Imagerie médullorachidienne
(Suite)
Cours de Neurologie
Principales pathologies
:
A - PATHOLOGIE DU RACHIS OSSEUX ET DES DISQUES :
1-
Traumatismes
:
* Considérations techniques et conduite de l’examen
:
Les patients avec un traumatisme rachidien aigu sont souvent des
patients polytraumatisés.
Ils peuvent nécessiter une assistance
ventilatoire ou hémodynamique, donc un matériel de réanimation
adapté à l’environnement magnétique.
L’IRM est le seul examen
d’imagerie permettant de réaliser un bilan des lésions médullaires
et rachidiennes (moelle épinière, espaces périmédullaires, disques,
vertébres et articulations) au cours d’une même investigation.
* Lésions rachidiennes
:
Les lésions osseuses, en particulier les fractures, se manifestent par
la perte de l’hypersignal normal de la moelle osseuse vertébrale en
séquences pondérées en T1 et d’une augmentation du signal en
séquences pT2 ; ces modifications du signal sont dues à la présence d’un oedème osseux succédant à la phase fracturaire aiguë.
Les
coupes sagittales et axiales permettent d’évaluer le déplacement des
fragments osseux au contact de la moelle, les lésions discales
consécutives aux luxations ou subluxations intervertébrales et le
rétrécissement des espaces subarachnoïdiens.
Cependant, l’IRM est
moins performante que la scanographie dans la détection des
fractures intéressant l’arc postérieur et surtout dans l’analyse précise
du trait.
* Lésions des parties molles :
Les traumatismes vertébraux s’accompagnent souvent de lésions des
parties molles et des ligaments : en effet les ligaments postérieurs
(interépineux, interlamaires) de la colonne vertébrale présentent un
hypersignal en séquences pondérées en T2.
Les ruptures
ligamentaires se manifestent par une rupture de la ligne bordante
en hyposignal en séquences pT1.
De la même façon, les hématomes
musculaires et les hémorragies périligamentaires sont bien visibles
en séquences pondérées en T1 et en T2.
Dans le même ordre d’idée,
l’IRM reste le meilleur examen pour évaluer la présence d’un
hématome épidural traumatique associé ou non à des lésions intradurales.
À distance du traumatisme, les avulsions radiculaires sont explorées
par l’IRM et par la scanographie ; ces investigations sont centrées
par les constatations cliniques et surtout par le bilan électrophysiologique ; ce dernier permet de centrer les investigations
sur les nerfs spinaux encore intacts et sur les nerfs atteints (recherche
de pseudoméningocèles).
* Lésions médullaires (spinales) :
Les lésions médullaires résultent d’une contusion, d’une transsection
ou d’une sidération médullaire.
L’IRM constitue la seule méthode
non invasive d’exploration de ces lésions traumatiques.
Les lésions aiguës ou subaiguës se présentent sous la forme d’un
oedème médullaire associé ou non à des hémorragies.
En séquences
pT1, la moelle présente un calibre augmenté de volume avec une
discrète perte de signal.
En phase aiguë (avant 48 heures), les
hémorragies ne sont pas toujours bien visibles au sein de la moelle car il ne s’agit que très rarement d’un hématome collecté mais plutôt
d’un semis de pétéchies dispersées dans la moelle.
En séquences
pT2, l’oedème apparaît sous la forme d’un hypersignal plus ou
moins étendu, maximal au niveau de la contusion, mais pouvant
s’étendre au-dessus et en dessous de la lésion souvent sur une
hauteur de plusieurs vertèbres.
Les microlésions
hémorragiques associées sont souvent mieux visibles à la phase
suraiguë en séquences pT2.
Les lésions séquellaires sont regroupées sous le terme de
« myélopathies progressives post-traumatiques » ; en effet, elles
recouvrent l’ensemble des signes neurologiques survenant à distance
du traumatisme médullaire.
Ce syndrome clinique est souvent dû à
une myélomalacie ou une syringomyélie post-traumatique.
Il paraît
important de séparer ces deux lésions en raison des possibilités de
traitement des cavités syringomyéliques post-traumatiques.
La
syringomyélie est retrouvée chez 3 % des patients qui ont présenté
un traumatisme médullaire hémorragique.
Les kystes posttraumatiques
intramédullaires peuvent se développer à distance du
lieu du traumatisme initial.
Ces lésions kystiques de myélomalacie
ou syringomyéliques se manifestent, en séquences pT1, par des
lésions au contour relativement régulier, en hyposignal en regard de
la lésion de contusion.
