Lymphomes cutanés épidermotropes
(Suite) Cours de dermatologie
I -
DÉTERMINATION DU STADE ÉVOLUTIF
:
1- Classification TNM des lymphomes cutanés T
épidermotropes :
La classification TNM est, de loin, la plus utilisée dans les
lymphomes cutanés épidermotropes.
2- Stade des lymphomes cutanés T épidermotropes :
Cette détermination en quatre stades a été proposée bien avant la
nouvelle classification EORTC des lymphomes cutanés.
Elle intéresse
l’ensemble des lymphomes cutanés épidermotropes et s’applique
donc aussi au syndrome de Sézary.
J - ÉVOLUTION ET PRONOSTIC
:
L’évolution s’étend sur des années, voire des décennies.
Le décès
est le plus souvent la conséquence d’une surinfection microbienne
ou virale.
Il peut également résulter de l’envahissement tumoral
et/ou de la transformation en un lymphome à grandes cellules.
Le
taux de survenue d’une transformation en lymphome à grandes
cellules varie, selon les séries, de 8 % à plus de 55 %.
Cette
transformation, possible à n’importe quel stade de la maladie, est
d’autant plus fréquente que le stade de la maladie est avancé.
Elle est ainsi beaucoup plus fréquente aux stades IIb et IV qu’aux
stades I et IIa.
Son pronostic est d’autant plus sombre qu’elle est
survenue à un stade précoce de la maladie.
Le taux de survie à 5 ans de 278 patients inclus dans le groupe
néerlandais d’étude des lymphomes cutanés est de 87 %, tous stades
confondus.
Un cancer secondaire est observé dans 5,7 % des
cas.
Les facteurs pronostiques les plus fiables sont représentés par le T
de la classification TNM, et par l’épaisseur de la lésion cliniquement
la plus infiltrée.
La différence entre les formes cutanées précoces
(T1, T2) et les formes avancées (T4) apparaît clairement dans la
littérature.
Les malades au stade des plaques sans atteinte
ganglionnaire, sanguine ou viscérale ont une moyenne de survie
supérieure à 5 ans.
Ceux avec localisation ganglionnaire ou
sanguine, sans atteinte viscérale et sans effacement de l’architecture
ganglionnaire, ont une moyenne de survie de 5 ans.
Enfin, ceux avec
envahissement viscéral ou effacement de l’architecture ganglionnaire
ont une moyenne de survie de 2 ans et demi.
Les études génotypiques auraient également une valeur pronostique.
Ainsi, parmi les patients porteurs d’adénomégalies, elles
permettraient de distinguer ceux pour lesquels le pronostic est
mauvais car une population clonale est détectée dans leurs
ganglions de ceux dont le pronostic est meilleur car l’étude
génotypique ganglionnaire est normale.
De la même manière, la
détection de populations monoclonales T dans des lésions cutanées
évocatrices de mycosis fongoïde débutant indiquerait un risque évolutif plus grand.
Toutefois, ces résultats n’ont pas de
conséquence pratique pour le moment.
En effet, en l’absence
d’études prospectives, on ne sait pas si le traitement précoce et
incisif des formes dans lesquelles une clonalité est détectée améliore
ou non le devenir des patients.
K - TRAITEMENT :
La rareté du mycosis fongoïde, sa longue durée d’évolution
spontanée qui s’étend sur des années, voire des décennies,
l’existence de variantes cliniques de la maladie enfin rendent
difficiles les études comparatives de ses différents traitements.
Les
études thérapeutiques utilisant des groupes contrôles sont très
difficiles à mettre en oeuvre et ne peuvent se concevoir que de
manière multicentrique, à l’échelon international.
Une revue de la
littérature concernant le traitement du mycosis fongoïde a été
réalisée en 1997 par Richard-Lallemand et Carsuzaa.
Près de
200 articles y sont référencés.
1- Moyens thérapeutiques
:
*
Moyens locaux :
+ Corticothérapie locale
:
Aux stades de début du mycosis fongoïde, au stade IA en particulier,
on peut utiliser les dermocorticoïdes en application biquotidienne.
Il est recommandé d’utiliser des dermocorticoïdes
d’activité très forte et d’avoir éventuellement recours
aux pansements occlusifs.
+ PUVA-thérapie :
Elle associe une prise orale de comprimés de 8-méthoxy-psoralène à
la dose de 0,6 mg/kg et, 2 heures plus tard, une irradiation UVA.
La
dose initiale d’UVA est de 1,5 à 3 J/cm2 selon le phototype,
augmentée de 0,5 J/cm2 à chaque séance en l’absence d’érythème.
