de moins
de 10 % de la surface cutanée) et dans 60 % des stades IB (atteinte
de plus de 10 % de la surface cutanée).
Cette rémission est obtenue
après environ 3 mois et 150 J/cm2 et se maintient à 5 ans dans
58 % des stades IA et dans 25 % des stades IB. Les rechutes sont
souvent sensibles à une reprise de la PUVA.
Dans les formes
tumorales ou érythrodermiques (syndrome de Sézary), la
PUVAthérapie est habituellement peu efficace.
Certaines associations thérapeutiques sont d’intérêt :
– corticothérapie générale, permettant de réduire la photosensibilité
de certains MF ;
– rétinoïdes (RE-PUVA), permettant d’obtenir un blanchiment plus
rapide et d’espérer une prolongation de la durée de rémission.
L’acitrétine est débutée à 35 mg/j pendant la phase d’attaque
de la PUVAthérapie, puis réduite à 20 mg/j pendant la photothérapie
d’entretien ;
– chimiothérapie locale, la méchloréthamine étant appliquée sur les
sites sous-irradiés ou en cas de récidive localisée ;
– interféron alpha, permettant d’augmenter le taux de réponse
clinique à la PUVAthérapie.
2- Photothérapies UVB :
Les UVB à large spectre représentent une alternative à la PUVA,
bien qu’ils soient théoriquement moins adaptés, ne pénétrant pas
jusqu’à la composante profonde de l’infiltrat.
Une étude
rétrospective fait état d’une rémission complète (73 % des cas) et
prolongée dans les stades de début du MF.
C - PARAPSORIASIS :
1- Parapsoriasis en grandes plaques
:
Celui-ci étant considéré comme un état prélymphomateux ou un MF
de stade I, la PUVAthérapie est le traitement le plus utilisé dans les formes
disséminées.
Le protocole est identique à celui du MF
(permettant un blanchiment dans 80 % des cas) mais le
traitement d’entretien est limité à quelques mois.
2- Parapsoriasis digitiforme
:
Pour cette dermatose chronique bénigne, la PUVAthérapie
n’est justifiée que dans les formes étendues, pouvant
permettre des rémissions prolongées.
3- Parapsoriasis en « gouttes »
:
Ils peuvent revêtir trois formes cliniques : chronique, leucomélanodermique et aiguë varioliforme.
L’amélioration des
lésions sur les zones exposées au soleil a fait utiliser, pour les parapsoriasis en « gouttes » chroniques et étendus, la PUVAthérapie
ou les UVB à large spectre.
D - DERMATITE ATOPIQUE :
L’amélioration estivale de la DA a fait utiliser plusieurs techniques
de la photothérapie : PUVAthérapie, photothérapies UVB, UVA ou
mixtes UVAB.
1- PUVAthérapie :
Avec un protocole « doux », les résultats du traitement
d’attaque sont satisfaisants avec 70 à 93 % de malades blanchis au
moins à 95 %, en 15 à 50 séances (25 en moyenne), pour une dose
cumulée moyenne d’UVA entre 80 et 280 J/cm2 d’UVA.
C’est
environ deux fois le nombre d’irradiations nécessaires pour blanchir
un psoriasis.
En revanche, le traitement d’entretien paraissait peu efficace lors des
études initiales, la plupart des patients rechutant dès l’espacement
des séances.
Deux études récentes chez l’enfant remettent en lumière
l’intérêt d’un traitement d’entretien : chez des enfants atteints de DA
très sévère et handicapante, l’arrêt de la PUVAthérapie sans rechute
a pu être obtenu dans 70 % des cas grâce à une diminution très
progressive du rythme des séances, au prix d’une durée
thérapeutique prolongée (37 semaines) et d’une dose cumulée
d’UVA élevée de 371 J/cm2 à 1 118 J/cm2.
Si 60 % de ces enfants
étaient encore en rémission plus d’une année après l’arrêt de la PUVA, le principe de la photothérapie d’entretien pose le problème
des risques à long terme, en particulier chez l’enfant.
Si la tolérance est généralement bonne, trois particularités doivent
cependant être notées chez l’atopique : l’intensité de la xérose photoinduite
(nécessitant l’application d’émollients), une photosensibilité
particulière du visage, la possibilité de photodéclenchement d’un
herpès facial (risque potentiel de dissémination).