En séquences pT2, ces lésions apparaissent
en hypersignal par rapport au tissu médullaire.
Le signal de ces
cavités devient très proche de celui du liquide cérébrospinal au fur
et à mesure que l’on s’éloigne de la date du traumatisme.
* En conclusion
:
Le rôle de l’IRM dans l’évaluation des traumatismes médullaires est
considérable.
Cependant, si le bilan se précise, la systématisation de
l’atteinte de certaines voies nerveuses est encore très imparfaite.
La
physiopathologie des lésions est mieux comprise mais la
thérapeutique reste encore en retrait.
On peut conclure que les
lésions osseuses sont mieux visibles par un bilan scanographique
alors que les lésions des parties molles et de la moelle le sont mieux
grâce à l’IRM.
Une des indications primordiales se place donc à la
phase aiguë du traumatisme, quand il existe un déficit neurologique
médullaire, et en l’absence de toute lésion ostéoligamentaire
évidente.
2- Pathologie tumorale rachidienne :
Pour la pathologie tumorale rachidienne, l’IRM complète de façon
performante les renseignements du bilan radiographique, de la
scintigraphie osseuse et du scanner.
Les coupes frontales et sagittales
permettent d’explorer plus largement un segment rachidien et
l’injection de gadolinium sensibilise le dépistage des lésions.
La recherche de lésions rachidiennes métastatiques multiples et de
leur extension aux parties molles est ainsi nettement facilitée.
* Moelle osseuse normale :
L’IRM est l’examen clé pour l’analyse de la moelle osseuse qui
compte deux types différents :
– la moelle rouge ou active qui produit les cellules
hématopoïétiques et comporte 40 % de graisse, 40 % d’eau et 20 %
de protéines.
En IRM, elle présente un signal intermédiaire en T1 et
un hypersignal en T2 ;
– la moelle jaune qui comporte 80 % de graisse, 15 % d’eau et 5 %
de protéines et qui apparaît en IRM sous la forme d’un hypersignal
T1 de type graisseux et d’un signal intermédiaire en T2.
Les
séquences avec saturation de la graisse annulent totalement son
signal.
Dès la naissance, la moelle active va progressivement se convertir
en moelle jaune, pour ne subsister secondairement chez l’adulte
jeune qu’au niveau du squelette axial et de la métaphyse proximale
des os longs.
Il faut bien connaître ces variations physiologiques du signal de la
moelle et ne pas les confondre avec une infiltration tumorale
rachidienne liée à une hémopathie.
* IRM et myélome :
La prolifération plasmocytaire qui caractérise le myélome multiple
atteint préférentiellement la moelle hématopoïétique pour se
compliquer ensuite d’ostéolyse.
L’infiltration tumorale apparaît
typiquement en hyposignal T1, se rehaussant fortement après
injection de gadolinium et en hypersignal T2 (l’examen peut
cependant être normal...).
Grâce à l’IRM, on peut détecter
précocement les lésions, évaluer précisément la masse tumorale
(classification de Durie et Salmon), rechercher des complications
(compression médullaire) et déterminer la réponse au traitement en
surveillant l’activité des lésions.
* Sémiologie IRM des autres tumeurs :
L’IRM peut permettre d’identifier les composants tissulaires d’un
processus tumoral rachidien :
– la graisse des lipomes, des hémangiomes vertébraux, de la
maladie de Paget qui présente un hypersignal en pondération T1,
un hypersignal décroissant en pondération T2 ;
– les liquides des kystes osseux essentiels ou anévrismaux, des
tumeurs à cellules géantes « kystisées », ou de l’aspect
pseudoliquidien lobulé dans les tumeurs cartilagineuses.
Ces lésions
présentent un hyposignal en pondération T1 et un hypersignal en
pondération T2 ;
– certaines tumeurs prennent un aspect très évocateur comme la
dysplasie fibreuse, en hyposignal T1 et T2, les tumeurs vasculaires
en hyposignal T1, avec un signal très variable en fonction du flux en
pondération T2.
Dans ce secteur de la pathologie rachidienne, l’IRM vient compléter
de façon très performante les renseignements de la scanographie et
du bilan radiologique standard.
Le bilan rachidien s’effectue
essentiellement à l’aide de coupes sagittales et frontales et apparaît
très largement sensibilisé par l’injection de gadolinium.
