Hyperostose vertébrale ankylosante Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
L’hyperostose vertébrale ankylosante (HVA) est une maladie diffuse
et d’origine inconnue qui se caractérise par l’ossification progressive
et proliférative du périoste, des ligaments et des tendons, qui affecte
essentiellement le squelette axial et dont les manifestations sont
habituellement radiologiques.
Mais elle peut également entraîner
une ankylose et diverses complications comme des compressions
médullaires ou des troubles des articulations périphériques par
ossification para-articulaire ou juxta-articulaire.
Historique :
En 1950, Forestier et Rotés Querol ont décrit la HVA sénile chez neuf
patients comme étant une entité nosologique propre qui devait se
distinguer de la spondylarthrite ankylosante et de la
spondylarthrose.
En 1956, les premières localisations
périphériques de la maladie sont décrites et, en 1960, on observe
pour la première fois l’apparition d’une myélopathie cervicale
provoquée par l’ossification du ligament longitudinal postérieur,
complication propre à cette maladie et confirmée dans des articles
écrits postérieurement.
Cependant, sa différenciation avec la spondylose déformante de
Schmorl, causée par la dégénérescence des disques intervertébraux,
n’a été reconnue que lors d’une étude realisée par Resnick et al en
1975.
Elle démontrait la fréquence dans cette affection des
localisations extraspinales, tant au pelvis qu’aux articulations, aux
ligaments, aux tendons et au périoste.
Le nom d’hyperostose
squelettique idiopathique diffuse (diffuse idiopathic skeletal
hyperostosis [DISH]) a découlé de cette étude.
Ce nom est par ailleurs
actuellement accepté par l’American College of Rheumatology
(ACR).
La maladie a également connu d’autres noms : spondylite ossifiante
ligamentaire, spondylite hyperostosique, ossification physiologique
du ligament vertébral, ossification juxta-articulaire généralisée des
ligaments vertébraux, spondylite déformante, ostéophytose
vertébrale.
Épidémiologie
:
Sa fréquence augmente avec l’âge.
On a donc pu constater, d’un
point de vue radiologique, que 2 à 5% des patients avaient plus de
40 ans et que 11 % avaient plus de 70 ans.
Des preuves de la maladie
ont été détectées sur la colonne vertébrale dans 28 % des autopsies
effectuées chez des individus de 50 à 90 ans.
Les hommes sont
deux fois plus atteints que les femmes.
La présence de human leukocyte antigen (HLA) B-27 est fonction de
la population dans son ensemble.
Des arbres généalogiques
révèlent une éventuelle hérédité autosomique dominante de la
maladie. Mais cela n’est pas clairement démontré.
Il est également
probable qu’il existe une hérédité multifactorielle.
La fratrie des
patients semble six fois plus atteinte que les autres témoins.
Étiopathogénie :
L’HVA est une maladie pas seulement présente chez l’homme, c’est
aussi l’une des plus répandues chez les vertébrés.
Certaines de ces
caractéristiques ont été ainsi détectées chez des espèces aussi variées
que le chien, le cheval, l’éléphant, l’ours, l’hippopotame, le
rhinocéros, etc, ou encore chez des vertébrés marins comme la
baleine ou le dauphin.
Des découvertes compatibles avec cette
maladie ont également été effectuées chez des sauriens
préhistoriques et d’autres fossiles d’animaux.
Cette diffusion entre
espèces aussi différentes laisse à penser qu’il pourrait exister une
altération génétique qui aurait persisté indépendamment de
l’évolution de celles-ci.
Cependant, aucun lien avec les antigènes
HLA n’a été clairement établi et aucun modèle patent d’hérédité n’a
non plus été décrit.
L’apparition de la maladie à un âge tardif
pourrait nuire aux études génétiques parce qu’une étude sur les
parents ne serait alors plus possible et que les enfants auraient pu
ne pas développer la maladie.
Parmi les facteurs liés à l’HVA, le diabète a été le plus étudié.