2- Photothérapies UV :
La photothérapie UVB à large spectre n’est plus utilisée seule dans
la DA.
La photothérapie UVB à spectre étroit (TL01) fournit des résultats
très intéressants dans les DA sévères de l’adulte et de l’enfant,
avec 80 % de malades très améliorés après 20 à 30 séances, pour
une dose cumulée moyenne d’UVB de 35 J/cm2 chez l’adulte et de
18 J/cm2 chez l’enfant.
De plus, la consommation de dermocorticoïdes puissants est considérablement diminuée,
d’environ 90 %. Dans les 6 mois après l’arrêt de la photothérapie,
une rechute est observée chez 28 à 50% des patients.
La photothérapie UVAB est la thérapeutique de référence :
plus de 90 % des patients sont blanchis ou très améliorés en
18 séances en moyenne, pour une dose totale de 1,8 J/cm2 d’UVB et de 104 J/cm2 d’UVA.
Trois mois après la fin de la photothérapie, 50 %
des sujets présentent malheureusement une récidive cédant plus
rapidement à une deuxième cure.
La photothérapie UVA1 s’est révélée efficace très rapidement dans la
DA en poussée, avec une diminution du score de sévérité de 50 %
en six séances seulement, à condition d’utiliser des doses très
importantes (15 séances journalières de 130 J/cm2).
Si les effets
indésirables sont mineurs (sensation de chaleur, xérose), la longueur
de la séance (45 minutes) en limite l’utilisation pratique.
De plus, le
risque à long terme de cette nouvelle photothérapie doit être précisé,
compte tenu des doses élevées d’UVA délivrées.
3- En pratique
:
La photothérapie occupe une place importante dans l’arsenal
thérapeutique de la DA, mais n’en reste pas moins un traitement
symptomatique qui doit être réservé aux formes sévères et résistant
aux thérapeutiques habituelles chez les adultes et les adolescents.
Elle permet de passer un cap difficile et de réduire la quantité de
corticoïdes locaux appliqués.
Si plusieurs modalités de photothérapie sont en compétition, la
technique à choisir en première intention est actuellement la
photothérapie UVB + UVA, du fait d’une efficacité supérieure et
d’une réduction des effets secondaires.
Deux techniques peuvent
être considérées comme alternatives :
– la PUVAthérapie, qu’il faudrait prolonger par un traitement
d’entretien, tout en sachant que son risque carcinogène est bien
établi, imposant de ne pas dépasser une dose cumulée d’UVA de
1 500 J/cm2 ;
– la photothérapie UVB à spectre étroit, dont les modalités doivent
être codifiées.
L’association TL01 + UVA paraît a priori intéressante,
mais nécessite une étude comparative avec la photothérapie UVAB.
E - PHOTODERMATOSES :
1- Lucite estivale bénigne - lucite polymorphe
:
La PUVAthérapie constitue le traitement préventif le plus efficace de
la LEB, 80 à 90 % des patients ne présentant pas de poussée lors des
expositions solaires ultérieures.
Elle est débutée 2 mois avant
les vacances d’été, à raison de deux à trois séances par semaine,
pour un total de 15 à 20 séances.
En cas de
déclenchement d’une éruption de LEB sous PUVAthérapie (15 % des
cas environ), le traitement est repris à la dose antérieure pendant
deux séances, en associant au besoin une corticothérapie locale.
Les
facteurs limitants à cette photochimiothérapie sont le coût (imposant
de réserver la PUVAthérapie aux LEB résistant aux traitements
médicaux préventifs), le caractère astreignant, la limitation à une
seule série annuelle et la répétition des cures chaque année.
La lucite
polymorphe peut nécessiter un traitement plus prolongé, voire un
traitement d’entretien.
La photothérapie UVB à spectre large est moins efficace (60 à 80 %
des cas) et les incidents sont plus fréquents.
La photothérapie UVB-TL01 représente une alternative à la PUVAthérapie, d’efficacité comparable mais permettant de
s’affranchir de la prise de psoralène.
Une cure préventive de
15 séances est nécessaire.
2- Urticaire solaire :
La PUVAthérapie est un traitement efficace de l’urticaire solaire.
Chez chaque patient, la détermination du spectre d’action et de la
dose urticarienne minimale (DUM) en cabine est indispensable afin
d’éviter le risque d’un choc anaphylactique par une irradiation trop
intense.
Le protocole doit ainsi être adapté à chaque patient, avec
une progression très faible des doses.