C’est l’analyse de la morphologie des vertèbres qui permet
d’apporter des arguments en faveur d’une nature bénigne ou
maligne des lésions tumorales osseuses.
Les renseignements sont surtout topographiques : dans toutes les
tumeurs bénignes et surtout malignes, l’IRM est une méthode idéale
d’appréciation de l’extension tumorale vers les espaces paravertébraux antérieurs, latéraux et surtout postérieurs.
L’IRM
précise la distribution des lésions métastatiques vertébrales en
complément de la scintigraphie.
B - PATHOLOGIE DES ARTICULATIONS
ZYGAPOPHYSAIRES :
Actuellement, le bilan par résonance magnétique n’est pas
envisageable dans l’étude de la pathologie des processus articulaires
postérieurs. Les ostéophytes sont nettement moins bien explorés que
par le bilan scanographique.
Seuls les kystes synoviaux échappent à
ces faibles performances de l’IRM ; elle montre le contenu en hypersignal du kyste en pondération T2.
C - CANAUX ÉTROITS :
Deux situations apparaissent selon que la sténose canalaire est
latéralisée (générant des radiculalgies) ou globale (pouvant être
responsable d’une myélopathie cervicale).
1- Au niveau cervical
:
* Canal globalement étroit
:
Comme nous l’avons vu dans le chapitre sur la scanographie, il peut
être constitutionnel par brièveté pédiculaire et dysplasie de l’arc
postérieur.
L’IRM en séquences sagittales pondérées en T1 et T2
permet de montrer l’amincissement ou la disparition des espaces
liquidiens pré- et rétromédullaires tout le long de la moelle cervicale
jusqu’à la jonction cervicothoracique.
La séquence pondérée en T2 permet en outre de découvrir les lésions de myélomalacie focalisée :
elles sont caractérisées par un hypersignal en séquences T2 alors
qu’elles sont le plus souvent méconnues en séquences pT1.
Les
coupes axiales permettent de localiser avec précision la topographie
(axe gris, cordons) des lésions.
Le canal étroit dégénératif est beaucoup plus fréquent ; il
survient souvent en aggravant une sténose constitutionnelle.
S’y
ajoutent souvent une hypertrophie des massifs articulaires
postérieurs, une plicature des ligaments interlamaires (souvent au
contact de la moelle par l’arrière), une ostéophytose des corps
vertébraux et des processus uncinés avec une dégénérescence
discale.
Le bilan par résonance magnétique montre alors une indentation
des espaces subarachnoïdiens pré- et rétromédullaires.
* Sténoses latéralisées
:
Elles correspondent à une compression des racines dans les
foramens intervertébraux.
Elles sont surtout liées à une hypertrophie
des massifs articulaires (postérieurs et unciformes) par une ostéophytose.
L’IRM est encore insuffisante pour visualiser de façon
reproductible la compression radiculaire à son émergence durale ou
dans son trajet subarachnoïdien.
En revanche, le nerf spinal cervical
est bien visible au sein du canal de conjugaison, surtout en coupes
axiales et après injection de gadolinium.
La scanographie garde donc
des indications dans ce chapitre de la pathologie.
2- Au niveau lombaire
:
* Sténose globale :
Les lésions dégénératives sont beaucoup plus fréquentes.
Elles
décompensent assez souvent un canal étroit constitutionnel. Les
caractéristiques IRM sont identiques à celles observées au niveau de
la colonne cervicale.
L’IRM en coupes sagittales permet de montrer
le ou les niveaux de sténose maximale.
Dans ce cas particulier, l’IRM a l’inconvénient actuel de ne pouvoir
étudier le patient que dans une position bien précise, et l’on sait
l’intérêt d’étudier le patient dans des positions différentes (en
cyphose, debout) pour mieux apprécier certains types de
compression.
Cela peut laisser une place, comme nous le verrons, à
la saccoradiculographie.
Certains appareillages permettent
maintenant de réaliser des acquisitions en position assise.
* Rétrécissement latéral :
Le rétrécissement du récessus latéral peut résulter de facteurs
congénitaux (brièveté pédiculaire, développement sagittal des
articulaires postérieures), mais surtout de facteurs dégénératifs.
L’IRM, par des coupes sagittales foraminales, permet d’apprécier les
éléments expliquant la sténose foraminale (hypertrophie du
processus articulaire postérieur et ostéophytose du corps vertébral).