Un
diabète de type II a été détecté chez 25 à 50 % des patients atteints
d’HVA, et inversement, cette maladie apparaît chez 30 % des
diabétiques de type II.
Cependant, ce lien n’a pas été complètement
prouvé, pouvant être le fruit de la coïncidence de deux affections
fréquentes à partir d’un âge déterminé.
Pourtant, d’autres
caractéristiques sont communes aux deux maladies, telle que
l’obésité, facteur métabolique très fréquent dans l’hyperostose et qui,
comme chacun le sait, prédispose clairement au diabète.
Dans une
étude avec témoins, il n’a pas été possible de prouver que le diabète
sans complications soit lié à l’HVA.
Néanmoins, quand cette même
étude a comparé la population atteinte avec des patients présentant
les mêmes caractéristiques sans en être atteints, des troubles
métaboliques ont pu être identifiés chez 70 % des patients atteints
d’HVA contre 45 % des autres patients (différence hautement
significative).
Parmi ces derniers, la présence d’hyperlipidémie
et/ou d’hyperuricémie ainsi que le diabète a été détectée.
Concrètement, presque toutes les combinaisons de ces trois
altérations ont été associées à l’HVA, l’hyperlipidémie prédominant
sur les autres.
Il est possible qu’il existe un mécanisme étiopathogénique dans le diabète influant sur le métabolisme du
collagène, altérant ainsi la taille des fibres et augmentant par
conséquent la tendance à l’ossification et à la réduction de la
mobilité.
Il existe des phénomènes toxiques qui seraient susceptibles de
produire des altérations semblables à celles de l’HVA, comme par
exemple la fluorose et les traitements à base de rétinoïdes ou de
dérivés de la vitamine A.
Ces traitements pourraient, à une certaine
dose, entraîner une hyperostose aussi bien vertébrale que
périphérique, qui pourrait être considérée comme une hyperostose
secondaire.
L’influence de ces substances sur le développement de
l’HVA classique n’est pas très bien connue.
Anatomie pathologique :
Le procédé commence par une ossification aux bords articulaires des
corps vertébraux ou parfois dans l’espace intervertébral.
Il fait
apparaître une image radiologique de forme triangulaire avec une
large base vers l’extérieur, face à l’espace intervertébral
qui est affecté par une métaplasie chondroïde avec ossification
endochondrale ultérieure.
Cette ossification s’étend et produit la
bande ossifiée typique en avant du corps vertébral, très différente
de la spondylite ankylosante.
Dans l’HVA, le périrachis, structure
ligamentaire qui entoure la colonne, s’ossifie, mais cette ossification
ne dépasse pas habituellement les couches superficielles des
ligaments affectés, ce qui laisse des espaces « transparents » sur les
radiographies entre l’ossification et les corps vertébraux.
Les
calcifications n’affectent en principe pas l’insertion vertébrale,
comme ce serait le cas de l’ostéophyte propre à l’arthrose.
Le tissu
conjonctif que constitue le périoste et les couches de ligaments qui
entourent le rachis représentent la zone préférée d’ossification.
Au pelvis, à la ceinture scapulaire ou aux articulations
périphériques, le processus affecte les insertions tendineuses ou
ligamentaires ou les insertions des muscles sur les os dont les
ossifications sont localisées dans ces zones.
De là vient le nom que Resnick a donné à la maladie, nom incluant le concept « diffus ».
Bien qu’aux articulations périphériques l’ossification ait tendance à
se localiser aux insertions décrites ci-dessus, des ossifications
éloignées de ces points ont également été décrites, ainsi que des
ossifications massives sur les prothèses totales de la hanche
implantées sur ces patients.
Manifestations cliniques
:
A - FORME LATENTE :
Il s’agit habituellement d’une découverte radiologique fortuite,
parfois surdimensionnée par des images spectaculaires et
surrévaluée par les médecins qui méconnaissent sa véritable nature.
