PHYSIOPATHOLOGIE :
La consommation d'alcool à long terme est à l'origine de
tableaux cliniques neuropsychiatriques assez bien connus ainsi
que de lésions neuro-anatomiques et de nombreuses perturbations
neurochimiques et moléculaires.
L'étiologie de ces troubles est multifactorielle :
- la toxicité directe de l'éthanol et de l'acétaldéhyde (produit
de dégradation de l'éthanol) sur le système nerveux et le
déficit en vitamine B1 (ainsi qu'en acide folique, vitamines B6,
B12) sont bien connus.
- mais on a également noté des modifications des membranes
cellulaires, des neurotransmetteurs (sérotonine, dopamine, GABA,
glutamate, aspartate, etc.) et de leurs récepteurs ainsi qu'une
susceptibilité génétique.
L'adaptation du système nerveux à l'éthanol est complexe. Pour
chaque individu, elle se fait à trois niveaux : comportemental,
neurochimique et moléculaire. Il y a de grandes variations d'un
individu à l'autre selon des facteurs liés à l'environnement,
des facteurs biochimiques et des facteurs génétiques.
Myopathie alcoolique
La myopathie alcoolique correspond à des perturbations de la
synthèse et du fonctionnement des protéines contractiles (par
modification de l'ATPase et altération du métabolisme musculaire
des hydrates de carbone).
Syndrome de Gayet-Wernicke-Korsakoff
La symptomatologie est d'abord aiguë, correspondant au syndrome
(ou encéphalopathie) de Gayet-Wernicke (GW), puis parfois elle
se poursuit vers la chronicité du syndrome de Korsakoff. On tend
aujourd'hui à ne faire de cet ensemble qu'une même entité, le
syndrome de Gayet-Wernicke-Korsakoff (GWK) :
- le déficit en vitamine B1 a un rôle prédominant dans le
syndrome de Gayet-Wernicke qui peut se voir chez des sujets
dénutris non alcooliques.
- la toxicité de l'éthanol a un rôle prédominant dans le
syndrome de Korsakoff et, plus généralement, dans les troubles
cognitifs survenant chez les sujets alcooliques chroniques.
Neuroanatomie : lésions symétriques autour du 3e ventricule, de
l'aqueduc et du 4e ventricule, avec atteinte des tubercules
mamillaires, du locus cœruleus, de la substance grise
périaqueducale, des noyaux oculo-moteurs et vestibulaires et
(surtout s'il y a syndrome de Korsakoff) du thalamus
dorsomédian.
Maladie de Marchiafava-Bignami
La maladie de Marchiafava-Bignami est de mécanisme inconnu
(quelques cas sont décrits chez des sujets non alcooliques).
Neuroanatomie : démyélinisation avec nécrose de la partie
centrale du corps calleux, associée à des lésions de la
substance blanche hémisphérique.
Myélinose centro-pontine
La myélinose centro-pontine (myélinose centrale du pont), non
spécifique de l'alcoolisme est décrite dans de nombreux états
pathologiques (états cachectiques ou carencés, cancers,
toxicomanies, diabètes, pancréatites, sujets hémodialysés...) à
l'occasion d'une hyponatrémie sévère.
Elle survient souvent chez l'alcoolique, après un traitement
pour sevrage ou pour encéphalopathie porto-cave.
Neuroanatomie : démyélinisation de la base du pont donnant un
signal anormal à l'IRM.
Atrophie cérébelleuse
L'atrophie cérébelleuse est très fréquente chez l'alcoolique. à
l'IRM, atrophie prédominant sur le vermis cérébelleux mais
pouvant aussi atteindre les lobes antérieurs (il s'agit d'une
dégénérescence neuronale des cellules de Purkinje).
Déficit en vitamine B1 : cause principale mais non unique.
Pellagre
La pellagre ou encéphalopathie pellagreuse est plus rare que le
syndrome de Gayet-Wernicke-Korsakoff, auquel elle peut être
associée.
