ÉPIDÉMIOLOGIE :
Les études épidémiologiques descriptives ou analytiques sont
difficiles à mener en épileptologie parce que le diagnostic
repose principalement sur un interrogatoire rétrospectif à
l'origine de nombreux biais méthodologiques.
- Le taux d'incidence annuel des épilepsies, dans la population
générale, est estimé entre 11 pour 100 000 habitants (Norvège)
et 230 pour 100 000 habitants (Equateur), les valeurs médianes
les plus fréquemment rapportées se situant entre 40 et 70 pour
100 000 habitants.
- La prévalence moyenne de l'épilepsie active est de 1,5 à 57
pour 1 000 habitants, selon les études et les pays, et autour de
10 pour 1 000 dans la plupart des pays développés.
- Les taux d'incidence sont les plus élevés aux âges extrêmes de
la vie (plus de 100 pour 100 000) et les plus bas entre 30 et 50
ans. Environ 50 % des épilepsies débutent avant l'âge de 10 ans.
L'incidence cumulative, qui représente la probabilité de
développer une épilepsie, a été établie à Rochester
(Grande-Bretagne) à 3,1 % pour une personne vivant jusqu'à 80
ans.
L'épilepsie est ainsi l'affection neurologique invalidante la
plus fréquente. Son taux de prévalence est, par exemple, dix
fois plus élevé que celui de la sclérose en plaques.
Ces données ne tiennent pas compte des convulsions fébriles qui
se rencontrent chez environ 2 à 4 % des enfants et qui ne sont
pas des épilepsies.
CLASSIFICATION :
La classification des syndromes épileptiques regroupe des
situations très différentes : certaines sont fréquentes,
d'autres très rares.
Cette hétérogénéité est principalement liée au fait que la
classification ne repose pas sur une base physiopathologique,
parce que cette dernière est encore largement hypothétique. Les
différents syndromes ont, par ailleurs, des limites parfois
imprécises.
Pour donner une dimension concrète à cette classification, nous
rapportons ci-dessous les proportions respectives des différents
syndromes épileptiques (incluant, pour des raisons
épidémiologiques, les convulsions fébriles), diagnostiqués dans
le cadre d'une étude prospective réalisée en Grande-Bretagne par
275 médecins généralistes (National general practice study of
epilepsy [NGPSE]) : sur 814 cas, 252 étaient des épilepsies
partielles (31 %), dont 7 étaient idiopathiques (0,9 %), 96
étaient symptomatiques (11,8 %) et 146 étaient cryptogéniques
(17,9 %). 66 patients avaient une épilepsie généralisée (8,1 %),
dont 55 avaient une épilepsie généralisée idiopathique (6,8 %),
aucun n'avait une épilepsie cryptogénique ou symptomatique, 11
avaient une épilepsie généralisée symptomatique (1,4 %), 2
avaient une épilepsie liée à une affection neurologique
spécifique (0,2 %), 190 avaient une épilepsie dont le caractère
focal ou généralisé n'était pas déterminé (23,3 %) et 306
avaient un syndrome spécial (37,6 %), dont 220 avaient des
convulsions fébriles (27 %).
HISTOIRE NATURELLE DE L'ÉPILEPSIE :
L'histoire naturelle de l'épilepsie sans traitement est
difficile à établir, en Europe, du fait de l'existence de
médicaments actifs depuis plus de 100 ans : les bromures ont été
prescrits à partir de 1858, le phénobarbital en 1912, et la
phénytoïne en 1938.
Une étude récente réalisée, en Afrique, sur une population de
sujets épileptiques non traités a été récemment publiée : plus
la durée d'évolution d'une épilepsie active est élevée, moins le
nombre de patients qui en souffrent est important, ce qui est
faveur d'une rémission spontanée de l'épilepsie.
Plus précisément, à partir d'une population de 465 sujets, il a
été montré que l'épilepsie durait moins de 1 an chez 49 d'entre
eux, entre 1 et 2 ans chez 76, entre 2 et 3 ans chez 52, entre 3
et 4 ans chez 39, entre 4 et 5 ans chez 34, entre 5 et 6 ans
chez 19, entre 6 et 7 ans chez 29, etc. Seuls 8 patients de
cette cohorte ont eu une épilepsie ayant évolué entre 30 et 40
ans, et 2 pendant plus de 40 ans. La durée moyenne de la maladie
est de 6,5 années.
