Lésions élémentaires de la peau : sémiologie cutanée
Cours de dermatologie
Introduction
:
Le diagnostic en dermatologie repose, tout comme dans les autres
spécialités médicales, sur l’interrogatoire, l’examen physique et des
investigations complémentaires.
Toutefois, l’accessibilité immédiate
de la peau à l’inspection et à la palpation permet, plus qu’ailleurs,
de se fonder sur les seules données de l’examen physique pour
élaborer un diagnostic.
Celui-ci peut être facilement complété par
un examen histopathologique, permettant une démarche
anatomoclinique dans toutes les situations où le diagnostic ne
s’impose pas dès l’examen clinique.
Il ne faut pas pour autant sousestimer
le rôle de l’interrogatoire qui reste primordial pour poser
certains diagnostics ou pour déterminer les mécanismes de causalité
(dermatoses de contact...).
L’analyse de certains caractères d’une lésion, comme par exemple sa
forme, sa taille, sa surface ou sa couleur a permis d’individualiser
des « lésions élémentaires » qui sont les modes de réponse de la
peau aux différentes maladies et aux agressions qu’elle subit.
Toute
lésion cutanée résulte de l’association d’une ou de plusieurs de ces
lésions élémentaires.
Il s’agit des lésions les plus simples auxquelles
on peut ramener les diverses affections cutanées et à l’aide
desquelles on peut les décrire.
Pour être classée en lésion
élémentaire, la lésion doit pouvoir être individualisée assez
facilement sans être confondue avec une autre lésion.
L’association
de plusieurs lésions élémentaires peut réaliser de véritables
syndromes.
Ces lésions élémentaires constituent un « alphabet » que
le médecin doit apprendre à lire pour être capable de faire le
diagnostic d’une maladie qui touche la peau.
En pratique, les
mécanismes de raisonnement qui permettent de poser un diagnostic
à partir de l’analyse visuelle d’une lésion sont doubles :
– un mécanisme analogique, où le médecin reconnaît une maladie
qu’il a déjà observée ;
– un mécanisme analytique, où le médecin reconnaît une ou
plusieurs lésions élémentaires qui auront parfois une certaine
distribution et/ou configuration et/ou évolution et qui lui
permettront de formuler un ou plusieurs diagnostics, sans qu’il ait
nécessairement observé cette dermatose au préalable.
Très peu de publications récentes soulignent l’importance de
l’examen morphologique et de l’utilisation de termes descriptifs.
Parmi les ouvrages dermatologiques de référence, certains
n’accordent qu’une place limitée à la description des lésions
cutanées, alors que d’autres y consacrent un chapitre entier.
D’autres ouvrages, au contraire, sont consacrés au
diagnostic différentiel dermatologique à partir des lésions
élémentaires, sans que celles-ci y soient d’ailleurs nécessairement
bien définies.
La plupart proposent un examen de la peau en trois temps :
– distribution des lésions ;
– arrangement des lésions ;
– morphologie des lésions individuelles.
Il est habituel de débuter l’examen clinique en précisant la
distribution et l’arrangement des lésions avant de déterminer leur
morphologie.
En effet, une certaine distribution (exemple : photodistribution) ou un certain arrangement (exemple :
métamérique) des lésions peuvent suggérer un diagnostic,
indépendamment de la nature de la lésion élémentaire.
Pour les jeunes dermatologues et les non-spécialistes, une des
difficultés rencontrées dans l’apprentissage des lésions élémentaires
est l’absence de définition standardisée d’un pays à l’autre et parfois
même, à l’intérieur d’un pays, d’un ouvrage de dermatologie à
l’autre.
Une certaine confusion persiste malgré une tentative
consensuelle de la ligue internationale des sociétés dermatologiques.
Ce comité a surtout montré les différences de terminologie
importantes qui existaient entre les écoles dermatologiques latine,
anglo-saxonne et germanique pour des termes aussi élémentaires
que « papule » ou « plaque ».
