Aspects neurochirurgicaux des malformations de la charnière occipitocervicale
Cours de Neurologie
Introduction
:
A - Embryologie normale : rappel
1- Premiers stades du développement
:
* Vingt premiers jours
:
+ Stade 6 (j13 à j15):
Durant ce stade, près de la future extrémité craniale de l’embryon se forme
une fine zone circulaire, la plaque prochordale.
Cette plaque est importante
en raison de son rôle organisateur de la future région céphalique, mais aussi
de la fusion des deux couches embryonnaires qu’elle crée, empêchant le
développement mésodermique et la croissance de la notochorde au cours des
stades ultérieurs du développement.
+ Stade 7 (j16 à j17)
:
Le stade de la gastrulation conduit à la formation du bouton embryonnaire trilamaire par interposition mésoblastique.
La ligne primitive apparaît au
niveau de la partie caudale de l’embryon.
Par prolifération cellulaire, la ligne
primitive va croître en particulier au niveau de son extrémité rostrale et
constituer le noeud de Hansen.
À partir de ce noeud, certaines cellules vont
s’engager entre ectoderme et entoderme vers la plaque prochordale,
constituant la notochorde qui se creusera aboutissant au canal notochordal.
Autour de cette notochorde, vont se produire des modifications
mésodermiques qui aboutiront à la formation du rachis (le seul reliquat
notochordal chez l’adulte étant le nucléus pulposus du disque intervertébral).
Des aberrations au cours du processus notochordal pourront conduire à trois
formes de dysraphismes : kyste neurentérique, diastématomyélie et spina
bifida mixtes (antérieurs et postérieurs).
* Neurulation et canalisation
:
C’est la zone charnière, hautement dangereuse, durant laquelle les plus
fréquentes et les plus graves anomalies crâniennes et spinales surviennent.
En
avant du noeud de Hansen et sous l’induction chordale, la partie médiane de
l’ectoderme va se différencier pour donner la plaque neurale.
Parallèlement,
apparaîtront latéralement les premiers somites.
Cette plaque neurale va se
creuser, conduisant à la gouttière neurale.
Le phénomène de fermeture du tube
neural va s’étendre à la fois vers l’extrémité caudale et l’extrémité céphalique.
Les derniers segments lombaires, sacrés et coccygiens, proviennent d’un
mécanisme différent de la neurulation : la canalisation.
Ce processus de
canalisation est embryologiquement moins fiable que la neurulation, ce qui
explique la fréquence des anomalies rencontrées à ce niveau (duplication,
lipome, moelle attachée basse...).
2- Formation cérébrale :
* Développement du cervelet : stades 13-18 (j28 à j48)
La flexion pontique est à l’origine du développement de la protubérance et du
cervelet à partir de la lèvre rostrale de cette flexion, le bulbe se mettant en
place à partir de sa lèvre inférieure.
Une plicature transversale fait apparaître
les plexus choroïdes et, plus latéralement, les trous de Luschka. Le cervelet
va siéger dans la cavité du quatrième ventricule (V4) durant les 2 premiers
mois.
À partir du troisième mois, sa croissance rapide provoque son
développement extraventriculaire.
3- Plexus choroïdes et liquide céphalorachidien
:
Successivement, apparaîtront les plexus du V4 (j43-j44), ceux des
ventricules latéraux (j45-j46), ceux du troisième ventricule (j49-j50).
Les
rapports entre la formation des plexus choroïdes et l’ouverture du trou de
Magendie sont un point capital pour comprendre et juger les théories embryopathologiques.
Le trou de Magendie ne se perforera qu’à partir du
stade 20 (j47-J48), au plus tôt, voire même vers la huitième semaine.
Durant
la même période, les plexus choroïdes vont prendre un aspect d’épithélium
sécrétoire et produire du liquide céphalorachidien (LCR).
Cette production
de LCR est initialement extraventriculaire et débute au niveau de la grande
citerne.
C’est cette sécrétion qui, sous la pression hydraulique, va disséquer
les espaces sous-arachnoïdiens.
Il semblerait que l’ouverture du trou de
Magendie serait liée à une différenciation active d’une portion du toit du
mésencéphale (area membranacea superior).
Le canal centromédullaire, qui
va régresser progressivement, est encore perméable à la naissance (0,1 mm
environ) et se fermera dès les premiers mois de la vie.