Par ailleurs, l'idée classique selon laquelle le traitement des
épilepsies était peu efficace est clairement contredite par des
études épidémiologiques récentes.
Lors d'une étude rétrospective à Rochester portant sur 465
patients, 50 % étaient en rémission complète (5 ans sans
crises), 20 ans après le diagnostic initial sans traitement,
tandis que 20 % étaient en rémission complète sous traitement.
Seuls 30 % des patients continuaient à avoir des crises. 42 %
des patients de cette étude étaient en rémission dès l'année
suivant le diagnostic.
Les résultats récents de l'étude NGPSE (1997), établis à partir
d'une étude prospective, après 9 ans de suivi, sont très
encourageants. Après 9 ans, sur 86 % des patients ayant un
diagnostic d'épilepsie, certains connaissaient une rémission
depuis 3 ans, et 68 % depuis= 5 ans.
Étiologie :
La répétition des crises d'épilepsie est sous la dépendance de
deux facteurs principaux : des facteurs génétiques et des
facteurs acquis, ces derniers existant sous la forme de lésions
cérébrales microscopiques ou macroscopiques. Chacun de ces
facteurs regroupe des faits hétérogènes dont la combinaison
variable rend compte du caractère multifactoriel des étiologies.
Facteurs génétiques :
La prédisposition à présenter des crises (seuil épileptogène)
est une caractéristique familiale dont le mode de transmission
est variable. Certaines épilepsies généralisées ou partielles
idiopathiques pourraient être des maladies autosomiques
dominantes dont la pénétrance est âge-dépendante et
l'expressivité variable. Les nombreuses études génétiques
actuellement menées démontrent la complexité des modes de
transmission.
Les facteurs génétiques sont manifestes dans les cas où
l'épilepsie représente l'une des manifestations d'une atteinte
d'un gène unique. 140 affections de ce type sont actuellement
répertoriées et la plupart sont autosomiques récessives. Elles
sont associées à un retard mental dans deux tiers des cas. Ces
maladies constituent moins de 1 % de l'ensemble des épilepsies,
la sclérose tubéreuse de Bourneville étant l'affection la moins
rare. Il est vraisemblable que des facteurs génétiques
actuellement très mal connus interviennent dans la plupart des
épilepsies cryptogéniques.
Facteurs acquis :
Toute agression cérébrale, qu'elle soit directe (lésions
microscopiques ou macroscopiques) ou indirecte (par
l'intermédiaire d'un trouble systémique), peut contribuer au
développement d'une épilepsie.
Les lésions directes sont principalement visualisées par l'IRM :
- chez l'enfant, il peut s'agir d'une souffrance périnatale,
d'une malformation, d'une affection vasculaire, traumatique,
infectieuse ou tumorale.
- chez l'adulte, l'alcool s'ajoute aux causes sus-mentionnées.
- chez le sujet âgé, les lésions vasculaires et tumorales sont
au premier plan.
La responsabilité d'une lésion cérébrale supposée (antécédents
personnels) et/ou prouvée (IRM) doit être appréciée à la lumière
des caractéristiques électrocliniques des crises.
La publication récente de la cohorte de Rochester réactualisée
(données épidémiologiques exploitables sur plus de 50 ans
portant sur environ 2 millions de sujets par an) permet de
considérer les ordres de grandeur suivants. Les facteurs
prédisposants supposés de l'épilepsie se répartissent comme
suit, tous âges confondus : dans 70 à 75 % des cas, aucune cause
spécifique n'est retrouvée. 5 % des épilepsies sont
post-traumatiques, 5 % ont une origine cérébro-vasculaire, 4 %
ont une origine tumorale, 4 % congénitale ou périnatale et 3 %
infectieuse.
Les facteurs génétiques et acquis sont à la base de la
classification des syndromes épileptiques.
Diagnostic :
PRINCIPES DE LA CLASSIFICATION :
La démarche diagnostique est centrée par la définition d'un
syndrome épileptique précis qui oriente le choix du traitement
comme les considérations pronostiques.
Diagnostic syndromique :
Le diagnostic syndromique repose sur l'analyse critique des
éléments suivants :
- le type partiel ou généralisé des crises étayé par
l'électroencéphalogramme.
- les données de l'examen clinique et neuropsychologique.
- les antécédents personnels et familiaux.