Certains ouvrages distinguent les lésions élémentaires primaires,
qui apparaissent de novo, comme les macules, les papules ou les
bulles, des lésions secondaires, comme une ulcération, une croûte
ou une desquamation qui résultent de l’évolution des premières.
Dans d’autres ouvrages, cette distinction n’est pas faite.
De
même, l’importance des différents aspects de la palpation, comme la
consistance, la température, la mobilité, la sensibilité ou la
profondeur d’une lésion est parfois soulignée, alors qu’elle
n’est même pas mentionnée ailleurs.
Sams et Lynch insistent
sur l’importance de la couleur des lésions dans l’élaboration du
diagnostic différentiel.
Enfin, il faut garder à l’esprit que les lésions
élémentaires peuvent être évolutives.
Ainsi, dans l’urticaire, les
lésions élémentaires sont papuleuses, de distribution aléatoire,
groupées en figures polycycliques, d’évolution migratrice et fugace.
Dans la varicelle, les lésions élémentaires sont vésiculeuses, de
distribution cutanéomuqueuse, sans configuration remarquable,
évoluant vers l’ombilication et la formation de croûtes.
L’évolution
est soit intrinsèque à la lésion élémentaire (exemple : fugacité d’une
papule oedémateuse), soit la progression vers une lésion secondaire
(exemple : évolution vers la pustule ombiliquée et la croûte d’une
vésicule virale).
Nous proposons de classer les lésions élémentaires principalement
en fonction de deux critères :
– le caractère palpable ou non de la lésion ;
– la présence d’altération à la surface de la lésion.
D’autres éléments comme la consistance, la température ou la
sensibilité des lésions doivent également être appréciés au cours de
l’examen clinique.
Lésions primaires :
A - LÉSION NON PALPABLE : LA MACULE
Il s’agit d’une lésion visible mais non palpable.
Elle résulte d’une
modification localisée de la couleur de la peau sans altération visible
de sa surface.
Le comité international pour la nomenclature
dermatologique n’a pas défini la taille des macules, qui varie
habituellement entre 5 et 20 mm selon les ouvrages.
Une macule
peut résulter d’une anomalie siégeant exclusivement dans
l’épiderme (exemple : vitiligo, lentigine), dans le derme (exemple :
pétéchie, éruption morbilliforme), ou dans l’épiderme et le derme
(exemple : dyschromie postinflammatoire). Les macules sont classées
selon leur couleur et les effets de la vitropression.
Les macules dyschromiques peuvent être blanches (exemple : vitiligo),
pigmentaires (exemple : lentigo), bleu-gris (exemple : tache
mongolique) ou jaune (exemple : xanthome plan).
L’examen en
lumière de Wood accentue les modifications pigmentaires
épidermiques, alors que les macules dermiques restent inchangées.
Les macules rouges méritent une mention spéciale du fait de leurs
particularités sémiologiques et de leur fréquence.
Elles peuvent
résulter d’une vasodilatation active ou passive (exemple :
exanthème, cyanose) ou par accumulation sanguine intravasculaire
(exemple : angiome).
Elles disparaissent alors à la vitropression, par
opposition aux macules érythémateuses qui résultent de dépôts
extravasculaires et qui persistent à la vitropression.
L’érythème est une rougeur localisée ou diffuse de la peau, s’effaçant
à la vitropression, permanent ou paroxystique, parfois réticulé
(livedo), parfois bleuté (érythrocyanose).
La couleur varie du rose
pâle au rouge foncé. L’érythème diffus associe volontiers des lésions
planes et des lésions palpables (papules) réalisant ainsi, lorsqu’il est
d’apparition brutale, un exanthème maculopapuleux.
Lorsque
les lésions qui constituent l’exanthème sont des macules rouges qui
ont tendance à confluer tout en respectant des intervalles de peau
saine, on parle d’exanthème morbilliforme.
