Notions d’épidémiologie utiles en dermatologie
Cours de dermatologie
Introduction
:
En dermatologie, comme dans toute discipline médicale, la
connaissance des notions de base en épidémiologie est nécessaire
pour comprendre et critiquer la littérature médicale.
Jusqu’aux années 1950, l’épidémiologie essentiellement centrée sur
les maladies infectieuses s’intéressait aux phénomènes morbides se
traduisant par une augmentation rapide et localisée du nombre de
cas d’une pathologie.
Les liens de causalité entre un facteur et une
maladie étaient établis à partir des principes suivants : présence de
l’agent infectieux dans l’organisme et existence d’une source de
contamination et d’une voie de pénétration.
Avec l’étude des
cancers, puis des pathologies cardiovasculaires, l’épidémiologie a
abordé des phénomènes morbides plus complexes, plus dispersés
dans l’espace et le temps et avec des liens de causalité plus difficiles
à établir.
Ainsi, l’épidémiologie n’est plus réduite à l’étude des
maladies transmissibles, il s’agit de l’étude des états de santé des
populations, ainsi que des influences qui déterminent cette
distribution.
Un certain nombre de principes et méthodes ont été
formalisés, permettant à l’épidémiologie de jouer un grand rôle dans
le domaine de la recherche étiologique des pathologies
multifactorielles.
Schématiquement, l’épidémiologie a trois types
d’objectifs :
– la description qui étudie la distribution et l’ampleur des
phénomènes morbides à l’aide d’indicateurs précis et décrit les
populations atteintes ;
– la recherche étiologique (épidémiologie analytique) qui teste des
hypothèses sur le rôle de certains facteurs dans l’apparition des
maladies ;
– et l’évaluation qui mesure l’impact d’une intervention sanitaire,
ou d’une thérapeutique.
Cet impact est mesuré en taux de survie,
morbidité ou encore qualité de vie.
Ce chapitre sera consacré à l’épidémiologie descriptive et analytique.
Épidémiologie descriptive
:
L’épidémiologie descriptive étudie la fréquence et la répartition des
paramètres de santé ou des facteurs de risque dans les populations.
Elle fournit ainsi des éléments indispensables à la connaissance de
l’importance relative des problèmes de santé pour la prise de
décisions et à l’orientation de la recherche étiologique.
Par exemple,
la relation inverse entre les taux d’incidence des cancers cutanés et
la latitude parmi les populations caucasiennes a fait suspecter le rôle
du soleil dans la genèse de ces cancers.
Les informations utilisées
pour les études descriptives sont recueillies de façon systématique
ou par des enquêtes spécifiques ponctuelles.
Différents indicateurs
sont utilisés pour décrire l’état de santé d’une population, les plus
simples étant la « fréquence » des pathologies (morbidité) et leur
mortalité.
A - PRINCIPAUX INDICATEURS DE SANTÉ
:
1- Indices de morbidité
:
Pour mesurer l’importance d’une maladie dans la population, on
s’intéresse rarement au nombre absolu de cas.
En effet, ce dernier
est utile pour évaluer les moyens de prise en charge médicale à
mobiliser, mais ne permet pas de faire des comparaisons temporelles
ou entre les populations.
On préfère systématiquement des mesures
relatives rapportant le nombre de malades, ou de décès, à une
population de référence.
Les indicateurs de morbidité (prévalence et
incidence) permettent de mesurer le risque de maladie dans la
population.
* Prévalence :
La prévalence est le nombre total de malades présents dans une
population à un moment donné, rapporté à l’effectif de cette
population au même instant.
La prévalence est une mesure
importante en santé publique car elle permet d’évaluer les besoins
de prise en charge médicale.
Sa valeur intègre à la fois la durée de la
maladie et sa « vitesse d’apparition ».
Plus la maladie est longue,
plus la prévalence est élevée.
Ainsi, une augmentation de la
mortalité peut diminuer la prévalence d’une maladie, et
l’introduction de thérapeutiques prolongeant la survie l’augmenter.
* Incidence :
Le taux d’incidence quantifie la « production » de nouveaux cas de
maladie dans la population.
Le taux d’incidence est le nombre de
cas nouveaux apparus dans une population par unité de temps,
rapporté à l’effectif de cette même population.
Le taux d’incidence
est souvent exprimé en « personnes-temps », généralement
« personnes-années ».
Si 150 cas sont apparus dans une population
de 1 500 000 personnes sur une période de 1 an, l’incidence annuelle
sera de 150/1 500 000 = 10 pour 100 000 personnes-années, si ces
150 cas sont apparus dans cette population sur une période de
2 ans, l’incidence annuelle sera de 150/(1 500 000 x 2) = 5 pour
100 000 personnes-années.
En aucun cas les indices de morbidité ne
peuvent être exprimés en nombre de cas, celui-ci doit toujours être
rapporté à l’effectif de la population durant la période de référence.
Il faut être vigilant vis-à-vis des estimations faites à partir des cas
observés dans un service hospitalier car celles-ci risquent d’être
entachées de deux biais :
– le recrutement dans la population de malades n’est pas toujours
exhaustif et la marge d’erreur est inconnue ;
– la population de drainage d’un service est rarement bien connue.