- les examens neuroradiologiques centrés par le scanner et
l'IRM.
Un inventaire descriptif des différents syndromes épileptiques
est regroupé dans la classification internationale des syndromes
épileptiques.
Principes de classification :
Les principes de la classification reposent sur un double niveau
d'analyse.
Tout d'abord la distinction entre épilepsie focale (caractérisée
par la répétition de crises partielles secondairement
généralisées ou non) et épilepsie généralisée (caractérisée par
la répétition de crises généralisées).
Chacun de ces deux groupes est ensuite subdivisé en épilepsie
idiopathique, symptomatique ou cryptogénique :
- une épilepsie idiopathique se caractérise toujours par un
développement et un examen neurologique normaux, par la
normalité des examens neuroradiologiques, par la prépondérance
des facteurs génétiques et par la mise en évidence de crises
dont la survenue est liée à l'âge .
- le terme symptomatique signifie qu'une lésion patente et
directement responsable de l'épilepsie a été mise en évidence,
ou que l'épilepsie s'intègre dans le cadre d'une affection
cérébrale évolutive plus ou moins diffuse.
- le terme cryptogénique (cause cachée) signifie que la lésion
supposée être responsable de l'épilepsie n'a pas pu être mise en
évidence, mais que le tableau se distingue clairement d'une
épilepsie idiopathique.
Deux autres grands cadres complètent la classification.
L'un est réservé aux épilepsies associant des crises partielles
et généralisées ou aux épilepsies pour lesquelles le caractère
focal ou généralisé des crises n'est pas certain.
Le dernier cadre correspond aux épilepsies caractérisées par la
répétition de crises dans une situation particulière :
convulsions fébriles, crises liées à une agression cérébrale
directe ou indirecte, aiguë, métabolique ou toxique, crises
isolées, en apparence non provoquées. L'intérêt des deux
derniers cadres est de pouvoir classer l'ensemble des phénomènes
épileptiques et de favoriser les travaux épidémiologiques.
Une brève description des différents syndromes épileptiques est
effectuée ci-dessous.
EPILEPSIES FOCALES :
Epilepsies partielles idiopathiques :
Les caractéristiques générales des épilepsies partielles
idiopathiques sont :
- le développement psychomoteur et l'examen clinique
intercritique sont normaux.
- il existe une évolution spontanée vers la rémission.
L'activité de fond de l'électroencéphalogramme est normale.
- les crises partielles, associées à des paroxysmes
électroencéphalographiques focalisés, peuvent s'accompagner de
décharges de pointes-ondes généralisées.
Elles recouvrent :
- l' épilepsie bénigne de l'enfance avec paroxysmes
centrotemporaux (épilepsie à paroxysmes rolandiques) :
- cette épilepsie débute entre 3 et 13 ans, surtout entre 9 et
10 ans.
- la guérison est quasi constante à l'âge de 16 ans.
- les crises sont des crises faciales et oro-pharyngées
survenant principalement au cours du sommeil où elles peuvent se
généraliser.
- sur l'électroencéphalogramme, il existe des pointes-ondes de
localisation fronto-temporale dont la morphologie est
évocatrice.
- la prédisposition génétique est importante.
- l' épilepsie de l'enfant avec paroxysmes occipitaux :
- les crises sont initiées par des symptômes visuels qui peuvent
se compléter de clonies de l'hémicorps ou d'automatismes, puis
se conclure par une céphalée d'allure migraineuse.
- l'électroencéphalogramme intercritique peut être normal ou
montrer des pointes-ondes rythmiques dans les régions
occipitales, sur l'un, l'autre ou les deux hémisphères, qui
disparaissent à l'ouverture des yeux.
- l' épilepsie primaire de la lecture :
- débute entre 12 et 20 ans dans un contexte de forte
prédisposition génétique.
- les crises sont caractérisées par des secousses de la mâchoire
déclenchées électivement par la lecture, pouvant se généraliser
si la lecture est poursuivie.
Epilepsies partielles symptomatiques :
Cette subdivision regroupe des syndromes hétérogènes, qui ont en
commun d'être rattachés à une lésion patente prouvée d'un point
de vue radiologique.
Il s'agit de :
- l' épilepsie partielle continue de l'enfance :
- début entre 2 et 10 ans chez des enfants normaux.
- les crises sont motrices partielles, résistantes aux
traitements, l'évolution se fait vers une dégradation
neurologique et intellectuelle progressive.
