Histiocytose à cellules de Langerhans Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
A - DÉFINITION :
L’histiocytose à cellules de Langerhans (HCL) est un syndrome
d’étiologie inconnue, caractérisé par la prolifération de cellules
histiocytaires spécialisées similaires à celles retrouvées dans
l’épiderme et appelées cellules de Langerhans.
B - HISTORIQUE ET TERMINOLOGIE
:
Le premier cas d’HCL retrouvé dans la littérature appartient à Hand,
qui rapporte en 1893 l’histoire d’un enfant de 3 ans présentant une
exophtalmie, une polyurie et une hépatosplénomégalie, et dont
l’issue fut fatale.
L’autopsie découvre une masse intracrânienne
étiquetée tuberculeuse.
En 1905, Kay présente un syndrome
associant atteinte osseuse, exophtalmie et polyurie.
En 1915, Schüller publie son travail sur les différentes causes de lacunes
crâniennes chez l’enfant.
En 1920, Christian décrit un syndrome
associant des defects osseux, une exophtalmie et un diabète insipide.
En 1921, Hand reprend son premier cas de 1893 et confirme sa
similarité avec ceux rapportés par Kay, Schüller et Christian.
Un syndrome est ainsi décrit et connu sous le patronyme de Hand- Schüller-Christian (HSC).
Il associe des lésions osseuses lytiques, une
exophtalmie et un diabète insipide.
En 1924, Letterer rapporte le cas d’un enfant de 6 mois présentant
une maladie aiguë sévère atteignant le système réticuloendothélial.
L’évolution est fulminante, aboutissant au décès de l’enfant.
En 1933, Siwe rapporte une maladie similaire, diffuse et généralisée.
De ces
deux publications naît la maladie de Letterer-Siwe (LS), définie
comme une maladie généralisée, extrasquelettique, du système
réticuloendothélial, aiguë et fulminante.
Malgré sa similitude
avec la HSC, elle s’en distingue cliniquement par le jeune âge du
début, la sévérité de la présentation, et histologiquement, par
l’absence de surcharge lipidique des cellules pathologiques.
En 1944, Jaffe et Lichtenstein rapportent les premiers cas de
granulome éosinophile (GE) solitaire des os.
Plus tard, Lichtenstein propose de regrouper le GE solitaire des
os, la LS et la HSC, sous la même appellation d’histiocytose X.
La
lettre X fut utilisée pour souligner la méconnaissance de la nature et
de la cause de cette affection.
Lieberman et al réévaluent cette
maladie et suggèrent, en se basant sur des arguments cliniques, que
la LS ne soit pas regroupée avec les deux autres sous un même
syndrome.
En 1969, les études ultrastructurales mettent en évidence des
granules intracytoplasmiques aussi bien au niveau des lésions
osseuses que viscérales, apportant un argument supplémentaire en
faveur de la conception uniciste.
En 1973, Nezelof et al confirment
l’origine langerhensienne de l’histiocytose X, à la fois sur les données
cliniques et morphologiques.
En 1986, une mise au point sur les
désordres prolifératifs du système langerhansien est présentée par
Barbey et Nezelof.
En 1987, le terme « histiocytose à cellules de Langerhans » remplace celui d’histiocytose X, parce qu’il correspond
mieux à la description histopathologique de la maladie.
Depuis le premier cas décrit par Hand, l’HCL continue à poser
plusieurs problèmes pouvant être regroupés sous trois rubriques.
1- Présentation clinique :
La constatation par les cliniciens de faits de passage entre GE
solitaire et forme squelettique multifocale, ou entre cette dernière et
les formes disséminées avec atteinte viscérale (HSC et LS) est bien
documentée dans la littérature.
C’est en réalité cette variabilité dans
la présentation clinique qui a poussé Lichtenstein à proposer le
regroupement des trois formes connues à l’époque (GE, HSC, LS)
sous le terme plus global d’histiocytose X.
Ultérieurement, cette
« refonte » clinique sera fortement appuyée par les études ultrastructurales menées sur la cellule de Langerhans.
2- Classification
:
L’historique de cette affection retrace les différentes étapes des
progrès médicaux ayant permis d’affiner le cadre nosologique,
depuis la description de la cellule de Langerhans en 1868 jusqu’aux
techniques les plus actuelles de biologie moléculaire,
d’immunohistochimie et de génétique.
La nouvelle classification des histiocytoses reconnue à ce jour est celle publiée par le Writing
Group of the Histiocyte Society.
Cette dernière permet d’en
distinguer trois classes :
– la classe I représente la vraie HCL (anciennement connue sous le
terme d’histiocytose X).
Elle englobe les trois formes de cette
maladie : la forme chronique localisée bénigne ou GE, la forme
chronique multifocale progressive ou HSC et la forme aiguë
disséminée ou LS.
Cette classe I englobe également une forme
« involutive » décrite par Hashimoto et Pritzker, connue sous le
terme de réticulohistiocytose congénitale et caractérisée par la
présence, dès la naissance, d’une éruption cutanée nodulaire faite
d’un infiltrat de cellules de Langerhans.
Cette éruption disparaît
spontanément en quelques mois ;
– la classe II concerne les histiocytoses à phagocytes mononucléés
autres que l’HCL ;
– la classe III est le groupe des histiocytoses malignes.
3- Traitement :
À l’évolution souvent bénigne et spontanément résolutive des
atteintes osseuses isolées (GE), s’oppose le pronostic moins favorable
des formes disséminées, aiguës, subaiguës ou chroniques (surtout
LS).
Plusieurs modalités thérapeutiques sont rapportées dans la
littérature, pour les différentes formes, mettant en action chirurgiens
orthopédistes et hémato-oncologues, avec parfois une tendance à la
surenchère thérapeutique pouvant conduire à un taux non
négligeable de complications.
C - ÉPIDÉMIOLOGIE :
Les données épidémiologiques recueillies dans la littérature ne
permettent pas de donner une idée exacte de la réalité, puisqu’elles
diffèrent d’une étude à l’autre selon qu’elles s’intéressent à l’enfant
et l’adulte ou à l’enfant uniquement, ou qu’elles émanent d’un
service d’hématologie-oncologie ou d’un service de chirurgie
orthopédique.
Dans une analyse clinicopathologique de 263 patients,
adultes et enfants, présentée par Kilpatrick et al de la Mayo
Clinic, l’âge moyen de découverte de l’affection était de 12 ans, avec
des extrêmes de 3 mois et 50 ans.