4- Charnière osseuse
:
* Développement ontogénique de l’occipital et de l’atlas
:
Dans la théorie segmentaire de la formation du crâne, on admet que trois ou
quatre sclérotomes (ou segments métamériques) interviennent dans la
constitution de l’os occipital.
Le sclérotome le plus caudal (le proatlas) perd
son individualité quand il s’unit aux segments voisins.
Le manque de fusion
de ce dernier sclérotome occipital avec les autres segments occipitaux a été
désigné sous le terme de « manifestation de la vertèbre occipitale ».
L’atlas est formé par trois éléments : la moitié caudale du dernier sclérotome
occipital et les deux demi-segments, cranial et caudal, du premier sclérotome
cervical.
Le corps de l’atlas est perdu très tôt ; son corps virtuel fournit la
masse principale de l’apophyse odontoïde.
L’arc antérieur de l’atlas s’ossifie
à partir d’un point d’ossification qui lui est propre ; les masses latérales de
l’atlas et les processus transverses s’ossifient à partir de deux points latéraux
qui forment en s’unissant en arrière, vers l’âge de 5 ou 10 ans, l’arc postérieur
de l’atlas.
Un défaut de soudure de celui-ci entraîne un spina bifida postérieur
qui se verrait dans plus de 3 % des cas.
L’occipital présente quatre points d’ossification.
En avant, le basi-occipital
donne naissance à l’apophyse basilaire ; latéralement, les exoccipitaux
fournissent les masses latérales (condyles) ; en arrière et en haut,
l’infraoccipital correspond au point épiphysaire des vertèbres.
L’apophyse basilaire dérive de deux points d’ossification placés l’un devant
l’autre sur la ligne médiane : le postérieur forme le basi-occipital et l’antérieur
le basi-otique qui s’unira au sphénoïde.
Chez l’enfant, on peut voir persister
la suture sphéno-occipitale et même exceptionnellement la suture entre le
basi-otique et le basi-occipital.
Le basi-occipital du nouveau-né est séparé du
basisphénoïde par un cartilage de conjugaison qui continue de croître.
Son
activité cessant, les deux os se rejoignent par la suture sphéno-occipitale qui
ne synostose que vers 16 à 20 ans.
* Développement des vertèbres
:
Chaque vertèbre provient de deux protovertèbres.
Chacune de ces protovertèbres est elle-même composée de deux pièces, l’une craniale et
l’autre caudale, séparées par la fente protovertébrale.
Chaque vertèbre
définitive est le résultat de la coalescence de la partie caudale de la protovertèbre supérieure et de la partie craniale de la protovertèbre sousjacente.
Le disque intervertébral définitif occupe la fente protovertébrale
originelle.
B - Embryopathologie :
Les grandes variétés anatomiques rencontrées imposent que l’événement
tératogénique soit multifactoriel et qu’il survienne entre la neurulation (j28)
et une quinzaine de jours plus tard.
Différentes théories dysembryogénétiques
ont été émises ; aucune n’est suffisante à elle seule, aucune n’explique la cause
initiale.
1- Théorie de l’arrêt du développement (Daniel et Strich, 1958)
:
L’arrêt du développement du tube neural peut entraîner une non-fermeture de
celui-ci (pouvant conduire à la myéloméningocèle), mais aussi peut bloquer
la flexion pontique.
Ce blocage peut entraîner un allongement du bulbe qui
peut alors recouvrir la face postérieure de la moelle cervicale bloquée par les
ligaments dentelés.
Le cervelet ne pourra alors plus se développer à l’intérieur
de la cavité du V4, ce qui provoquera une descente vers le bas du vermis
inférieur et des plexus choroïdes à travers le trou occipital.
L’arrêt du développement osseux de la base du crâne (hamsters femelles
gestantes et hypervitaminose A), en particulier du basi-occipital, est à
l’origine d’une fosse postérieure trop petite pour faire face au développement
du cervelet qui ne continuera sa croissance qu’à travers le trou occipital. Cette
anomalie du mésoderme peut survenir avant, pendant ou après la fermeture
du tube neural.
L’une des principales critiques que l’on peut opposer à la
théorie mésodermique est l’existence de malformation de la charnière cervico-occipitale dès la 16e semaine de vie intra-utérine, avant que le cervelet
ne débute sa phase de grande croissance.