- l' épilepsie partielle réflexe où les crises sont déclenchées
par un stimulus spécifique de nature variée (moteur, auditif,
visuel...).
- épilepsie selon la localisation anatomique du foyer :
- la sémiologie clinique des crises, les constatations
électroencéphalographiques et les données de l'imagerie
permettent de rattacher la décharge à une région précise du
cerveau.
- on décrit ainsi des épilepsies du lobe frontal, temporal,
pariétal, ou occipital (voir “ Crise convulsive de l’adulte ”).
- les épilepsies cryptogéniques où la lésion supposée être à
l'origine des crises n'est pas connue.
EPILEPSIES GENERALISEES :
Épilepsies généralisées idiopathiques :
Dans les épilepsies généralisées idiopathiques, les syndromes
décrits ont en commun les caractéristiques suivantes :
- un développement intellectuel et examen neurologique
intercritique normaux.
- des examens neuroradiologiques normaux.
- une prédisposition génétique.
- des crises généralisées cliniques et
électroencéphalographiques (paroxysmes intercritiques
bilatéraux, symétriques et synchrones, activité de fond de
l'électroencéphalogramme normale) .
- un début des crises à un âge spécifique.
Il s'agit :
- des convulsions néonatales bénignes familiales qui sont des
crises cloniques ou apnéiques, 2 à 3 jours après la naissance,
dans un contexte de prédisposition génétique.
- des convulsions néonatales bénignes (convulsions du 5e jour)
sont des crises cloniques ou apnéiques survenant en salves avec
un aspect thêta alternant sur l'électroencéphalogramme.
- l' épilepsie myoclonique bénigne de la première enfance
correspondant aux crises de myoclonies généralisées apparaissant
autour de 1 à 2 ans et facilement contrôlées par le traitement.
- l' épilepsie-absences de l'enfance :
- débute entre 2 et 10 ans dans un contexte de forte
prédisposition génétique.
- les crises sont des absences typiques de sémiologie clinique
variable, pluriquotidiennes, dont la survenue est favorisée par
l'hyperpnée.
- les crises sont contrôlées par le valproate ou l'éthosuximide
dans 80 % des cas.
- des crises généralisées apparaissent dans l'adolescence dans
40 % des cas.
- l' épilepsie-absences de l'adolescence :
- se distingue du cadre précédent par la survenue des absences à
la puberté, en nombre moins important, favorisées par le lever,
la fatigue ainsi que les règles, et surtout par l'apparition,
dans 80 % des cas, de crises généralisées tonicocloniques.
- l'intérêt de cette subdivision par rapport à la précédente est
que le pronostic est différent (moins bon) .
- l' épilepsie myoclonique juvénile :
- les crises apparaissent entre 12 et 18 ans.
- la manifestation principale est la survenue de myoclonies en
salves, le matin au réveil, volontiers associées à des crises
généralisées et, dans une moindre mesure, à des absences.
- le traitement électif est le valproate de sodium. Les rechutes
surviennent constamment à l'arrêt du traitement.
- l' épilepsie avec crises généralisées tonicocloniques du
réveil : cette épilepsie débute après l'âge de 10 ans et se
caractérise par des crises généralisées survenant électivement
au réveil ou à la fin de la journée, pouvant être associées à
des absences et à des myoclonies.
- les autres épilepsies généralisées idiopathiques sont toutes
les épilepsies ayant les caractéristiques générales des
épilepsies idiopathiques et ne rentrant pas dans l'une des
descriptions sus-mentionnées.
Epilepsies généralisées cryptogéniques ou symptomatiques :
Les épilepsies généralisées cryptogéniques ou symptomatiques
sont classées selon l'âge d'apparition. Elles sont appelées
cryptogéniques si elle surviennent chez un enfant jusque-là
normal et symptomatiques si elles accompagnent une
encéphalopathie fixée.
*Syndrome de West
Le syndrome de West commence entre 4 et 7 mois et est constitué
d'une triade associant salves de spasmes, arrêt du développement
psychomoteur, hypsarythmie (“ succession ininterrompue d’ondes
lentes et de pointes de très grande amplitude, associées en
toute proportion sans relation précise de phase et distribuées
sur l’ensemble du scalp sans aucune synchronie ”).
L'évolution est variable selon les cas. Le vigabatrin a fait la
preuve de son efficacité.