Elle est réalisée au rythme de trois séances par semaine au début.
Une fois les lésions cutanées disparues, cliniquement et
histologiquement, un traitement d’entretien avec des séances
régulièrement espacées est nécessaire.
Les principaux effets
secondaires sont la survenue de prurit, de nausées, d’érythème avec
sécheresse cutanée et la réactivation possible d’infection à Herpès
virus.
Cette méthode a l’avantage d’être bien acceptée des malades
sur le plan pratique.
Malheureusement, elle expose à la survenue de
carcinomes spinocellulaires.
+ Chimiothérapie locale :
La méchloréthamine (Caryolysinet) est utilisée soit en solution
aqueuse, soit sous forme d’une base anhydre.
On utilise, en général,
une concentration de 0,02 %.
Les applications doivent être faites
dans une pièce aérée.
Il faut porter des gants en PVC, éviter le
contact direct avec la méchloréthamine.
Si le patient procède luimême
aux applications, il ne doit pas oublier le haut du dos, le dos
des mains et les faces antérieures des deux jambes.
Cette méthode a
pour avantage de ne nécessiter aucun équipement spécial. Une
réaction d’hypersensibilité retardée survient dans près de 40 % des
cas en moins de 1 an de traitement.
Les essais d’induction de
tolérance se sont révélés inefficaces ; les désensibilisations topiques
sont en général efficaces.
Le risque de sensibilisation de contact est
moindre avec la base anhydre qu’avec la solution aqueuse.
Les
réactions urticariennes sont plus rares. Elles doivent conduire à
l’arrêt du traitement par crainte de survenue d’une réaction générale
de type anaphylactique.
Au total, ce traitement est simple, peu
coûteux et efficace.
Il peut induire la survenue, à long terme, de
tumeurs cutanées (carcinome baso- et spinocellulaire, nævi
dysplasiques).
La carmustine (Bicnut) topique est une alternative à la
méchloréthamine.
Préparé en solution à 0,2 % dans l’alcool absolu,
dilué deux fois au moment de l’emploi, ou en onguent anhydre à
0,4 %, il s’applique tous les jours en début de traitement.
Les effets
secondaires habituels sont l’érythème, l’impression de sécheresse
cutanée et les télangiectasies.
Sa myélotoxicité éventuelle témoigne de
son absorption percutanée
+ Électronthérapie superficielle
:
La technique d’électronthérapie superficielle totale a
avantageusement remplacé les techniques d’irradiation corporelle
totale par radiothérapie superficielle.
Elle est utilisée soit isolément,
soit en combinaison avec d’autres traitements.
Elle peut être répétée.
Les effets secondaires, importants mais transitoires, sont à type de
sécheresse, de desquamation, de fissuration cutanée, d’oedèmes,
voire de décollements bulleux.
On peut également observer une
chute des ongles et des poils, un état poïkilodermique, voire des
radiodermites.
Le risque carcinogène à long terme est élevé puisque Licata et al ont dénombré 6 % de mélanomes et 21 % de
carcinomes.
Le risque de carcinomes est encore augmenté par
l’utilisation, auparavant ou en même temps, d’autres traitements
locaux tels que PUVA-thérapie ou badigeons de Caryolysinet.
L’électronthérapie superficielle localisée a pour indication principale
le mycosis fongoïde unilésionnel, pour lequel l’électronthérapie
superficielle totale n’est pas indiquée.
* Moyens généraux :
+ Chimiothérapies
:
De très nombreuses chimiothérapies ont été utilisées dans le
traitement des lymphomes cutanés.
Les molécules les plus utilisées en monothérapie sont le méthotrexate à faibles doses, le cyclophosphamide, et le
chlorambucil associé ou non à la prednisone.
Les analogues des
purines utilisées sont la 2’déoxycoformicine (pentostatine),
inhibiteur de l’adénosine désaminase, relativement spécifique des
lymphocytes T et la 2’chlorodéoxyadénosine (fludarabine).
Les molécules les plus utilisées en polychimiothérapie sont le
cyclophosphamide, la doxorubicine, la vincristine, la bléomycine et
le méthotrexate.
De très nombreux protocoles de polychimiothérapies intermittentes cycliques ont été utilisés : CVBP,
CHOP/HOP, COP, CAVOP, CVP et CBP.
+ Rétinoïdes :
Trois dérivés différents de la vitamine A, dotés d’une activité à la
fois antitumorale et immunomodulatrice, ont été utilisés : l’étrétinate
(Tigasont), l’isotrétinoïne (Roaccutanet) et l’arotinoïde ester (Atrat)
à des posologies variant entre 0,5 et 1,5 mg/kg.