Quand la DUM est très basse,
la PUVAthérapie peut être précédée d’UVAthérapie (six irradiations
par jour pendant 3 jours) qui va augmenter le seuil et permettre de
débuter la PUVAthérapie à des doses plus fortes.
Les résultats sont
satisfaisants après trois séances par semaine pendant 8 semaines,
mais un traitement d’entretien (une fois par semaine) est le plus
souvent nécessaire, par PUVAthérapie ou photothérapie UVA.
La photothérapie UVB (spectre large ou TL01) peut être efficace
quand le patient est sensible aux UVA.
3- Dermatite chronique actinique
:
Dans la dermatite chronique actinique (photosensibilisation
rémanente, actinoréticulose), photodermatose sévère extrêmement
invalidante, la PUVAthérapie est un traitement de choix, efficace
dans plus de 70 % des cas. Pour éviter les exacerbations
photo-induites, la PUVAthérapie doit être associée à la
corticothérapie orale.
La prednisolone est débutée à la dose de
1 mg/kg/j, 1 semaine avant la PUVAthérapie et poursuivie pendant
celle-ci.
Les doses initiales d’UVA sont très faibles (0,25 J/cm2) et
l’augmentation très prudente jusqu’à 6 J/cm2.
La corticothérapie est
diminuée progressivement sur 3 mois jusqu’à l’obtention d’une photoprotection efficace.
Une PUVAthérapie d’entretien est
nécessaire, la fréquence des séances étant espacée pendant l’hiver
(deux séances par mois) et plus rapprochée pendant le printemps et
l’été (une à deux séances par semaine).
La guérison est
habituellement obtenue après 2 à 7 ans de PUVAthérapie.
La photothérapie UVB, à spectre large ou TL01, associée ou
non à la corticothérapie générale, a fourni de bons résultats, mais
nécessite également un traitement d’entretien très prolongé.
4- Autres photodermatoses :
Dans la protoporphyrie érythopoïétique, l’hydroa vacciniforme ou
le prurigo actinique, la tolérance solaire peut être améliorée par la
PUVAthérapie ou les UVB-TL01.
F - VITILIGO :
Si la place de la PUVAthérapie est discutée pour le vitiligo du fait
de l’inconstance et de l’instabilité de la repigmentation obtenue, elle
peut cependant aider à passer un cap, à permettre une amélioration
de la qualité de vie pour quelques malades motivés, chez lesquels la
souffrance morale est grave.
1- PUVAthérapie :
La PUVAthérapie orale reste actuellement la thérapeutique la plus
efficace dans les vitiligos étendus et extensifs, malgré des résultats
très moyens et bien souvent incomplets.
Son protocole est nettement
moins agressif que celui utilisé dans le psoriasis :
– chromophore : 0,3 à 0,4 mg/kg de 8-MOP absorbé 2 heures avant
la séance ; 0,6 à 0,8 mg/kg de 5-MOP absorbé 3 heures avant ;
– irradiation UVA : en cabine « corps entier » ou par des modules
locaux en fonction de la localisation des plaques achromiques ;
– fréquence : trois séances par semaine pendant 3 mois puis, en cas
de réponse nette (apparition d’îlots de repigmentation), deux
séances par semaine pendant une durée maximale d’une année ;
– dose d’UVA délivrée : variable selon le phototype,
régulièrement augmentée jusqu’à l’obtention d’un discret érythème
rosé persistant.
La PUVAthérapie localisée après application de psoralènes topiques
est controversée (risque de brûlure phototoxique) et ne s’adresse
qu’à d’exceptionnels patients atteints de vitiligo localisé, en utilisant
la Méladinine solution faiblet à 0,1 % formulée dans la vaseline
(concentration finale de 0,01 à 0,05 %), appliquée 30 minutes avant
l’irradiation, une à deux séances par semaine.
Les résultats de la PUVAthérapie orale du vitiligo sont globalement
décevants avec une repigmentation esthétiquement acceptable
(> 90 % de la surface atteinte) pour environ 15 % des patients, des
résultats moyens (50 à 90 % de repigmentation) chez 25 % des sujets
et des résultats médiocres ou nuls (< 50 % de repigmentation) pour
60 % des patients, et ceci pour des traitements prolongés au-delà de
100 séances.
Les premiers signes de repigmentation, en îlots périfolliculaires,
apparaissent après 15 à 20 séances environ.