*Syndrome de Lennox-Gastaut
Dans le syndrome de Lennox-Gastaut, les crises commencent entre
1 et 8 ans et associent crises toniques, atoniques et absences
atypiques.
L'électroencéphalogramme montre des pointes-ondes lentes
bilatérales et doit comporter des décharges de rythmes rapides à
10 Hz au cours du sommeil. L'activité de fond est toujours
anormalement lente.
*Epilepsie avec crises myoclono-astatiques :
L'épilepsie avec crises myoclono-astatiques se distingue du
syndrome de Lennox-Gastaut par la survenue des crises chez des
enfants normaux, des aspects de l'électroencéphalogramme
différents et un meilleur pronostic.
*Epilepsie avec absences myocloniques :
Les crises d'épilepsie avec absences myocloniques débutent vers
l'âge de 7 ans sont constituées par des absences myocloniques de
traitement difficile.
Epilepsies généralisées symptomatiques :
Les épilepsies généralisées symptomatiques compliquent une
atteinte patente ou latente du système nerveux. Elles regroupent
un nombre important d'affections hétérogènes qui ne peuvent être
détaillées ici.
EPILEPSIES DONT L'ORIGINE FOCALE OU GENERALISEE NE PEUT ETRE
AFFIRMEE :
Lorsque l'origine focale ou généralisée d'une épilepsie ne peut
être affirmée, cela concerne soit des épilepsies caractérisées
par l'association de crises partielles et généralisées, soit des
épilepsies caractérisées par la répétition de crises dont le
caractère focal ou généralisé n'est pas suffisamment documenté.
Ce cadre regroupe ainsi des épilepsies très différentes.
Épilepsies associant crises partielles et généralisées :
Épilepsie myoclonique sévère de la première enfance
Les crises de l'épilepsie myoclonique sévère de la première
enfance sont de types très variables : généralisées, partielles
ou unilatérales.
Les paroxysmes électroencéphalographiques sont focaux et
généralisés avec photosensibilité.
Leur traitement est difficile et le pronostic est mauvais.
*Epilepsie avec pointes-ondes continues pendant le sommeil
L'élément caractéristique de ce syndrome est la survenue de
pointes-ondes diffuses continues lors du sommeil lent, qui
occupent plus de 85 % du tracé.
Différents sous-groupes existent selon la sémiologie clinique
des crises et selon l'état neuropsychologique.
*Epilepsie-aphasie acquise de l'enfant
L'épilepsie-aphasie acquise de l'enfant (syndrome de
Landau-Kleffner) se caractérise par la survenue d'une aphasie
acquise avant l'âge de 6 ans et un électroencéphalogramme
caractérisé par des paroxysmes de pointes et pointes-ondes
plurifocaux.
Il s'y associe des crises, de type variable, et des troubles du
comportement et de la psychomotricité.
SYNDROMES SPÉCIAUX :
Crises liées à une situation particulière :
Convulsions fébriles
Les convulsions fébriles sont caractérisées par la survenue de
crises brèves, généralisées, avec myoclonies, chez des enfants
indemnes de toute affection cérébrale organique, à l'occasion
d'une fièvre au-dessus de 38 °C, sans rapport avec une affection
aiguë de l'encéphale.
Elles surviennent chez les enfants au cours des 5 premières
années de la vie. Seuls 3 à 5 % des enfants auront des crises “
à froid ”.
Crises liées à une agression cérébrale directe ou indirecte
aiguë, métabolique ou toxique :
C'est dans ce cadre que l'on peut placer l'épilepsie alcoolique.
Crises isolées :
Ce cadre permet de classer les crises généralisées ou partielles
isolées avec un électroencéphalogramme normal.
Évolution et pronostic :
ÉVOLUTION :
Il est actuellement admis qu'il existe deux sous-groupes
différents dans lesquels une épilepsie est diagnostiquée :
- le premier correspond à une maladie bénigne, de durée brève,
facilement contrôlée par le traitement.
- le second correspond à une maladie grave, chronique, en dépit
du traitement.
La bonne connaissance du syndrome épileptique du patient permet
de prédire le pronostic et de guider la prescription du
traitement comme la possibilité et le délai de son arrêt.
Les études récentes ont cependant démontré que les patients
épileptiques (avec un diagnostic de certitude) avaient un risque
de mort subite inexpliquée (exprimé en ratio de mortalité
standardisé) de 3,0 (intervalle de confiance à 95 % : 2,5 à
3,7).