C’est ainsi que la disparition de la graisse qui engaine la racine
lombaire constitue un excellent signe pour apprécier la compression
radiculaire.
Mais l’IRM reste très insuffisante pour apprécier la
compression de la racine dans son trajet intradural et ce malgré les
séquences pT2.
L’IRM permet en outre de dépister les complications
postopératoires précoces comme le saignement subarachnoïdien et
subdural.
D - PATHOLOGIE DISCALE :
1- Dégénérescence et involution discale
:
Le disque intervertébral de l’homme jeune apparaît sur les coupes
sagittales et frontales en iso-, voire discret hypersignal, en séquences
pT1 et en hypersignal en T2.
L’IRM constitue naturellement une
excellente méthode pour apprécier l’état d’hydratation de ce disque
mais la plus grande partie des conclusions restent morphologiques.
À l’âge de 50 ans, 85 à 95 % des adultes présentent des signes de
discopathie dégénérative.
Il faut savoir qu’il n’existe qu’une très
modeste corrélation entre les lésions de dégénérescence mises en
évidence par l’imagerie et la symptomatologie clinique.
Le processus de vieillissement discal se manifeste par une
diminution de la teneur en collagène de type 1 (collagène
hydrophile) et une propension plus importante au collagène de type II.
La déshydratation est plus marquée au niveau du nucleus pulposus qu’au niveau de l’annulus.
À ces lésions de
dégénérescence discale s’ajoute une diminution de la hauteur du
disque, donc un mauvais alignement des facettes articulaires
postérieures.
Les contraintes biomécaniques sur l’articulation
postérieure s’accroissent, induisant une instabilité et une laxité
articulaire plus importante ; cette mauvaise répartition des forces
provoque une hypertrophie des ligaments jaunes qui accentue les
sténoses lombaires.
La dégénérescence discale se manifeste en séquence pT1 par un hyposignal dans la partie centrale du disque.
Un aspect similaire est
noté en T2 mais cette fois avec une périphérie en hypersignal.
Le vide intradiscal ou les calcifications se présentent en séquences
pT1 comme des lésions sans signal, et plus difficilement détectables
qu’en scanographie et par les radiographies standards.
2- Hernies discales
:
* Généralités :
Les lésions de fissuration horizontale de l’annulus sont marquées
par des bandes horizontales en hyposignal.
La hernie discale se
manifeste par la présence d’un tissu hydraté (en isosignal en
séquence pT1) ayant franchi le plan du mur postérieur et refoulant
ou interrompant le ligament longitudinal postérieur.
L’IRM deviend la modalité diagnostique de première intention dans
le bilan des hernies discales.
Elle n’intervient aujourd’hui que dans
le cadre de discordance radioclinique ou dans le cas de difficultés
diagnostiques propres à un bilan scanographique bien conduit.
* Hernies cervicales
:
Les hernies molles pures sont facilement mises en évidence par des
coupes sagittales pondérées en T1 et T2 complétées le cas échéant
par des coupes axiales parallèles au plan discal.
Les compressions
radiculaires sont mieux visibles dans cette incidence où elles
présentent une sémiologie très voisine de celle de la scanographie.
L’IRM prend toute sa valeur dans l’étude, en particulier par le plan
sagittal, de plusieurs lésions discales superposées ou des
explorations difficiles des disques de la charnière cervicothoracique.
Il est inutile de rappeler la grande supériorité de l’IRM en cas de
souffrance médullaire.
* Hernies thoraciques :
C’est au niveau thoracique que l’IRM permet de diagnostiquer de
façon plus facile les compressions médullaires d’origine discale.
En
coupes sagittales, la résonance magnétique montre un refoulement
du ligament longitudinal commun postérieur et de la partie
antérieure du fourreau dural, avec l’éventuelle compression du
cordon médullaire car ces hernies sont souvent d’un certain volume.
Il est possible d’améliorer les performances de l’IRM en injectant du
gadolinium intraveineux.
Ceci accroît le contraste naturel de la duremère
et des ligaments longitudinaux et elle révèle les espaces
veineux épiduraux et la veine basivertébrale ; elle élimine
formellement une pathologie tumorale de type méningiome.
* Hernies lombaires :
La hernie discale présente une sémiologie tout à fait comparable à
celle des coupes scanographiques.
Le refoulement de la racine est
particulièrement bien apprécié en coupes axiales et en coupes
sagittales.
Les coupes obliques passant par le grand axe du foramen
de conjugaison et suivant la racine dans son trajet intradural et à
son émergence permettent de montrer la compression radiculaire.