Les effets
secondaires, communs à tous ces rétinoïdes (sécheresse cutanéomuqueuse, syndrome dépressif, élévation des transaminases,
du cholestérol et des triglycérides), sont dose-dépendants.
+ Interféron-alpha :
Doté d’une activité antiproliférative et immunomodulatrice, il est
administré en injections sous-cutanées ou intratumorales, à raison
de trois fois par semaine, à des doses de 3 à 12 millions d’unités par
injection.
Les effets secondaires, d’autant plus à craindre que les
patients sont âgés, sont dose dépendants (fièvre, syndrome grippal,
asthénie, anorexie, troubles neuropsychiques avec dépression,
élévation des transaminases, du cholestérol et des triglycérides,
leucopénie et thrombopénie).
2- Indications thérapeutiques :
Il n’existe pas de schéma thérapeutique précisément établi.
Les
indications thérapeutiques doivent être envisagées essentiellement
en fonction du stade évolutif du mycosis fongoïde.
* Stades I et II :
À ces stades de début, on a recours aux thérapeutiques « externes »,
c’est-à-dire à impact cutané préférentiel, telles que la
photochimiothérapie, les applications locales d’antimitotiques ou
l’électronthérapie. Des rétinoïdes peuvent être associés à la
photochimiothérapie.
L’interféron peut également être utilisé.
+ Dermocorticoïdes :
Ils donnent plus de 90 % de réponses globales, dont près de deux
tiers de réponses complètes au stade T1, et encore 80 % de réponses
globales dont un quart de rémissions complètes au stade T2.
+
Photothérapie
:
Avec la PUVA-thérapie, une rémission complète est obtenue dans
environ 70 % des cas au stade I et 50 % au stade II.
Des rémissions
de longue durée sont possibles.
Tous les auteurs insistent sur la
nécessité d’un traitement d’entretien.
L’UVB-thérapie est surtout
efficace au stade des érythèmes non infiltrés.
L’association rétinoïdes-PUVAthérapie permet d’obtenir des rémissions complètes
dans un pourcentage de cas équivalent mais avec une dose d’UVA
moindre, le taux de rechutes après rémission complète étant
équivalent.
+ Chimiothérapie locale
:
Avec les badigeons de méchloréthamine (Caryolysinet), une
rémission complète est obtenue chez 75 % des malades avec lésions
non infiltrées et chez 50 % de ceux avec lésions infiltrées.
Le taux et
la durée des rémissions complètes sont comparables à ceux obtenus
avec la PUVA-thérapie.
En cas de plaques limitées, bains d’électrons
et méchloréthamine donnent des résultats identiques.
La durée des
rémissions apparaît plus longue qu’avec les bains d’électrons.
Le
taux de 10 à 30 % de rémissions à 8 ans ne peut être considéré
comme un pourcentage de guérisons en l’absence d’étude
prospective au long cours chez des malades traités uniquement et
d’emblée par la moutarde à l’azote.
Avec la carmustine (Bicnut), le
délai de réponse est plus court qu’avec la Caryolysinet, avec des taux de
rémissions complètes identiques et des rémissions plus
longues.
+ Électronthérapie :
Avec l’électronthérapie corporelle totale, une rémission complète est
obtenue chez 90 % des patients au stade I et chez 70 % au stade IIA.
L’élément le plus significatif du pronostic est représenté par la
présence ou l’absence d’adénopathies palpables.
Pour certains
auteurs, de plus hautes doses d’irradiation n’améliorent pas le taux
de survie ; d’autres considèrent que si, à condition que les lésions
cutanées soient localisées et d’extension limitée et qu’il n’y ait pas
d’envahissement ganglionnaire.
L’association électronthérapie
corporelle totale et irradiation ganglionnaire augmente la durée des
rémissions complètes mais pas le taux de survie.
Aucune étude ne
permet d’affirmer que ce traitement puisse être curatif, même si des
rémissions prolongées sont observées.
Plusieurs associations thérapeutiques ont été essayées.
L’association
avec des rétinoïdes n’augmente pas le taux des rémissions
complètes.
L’adjonction d’une polychimiothérapie, une fois la
rémission complète obtenue, n’en augmente pas la durée.
Enfin, si
l’association électronthérapie superficielle totale et
polychimiothérapie permet d’obtenir un taux de rémissions
complètes supérieur à celui résultant d’un simple traitement par
badigeons de Caryolysinet, il n’y a pas de différence significative
tant en termes de durée de rémissions qu’en termes de survie.
