Granulomes cutanés palissadiques Cours de dermatologie
Introduction
:
Les granulomes palissadiques (GP) sont un cadre
anatomopathologique rassemblant des affections de nature variée.
Leur point commun est une image histologique appelée « granulome
palissadique ».
Les plus fréquentes sont :
– le granulome annulaire (GA) (et le granulome actinique) ;
– la nécrobiose lipoïdique (et la granulomatose disciforme de
Miescher) ;
– les nodules rhumatoïdes (et nodules rhumatismaux et ceux de la
maladie de Still) ;
– le xanthogranulome nécrobiotique ;
– la dermatite interstitielle granulomateuse ;
– les granulomes nécrosants extravasculaires.
Certaines maladies granulomateuses, habituellement non
palissadiques, peuvent exceptionnellement former des palissades :
réaction à corps étranger, dermatoses infectieuses.
Le diagnostic peut être aisé cliniquement, confirmé par l’examen
histologique.
Dans bon nombre de cas, cependant, seule une
confrontation des aspects histologiques observés aux lésions
cliniques et au contexte pathologique permet une approche
diagnostique satisfaisante.
Définition
:
Les dermatoses regroupées sous le terme de « granulome
palissadique » sont caractérisées par la présence d’un infiltrat
inflammatoire dermohypodermique majoritairement constitué
d’histiocytes (« granulome histiocytaire » appelé simplement
« granulome » par les Anglo-Saxons).
Ils se regroupent et s’alignent
pour former des « palissades » plus ou moins bien définies autour
ou au contact de plages d’altération du tissu conjonctif appelée
« nécrobiose » dont la nature exacte n’est pas connue.
Ces plages
montrent une détérioration des faisceaux collagènes (fragmentation,
épaississement avec hyalinisation) et parfois élastiques, mais
également une régénération et une apparition de néofaisceaux.
La disposition palissadique des histiocytes doit être distinguée d’une
simple disposition interstitielle, sans organisation particulière,
fréquemment observée dans ces pathologies.
Si celle-ci n’est pas
associée à des altérations conjonctives, elle oriente alors vers d’autres
affections.
Quatre types de GP peuvent être individualisés en fonction de
l’architecture de la lésion :
– GP classique : les histiocytes s’alignent pour former une
« palissade » entourant une plage de nécrobiose (le plus souvent
éosinophile) ;
– granulome tuberculoïde avec nécrobiose : les histiocytes forment de
véritables granulomes tuberculoïdes (ou épithélioïdes et
gigantocellulaires) à proximité d’un tissu conjonctif le plus souvent
peu altéré ;
– granulome interstitiel avec rosettes : les histiocytes prennent une
disposition interstitielle sans organisation particulière, entre les
faisceaux collagènes dermiques, qui sont peu altérés et se regroupent parfois en petites palissades entourant un ou quelques faisceaux
collagènes altérés (éosinophiles ou basophiles), appelés « rosettes » ;
– granulome nécrosant extravasculaire : les histiocytes forment des
palissades, souvent moins nettes que dans la forme classique,
entourant une plage de nécrose basophile, formant parfois des
images en « flammèches ».
Ces types histologiques sont caricaturaux et correspondent aux
aspects typiques qui, lorsqu’ils existent, permettent un diagnostic
aisé.
Souvent l’aspect est moins caricatural et une disposition
vaguement palissadique des histiocytes, l’existence de signes
d’altérations du tissu conjonctif, doivent être recherchés avec soin
au sein de tout infiltrat inflammatoire granulomateux interstitiel.
Granulome annulaire :
Cette maladie inflammatoire cutanée bénigne, décrite depuis plus
d’un siècle, reste d’étiologie inconnue.
Son évolution est
spontanément régressive.
L’éruption est, de façon caractéristique, papuloérythémateuse, annulaire, peu ou pas prurigineuse, touchant
habituellement les mains et les pieds.
A - ÉPIDÉMIOLOGIE :
Plus fréquente chez la femme (sex-ratio 3/1), cette dermatose peut
toucher toutes les tranches d’âge, l’enfant comme le sujet âgé.
Elle
est cependant préférentiellement observée chez les moins de 30 ans.
Une prédisposition familiale a été suggérée devant des cas touchant
des jumeaux ou plusieurs générations d’une même famille.
Dans 75 % des cas, le GA disparaît spontanément en 2 mois à 2 ans
après son apparition.
Cependant, 40 % des enfants peuvent
présenter des récidives, souvent de même localisation. Des pics
saisonniers ont été observés au printemps et à l’automne.
Il n’existe
pas d’altération biologique.