La rupture du ligament longitudinal postérieur apparaît de
diagnostic plus facile qu’en scanographie, mais en fait, si elle est
évidente dans certains cas, cette rupture ne peut être totalement
infirmée devant un ligament apparemment intact.
* Aspects post-thérapeutiques
:
– Après intervention chirurgicale, l’IRM permet maintenant de
mettre en évidence le tissu de réparation dans les espaces créés par
le curetage discal.
En coupes sagittales puis axiales avant et après
injection de contraste (les coupes étant faites de façon immédiate
après l’injection), l’annulus postérieur prend le contraste dans 80 %
et le nucleus dans 20 %.
Par son excellente résolution en contraste,
l’IRM permet dans la plupart des cas de faire la part entre une prise
de contraste d’origine cicatricielle (épidurale ou intradiscale) et une
récidive de hernie discale dont le signal est peu modifié.
– Après nucléolyse, il y a une dégénérescence discale et surtout une
déshydratation. Le disque diminue en hauteur.
Il y a un hyposignal
à la fois en séquences pondérées en T1 et en T2.
Ceci résulte de la
transformation fibreuse du nucleus.
– Cas particuliers : les lésions arachnoïdiennes cicatricielles sont
plus rares ; elles sont patentes lorsqu’on observe un aspect
« agglutiné » des racines de la queue de cheval sur une ou deux
coupes (qu’elles soient sagittales, frontales ou axiales), voire une
prise de contraste périnerveuse.
Au niveau cervical, il existe de nombreuses modifications de
l’intensité du signal dans le greffon osseux et également au niveau
des corps vertébraux adjacents.
Ceci n’est en aucune façon
synonyme de processus évolutif, mais surtout de remaniements osseux consécutifs à la répartition des forces biomécaniques (effet
du bloc vertébral) et du changement de composition de la moelle
osseuse.
En période postopératoire, il faut rechercher une hernie
discale sus- ou sous-jacente à l’espace opéré et greffé.
E - LÉSIONS INFECTIEUSES :
Les lésions de discite et de spondylodiscite sont, soit hématogènes
(et sont primitivement des lésions de spondylite infectieuse), soit
iatrogènes (et les lésions sont alors primitivement discales).
En
séquences pT1, les lésions infectieuses initiales confinées au disque
se manifestent essentiellement par un hyposignal relativement franc
et homogène du disque associé à un hypersignal important en T2
avec une prise de contraste après injection de gadolinium.
À ce
stade, le diagnostic ne peut être réalisé que par une ponction discale.
Lorsque l’infection a franchi les plateaux vertébraux ou s’il existe
une extension aux parties molles périvertébrales et dans l’espace
épidural, les lésions sont alors plus évidentes.
Le signal de la moelle
osseuse est modifié en isosignal, interrompant la corticale des
plateaux vertébraux.
La prise de contraste de cette collection est de
règle, en envahissant l’espace épidural en arrière, ce qui permet le
diagnostic.
L’extension précise des phénomènes infectieux dans le corps
vertébral est difficile à déterminer : il se produit un oedème de la
moelle osseuse qui donne des modifications de signal en résonance
identiques aux phénomènes infectieux.
L’injection de produit de
contraste, si elle est très efficace et souhaitable pour l’appréciation
des extensions aux parties molles, transforme l’extension osseuse en
un signal iso-intense à la partie intacte de la vertèbre. Leur
sémiologie par rapport aux lésions dégénératives érosives est
maintenant bien établie.
F - LÉSIONS MALFORMATIVES :
L’IRM permet un bilan précis des malformations médullaires et
rachidiennes, tout particulièrement celles de la charnière cervicooccipitale
et de la charnière lombosacrée.
La supériorité de l’IRM est
de montrer sur les mêmes coupes les malformations nerveuses
associées.
En cas de malformations osseuses isolées, la scanographie (en
reconstruction multiplanaire et 3D) est plus performante.
G - PATHOLOGIE D’ORIGINE INTRACANALAIRE :
Actuellement, l’IRM constitue l’examen de choix, voire l’examen
unique pour l’exploration des lésions intracanalaires compte tenu
de son approche anatomique multiplanaire et de son caractère non
invasif.
Le gadolinium est injecté pour le bilan de toutes les
affections de cette zone, particulièrement les lésions tumorales.