+ Chimiothérapie générale
:
Un très petit nombre de patients à des stades précoces (IA, IIA) ont
été traités en première intention par une chimiothérapie générale et,
si quelques patients ont des rémissions complètes de longue durée,
le recul n’est pas suffisant pour savoir s’il s’agit de rémissions
prolongées ou de véritables guérisons.
+ Rétinoïdes et interféron-alpha :
Aux stades précoces du mycosis fongoïde, les rétinoïdes donnent
60 % de réponses mais ces réponses sont de courte durée.
Les interférons-alpha donnent 20 % de rémissions complètes et 40 % de
rémissions partielles.
Certaines semblent durables. L’association
rétinoïdes/interféron donne 50 % de réponses.
Avec l’association interféron-alpha/PUVA-thérapie, on obtient 90 % de réponses, dont plus
de 60 % de rémissions complètes.
Le taux de rémissions complètes
chez les patients traités en première intention par l’association
interféron-alpha/PUVA-thérapie semble supérieur à celui obtenu avec
l’interféron seul.
* Stade III :
Le mycosis érythrodermique bénéficie de la même stratégie
thérapeutique que le syndrome de Sézary.
* Stade IV
:
Les taux de réponse sont importants mais de courte durée, la durée
étant plus longue avec une polychimiothérapie qu’avec une
monochimiothérapie.
La médiane de survie, de 6 mois avec une polychimiothérapie, n’est pas supérieure à celle des malades non
traités.
Variantes de mycosis fongoïde :
À côté de la forme classique de mycosis fongoïde, il existe de
nombreuses variantes cliniques, comme le mycosis fongoïde bulleux
ou le mycosis fongoïde hyper- et hypopigmenté, qui ne sont pas
considérées à part dans la classification EORTC 1997, car elles ont
un comportement clinique similaire.
En revanche, le mycosis fongoïde associé à une mucinose folliculaire,
le mycosis fongoïde avec tropisme particulier pour les annexes
cutanées, follicules pileux ou glandes sudorales (formes dites
respectivement pilotropes et syringotropes), le lymphome
pagétoïde et la chalazodermie granulomateuse, entités appartenant
au groupe des lymphomes cutanés dits « épithéliotropes », ont des
caractéristiques clinicopathologiques distinctes et sont, par là même,
considérés à part dans la classification EORTC 1997.
A - MYCOSIS FONGOÏDE ASSOCIÉ À UNE MUCINOSE
FOLLICULAIRE ET LYMPHOMES PILOTROPES :
1- Définition :
Cette variante est caractérisée par la présence d’un infiltrat folliculotrope épargnant l’épiderme, avec ou sans dégénérescence
mucineuse des follicules pileux, et atteignant préférentiellement
l’extrémité cervicocéphalique.
2- Clinique
:
Des papules folliculaires, des plaques indurées et des tumeurs
sont souvent associées avec une chute des poils et avec un prurit.
Les surinfections bactériennes sont fréquentes.
Dans les lymphomes pilotropes, on observe également des lésions pseudocomédoniennes
et des kystes épidermiques.
Ces lésions
folliculaires peuvent révéler le lymphome, survenir en même temps
que des lésions de mycosis fongoïde classique, voire précéder ou
accompagner un épisode de rechute de mycosis fongoïde.
3- Histopathologie
:
L’infiltrat dermique a une localisation essentiellement périvasculaire
et périannexielle avec une infiltration marquée de l’épithélium
folliculaire par les cellules de moyenne à grande taille à noyau
hyperchromatique et cérébriforme.
Des dépôts de mucine, colorés
en bleu par le bleu Alcian, sont observés dans l’épithélium
folliculaire envahi.
On peut observer, au sein de l’infiltrat, la
présence d’éosinophiles et d’autres cellules inflammatoires.
Des
cas similaires, sans mucinose folliculaire, ont été rapportés comme
mycosis fongoïdes folliculaires ou comme mycosis fongoïdes
pilotropes.
Lorsque l’épiderme est épargné, on parle de pilotropisme ou de folliculotropisme au lieu d’épidermotropisme.
En l’absence d’épidermotropisme, ces formes de mycosis fongoïde,
associées ou non à une mucinose folliculaire, peuvent être
méconnues et classées incorrectement comme lymphomes T
pléomorphes.
Quand des lésions pseudocomédoniennes ou des kystes
épidermiques sont présents, l’infiltrat et le pilotropisme diminuent.
Aussi, des biopsies multiples
peuvent-elles être nécessaires pour arriver au
diagnostic.
4- Immunophénotype :
Il est similaire à celui du mycosis fongoïde.
¦ Génotypie
Des réarrangements clonaux du gène du TCR sont mis en évidence
dans la plupart des cas.