B - ÉTIOLOGIE :
Son étiologie demeure obscure. Certains GA surviennent après
diverses infections (virales : virus de l’immunodéficience humaine
[VIH], virus de l’hépatite C [VHC], virus Epstein-Barr, herpes
simplex et varicelle ; fungiques ; mycobactériennes ; borrélienne)
après des réactions d’hypersensibilité ou des traumatismes.
Le rôle d’un traumatisme initial avec nécrobiose dermique
secondaire est évoqué dans les GA survenant après piqûres
d’insectes, test à la tuberculine, irritation vestimentaire.
Cette nécrobiose pourrait être également liée à la libération anormale
d’enzymes lysosomiales par les histiocytes.
Une réaction d’hypersensibilité de type IV liée aux lymphocytes T-helper rencontrés en périphérie de la lésion a été évoquée.
En effet,
lorsqu’ils sont activés, ces lymphocytes T peuvent produire des
cytokines intervenant dans la synthèse du collagène (transforming
growth factor [TGF]-b, fibroblast stimulating interleukins [IL]1, immune
modulating IL2) ou de sa destruction par des collagénases (immune
modulating IL2).
Ce type de mécanisme est envisagé pour expliquer
la survenue de GA au cours du syndrome de l’immunodéficience
acquise (sida), en particulier dans d’anciens sites d’infections
herpétiques.
Chez l’enfant, il n’est pas associé à des pathologies systémiques.
Chez l’adulte, une possible relation entre le GA disséminé et le
diabète a été suggérée par certains auteurs.
Cette association reste
controversée : les dernières études épidémiologiques semblent
écarter toute relation avec le diabète de type 2 alors que la fréquence
du diabète insulinodépendant pourrait être augmentée, surtout dans
les formes localisées de GA.
La survenue de GA après une exposition solaire intense n’a pas pu
être reproduite en lumière artificielle.
C - CLINIQUE :
Quatre tableaux cliniques sont habituellement décrits : GA localisé,
généralisé, perforant ou sous-cutané.
1- Forme localisée :
C’est la plus fréquente, avec la survenue d’un nombre limité de
papules de 2 à 4mm, de couleur peau normale, érythémateuse ou
brune, de disposition arciforme ou annulaire, sans signe
épidermique.
Les papules solitaires existent mais les lésions sont
habituellement multiples.
Elles peuvent confluer pour former de
larges plaques annulaires.
Le centre des lésions annulaires peut être
déprimé et pigmenté.
Les lésions sont non douloureuses et non
prurigineuses.
Elles sont localisées aux extrémités.
Dans 60 %
des cas, elles touchent les mains et les bras, les jambes et les pieds
dans 20 %, les deux dans 7 % des cas.
Épargnant habituellement les
paumes, les plantes et les muqueuses, des atteintes buccales ont été
cependant rapportées au cours du sida.
L’évolution spontanément résolutive survient chez environ 50 % des
patients ; cependant, elles peuvent persister près de 2 ans.
De nombreuses dermatoses peuvent être confondues avec le GA.
Dans les formes localisées, les principaux diagnostics différentiels
sont : le lichen plan annulaire, l’erythema elevatum diutinum, la
syphilis et certaines formes unilatérales de nécrobiose lipoïdique qui
peuvent être indiscernables d’un GA.
2- Forme généralisée :
Plusieurs centaines de petites papules de 1 à 2mm, isolées ou
coalescentes, forment plus rarement de petites plaques annulaires, érythématoviolines ou lilacées à bordure à peine papuleuse,
disséminées, de taille variable, intéressant le tronc, le cou et la partie
proximale des membres.
Le cuir chevelu, les paumes et les plantes
ne sont pas habituellement touchés.
Concernant presque
exclusivement les adultes, sa régression spontanée est moins
fréquente, rare avant 3 à 4 ans.
Cette forme semble être liée à un
groupe human leukocyte antigen (HLA) Bw35 ou A29.
Elle est
également la forme la plus fréquemment rencontrée chez le patient VIH.
Les formes papuleuses multiples et diffuses font discuter un lichen
plan, une sarcoïdose ou une syphilis.
Une borréliose (érythème
chronique migrateur), un érythème annulaire centrifuge, des morphées débutantes au stade inflammatoire, un mycosis fongoïde
doivent être éliminés devant la présence de plaques.
3- Granulome annulaire perforant :
Il est rare, plus fréquent chez l’enfant que chez l’adulte.
Il est
caractérisé par de petites papules superficielles ombiliquées,
comportant une croûte ou une cicatrice centrale, touchant surtout
les doigts et les mains (penas).