Les ossifications débutent sur la face latérale ou antérieure des corps
vertébraux et s’étendent avec les années vers d’autres anneaux
vertébraux, parvenant à couvrir autant les disques que les corps
vertébraux.
Les ossifications peuvent se présenter sur toute la
colonne mais sont plus fréquentes dans la zone dorsale moyenne et
basse, particulièrement sur le côté droit.
Le côté gauche est épargné
en raison des battements de l’aorte.
Au pelvis, on trouve des irrégularités sur les crêtes iliaques et
l’ischion, des ponts osseux aux articulations sacro-iliaques ou à la symphyse du pubis.
Aux articulations périphériques,
les ossifications sont moins fréquentes mais se développent dans
l’acétabulum, sur la rotule et à l’insertion du tendon d’Achille,
cette dernière couvrant parfois complètement le calcanéus en suivant
parfois le fascia plantaire.
B - MANIFESTATIONS CLINIQUES VERTÉBRALES
ET COMPLICATIONS :
En règle absente, l’affection est considérée comme pauci- ou
asymptomatique.
Mais cette affirmation s’est révélée fausse.
La manifestation clinique la plus commune de la HVA est la perte
de mobilité vertébrale qui se manifeste par une rigidité progressant
lentement mais restant généralement indolore.
Cette perte de
mobilité entraîne des attitudes caractéristiques chez le patient : tête
inclinée vers le sol, cou en avant, augmentation de la cyphose
dorsale, diminution de la lordose lombaire, et également une façon
caractéristique de tourner complètement le tronc pour regarder d’un
côté.
Cette description, accompagnée des ossifications radiologiques
typiques et de l’absence de douleurs chez un patient âgé, doit faire
penser au diagnostic de la HVA.
Bien que les patients aient généralement peu de symptômes, il existe
un peu plus fréquemment des épisodes de cervicalgies, dorsalgies
ou lombalgies à caractère mécanique chez des patients qui sont
atteints d’hyperostose.
Le disque ou le corps vertébral ankylosé ne
provoque pas de douleur en soi.
Cependant, il peut se produire une
surcharge dynamique des éléments vertébraux mobiles isolés entre
les ossifications diffuses qui peut engendrer la douleur.
Les complications issues des manifestations de la maladie décrites
ci-dessus viennent habituellement d’un problème d’occupation de
l’espace.
Les syndromes d’occupation de l’espace peuvent se
déclarer vers la moelle, donnant lieu à la compression.
De ce fait,
l’HVA a été décrite comme étant la deuxième cause en fréquence,
après l’arthrose, d’apparition de myélopathies cervicales.
Il peut
s’agir, mais plus rarement, de myélopathies dorsales.
La différence
entre une myélopathie due à la spondylarthrite ou à l’HVA est
importante pour la prise de décisions chirurgicales.
En effet, dans le
premier cas, les ostéophytes compressifs doivent être réséqués et la
colonne cervicale fixée, alors que dans le cas de l’HVA, la colonne
est généralement déjà fixée par ossification diffuse, ce qui peut ainsi
éviter une fixation chirurgicale et limiter l’intervention à la
laminectomie décompressive dont l’étendue dépend de l’extension
de la zone comprimée.
Mais l’occupation de l’espace par l’ossification des ligaments
vertébraux peut provoquer une protubérance et affecter
l’espace en avant de la colonne, avec apparition de dysphagie par
compression oesophagienne et parfois de tout le larynx.
La
dysphagie peut être légère ou grave. Parfois, le patient ne peut
ingérer que des liquides.
L’affection peut simuler dans certains cas
un carcinome oesophagique ou laryngé, avec raucité de la voix, perte
de poids, ou même difficulté respiratoire.
La dysphagie produite par l’HVA serait réduite par la flexion du cou et augmentée par son
extension.
Il faut parfois recourir à l’endoscopie pour la distinguer
d’un carcinome oesophagien.