1- Lésions médullaires
:
* Généralités techniques :
Deux séquences d’imagerie doivent être systématiquement réalisées :
une séquence pT1 dans deux plans perpendiculaires (avec injection
de gadolinium), qui amène une certitude topographique sur la
nature intramédullaire de la lésion, et une séquence pT2 afin de
préciser les zones de souffrance et parfois d’approcher la nature de
la lésion médullaire.
* Tumeurs médullaires :
+ Généralités
:
Une tumeur médullaire se manifeste par une déformation de la
moelle, un changement du signal du tissu médullaire par rapport
aux zones normales.
Mais les phénomènes d’accompagnement
comme les infiltrations tumorales et l’oedème sont difficilement
dissociables car ils présentent les mêmes modifications de signal au
sein de la moelle.
+ Diagnostic de nature :
Son approche est souvent difficile si l’on s’appuie exclusivement sur
la modification du signal IRM, sauf les lésions hémorragiques ou graisseuses qui sont caractéristiques.
L’injection de gadolinium en
cas de lésion kystique montre la partie solide de la tumeur.
Le diagnostic présumé de nature est, le plus souvent, posé
sur des arguments cliniques : âge, sexe, niveau lésionnel et sur des
arguments morphologiques : extension et caractère kystique de la
tumeur.
– Lésions isolées.
L’épendymome est la plus fréquente parmi les tumeurs médullaires
et atteint la femme (prédominance très faible) de 30 à 60 ans.
Ces épendymomes représentent 60 % des tumeurs gliales intramédullaires
et 90 % des tumeurs de la queue de cheval et du cône
médullaire.
Leur signal est habituellement proche de celui de la
moelle en T1 et en hypersignal en T2.
Elle présente en outre une
composante kystique dans 50 % des cas et des plages hémorragiques
(hyposignal T2).
Ces tumeurs ont une croissance lente (jusqu’à
provoquer un scalloping vertébral) et sont habituellement bien
circonscrites.
Elles élargissent la moelle épinière de manière
importante et s’étendent entre les nerfs de la queue de cheval.
Elle
prend le contraste de façon homogène et relativement rapide.
Les astrocytomes représentent 30 % des gliomes
intramédullaires avec une très nette prédominance de grade I-II.
Ces
lésions astrocytaires sont le plus souvent infiltrantes (limites moins
nettes en apparence que l’épendymome) ; elles apparaissent moins
fréquemment kystiques et s’observent plus souvent infiltrant la
moelle cervicale (dont la jonction cervicothoracique) avec une
extension à de nombreux segments médullaires.
La prise de
contraste est constante (même pour des tumeurs infiltrantes de
grade faible, ce qui contraste avec leur comportement en situation
cérébrale).
Une cavité syringomyélique adjacente est fréquente.
C’est, en outre, la tumeur médullaire la plus fréquente de l’enfant.
Les hémangioblastomes spinaux sont rares (1-5 %) ; ils peuvent
survenir de façon isolée mais un tiers d’entre eux sont associés dans
le syndrome de von Hippel-Lindau.
Leur topographie médullaire
est thoracique (50 %) et cervicale (40 %).
Ces hémangioblastomes se
présentent sous la forme de lésion kystique associée à un nodule
mural prenant le contraste de façon très intense et très précoce après
injection de gadolinium (les kystes et les cavités syringomyéliques
sont présentes dans 50 à 70 % des cas).
Les veines de drainage
dilatées sont parfois visibles.
Certains hémangioblastomes ne sont
que de discrets nodules de taille relativement variable et prenant
également le contraste de façon très intense.
– Lésions multiples.
Les métastases intramédullaires surviennent rarement.
En revanche,
elles sont fréquemment piales et compliquent l’évolution des cancers
du sein, du poumon et oto-rhino-laryngologiques, leur
dissémination se produisant par voie hématogène.
Elles se
présentent comme des lésions épaississant irrégulièrement la surface
de la moelle épinière, les racines et les espaces subarachnoïdiens (en particulier le fond du cul-de-sac dural sacré).
Elles n’ont aucun caractère pathognomonique et c’est le plus souvent
le contexte général qui en permet le diagnostic, sauf pour les oligodendrogliomes de grade élevé.
*
Lésions non tumorales :
D’autres lésions que tumorales peuvent être responsables de
l’augmentation régulière du calibre de la moelle ou d’un
changement de signal de son tissu.
+
Lésions infectieuses :
Il peut s’agir en effet de lésions bactériennes (myélite, abcès
médullaire).