Deux éléments ont été mis en lumière par les travaux récents :
le pronostic global est bien meilleur que le laissaient supposer
les travaux anciens, mais il existe un risque de mort subite
inexpliquée triple de la population générale.
FACTEURS PRONOSTIQUES :
De nombreux facteurs très variés conditionnent le pronostic et
peuvent être schématisés de la manière suivante :
- chez les patients qui ont une épilepsie avec des crises peu
fréquentes, surtout si elles sont provoquées par l'alcool, les
médicaments ou des troubles métaboliques le pronostic est très
bon.
- plus la durée de l'épilepsie active est importante sous
traitement, moins bon est le pronostic final.
- plus généralement, l'épilepsie étant la conséquence de la
combinaison de deux facteurs qui sont le seuil épileptogène bas
et la présence de lésions, une idée du pronostic peut être
déduite de l'histoire naturelle de l'évolution de chacun de ces
facteurs : le seuil épileptogène a tendance à augmenter avec
l'âge, alors que les lésions cérébrales sont fixes. Des lésions
cérébrales étendues constituent un facteur de mauvais pronostic.
En fin de compte, le pronostic peut être fixé selon le syndrome
épileptique :
- dans les épilepsies partielles idiopathiques, la guérison est
la règle générale, dans 99 % des cas, au cours de l'adolescence,
et le traitement doit être arrêté après l'âge de 16 ans.
- dans les épilepsies partielles symptomatiques, le pronostic
est lié aux facteurs généraux mentionnés plus haut, et un arrêt
du traitement peut être envisagé après 2 ans sans crise sous
traitement si les éléments sont favorables.
- dans les épilepsies généralisées idiopathiques, le traitement
des épilepsies-absences de l'enfant sans crise tonicoclonique
associée peut être arrêté 1 à 2 ans après la disparition des
crises et des paroxysmes de l'électroencéphalogramme .
- dans l' épilepsie-absences de l'adolescence, l' épilepsie
myoclonique juvénile et l' épilepsie avec crises généralisées
tonicocloniques du réveil, le risque de rechute à l'arrêt du
traitement est évalué entre 80 et 90 %, et le traitement doit
souvent être poursuivi de manière très prolongée.
- les épilepsies généralisées idiopathiques avec crises
tonicocloniques rares peuvent faire envisager un arrêt
thérapeutique 5 ans après la dernière crise.
- les épilepsies généralisées symptomatiques ou cryptogéniques
sont souvent graves et l'arrêt du traitement est difficile à
envisager.
- dans les épilepsies où l'origine focale ou généralisée ne peut
être affirmée et l'épilepsie avec pointes-ondes continues
pendant le sommeil et l'épilepsie-aphasie acquise, le pronostic
est variable selon les cas car ces sous-groupes sont
hétérogènes.
- dans les épilepsies réellement indéterminées, à crises rares
avec électroencéphalogramme et examen neuroradiologique normaux,
le traitement peut être arrêté après 3 ans sans crise.
Dans tous les cas, une bonne compréhension du patient tout comme
une collaboration parfaite de sa part sont des conditions
préalables à toute décision.
Le risque de récurrence après une première crise a été envisagé
dans la partie consacrée aux crises épileptiques.
Certains travaux récents sont en faveur d'une amélioration
conséquente du pronostic quand le traitement est initié dès la
première crise.
Traitement :
INFORMATION DU MALADE :
Le premier principe du traitement est l'information du malade,
qui doit être adaptée, patiente et sans cesse renouvelée. Comme
pour toutes les maladies chroniques, une bonne compréhension du
traitement doit être acquise avant son initiation.
Trois éléments supplémentaires sont spécifiques à l'épilepsie :
- le premier est la fréquente méconnaissance du trouble par le
patient qui n'en a qu'une vision indirecte par l'intermédiaire
de l'entourage (quand les crises s'accompagnent d'une altération
de la conscience), dans un contexte souvent dramatique.
- le deuxième élément est que l'épilepsie est une maladie très
mal acceptée sur le plan social, encore de nos jours, ce qui a
des conséquences sur l'emploi, la conduite automobile et
l'ensemble des activités de loisirs.
- en troisième lieu, si la menace d'une crise est permanente, sa
survenue est imprévisible.