Dans une série purement
pédiatrique de 348 cas observés en 10 ans et rapportée par le Groupe
d’étude français de l’HCL, l’âge moyen au diagnostic était de
3 ans et 2 mois.
Il paraît néanmoins évident que l’HCL est une
affection qui prédomine chez l’enfant et l’adulte jeune, tout en
sachant que sa survenue chez l’adulte plus âgé n’est pas
exceptionnelle.
Sa fréquence annuelle est estimée à
5/1 000 000 d’enfants âgés de 1 à 15 ans.
Elle atteint les deux sexes,
avec une légère prédominance chez le garçon (1,5/1).
Ces données statistiques viennent souvent d’études multicentriques
de services d’hématologie-oncologie, sous-estimant ainsi très
probablement le cas du GE isolé qui est souvent pris en charge par
le chirurgien orthopédiste uniquement, sans aucune participation
des hémato-oncologues.
La vraie répartition des GE au sein des
HCL se trouve en plus biaisée par la possibilité de transformation
de formes, initialement purement osseuses, en formes disséminées,
multiorganes.
À ceci s’ajoute l’erreur possible d’étendre des notions
en général spécifiques aux formes disséminées de l’HCL à la forme
localisée qu’est le GE.
Ainsi, les atteintes familiales ou chez des
jumeaux homozygotes souvent rapportées concernent les formes
disséminées et non la forme localisée.
De même, la fréquence plus
élevée d’anomalies congénitales au cours de l’HCL, rapportée par
Sheils et Dover, caractérise les formes multiorganes et non le GE.
Une association avec certains processus prolifératifs malins a été
rapportée pour des formes disséminées.
Cependant, et malgré ce biais, il semblerait que les formes osseuses
isolées, uniques ou multiples, soient les plus fréquentes, représentant
70 % des HCL et moins de 1 % de l’ensemble des lésions
pseudotumorales de l’os.
Parmi tous les cas de lésions osseuses
isolées, l’atteinte est unique dans 90 % des cas et multiple dans 10 %
uniquement.
D - ÉTIOPATHOGÉNIE :
1- Rappel cytologique et cytopathologique
:
La cellule de Langerhans fait partie des cellules du système
phagocytaire mononucléé et prend naissance dans la moelle osseuse,
à partir de laquelle elle donnerait un précurseur de la cellule de
Langerhans sous l’activation d’un facteur de stimulation, le
granulocyte macrophage colony stimulating factor (GM-CSF), et d’un
facteur de nécrose tumorale, le tumor necrosing factor (TNF)-alpha.
Cette nouvelle cellule (précurseur de la cellule de Langerhans),
devenue circulante, exprime le marqueur spécifique de la cellule de
Langerhans définitive, le CD1a, mais ne possède pas de granule de
Birbeck.
Elle va se localiser dans les épithéliums, où elle acquiert
l’ensemble des caractéristiques de la cellule de Langerhans, le
granule de Birbeck, et l’expression de l’antigène CD1a.
Chez le sujet
normal, elle est localisée à la région suprabasale des épithéliums
malpighiens de la peau et des muqueuses et est également retrouvée
dans l’urothélium, l’épithélium bronchique, oesophagien et parfois
colique.
Les cellules de Langerhans jouent un rôle de veille immunitaire.
En
plus de l’antigène CD1a, elles expriment à leur surface les molécules
de classe II du complexe majeur d’histocompatibilité (CMH).
Elles
captent les antigènes étrangers qui se présentent à elles, les
internalisent, les fragmentent et les associent aux molécules du CMH, avant de migrer par voie lymphatique vers la zone
paracorticale T des ganglions lymphatiques.
2- Granulome pathologique :
En cas de granulome pathologique à cellules de Langerhans, un
aspect inflammatoire est retrouvé, avec présence de polynucléaires
éosinophiles (d’où le nom GE), de lymphocytes et de cellules
macrophagiques parfois multinucléées.
L’évolution d’un granulome
se fait en trois phases :
– une phase proliférative, au cours de laquelle il y a une prolifération
de cellules mononucléées de Langerhans exprimant l’antigène
CD1a ;
– une phase granulomateuse où apparaissent des zones de nécroses
et une accumulation de leucocytes ;
– une phase xanthomateuse, caractérisée par le remplacement
progressif du granulome par du tissu fibreux, avec accumulation de
lipides au sein des cellules mononucléées, qui expriment de moins
en moins l’antigène CD1a.
C’est la raison pour laquelle les
anatomopathologistes, dans des formes évoluées d’HCL, en
l’absence de cellules CD1a, évoquent une forme vieillie de GE.
3- Hypothèses physiopathogéniques
:
Trois hypothèses pathogéniques principales sont retrouvées dans la
littérature :
– hypothèse virale : le seul travail récent soutenant cette hypothèse
est celui de Leahey et al, qui ont mis en évidence une séquence
d’acide désoxyribonucléique (ADN) du virus de l’herpès humain,
spécifique au type 6, dans certaines lésions d’HCL. Depuis sa
publication, ce travail n’a plus eu de suite ;
– activation des cellules de Langerhans par les cytokines : dans une série
de 15 enfants porteurs d’HCL, Émile et al rapportent la détection
du GM-CSF, normalement non retrouvé dans le sérum de sujets
sains, dans le sérum de trois enfants atteints de formes sévères et
évolutives ;
– clonalité : Wilman et al et Yu et al ont récemment démontré
que l’HCL était une prolifération clonale.
Le clone de cellules de Langerhans, qui prolifère, présente une mutation génomique qui le
différencie des autres cellules de Langerhans, sans qu’il s’agisse pour
autant d’une prolifération maligne.
Le présent article est essentiellement axé sur les lésions osseuses de
l’HCL, mais s’étend également à la description, si brève soit-elle,
des atteintes viscérales dans les formes disséminées.
En effet, une
meilleure connaissance de cette maladie dans sa globalité ne peut
qu’être utile au chirurgien orthopédiste en charge d’une affection
aussi polymorphe.
Localisations :
A - LOCALISATIONS SUR LE SQUELETTE
:
Tous les os peuvent être atteints, mais la localisation craniofaciale
(voûte crânienne, mastoïde, orbite, mandibule) est la plus fréquente,
aussi bien chez les adultes que chez les enfants, regroupant 30 à
50 % des localisations en fonction des auteurs.