Si aucune repigmentation n’est apparue après 3 mois d’un traitement bien
conduit (30 séances environ), il faut conclure à un échec et
interrompre la PUVA.
Le taux de réponse dépend du site corporel traité : les vitiligos des
lèvres, mamelons, mains et pieds, coudes et genoux sont
particulièrement réfractaires à la PUVA, tandis que les lésions du
thorax, du cou et de la face répondent mieux.
La repigmentation
partielle, essentiellement périfolliculaire, est souvent difficilement
acceptable sur le plan cosmétique.
En cours de traitement, la repigmentation de certaines plaques peut coexister avec l’apparition
de nouvelles taches achromiques.
Après l’arrêt de la PUVA, la
repigmentation complète d’une plaque est généralement définitive,
ce qui n’est pas le cas des lésions partiellement repigmentées où le
processus de dépigmentation reprendra habituellement.
Les doses d’UVA nécessaires à la repigmentation maximale sont très
variables, entre 1 000 et 1 500 J/cm2 pour les bons répondeurs.
Le
maximum admissible est de 150 à 200 séances, ce qui correspond à
une durée de traitement de 12 à 18 mois.
Les paramètres pronostiques sont mal définis : les vitiligos acraux,
segmentaires ou « à poils blancs » (témoignant d’une atteinte des
mélanocytes folliculaires) ne répondent pas à la PUVAthérapie ; la
survenue d’une repigmentation partielle ne permet pas de préjuger
de la qualité du résultat final ; l’âge du malade, l’étendue et
l’ancienneté du vitiligo ne semblent pas influencer la réponse au
traitement, encore qu’il ait été suggéré que les vitiligos récents
répondent mieux.
Les inconvénients de la PUVAthérapie, dans le vitiligo, limitent
considérablement son utilisation : caractère astreignant de la
technique, durée de la cure, violence des réactions phototoxiques
sur les plaques achromiques (pouvant être responsables d’un
phénomène de Köbner), dose cumulée totale d’UVA très élevée,
nature symptomatique de cette thérapeutique, taux de récidive très
élevé (d’environ 75 %) dans l’année qui suit l’arrêt de la
photochimiothérapie, absence d’étude précise sur les effets à long
terme, notamment sur le risque carcinogène.
Il ne faut ainsi traiter
que des malades motivés et informés, dont les plaques sont récentes
et situées sur les zones centrales du corps, en excluant les patients
de phototype I (préjudice esthétique mineur, risques photobiologiques majeurs).
2- Autres photothérapies
:
La PUVAthérapie peut être associée à la réalisation de greffes
épidermiques sur les zones vitiligineuses, pour accélérer la
repigmentation à partir des mélanocytes greffés.
La photothérapie UVB-TL01 pourrait avoir un certain intérêt :
l’obtention de 63 % de bons résultats après deux séances par
semaine pendant 1 an dans une étude récente demande à être
confirmé (Westerhof W, Nieuweboer-Krobotava L. Arch Dermatol
1997 ; 133 : 1525-1528).
La P-héliothérapie est de maniement très délicat car les sources UVA
sont remplacées par le soleil naturel dont l’irradiance est très
variable en fonction des conditions photoclimatologiques (latitude,
saison, horaire, couverture nuageuse...), expliquant le risque majeur
de phototoxicité.
Cette technique, qui nécessite une parfaite
compréhension par un malade motivé, ne doit être utilisée que
comme un relais estival de la PUVAthérapie.
Les premières
expositions n’excéderont pas 10 minutes vers 18 heures et seront
augmentées progressivement par paliers de 10 minutes « en
remontant » vers 17 heures.
Le psoralène (8-MOP ou 5-MOP) sera
ingéré 2 à 3 heures avant l’exposition.
Le port de lunettes fumées est
obligatoire dès l’absorption jusqu’au coucher du soleil.
Immédiatement après l’exposition, toutes les zones découvertes
seront protégées par une crème de facteur de protection solaire (FPS)
supérieur à 30.
Les associations de khelline + UVA (furanochrome utilisé dans les
pays germaniques, 100 mg per os 3 heures avant UVA ou par
application topique), de phénylalanine + UVA (50 mg/kg per os
1 heure avant UVA ou par application topique) sont d’efficacité
médiocre.