Les lésions s’aggraveraient pendant
l’été et s’amélioreraient en hiver.
Un molluscum contagiosum et
certaines dermatoses perforantes telles que l’élastose perforante
serpigineuse, font partie du diagnostic différentiel.
4- Forme sous-cutanée
:
Elle est surtout rencontrée chez l’enfant.
Elle comporte des lésions
plus grandes, nodulaires, d’apparition rapide.
Elles sont non
douloureuses, fermes et non mobiles, mesurant de 1 à 5 cm.
Touchant les extrémités, particulièrement les aires prétibiales, elles
atteignent également les mains, le cuir chevelu, les régions
périorbitaires et les fesses.
Certaines lésions apparaissent
fixées au tissu périosté.
Elles sont, de façon caractéristique, isolées
ou parfois regroupées en petits amas. Un quart des patients ont aussi
un aspect de GA localisé.
La résolution spontanée est la règle comme
dans la forme localisée, mais les lésions peuvent récidiver après
plusieurs années.
Le diagnostic est cliniquement difficile, souvent
confondu avec un processus tumoral.
D - HISTOLOGIE :
Le GA est caractérisé par un infiltrat inflammatoire du derme
superficiel et moyen, histiocytaire associé à quelques lymphocytes
péricapillaires.
Ces histiocytes se regroupent plutôt en foyer.
Ils
prennent, soit une disposition interstitielle sans organisation visible,
soit forment typiquement des palissades autour d’un foyer de
dégénérescence éosinophile, généralement incomplète, du collagène
dermique associé à des dépôts de substance mucineuse.
Tous les
intermédiaires entre ces deux extrêmes sont possibles sur la même
biopsie ou sur des lésions différentes.
Occasionnellement, les
histiocytes peuvent former des granulomes tuberculoïdes.
Les
dépôts mucineux sont granuleux, basophiles, plus ou moins bien
visibles sur les colorations standards.
Ils doivent être recherchés par
une coloration spéciale (exemple : bleu alcian).
Rarement, quelques
polynucléaires neutrophiles ou éosinophiles sont observés, parfois
en leucocytoclasie.
Les cellules géantes, lorsqu’elles sont présentes,
sont peu nombreuses.
Dans la forme perforante, la lésion est très
superficielle, s’accompagnant d’une ulcération épidermique.
Dans la forme sous-cutanée, le granulome est typiquement
palissadique, entourant une vaste plage de dégénérescence collagénique.
Des mitoses et atypies cytologiques des histiocytes ont été
rapportées par certains auteurs.
Il est à noter qu’il semble exister une certaine corrélation entre les
différentes formes cliniques de GA et les différents types
histologiques : les GA localisés, perforants et sous-cutanés sont le
plus souvent typiquement palissadiques (seule leur situation plus
ou moins profonde dans le derme diffère).
Les GA généralisés en
petites papules sont volontiers interstitiels avec des rosettes alors
que ceux en petites plaques sont tuberculoïdes.
Le diagnostic histologique des formes classiques ne pose pas de
difficulté.
Dans les formes interstitielles, une borréliose, une morphée ou même une variété récemment individualisée de mycosis
fongoïde dite « interstitielle » peuvent se discuter.
La présence de
plasmocytes est évocatrice d’une borréliose.
Un infiltrat plus
lymphocytaire qu’histiocytaire associé à une sclérose collagénique
plus ou moins marquée sont des arguments en faveur d’une
morphée.
L’épidermotropisme lymphocytaire, même s’il se limite
parfois à un simple alignement des lymphocytes le long de la basale
épidermique, représente l’argument diagnostique clé en faveur du
mycosis fongoïde.
Les formes tuberculoïdes font discuter une sarcoïdose (la disposition
interstitielle du granulome, la présence de mucine permettent
d’écarter ce diagnostic) ou plus rarement une forme dite
« granulomateuse » de mycosis fongoïde, où les lymphocytes
tumoraux sont mêlés à un infiltrat histiocytaire interstitiel et
tuberculoïde.
E - FORME PARTICULIÈRE :
Certains auteurs distinguent les GA des granulomes actiniques alors
que d’autres considèrent que les granulomes actiniques sont
simplement des GA qui surviennent sur peau ensoleillée.
Le diagnostic de ces granulomes actiniques est anatomoclinique.
Touchant l’homme et la femme de façon indifférente après 30 ou
40 ans, ils surviennent surtout sur le nez, la face, le thorax et les
bras.
Un phototype clair et l’âge avancé seraient des facteurs
favorisants.