2- Théorie hydrodynamique
:
D’après Gardner, tous les problèmes dysraphiques peuvent être
expliqués par un défaut d’évacuation liquidienne du tube neural pendant la
période embryonnaire, ou des espaces sous-arachnoïdiens pendant la période
foetale.
Le point-clé de cette théorie est la date d’ouverture du trou de
Magendie. Le toit du rhombencéphale est fermé par une fine membrane :
l’aera membranacea superior (AMS) et inferior (AMI).
Cette membrane va
progressivement s’amincir sous l’effet d’une pression exercée par
l’accumulation de substance protéiforme dans le tube neural (embryons de Weed).
La formation des plexus choroïdes du V4 survient à j43-j44 ; la
membrane semi-perméable de l’AMS est alors la seule voie d’écoulement du
trop-plein liquidien vers les espaces sous-arachnoïdiens. Par la suite, l’AMS
s’affine et l’AMI va s’ouvrir, donnant le trou de Magendie.
Gardner
suggère que, soit une accumulation liquidienne trop rapide, soit un
écoulement trop faible provoque une distension du tube neural jusqu’à un
point de rupture pouvant survenir en tout point du système nerveux central
primitif.
Les malformations de Chiari et de Dandy-Walker sont présentées comme
résultant d’un déséquilibre entre la pression pulsatile des plexus choroïdes du
V4 par rapport à ceux des ventricules latéraux. Par « effet Bering », les
pulsations systoliques des plexus choroïdes vont entraîner des vagues de
pulsation de LCR sur les structures environnantes, en particulier la tente du
cervelet.
En cas de développement pathologique :
– soit l’effet Bering est trop important, le V4 se distend et la tente du cervelet
sera soulevée : c’est la malformation de Dandy-Walker ;
– soit l’effet Bering du V4 est trop faible, il se produit un abaissement de la
tente du cervelet et la création d’une petite fosse postérieure.
Deux phénomènes peuvent conduire à une gêne à l’écoulement du LCR : le
développement du cervelet dans une fosse postérieure réduite et
l’imperforation du trou de Magendie.
Une petite taille de V4 va rendre la
tension pariétale insuffisante au niveau du toit pour perforer le trou de
Magendie (loi de Laplace).
Cette gêne à l’écoulement du LCR peut provoquer
une hydrocéphalie en amont, une hydromyélie en aval, la cavité
centromédullaire étant encore communicante à ce stade de développement.
De telles perturbations hydrodynamiques ont été proposées pour expliquer la
formation et l’aggravation des cavités syringomyéliques.
De nombreuses
critiques peuvent être opposées à la théorie hydrodynamique, notamment le
fait que certaines anomalies de développement ont été observées chez des
embryons avant l’apparition de plexus choroïdes.
En réalité, chez l’adulte,
l’hydrocéphalie et la persistance du canal central faisant communiquer le V4
et la cavité syringomyélique sont rares (< 10 %).
3- Théorie du neuroschisis :
Padget développe une théorie fondée sur la réouverture d’un tube neural déjà
fermé.
Une brèche produite au niveau d’un tube neural fermé va permettre
l’extrusion de substance protéiforme contenue dans les cavités ventriculaires
ou centromédullaires dans le mésoderme, surélevant l’épiderme.
La fuite
liquidienne entraîne un défaut de développement de l’enveloppe osseuse ;
l’existence d’une trop petite fosse postérieure conduisant à la malformation
de Chiari.
4- Théorie de l’hyperdéveloppement (Lebedeff, 1881)
:
Un hyperdéveloppement de la plaque neurale avant la neurulation va éverser
les berges de la gouttière neurale, empêchant sa fermeture et conduisant au
myéloschisis.
L’écueil essentiel est de savoir si l’hyperdéveloppement est le
phénomène princeps ou s’il n’est que la conséquence de la non-fermeture ou
de la réouverture du tube neural.
La malformation de Chiari correspondrait
alors à un hyperdéveloppement du cervelet dans une fosse postérieure de taille
normale, ce qui est difficilement acceptable (le cervelet, à la naissance des
enfants porteurs d’une malformation d’Arnold-Chiari, est de petite taille).