Lorsqu’il s’agit de lésions
de couleur rose bien individualisées mesurant en général moins de
2 cm, on parle de roséole.
Lorsqu’il s’agit d’une rougeur intense,
diffuse, qui conflue sans laisser d’intervalle de peau saine et qui
donne l’impression d’un granité à la palpation, on parle
d’exanthème scarlatiniforme.
Enfin, un érythème diffus, d’évolution
prolongée, grave, touchant plus de 90 % de la surface corporelle,
s’accompagnant d’emblée ou très rapidement d’une desquamation,
est appelé une érythrodermie.
La cyanose correspond à une modification de la couleur de la peau
réalisant une teinte bleu violacée, avec abaissement de la
température locale, touchant souvent les extrémités et les
muqueuses.
Certaines lésions rouges non palpables correspondent à une
dilatation permanente des petits vaisseaux du derme superficiel sous la forme petites lignes sinueuses de quelques millimètres se vidant
facilement à la vitropression : il s’agit de télangiectasies.
La poïkilodermie est définie par l’association d’une atrophie cutanée,
d’une pigmentation réticulée et de télangiectasies.
Une rougeur permanente, ne s’effaçant pas à la vitropression,
témoignant d’une hémorragie intracutanée est appelée purpura.
Le
purpura peut être circonscrit ou étendu et passer successivement
par différentes teintes allant du rouge au bleu, au vert, au jaune,
pour laisser persister à sa suite, de façon passagère ou durable, une
séquelle brune.
On appelle pétéchies des lésions purpuriques limitées
de petites dimensions ; vibices des stries linéaires purpuriques plus
ou moins larges et plus ou moins allongées ; ecchymoses des plaques
purpuriques étendues, à contours plus ou moins irréguliers,
comportant souvent des teintes variées.
Le purpura peut parfois être
palpable (papule purpurique).
Parfois, une lésion non palpable peut conserver une couleur normale
mais devenir visible du fait d’une transparence inhabituelle de la
peau, laissant apparaître les vaisseaux, devenant lisse et prenant un
aspect en « papier cigarette » : il s’agit alors d’une macule atrophique.
Pour certains auteurs, les lésions planes squameuses (exemple :
pityriasis versicolor) sont classées parmi les macules.
B - LÉSIONS PALPABLES :
Elles sont perceptibles lorsqu’on promène la pulpe des doigts
parallèlement à la surface des téguments en exerçant une pression
variable, alors même qu’elles sont parfois invisibles.
Dès lors qu’une
lésion est palpable, il faut déterminer si la lésion est palpable en soi
ou si elle est palpable du fait d’une altération de la surface cutanée
ou pour ces deux raisons.
Nous envisagerons d’abord les lésions dont le caractère palpable ne
résulte pas d’une altération de la surface de la peau.
Il existe
plusieurs types de lésions palpables que l’on distingue en fonction
de leur contenu (liquidien, solide), de leur taille et de leur
localisation cutanée (superficielle, profonde).
Les mécanismes qui
sont à l’origine de ces lésions peuvent être déterminés par l’examen histopathologique seulement : oedème, infiltration par des cellules
inflammatoires ou tumorales, substances de surcharge (amylose,
mucine…).
1- Lésions solides :
La papule est habituellement définie comme une lésion palpable de
petite taille, de contenu non liquidien.
Sa taille ne doit pas dépasser
10 mm dans la terminologie latine et 5 mm pour les anglo-saxons et
les allemands.
Il s’agit en général de lésions surélevées dépassant le
niveau de la peau adjacente. Vue d’en haut, une papule peut
être ronde, ovale, ombiliquée (petite dépression centrale) ou
polygonale.
Vue de profil, elle peut être plane, en « dôme », sessile,
pédiculée ou acuminée.
La surface peut être lisse, érosive, ulcérée
ou nécrotique, recouverte de squames, de croûtes ou de squamescroûtes.
Enfin, la distribution peut être folliculaire ou non.
