Diagnostic positif :
Le diagnostic de syndrome pyramidal repose sur l'association
d'un déficit moteur de type central à des anomalies du tonus et
des réflexes.
DÉFICIT MOTEUR :
Le déficit moteur peut être massif ou partiel et touche
principalement les extenseurs aux membres supérieurs et les
fléchisseurs aux membres inférieurs.
Les muscles les plus volitionnels sont les plus atteints
(mouvements fins et rapides des doigts, par exemple, “
tapotement ” rapide de la pince pouce-index).
- Si le déficit est modéré, on le met en évidence aux membres
supérieurs par la manœuvre de Barré, les bras tendus, et aux
membres inférieurs, par la manœuvre de Mingazzini.
- Dans le cas d'une lésion corticale, on cherche sa prédominance
distale (mouvements de pianotage des doigts, signe de la main
creuse) et sa prédominance sur le facial inférieur avec une
dissociation automatico-volontaire.
- L'apparition des signes est aussi favorisée par l'effort, dont
l'exemple le plus typique est la claudication médullaire
intermittente (où le déficit moteur des membres inférieurs
apparaît lors de la marche).
ANOMALIE DU TONUS ET DES REFLEXES :
Le tonus peut être diminué transitoirement, juste après la
constitution du syndrome pyramidal. La paralysie est alors
flasque, avant d'évoluer vers la spasticité.
Il existe donc deux formes principales qui peuvent se succéder
chez un même patient : la paralysie flasque, dans les premiers
jours, puis la paralysie spastique.
Paralysie flasque :
La paralysie flasque est transitoire, juste après la
constitution du déficit, hypotonique avec parfois une
hyperextensibilité.
- Les réflexes ostéo-tendineux sont abolis, mais le signe de
Babinski peut être présent, dès ce stade, permettant d'affirmer
le syndrome pyramidal.
- Hypotonie.
Paralysie spastique :
La paralysie spastique peut survenir d'emblée ou succéder à une
paralysie flasque.
Le déficit moteur s'accompagne d'anomalies des réflexes et du
tonus musculaire.
Hyperréflexivité ostéo-tendineuse :
- Réflexes vifs, diffusés ,polycinétiques (trépidation
épileptoïde du pied, clonus de la rotule), avec une extension de
la zone réflexogène.
- Au membre supérieur, le signe de Hoffmann doit être recherché.
Tous ces signes tirent leur valeur de la comparaison avec le
côté sain.
Anomalies des réflexes cutanés :
Le signe de Babinski confirme le syndrome pyramidal.
Les réflexes cutanés abdominaux sont abolis.
Contracture pyramidale
- Hypertonie spastique (résistance à l'allongement du muscle se
renforçant avec le mouvement passif du membre mobilisé et sa
vitesse), élastique (pouvant céder brusquement “ en lame de
canif ”), prédominant sur les fléchisseurs aux membres
supérieurs (coude, poignet et doigts) et les extenseurs aux
membres inférieurs (genou, cheville).
- Cette hypertonie est responsable de la classique “ démarche en
fauchant ”, caractérisée par une extension du membre inférieur
due à l'hypertonie du quadriceps (le genou est raide, en
extension), du triceps sural et du fléchisseur des orteils et
par la perte du balancement du bras homolatéral.
Syncinésies de coordination :
La rééducation de ces syncinésies est très importante :
certaines “ parasitent ” le mouvement et doivent être limitées,
d'autres, au contraire, peuvent permettre la mise en jeu de
groupes musculaires nécessaires à un mouvement et doivent être
favorisées pour aider à la récupération.
Diagnostic différentiel :
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL DU DÉFICIT MOTEUR :
Syndrome neurogène périphérique :
L'amyotrophie, l'abolition de réflexes ostéo-tendineux et
cutanés, l'hypotonie et la systématisation radiculaire ou
tronculaire permettent de rattacher la paralysie à une lésion
périphérique.
Sclérose latérale amyotrophique :
Lors de la sclérose latérale amyotrophique, l'atteinte du
motoneurone et de la corne antérieure peut être à l'origine
d'une paralysie.
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL DES TROUBLES DU TONUS ET DES REFLEXES :
- Hypertonie extra-pyramidale.