5- Évolution et pronostic :
Des lésions de mucinose folliculaire (alopécie mucineuse) peuvent
s’accompagner secondairement d’un lymphome dans au moins 15 %
des cas ; il s’agit souvent d’un mycosis fongoïde, parfois d’une
maladie de Hodgkin.
Il n’y a pas, à l’heure actuelle, de critères
histologiques, cliniques et génotypiques permettant de distinguer la
forme primitive isolée de mucinose folliculaire et la forme
secondaire associée aux lymphomes.
Le taux de survie à 5 ans de
30 patients inclus dans le groupe néerlandais d’étude des
lymphomes cutanés est de 70 %.
6- Traitement
:
Parce que l’infiltrat dermique est de localisation périfolliculaire, le
mycosis fongoïde associé à une mucinose folliculaire est souvent
moins sensible aux thérapeutiques à impact cutané (PUVA-thérapie)
que le mycosis fongoïde classique en plaques.
Les résultats avec la méchloréthamine sont discordants selon les équipes.
L’électronthérapie corporelle totale et l’association rétinoïdeinterféron semblent être les meilleurs traitements.
B - LYMPHOME PAGÉTOÏDE :
1- Définition - Historique :
Autre variante clinique rare de mycosis fongoïde, le lymphome pagétoïde, encore appelé réticulose pagétoïde, se caractérise
cliniquement par des lésions circinées, bien limitées et,
histologiquement, par une prolifération essentiellement localisée
dans l’épiderme.
Deux types de lymphome pagétoïde ont été décrits : un type localisé
(forme de Woringer-Kolopp) en 1939 et un type disséminé avec
lésions multiples et localisations ganglionnaires et viscérales (forme
de Ketron-Goodman) en 1931, lequel se comporte comme un
mycosis fongoïde classique.
Ce dernier type ayant la même
évolutivité qu’un mycosis fongoïde classique, le terme de lymphome pagétoïde ne doit s’appliquer qu’au type localisé de
Woringer-Kolopp.
2- Clinique
:
Il s’agit d’une lésion unique (forme de Woringer-Kolopp) en plaque
érythématosquameuse, hyperkératosique, voire verruqueuse,
siégeant le plus souvent sur l’extrémité d’un membre et d’évolution
prolongée, lentement progressive.
Il n’a jamais été rapporté
de localisation extracutanée dans cette forme.
3- Histopathologie
:
L’épidermotropisme de l’infiltrat est massif, avec une acanthose et
une désagrégation des couches basales de l’épiderme.
Les cellules
de l’infiltrat sont de taille moyenne à grande (15 à 20 ím). Dans
l’épiderme, elles sont isolées ou disposées en nids ou en amas, d’où
le terme de « pagétoïde ».
Leur noyau est quelquefois hyperchromatique et convoluté, et leur cytoplasme est abondant et
vacuolisé.
L’infiltrat dermique est plus polymorphe que celui
observé dans le mycosis fongoïde.
4- Immunophénotype :
Les cellules tumorales expriment le phénotype CD3+, CD4+, CD8–
ou, dans 50 % des cas, le phénotype CD3+, CD4–, CD8+, voire CD4–,
CD8–.
L’antigène CD30 peut être exprimé. Dans quelques cas,
une perte de l’expression de l’antigène CD7 a été rapportée.
5- Génotype
:
Un réarrangement clonal du gène du TCR est habituellement
détecté.
6- Évolution - Pronostic :
Le pronostic est excellent. Il n’a jamais été rapporté de localisations extracutanées.
Des récurrences locales après traitement ont toutefois
été signalées.
Le décès en rapport avec la maladie n’ayant jamais été
rapporté, le concept de « lymphome cutané bénin » a été introduit.
7- Traitement :
Il consiste en l’excision chirurgicale, avec une marge d’exérèse de
0,5 cm, suivie d’une radiothérapie externe localisée et
éventuellement d’une PUVA-thérapie.
Syndrome de Sézary :
A -
DÉFINITION
:
Sézary a décrit, en 1938, un syndrome particulier associant, à la
phase d’état, une érythrodermie sèche ou oedémateuse à gros
plis cutanés, souvent pigmentée, très prurigineuse, une
polyadénopathie superficielle et la présence dans le sang de cellules
mononucléées monstrueuses qui portent son nom.
Il n’existe pas de consensus concernant cette définition.
Certains
auteurs n’hésitent pas à assimiler tous les lymphomes à cellules T érythrodermiques au syndrome de Sézary, y compris le mycosis
fongoïde érythrodermique.