Les papules par
prolifération ou dépôts épidermiques (exemple : verrue plane) ont
habituellement des limites nettes, alors que les papules dermiques
(exemple : granulome annulaire) sont moins bien limitées.
Les papules doivent être distinguées des autres lésions palpables
qui sont plus grandes (nodule, tumeur), enchassées dans le derme
(tubercule), situées plus profondément (nouure), de contenu
liquidien (vésicule, bulle) ou qui résultent principalement
d’altérations de la surface de la lésion (corne, kératose).
Ces
dernières peuvent également être dénommées papules kératosiques.
Le terme de plaque est parfois employé pour désigner des lésions en
relief plus étendues en surface qu’en hauteur et mesurant plus de
1 cm (exemple : syndrome de Sweet).
La lichénification consiste en un épaississement de la peau avec
exagération de ses sillons, qui rend apparent son quadrillage normal.
Dans les petits losanges ainsi dessinés se développent des papules
plus ou moins saillantes.
On note souvent une pigmentation brun
jaunâtre ou violine, de petites squames adhérentes et des
excoriations.
Elle résulte d’un prurit compliqué de grattages répétés.
Le tubercule est une lésion palpable intradermique sans ou avec peu
de relief.
Ces lésions sont souvent d’évolution chronique ou ont
tendance en régressant à laisser une cicatrice (exemple : lupus
tuberculeux).
Elles sont circonscrites et mobiles par rapport à
l’hypoderme.
Le nodule est une masse palpable, non liquidienne, mesurant plus
de 10 mm.
Généralement, on entend par nodule une lésion ronde
ou hémisphérique (exemple : dermatofibrome, xanthome tubéreux,
carcinome basocellulaire nodulaire).
Certains auteurs
appellent tout nodule dépassant 20 mm une tumeur.
Les tumeurs
ne possèdent en général pas de caractère inflammatoire et ont
tendance à croître.
Habituellement, les nodules sont de siège dermique et/ou
hypodermique.
La peau normale est mobile sur l’hypoderme.
Si on
peut faire glisser la peau sur le nodule, celui-ci est de siège
hypodermique.
Si, au contraire, celui-ci semble solidaire de la peau
en surface (il se mobilise en bloc avec elle), le nodule est de siège
dermique ou dermohypodermique.
Tout nodule de grande taille
(souvent plus de 5 cm), à extension hypodermique, est appelé nouure.
C’est la palpation profonde qui permet de déceler ces
lésions à leur début.
Il faut exercer une assez forte pression et, entre
le pouce et les doigts repliés en « crochet », saisir assez
profondément l’induration sous-cutanée pour en apprécier ses
caractéristiques : dimension, consistance, sensibilité,…
Les gommes
sont des productions hypodermiques qui se présentent à leur phase
de crudité comme une nouure, mais passent ensuite par une phase
de ramollissement débutant au centre de la gomme, pour aboutir à
l’ulcération avec issue d’un liquide (gommeux) bien particulier
(exemple : gomme syphilitique).
Les végétations sont des excroissances d’allure filiforme, digitée ou
lobulée, ramifiées en « chou-fleur », de consistance molle.
La surface
de la lésion est formée d’un épiderme aminci et rosé, ou est couverte
d’érosions suintantes et d’ulcérations (exemple : végétation
vénérienne, iodide).
Elles saignent facilement après un léger
traumatisme. Les verrucosités sont des végétations dont la surface
est recouverte d’un enduit cornée, hyperkératosique souvent
grisâtre, plus ou moins épais (exemple : verrue vulgaire, kératose
séborrhéique).
Un cordon est une lésion plus facilement palpable que visible et dont
la sensation lors de la palpation évoque une corde ou une ficelle.
Ces lésions sont linéaires et plus ou moins sinueuses. Leur taille est
très variable.
La reconnaissance aisée des ces cordons justifie qu’ils
soient classés parmi les lésions élémentaires.