Elle est suivie par les
localisations rachidiennes et des os longs (autour de 10 % pour
chacune), essentiellement le fémur, l’humérus et le tibia.
L’atteinte
du bassin (surtout l’os iliaque) et des côtes suit, avec une fréquence
avoisinant 8 % pour chacune.
Le crâne, les côtes et l’os iliaque sont
plus fréquemment atteints chez l’adulte, alors que l’atteinte
du crâne et des os longs prédomine chez l’enfant.
Les os courts
des mains et des pieds sont moins fréquemment atteints.
B - LOCALISATIONS SUR UNE PIÈCE OSSEUSE
:
1- Crâne et massif facial
:
La voûte est la partie qui est le plus fréquemment touchée.
La table
interne est moins souvent touchée que la table externe et reste
pendant longtemps épargnée.
Les autres localisations préférentielles
du GE sont la région mastoïdienne et le rebord orbitaire supérieur.
La localisation à la selle turcique peut aboutir à l’atteinte de l’axe hypothalamohypophysaire.
L’atteinte mandibulaire peut
prédominer à la racine des dents, aboutissant à la complication
redoutable de dents flottantes.
2- Rachis
:
Le segment dorsal est le plus fréquemment touché, suivi par les
segments lombaire et cervical.
La lésion siège souvent au corps
vertébral.
Le disque intervertébral est épargné.
L’arc postérieur
de la vertèbre est moins souvent atteint.
La localisation vertébrale
peut être unique ou multiple, envahissant des vertèbres adjacentes
ou éloignées.
3- Os longs
:
Le siège préférentiel du GE est la diaphyse (surtout dans sa partie
proximale pour le fémur et l’humérus).
La lésion est souvent
médullaire. Les localisations corticales sont exceptionnelles.
L’atteinte métaphysaire est plus rare, mais possible.
L’épiphyse peut
être le siège de lésions d’HCL, mais son atteinte est exceptionnelle.
En fait, la localisation épiphysaire est surtout rencontrée dans
les formes disséminées, présentant un tableau clinique similaire à
celui des hémopathies malignes.
La physe peut être atteinte, soit
d’emblée par une lésion épiphysométaphysaire, soit secondairement
par l’extension d’une lésion métaphysaire à l’épiphyse, et
inversement.
4- Os iliaque
:
La localisation supra-acétabulaire est la plus fréquente.
5- Côtes
:
Les lésions prédominent à l’arc postérieur, en « plein corps » de la
côte.
Étude clinique :
A - FORME HABITUELLE :
ATTEINTE OSSEUSE ISOLÉE OU GE DES OS
Le GE de l’os peut rester longtemps asymptomatique.
En effet, dans
certaines formes à localisations osseuses multiples, il n’est pas rare
de découvrir, sur le bilan radiologique du squelette entier, des
lésions osseuses cliniquement muettes.
Cependant, la plupart des GE sont symptomatiques, avec un délai moyen de 8 mois entre le
début des symptômes et le diagnostic.
La douleur est le motif de consultation le plus fréquent.
Elle n’a pas
de caractère particulier, quoique pouvant présenter une exacerbation
nocturne dans un pourcentage non négligeable de cas.
Elle siège
souvent en regard de la lésion, mais peut revêtir le caractère d’une
douleur irradiée.
Dans les atteintes osseuses de la voûte
crânienne, elle peut se manifester sous la forme d’une céphalée.
Dans les lésions rachidiennes, elle peut se présenter sous la forme
d’une douleur radiculaire, témoignant d’un conflit contenant-contenu.
Le deuxième signe par ordre de fréquence est la présence d’une
tuméfaction.
Il s’agit d’un mode de présentation plus fréquent chez
l’enfant que chez l’adulte.
La tuméfaction témoigne de l’importance
de la réaction ou de l’envahissement des parties molles.
Elle est plus
nette dans les localisations superficielles.
Un écoulement du conduit auditif externe peut être le symptôme
révélateur d’une lésion de l’os temporal.
La boiterie peut être en rapport avec une lésion diaphysaire ou
métaphysaire douloureuse, ou avec une réaction articulaire à une
localisation épiphysaire.
La fracture pathologique, comme mode de révélation, est rare en
dehors des tassements vertébraux.
Cependant, certains patients consultent pour une cyphose
douloureuse, rarement angulaire, en rapport avec le collapsus du
corps vertébral dû à son envahissement.
La déformation en
scoliose est rare, étant donné que l’effondrement vertébral est
souvent homogène dans le plan frontal.
Des signes neurologiques peuvent faire partie du tableau clinique
initial ou apparaître plus tard, en rapport avec une compression
médullaire ou radiculaire secondaire à un tassement vertébral et un
recul du mur postérieur.
B - FORMES PARTICULIÈRES :
1- Histiocytose à cellules de Langerhans chronique
disséminée ou maladie de Hand-Schüller-Christian :
Elle est rare et survient souvent chez les enfants entre 3 et 5 ans,
rarement après l’âge de 15 ans.
Elle est caractérisée par une triade clinique comprenant : exophtalmie (souvent unilatérale), diabète
insipide et lésions osseuses lytiques.
Même si l’atteinte osseuse est
souvent la règle, son absence n’est pas suffisante pour éliminer le
diagnostic s’il existe d’autres signes de dissémination tels que
anémie, splénomégalie, fatigabilité, perte de poids et
adénopathies.
Les localisations osseuses les plus fréquentes sont
le crâne, le fémur, le bassin, le rachis, les côtes, le tibia et l’humérus.
En plus de l’atteinte du squelette, la maladie atteint la peau, les
muqueuses orales et génitales, les poumons, les ganglions
lymphatiques, le foie, la rate, les reins et le cerveau.
Les symptômes liés à l’atteinte osseuse sont modérés et lentement
évolutifs, mais les lésions peuvent atteindre des tailles importantes
dans les os et les tissus mous avoisinants, en rapport avec la
chronicité de la maladie.
Tous les os peuvent être le siège d’une
lésion douloureuse et expansive qui se manifeste cliniquement, en
fonction du siège, comme un GE solitaire (douleur, tuméfaction,
céphalée, écoulement auditif externe, boiterie, cyphose, signes
neurologiques, etc).
2- Histiocytose à cellules de Langerhans aiguë
ou subaiguë disséminée ou maladie de Letterer-Siwe :
Elle est très rare et survient presque toujours avant l’âge de 3 ans.