La moelle apparaît en hypersignal en T2, au calibre
augmentée et dont la prise de contraste est variable ; en effet, elle
dépend du stade évolutif : faible à la phase initiale, sous forme
d’anneau à la phase nécrosée.
Il peut s’agir aussi de myélites transverses dans le cadre d’affections
virales : varicelle, herpès, oreillons, syndrome de l’immunodéficience
acquise.
Elles affectent surtout la substance grise et intéressent
souvent plusieurs myélomères.
+ Sclérose en plaques (SEP) :
L’IRM est devenu le seul examen performant pour l’évaluation des
lésions inflammatoires de la SEP.
Elle permet la localisation précise
des lésions dans les cordons spinaux grâce aux coupes axiales en
pondération T2, voire FLAIR.
À la phase aiguë, il existe
un élargissement de la moelle en regard de la lésion et un hypersignal en T2.
À un stade avancé, on constate une
atrophie médullaire.
+ Malformations vasculaires (angiomes)
:
Elles sont facilement repérées par la mise en évidence de leurs
volumineux vaisseaux afférents et efférents.
+ Radiothérapie
:
Elle peut également entraîner un élargissement médullaire localisé :
« myélite radique ».
En regard, les vertèbres peuvent présenter une
dégénérescence graisseuse provoquant un hypersignal en T1.
+ Hématomyélie :
Elle est facile à diagnostiquer du fait de son début brutal, de
l’élargissement de la moelle et de l’hypersignal en T1 dû à la
présence de l’hématome à la phase subaiguë.
À la phase plus
tardive, la cavité hématique présente un bord en hyposignal
témoignant des dépôts de produit de dégradation du sang
(ferritine, hémosidérine).
+ Ramollissements
:
Au stade aigu, ils sont le plus souvent localisés au cône médullaire.
Le contexte peut être évocateur (chirurgie de l’aorte par exemple)
; le diagnostic par IRM doit être porté rapidement après le
début des signes cliniques.
Ils se présentent comme des lésions en hyposignal T1 et en hypersignal T2 touchant l’axe gris et les cordons
médullaires.
+ Syringomyélies et hydromyélies :
Elles sont retrouvées dans des contextes cliniques très différents :
troubles de la sensibilité, douleurs rachidiennes, alors
que le syndrome syringomyélique est relativement rare dans sa
forme pure, ou des contextes pathologiques divers : malformations
de la charnière cervico-occipitale, traumatismes anciens, tumeurs ;
elles représentent très probablement une complication de ces lésions
puis se développent pour leur propre compte.
Elles se traduisent
par une augmentation de la taille de la moelle associée à une lésion
interne d’allure kystique plus ou moins étendue.
Leur signal suit
grossièrement celui du liquide cérébrospinal (hyposignal en T1,
hypersignal en T2).
* Lésions malformatives
:
La bonne vision de la moelle favorise la découverte des
malformations (moelle attachée, diastématomyélie...).
2- Lésions intradurales et extramédullaires :
*
Généralités
:
Ces lésions sont essentiellement représentées par les neurinomes et
les méningiomes.
Dans ces maladies, le bilan scanographique (avec
injection de produit de contraste) apparaît au moins aussi
performant que l’IRM.
La scanographie montre parfaitement les
lésions osseuses : élargissement des foramens intervertébraux,
érosion pédiculaire, condensation des bords.
Les fréquentes
calcifications tumorales associées au neurinome et surtout au
méningiome sont bien visibles.
L’injection d’iode entraîne la prise
de contraste de ces lésions qui se rehaussent de façon homogène et
importante.
Qu’apporte en plus l’IRM ?
Elle trouve son application privilégiée
dans la réalisation des coupes frontales après injection de
gadolinium.
Sur un seul plan de coupe, on apprécie à la fois
l’extension intradurale comprimant la moelle mais aussi l’extension
extramédullaire, transforaminale, de la lésion.
Elle présente
également l’énorme intérêt de montrer les lésions hydromyéliques
centromédullaires consécutives à l’effet de masse et à une
compression médullaire souvent prolongée.
L’injection de
gadolinium ajoute encore à l’efficacité diagnostique.
* Tumeurs :
En ce qui concerne la nature tumorale, c’est le plus souvent
l’addition des arguments de l’imagerie, la topographie des lésions,
le contexte des patients qui permettent d’emporter la conviction en
faveur d’un neurinome ou d’un méningiome, par exemple.