L'encéphalopathie est due à un déficit en vitamine PP
(nicotinamide).
Les lésions touchent sélectivement les neurones et en
particulier ceux de la protubérance.
Encéphalopathie porto-cave
L'encéphalopathie porto-cave est une encéphalopathie métabolique
chez un sujet cirrhotique porteur d'une insuffisance
hépatocellulaire majeure. sa physiologie est encore mal connue.
Rôle important du “ shunt ” porto-systémique déversant dans la
grande circulation des substances toxiques (dont l'ammoniac,
produit de la dégradation des protides intestinaux) que le foie
ne peut plus cataboliser et qui agissent sur le système nerveux
central.
D'autres mécanismes interviennent probablement.
Neuroanatomie : prolifération astrocytaire dans les ganglions de
la base, le thalamus, le noyau rouge, la protubérance, le
cervelet, mais pas de perte neuronale.
Embryofœtopathie
En cas d' alcoolisation maternelle durant la grossesse, et
surtout dans les 3 premiers mois, le risque d'embryofœtopathie
est proportionnel à l'intensité de l'intoxication.
L'alcool traversant le placenta, l'alcoolémie du fœtus est
identique à celle de la mère. Or l'activité de l'alcool
déshydrogénase est très faible chez le fœtus et son activité
MEOS (système d'oxydation microsomal de l'éthanol) est nulle.
Le taux élevé de l'alcoolémie cérébrale va être pathogène, du
fait, d'une part, de la malnutrition maternelle et du fait,
d'autre part, de la toxicité directe de l'alcool ou d'un
métabolite qui freine la synthèse protéique et qui aurait une
action tératogène.
Complications liées à la prise aiguë d'alcool
Toute prise aiguë d'alcool se complique rapidement de
manifestations cliniques diverses, signes d'atteinte du système
nerveux central.
Ivresses typiques :
Les ivresses typiques (ou banales) se déroulent en trois phases
(au cours desquelles l' alcoolémie est croissante), les deuxième
et troisième phases pouvant être considérées comme compliquées :
- phase d'excitation psychomotrice simple avec perte plus ou
moins accentuée du contrôle des fonctions supérieures.
- phase d'incoordination et d'instabilité avec signes
cérébelleux et vestibulaires, mais parfois aussi
ophtalmologiques et végétatifs.
- phase de coma profond sans signe de localisation neurologique
avec hypotonie, abolition des réflexes ostéo-tendineux et de la
sensibilité, mydriase, hypothermie et respiration stertoreuse.
Ivresses atypiques :
Les ivresses atypiques (ou pathologiques) sont compliquées de
troubles du comportement.
Elles surviennent souvent sur un terrain de fragilité
psychopathologique.
On distingue trois grands types :
- ivresse excitomotrice hétéroagressive ou autoagressive, voire
suicidaire.
- ivresse hallucinatoire avec bouffées oniriques.
- ivresse délirante avec prévalence de thèmes de jalousie et de
persécution.
Ivresses compliquées :
Les ivresses sont compliquées de perturbations métaboliques et
somatiques (qui ont souvent des répercussions neurologiques) :
- hépatite alcoolique aiguë.
- troubles du rythme supraventriculaires.
- hypoglycémie (grave chez le sujet jeune), hyperpyruvicémie,
hypertonie osmotique et déshydratation cellulaire, acidose
métabolique.
- crises comitiales (l'alcool diminue le seuil épileptogène chez
les sujets prédisposés).
- traumatisme crânien.
Certaines ivresses sont associées à une prise médicamenteuse, ce
qui donne lieu à des interactions pharmacodynamiques,
pharmacocinétiques et métaboliques (par exemple :
potentialisation synergique entre alcool et benzodiazépines ou
barbituriques).
Complications liées au sevrage
Le tableau clinique du syndrome de sevrage se situe sur un
continuum allant du tremblement matinal discret à la crise
d'épilepsie et surtout au delirium tremens.