5- Théorie de la traction basse
:
Anciennement avancée par Penfield et Coburn, cette théorie expliquait la
descente des amygdales et du bulbe dans le trou occipital par la traction
exercée par une moelle attachée basse.
Tous les travaux expérimentaux ont en
fait clairement montré que l’effet de traction d’une moelle attachée basse
s’épuise sur trois ou quatre somites.
C - Apports des travaux d’Oldfield et des données
vélocimétriques (en IRM et doppler) à la compréhension
des mécanismes de progression des cavités
syringomyéliques :
Les études doppler peropératoire de la série d’Oldfield montrent, après
craniectomie et avant ouverture durale, et lors de la systole, une descente des
amygdales cérébelleuses (comme l’avait préalablement décrit du Boulay) et
un effet de constriction du cordon médullaire avec écrasement de la cavité
médullaire.
Ces deux mouvements conjoints sont dépendants du cycle
cardiaque et ne dépendent ni de la respiration ni d’une manoeuvre deValsalva.
Cet effet de piston qu’exercent les amygdales cérébelleuses génère une ondée
de pression descendante à la surface du cordon médullaire à partir des espaces
rachidiens cervicaux et, en écrasant le cordon médullaire, est propice à la
progression de la cavité.
Il est à ce titre important de noter que les études
vélocimétriques que nous avons réalisées montrent bien l’antériorité dans le
temps du déplacement de liquide intrakystique lors de la systole par rapport
aux espaces sous-arachnoïdiens (ESA) rachidiens qui sont mobilisés de façon
légèrement différée.
La diastole s’accompagne d’une expansion de la surface
du cordon médullaire.
Après ouverture extra-arachnoïdienne de la duremère,
ces contractions rythmiques du cordon médullaire disparaissent, une
expansion médullaire pouvant alors seulement être notée lors de la manoeuvre
deValsalva.
Les flux et reflux de LCR du compartiment intracrânien aux ESA
spinaux sont provoqués par l’expansion cérébrale lors du cycle cardiaque.
L’expansion cérébrale systolique conduit au déplacement d’environ 0,07 mL
de LCR pour un adulte sain à travers l’aqueduc de Sylvius et autant vers le
V4, et enfin environ dix fois plus à travers le foramen magnum vers les ESA
rachidiens.
En fin de systole et lors de la diastole, le sang quittant les espaces
cérébraux, le volume cérébral diminuant, le flux de LCR s’inverse et devient
ascendant, des ESA rachidiens vers le crâne.
Cette hypothèse de progression de la cavité se distingue des théories
hydrodynamiques et de dissociation craniospinale (Williams) par l’absence
de communication nécessaire entre le V4 et la cavité par le biais d’un
hypothétique canal central si rarement mis en évidence.
Elle est fondée sur
les variations de pression à la surface du cordon médullaire et, par voie de
conséquence, sur la cavité inerte que représente la syringomyélie.
L’ondée de
pression et de flux est dépendante du cycle cardiaque survenant en systole,
mais susceptible d’être amplifiée lors d’effort de toux ou mettant en jeu une
élévation des pressions intrathoraciques.
Malformations osseuses de la
charnière cervico-occipitale :
A -
Impression basilaire
:
Elle est constituée par l’enfoncement dans la cavité crânienne des éléments
osseux qui forment le pourtour du trou occipital, en particulier de masses
latérales de l’occipital qui présentent sur leur face exocrânienne les condyles
occipitaux.
Il s’ensuit que les bords du trou occipital sont dirigés vers le haut,
l’asymétrie est fréquente, la fosse postérieure se trouve réduite dans ses
dimensions.
Pour affirmer à son moindre degré l’impression basilaire, il
importe de pouvoir mesurer l’ascension vers l’intérieur du crâne des condyles
occipitaux qui sont les premiers à céder.
La difficulté d’apprécier cette
ascension des condyles sur un cliché radiographique standard de profil est
habituellement détournée en étudiant le degré d’ascension du sommet de
l’odontoïde.
C’est l’intérêt de la ligne de Chamberlain définie en 1939 : « en
tirant une ligne basale de la lèvre dorsale du trou occipital au bord dorsal du
palais osseux, tout degré appréciable d’impression basilaire devient apparent
» (le sommet de l’odontoïde ne doit normalement pas dépasser cette
ligne).