C - MANIFESTATIONS PÉRIPHÉRIQUES
:
Les principales manifestations squelettiques extravertébrales se
produisent habituellement aux hanches, aux pieds, aux coudes et
aux épaules.
Aux hanches, des ossifications hyperostosiques au-dessus du toit du cotyle ou au-dessous et sur la
tête fémorale peuvent apparaître.
À cette phase, il n’y a en
général pas de pincement de l’interligne articulaire et peu de
patients en souffrent.
La plupart d’entre eux présentent alors une
légère limitation de leur mobilité de la hanche en abduction, et
gardant une meilleure flexion.
Ces images hyperostosiques devraient
être distinguées d’une véritable coxarthrose.
À des phases plus
avancées, lors d’un pincement de l’interligne articulaire, il est très
difficile de discerner s’il s’agit d’une hyperostose avec coxarthrose
ou si celle-ci est secondaire à la première.
Chez les patients ayant subi des interventions pour prothèse de
hanche, des ossifications périarticulaires apparaissent de façon assez
constante dans l’année.
Ces ossifications, bien qu’elles
diminuent la douleur qui était à l’origine de l’intervention,
entraînent une ankylose presque totale de la hanche.
La présence
d’une HVA devrait donc être recherchée chez tous les patients qui
vont subir une intervention de prothèse de la hanche, en faisant une
radiographie antéropostérieure et latérale de la colonne dorsale.
Au pied, la principale manifestation clinique est la talalgie par
éperons calcanéens, parfois de grande taille, et qui peuvent
requérir une ablation chirurgicale.
Les proliférations au dos du tarse
avec le « pied hérissé », sont également fréquentes mais moins
symptomatiques.
D’autres processus comme l’hallux rigidus ont été
aussi décrits.
Au coude, les bursites olécraniennes, et à l’épaule les tendinopathies calcifiantes de la coiffe ne sont pas rares.
D - AUTRES MANIFESTATIONS :
L’existence de calcifications intracrâniennes dans la faux du cerveau,
ainsi que des calcifications dans les méninges et dans la zone
frontale interne ont été observées.
Examens complémentaires :
A - BIOLOGIE :
Les examens de laboratoire courants, les tests immunologiques, les
cultures, etc, ne sont pas indiqués puisqu’ils sont non contributifs au diagnostic.
Les troubles métaboliques fréquemment associés
peuvent cependant être détectés.
Apparaissent par ordre de
fréquence : l’hyperglycémie, l’hyperuricémie et l’hypertriglycéridémie.
B - RADIOLOGIE
:
La radiologie va donc être au centre de la description.
Au début, la
maladie commence par une ossification sur la face antérieure et/ou
latérale du corps vertébral, ce qui correspondrait à la zone la plus
périphérique de l’anneau discal.
L’ossification progresse avec les
années en allant jusqu’à couvrir la face antérieure du corps vertébral
et du disque.
Il est fréquent d’observer une zone transparente à la
radiographie sur les projections latérales entre l’ossification et la
concavité antérieure du corps vertébral.
1- Colonne vertébrale
:
Les altérations radiologiques les plus fréquentes se situent à la
colonne vertébrale, particulièrement entre la septième et la onzième
vertèbre.
Les ossifications varient beaucoup en
épaisseur d’une vertèbre à l’autre et sont en général prédominantes
sur le côté droit lors des radiographies antéropostérieures.
Cela est attribué à la présence de l’aorte sur le côté gauche.
Il y a
des cas décrits sur situs inversus et où les ossifications sont
prédominantes du côté gauche.
Les ossifications sont aussi fréquentes sur la colonne cervicale et
lombaire.
Dans ces localisations, il n’y a pas de côté plus atteint que
l’autre.
Les manifestations extravertébrales ne sont pas rares.
Elles peuvent
se localiser n’importe où et tendent de façon typique à être
bilatérales et d’une certaine façon symétriques.