Il survient chez des sujets alcoolo-dépendants et devient
apparent quelques heures après la dernière prise d'alcool :
- tension intérieure, anxiété, élévation de la pression
artérielle et de la fréquence cardiaque, hyperréflexie,
tremblements.
- puis surviennent nausées, vomissements, diarrhée,
hypersudation, agitation anxieuse, insomnie et quelques
hallucinations (pré-delirium tremens), qui annoncent le delirium
tremens lui-même. Le traitement, à ce stade, peut empêcher la
survenue de celui-ci.
- la phase de delirium tremens associe :
- agitation anxieuse, hétéroagressivité ou autoagressivité.
- hallucinations (zoopsies).
- tremblements.
- insomnie.
- désordres neurovégétatifs mettant en jeu le pronostic vital
(hyperthermie, hypersudation, déshydratation, tachycardie,
tachypnée, hypertension artérielle).
- crises comitiales.
En l'absence de traitement, le delirium tremens est mortel dans
30 % des cas et malgré la sédation (par benzodiazépines) et la
rééquilibration hydroélectrolytique, il garde une mortalité de 5
à 10 %.
Complications liées à la prise chronique d'alcool
La consommation d'alcool à long terme est à l'origine de
tableaux cliniques neuropsychiatriques assez bien connus.
ATTEINTE DU SYSTÈME NERVEUX PÉRIPHÉRIQUE :
Polynévrite des membres inférieurs :
La polynévrite des membres inférieurs est essentiellement
d'origine carentielle, en particulier par carence en vitamine
B1.
Formes de début fréquentes
Les formes de début fréquentes sont les paresthésies, la
sensation de froid, les crampes (dans les mollets), la
fatigabilité à la marche, le “ steppage ”.
- Progressivement apparaissent une aréflexie achilléenne, une
hypoesthésie malléolaire (au diapason) et une hyperhidrose.
- A un stade plus avancé, on constate une hypoesthésie tactile “
en chaussette ”, une amyotrophie prédominant sur la loge
antérieure (mollets de coq), une diminution ou une abolition des
réflexes ostéo-tendineux.
- A ce stade, l'arrêt de la prise du produit toxique entraîne
généralement la guérison en quelques mois, accélérée par la
vitaminothérapie B1.
Formes plus graves
Dans les formes plus graves, il peut y avoir une extension aux
membres supérieurs avec une parésie flasque distale, voire une
hypoesthésie abdominale et des troubles trophiques distaux de
type dermite ocre ou chute des phanères :
- dans ces cas, la dégénérescence est irréversible et les
séquelles sont durables et invalidantes.
- ces formes se voient surtout en cas de facteurs aggravants
(tuberculose, dénutrition, gastrectomie).
A noter que la consommation de disulfirame (Espéral*) à des
posologies de 500 mg ou plus, pendant plus de 6 mois, peut
précipiter l'évolution d'une polynévrite.
Neuroacropathie éthylique :
Le syndrome de neuroacropathie éthylique, dit de “ Bureau et
Barrière ”, associe à une polynévrite des membres inférieurs :
- une atteinte cutanée (ulcères profonds des orteils, maux
perforants plantaires).
- et une ostéo-arthropathie sous-jacente (douleurs articulaires,
ostéoporose).
Névrite optique rétrobulbaire :
La névrite optique rétrobulbaire est une lésion des nerfs
optiques par carence vitaminique, presque systématiquement
associée à un tabagisme.
A l'examen ophtalmologique
A l'examen ophtalmologique, on retrouve :
- une dyschromatopsie débutant sur l'axe bleu-jaune.
- une baisse de l'acuité visuelle.
- un scotome central.
- des troubles de la vision des contrastes, une pâleur et une
atrophie papillaire au fond d'œil.
- des perturbations des potentiels évoqués visuels.
En l'absence de traitement
En l'absence de traitement, l'évolution se fait vers la cécité
complète.
Elle est le plus souvent favorable s'il y a à la fois arrêt
complet de la prise d'alcool et de tabac.