On sait
cependant que dans le cadre des neurofibromatoses de von
Recklinghausen, neurinome et méningiome peuvent s’associer réalisant des grappes de lésions le plus souvent quiescentes, qui
peuvent toucher l’ensemble des nerfs rachidiens.
Le neurinome rachidien présente une discrète prédominance pour
le sexe féminin et entre 20 et 40 ans.
Ces neurinomes se répartissent
de façon uniforme au niveau des différents étages cervicaux,
dorsaux et un peu plus fréquemment au niveau lombaire.
Leur
extension par le foramen présente souvent la célèbre forme de
« sablier », du fait de l’étranglement de la tumeur dans le trou de
conjugaison.
Les méningiomes sont beaucoup plus fréquents chez la
femme (80 %) et découverts plus tardivement.
Ils se retrouvent dans
deux cas sur trois au niveau thoracique.
Les lipomes présentent un aspect tout à fait caractéristique, tant en
IRM qu’en scanographie, de par leur compartiment graisseux, en hypersignal en séquences pondérées en T1 et hypodense en
scanographie.
Ils se localisent pour des raisons embryologiques de
façon privilégiée au niveau du filum terminale où ils sont associés à
d’autres malformations médullodurales.
Les métastases intradurales et extramédullaires surviennent selon
deux modalités : elles sont assez rarement hématogènes (mélanome,
cancer bronchique et mammaire) ; elles sont plus fréquemment
disséminées par le liquide cérébrospinal, du fait que les tumeurs
d’origine sont proches du système ventriculaire ou des espaces
subarachnoïdiens.
Il s’agit essentiellement de médulloblastomes
et de tumeurs pinéales malignes de la fosse postérieure ainsi que de
lésions intracrâniennes comme les glioblastomes multiformes.
* Lésions non tumorales :
Les lésions intradurales et extramédullaires non tumorales sont
beaucoup plus rares, ce sont essentiellement des lésions kystiques,
kyste arachnoïdien ou kyste neuroentérique.
3- Lésions épidurales :
Il s’agit essentiellement de lésions métastatiques qui viennent
combler l’espace épidural ; elles se présentent sous deux formes
principales.
– La première, la plus fréquente, résulte de l’extension épidurale
d’une métastase osseuse vertébrale qui vient comprimer le fourreau
dural.
Ces métastases osseuses sont faciles à reconnaître
en radiographie standard et en scanographie. Le bilan par résonance
magnétique montre parfaitement la destruction vertébrale, la
transformation de la vertèbre métastatique (hyposignal prenant le
contraste après injection de gadolinium) ainsi que l’extension
métastatique épidurale.
– L’autre forme rassemble les lésions épidurales carcinomateuses
isolées, plus rares et plus souvent le fait des lymphomes
hodgkiniens ou non hodgkiniens.
L’existence de ces métastases
épidurales isolées se fait en dehors de toute lyse osseuse.
La
localisation épidurale de la colonne thoracique et lombaire profite
des séquences pT1 en saturation de graisse afin de démontrer une
prise de contraste dans un espace normalement occupé par du tissu
graisseux.
Toute prise de contraste (donc en hypersignal) est alors
pathologique.
Enfin, certaines tumeurs épidurales sont le fait de neuroblastomes,
de schwannomes ou neurofibromes avec une extension intradurale
minime, voire inexistante.
Il faut finalement noter que lorsque les lésions sont très localisées,
seul le contexte permet de différencier ces lésions tumorales d’une
lésion infectieuse, de type ostéomyélite par exemple.
Les lésions vasculaires, et surtout les fistules durales, sont repérables
par leurs vaisseaux afférents et surtout leurs grosses veines de
drainage qui communiquent avec celles de la moelle.
Conclusion
:
L’IRM constitue dès maintenant l’outil indispensable à l’étude de la
moelle et de ses enveloppes, dans les domaines de la pathologie tumorale
et infectieuse, bien sûr, mais aussi traumatologique.
L’IRM a encore des insuffisances comme les zones de faible résolution
spatiale dans la visualisation des racines (spécialement dans l’espace intradural et aux niveaux cervical et lombaire), dans l’exploration des
lésions osseuses dégénératives et les lésions calcifiées.
Elle a remplacé de façon définitive la myélographie dans le bilan d’une
compression médullaire par son habileté à montrer le(s) niveau(x) de
compression, l’étendue des lésions et les signes de souffrance
médullaire.