- Réflexes vifs isolés.
Diagnostic topographique :
Par l'imagerie (TDM, IRM).
LESIONS DANS LE CORTEX CÉRÉBRAL MOTEUR :
S'il y a présence d'une lésion dans le cortex cérébral moteur :
- hémiplégie controlatérale non proportionnelle, touchant
inégalement les trois étages (face, membre supérieur, membre
inférieur) : déficit à prédominance brachio-faciale (atteinte de
la face externe du lobe frontal) ou crurale (atteinte frontale
interne) .
- association à d'autres atteintes corticales ou sous-corticales
(déficit sensitif, amputation du champ visuel, aphasie, crises
bravais-jacksoniennes, anosognosie.
- déviation de la tête et des yeux du côté sain (“ le malade
regarde sa lésion ”), signe qui a une valeur pronostique
défavorable en cas d'étiologie vasculaire.
Lésion dans la capsule interne :
La lésion dans la capsule interne consiste en :
- une hémiplégie controlatérale, totale et proportionnelle,
affectant les trois étages à un degré égal
- motrice pure, elle peut être sensitivo-motrice en cas
d'atteinte associée du thalamus.
Lésion dans le tronc cérébral :
S'il y a présence d'une lésion dans le tronc cérébral :
- hémiplégie controlatérale touchant les trois étages sauf en
cas de lésion dans le bulbe où elle respecte la face ;
- association à une atteinte homolatérale d'un ou de plusieurs
nerfs crâniens (“ syndrome alterne ”) qui a une valeur
localisatrice (voir figure 3).
Lésion dans la moelle épinière :
Atteinte mixte, sensitivo-motrice, ou les racines.
Le déficit moteur :
Le déficit moteur peut être :
- une hémiplégie homolatérale respectant la face si l'atteinte
concerne une hémimoelle (syndrome de Brown-Séquard.
- une tétraplégie ou une paraplégie, selon le niveau de la
lésion (cervicale, thoracique ou lombaire) en cas d'atteinte
bilatérale des faisceaux pyramidaux (sclérose combinée de la
moelle par exemple).
Niveau de la lésion :
Le niveau de la lésion peut être précisé :
- pour les atteintes dorsales par la limite supérieure du
déficit sensitif (D4 : mamelon, D7 : xiphoïde et D10 : ombilic).
- et, pour les atteintes cervicales et lombo-sacrées, par le
syndrome radiculaire.
Diagnostic étiologique :
ATTEINTE CÉRÉBRAL OU DU TRONC CÉRÉBRAL :
Hémiplégies brusques :
Les hémiplégies brusques sont le plus souvent dues à des
accidents vasculaires cérébraux, en dehors d'un contexte
traumatique.
Installation plus progressive :
L'installation plus progressive d'une hémiplégie orientera
plutôt le diagnostic vers une origine inflammatoire ou tumorale.
Le bilan étiologique comprend :
- dans tous les cas, un scanner cérébral (souvent suffisant en
cas de pathologie traumatique ou vasculaire) ;
- et pour l'exploration des tumeurs ou de lésions
inflammatoires, une IRM cérébrale avec éventuellement un bilan
biologique orienté.
ATTEINTE MÉDULLAIRE :
S'il s'agit d'un déficit unilatéral, donc lié à une lésion d'une
hémimoelle (syndrome de Brown-Séquard), le premier diagnostic à
évoquer est celui d'une compression médullaire, dont l'origine
est le plus souvent traumatique ou tumorale.
Parmi les étiologies les plus fréquentes, on trouve les
méningiomes et les neurinomes ou encore les métastases
vertébrales.
Déficit bilatéral :
Devant un déficit bilatéral (tétraplégie ou paraplégie), le mode
d'installation et le profil évolutif permettront d'orienter le
diagnostic étiologique.
Installation très brutale :
L'installation très brutale d'une tétraplégie ou d'une
paraplégie doit faire évoquer un accident vasculaire médullaire
(infarctus dans le territoire de l'artère spinale antérieure et
hématome).
Installation plus progressive :
L'installation plus progressive du déficit moteur oriente vers
une origine tumorale, inflammatoire, infectieuse ou carentielle,
ou encore compressive.