MYOPATHIE ALCOOLIQUE :
La myopathie alcoolique est assez fréquente mais habituellement
infraclinique.
En cas de facteur déclenchant (épilepsie, compression
musculaire, ivresse aiguë), possibilité de manifestations aiguës
de myopathie avec rhabdomyolyse :
- myalgies généralisées ou localisées (mollets).
- douleurs à la pression des muscles.
- impotence fonctionnelle.
- œdème des masses musculaires avec parfois compression
vasculaire et nerveuse.
- élévation du taux des enzymes musculaires, myoglobinurie.
- et, dans un quart des cas, insuffisance rénale aiguë.
Cette myopathie peut être associée à une cardiomyopathie
entraînant une insuffisance cardiaque (rare).
ATTEINTE DE LA MOELLE :
Il s'agit d'une dégénérescence combinée subaiguë de la moelle.
On retrouve quelques cas très rares par carence en acide
folique.
ATTEINTE DU SYSTEME NERVEUX CENTRAL :
Syndrome de Gayet-Wernicke-Korsakoff :
La symptomatologie est d'abord aiguë, correspondant au syndrome
(ou encéphalopathie) de Gayet-Wernicke (GW), puis parfois elle
se poursuit vers la chronicité du syndrome de Korsakoff.
On tend aujourd'hui à ne faire de cet ensemble qu'une même
entité, le syndrome de Gayet-Wernicke-Korsakoff (GWK).
Le déficit en vitamine B1 a un rôle prédominant dans le syndrome
de Gayet-Wernicke qui peut se voir chez des sujets dénutris non
alcooliques.
La toxicité de l'éthanol a un rôle prédominant dans le syndrome
de Korsakoff et, plus généralement, dans les troubles cognitifs
survenant chez les alcooliques chroniques.
Les troubles apparaissent entre 30 et 70 ans, plus souvent chez
l'homme que chez la femme, plus gravement chez le sujet âgé.
Ce syndrome est typique
Ce syndrome est typique dans un tiers des cas uniquement,
associant :
- des troubles de l'équilibre (qui apparaissent en premier) :
- atteinte vestibulaire centrale majeure (difficulté ou
impossibilité à la marche, élargissement du polygone de
sustentation, station debout impossible).
- et syndrome cérébelleux (avec dysarthrie, tremblements,
dysmétrie).
- un état confusionnel (très fréquent) : désorientation,
apathie, bradypsychie, hypersomnie et quelquefois
hallucinations.
- des troubles oculaires (présents dans la moitié des cas) :
nystagmus horizontal ou multidirectionnel, troubles
oculo-moteurs qui peuvent constituer une ophtalmoplégie presque
complète.
Une polyneuropathie est souvent associée.
Sans traitement, l'évolution
Sans traitement, l'évolution, surtout sur un terrain dénutri,
peut se faire :
- vers le coma.
- ou vers le syndrome de Korsakoff avec amnésie de fixation
(antérograde) :
- dont résulte une désorientation spatio-temporelle.
- compensée par une fabulation importante et de fausses
reconnaissances.
- un état euphorique peut être associé.
- il existe une anosognosie mais la vigilance, l'esprit critique
et le raisonnement sont conservés.
Dans certains cas, les épisodes d'encéphalopathie de
Gayet-Wernicke ont pu passer inaperçu avant la découverte d'un
syndrome de Korsakoff.
Malgré une vitaminothérapie intensive
Malgré une vitaminothérapie intensive, les troubles de la
mémoire sont, en général, permanents et ne régressent que de
façon très partielle, entraînant un handicap définitif.
Troubles cognitifs :
Les troubles cognitifs sont souvent évidents, intégrés dans un
syndrome de Gayet-Wernicke-Korsakoff.
Mais ils peuvent aussi être mineurs, sans symptôme neurologique
apparent, mesurables lors de tests neuropsychologiques :
- troubles visuo-spatiaux (surtout pour les tests visuo-moteurs
: dessins, copie de figures complexes, etc.).