Nous définissons le syndrome de Sézary comme l’association à une
érythrodermie clinique d’un contingent monoclonal de cellules de
Sézary circulantes.
B - CLINIQUE :
Aux signes précédemment cités dans la définition peuvent s’ajouter
une onychodystrophie, une kératodermie palmoplantaire, des
ectropions, et enfin une alopécie.
Plusieurs types d’atteintes palmoplantaires s’observent au cours de ce syndrome, kératodermie
essentiellement, mais aussi pustulose, ulcérations, bulles
hémorragiques.
Comme dans le mycosis fongoïde, des lésions cliniques de parapsoriasis en grandes plaques, ou de papulose lymphomatoïde,
peuvent précéder un syndrome de Sézary.
Avant la phase d’état, le
tableau typique de syndrome de Sézary peut être précédé, pendant
un temps plus ou moins long (quelques mois), par un état
« prélymphomateux », durant lequel soit l’érythrodermie n’est pas
complètement constituée, soit le nombre de cellules de Sézary est
trop faible.
Les localisations viscérales sont, comme dans le mycosis fongoïde,
le plus souvent asymptomatiques et découvertes à l’autopsie.
Cependant, Laroche et al, dans une étude prospective d’un
groupe homogène de malades atteints de syndrome de Sézary,
retrouvent, chez 42 % des malades, des manifestations
neurologiques périphériques isolées.
C - CELLULE DE SÉZARY :
Recherchée sur les frottis sanguins colorés au May-Grünwald-
Giemsa, c’est une cellule dont le noyau encoché possède une
chromatine dense, parcourue de sillons en « coup d’ongle » dessinés
à la surface nucléaire.
Sa description par Lutzner et Jordan,
en 1968, en microscopie électronique, a ouvert l’ère du diagnostic
ultrastructural des lymphomes cutanés épidermotropes à cellules T.
Ces cellules ont un aspect très caractéristique en microscopie
électronique avec un noyau à contours très sinueux, profondément
indenté, ce qui lui donne, en reconstruction tridimensionnelle, un
aspect convoluté, cérébriforme.
Selon la taille de ces cellules, on
distingue les grandes cellules de Sézary (> 12 ím) ou cellules de
Sézary-Lutzner et les petites cellules de Sézary (£12 ím) ou cellules
de Lutzner-Flandrin.
D - HISTOPATHOLOGIE :
Les caractéristiques histologiques cutanées sont similaires à celles
du mycosis fongoïde bien que l’épidermotropisme soit fréquemment
absent ou peu intense.
Les études récentes ayant cherché à comparer
l’aspect anatomopathologique des lésions cutanées du mycosis
fongoïde à celui des lésions de syndrome de Sézary ont abouti à des
résultats discordants.
Ainsi, plusieurs auteurs ont montré que
les seuls éléments qui différaient étaient la présence de « microabcès
» de Pautrier dans le mycosis fongoïde et celle d’une acanthose
dans le syndrome de Sézary ; une autre étude rapportait, au
contraire, que la présence de « microabcès » de Pautrier et l’existence
d’un oedème du derme superficiel étaient plus souvent observées
dans le syndrome de Sézary, tandis qu’un épidermotropisme, une
acanthose et une hyperkératose étaient plus souvent observés dans
le mycosis fongoïde.
Les adénopathies envahies sont le siège d’un infiltrat dense de
cellules de Sézary avec effacement total de l’architecture du
ganglion.
Cet envahissement spécifique par les cellules atypiques
est plus précoce dans le syndrome de Sézary que dans le mycosis
fongoïde.
La moelle, en dépit de la présence dans le sang de
nombreuses cellules de Sézary, est le plus souvent normale, la
présence de quelques cellules pouvant traduire une simple
contamination sanguine.
E - IMMUNOPHÉNOTYPE :
Il est similaire à celui décrit pour le mycosis fongoïde.
F - GÉNOTYPIE :
Un réarrangement monoclonal des gènes du TCR est retrouvé
constamment dans le sang, si bien que la détection d’un clone
cellulaire T dans le sang circulant peut être considérée comme un
critère diagnostique de choix du syndrome de Sézary, permettant la
différenciation avec les formes bénignes d’érythrodermie.
G - DIAGNOSTIC :
1- Diagnostic positif
:
La démonstration d’un taux de 15 cellules de Sézary pour 100
lymphocytes circulants ou de 1000 cellules de Sézary par íL est un
des critères classiques du diagnostic du syndrome de Sézary.
Le
diagnostic peut également être retenu avec un nombre de cellules
de Sézary moins important si le rapport CD4/CD8 des souspopulations
lymphocytaires sanguines est supérieur ou au moins
égal à 10.