Une impression basilaire modérée, définie avec comme repère la ligne
de Chamberlain, peut rester asymptomatique ou n’être accompagnée d’une
souffrance neurologique que du fait de l’association à des malformations de
la colonne cervicale qui augmentent les chances d’expression clinique.
Lorsque l’impression basilaire atteint un certain degré, le terme
d’invagination basilaire est parfois utilisé.
Le terme de platybasie ne désigne
en revanche que l’aplatissement de la base du crâne, définie par
l’augmentation de l’angle basal (formé par le plan de la lame basilaire et le
plan sphénoïdal tendu du nasion aux clinoïdes postérieures, et normalement
compris entre 115 et 140°).
Dans l’immense majorité des cas, l’impression
basilaire se présente comme un trouble primitif de développement du basiocciput, mais est parfois secondaire, comme au cours de maladies
osseuses ou de troubles de l’ossification.
B - Fusion atloïdo-occipitale ou occipitalisation de l’atlas
:
La fusion de l’atlas à l’occipital peut être symétrique ou asymétrique,
complète ou n’intéresser que l’arc antérieur, l’arc postérieur ou l’une des deux
masses latérales de l’atlas.
La fusion peut être totale (assimilation de l’atlas) ;
les ligaments ou membranes occipitoatloïdiens sont alors absents et le trajet
de l’artère vertébrale est modifié ; la première vertèbre cervicale soudée à
l’occipital paraît presque toujours hypoplasique, ce qui raccourcit la charnière
et place l’odontoïde à la partie antérieure du trou occipital.
La fusion peut
n’être qu’ébauchée et apparaître sous l’aspect d’un pincement atloïdooccipital.
Le plus souvent, il existe une synostose des articulations condyloatloïdiennes.
L’incidence de la fusion atloïdo-occcipitale serait de 0,2
à 2 %.
L’occipitalisation congénitale et isolée de l’atlas réalise l’une des
causes du torticolis congénital.
C - Manifestation de la vertèbre occipitale
:
Décrite par Meckel (1815), puis par Kollman (1905), cette anomalie de
développement correspond à l’existence autour du trou occipital de
formations osseuses suggérant la fusion d’une vertèbre qui ne serait autre
qu’un proatlas.
Par défaut de fusion avec l’occipital, il peut persister à l’âge
adulte des débris de ce proatlas.
Il est décrit la persistance, sur l’arc antérieur
de ce proatlas, d’une facette articulaire ou tubercule médian pour l’ossiculum
terminale, situé à l’extrême pointe de l’odontoïde.
La différenciation
anatomique entre une occipitalisation de l’atlas et une manifestation de la
vertèbre occipitale n’est pas toujours aisée.
Au niveau de la charnière craniovertébrale, il se produit l’équivalent de ce que l’on peut décrire au
niveau de la frontière lombosacrée avec les lombalisations et les
sacralisations.
Dans le cadre de la vertèbre occipitale, les surfaces articulaires
sur le proatlas sont orientées à l’inverse des surfaces articulaires de l’atlas
assimilé.
D - Déformations du trou occipital
:
Les anomalies du trou occipital (sténose, asymétrie, déformation) peuvent
être la seule manifestation du trouble de développement.
Dans l’impression
basilaire, le trou occipital s’invagine en forme d’entonnoir.
L’assimilation de
l’atlas ou une manifestation de la vertèbre occipitale s’accompagne presque
toujours d’une modification de la géométrie du trou occipital.
Dans la
malformation d’Arnold-Chiari, c’est l’élargissement du trou occipital qui est
habituel.
E - Malformations de l’axis
:
Elles sont fréquentes et souvent symptomatiques.
L’apophyse odontoïde peut
être malformée, déformée, quadrangulaire, hypoplasique.
Elle peut être
inclinée sur le corps de l’axis, tout en conservant un contact avec l’arc
antérieur de l’atlas.
Il peut persister une segmentation avec la présence d’un
disque en situation inhabituelle à la base de l’apophyse, en son milieu.
Son
extrême pointe peut parfois paraître détachée et constituer l’ossiculum
terminale décrite par Hadley.
Il est possible d’observer une odontoïde bifide,
une odontoïde fixée au bord antérieur du trou occipital, un spina bifida de l’arc
postérieur de l’axis.