Elle atteint rapidement, d’une façon systémique et diffuse, tous les
organes du système réticuloendothélial, les ganglions lymphatiques,
la rate, le foie, le thymus, la peau, les muqueuses et la moelle
osseuse.
Elle a peu d’intérêt orthopédique.
En effet, la localisation
au squelette n’atteint pas le seuil de l’évidence clinicoradiologique,
d’une part parce que les lésions sont micronodulaires, et d’autre part
parce que la rapidité de son évolution, souvent mortelle, ne permet
pas aux ostéolyses d’atteindre le seuil de visualisation radiologique.
Les symptômes sont similaires à ceux d’une hémopathie
maligne : fièvre, adénopathies généralisées, hépatosplénomégalie,
éruptions cutanées, syndrome hémorragique, infections à répétition,
atteinte pulmonaire et des voies aériennes supérieures.
Les
symptômes orthopédiques sont rares.
Quand ils existent, ils sont
minimes, souvent dilués par le tableau général.
Étude radiologique :
A - FORME HABITUELLE TYPIQUE
:
À l’opposé de la plupart des tumeurs osseuses, le GE ne possède
pas d’image radiologique typique. Cette dernière dépend de la
localisation, du substratum anatomique de la lésion et de son mode
évolutif histopathologique.
Elle varie considérablement selon le
stade évolutif et la vitesse d’évolution.
Les principales méthodes d’exploration radiologique du GE sont la
radiologie conventionnelle, l’imagerie par résonance magnétique
(IRM) et la tomodensitométrie (TDM).
La scintigraphie osseuse est
utilisée pour l’exploration locale dans les formes atypiques, et
parfois dans le bilan d’extension générale, pour rechercher des
lésions à distance.
1- Radiologie conventionnelle
:
Le GE de l’os est essentiellement lytique et se présente comme une
image lacunaire, le plus souvent médullaire.
Sa taille
varie de quelques millimètres à plusieurs centimètres.
Il n’est pas
exceptionnel d’assister à une ostéolyse mouchetée ou à la présence
d’un fragment osseux séquestré au sein de la lacune.
La plage
d’ostéolyse a des limites souvent nettes, avec ou sans liseré
d’ostéocondensation, d’épaisseur variable. Une réaction périostée
uni- ou plurilamellaire est présente dans un tiers des cas, avec ou
sans fracture.
Ceci est plus particulièrement vrai pour les
localisations diaphysaires chez l’enfant.
Cette réaction forme au
début des couches minces, floues, et parfois superposées en « bulbe
d’oignon », puis elle devient mature et forme une coquille dense.
D’autres aspects radiologiques peuvent se rencontrer, allant
d’une image d’allure manifestement bénigne à une lésion agressive
faisant évoquer une tumeur maligne : lésion expansive d’un os long
avec scalloping endostéal et soufflure corticale, épaississement
corticopériosté majeur, rupture corticale avec invasion des tissus
mous, réaction périostée anarchique, tassement vertébral….
2- Imagerie par résonance magnétique
:
Elle permet d’affiner l’analyse de l’expansion tridimensionnelle de
la tumeur dans la moelle et les parties molles avoisinantes.
La lésion
elle-même présente un signal d’intensité intermédiaire ou un hypersignal en images pondérées T1, alors qu’elle apparaît souvent
en hypersignal en images pondérées T2, avec une prise du contraste
après injection de gadolinium.
Au début de l’évolution, un oedème
étendu et mal limité de la moelle osseuse et des tissus mous
avoisinants est présent sous forme d’hypersignal en T2.
Un bord endostéal en hyposignal est souvent synonyme d’un début de
consolidation. L’IRM peut montrer des lésions non visibles à la
radiographie standard.
3- Tomodensitométrie :
Elle est utile pour apprécier l’importance de la destruction osseuse,
la rupture corticale, la réaction périostée et, à moindre degré que
l’IRM, l’extension dans les parties molles.
Elle sert surtout à l’étude
de la structure osseuse de zones particulières comme la base du
crâne, le rachis et les ceintures.
4- Scintigraphie osseuse
:
Cet examen a perdu de sa valeur dans le bilan radiologique des
lésions osseuses de l’HCL, à cause du taux élevé de faux négatifs.
En effet, 35 % uniquement des lésions osseuses
radiologiquement visibles rapportés par Parker et al fixent le
traceur, contre 65 % dans le travail de Siddiqui et al.
B - ASPECTS RADIOLOGIQUES EN FONCTION
DU STADE ÉVOLUTIF
:
Afin de mieux appréhender cette grande diversité dans la
présentation radiologique du GE, Mirra et Gold ont proposé une
classification radiologique fondée sur des critères évolutifs :
– lésion débutante : large zone de transition avec l’os sain, absence
d’ostéocondensation périphérique, présence d’une ou de plusieurs
appositions périostées parallèles ;
– phase intermédiaire : zone de transition rétrécie, fin liseré
d’ostéocondensation et réaction périostée ; le tassement vertébral est
rattaché à cette phase ;
– phase tardive : sclérose périphérique épaisse, sans apposition périostée.
C - ASPECTS RADIOLOGIQUES PARTICULIERS
EN FONCTION DE LA LOCALISATION
:
1- Crâne et massif facial
:
L’image radiologique est celle d’une plage d’ostéolyse plus ou moins
étendue, arrondie ou polycyclique, aux limites nettes, souvent sans
liséré de sclérose périphérique, surtout au début de l’évolution.
Les coupes TDM permettent de confirmer l’atteinte presque
constante de la table externe, avec une table interne souvent
épargnée.
Un aspect de « trou dans le trou » ou un aspect de lacune
osseuse biseautée peuvent témoigner de l’atteinte différée des deux
tables. Un séquestre osseux est parfois visible à l’intérieur de la
plage d’ostéolyse.
2- Rachis :
La lésion initialement lytique se complique d’une fracture
pathologique, avec effondrement du corps vertébral et son
aplatissement, aboutissant ainsi à une bande osseuse dense, la vertebra plana, considérée comme presque pathognomonique du
diagnostic de GE.
Les deux structures discocartilagineuses
sus- et sous-jacentes sont épargnées et viennent au
contact l’une de l’autre, séparées par la vertebra plana.
Le collapsus
vertébral est souvent symétrique et homogène, provoquant une
cyphose centrée sur la vertèbre tassée, sans ou avec une inflexion
latérale minime.
L’atteinte de l’arc postérieur peut être
plus ou moins étendue.