Ils débutent par l’apparition d’une ou plusieurs petites
papules érythémateuses qui évoluent pour former une plaque de
plusieurs centimètres, parfois annulaire, dont le centre peut être
atrophique et hypopigmenté.
En histologie, la biopsie des berges permet de distinguer trois zones :
– en dehors de la plaque : des signes d’héliodermie : une
dégénérescence élascéinique du derme papillaire et une atrophie
épidermique ;
– sur les berges : une réaction granulomateuse riche en cellules
géantes avec élastophagie, sans nécrobiose, sans palissade
histiocytaire, associée à des plasmocytes et des dépôts mucineux ou
lipidiques ;
– au centre de la lésion : une absence de tissu élastique normal ou
dégénéré.
Survenant dans des zones où il existe une dégénérescence élascéinique (derme superficiel), ils se caractérisent par une
élastophagocytose avec, pour conséquence une disparition des fibres
élastiques.
Certains critères permettraient une distinction entre les GA et les
granulomes actiniques.
Les granulomes actiniques surviennent
volontiers dans le derme superficiel, au niveau de l’élastose solaire.
Ils sont plus volontiers tuberculoïdes ou interstitiels que
palissadiques.
Ils ne s’accompagnent pas de dépôt de mucine et
seraient plus riches en cellules géantes que le GA.
F - TRAITEMENT :
Aucun traitement n’est habituellement nécessaire.
Le retentissement
esthétique, la dissémination des lésions ont conduit à l’utilisation de
diverses modalités thérapeutiques, aucune n’ayant prouvé son
efficacité.
Les traitements locaux : cryothérapie, laser, excision
chirurgicale, injections intralésionnelles de corticoïdes ; les
traitements généraux : anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS),
thalidomide, vitamine E, antipaludéens…peuvent être utilisés en
fonction de chaque cas particulier.
Nécrobiose lipoïdique :
A - DÉFINITION :
Décrite en 1929 par Oppenheim sous le nom de dermatitis
atrophicans diabetica, c’est Urbach, en 1932, qui rapporta ces lésions
sous leur appellation définitive de necrobiosis lipoidica diabetorum.
Cette dermatose d’étiologie inconnue est classiquement associée au
diabète bien qu’elle reste rare dans la population diabétique puisque
seuls 0,7 % des patients diabétiques sont également porteurs d’une
nécrobiose lipoïdique.
En effet, il est communément admis qu’environ les trois quarts des
patients porteurs d’une nécrobiose lipoïdique vont développer un
diabète.
Cette association, selon une étude récente, ne serait pas
aussi forte puisque O’Toole et al signalent, en 1999, que seulement
11 % de leur patients atteints d’une nécrobiose lipoïdique sont
diabétiques.
Des cas de nécrobiose lipoïdique ont été également rapportés au
cours de maladie de Crohn, de rectocolite ulcérohémorragique, après
dérivation jéjunale chirurgicale (bypass jejunal) et au cours de
pathologie thyroïdienne auto-immune (thyroïdite d’Hashimoto et
maladie de Basedow).
Elle touche l’adulte jeune, surtout les femmes
(sex-ratio : 3/1).
B - CLINIQUE :
Les lésions typiques se développent sur les régions prétibiales.
Des
localisations plus inhabituelles aux chevilles, mollets, cuisses, creux
poplités et pieds sont possibles.
Il s’agit d’une « dermite sclérodermiforme atrophiante ».
Les lésions débutent sous forme de
petites papules érythémateuses, fermes, qui progressivement
confluent et s’élargissent pour former des plaques.
Les plaques
s’étendent lentement devenant ovoïdes, parfois squameuses à
bordure violacée, indurée, à centre atrophique jaunâtre et télangiectasique.
Ces plaques sont habituellement multiples et
bilatérales mais peuvent être uniques et unilatérales.
D’évolution chronique, elles peuvent adhérer au plan osseux
profond ou s’ulcérer après un traumatisme minime.
Ces ulcérations
sont particulièrement réfractaires aux traitements médicaux et
chirurgicaux.
Elles s’accompagnent d’un risque de surinfection et
de survenue de douleurs.
Une rémission survient dans 15 % des cas après 1 à 35 années
d’évolution au prix de cicatrices atrophiques résiduelles.
Dans environ 15 % des cas, les lésions sont présentes dans d’autres
localisations (dos des mains, doigts, avant-bras, tronc, visage, cuir
chevelu), le plus souvent associées aux lésions prétibiales.
Les
lésions sont alors plus papuleuses et nodulaires sans atrophie, se
rapprochant d’un GA.
Des phénomènes de Koebner ont été
rapportés.