On y trouve des lésions
aussi diverses que le cordon palpable d’une thrombose veineuse
superficielle ou d’une artérite temporale, ou encore le cordon
palpable au cours de la dermatite granulomateuse interstitielle.
Un sillon est un petit tunnel dans la peau qui héberge habituellement
un parasite.
Il s’agit souvent de lésions millimétriques à peine
visibles et/ou palpables.
Enfin, une sclérose cutanée est une anomalie de la
consistance de la peau avant tout palpable, de même que l’oedème.
2- Lésions de contenu liquidien
:
Il s’agit d’une lésion le plus souvent palpable qui soulève la peau en
formant une cavité qui contient un liquide.
Les lésions dont le
contenu est liquidien sont distinguées en fonction de leur taille et de
l’aspect du liquide.
Ainsi une lésion liquidienne, dont le liquide est
clair, mesurant moins de 3 mm est appelée vésicule, et elle est
appelée bulle lorsqu’elle dépasse 5 mm.
Pour distinguer les vésicules des petites papules dont le contenu est
solide, il est parfois nécessaire de perforer le toit de la vésicule avec
un vaccinostyle pour s’assurer du contenu liquidien.
Les vésicules
sont parfois évidentes, réalisant une lésion translucide qui peut être
arrondie (hémisphérique), conique (acuminée) ou avoir une
dépression centrale (ombiliquée).
Mais elles sont souvent fragiles et
passagères, pouvant se rompre en réalisant un suintement, des
érosions, des croûtes à bords arrondis, émiettés ou polycycliques.
Lorsqu’elles sont microscopiques, les vésicules peuvent réaliser des
aspects cliniques apparemment érythématosquameux ou papuleux.
On distingue les bulles sous-épidermiques, dont le toit est solide et
qui peuvent reposer sur une peau normale, érythémateuse ou urticarienne (exemple : pemphigoïde ou porphyrie cutanée tardive),
des bulles épidermiques, fragiles, souvent spontanément rompues, se
présentant alors comme une érosion bordée d’une collerette
(exemple : pemphigus).
Les bulles peuvent contenir un liquide clair, louche ou hémorragique.
En cas de lésion bulleuse très
superficielle, sous-cornée, la fragilité de la lésion est extrême,
expliquant la présentation habituelle postbulleuse arrondie et
squamocroûteuse (exemple : impétigo bulleux).
Lorsque le liquide contenu dans la lésion est d’emblée trouble ou
purulent, on parle de pustule.
Parmi les pustules, on distingue les lésions folliculaires, qui sont acuminées et centrées par un poil
(exemple : folliculite) des lésions non folliculaires, en général plus
planes et non acuminées.
Ce deuxième type de pustule est
en général de siège intraépidermique, très superficiel, sous-corné,
ne laissant parfois apparaître que des microérosions circulaires
(exemple : psoriasis pustuleux).
Parfois, la collection décante
au sein de l’élément pustuleux en formant un niveau ou hypopion
(exemple : pustulose sous-cornée de Sneddon-Wilkinson).
Altérations de la surface de la peau :
Une érosion est une perte de la partie superficielle de la peau
(l’épiderme) qui guérit sans laisser de cicatrice.
Il s’agit d’une lésion
humide, suintante, se recouvrant secondairement d’une croûte, et
dont le plancher est recouvert de multiples petits points rouges
(0,1 à 0,2 mm) correspondant aux papilles dermiques.
Le terme
d’excoriation est parfois employé pour désigner une érosion
secondaire à un traumatisme, le plus souvent le grattage.
Une fissure
est une érosion linéaire.
Une ulcération est une perte de substance
cutanée plus profonde qui touche l’épiderme et le derme et qui, si
elle guérit, laissera une cicatrice.
Les papilles dermiques ne sont plus
visibles et l’ulcération peut se recouvrir d’un enduit fibrineux, d’une
croûte sérosanglante (une ulcération peut saigner) ou d’une plaque
noire (nécrose).