Comme souligné au paragraphe précédent, le meilleur
élément du diagnostic est la présence d’un clone circulant de cellules
atypiques.
2- Diagnostic différentiel
:
Les étiologies des érythrodermies sont variées et des cellules de Sézary ont été retrouvées, à la fois en microscopie optique et en
microscopie électronique, dans le sang de nombreuses dermatoses
bénignes, inflammatoires, ainsi que dans le mycosis fongoïde,
mais en faible nombre.
Les pseudolymphomes actiniques peuvent évoluer vers une
érythrodermie et s’accompagner d’un taux significatif de cellules de
Sézary.
Le phénotype ordinairement CD8+ des cellules de Sézary
circulantes est un bon argument pour le pseudolymphome actinique.
Les pseudosyndromes de Sézary d’origine médicamenteuse peuvent
s’accompagner d’un nombre de cellules de Sézary identique à celui
observé dans les syndromes de Sézary vrais.
Aussi, la recherche des
médicaments pris par les patients doit-elle être systématique lors de
toute suspicion de syndrome de Sézary.
H - PRONOSTIC :
Le taux de survie à 5 ans de 12 patients inclus dans le groupe
néerlandais d’étude des lymphomes cutanés est de 11 %.
Les
risques essentiels pour ces patients sont ceux de transformation de
leur lymphome en un lymphome anaplasique, d’évolution fatale par
dégradation de l’état général, d’une décompensation d’affections
associées (insuffisance cardiaque...), d’une septicémie.
Dans le mycosis fongoïde érythrodermique et dans le syndrome de
Sézary, les facteurs pronostiques importants sont l’âge des malades
lors de la survenue de l’érythrodermie, le stade TNM de la maladie
et l’existence ou non d’un envahissement sanguin.
Kim et al ont,
en effet, montré que les patients de moins de 65 ans ont un pronostic
plus favorable que ceux de 65 ans ou plus.
Un délai de plus de 10
ans avant le diagnostic s’associe à un pronostic plus favorable.
Le
stade ganglionnaire (N de TNM) est corrélé de façon significative
avec le taux de survie : les malades de stade III ont un pronostic
plus favorable que ceux de stade IV.
Enfin, les malades ayant un
syndrome de Sézary ont un plus mauvais pronostic que ceux ayant
un mycosis fongoïde érythrodermique avec peu ou pas de cellules
de Sézary circulantes (nombre de cellules de Sézary < 5 % des
lymphocytes circulants).
I - TRAITEMENT :
L’évaluation des résultats thérapeutiques est en grande partie gênée
par la sélection des patients, puisqu’il n’y a pas, à l’heure actuelle,
de consensus sur les critères diagnostiques stricts du syndrome de Sézary.
1- Moyens thérapeutiques
:
Étant donné l’extension systémique (ganglionnaire et sanguine) du
syndrome de Sézary, les traitements à visée externe ne peuvent être
envisagés que comme traitements associés.
Le méthotrexate, le chlorambucil et la prednisone combinés,
l’interféron, la cytaphérèse, et la photophérèse extracorporelle soit utilisés seuls, soit associés à d’autres modalités de traitement,
sont les traitements les plus utilisés.
La pentostatine est d’utilisation
plus récente.
Le méthotrexate est prescrit à une posologie hebdomadaire de 15 à
50 mg, le chlorambucil à une posologie de 6 mg/j, associé à la
prednisone à une posologie de 15 à 20 mg/j.
La photochimiothérapie extracorporelle, qui consiste en
l’irradiation UVA ex vivo des lymphocytes mis en présence d’un
psoralène, est une technique lourde et coûteuse, qui nécessite un
appareil de photochimiothérapie.
Introduite en 1987 par Edelson,
cette thérapeutique est pratiquement dépourvue d’effets secondaires
graves en dehors du risque septique lié à la manipulation des
cathéters veineux.
La nécessité d’une voie veineuse à débit suffisant
conditionne sa réalisation.
2- Indications thérapeutiques :
Dans les formes faiblement hyperleucocytaires, l’association
chlorambucil-prednisone, l’interféron et le méthotrexate à
faibles doses sont les plus utilisés.
L’association chlorambucil-prednisone permet d’obtenir une réponse
dans plus de 90 % des cas.
Le méthotrexate permet d’obtenir environ
40 % de rémissions complètes et 20 % de rémissions partielles.
Les rémissions à long terme obtenues chez quelques malades avec
la pentostatine demandent à être confirmées.
La photochimiothérapie extracorporelle est l’indication de choix
dans les formes fortement hyperleucocytaires.