La granulomatose disciforme de Miescher est considérée comme une
variante clinique particulière par son atteinte isolée du visage ou du
cuir chevelu, chez des sujets habituellement non diabétiques.
Il s’agit
d’une plaque érythémateuse ou brune à bordure annulaire ou
serpigineuse, non infiltrée.
Cette forme a été individualisée du fait
de la relative absence de nécrobiose en histologie.
Elle pourrait être
également rapprochée du granulome de O’Brien.
Le GA représente le principal diagnostic différentiel. Une sarcoïdose,
un xanthome, une morphée, un pyoderma gangrenosum, une
syphilis tertiaire, une radiodermite, une mycobactériose atypique
peuvent être également discutés.
C - HISTOLOGIE :
L’épiderme est normal, atrophique ou hyperkératosique.
Toute
l’épaisseur du derme ou ses deux tiers inférieurs sont occupés par
un granulome palissadique typique ou dégradé, une nécrobiose et
une sclérose à des degrés variables.
S’y associent quelques
lymphocytes péricapillaires et parfois des plasmocytes en
profondeur.
L’aspect histologique est cependant fonction du stade évolutif des
lésions et du site de la biopsie.
Il est souvent difficile à distinguer
d’un GA.
En faveur d’une nécrobiose lipoïdique, on retient : le caractère plus
profond et diffus des lésions, pouvant atteindre l’hypoderme et
respectant le derme superficiel, la tendance à l’étalement et à
l’horizontalisation des foyers de nécrobiose, l’absence ou la rareté
des dépôts de mucine, la présence d’altérations vasculaires
(turgescence endothéliale, fibrose de la paroi avec hyalinisation et
présence de dépôts à acide périodique de Schiff [PAS] +), de dépôts
lipidiques (extracellulaires ou intracellulaires sous forme
d’histiocytes spumeux), la richesse de l’infiltrat en cellules géantes.
D - TRAITEMENT :
L’évolution de la nécrobiose lipoïdique n’est pas liée au contrôle
glycémique.
Différents traitements semblent améliorer l’évolution
des lésions : la corticothérapie locale intralésionnelle ou occlusive,
générale dont l’utilisation est limitée par les effets secondaires, la
puvathérapie, ou la greffe dermique peuvent être envisagées.
Certains auteurs ont rapporté récemment des effets bénéfiques de la
chloroquine.
Nodules rhumatoïdes
:
Ils surviennent chez 20 à 30 % des patients atteints d’une
polyarthrite rhumatoïde ; ils sont plus volontiers associés aux formes
sévères, aux formes destructrices séropositives et aux vascularites
rhumatoïdes.
Ils siègent surtout sur les faces d’extension des membres, en regard
des articulations métacarpophalangiennes et interphalangiennes
proximales.
L’atteinte histologique est dermique profonde et
hypodermique recouvrant l’os, en particulier dans des zones de
traumatismes mineurs répétés : olécrane, surface ulnaire de l’avantbras,
face d’extension des mains, épaules, tubérosités ischiatiques,
sacrum, genoux, pieds, région postérieure du cuir chevelu (mais
également arête nasale, pavillon de l’oreille, yeux, coeur, poumons,
plèvre, paroi abdominale, péritoine, capsule splénique et larynx).
Il s’agit de petits nodules sous-cutanés en relief, fermes, indolores,
sans coloration particulière, fixes ou mobiles, mesurant au maximum
plusieurs centimètres de diamètre.
Parfois, la lésion s’ulcère, se surinfecte ou se draine. Rarement, l’os sous-jacent est érodé ou un
nerf comprimé.
Ces nodules peuvent précéder de plusieurs années
l’apparition des lésions articulaires.
Ces nodules se développent
insidieusement, persistant de façon chronique, pouvant néanmoins
régresser, surtout si le mécanisme irritatif disparaît.
Histologiquement, les nodules sont hypodermiques ou dermiques
profonds, se caractérisant par trois zones distinctes : une zone
centrale de nécrose fibrinoïde collagénique entourée par une
palissade histiocytaire (avec quelques cellules géantes de type
Muller) et enfin plus en périphérie, un tissu inflammatoire de
granulation à type de bourgeon charnu, des infiltrats lymphoïdes
péricapillaires et une fibrose.
Le diagnostic différentiel se pose surtout avec les formes profondes
de GA (pseudonodules rhumatoïdes).
L’absence de dépôts mucineux, la présence d’une fibrose d’enkystement et de
nombreuses cellules géantes peuvent être des arguments
histologiques orientant vers un nodule rhumatoïde.
C’est surtout
l’existence d’une polyarthrite rhumatoïde qui permet de retenir le
diagnostic.