G - PELADE :
La PUVAthérapie n’est pas le traitement idéal de la pelade mais
constitue une alternative intéressante dans les pelades sévères, au
retentissement psychosocial souvent majeur, d’autant qu’elles sont
peu accessibles aux autres thérapeutiques (allergénothérapie de
contact).
Elle permet souvent une repousse acceptable, améliorant la
qualité de vie du patient ; malheureusement, la fréquence des
rechutes (> 50 % de cas) en limite son intérêt.
La PUVAthérapie orale est la plus adaptée, permettant d’obtenir de
meilleurs résultats que ceux observés avec un psoralène topique.
Son protocole est un peu moins agressif que celui utilisé dans le
psoriasis :
– 0,5 mg/kg de 8-MOP, absorbé 2 heures avant la séance ;
– irradiation UVA en cabine « corps entier », qui paraît fournir de
meilleurs résultats que l’irradiation limitée au cuir chevelu ;
– deux à trois séances par semaine avec espacement progressif dès
la constatation d’une repousse satisfaisante ;
– dose d’UVA régulièrement augmentée jusqu’à l’obtention d’un
discret érythème.
L’efficacité varie selon le type de pelade, une repousse cosmétologiquement acceptable étant obtenue, en moyenne, chez
60 % des patients en cas de pelade extensive, 50 % pour les pelades
totales et 30 % pour les pelades universelles ; résultats que certains
assimilent à des rémissions spontanées.
Les meilleures indications sont les pelades en plaques multiples
extensives, évoluant depuis moins de 5 ans, ayant bien répondu aux
10 à 30 premières séances.
En l’absence de réponse au bout de
30 séances ou de 3 mois, la PUVAthérapie doit être arrêtée. En cas
de repousse, la durée thérapeutique ne doit pas dépasser 12 mois.
H - ECZÉMA DE CONTACT :
La PUVAthérapie (psoralène per os ou topique) avec irradiation
localisée constitue un traitement d’appoint pour les dermatites
eczématiformes chroniques des mains et/ou des pieds, lorsque
l’allergène ne peut être évincé ou n’est pas reconnu.
Elle entraîne un blanchiment chez plus de 60 % des patients pour
une dose cumulative moyenne d’UVA de 100 à 200 J/cm2.
La
rémission après l’arrêt étant variable, un traitement d’entretien peut
être justifié.
I - LICHEN PLAN :
La PUVAthérapie est un traitement efficace du lichen plan
généralisé, seule ou associée à l’acitrétine, entraînant 60 à 90 %
de blanchiment en 20 à 30 séances.
La survenue
d’hyperpigmentation résiduelle est relativement fréquente.
La possibilité de récidive peut justifier un traitement d’entretien.
Les UVB-TL01 pourraient également être indiqués.
Le lichen plan oral érosif est nettement amélioré par quelques
séances de PUVAthérapie localisée intrabuccale.
J - AUTRES INDICATIONS :
De nombreuses autres dermatoses peuvent être améliorées par
certaines photothérapies (PUVA, UVB large spectre, UVB-TL01,
UVAB).
Si l’efficacité est quelquefois établie par des études
contrôlées, elle est le plus souvent rapportée lors d’études ouvertes
ou d’observations anecdotiques, rendant critiquable la force de
l’indication et la fiabilité du résultat.
K - PHOTOTHÉRAPIES AU COURS DE L’INFECTION
PAR LE VIRUS DE L’IMMUNODÉFICIENCE HUMAINE :
La photo-immunosuppression induite par les UV risque
théoriquement d’aggraver l’immunosuppression de l’infection par
le VIH et ainsi d’augmenter le risque carcinogène.
Les nouveaux
traitements du syndrome de l’immunodéficience acquise ayant
modifié radicalement le pronostic, il est licite de s’interroger sur
l’éventuelle action néfaste des UV sur l’activation VIH ou sur le
système immunitaire, en partie reconstitué grâce à la trithérapie
antivirale.
Contrairement à ce qui a pu être observé in vitro et chez l’animal,
où l’exposition aux UV est associée à une activation virale, aucune
altération des paramètres immunitaires (nombre de lymphocytes
CD4, bêta-2-microglobuline sérique, antigénémie P24) n’a pu être
décelée chez les patients séropositifs pour le VIH traités par
photothérapie UVB ou PUVA.
Il est actuellement admis que la PUVAthérapie et la photothérapie
UVB peuvent être utilisés chez les patients séropositifs pour le VIH,
non porteurs d’une maladie de Kaposi, sous réserve d’une
surveillance clinique et biologique.