À l’opposé de l’atteinte du corps vertébral
et de l’aspect dense caractéristique de la vertebra plana, elle prend
un aspect lytique pouvant aboutir, dans les cas extrêmes, à l’aspect
radiologique de l’arc postérieur « fantôme ».
Deux vertèbres
adjacentes peuvent être atteintes dans certains cas.
3- Os longs
:
Dans les localisations diaphysaires (les plus fréquentes) et chez
l’enfant, la lésion est le plus souvent médullaire, avec une réaction périostée assez active, parfois multilamellaire en « bulbe d’oignon ».
Cette dernière est moins intense dans les localisations
métaphysaires.
4- Os plats :
À l’os iliaque (région supra-acétabulaire), l’épaississement cortical
et la réaction périostée sont absents ou très discrets, surtout au début
de l’évolution.
En revanche, il existe des degrés variables de
destruction corticale, avec un syndrome de masse dans les parties
molles.
Ceci est également observé dans les lésions costales.
Les
atteintes de la clavicule, de la scapula et du sternum ne présentent
pas de particularités.
D - ASPECTS RADIOLOGIQUES PARTICULIERS
EN FONCTION DE LA FORME CLINIQUE
:
1- Maladie de Hand-Schüller-Christian
:
Il existe des lésions ostéolytiques multiples, parfois très étendues.
Une importante ostéocondensation périphérique avec réaction
périostée sont présentes et témoignent de la chronicité de l’affection.
Au crâne, les lésions ont un aspect géographique typique. Aux os
longs, il existe une augmentation de l’atteinte métaphysaire et épiphysaire par rapport à ce que l’on observe avec le GE où les
localisations diaphysaires sont plus fréquentes.
2- Maladie de Letterer-Siwe :
Les lésions osseuses sont rarement visibles à la radiographie
standard.
Parfois, de multiples lésions osseuses lytiques disséminées
de petite taille sont visibles, surtout au crâne, au bassin et aux
fémurs.
Bilan d’extension :
Chez un grand enfant ou un adolescent, la découverte au crâne ou à
la diaphyse fémorale d’une lésion osseuse lytique présentant les
caractéristiques cliniques et radiologiques les plus fréquentes d’un GE, ou d’un tassement vertébral en vertebra plana, ne nécessite le
plus souvent qu’un bilan d’extension limité en première intention :
squelette complet à la recherche d’autres lésions osseuses à distance,
bilan hépatique, et hémogramme.
A - EXTENSION LOCALE :
Elle est évaluée à l’aide de la radiographie conventionnelle, l’IRM et
la TDM.
B - EXTENSION GÉNÉRALE :
La scintigraphie osseuse, bien qu’associée à un pourcentage élevé
de faux négatifs, continue à être pratiquée dans le bilan d’extension
initial, à la recherche de localisations osseuses multiples.
Elle est
parfois avantageusement remplacée par des radiographies du
squelette complet.
En dehors des localisations osseuses, l’HCL
atteint plusieurs systèmes et organes qui présentent des précurseurs
des cellules de Langerhans ou leur expression. Ainsi, chez un enfant de 2 à 3 ans, la découverte d’une lésion osseuse doit faire rechercher
l’envahissement viscéral à distance.
1- Système respiratoire
:
L’atteinte pulmonaire isolée est exceptionnelle, mais elle fait souvent
partie des formes disséminées multiorganes (35 à 50 % des cas).
Elle
s’accompagne de signes cliniques non spécifiques, graves chez
l’enfant jeune, et beaucoup plus favorables chez l’enfant plus grand.
En l’absence de symptômes pulmonaires, une simple radiographie
des poumons de face et de profil est demandée.
En revanche, la
présence de signes fonctionnels respiratoires ou d’un syndrome
interstitiel radiologique doit faire pratiquer une TDM thoracique,
des épreuves fonctionnelles respiratoires, une épreuve de diffusion
de l’oxyde de carbone et un lavage bronchoalvéolaire avec
recherche et quantification de cellules de Langerhans CD1a+.
2- Système endocrinien
:
Le diabète insipide en est la manifestation la plus fréquente, et
son incidence varie de 15 à 50 % selon les séries.
Il traduit un
dérèglement du fonctionnement normal de l’axe hypothalamohypophysaire.
Bien que plus spécifique aux atteintes
disséminées, son association aux formes osseuses isolées (solitaires
ou multiples) n’est pas impossible. Son étiopathogénie n’est pas
univoque.
Un déficit en hormone de croissance, un
hypogonadisme et un retard pubertaire ont été rapportés dans
certains cas.
Dans le cas d’une atteinte en apparence multiorgane,
chez un enfant de 1 à 5 ans, un examen clinique complet doit être
fait, avec une courbe de croissance staturopondérale, une cotation
clinique du stade pubertaire, la diurèse des 24 heures, une
osmolarité sanguine et urinaire sur les urines du matin.
La
confirmation diagnostique du diabète insipide n’est apportée que
par le test de restriction hydrique, montrant le défaut de
concentration des urines, et le test au 1-désamino-8-D-arginine
vasopressine (dDAVP) montrant l’origine haute de la polyurie.
S’il
y a un ralentissement de la courbe de croissance, une IRM
cérébrale avec étude de l’hypophyse doit être faite, ainsi qu’un
dosage de la growth hormone (GH), de la thyroid stimulating hormone
(TSH) et du cortisol à jeun.
3- Téguments :
Ils sont concernés dans un pourcentage non négligeable des cas
(35 à 40 %).
L’atteinte tégumentaire la plus fréquente est l’éruption vésiculopustulaire de la région rétroauriculaire du scalp, suivie par
l’atteinte de la peau des creux axillaires, des mains et des pieds.
Un
examen clinique minutieux de la peau doit faire partie du bilan
d’extension de l’HCL.
4- Sphère oto-rhino-laryngologique
:
Une perte prématurée des dents, ou au contraire une apparition
précoce de la dentition, une tuméfaction mandibulaire palpable et
douloureuse, une otite chronique, une ulcération muqueuse sont
autant d’atteintes oto-rhino-laryngologiques (ORL) rencontrées au
cours de l’HCL. Elles sont présentes dans 15 % des cas.
Un examen
ORL minutieux est nécessaire.
Dans le cas où une otite chronique ou
une lésion du conduit auditif externe est découverte, un
audiogramme et une TDM des rochers sont pratiqués.
5- Système digestif :
L’infiltrat histiocytaire du foie et de l’intestin n’est pas exceptionnel
(10 à 15 %).