De multiples mécanismes pathogéniques, tels que des traumatismes,
la libération d’enzymes protéolytiques, une vascularite liée aux
complexes immuns, une réponse immunitaire spécifique liée aux
cellules T ou une prédisposition génétique ont été suggérés comme
possibles facteurs responsables de l’apparition des nodules
rhumatoïdes.
Rarement, ces nodules ont été associés à certaines
maladies systémiques : le lupus érythémateux systémique (5 %-7 %
des patients porteurs d’un lupus), spondylarthrite ankylosante
séronégative et syndrome de Jaccoud.
Nodules rhumatismaux
et ceux de la maladie de Still :
Les rhumatismes articulaires aigus touchent surtout les enfants des
pays en voie de développement et sont exceptionnels dans nos
régions.
Liés à une infection à streptocoque bêtahémolytique du groupe A, les nodules rhumatismaux (ou nodules de Meynet) sont
plutôt observés dans les formes sévères avec atteinte cardiaque.
Ils
se présentent comme des nodules sous-cutanés, fermes, indolores,
siégeant plus particulièrement à proximité des articulations, au
contact des proéminences osseuses (coude, genou).
Ils sont de
plus petite taille et ont une évolution plus courte que les nodules
rhumatoïdes.
Histologiquement, ils se rapprochent également des nodules
rhumatoïdes.
Ils s’en distingueraient par une délimitation moins
nette, l’intensité des dépôts fibrinoïdes, l’existence de remaniements
oedémateux, la discrétion de la réaction inflammatoire, une
disposition palissadique moins évidente, l’absence ou la discrétion
de la fibrose.
Des nodules semblables ont été rapportés dans la maladie de Still.
Xanthogranulome nécrobiotique :
Cette dermatose rare, décrite en 1980, se présente sous la forme de
nodules et plaques infiltrés, de coloration jaune à brune, parfois
ulcérés ou cicatriciels, atteignant de façon très évocatrice les régions
périorbitaires et plus rarement le tronc, la face et les membres.
Des cas exceptionnels d’atteinte cutanée généralisée ou d’atteinte
systémique (poumon, myocarde, ovaire, rein, foie et rate) ont été
rapportés.
Elle s’accompagne dans plus de 80 % des cas d’une paraprotéine de
type immunoglobuline (Ig)G kappa de signification indéterminée ou
dans le cadre d’un myélome, d’un syndrome lymphoprolifératif ou
d’une cryoglobulinémie.
Une leucopénie, une hypocomplémentémie,
une augmentation de la vitesse de sédimentation peuvent
être retrouvées.
L’évolution est lentement progressive avec augmentation de la taille
et du nombre des lésions ; leur régression spontanée est possible.
Histologiquement, le derme et l’hypoderme sont le siège d’une
réaction inflammatoire granulomateuse plurifocale séparée par des
zones de nécrobiose du tissu conjonctif.
Généralement interstitiel, le
granulome peut parfois adopter ici une disposition palissadique au
contact de ces plages de nécrose.
Le granulome est riche en
macrophages spumeux, en cellules géantes de Touton (aux noyaux
disposés en cercle dans un cytoplasme spumeux) ou de type Muller
(à corps étranger : aux noyaux dispersés dans un cytoplasme
éosinophile) de forme parfois anguleuse « bizarre ».
Des empreintes
de cristaux de cholestérol sont fréquemment observées au contact
des plages de nécrose.
Des plasmocytes, lymphocytes et follicules
lymphoïdes sont moins fréquents.
Les modalités thérapeutiques ne sont pas définies : divers
traitements ont été tentés, cytotoxiques (chlorambucil, melphalan),
plasmaphérèse ou corticothérapie orale à forte dose.
Dermatite interstitielle granulomateuse :
La dermatite interstitielle granulomateuse (DIG) est un nouveau
cadre anatomoclinique récemment individualisé, caractérisé par la
présence d’un granulome interstitiel pouvant focalement adopter
une disposition palissadique qui justifie ici sa description.
Cette entité semble regrouper :
– la dermatite interstitielle granulomateuse avec arthrite ;
– la dermatite interstitielle granulomateuse liée aux médicaments.
En 1993, Ackerman et al ont décrit une dermatose rare sous le terme
de « dermatite interstitielle granulomateuse avec cordons cutanés et
arthrite ».
Des lésions identiques avaient déjà été rapportées sous
différentes appellations : « bande linéaire sous-cutanée dans la
polyarthrite rhumatoïde », « GA linéaire », « nodules rhumatoïdes
linéaires », « dermatose en rails ».