La différence entre ces deux lésions repose donc sur
la profondeur de la perte de substance.
Un ulcère est une perte de
substance chronique sans tendance à la guérison spontanée.
Les
ulcérations aux points de pression réalisent les escarres.
Une fistule
est un pertuis cutané, de profondeur variable, qui correspond à une
communication anormale d’une structure profonde à la surface de
la peau.
La fistule laisse souvent sourdre un liquide clair, louche ou
purulent.
Les squames se définissent comme des lamelles de cellules cornées à
la surface de la peau.
Elles sont peu adhérentes et se détachent
facilement.
Elles sont spontanément visibles ou apparaissent après
un grattage à l’aide d’une curette à bord mousse.
Il est aussi possible
de frotter la peau à l’aide d’un morceau de tissu noir ce qui les rend
apparents.
Il est classique de distinguer :
– des squames scarlatiniformes : squames en grands lambeaux
traduisant une production cornée brutale, intense et transitoire.
Elle
est typique au cours de la scarlatine, du syndrome de Kawasaki, du
syndrome du choc toxique, de certaines toxidermies et en fin
d’évolution de nombreux exanthèmes ;
– des squames en « collerette » : squames fines, adhérentes au centre
mais non en périphérie, recouvrant une lésion inflammatoire
(exemple : pityriasis rosé de Gibert) ;
– des squames pityriasiformes : petites squames fines, peu adhérentes,
blanchâtres et farineuses.
Elles sont typiques du pityriasis capitis
(pellicules du cuir chevelu), mais elles peuvent se voir dans la
plupart des dermatoses érythématosquameuses communes ;
– des squames ichtyosiformes : grandes squames polygonales comme
des écailles de poisson.
Les éléments squameux se détachent
habituellement d’un tégument très sec ;
– des squames psoriasiformes : squames blanches, brillantes,
lamellaires, argentées, larges et nombreuses.
Elles correspondent à
une parakératose sur le plan histologique et sont caractéristiques du
psoriasis.
Une kératose se définit comme un épaississement corné plus large
qu’épais.
Elle se caractérise sur le plan clinique par des lésions
circonscrites ou diffuses très adhérentes et dures à la palpation.
La
sensation à la palpation est tout à fait particulière, car la kératose
donne à la peau une impression de dureté rigide qui s’avère
irréductible à la pression du doigt.
Au frottement s’ajoute une
impression de rugosité.
L’exploration à la curette confirme
l’impression de dureté ; c’est tout juste si l’on parvient à détacher
quelques squames.
Une corne est une kératose plus épaisse ou plus haute que large.
Une croûte est un dessèchement superficiel d’un exsudat, d’une
sécrétion, d’une nécrose ou d’une hémorragie cutanée.
Elle donne
lieu à une sensation de rugosité à la palpation.
Elle adhère plus ou
moins aux lésions qu’elle recouvre, mais contrairement aux
kératoses, elle peut toujours être détachée à la curette.
Il faut
toujours faire tomber la croûte pour examiner la lésion qu’elle
recouvre (ulcération, tumeur…).
La gangrène et la nécrose désignent une portion de tissu cutanée non
viable qui tend à s’éliminer.
Elles se caractérisent par une perte de la
sensibilité selon tous les modes, un refroidissement puis,
secondairement, une coloration noire et la formation d’un sillon
d’élimination entre les tissus nécrosés et les tissus sains.
La description précise des altérations de la surface d’une lésion
permet de prévoir une partie des modifications histologiques sousjacentes.
Ces altérations indiquent ce qui se passe dans l’épiderme
et dans la couche cornée.
Une surface cutanée normale signe
l’absence de lésions épidermiques (en dehors des anomalies de la
pigmentation), traduisant que le processus pathologique a lieu dans
le derme et/ou l’hypoderme.
Modifications de la consistance
de la peau :
Enfin, certaines lésions sont essentiellement dues à une modification
de la consistance de la peau qui devient trop ou pas assez souple.