Il en résulte une insuffisance hépatique, et parfois même
une hypertension portale, avec un syndrome de malabsorption.
Un
bilan hépatique biologique avec étude des transaminases et du taux
de prothrombine, ainsi qu’une échographie hépatique, sont
nécessaires dans le bilan d’extension initial d’une HCL en apparence
disséminée.
Si ce bilan est perturbé et que l’hémostase le permet, une ponction-biopsie hépatique peut être proposée pour confirmer
l’atteinte histiocytaire.
En cas de diarrhée et/ou d’exsudation, une
biopsie digestive est pratiquée.
6- Thymus et ganglions lymphatiques
:
Tous les ganglions lymphatiques peuvent être atteints, surtout les
ganglions cervicaux.
Leur atteinte domine exceptionnellement le
tableau clinique initial et se trouve souvent associée à l’atteinte
d’autres systèmes.
7- Système hématopoïétique :
Son atteinte (environ 10 %) se manifeste par une leucopénie, une
anémie et une thrombocytopénie, qui traduisent d’une part un
hypersplénisme par infiltrat histiocytaire de la rate, et d’autre part
une production diminuée des éléments figurés du sang, par atteinte
de la moelle osseuse.
Une étude des sous-populations
lymphocytaires, avec myélogramme et si possible immunomarquage
par le CD1a, doivent être faits si la numération formule sanguine
est perturbée.
8- Système nerveux :
L’atteinte centrale ou périphérique est en rapport, soit avec un
infiltrat histiocytaire des leptoméninges, soit par extension à partir
des lésions osseuses.
Elle est rare et varie de 1 à 5% selon les séries.
Elle est plus fréquente dans les formes multiviscérales disséminées,
mais a été également observée dans les formes osseuses isolées à
localisations multiples.
Cette atteinte peut être fortuite et n’être
découverte qu’à l’IRM cérébrale pratiquée au cours du bilan
d’extension.
Il est exceptionnel que le symptôme révélateur de la
maladie soit neurologique.
Anatomie pathologique :
A - BIOPSIE :
Elle doit être pratiquée uniquement en cas de doute diagnostique.
Dans les formes à localisations osseuses multiples ou dans les
formes disséminées multiorganes, elle doit s’adresser à la lésion la
plus accessible (membres, côtes…).
Le choix de la technique doit
être fait en collaboration entre chirurgien, radiologue et pathologiste.
Elle est faite à ciel ouvert si la biopsie à l’aiguille ou au trocart avec ou sans contrôle TDM n’est pas susceptible de
ramener suffisamment de matériel tumoral pour l’étude
histologique, le but étant d’être le moins agressif possible.
Un
spécimen est également envoyé systématiquement en bactériologie
pour culture sur milieux aérobies et anaérobies.
En cas de vertebra
plana typique isolée, la biopsie n’est pas nécessaire, d’autant que
même si elle est faite à ciel ouvert, il n’est pas sûr que le matériel
ramené soit utile au diagnostic.
En cas de vertebra plana atypique,
elle sert à éliminer d’autres diagnostics (sarcome d’Ewing,
lymphome, etc).
B - ASPECTS MACROSCOPIQUES ET MICROSCOPIQUES
:
Selon la forme clinique, les lésions osseuses peuvent être solitaires
ou multiples.
1- Macroscopie :
Le tissu lésionnel est le plus souvent de couleur jaune-brun et de
consistance molle.
Dans certaines formes évoluées, la lésion apparaît
grisâtre, de consistance fibreuse.
2- Microscopie :
Ceci correspond, dans les formes précoces, à une prolifération
cellulaire pléomorphe où l’on retrouve des cellules
pathognomoniques de Langerhans, mais aussi des lymphocytes, des
neutrophiles, des histiocytes, des fibroblastes et un nombre variable
d’éosinophiles.
Des macrophages spumeux (chargés en lipides)
et des sidérophages (macrophages chargés en pigment
d’hémosidérine) peuvent également être observés.
Les cellules de Langerhans sont de grosses cellules histiocytaires, d’aspect ovalaire
ou d’aspect arrondi à noyaux vésiculaires réniformes, parfois
indentés, et à cytoplasme grisâtre, abondant.
Elles sont parfois
regroupées en amas ; parfois elles infiltrent le tissu de manière
individuelle.
Des formes binucléées ou multinucléées
de ces cellules peuvent être présentes.
Il est à noter que ces cellules
sont abondantes dans les lésions prolifératives précoces et
qu’elles se raréfient dans les lésions cicatricielles évoluées.
Par ailleurs, les éosinophiles
peuvent être totalement absents de la lésion dans environ 10 %
des cas.
3- Immunohistochimie :
Bien que la lésion puisse le plus souvent être reconnue sur
l’histopathologie de routine, l’immunohistochimie est parfois utile
au diagnostic.
En effet, le morphotype des cellules de Langerhans peut être confirmé sur coupe en paraffine par un profil
immunohistochimique particulier : positivité aux anticorps dirigés
contre le CD68, la protéine S-100, et le CD1a, et absence de réactivité
aux anticorps dirigés contre le lysozyme.
4- Microscopie électronique :
Elle est, en revanche, exceptionnellement utilisée dans un but
diagnostique.
Elle est toutefois pathognomonique lorsqu’elle met en
évidence, dans les cellules de Langerhans, des bâtonnets granulaires
striés à extrémité renflée en « raquette de tennis » appelés granules
de Birbeck.
C - CRITÈRES DIAGNOSTIQUES HISTOLOGIQUES
:
Le Writing group of the histiocyte society a établi les critères
histologiques essentiels au diagnostic.
– Diagnostic présomptif : aspect anatomopathologique très explicite.
– Diagnostic manifeste : aspect anatomopathologique très explicite,
avec au moins deux des critères suivants :
– ATPase + ;
– S-100 protéine + ;
– D-mannosidase + ;
– fixation de Peanut Lectine.
– Diagnostic certain : granules de Birbeck en microscopie
électronique ou CD1a antigène +.
Diagnostic différentiel :
A - RADIOLOGIQUE
:
Dans les formes osseuses isolées et solitaires des membres, le
diagnostic différentiel se pose avec plusieurs lésions lytiques du
squelette.
Les deux diagnostics différentiels les plus fréquents d’une
lésion diaphysaire sont l’ostéomyélite et le sarcome d’Ewing.