Chaque estimation de taux de morbidité devrait être présentée avec
son intervalle de confiance et l’effectif de la population étudiée.
Cet
effectif permet d’évaluer l’ampleur de l’étude ; l’intervalle de
confiance est l’intervalle dans lequel la vraie valeur du taux a 95 %
de chance de se trouver.
Dans le Connecticut, le taux observé est de 4,2 cas/M/an,
mais ce taux est en fait compris entre 2 et 7, limites de l’intervalle de
confiance à 95 %.
Plus la taille de l’échantillon est importante,
plus l’intervalle de confiance sera petit, c’est-à-dire l’estimation
précise.
L’analyse des intervalles de confiance permet en outre de
savoir rapidement si les taux de deux pays sont significativement
différents ; en effet, si la différence est significative, les intervalles de
confiance ne se chevauchent pas.
En revanche, le taux d’incidence observé dans la population juive
est significativement supérieur à celui de la population non juive,
de même le taux observé en Tunisie est significativement supérieur
au taux observé en Île-de-France.
2- Taux de mortalité
:
Le taux brut de mortalité sur une année donnée est le nombre de
décès enregistrés dans une population rapporté à l’effectif moyen
de cette population.
Les effectifs sont calculés à partir des données
du recensement le plus proche.
En France, en 1993, le taux brut de
mortalité était de 9,0 pour 1 000 habitants sur l’ensemble de la
population, de 12,4 pour 1 000 chez l’homme et de 6,8 pour
1 000 chez la femme.
Ce taux peut aussi être calculé pour une
pathologie particulière, ou pour une population définie sur des
critères géographiques, d’âge, de sexe...
Si on s’intéresse à une pathologie particulière (on prendra pour
exemple les cancers), on utilisera un taux spécifique, trois sont
fréquemment utilisés : le taux de mortalité par cause, la part de
mortalité et la létalité.
Le taux de mortalité par cancers est le nombre de décès attribués
aux cancers pendant une année, rapporté à la population moyenne
(et non aux décès) au cours de l’année considérée, ce taux était en
1993 de 3,77 pour 1 000 chez l’homme et de 1,67 chez la femme.
En revanche, la part de la mortalité due aux cancers est le nombre de
décès attribués aux cancers pendant une année, rapporté au nombre
total de décès dans la même population durant la même période
(rapport du taux de mortalité pour une cause au taux global de
mortalité) ; en 1993, ce taux était de 30,4 % chez l’homme et de
24,5 % chez la femme.
Ce taux est appelé PMR (proportionate
mortality ratio) dans la littérature anglo-saxonne.
Le nombre de personnes décédées par cancer rapporté à la
population atteinte de cancer est la létalité, mais ce taux est parfois
appelé « mortalité par cancers » ce qui introduit quelque confusion.
Les taux de mortalité (de même que les taux d’incidence) tous âges
confondus dépendent de la structure d’âge de la population.
Si on
compare les taux bruts de mortalité (toutes causes confondues) entre
le Limousin et le reste de la France, on observera une surmortalité
dans le Limousin.
Cette surmortalité est simplement liée au fait que
la mortalité augmente avec l’âge et que la population du Limousin
est plus âgée.
Pour « éliminer l’effet de l’âge », on peut calculer des
taux spécifiques de mortalité par tranche d’âge, en rapportant le
nombre de décès enregistrés dans une tranche d’âge donnée à
l’effectif moyen de cette tranche d’âge, tout ceci pendant une période
de référence.
Le taux d’incidence de la pemphigoïde avait été estimé
à sept nouveaux cas/M/an sur l’ensemble de la population.
Cependant, les cas étant survenus dans la population âgée, si on
rapporte le nombre de cas à cette population, le taux est alors de
50 cas/M/an.
Plus souvent, pour n’étudier qu’un seul taux et pas
une multitude de taux selon l’âge, on calcule des taux standardisés
sur l’âge en utilisant une population de référence.
Trois populations
standards ont été définies par l’Organisation mondiale de la santé
(OMS) : la population mondiale, européenne et africaine.
Les taux
standardisés ainsi obtenus sont comparables, même si les structures
d’âge des populations sont très différentes.
Le taux de mortalité infantile, défini par le nombre de décès survenus
avant l’âge de 1 an au cours d’une année, rapporté au nombre de
naissances vivantes de cette année, est très utilisé comme indicateur
de développement sanitaire et économique d’un pays.
En France, ce
taux était de 13,8 en 1975, 8,3 en 1985 et de 5,6 en 1994.
3- Espérance de vie
:
L’espérance de vie à la naissance est le nombre moyen d’années
restant à vivre à un nouveau-né. Cependant, ce nombre moyen peut
être calculé à n’importe quel âge.
En France, entre 1975 et 1994,
l’espérance de vie à la naissance a augmenté de 4 ans, passant chez
l’homme de 69 à 73,3 ans et chez la femme de 76,9 à 81,5 ans.
En
raison de la surmortalité masculine, les hommes meurent en
moyenne 8 ans plus tôt que les femmes, la population âgée est
essentiellement féminine et les projections réalisées par l’OMS
montrent que l’espérance de vie chez la femme dans les pays à
économie de marché sera proche de 90 ans en 2020, ce qui
accentuera le déséquilibre du sex-ratio.