Ces lésions sont surtout apparentes à la palpation.
L’atrophie cutanée
se définit par la diminution ou la disparition de tout ou partie des
éléments constitutifs de la peau (épiderme, derme, hypoderme ou
deux, voire trois compartiments).
Elle se présente comme un
amincissement du tégument qui se ride au pincement superficiel,
perdant son élasticité, son relief et prenant un aspect lisse et nacré.
Les vaisseaux dermiques sont souvent visibles.
L’atrophie de
l’hypoderme provoque une dépression visible sur la surface cutanée.
L’altération ou la disparition du tissu élastique entraîne une perte
de l’élasticité de la peau.
La peau devient alors lâche et ne retrouve
plus son aspect initial après un pincement, mais garde la marque
qu’on lui a imprégné.
Il se forme des ridules, des rides, voire un
authentique cutis laxa (relâchement de la peau qui pend et qui ne
revient pas sur elle quand on l’étire).
Toutes ces lésions
correspondent à des plis cutanés permanents dans une topographie
où la peau n’est habituellement pas constamment plissée.
Parfois,
c’est seulement au palper qu’on peut détecter l’atrophie.
Ainsi, la
palpation de l’anétodermie donne au doigt la sensation de pénétrer
dans une véritable dépression, alors qu’à l’inspection la peau, à cet
endroit, semble au contraire faire saillie.
La sclérose est une augmentation de consistance des éléments
constitutifs du derme et parfois de l’hypoderme, rendant le
glissement des téguments plus difficile.
Le tégument est induré et
perd sa souplesse normale.
L’atrophie s’associe souvent à une
sclérose cutanée pour donner lieu à un état scléroatrophique.
Les
cicatrices peuvent ainsi être atrophiques, scléroatrophiques ou au
contraire hypertrophiques.
Autres signes :
La reconnaissance des lésions élémentaires nécessite une inspection
attentive, aidée d’une palpation. Quelques moyens simples
permettent d’affiner le diagnostic et de progresser plus vite dans le
diagnostic différentiel.
La vitropression consiste à appliquer fermement un objet transparent
(verre ou plastique) contre la lésion cutanée, permettant ainsi de la
« vider » de son sang (la pression exercée chassant le sang des
vaisseaux superficiels).
Les érythèmes vasoactifs sont ainsi blanchis
puisqu’ils résultent exclusivement d’une vasodilatation.
Cette
technique permet également de voir la véritable couleur de certaines
lésions très vascularisées, dont la couleur reste souvent cachée par
la teinte rouge vive de l’hémoglobine (exemple : nævus de Spitz,
généralement rouge et dont la teinte brune apparaît seulement après vitropression). Parfois, la vitropression de certaines lésions laisse
apparaître une couleur jaune brun ; ces lésions sont dites « lupoïdes
» (exemple : lupus tuberculeux, sarcoïdose...).
L’examen en lumière de Wood consiste à examiner en lumière
« ultraviolette » (k400 nm) la peau à l’obscurité.
La pigmentation
cutanée est exagérée, accentuant ainsi le contraste entre la peau
normale et des zones dépigmentées (exemple : vitiligo, leucodermies
chimiques, piébaldisme).
Cette technique peut être utilisée pour une
recherche rapide de porphyrines dans les urines, qui apparaissent
roses après acidification en lumière de Wood.
Enfin, l’examen en
lumière de Wood fait apparaître une fluorescence caractéristique
dans plusieurs dermatoses infectieuses : fluorescence rouge corail
dans l’érythrasma, fluorescence verte dans les dermatophytoses à
Microsporum et le favus, fluorescence jaune-vert dans les infections
à Pseudomonas.
L’application d’une solution de tétracycline ou de
fluorescéine suivie d’un examen en lumière de Wood permet une
recherche des sillons en cas de suspicion de gale.
L’application de certaines substances sur la peau permet parfois
d’obtenir des renseignements utiles :
– l’application d’une goutte d’huile remplace l’air entre les squames
et modifie les propriétés de réfraction de la kératine.