À
l’opposé du sarcome d’Ewing, et d’une façon comparable à
l’ostéomyélite, les lamelles de réaction périostée sont plus épaisses
que les lignes radiotransparentes qui les séparent.
Les rares atteintes épiphysaires peuvent simuler un chondroblastome.
Devant un aspect en vertebra plana, les diagnostics différentiels sont
le sarcome d’Ewing, le lymphome ou une métastase de
neuroblastome.
Dans les formes disséminées, le diagnostic différentiel se pose
essentiellement avec les leucoses et les métastases disséminées de neuroblastome.
B - ANATOMOPATHOLOGIQUE :
Bien que la biopsie ne soit pas toujours indispensable au diagnostic,
ce dernier ne peut être affirmé avec certitude qu’après une preuve
histologique.
Le diagnostic différentiel se pose en premier lieu avec l’ostéomyélite
du fait de la présence dans cette lésion de lymphocytes, de
polynucléaires, d’histiocytes et de fibroblastes.
Toutefois, les
éosinophiles sont rarement observés dans l’ostéomyélite et les
cellules de Langerhans y sont inexistantes.
Une lésion d’histiocytose à un stade avancé peut évoquer
histologiquement un fibrome non ossifiant (ou lacune osseuse
métaphysaire).
Cependant, on observe dans ce cas une disposition
fasciculée ou tourbillonnante des fibroblastes, ce qui n’est pas
retrouvé dans l’histiocytose.
Une lésion cellulaire d’histiocytose peut évoquer un lymphome à
grandes cellules. Toutefois, l’immunomarquage permet de redresser
le diagnostic.
L’histiocytose sinusale avec lymphadénopathie massive (maladie de
Rosai et Dorfman) primitive de l’os présente également de
nombreuses cellules histiocytaires de grande taille.
Ces histiocytes
sont toutefois dépourvus des caractéristiques morphologiques
typiques des cellules de Langerhans et montrent souvent des signes
de phagocytose lymphocytaire intracytoplasmique (empéripolèse).
Au besoin, l’immunohistochimie (ces histiocytes expriment le CD68,
le lysozyme et parfois la protéine S-100, mais non le CD1a) ou la
microscopie électronique peuvent être d’un appoint au diagnostic.
Traitement
:
A - GRANULOME ÉOSINOPHILE :
Le GE osseux solitaire ou multiple présente souvent une évolution
spontanément favorable.
En effet, plusieurs cas de
guérison spontanée sont rapportés dans la littérature, au prix parfois
de récidives locales.
Même de nouvelles lésions osseuses qui
apparaissent en cours d’évolution de la maladie peuvent avoir la
même évolution favorable spontanée.
D’autres, en revanche,
peuvent augmenter de taille ou évoluer en une forme disséminée.
Quoi qu’il en soit, quand le diagnostic de GE a été porté, les deux
problèmes préoccupants sont la fragilisation locale du segment
osseux concerné, en fonction de sa localisation, et les risques
encourus par une éventuelle extension dans les parties molles.
1- Fragilisation osseuse :
Elle concerne essentiellement les localisations rachidiennes et les
localisations aux épiphyses ou aux métaphyses portantes.
Le
traitement par corset ou minerve, en fonction du segment rachidien
intéressé, a un but antalgique et serait également indiqué pour
limiter l’évolution d’un tassement vertébral débutant.
Dans certains
cas de vertebra plana avérée, surtout chez le jeune enfant, le port
d’un corset anticyphose, en hyperextension, pourrait contribuer à la
reconstruction du corps vertébral, sans que ceci ne soit démontré
avec certitude.
Pour les épiphyses et métaphyses portantes, le
traitement varie de la simple mise en décharge à l’ostéosynthèse
préventive, avec ou sans curetage et greffe osseuse.
En fait, la
biopsie à ciel ouvert un peu élargie peut correspondre à un curetage.
Il faut en revanche éviter des gestes inutilement dangereux, comme
le fait de traverser une physe, de cureter une épiphyse ou d’ouvrir
largement une articulation pour cureter une lésion épiphysaire.
2- Extension dans les parties molles
:
Elle peut être rapide et représente un signe de gravité du GE.
Une menace ou une compression des éléments nobles du voisinage peuvent justifier une chirurgie de décompression ou un traitement
local ou général par des corticoïdes.
En effet, un GE
vertébral, qu’il soit antérieur ou postérieur, peut entraîner des signes
neurologiques, tant par l’extension vers la moelle épinière et les
racines nerveuses que par l’inflammation et l’oedème réactionnels
au processus tumoral.
Le traitement par les corticoïdes peut être
utile pour réduire la composante liée à l’inflammation. Cependant,
il n’existe aucune preuve scientifique que ce type de traitement
modifie l’histoire naturelle du GE.
L’utilisation de traitements plus agressifs tels que la chimiothérapie
et la radiothérapie n’est pas justifiée dans le GE solitaire, compte
tenu de la bénignité de cette tumeur, de son potentiel de régression
spontanée et du taux relativement élevé de complications liées à ces
deux modalités thérapeutiques.
La chimiothérapie est parfois
utilisée dans de très rares formes de GE à localisations osseuses
multiples, d’évolution fulminante, même en l’absence d’atteinte
viscérale.
Cependant, il n’existe aucune preuve statistiquement
significative quant à son efficacité, d’autant plus qu’elle n’empêche
pas l’apparition de nouvelles lésions, même pendant la période du
traitement.
Le traitement du GE osseux le plus accepté reste, au plus, la biopsie
élargie, sinon l’abstention ou l’injection locale de corticoïdes.
En effet, le chirurgien profite de la biopsie pratiquée
dans un but diagnostique pour effectuer un curetage de la lésion, le
plus souvent sans greffe osseuse, ou de la ponction biopsique
pour injecter directement des corticoïdes dans la lésion.
La
reconstruction osseuse se fait spontanément dans les mois ou les
années qui suivent.
B - MALADIE DE HAND-SCHÜLLER-CHRISTIAN
:
Les traitements locaux sont rarement utilisés.
À l’instar du
traitement du GE, une injection locale de corticoïdes est parfois
indiquée pour certaines lésions osseuses symptomatiques, mais sans
grande preuve d’efficacité.
La chirurgie d’exérèse ou de
décompression est réservée à certaines lésions symptomatiques et
accessibles, surtout celles entraînant des répercussions sur les
organes de voisinage (compression médullaire par un GE vertébral,
par exemple).
La radiothérapie est exceptionnellement utilisée et
doit être réservée aux lésions osseuses douloureuses ou compliquées
inaccessibles au traitement chirurgical.