L’augmentation de
l’espérance de vie associée à la baisse de la natalité est responsable
du vieillissement démographique.
B - SOURCES DE DONNÉES. RECUEIL DE L’INFORMATION :
Les informations descriptives sont recueillies par des
enregistrements systématiques ou par des enquêtes spécifiques.
1- Statistiques sanitaires et enregistrements
systématiques :
Les statistiques de mortalité sont disponibles dans la plupart des
pays et permettent d’analyser les grandes tendances de la mortalité
et donc les principaux problèmes de santé.
En France,
l’enregistrement des décès se fait dans le cadre des statistiques d’état
civil à partir des bulletins de décès.
Les renseignements d’ordre
démographique sont exploités par l’Institut National de la
Statistique et des Etudes Economiques (INSEE) ; les causes
médicales de décès sont centralisées et analysées par l’Institut
National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM).
Au
niveau international, les causes de décès sont publiées par l’OMS et
les Nations Unies.
Récemment, l’OMS a publié des statistiques de
mortalité pour la majorité des pays.
Les statistiques de morbidité sont recueillies de manière moins
systématique.
Le service médical de la Caisse Nationale d’Assurance
Maladie (CNAM) recueille des informations sur les maladies de
longue durée donnant droit à la prise en charge à 100 %, ainsi que
sur les accidents du travail et les maladies professionnelles.
La
Direction générale de la santé (DGS) dispose des informations sur
les maladies à déclaration obligatoire et sur les causes
d’hospitalisation en court séjour.
Le Bulletin épidémiologique
hebdomadaire (BEH) publie chaque semaine les cas déclarés pour
certaines maladies transmissibles ainsi que la situation
épidémiologique pour certaines pathologies.
Les données de
morbidité par cancer sont colligées dans quelques registres
départementaux.
Un registre est une structure capable d’établir un
recensement exhaustif des malades atteints d’une pathologie donnée
dans une population définie sur une base géographique déterminée.
Dans le domaine de la dermatologie, les données concernant les
cancers cutanés sont disponibles à partir de certains registres (Haut-
Rhin, Bas-Rhin, Doubs...).
Les statistiques d’incidence des cancers
sont régulièrement publiées par le Centre international de recherches
sur le cancer à partir des données des registres des cancers existant
dans le monde.
Parmi les enregistrements systématiques, on peut citer à titre
d’exemple le programme de médicalisation du système
d’information (PMSI) et la pharmacovigilance.
Le PMSI recueille,
lors de chaque séjour hospitalier, les caractéristiques
sociodémographiques des patients, la durée d’hospitalisation, le
mode d’entrée et de sortie, les pathologies traitées et les actes
pratiqués.
La pharmacovigilance concerne l’enregistrement des
accidents médicamenteux.
Tout médecin qui constate un effet
inattendu susceptible d’être dû à un médicament doit en faire la
déclaration au centre régional de pharmacovigilance, ce point est
important pour les dermatologues fréquemment confrontés aux
toxidermies.
2- Enquêtes spécifiques
:
Ces enquêtes sont réalisées pour répondre à une question précise.
Schématiquement, on différencie les enquêtes selon la nature de la
population étudiée, la chronologie et l’objectif descriptif ou
analytique.
Les enquêtes peuvent être réalisées sur l’ensemble de la population
étudiée ou sur un échantillon représentatif.
Une enquête réalisée sur
la totalité de la population cible, population à laquelle doivent
s’appliquer les résultats de l’enquête, est une enquête exhaustive.
Ces
enquêtes de logistique lourde sont très onéreuses ; elles ne sont
réalisées que pour des pathologies relativement rares, et lorsqu’il
existe un moyen pas trop compliqué d’atteindre l’ensemble de la
population.
Dans l’enquête d’incidence sur le pemphigus tunisien,
le drainage quasi systématique des patients vers l’un des cinq
centres hospitalo-universitaires a permis de réaliser une enquête
proche de l’exhaustivité sur l’ensemble de la Tunisie à partir du seul
recrutement hospitalier.
La diffusion de l’immunofluorescence en
pratique de ville ne permet plus de réaliser une telle étude.
Les
enquêtes par échantillonnage sont réalisées sur des sujets extraits de
la population cible par sondage.
Ces enquêtes sont plus simples,
mais la constitution de l’échantillon demande une grande rigueur
afin qu’il ne soit pas biaisé et réellement représentatif de la
population cible.
Selon la chronologie, on individualise les enquêtes : transversales,
rétrospectives et prospectives.
Une enquête transversale permet une
vision instantanée d’une situation épidémiologique.
Selon l’objectif
de l’étude, elle permet d’estimer la prévalence d’une pathologie
et/ou la fréquence d’exposition.
Si on s’intéresse à la prévalence des
toxidermies en milieu hospitalier, on peut réaliser une enquête « un
jour donné » auprès de tous les patients hospitalisés et enregistrer le
nombre d’accidents cutanés médicamenteux.
Le principe d’une
enquête prospective est de surveiller une cohorte pendant une
période définie.