Touchant préférentiellement les femmes, elle se traduit par
l’apparition progressive et asymptomatique de cordons verticaux,
bilatéraux et parfois symétriques (signe de la corde), des plis
axillaires mais aussi des parois thoraciques latérales et de l’abdomen
et serait pathognomonique.
D’autres lésions moins évocatrices ont été décrites sous le terme de
« dermatite interstitielle granulomateuse avec plaques » : multiples
nodules ou plaques violacées à brunes (mesurant jusqu’à 18 cm)
annulaires, à bords nets, plus ou moins infiltrés des parois
thoraciques et des cuisses, bilatéraux et parfois symétriques.
Cette éruption est associée à des polyarthralgies (atteinte symétrique
des doigts, des poignets, des coudes ou des épaules) et survient dans
un contexte auto-immun, le plus souvent mal étiqueté.
Facteurs
rhumatoïdes et anticorps antinucléaires peuvent être retrouvés.
Certains cas sont associés à une véritable polyarthrite rhumatoïde,
un lupus érythémateux systémique, un diabète ou une thyroïdite.
Ces arthrites accompagnent, précèdent ou suivent les lésions
cutanées.
La fréquence des différentes formes d’expression clinique et de leur
association à des maladies auto-immunes n’est pas connue.
L’évolution est marquée par une alternance de poussées et de
rémissions.
Ces lésions disparaissent spontanément en 6 à 12 mois.
L’histologie est caractérisée par la présence d’un infiltrat
histiocytaire interstitiel diffus et dense du derme réticulaire,
adoptant une disposition en « bande ».
Il s’y associe des
lymphocytes péricapillaires, des polynucléaires neutrophiles ou
éosinophiles.
Ces derniers sont surtout abondants à proximité de
GP particuliers appelés « rosettes » : les histiocytes forment de
petites palissades autour d’un ou de quelques faisceaux collagènes
altérés basophiles.
Ailleurs, les altérations du collagène sont
discrètes.
Des granulomes de type nécrosant extravasculaire ont été
également rapportés.
Les cellules géantes sont généralement peu
nombreuses. Il n’existe pas de mucine, pas de vascularite.
Les
histiocytes ont un noyau souvent volumineux et pléomorphe.
Des
mitoses sont parfois observées ainsi que des lymphocytes atypiques.
La dermatite interstitielle granulomateuse liée aux médicaments,
décrite par Magro et al en 1998, semble être une forme particulière.
Elle se distingue par son étiologie médicamenteuse prouvée par la
disparition des signes cutanés après arrêt du médicament causal et
par quelques particularités cliniques et histologiques.
Les classes médicamenteuses incriminées ne diffèrent pas des classes
habituellement en cause dans les toxidermies (inhibiteurs calciques,
bêtabloquants, hypolipémiants, inhibiteurs de l’enzyme de
conversion de l’angiotensine…).
Le délai d’apparition de l’éruption
est très variable (de 4 semaines à plusieurs années).
Il s’agit de plaques asymptomatiques érythémateuses ou violacées
des plis, des faces internes des avant-bras ou des régions intermammaires, évoquant cliniquement un GA ou un mycosis
fongoïde.
En histologie, le granulome interstitiel comporte des images en
rosettes et également des granulomes nécrosants extravasculaires.
Il
présente la particularité d’être associé, dans certains cas, à :
– une altération basale épidermique : dermatose vacuolaire
d’interface, voire dermatose lichénoïde (avec présence d’altération
kératinocytaire basale à type de vacuolisation ou de dyskératose et
exocytose lymphocytaire) ;
– des images d’élastophagie, avec de nombreuses cellules géantes.
Le diagnostic différentiel se pose sur le plan clinique et histologique
avec une forme interstitielle de mycosis fongoïde.
Leur distinction est d’autant plus difficile que des lymphocytes sézariformes sont
présents dans environ 50 % des cas de dermatite interstitielle
granulomateuse.
La disparition des lésions après éviction du
médicament responsable semble être le critère le plus fiable pour
distinguer ces deux entités.
Granulomes nécrosants
extravasculaires
:
Ces granulomes, initialement décrits dans la granulomatose
allergique sous le nom de « granulome de Churg et Strauss », ont
été également appelés : granulome allergique, granulome de
Winkelmann, papule rhumatoïde, nécrobiose superficielle ulcérante,
dermatite neutrophilique rhumatoïde, phénomène de Churg et
Strauss.