F - Dislocation atloïdoaxoïdienne :
L’insuffisance des structures ligamentaires, en particulier du ligament
transverse, peut aboutir à une luxation de l’axis sur l’atlas et à la saillie
intrarachidienne de l’odontoïde.
La dislocation peut être fixée par des
phénomènes inflammatoires secondaires, mais elle peut rester mobile et être
complètement ou incomplètement réductible.
G - Spina bifida occulta cervicaux
:
Le défaut de fusion de l’arc postérieur des vertèbres cervicales peut être isolé,
mais est plus souvent associé à l’impression basilaire (en particulier lors de
l’absence de fusion de l’arc postérieur de C1).
H - Syndrome de Klippel-Feil :
Anomalie congénitale de la colonne cervicale décrite en 1912 par Klippel et
Feil, ce syndrome résulte d’un désordre de la segmentation et associe :
– une brièveté du cou ;
– une implantation basse des cheveux ;
– une limitation des mouvements du cou ayant fait parler d’ « hommes sans
cou » ;
– une fusion congénitale et une réduction numérique d’un nombre variable
de vertèbres cervicales, avec rachischisis par non-occlusion des premiers arcs
réalisant un pseudo spina bifida, puisque les lames s’incurvent et finissent par
se réunir sur la ligne médiane sous la forme de tissu fibreux.
La synostose, l’aplatissement des vertèbres, le raccourcissement des disques
intervertébraux et le raccourcissement de la colonne cervicale constituent les
principaux éléments anatomiques de ce syndrome.
I - Associations lésionnelles
:
L’impression basilaire s’accompagne fréquemment d’une anomalie
malformative de la période embryonnaire : sténose ou irrégularité du trou
occipital, occipitalisation de l’atlas, dislocation atloïdoaxoïdienne, ou plus
fréquemment défaut isolé de fusion de l’arc postérieur de l’atlas.
L’association-assimilation de l’atlas et fusion partielle de C2 et C3 est
particulièrement fréquente (rencontrée par Garcin et Oeconomos 22 fois sur
114 observations de manifestations neurologiques des malformations de la
charnière cervico-occipitale).
Un spina bifida et une anomalie des épineuses
ou des lames de vertèbres cervicales inférieures peuvent être associés à une
impression basilaire.
Si l’impression basilaire isolée et modérée est rarement
responsable directement de désordres neurologiques, il apparaît que
l’occipitalisation de C1 dans les impressions basilaires constitue une
association lésionnelle qui rend l’impression basilaire plus fréquemment
symptomatique.
J - Malformations à distance
:
D’autres malformations rachidiennes à distance de la charnière cervicooccipitale
peuvent être associées : scoliose ; spina bifida dorsolombaire ou
sacré ; platyspondylie ; anomalies de la charnière lombosacrée.
D’autres malformations extrarachidiennes peuvent s’observer : côtes
cervicales, pieds bots, hypoplasie et surélévation congénitale d’une omoplate
(syndrome de Sprengel), asymétrie faciale, hémiatrophie craniofaciale,
prognathisme, microcéphalie, oxycéphalie, dysostose cléidocrânienne,
syndactylie, brièveté de la phalangette des doigts.
Malformations nerveuses de la
charnière cervico-occipitale :
A -
Malformation d’Arnold-Chiari :
En 1891, Chiari décrivit pour la première fois, dans le cas d’une
hydrocéphalie congénitale, une descente des amygdales cérébelleuses audelà
du plan du foramen magnum.
En 1895, à partir de l’analyse d’une série de 63 cas d’hydrocéphalie, Chiari classa en détail les déformations
congénitales du cerveau postérieur et regroupa ces malformations en quatre
types.
Le type 1 correspond à un déplacement variable des amygdales et des parties
médianes des lobes inférieurs du cervelet à travers le foramen magnum dans
le canal rachidien.
Le tronc cérébral peut être allongé mais non déplacé (ou
d’une façon minime) et le V4 n’est pas abaissé au-dessous du trou occipital.
Ce type malformatif serait associé à un phénomène de cavitation médullaire
de type hydromyélie/syringomyélie dans 50 à 76 % des cas.