Une cohorte est constituée par un groupe de sujets
ayant vécu le même événement pendant la même période de temps
(en pratique, il s’agit d’individus dont les caractéristiques d’âge, de
sexe, d’exposition à un facteur sont connues).
Par exemple, suivi
d’une cohorte de patients sous PUVAthérapie et, ainsi, on rapporte
le nombre de cancers cutanés au nombre d’exposés.
Cependant,
ce type d’étude n’est possible que pour des événements relativement
fréquents.
Par exemple en matière de toxidermies, si la prévalence
de l’accident recherché est de l’ordre de 1 à 3% (fréquence des
éruptions maculopapuleuses chez les patients traités par antiinflammatoires
non stéroïdiens [AINS] ou par inhibiteurs de
l’enzyme de conversion) il faudra suivre une cohorte de plus de
2 500 patients prenant le médicament considéré pour analyser une
cinquantaine de cas.
Dans une enquête rétrospective, on étudie des
événements (maladie, exposition) survenus dans le passé.
Les
enquêtes sur le syndrome de Lyell réalisées en France et en
Allemagne en sont des exemples.
Ces enquêtes, non
comparatives, c’est-à-dire ne comprenant pas de groupe témoin, ne
permettaient pas d’évaluer le rôle respectif des médicaments.
Les
enquêtes réalisées pour estimer le taux d’incidence du pemphigus
en Île-de-France et en Tunisie étaient rétrospectives car le
recrutement ne concernait que les cas diagnostiqués
antérieurement.
Les enquêtes d’incidence réalisées en France et en
Allemagne sur les dermatoses bulleuses de la jonction étaient
prospectives par leur recrutement.
L’étude de Roger et al sur
les affections prurigineuses de la grossesse était prospective dans
son recrutement des patients et longitudinale, car comprenant le
suivi d’une cohorte.
Il en était de même pour l’étude publiée par
Stern et al sur les cancers cutanés observés chez les patients traités
par PUVA.
Une étude transversale est d’organisation aisée, de
coût faible, mais l’information rapidement disponible est limitée en
raison du caractère ponctuel de l’étude.
Une étude prospective est
d’organisation difficile, onéreuse, l’information précise n’est
disponible qu’au terme du suivi de la cohorte, mais surtout il est
difficile de limiter le nombre de perdus de vue.
Ces enquêtes sont le
plus souvent réalisées quand les populations étudiées sont captives,
par exemple suivi obstétrical de femmes enceintes, suivi de patients
sous PUVA, du personnel d’une entreprise...
Les enquêtes
rétrospectives sont en pratique courante les plus fréquentes, car plus
faciles, moins chères, et l’information est rapidement obtenue.
Cependant, le recueil rétrospectif des données ne permet pas
toujours d’obtenir une information de qualité.
3- Études de variations
:
La surveillance systématique des taux de morbidité ou de mortalité
et de leurs variations permet de connaître les phénomènes de santé,
mais aussi de suggérer des hypothèses sur les étiologies des
maladies, hypothèses qui pourront être testées par des enquêtes
analytiques.
Les variations étudiées sont temporelles (par exemple
corrélations entre l’augmentation d’incidence des cancers cutanés et
les modifications comportementales face au soleil) et/ou
géographiques (taux d’incidence des cancers cutanés et latitude).
Épidémiologie analytique
:
L’épidémiologie analytique permet de tester des hypothèses
formulées à partir de l’expérimentation et/ou des enquêtes
descriptives.
Dans les enquêtes étiologiques il s’agit de comparer des
groupes de sujets pour mettre en évidence l’association entre une
maladie et une exposition, ou pour connaître de façon plus précise
les modalités de cette association.
Ainsi, ces enquêtes sont
comparatives, ceci peut être illustré par l’exemple de la pemphigoïde.
Dans l’expérience des cliniciens, la consommation de
médicaments cardiovasculaires semblait très importante parmi les
patients hospitalisés pour pemphigoïde.
Cependant, cette
population étant âgée (âge moyen de 74 et 82 ans dans les études
d’incidence), la consommation de médicaments
cardiovasculaires est a priori importante et doit être comparée à celle
d’une population du même âge.
Les enquêtes d’observation sont les
seules possibles en épidémiologie, car, pour des raisons éthiques,
l’exposition des sujets ne peut être choisie par l’investigateur.
Par
exemple, on peut comparer les populations qui ont eu des brûlures
solaires et celles qui n’en ont pas eu, mais on ne peut décider
d’exposer de manière délibérée des sujets au soleil et d’en protéger
d’autres.
Les enquêtes d’observation ont l’avantage de refléter
fidèlement la situation de la population étudiée, mais l’interprétation
des résultats en termes de causalité est difficile.
Aux questions des
cliniciens « des médicaments cardiovasculaires favorisent-ils la
survenue de pemphigoïde ? », « le phénobarbital provoque-t-il des
syndromes de Lyell ? », « l’exposition solaire dans l’enfance est-elle
responsable de mélanome ? », l’épidémiologiste répondra « la
pemphigoïde est-elle plus fréquente chez les patients qui prennent
ces médicaments que chez ceux qui n’en prennent pas ? », « le
syndrome de Lyell est-il plus fréquent chez les patients qui prennent
du phénobarbital que chez ceux qui n’en consomment pas ? », « le
mélanome est-il plus fréquent chez les patients qui ont eu des
brûlures solaires dans l’enfance que chez ceux qui n’en ont pas
eu ? ».