Au pelvis, il est très commun de trouver des altérations avec des
proliférations osseuses dans des zones d’insertion de ligaments ou
de tendons, particulièrement aux crêtes iliaques, aux tubérosités
ischiatiques et aux trochanters.
Aux articulations sacroiliaques,
il peut y avoir des ossifications qui peuvent donner lieu à
la formation de ponts osseux couvrant ces articulations et donnant
une fausse image de sacro-iliite fusionnée ou de degré IV.
À
l’aide d’une tomographie axiale computérisée, en cas de doute, on
peut vérifier que l’articulation est totalement exempte
d’inflammation, et qu’en réalité l’ossification couvre entièrement
l’articulation.
Des images semblables peuvent être observées
à la symphyse pubienne.
Aux pieds, on peut trouver des ossifications à la superficie
postérieure du calcanéus, dans la zone d’insertion du tendon
d’Achille, ainsi que dans le fascia plantaire, donnant des
images d’éperons calcanéens, mais aussi des excroissances osseuses,
généralement dans la zone dorsale du tarse.
Au genou et à la rotule, il peut y avoir des ossifications du tendon
du quadriceps avec une hyperostose dans la zone antérieure de la
rotule et des irrégularités à l’insertion du tendon sur la tubérosité
tibiale.
Il peut y avoir des ossifications, et par conséquent des images
radiologiques, dans n’importe quelle zone d’insertion de ligaments
ou tendons.
Diagnostic :
Chez tous les patients de plus de 60 ans, le diagnostic peut être
soupçonné, en cas de limitation de la mobilité avec ossifications
massives vertébrales, telles qu’elles ont été décrites précédemment,
le tout rarement accompagné de douleur.
Quand un syndrome
douloureux bruyant apparaît, on peut soupçonner une complication
de la maladie.
Selon notre expérience, les complications qui
produisent le plus fréquemment des douleurs dans l’HVA sont
dérivées de l’affection entésopathique.
Il n’est pas rare de devoir
traiter un patient atteint d’une trochantérite, d’une bursite sousacromiale
ou d’une calcanéite liée à des ossifications dans ces mêmes
localisations.
Les compressions radiculaires ou médullaires liées à
des ossifications vertébrales nous paraissent beaucoup moins
fréquentes.
Resnik a proposé comme critères diagnostiques de la maladie :
– présence d’une ossification le long du bord antérolatéral d’au
moins quatre corps vertébraux contigus ;
– relative préservation de la taille des disques intervertébraux dans
les segments affectés, avec absence de phénomènes dégénératifs
importants dans ces mêmes segments, tel que le phénomène de vide
et la sclérose des bords adjacents des corps vertébraux ;
– absence d’érosions, de sclérose ou de fusion des articulations
sacro-iliaques.
Resnik a proposé que les trois critères cités ci-dessus soient remplis
pour admettre le diagnostic d’hyperostose squelettique idiopathique
diffuse.
Diagnostic différentiel
:
Il faut avant tout éliminer d’autres altérations rachidiennes d’origine
dégénérative comme l’ostéochondrose intervertébrale ou le
« phénomène du vide » (image translucide aux rayons X dans le lieu
occupé par le disque intervertébral, indicatif d’une dégénérescence
de celui-ci).
Le pincement du disque intervertébral et les scléroses
des plateaux vertébraux adjacents au disque affecté permettent de
différencier cette affection d’HVA.
La spondylarthrite, avec sa formation de syndesmophytes, peut être
confondue avec l’HVA.
Dans cette dernière, les ossifications sont
plus frustes et plus diffuses.
De plus, il y a habituellement un espace
translucide aux rayons X entre l’ossification et le corps vertébral, ce
qui n’est pas le cas de la spondylarthrite où les syndesmophytes
émergent directement des bords antérosupérieurs ou antéroinférieurs
des corps vertébraux.
Cliniquement, il est très rare qu’une HVA puisse être confondue avec
une spondylarthrite ankylosante ou une spondylarthropathie
séronégative.