Ceci est
particulièrement intéressant pour chercher les stries de Wickham du
lichen ;
– l’application d’encre de Chine suivie d’un lavage permet la
recherche de sillons scabieux sans avoir recours à la lumière de
Wood.
La palpation linéaire ferme à l’aide d’une pointe mousse permet de
rechercher un dermographisme.
La friction de certaines lésions
provoque une réaction urticarienne, appelée signe de Darier,
caractéristique des mastocytoses.
Une traction de la peau normale et/ou péribulleuse permet parfois
de provoquer un décollement cutané : ce signe de Nikolsky se
produit dans les maladies bulleuses intraépidermique, dans la
nécrolyse épidermique toxique (syndrome de Lyell) et dans certaines
maladies bulleuses jonctionnelles (épidermolyse bulleuse acquise).
Une bulle qui s’étend alors que l’on exerce une pression verticale
sur son sommet est un équivalent de ce signe.
Une pression verticale permet aussi de rechercher la dépressibilité
d’un oedème (signe du « godet »), d’apprécier un temps de
recoloration capillaire (le temps qu’il faut pour obtenir une couleur
normale, rose, de la peau après blanchiment par la pression), de
rechercher des altérations du derme dans certaines lésions, comme
dans les neurofibromes ou les anétodermies qui sont dépressibles.
Le pincement de la peau permet, l’épiderme et derme étant mobiles
sur l’hypoderme, de localiser les lésions sous-cutanées au-dessus desquelles la peau se laisse normalement plisser.
Les nodules
intradermiques, comme les dermatofibromes, peuvent également
être localisés ainsi car le plissement de la peau entraîne la formation
de fossettes au-dessus des lésions.
Enfin, le pincement permet
parfois l’extrusion d’un matériel blanc, visqueux, par les orifices
pilaires (exemple : le signe de Kreibich de la mucinose folliculaire).
Le grattage, par l’ongle ou à l’aide d’une curette mousse (de Brocq),
de certaines lésions permet de faire apparaître la desquamation
caractéristique du psoriasis (signes de la « bougie » et de la « rosée
sanglante ») ou de provoquer un purpura linéaire (exemple :
amylose).
L’examen à la loupe dermatologique de 10 d permet d’affiner
l’inspection et de mieux reconnaître les altérations de la surface des
lésions.
La dermatoscopie pour l’examen des lésions en immersion et épiillumination,
permet, après application d’une goutte d’huile, de
réaliser une inspection au travers de la couche cornée qui devient
transparente.
Elle est surtout intéressante pour l’étude des lésions
pigmentées, car elle permet une analyse du réseau pigmentaire
épidermique.
Le prurit est le seul signe fonctionnel spécifique de la peau.
C’est
une sensation qui provoque le besoin de se gratter.
Il peut être
localisé (exemple : cuir chevelu), régional (exemple : un membre) ou
diffus.
Sa chronologie et ses circonstances d’apparition doivent être
précisées : diurne, nocturne, à l’effort, à l’eau...
Son intensité rend
compte de la gêne entraînée et on peut distinguer trois niveaux :
– intermittent, tolérable... ;
– permanent, durable mais résistible, surtout diurne... ;
– incoercible, irrésistible, insomniant...
Un prurit peut être lésionnel, entraînant alors des signes sur la peau
comme par exemple les nodules du prurigo.
Des lésions de grattage
non spécifiques sont fréquentes : érosions linéaires, papules
excoriées, lichénification, pigmentation...
Il peut aussi s’intégrer dans
une dermatose prurigineuse et accompagner des lésions
dermatologiques plus spécifiques, qu’il faut toujours rechercher.
Parfois elles sont évidentes comme dans l’urticaire, mais parfois elles
peuvent être discrètes comme les sillons scabieux.
Le prurit est dit
sine materia en l’absence de toute lésion dermatologique
élémentaire.