- troubles des fonctions exécutives : défaut de
conceptualisation, mauvais contrôle des réponses
comportementales, avec troubles de l'attention, de l'abstraction
(comme dans un syndrome frontal).
- troubles mnésiques dissociés, avec peu de troubles de la
mémoire primaire, mais des troubles nets de la mémoire
secondaire déclarative (ou mémoire explicite).
Ces troubles sont parfois associés à des troubles de l'humeur et
à un discret syndrome frontal ainsi qu'à une atrophie
cortico-sous-corticale pour constituer ce que bon nombre
d'auteurs avaient appelé une “ démence alcoolique ” (concept
actuellement très controversé).
Etiologie multifactorielle :
- carence en vitamine B1.
- toxicité de l'éthanol.
- susceptibilité génétique.
Formes cliniques topographiques :
Maladie de Marchiafava-Bignami
Début :
- progressif avec démence, dysarthrie, hypertonie,
astasie-abasie et épilepsie (le tableau comportant également :
ralentissement idéomoteur, apathie et signes frontaux),
l'évolution étant chronique.
- ou aigu, avec un tableau neurologique d'installation très
rapide, évoluant en quelques jours vers le coma et la mort.
Diagnostic facile à l'IRM en coupes sagittales : démyélinisation
avec nécrose de la partie centrale du corps calleux associée à
des lésions de la substance blanche hémisphérique.
Myélinose centro-pontine :
La myélinose centro-pontine (myélinose centrale du pont) est non
spécifique de l'alcoolisme, rôle d'une hyponatrémie sévère.
Elle survient souvent chez l'alcoolique, après un traitement
pour sevrage ou pour encéphalopathie porto-cave.
On assiste à une démyélinisation de la base du pont donnant un
signal anormal à l'IRM.
Tableau clinique :
- quadriparésie ou quadriplégie flasque avec altération des
réflexes ostéo-tendineux.
- paralysies oculo-motrices (horizontales et pupillaires).
- troubles majeurs de la déglutition (paralysie linguale et de
la mastication).
- syndrome pseudo-bulbaire.
- troubles de la vigilance avec des états allant de la confusion
au coma.
Atrophie cérébelleuse
L'atrophie cérébelleuse est très fréquente chez l'alcoolique :
- à l'IRM, atrophie prédominant sur le vermis cérébelleux, mais
pouvant aussi atteindre les lobes antérieurs.
- le déficit en vitamine B1 en est la cause principale mais non
unique.
- sur le plan clinique, l'atrophie cérébelleuse se manifeste de
façon subaiguë :
- par des troubles de l'équilibre prédominant aux membres
inférieurs (instabilité, élargissement du polygone de
sustentation, oscillations, incoordination).
- éventuellement associés à une atteinte des membres supérieurs,
des tremblements et une dysarthrie.
- évolution imprévisible, fonction du sevrage : handicap partiel
ou total, réversible ou irréversible.
Pellagre
La pellagre (ou encéphalopathie pellagreuse) est plus rare que
le syndrome de Gayet-Wernicke-Korsakoff, auquel elle peut être
associée.
L'encéphalopathie est due à un déficit en vitamine PP
(nicotinamide).
Les lésions touchent sélectivement les neurones et en
particulier ceux de la protubérance.
Elle associe :
- des signes d'encéphalopathie (avec surtout confusion mentale,
hypertonie oppositionnelle et myoclonies diffuses) qui sont
fréquents.
- des lésions cutanées (érythème photosensible).
- et une diarrhée qui sont rares.
Epilepsie :
Deux situations à distinguer
On distingue deux situations :
- le patient est porteur d'une épilepsie maladie, ancienne,
préalable à l'alcoolisation, mais aggravée par celle-ci. Le
diagnostic est à faire sur l'anamnèse et un traitement
antiépileptique au long cours doit être associé à l'abstinence.