- Dans le cas d'une compression médullaire tumorale, il peut
s'agir :
- d'une tumeur extra-durale (métastase vertébrale, épidurale
métastatique) ;
- ou intradurale : extra-médullaire comme les neurinomes, les
méningiomes ou les fistules artério-veineuses ;
- ou intradurale intramédullaire, comme les épendymomes ou les
astrocytomes.
- Les pathologies discales peuvent aussi être à l'origine d'une
compression médullaire et associent, le plus souvent, une
atteinte radiculaire au syndrome pyramidal.
Le diagnostic sera, là aussi, très orienté par l'IRM médullaire.
- Parmi les atteintes inflammatoires de la moelle pouvant être
responsables d'un syndrome pyramidal, il faut rechercher une
sarcoïdose (lésions pulmonaires associées), une maladie de
Behçet (uvéite, aphtose bipolaire), une maladie de
Gougerot-Sjögren (syndrome sec associé) et un lupus.
- Les paraplégies d' origine infectieuse sont liées au virus
HTLV1 (paraplégie spastique tropicale), au VIH (myélopathie
vacuolaire du SIDA) et à la maladie de Lyme.
- Bien que rare, une carence en vitamine B12 (sclérose combinée
de la moelle) doit être recherchée.
- Enfin, la myélite transverse aiguë, qui est la conséquence
d'une démyélinisation et d'une nécrose des faisceaux de la
moelle épinière et dont l'origine reste indéterminée, serait
liée à un désordre d'ordre immunologique souvent à la suite
d'une infection.
- Le diagnostic de sclérose en plaques (qui peut être à
l'origine de tous ces tableaux cliniques) reste un diagnostic
d'élimination.
- évoqué sur la dissémination des signes neurologiques dans le
temps et dans l'espace.
- et confirmé par les anomalies du liquide céphalo-rachidien
(synthèse intrathécale d'immunoglobulines), des potentiels
évoqués et de l'IRM .
SYNDROME PYRAMIDAL SANS DÉFICIT :
Découvert fortuitement, le syndrome pyramidal sans déficit est
souvent la preuve de la dissémination spatiale de lésions de
démyélinisation cérébrale ou médullaire.
Le diagnostic de sclérose en plaques peut être confirmé par les
anomalies du liquide céphalo-rachidien, des potentiels évoqués
et de l'IRM cérébrale.
FORMES EVOLUTIVES PARTICULIERES :
Syndrome pyramidal déficitaire rapidement régressif :
Le syndrome pyramidal déficitaire rapidement régressif est le
plus souvent lié à un accident ischémique.
Il peut également être le fait d'une hémorragie cérébrale, d'une
migraine accompagnée, d'un déficit post-critique (après une
crise comitiale), d'un épisode pseudo-critique d'une sclérose en
plaques ou encore de certaines formes évolutives de tumeurs.
- Un examen complet et précis de la motricité doit toujours être
effectué, à la recherche, notamment, d'un déficit limité aux
mouvements fins et rapides des doigts, d'une dissociation
automatico-volontaire ou d'un déficit n'apparaissant qu'à
l'effort, comme la claudication médullaire intermittente.
- Il faudra aussi toujours rechercher une spasticité à la marche
et une asymétrie des réflexes.
Syndrome pyramidal “ à bascule ”
Touchant alternativement les deux hémicorps chez un patient
jeune, le syndrome pyramidal “ à bascule ” fait évoquer le
diagnostic de thrombophlébite cérébrale.
Syndrome pyramidal bilatéral :
Le syndrome pyramidal bilatéral (souvent non déficitaire) peut
se voir après une crise comitiale généralisée, ou au cours d'une
hémorragie méningée, d'une encéphalopathie métabolique
(hypoglycémie), inflammatoire, infectieuse ou toxique.
Syndrome pyramidal bilatéral déficitaire, en dehors de la
pathologie médullaire Il est évocateur de lésions multifocales bihémisphériques d'origine
tumorale (abcès, métastases, lymphome), inflammatoires (sclérose
en plaques) ou vasculaires (syndrome pseudo-bulbaire dans le
cadre d'une hypertension artérielle ancienne ou CADASIL.
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