Ainsi, on recherchera un lien statistique entre le facteur de
risque supposé (médicaments, soleil) et la maladie étudiée, et on
estimera l’ampleur du risque.
Trois types d’enquêtes sont
théoriquement possibles pour répondre aux questions posées.
A - DIFFÉRENTS TYPES D’ENQUÊTE :
1- Enquêtes exposés-non exposés
:
On constitue deux groupes de sujets, l’un exposé (par exemple
brûlures solaires), l’autre non exposé (absence de brûlure), on les
surveille durant une période de temps au cours de laquelle on
enregistre tous les cas de mélanome et on compare la proportion de
mélanome dans les deux groupes.
Il est clair que ce type d’étude
prospective est réservé aux maladies fréquentes pour lesquelles le
délai entre l’exposition au facteur suspecté et la maladie est
relativement court.
En ce qui concerne le mélanome, le faible taux
d’incidence (environ 4 pour 100 000 en France) et le délai important
entre l’exposition et le cancer rendent ce type d’enquête irréalisable.
En ce qui concerne le syndrome de Lyell, le délai entre la prise
médicamenteuse et la maladie est court, mais le taux d’incidence
proche de 0,1 cas pour 100 000 ne permet pas non plus ce type
d’étude car un suivi de cohortes de plusieurs millions de personnes
serait nécessaire.
Ce type d’enquête permet d’analyser plusieurs
maladies à la fois, mais une seule exposition (recherche d’accidents
médicamenteux quelle que soit leur nature dans une cohorte de
patients traités par phénobarbital).
2- Enquêtes sur échantillon représentatif
:
On constitue par tirage au sort un échantillon représentatif de la
population étudiée et on recherche dans cette population les sujets
exposés (brûlures solaires, consommateurs de phénobarbital, de
médicaments cardiovasculaires...) et ceux qui ne le sont pas.
On
surveille cette population et on enregistre au cours du temps la
survenue de la maladie étudiée.
Ce type d’étude permet d’estimer à
la fois la fréquence de la maladie et celle de l’exposition, mais ne
peut être réalisé que si la maladie et l’exposition sont fréquentes.
Dans le domaine de la dermatologie, ce type d’enquête peut être
réalisé pour étudier l’eczéma de contact dans une entreprise où une
grande partie des employés seraient exposés à un facteur.
Ces deux
types d’enquête (échantillon représentatif et exposé-non exposé) sont
prospectifs (suivi de cohortes).
3- Enquêtes cas-témoins :
On constitue un groupe de patients ayant la maladie étudiée
(pemphigoïde, Lyell, mélanome) (les cas), et un groupe de sujets
indemnes de cette affection (les témoins).
On recherche si les cas et
témoins ont été exposés au facteur étudié avant le début de la
maladie (respectivement médicaments cardiovasculaires,
phénobarbital ou brûlures solaires) et on compare la proportion de
sujets exposés dans les deux groupes.
Ces enquêtes sont
rétrospectives car elles recherchent une exposition dans le passé.
Cependant, l’inclusion des cas et témoins peut être prospective ou
rétrospective.
Dans les enquêtes cas-témoins sur le pemphigus au
Brésil, le syndrome de Lyell et la pemphigoïde, l’inclusion des cas et
témoins était prospective.
L’enquête cas-témoins est la seule
réalisable quand la maladie est rare.
Le choix du type d’enquête dépend de la fréquence de la maladie,
de celle de l’exposition et des moyens disponibles (logistiques,
temps et financiers).
Les enquêtes exposés-non exposés sont
particulièrement intéressantes si l’exposition est rare.
Elles
permettent un recueil précis de l’information sur l’exposition et une
estimation peu biaisée du facteur de risque.
Cependant, elles sont
longues et onéreuses et le suivi prolongé expose au risque majeur
de perdre de vue des patients.
Les enquêtes sur échantillon
représentatif apportent l’information la plus complète (estimation simultanée du taux d’incidence et/ou de la prévalence de la
maladie, de la fréquence d’exposition et de son rôle) mais ne sont
réalisables que si la maladie et l’exposition sont fréquentes.
Elles
requièrent des effectifs importants et présentent les mêmes
inconvénients que les précédentes.
Les enquêtes cas-témoins sont
plus rapides et moins onéreuses, elles sont intéressantes si la maladie
est rare (maladies bulleuses par exemple) et permettent l’étude
simultanée de plusieurs facteurs de risque.
La détermination
rétrospective de l’exposition est parfois difficile à établir, elle peut
être source de biais majeur et le choix des témoins est difficile.
Chaque fois que possible, l’inclusion des cas et témoins doit être
prospective.
B - MESURE DE L’ASSOCIATION ENTRE UNE MALADIE
ET UNE EXPOSITION
:
Un facteur est associé à une maladie s’il existe un lien statistique
entre la maladie et l’exposition, cette association est recherchée par
un test du Chi2.