Cependant, le traitement des lésions osseuses de la HSC fait souvent
partie du traitement de la maladie elle-même, qui est souvent
systémique : administration de corticoïdes par voie générale,
chimiothérapie utilisant de multiples agents anticancéreux,
etc.
Des antibiotiques sont parfois utilisés pour les lésions
muqueuses ulcérées et les infections surajoutées.
La pitressine est
utilisée pour le contrôle du diabète insipide. Les anti-inflammatoires
non stéroïdiens ont été utilisés par certains.
Néanmoins, la récurrence de lésions anciennes ou l’apparition de
nouvelles lésions ne sont pas exceptionnelles, parfois même pendant
la durée du traitement et quelle que soit la méthode thérapeutique
utilisée, rendant nécessaire l’évaluation du risque encouru avant son
application.
C - MALADIE D’ABT-LETTERER-SIWE
:
Elle présente peu ou pas d’intérêt orthopédique.
En effet, il est très
rare qu’une localisation osseuse soit au premier plan et nécessite un
traitement spécifique.
La prise en charge des lésions osseuses fait
partie de celle de la maladie systémique, qui comprend la
chimiothérapie, les antibiotiques, les transfusions, les
corticostéroïdes et la greffe de moelle osseuse.
La réponse au
traitement est variable, ce qui doit être pris en considération lors du
choix de la méthode à utiliser, compte tenu de sa iatrogénicité.
Évolution et pronostic
:
L’évolution de l’HCL dépend de plusieurs facteurs, cliniques,
radiologiques et histologiques.
Cependant, aucun de ces facteurs
n’a une valeur prédictive absolue de l’évolution qui reste variable et
imprévisible d’un patient à l’autre.
Il semblerait néanmoins que
le pronostic est globalement lié à la forme clinique de la maladie.
En
effet, le GE osseux solitaire ou multiple sans atteinte viscérale est
une affection bénigne, souvent spontanément résolutive, sans le
recours à des thérapies complexes.
L’involution « semi-spontanée »
(après une simple biopsie diagnostique) d’une lésion diaphysaire
d’un os long n’est pas rare et la reconstruction spontanée de la
hauteur vertébrale est fréquente, proportionnelle au jeune âge du
patient au moment de l’atteinte.
La HSC présente une
gravité intermédiaire et nécessite souvent le recours à des
traitements systémiques.
La LS présente l’évolution la plus
défavorable, quelle que soit la modalité thérapeutique utilisée.
Cependant, cette impression pronostique n’est pas absolue, étant
donné la grande variabilité de présentation clinique au sein d’un
même groupe.
En effet, il n’est pas exceptionnel que des formes
purement osseuses se transforment en HCL diffuse ; ce passage se
fait essentiellement dans les 2 ans suivant le diagnostic initial, et
d’autant plus possible que l’enfant est jeune au moment du
diagnostic initial.
D’autre part, des récurrences osseuses locales
peuvent survenir plusieurs années après l’atteinte initiale.
Kilpatrick
et al rapportent une récurrence survenue 13 ans après la
localisation initiale.
Plus encore, des formes disséminées d’emblée
peuvent présenter une rémission spontanée et une forme localisée
(GE) peut au contraire avoir une évolution défavorable et très
rapide.
Lahey considère comme facteur de mauvais pronostic l’atteinte des
fonctions de trois organes : le foie, le poumon et le système
hématopoïétique.
Les trois critères pronostiques les plus importants
pour Lavin et Osband sont l’âge du patient au moment du
diagnostic, le nombre de viscères ou de systèmes atteints et le
dysfonctionnement d’organes, l’atteinte d’un organe n’étant pas
nécessairement synonyme de l’altération de sa fonction.
Ainsi, un
âge inférieur à 2 ans au moment du diagnostic, un nombre d’organes
atteints supérieur à quatre et la présence d’un dysfonctionnement
d’organes représentent pour les auteurs des facteurs de mauvais
pronostic.
Des études récentes confirment ces facteurs
pronostiques, mais le facteur le plus significatif reste pour leurs
auteurs la réponse au traitement initial.
Il ressort de ces différentes études que l’atteinte osseuse, qu’elle soit
unique ou multiple, n’influence pas le résultat final, quel que soit le
traitement.
L’utilisation de traitements agressifs par voie locale
(radiothérapie) et/ou générale (chimiothérapie) n’est donc pas
justifiée, surtout si l’on met en balance leur efficacité incertaine et
leur haute iatrogénicité.
Les tassements vertébraux symétriques ou asymétriques
représentent la séquelle osseuse à long terme la plus fréquente de
l’HCL.
Les autres séquelles osseuses proprement dites, si l’on ne
tient pas compte des conséquences de compression de voisinage par
la lésion osseuse, restent très souvent iatrogènes : fracture
pathologique secondaire au curetage élargi d’une lésion, stimulation
de la croissance osseuse par abord répété d’un os long, stérilisation
partielle ou totale d’un cartilage de croissance en rapport avec une
tentative de curetage d’une lésion épiphysaire ou épiphysométaphysaire,
sarcome radio-induit, complications de la
chimiothérapie sur le métabolisme osseux et la fonction de la moelle
osseuse, pour n’en citer que les plus fréquentes.
Conclusion
:
L’HCL comprend trois groupes de maladies variables dans la
présentation, l’évolution, le traitement et le pronostic.
Le GE désigne souvent l’atteinte osseuse isolée solitaire ou multiple.
Il
peut atteindre tous les os mais semble plus fréquent au massif craniofacial, au rachis et aux os longs, surtout en zone diaphysaire.
Son
évolution est souvent favorable, spontanément ou suite à un simple curetage biopsique a minima.
Ses complications les plus redoutables
sont la fragilisation osseuse et l’extension vers les tissus nobles de
voisinage.
L’utilisation de thérapies lourdes est démesurée par rapport à
sa relative bénignité.
La HSC est une forme chronique disséminée et associe à l’atteinte
osseuse celle d’autres organes et viscères.
Son évolution est moins
favorable que celle du GE et nécessite souvent l’utilisation de thérapies
systémiques lourdes ayant une efficacité variable mais une iatrogénicité
locale et générale certaine.
La LS est la forme aiguë fulminante, survenant chez le petit enfant.
Elle
présente peu d’intérêt orthopédique.
Son traitement est systémique,
mais l’évolution est souvent défavorable.