Le type 2 associe un déplacement du vermis cérébelleux et des amygdales et
un abaissement similaire de la partie inférieure du pons et du bulbe.
La partie
inférieure du V4 allongé se trouve contenue dans le canal rachidien cervical
et celui-ci s’ouvre dans l’espace spinal sous-arachnoïdien.
Chiari en
rapportait sept cas, tous âgés de moins de 6 mois et associés à un spina bifida
et une hydrocéphalie.
Arnold, en 1894, compléta cette description en
présentant, chez un nouveau-né porteur d’une myéloméningocèle
lombosacrée, une hernie du cervelet qui recouvrait la partie dorsale de la
moelle cervicale supérieure.
Cette association d’un Chiari type 2 et d’une
myéloméningocèle est maintenant clairement établie.
Inversement, une
malformation de Chiari est presque constamment associée à une
myéloméningocèle chez l’enfant, mais celle-ci ne deviendrait symptomatique
que dans 20 % des cas.
Une cavitation médullaire est rapportée dans 48 à
80 % des patients porteurs d’un tel type de malformation de Chiari.
Le type 3 est exceptionnel et en général létal ; Chiari n’en rapportait d’ailleurs
qu’un seul cas.
Il associe le déplacement vers le bas de tout le cervelet et du
bulbe à l’intérieur d’un spina bifida cervical avec myéloméningocèle.
Le type 4, d’individualisation discutée, correspond à l’hypoplasie du cervelet.
Corollaire de la descente du cerveau postérieur, les premières racines
cervicales et les derniers nerfs crâniens ont un trajet horinzontalisé.
La
malformation d’Arnold-Chiari peut, par elle-même, être à l’origine d’une
compression du névraxe.
L’écoulement du LCR entre les espaces
ventriculaires et la grande citerne peut être compromis et générer une
hydrocéphalie, de même la circulation du liquide entre l’espace sousarachnoïdien
spinal et la grande citerne peut être à l’origine d’une
hydromyélie ou aggraver une syringomyélie.
La malformation d’Arnold-Chiari est une anomalie congénitale, présente à la
naissance ou même avant la naissance, et s’observe le plus souvent chez
l’enfant associée à un spina bifida avec myéloméningocèle et une
hydrocéphalie.
La malformation d’Arnold-Chiari se voit, en outre, dans
certains cas d’impression basilaire ou d’autres malformations de la charnière
cervicocrânienne.
En dehors d’une association à une malformation osseuse,
cette hétérotopie d’origine malformative peut être isolée sans dysraphisme ou
autre déhiscence rachidienne.
B - Hydromyélie, syringomyélie et
syringobulbie foraminale :
La malformation d’Arnold-Chiari est rarement génératrice (< 10 %), de par
l’hypertension qui peut survenir au regard du foramen magnum, d’une
dilatation du canal épendymaire et d’un processus de cavitation médullaire
longitudinale réalisant une hydromyélie des premiers segments médullaires
cervicaux.
Classiquement, cette cavité hydromyélique contient du LCR et est
bordée par des cellules épendymaires.
Ce processus de cavitation, une fois
devenu symptomatique, est souvent dénommé « syringohydromyélie » ou
« syringomyélie communicante », sur la base de l’existence présumée d’une
communication ancienne ou persistante avec les espaces sous-arachnoïdiens
ou le V4.
L’accumulation de liquide sous tension peut aboutir à la perforation
de la bordure épendymaire et à la constitution d’une cavité syringomyéliforme
dans les colonnes postérieures de la moelle.
L’incidence de la
syringomyélie dans la population générale est estimée à 8,4 pour 100 000
habitants.
La cavitation est un phénomène
dynamique et évolutif dont l’extension peut être favorisée par de multiples
facteurs autres qu’hydrauliques, dont une insuffisance circulatoire
locorégionale (stase, ischémie), une prolifération ou une dégénérescence du
tissu gliale sous-épendymaire sur une myélodysplasie associée.
La syringobulbie est le plus souvent le résultat de l’extension au tronc cérébral
d’une cavité médullaire cervicale haute le long des points de faiblesse tels que
les noyaux du trijumeau, du grand hypoglosse, des nerfs mixtes ou de la
substance grise rétro-olivaire.
Une fissure du névraxe peut également être
visualisée en dehors de la cavité cervicale, en particulier le long du plancher
du V4 ou des pédoncules cérébelleux.