Si la maladie est
significativement plus fréquente chez les exposés que chez les nonexposés
[P (M/E+) >> P (M/E-) ; p < 0,05] on parle d’association
positive ; dans le cas inverse, maladie significativement moins
fréquente chez les exposés que chez les non-exposés [P (M/E+) << P
(M/E-) ; p < 0,05] on parle d’association négative.
Les termes de
facteur étiologique, facteur de risque (association positive) et surtout
de facteur protecteur (association négative) ne doivent être employés
que s’il existe des arguments en faveur de la causalité.
L’importance du degré de signification (valeur du p obtenue par le
Chi2) reflète la confiance que l’on peut accorder aux résultats, mais
ne mesure en aucun cas l’intensité du risque.
Prenons pour exemple
l’étude des facteurs de risque médicamenteux de la pemphigoïde,
une association significative était observée pour les antialdostérones
(p < 0,01) et les neuroleptiques (p < 0,03).
L’interprétation du degré
de signification est la suivante : la première association a moins de
1 % de risque d’être observée par simple effet du hasard, la
deuxième, moins de 3 %, mais ceci ne préjuge en rien de l’intensité
des risques respectifs.
1- Principales mesures du risque : risque relatif
et odds ratio
:
Les patients traités par antialdostérones (AA) ont un risque d’avoir
une pemphigoïde (PB).
Ce risque, appelé risque absolu, est la
probabilité d’être malade si on est exposé au facteur étudié :
P1 = [P (PB+/AA+)].
Cependant, tous les patients ayant une pemphigoïde n’ont pas forcément pris d’antialdostérones avant le
début de leur maladie, il existe donc un risque de base.
Le risque de base est la probabilité d’être malade si on n’est pas
exposé au facteur : P0 = [P (PB + /AA-)] (PB chez les patients
n’ayant pas pris d’antialdostérones).
Il est clair qu’on ne peut
mesurer le risque associé à une exposition sans tenir compte du
risque de base.
Deux modèles ont été proposés : un modèle additif
si le facteur ajoute un risque au risque de base et un modèle
multiplicatif si le facteur multiplie le risque de base.
L’excès de risque ou risque en excès (RE).
Si on considère un modèle
additif, le risque lié au facteur sera estimé par le risque en excès, qui
est la différence entre le risque absolu et le risque de base.
RE = P1-
P0 = P (PB+/AA+) - P (PB+/AA-).
Cette mesure du risque n’est pas
fréquemment utilisée. L’absence de relation entre la maladie et le
facteur correspond à un excès de risque peu différent de 0.
Le risque relatif (RR).
Dans un modèle multiplicatif, le risque est
estimé par le rapport entre la probabilité d’être malade si on est
exposé et la probabilité d’être malade si on n’est pas exposé. RR = P1/P0 = P (PB+/AA+) / P (PB+/AA-).
L’absence de relation
entre la maladie et le facteur correspond à un risque relatif peu
différent de 1.
L’odds ratio (OR).
Dans le même modèle que précédemment, l’odds
ratio ou risque relatif approché estime le risque relatif quand la
maladie est rare (PB, syndrome de Lyell).
Il représente le rapport
des « chances » (ou rapport de cotes des Canadiens) d’être ou non
malade selon l’existence ou l’absence d’exposition.
Dans les enquêtes cas-témoins, le nombre de cas et témoins étant fixé par
l’expérimentateur, seul l’odds ratio peut être estimé.
L’odds ratio se calcule de la
façon suivante : OR = ad/bc.
Le risque dans la population est estimé par une enquête réalisée sur
un échantillon donné ; si un autre échantillon similaire avait été
sélectionné, l’estimation du risque serait un peu différente.
Ainsi, on
calcule un intervalle de confiance à 95 % qui définit les limites entre
lesquelles la vraie valeur du risque a 95 % de chance de se situer. En
règle générale, quand un facteur est significatif (ie significativement
différent de 1, p < 0,05) son intervalle de confiance à 95 % ne
comporte pas la valeur 1.
Dans l’enquête sur la pemphigoïde, le
risque pour les antialdostérones était de 3,1 avec un intervalle de
confiance de 1,3 à 7,1, cela signifie que les patients qui prennent des
antialdostérones ont en moyenne 3,1 fois plus de risque de faire une
pemphigoïde que les autres, mais que la vraie valeur du risque se
situe entre 1,3 et 7,1. Le risque pour les thiazidiques n’était pas
significatif (OR = 1,7 ; IC 95 % de 0,9 à 3,2).
Donc, à la question de l’épidémiologiste « la pemphigoïde est-elle
plus fréquente chez les patients qui prennent des antialdostérones
que chez les autres ? », la réponse est positive car le test du Chi2
comparant P (PB+/AA+) et P (PB+/AA-) est significatif (p < 0,05) et
le risque associé aux antialdostérones est estimé par l’odds ratio car
il s’agit d’une enquête cas-témoins.
2- Mesures d’impact :
Le risque relatif et l’odds ratio mesurent l’intensité du lien entre le
facteur de risque et la maladie, mais ne reflètent pas l’importance
du risque dans la population.