- chez le patient devenu épileptique après un certain temps
d'alcoolo-dépendance, il s'agit d'une épilepsie alcoolique :
- les crises surviennent plutôt pendant les périodes de sevrage
total ou relatif.
- pas de signe spécifique à l'électroencéphalogramme.
- le seul traitement est l'abstinence pas d'antiépileptiques au
long cours.
Eliminer toujours
Eliminer toujours, par une enquête étiologique (anamnèse,
scanner), les causes identifiables (plus fréquentes chez les
alcooliques) :
- traumatisme crânien avec hématome sous-dural ou intracérébral.
- pathologie infectieuse neuro-méningée.
- accident vasculaire cérébral.
Encéphalopathie porto-cave :
L'encéphalopathie porto-cave est une encéphalopathie métabolique
chez un sujet cirrhotique porteur d'une insuffisance
hépatocellulaire majeure.
Rôle important du “ shunt ” porto-systémique.
L'encéphalopathie porto-cave est souvent déclenchée par :
- une hémorragie digestive.
- un apport excessif de protéines.
- une infection ou un désordre métabolique.
Sur le plan clinique
Sur le plan clinique, le tableau d'apparition progressive
associe :
- état confusionnel avec dysarthrie, ataxie et signes frontaux
(“ grasping reflex ”, “ sucking ”).
- astérixis (lors du maintien en position verticale des mains ou
des pieds, brusques chutes du tonus entraînant une chute des
doigts suivie d'un redressement rapide).
- “ flapping tremor ” (tremblement ample du poignet).
- rigidité extra-pyramidale plus ou moins associée à des signes
pyramidaux (hyperréflexie, signe de Babinski).
- crises comitiales.
Évolution
L'évolution se fait vers le coma et la mort ou vers une démence
(avec tremblement, choréo-athétose, dysarthrie et ataxie) ou,
enfin, le plus souvent, vers le retour à la normale d'avant la
crise, parfois, de nouveaux épisodes.
Accidents vasculaires cérébraux :
L'alcoolisme favorise la survenue d'un accident vasculaire
cérébral hémorragique (risque multiplié par quatre à six).
Il existe de nombreux facteurs, dont l'insuffisance
hépatocellulaire avec déficit en facteur de coagulation.
Penser particulièrement à l' hématome sous-dural, très fréquent
chez l'alcoolique.
Pour les accidents vasculaires cérébraux ischémiques, la
relation avec l'alcool est très controversée.
AUTRES COMPLICATIONS :
Atteinte du système nerveux autonome :
Dysfonctionnements sympathiques
Les dysfonctionnements sympathiques peuvent se traduire par :
- une hypertention artérielle fréquente durant les périodes
d'alcoolisation ou de sevrage.
- des signes d'hypersympathicotomie (surtout pendant les
périodes de sevrage).
- des troubles de la thermorégulation.
Dysfonctionnements parasympathiques
Pour les dysfonctionnements parasympathiques, il s'agit de :
- une neuropathie vagale : troubles de la motilité intestinale.
- une neuropathie sacrée : impuissance.
Embryofœtopathie :
En cas d'alcoolisation maternelle durant la grossesse, et
surtout dans les 3 premiers mois, le risque d'embryofœtopathie
est proportionnel à l'intensité de l'intoxication.
Sur le plan clinique, on observe :
- dans les cas majeurs :
- une dysmorphie cranio-faciale (diminution de taille des fentes
palpébrales, hypoplasie mandibulaire, microcéphalie).
- un retard staturo-pondéral prénatal et postnatal.
- une débilité mentale avec troubles du comportement.
- des malformations diverses (cardiaques, rénales, cérébrales).
- des syndromes partiels, le plus souvent avec troubles
cognitifs au premier plan.
Traitement
Sevrage total et définitif
Le traitement de toute complication neurologique secondaire à la
consommation chronique d'alcool passe nécessairement par
l'obtention d'un sevrage total et définitif.