Chez ces sujets, PUVAthérapie et UVB peuvent être utilisés indifféremment pour
traiter efficacement les poussées de psoriasis et le prurit féroce
(prurigo, folliculites à éosinophiles) qui affectent considérablement
leur qualité de vie.
L - PHOTOTHÉRAPIE CHEZ L’ENFANT :
Chez l’enfant, les photothérapies occupent une place restreinte,
cependant certaines dermatoses graves de l’enfant peuvent
nécessiter le recours à une photothérapie.
Dans cette situation, l’indication ne doit être soigneusement pesée qu’après une
évaluation précise du rapport risque/efficacité, du fait des risques à
long terme (cataracte, carcinogenèse), ceux-ci étant majorés si la
photothérapie est débutée dans le jeune âge, particulièrement chez
les enfants de phototype clair.
C’est pourquoi les enfants de
phototype I et II (avec éphélides) constituent des contre-indications
à toute photothérapie.
De plus, la réalisation d’une séance de photothérapie et les mesures
de photoprotection annexes nécessitent un minimum de coopération
pour surmonter quelques contraintes pratiques.
La prise de
conscience de ces astreintes fait que l’âge minimal pour entreprendre
une photothérapie est de 10 ans.
Pour certains auteurs, cette
limite peut exceptionnellement être ramenée à 7 ans (et même
moins) en cas de nécessité absolue, à condition de demander à un
adulte volontaire d’accompagner le petit enfant dans la cabine.
La photothérapie ne sera discutée qu’en cas de dermatose très
invalidante et après échec des autres moyens thérapeutiques, quand
elle constitue la seule alternative à des traitements au moins aussi
délétères (corticothérapie générale au long cours, immunosuppresseurs)
ou quand il n’existe pas d’autre traitement efficace.
Quand plusieurs techniques de photothérapie sont en compétition, le
choix se fera toujours vers celle qui est a priori la moins inductrice de
risques à long terme.
La préférence va ainsi à la photothérapie UVBTL01
pour les psoriasis sévères et les parapsoriasis en « gouttes »
chroniques, à la photothérapie UVAB dans la DA.
Le recours à la PUVAthérapie reste possible chez le grand enfant, mais on essaye de
reculer son utilisation, si possible après l’âge de 16 ans.
Photothérapies particulières :
A - PHOTOCHIMIOTHÉRAPIE EXTRACORPORELLE
:
La photochimiothérapie extracorporelle (ou photophérèse) est une
nouvelle forme d’immunothérapie reposant sur l’irradiation UVA,
en dehors de l’organisme, des cellules mononucléées du patient
mises en présence d’une substance photosensibilisante.
Les cellules mononucléées circulantes sont collectées par un séparateur cellulaire
et incubées en présence de 8-MOP (200 mg/mL), puis irradiées par
2 J/cm2 d’UVA et réinfusées au patient.
Ce traitement est réalisé
2 jours consécutifs par mois pendant au moins 6 mois.
Cette technique est surtout indiquée pour les formes érythrodermiques des lymphomes cutanés à cellules T (syndrome
de Sézary) fournissant des réponses cliniques supérieures à 75 %.
Elle est également utilisée dans des études pilotes pour la
sclérodermie systémique, le pemphigus, le scléromyxoedème,
l’épidermolyse bulleuse acquise, les réactions aiguës ou chroniques
du greffon contre l’hôte...
B - PHOTOTHÉRAPIE DE L’ICTÈRE NÉONATAL
:
Chez environ 10 % des nouveau-nés, un ictère plus important que
l’ictère physiologique justifie une photothérapie afin de prévenir les
complications neurologiques secondaires à la fixation irréversible de
bilirubine.
Sous l’action de la lumière visible, la bilirubine est isomérisée en lumirubine, photodérivé hydrosoluble qui est excrété
très rapidement dans les selles et les urines.
La notion de dose-dépendante a conduit à développer la
photothérapie dite intensive (éclairement de 3 à 4 mW/cm2), qui
permet d’obtenir une réduction de la bilirubinémie plasmatique
aussi rapide et importante qu’après une exsanguinotransfusion.
Si
la théorie privilégie la lumière verte, c’est en pratique un tube
fluorescent bleu (TL 20/52) qui s’est révélé être le plus efficace.