En termes de santé publique, il est
important d’estimer la proportion de cas imputée au facteur et donc
le nombre de cas qui seraient évités si l’exposition était supprimée.
Cette mesure est appelée risque attribuable (RA), ou fraction de risque
attribuable, ou fraction étiologique dans la population (FERpop) :
RA = FERpop = F (RR-1)/(F (RR-1) + 1) où F est la fréquence de
l’exposition. Dans une enquête cas-témoins, le risque relatif est
estimé par l’odds ratio, et F est estimé par la prévalence de
l’exposition chez les témoins.
Ce risque ne doit être calculé que si le
risque relatif est élevé, et s’il existe des arguments pour une nature
causale de la relation.
Pour illustrer l’importance du risque
attribuable et sa différence avec le risque relatif, prenons deux
études, l’une concernant le mélanome et l’autre le Lyell.
Les
antécédents de brûlures solaires sévères entre 15 et 20 ans chez la
femme étaient associés à un risque de mélanome de 1,9 avec un
intervalle de confiance de 1,1 à 3,4 ; la prévalence des brûlures était
de 19 %.
Le risque de Lyell associé à la prise d’oxicams était de
22 avec un intervalle de confiance de 6,2 à 74, donc
significativement supérieur au précédent.
La prévalence de la prise
d’oxicams était de 0,3 %.
On peut ainsi calculer, pour le mélanome
et pour le syndrome de Lyell, le risque attribuable à l’exposition,
respectivement : RA = 0,146 et 0,059.
Ainsi, 14,6 % des mélanomes
chez la femme seraient attribués aux brûlures solaires et seulement
5,9 % des syndromes de Lyell seraient attribués aux oxicams.
Si on
tient compte des taux d’incidence de chacune de ces deux maladies,
la suppression de telles brûlures permettrait d’éviter environ
300 mélanomes chaque année chez la femme, alors que la
suppression des oxicams ne permettrait d’éviter que 4,8 syndromes de Lyell sur l’ensemble de la population.
Ces calculs très approchés
montrent cependant la différence entre les deux risques.
On peut aussi s’intéresser à la proportion de cas attribuables au
facteur parmi les exposés, cette question est importante en
pharmacovigilance : « Quelle proportion de syndromes de Lyell
observés chez des patients prenant cet AINS (exposés) est
effectivement attribuable à cet AINS ? »
La réponse sera la fraction
étiologique (FE) ou fraction attribuable du risque chez les exposés :
FE = FAR = (RR - 1)/RR.
La fraction étiologique est la proportion de
malades chez les exposés qui serait évitée si l’exposition était
supprimée (proportion de cas effectivement attribuable à
l’exposition parmi les exposés).
En fait, les terminologies utilisées sont très variables et ce qui est
appelé risque attribuable par certains est appelé fraction étiologique
pour d’autres et vice versa.
L’analyse de la population considérée
(la population dans son ensemble ou seulement les exposés) permet
cependant de se repérer.
C - BIAIS DANS LES ENQUÊTES ÉPIDÉMIOLOGIQUES :
Le biais est la « bête noire » de l’épidémiologiste, il désigne toute
erreur systématique qui altère la représentativité des résultats, et est
donc susceptible de masquer, renforcer, voire créer une liaison entre
un facteur et une maladie.
La présence de biais majeurs peut
invalider la totalité des résultats d’une étude.
Les sources de biais
sont multiples, on les classe habituellement en trois groupes : biais
de sélection, de classification et facteurs de confusion.
Seuls les
principaux biais seront décrits ici, mais beaucoup d’autres ont été
identifiés.
1- Biais de sélection :
On parle de biais de sélection quand le choix de la population
d’étude est responsable d’une mauvaise estimation d’un des
paramètres étudiés (facteur de risque ou maladie).
Dans les enquêtes cas-témoins, deux situations sources de tels biais sont fréquemment
observées.
Les enquêtes portant sur les cas prévalents incluent les
cas qui ont survécu et qui n’ont pas été perdus de vue au moment
de l’enquête, si la survie et/ou le suivi médical ultérieur est lié au
facteur étudié, le biais sera majeur.
Le recrutement hospitalier est
source de biais, car l’admission résulte de facteurs liés au malade
(gravité de la maladie, lieu de résidence, catégorie
socioprofessionnelle...) et au service (renommée, spécialisation...) qui
sont difficilement contrôlables.
Le choix des non exposés dans les études prospectives et celui des
témoins dans les études rétrospectives est également source de biais.
Idéalement, les non exposés doivent être représentatifs des non
exposés de la population source et les témoins représentatifs des
non malades de la population source d’où sont issus les cas.
Le
principe est que chaque groupe soit représentatif de la population à
laquelle on veut extrapoler les résultats.
Obtenir un échantillon
représentatif de la population source implique de réaliser un tirage
au sort sur une liste exhaustive de cette population, mais une telle
liste est rarement disponible et le recrutement aléatoire en
population générale est excessivement difficile et engendre de
nombreux refus.
Pour pallier ces biais, différentes techniques sont
utilisées.
Par ailleurs, il est nécessaire que le groupe de référence
(non exposés ou témoins) soit similaire au groupe étudié (exposés
ou cas) pour un certain nombre de paramètres (au minimum l’âge
et le sexe...), c’est ce que l’on appelle l’appariement.