Ces dernières fournissent une gamme importante de
symptômes et des signes qui n’apparaissent pas dans l’HVA.
Elles
sont propres à des patients plus jeunes et s’accompagnent
habituellement de manifestations typiques extravertébrales.
Cependant, il peut y avoir occasionnellement des manifestations
radiologiques qu’il faut distinguer.
Par exemple, les syndesmophytes propres à la spondylarthrite ankylosante sont verticaux et fins et
forment des ponts osseux entre les vertèbres, alors que dans l’HVA,
les ossifications sont plus exubérantes, massives et irrégulières.
En
outre, il se forme une ostéite du corps vertébral avec des érosions et
une sclérose réactive dans les angles antérieurs des vertèbres qui
aboutit à un aspect en cadre de la vertèbre, très suggestif, et qui est
accompagnée d’érosions sacro-iliaques, tout cela n’existant pas dans
l’HVA.
Certaines affections endocriniennes ou métaboliques doivent
également être distinguées de l’HVA, comme l’acromégalie où il
peut y avoir une formation d’os périosteal aux marges antérieures
ou latérales des corps vertébraux, avec une augmentation du
diamètre antéropostérieur.
L’apparition d’une concavité vertébrale
postérieure et l’augmentation de la taille du disque intervertébral
sont des données en faveur de l’acromégalie.
L’hypoparathyroïdie peut s’accompagner d’ostéophytes et de
calcifications ou d’ossifications des insertions musculaires ou
ligamentaires.
Les patients atteints d’HVA n’ont pas d’histoire
clinique compatible avec les altérations du métabolisme
phosphocalcique, même pour la parathormone.
Dans la fluorose, on
peut trouver une ostéophytose sévère de la colonne, avec une
ossification ligamentaire.
Néanmoins, la présence de sclérose osseuse
va à l’encontre du diagnostic d’HVA.
L’hyperostose sternoclaviculaire peut s’accompagner d’altérations
qui rappellent l’HVA.
Elle peut comporter cependant d’autres
manifestations cliniques telles que la pustulose palmoplantaire ou
l’acné.
L’ostéoarthropathie hypertrophiante est caractérisée par la périostite
symétrique, surtout au radius, au cubitus, au tibia et au péroné.
Bien
que les patients atteints d’HVA puissent occasionnellement souffrir
d’une périostite, celle-ci n’est pas localisée au même endroit.
En
effet, elle siège au fémur et à l’humérus par exemple, ce qui est plus
rare en cas d’ostéoarthropathie hypertrophiante.
D’autres entités telles que l’ochronose, l’arthropathie neuropathique
et l’ostéomalacie hypophosphatémique liée au sexe peuvent
également être occasionnellement confondues avec l’HVA.
Traitement
:
Il n’existe pas de traitement préventif au développement ou à la
progression de l’HVA.
Le traitement comporte néanmoins trois axes :
– maintien de la mobilité altérée par le biais d’un programme de
physiothérapie centré particulièrement sur la colonne vertébrale
dorsolombaire et les zones périphériques affectées ;
– traitement symptomatique d’éventuelles douleurs, en
commençant par du paracétamol et en suivant les échelles du
traitement de la douleur de l’Organisation mondiale de la santé.
Il
est très rare de devoir passer à l’ échelon des opiacés.
Le repos très
limité (le cas contraire faciliterait la progression de la perte de
mobilité) peut parfois aider.
La chaleur locale sert également à
soulager la douleur ;
– traitement de complications : l’apparition de l’entésopathie peut
requérir des infiltrations locales de corticoïdes et d’anesthésiques des
tendons affectés afin de diminuer la douleur.
Occasionnellement, on
recourt à la chirurgie, particulièrement s’il apparaît une myélopathie
ou une dysphagie importante.
Suivi et pronostic
:
L’évolution de la maladie est généralement bénigne, la perte des
capacités fonctionnelles altèrant rarement la poursuite d’une vie
normale, et d’un bon pronostic en général.