On doit également
On doit également mettre en route :
- un régime alimentaire adapté.
- une vitaminothérapie parentérale puis per os (vitamines B1,
B6, B12 et PP).
Traitement des ivresses aiguës
Le traitement des ivresses aiguës est symptomatique avec une
attention particulière portée aux sujets atteints d'ivresses
compliquées qui doivent être pris en charge en réanimation.
Traitement des complications de sevrage
Le traitement des complications de sevrage est :
- préventif dès les tout premiers signes de sevrage :
- hydratation.
- vitaminothérapie.
- et surtout sédation légère (benzodiazépines ou tétrabamate,
Atrium 300 en l'absence d'insuffisance hépatique).
- symptomatique dès que le syndrome de sevrage est plus net avec
une sédation plus importante et une surveillance.
- c'est une urgence médicale pendant la phase de pré-delirium
tremens et de delirium tremens (voir “ Alcoolisme : syndrome de
sevrage ”).
Traitement vitaminique
La fréquence des complications carentielles chez les sujets
alcooliques justifie d'adjoindre à l'abstinence un traitement
vitaminique parentéral systématique au moindre doute lors d'une
hospitalisation :
- vitamine B1 :
- 500 mg à 1 g/j, par voie intramusculaire, pendant 10 à 15
jours, ou par voie intraveineuse en cas de perfusion.
- puis relais per os par Terneurine (vitamines B1, B6 et B12) :
1 comprimé, trois fois par jour, ou vitamine B1-B6 : 1 comprimé,
trois fois par jour, pendant 3 à 4 mois.
- vitamine B6 :
- 0,5 à 1 g/j, par voie intramusculaire ou par voie
intraveineuse, pendant 10 à 15 jours.
- puis relais per os par Terneurine ou vitamine B1-B6, pendant 3
à 4 mois.
- vitamine B12 :
- 1 g ou 1 000 gamma, par jour, per os ou par voie
intramusculaire, pendant 15 jours.
- puis relais par Terneurine*, per os, pendant 4 mois.
- vitamine PP : 0,5 mg/j, per os, surtout en cas
d'encéphalopathie pellagreuse.
- acide folique : 30 mg/j, per os ou par voie intramusculaire,
en cas de dégénérescence combinée subaiguë de la moelle.
Suspension définitive d'une prise d'Espéral*
Suspension définitive d'une prise d'Espéral*, en cas de
polynévrite des membres inférieurs et contre-indication de sa
prescription en cas d'insuffisance hépatique (cirrhose) ou de la
moindre complication neurologique (y compris l'épilepsie).
Troubles trophiques
La survenue de maux perforants plantaires ou de troubles
trophiques sévères des membres inférieurs associés à une
neuroacropathie éthylique impose le repos mécanique du membre
atteint par immobilisation et décubitus en attendant la
cicatrisation, associée à des soins locaux et à une
vitaminothérapie générale.
Prise en charge de l'épilepsie
La prise en charge de l'épilepsie chez l'alcoolique pose le
problème du traitement médicamenteux préventif à long terme :
- la décision thérapeutique ne se prend que lorsque le sevrage a
été obtenu et après qu'une enquête étiologique a éliminé les
causes identifiables d'épilepsie (traumatisme crânien,
pathologie infectieuse ou accident vasculaire cérébral).
- un traitement antiépileptique à long terme n'est indiqué qu'en
cas d'épilepsie maladie préalable à l'alcoolisation. Le sevrage
est suffisant, en général, pour supprimer l'épilepsie secondaire
à l'alcoolisme.
- la survenue de nouvelles crises d'épilepsie est quelquefois
une indication d'une rechute alcoolique.
Encéphalopathie porto-cave
La prise en charge de l'encéphalopathie porto-cave est une
urgence médicale.
Elle se fait en réanimation (réanimation hydroélectrolytique, “
nursing ”, désinfection et vidange intestinale par Néomycine* et
Duphalac*. Traitement d'une infection sous-jacente...).
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