Dans les
enquêtes exposés-non exposés, le suivi des deux groupes doit être
strictement identique.
Il y a biais quand la stratégie diagnostique
varie avec l’exposition.
Certaines études concluant à une association
significative entre pemphigoïde et cancer, association très
controversée, comparaient la prévalence du cancer parmi les
pemphigoïdes à celle attendue dans la population générale du même
âge.
Cependant, les pemphigoïdes ayant subi des investigations
(radiographies, scanner...) destinées à dépister le cancer, il était
logique d’observer plus de cancer que dans la population témoin
qui n’avait pas bénéficié de telles investigations.
2- Biais de classification :
Un tel biais est secondaire à une erreur systématique dans la mesure
de l’exposition et/ou la détermination de la maladie.
Ce biais est
majeur si la détermination de l’exposition est faite en fonction de la
maladie ou si le diagnostic de maladie est réalisé en fonction de
l’exposition.
Par exemple, dans l’étude cas-témoins sur le syndrome
de Lyell, on recherchait la prise antérieure du médicament chez les
cas et les témoins.
Il est clair que la prise de médicaments avait déjà
été activement recherchée chez les cas avant l’arrivée des enquêteurs
et qu’il n’en était pas de même pour les témoins (biais de rappel).
De même, si l’enquêteur connaît l’objectif de l’étude, il peut être
tenté de faire un interrogatoire plus poussé chez les cas (biais
d’interrogatoire) que chez les témoins.
Le protocole doit être
construit de manière à réduire le plus possible ces biais
(interrogatoire systématique avec une liste de médicaments, de
symptômes, etc).
3- Facteur de confusion
:
Un facteur de confusion est un facteur qui est lié à la fois à la
maladie et à l’exposition étudiée.
Il y a confusion si la relation brute
entre exposition et maladie n’est pas la même que celle obtenue dans
les différentes classes du facteur de confusion.
Différentes
procédures au moment de la réalisation du protocole (appariement)
et dans l’analyse (ajustement) permettent de réduire les biais liés à
la confusion.
Cependant, quand deux expositions sont étroitement
intriquées l’interprétation devient difficile, c’est le cas du débat
actuel en matière de mélanome, soleil et antisolaires.
Certaines
études montrent une association entre l’utilisation d’antisolaires et
la survenue de mélanomes, mais il est clair que cette utilisation
dépend de l’exposition et du phototype, cette utilisation étant
d’autant plus importante que l’exposition est intense et le sujet de
phototype clair et donc à risque de mélanome.
D - INTERPRÉTATION DES ENQUÊTES ÉTIOLOGIQUES
ET CAUSALITÉ
:
Une relation de causalité n’est discutée que s’il existe une association
significative entre la maladie et l’exposition.
Pour interpréter une
enquête étiologique, il est nécessaire de répondre aux questions
suivantes.
– La liaison entre l’exposition et la maladie est-elle significative ?
– L’étude présente-t-elle des biais susceptibles d’expliquer ou de
masquer la relation ?
– A-t-on recherché et pris en compte les facteurs de confusion ?
– La relation est-elle de nature causale ?
Les enquêtes d’observation ne permettent pas d’affirmer la causalité,
mais il existe un certain consensus sur des conditions de causalité.
La causalité est d’autant plus probable que plusieurs des
propositions suivantes sont vérifiées :
– la cause présumée précède l’effet dans le temps (prise de
phénobarbital antérieure au Lyell, infections à human papilloma virus
[hPV] précédant les cancers cervicaux, mais ceci est parfois
difficile à établir, par exemple l’alcool favorise-t-il la poussée de
psoriasis ou bien cette dernière, par son caractère affichant et
désespérant, induit-elle une augmentation de la consommation ?) ;
– relation forte avec un risque relatif élevé (OR = 45 pour la relation phénobarbital-Lyell) ;
– existence d’une relation dose-effet (PUVA et carcinomes
cutanés) ;
– effet de la suppression ou diminution du facteur de risque ;
– variations cohérentes du facteur et de la maladie dans l’espace et
le temps ;
– constance de l’association dans différentes populations
(association retrouvée dans différents pays) ;
– cohérence avec les expérimentations animales ;
– concordance de plusieurs études.
Par exemple, on ne peut actuellement conclure au rôle des antialdostérones dans la survenue de pemphigoïde, car le risque
n’est pas majeur et cette association n’avait pas été observée
antérieurement.
En revanche, il existe de nombreux arguments
pour la causalité en matière de soleil et cancers cutanés, surtout pour
les carcinomes : précession de la cause, relation dose-effet pour les
carcinomes, corrélations spatiales (latitude), constance de
l’association dans différents pays, concordance de plusieurs études
et cohérence avec l’expérimentation animale pour les carcinomes.
Conclusion :
Ainsi, la description de phénomènes (pathologies, populations atteintes,
expositions) conduit à générer des hypothèses qui doivent être testées
par des études analytiques appropriées.
L’interprétation d’une enquête
épidémiologique et la recherche de causalité nécessitent une
méthodologie rigoureuse et appropriée.