« Granulome nécrosant extravasculaire » est un synonyme proposé
par Finan en 1983 pour éviter toute confusion avec la granulomatose
de Churg et Strauss. Des lésions identiques sont en effet observées
dans d’autres maladies systémiques (lupus érythémateux, maladie
de Wegener, périartérite noueuse, polyarthrite rhumatoïde,
endocardite bactérienne, hépatite chronique active, vascularite,
syndromes lymphoprolifératifs, colite inflammatoire et sida).
Il s’agit de façon caractéristique de papules ou de petits nodules
ombiliqués, de couleur peau normale ou rouge violacé, prédominant
sur les coudes et les doigts.
Les lésions sont en règle
symétriques et multiples.
Le mécanisme d’apparition de ces lésions n’est pas connu.
Leurs
localisations électives semblent suggérer une participation
traumatique.
En histologie, il existe un infiltrat histiocytaire plurifocal, formant
des palissades entourant une zone de nécrose basophile souvent
riche en polynucléaires neutrophiles.
Il s’y associe volontiers une leucocytoclasie avec ou sans vascularite des petits vaisseaux
dermiques.
La corticothérapie générale est d’une efficacité variable.
Certains auteurs ont considéré que la dermatite interstitielle granulomateuse avec arthrite et les granulomes nécrosants
extravasculaires devaient être intégrés dans un vaste groupe
dénommé dermatose neutrophilique et granulomateuse palissadique
liées aux complexes immuns se basant sur la présence dans ces
pathologies d’une nécrose basophile.
Les différences cliniques et
histologiques de ces pathologies, que les auteurs attribuent à
l’évolutivité des lésions, semblent néanmoins trop importantes pour
pouvoir les regrouper.
Autres causes :
A - CAUSES INFECTIEUSES :
Causes rares de GP, les lésions infectieuses granulomateuses sont
parfois très nécrosantes, s’accompagnant de plages de nécrobiose
riches en polynucléaires et en lymphocytes, particulièrement chez
les sujets immunodéprimés (et sidéens).
Son diagnostic repose sur
la mise en évidence de l’agent pathogène par des colorations
spéciales (PAS, Ziehl, Gomori-Grocott) ou la culture de fragments
biopsiques. Les étiologies sont bactériennes (mycobactérioses,
tréponématoses, maladie des griffes du chat), mycologiques
(sporotrichose, cryptococcose, coccidioïdomycose), parasitaires
(schistosomiase).
B - RÉACTIONS À CORPS ÉTRANGERS :
De tels GP, bien que rares, parfois rapportés sous le terme de
réactions allergiques à corps étrangers, peuvent simuler un nodule
rhumatoïde ou un GA.
Leur diagnostic repose sur la notion
d’intervention antérieure ou de traumatismes locaux, l’absence
d’étiologie évidente, la mise en évidence inconstante d’un corps
étranger (justifiant l’examen systématique en lumière polarisée de
tout GP), tel que du fil de suture, du béryllium, du collagène
bovin.
C - CAUSES DIVERSES
:
1- Sur cicatrice de zona :
Ces lésions apparaissent à la phase de guérison de la maladie ou
parfois de façon retardée et correspondent à de petites papules
strictement localisées au site des anciennes vésicules, sans
disposition annulaire mais dont l’histologie est celle d’un GP
classique ou en rosette.
Elles pourraient être la conséquence d’une
réaction d’hypersensibilité retardée secondaire à l’infestation virale.
2- Association granulome annulaire-lymphome
:
Des éruptions de type GA, atypiques par leur dissémination et leur
caractère douloureux, ont été rapportées au cours de lymphomes
ganglionnaires (maladie de Hodgkin ou lymphome B).
Si certaines de ces associations apparaissent fortuites, d’autres semblent
témoigner d’une réponse inflammatoire directement liée au
lymphome, comparables aux réactions sarcoïdosiques décrites dans
les lymphomes T.
3- Association granulome annulaire-immunodépression
:
Les GP de l’immunodépression congénitale ou acquise sont aussi
rapportés sous le terme de GA atypique.
Ils en partagent le caractère
annulaire et sont souvent disséminés, parfois prurigineux
correspondant histologiquement, soit à un GP classique, soit
interstitiel avec rosette.
Ils sont le plus souvent observés au cours
des états d’immunodépression liés au VIH.
Quelques cas ont
régressé sous traitement antiviral.
Conclusion
:
Les maladies et circonstances étiologiques caractérisées par un GP sont
nombreuses.
Si l’examen histologique est indispensable au diagnostic,
celui-ci ne peut être, dans bon nombre de cas, confirmé que par une
analyse clinique très précise aidée d’une enquête à la recherche de
maladies associées dont l’impact est souvent déterminant dans ce
groupe d’affections.