Alors que les études
antérieures semblaient montrer que la photochimiothérapie
extracorporelle augmente le taux de survie, une étude récente
suggère qu’elle ne prolonge pas plus la survie des malades que les
monochimiothérapies.
En cas d’échec des monochimiothérapies et
de la photochimiothérapie extracorporelle, on a recours aux
polychimiothérapies.
Chalazodermie granulomateuse :
A -
DÉFINITION
:
C’est une affection extrêmement rare.
Rapportée pour la première
fois par Convit et al sous le nom de « dermohypodermite
atrophique granulomateuse », elle était considérée comme une
maladie auto-immune (le premier cas décrit était postvaccinal).
On
doit son individualisation comme lymphome à Ackerman.
B - CLINIQUE :
Elle atteint principalement l’homme et débute insidieusement chez
l’adolescent ou chez l’adulte d’âge moyen par de petites plaques
rouge violacé, initialement fermes qui, en s’étendant, deviennent
atrophiques au centre pour donner des zones de peau flasque
caractéristiques qui pendent parfois de manière spectaculaire.
Les
lésions prédominent aux plis axillaires et inguinocruraux, épargnant
toujours le visage.
L’association à une maladie de Hodgkin est
classique, retrouvée dans près d’un tiers des cas. Des cas de
mycosis fongoïde associés ont également été rapportés.
C - HISTOPATHOLOGIE :
Typiquement, il existe un infiltrat granulomateux massif du derme
et de l’hypoderme, détruisant le tissu élastique, constitué de petits
lymphocytes à noyau modérément convoluté, avec
épidermotropisme sous forme d’éléments isolés ou groupés en petits
amas, de nombreuses cellules géantes multinucléées et de
macrophages.
L’activité de phagocytose des fibres élastiques et des
lymphocytes est intense.
D - IMMUNOPHÉNOTYPE :
Les cellules atypiques ont le même phénotype que celles du mycosis
fongoïde classique : CD3+, CD4+, CD8–.
E - GÉNOTYPE
:
Un réarrangement monoclonal du récepteur T a été démontré.
F - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
:
On ne confondra pas la chalazodermie granulomateuse avec des
lésions d’anétodermie ou de cutis laxa ; en revanche, un mycosis
fongoïde granulomateux peut être de diagnostic différentiel difficile
sur le plan histologique.
Le mycosis fongoïde granulomateux a
les mêmes caractéristiques cliniques et le même pronostic que le
mycosis fongoïde classique.
Il en diffère par la présence d’une
composante granulomateuse dans l’infiltrat dermique, laquelle peut
varier de quelques cellules géantes à de grands granulomes
tuberculoïdes.
Par rapport à la chalazodermie granulomateuse, les
cellules géantes, dans le derme du mycosis fongoïde granulomateux,
sont plus éparses, ont un nombre plus réduit de noyaux.
Les
lymphocytes peuvent être plus larges, hyperconvolutés.
La
destruction du tissu élastique, enfin, est bien moindre.
G - SURVIE :
Les taux de survie sont difficilement chiffrables, étant donné le peu
de cas rapportés dans la littérature ; la plupart des malades semblent
avoir une évolution indolente.
H - TRAITEMENT :
Il n’y a pas, à l’heure actuelle, de traitement efficace de cette
affection.
La radiothérapie a été rapportée comme arrêtant la
progression de la maladie.
L’excision chirurgicale est suivie de
récidives au bout de quelques mois.
Plusieurs auteurs ont noté des
réponses partielles après traitement par corticothérapie générale.
La
chimiothérapie, évaluée tardivement du fait que cette affection a
d’abord été considérée comme une maladie auto-immune, a donné,
elle aussi, des réponses partielles.
L’interféron-alpha en périlésionnel
serait efficace.
Conclusion :
Il n’y a pas eu, ces dernières années, beaucoup de progrès
thérapeutiques, ce qui s’explique en partie par la difficulté à mettre en
oeuvre des études contrôlées.
Cependant, les travaux de réflexion menés
au sein de groupes coopératifs tels que le groupe français d’études des
lymphomes cutanés ont conduit à une utilisation plus nuancée et plus
graduelle des thérapeutiques.
Ainsi, on privilégie les traitements locaux
dans le mycosis fongoïde et ses variantes, et les traitements systémiques
dans le syndrome de Sézary.
Les perspectives d’avenir résident, non pas
dans les traitements cytotoxiques de la cancérologie conventionnelle qui
ont, globalement, démontré leurs limites, mais dans les « immunointerventions
» visant à perturber les interactions entre les cellules
malignes et les cellules de l’environnement cutané.