Un trouble de la déglutition, une
modification de la voix ne sont pas synonymes de syringobulbie, mais
peuvent correspondre à un étirement des dernières paires crâniennes
parallèlement à la descente cérébelleuse dans le foramen magnum.
C - Arachnoïdites et brides arachnoïdiennes
:
L’existence de brides arachnoïdiennes ou dure-mériennes pouvant obstruer
les orifices de Magendie ou de Luschka, la production de formations
kystiques arachnoïdiennes sont décrites dans un nombre important
d’observations de déformations foraminorachidiennes par impressions
basilaires ou malformations de Chiari.
Ces arachnoïdites du foramen magnum
ont été pressenties comme facteur déclenchant dans l’expression clinique des
malformations de la charnière et comme pouvant résulter d’hémorragies,
notamment lors d’un accouchement difficile et d’un travail prolongé.
Un
processus mécanique d’épaississement des méninges par microtraumatismes
répétés au regard de segments cervicocrâniens articulés de façon défectueuse
est un mécanisme possible d’aggravation.
D - Malformation de Dandy-Walker :
Elle est caractérisée par une atrésie congénitale du trou de Magendie et des
trous de Luschka, à l’origine d’une hydrocéphalie parfois considérable et non
communicante, avec habituellement une dilatation très marquée du V4.
Cette
malformation a été initialement décrite par Dandy et Blackfan en 1914 à
propos de l’observation d’un enfant de 13 mois porteur d’un volumineux V4
sous tension, associé à l’occlusion des foramens de Magendie et de Luschka.
En 1942, Taggart etWalker effectuent une synthèse de nouveaux cas intitulée
« Atrésie congénitale des foramens de Luschka et Magendie ».
L’élargissement de la fosse postérieure est associé à un défaut de déplacement
postérieur du sinus transverse, un bombement du toit du V4 sous tension et
une relative hypoplasie du vermis inférieur.
Sur le plan embryologique,
Gardner considère que les malformations de Chiari et de Dandy-Walker
résultent d’un déséquilibre inverse entre la pression pulsatile des plexus
choroïdes du V4 par rapport à ceux des ventricules latéraux.
Une
accumulation liquidienne trop rapide au sein d’un V4 distendu, dont l’AMS
ne s’affine pas et pour lequel l’atrésie du trou de Magendie apparaît plutôt
comme une conséquence, est source d’un syndrome de Dandy-Walker.
E - « Kystes arachnoïdiens » de la fosse postérieure :
En 1932, Graig rapportait trois observations de « kystes inflammatoires
arachnoïdiens » médians de la grande citerne responsables d’oedème
papillaire et de symptômes cérébelleux.
Ces kystes arachnoïdiens de la fosse
postérieure se développent le plus souvent à partir du trou de Magendie et
peuvent être sous tension et responsables de cavitation médullaire.
Constitués
à partir du foramen de Luschka, ils peuvent être uniques et latéraux ou
bilatéraux, associés en règle générale à une atrésie du foramen de Magendie.
Embryologiquement, ces formations kystiques dériveraient du toit de
rhombencéphale.
F - Associations lésionnelles du système nerveux central
:
Le défaut de fermeture du tube neural est responsable des plus fréquentes
malformations du nouveau-né, l’anencéphalie et les myéloméningocèles
survenant respectivement avec une fréquence de 1 à 6 pour 1 000 naissances.
La malformation de Chiari s’associe de façon quasi constante aux
myéloméningocèles et l’hydrocéphalie est fréquemment observée chez ces
enfants. De nombreuses autres malformations ont été rapportées en
association variable : syringomyélie, diplomyélie, hydromyélie,
diastématomyélie, moelle attachée basse, lipome médullaire...
Dans un travail
récent, à propos de 25 enfants décédés dans un tableau associant myéloméningocèle, Chiari et hydrocéphalie, Gilbert et al observent :
– une hypoplasie ou une aplasie des noyaux des nerfs crâniens dans 20 %des
cas ;
– une dysplasie du cervelet dans 72 % des cas ;
– une anomalie de la migration des neurones du cortex dans 92 % des cas ;
– une fusion des thalami dans 16 % des cas ;
– une agénésie du corps calleux dans 12 % des cas.