Un climat de confiance réciproque durable doit s'instaurer entre
le médecin et son patient.
TRAITEMENT MEDICAMENTEUX :
Le deuxième principe du traitement est la monothérapie par un
anti-épileptique “ de référence ”.
Les deux anti-épileptiques de première ligne sont le valproate
de sodium (Dépakine*) et la carbamazépine (Tégrétol*) qui sont
efficaces et bien tolérés.
Le phénobarbital, autre anti-épileptique majeur, a des effets
sédatifs quasi constants qui limitent son usage.
La phénytoïne, anti-épileptique majeur, a également des effets
sédatifs et une pharmacocinétique capricieuse.
Les nouveaux anti-épileptiques commercialisés, vigabatrine
(Sabril*), lamotrigine (Lamictal*), gabapentine (Neurontin*),
tiagabine (Gabitril*), ne sont pas légalement autorisés en
traitement de première intention en monothérapie. Ils ne sont
prescrits en association qu'en cas de persistance des crises. Il
est cependant vraisemblable que les habitudes de prescription
soient amenées à évoluer considérablement dans les années à
venir.
Le valproate est efficace sur toutes les formes d'épilepsies,
mais plus particulièrement sur les absences et les composants
myocloniques des crises. La carbamazépine est efficace sur
toutes les formes de crises sauf sur les absences et les crises
myocloniques qu'elle pourrait même parfois aggraver.
La dose optimale théorique (20 à 30 mg/kg pour le valproate et
10 mg/kg pour la carbamazépine) doit être atteinte
progressivement, en 1 semaine pour le valproate, parfois un peu
plus pour la carbamazépine, selon l'existence d'effets sédatifs
initiaux.
Le patient doit comprendre que le traitement est symptomatique
et non étiologique, et qu'il doit être pris régulièrement.
Lors de son introduction, des réactions d'idiosyncrasie qu'il
faut détailler et qui demandent un contrôle biologique peuvent
survenir, puis des effets indésirables dont certains sont
dose-dépendants.
Une contraception orale peut être prise avec le valproate qui
n'est pas un inducteur enzymatique. Avec la carbamazépine, comme
avec le phénobarbital et la phénytoïne, il existe un risque
d'inefficacité de la contraception orale, du fait d'un effet
d'induction enzymatique.
Surveillance :
Un traitement efficace (qui supprime les crises), donné à la
dose théorique et qui est bien supporté, ne nécessite qu'un
contrôle des paramètres biologiques régulier (par exemple, tous
les 6 mois) selon la molécule utilisée.
Le dosage des taux sanguins d'anticonvulsivants n'est utile que
dans deux circonstances :
- soit lors d'une récidive des crises pour permettre d'ajuster
la posologie et vérifier l'observance.
- soit en cas d'effets indésirables pour réduire la posologie.
En cas d'inefficacité persistante, il convient de reconsidérer
le diagnostic syndromique et de prendre un avis spécialisé. Tous
les anti-épileptiques sont faiblement tératogènes, et le désir
de grossesse doit conduire à prendre des mesures spécifiques qui
sortent du cadre de cet exposé.
Des règles d'hygiène de vie doivent toujours être préconisées :
sommeil de qualité d'une durée suffisante, abstinence d'alcool.
Le traitement médical permet le contrôle de 70 à 85 % des
épilepsies nouvellement diagnostiquées.
TRAITEMENT CHIRURGICAL :
Une épilepsie réfractaire à un traitement médical bien conduit
doit faire considérer la possibilité d'un traitement chirurgical
effectué dans un centre spécialisé.
Ce dernier repose sur la mise en évidence d'un foyer cortical
bien localisé qui peut être réséqué sans conséquences
fonctionnelles.
Le bilan est lourd et complexe : il consiste en un
enregistrement vidéo électroencéphalographique des crises qui
confirme leur nature épileptique, objective l'existence d'un
foyer unique et guide les hypothèses topographiques.
Un bilan neuroradiologique spécifique, une étude des débits
sanguins cérébraux à la recherche d'une zone d'hypoperfusion
intercritique localisée et un bilan neuropsychologique en
fonction des hypothèses topographiques sont généralement
pratiqués dans la plupart des centres spécialisés.
Une implantation d'électrodes profonde, permettant la
délimitation précise du foyer à réséquer, à discuter cas par
cas, permet la prise de décision finale.
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