Traitement
:
Le traitement des fractures nasales était déjà décrit dans
l’Antiquité, la réduction des déformations osseuses dans
l’ancienne Égypte se faisant au doigt ou à l’aide d’élévateur.
L’immobilisation était assurée par des attelles intranasales et un
pansement solide au-dessus du nez.
Hippocrate recommandait une
réduction précoce de ces fractures, mais considérait que l’existence
de lésions septales empêchait un réalignement correct de la
pyramide nasale.
Les techniques ont ensuite évolué à la fin du XIXe
siècle avec l’apparition de divers types de forceps permettant une
manipulation des os propres et du septum nasal.
Actuellement, la prise en charge des fractures nasales ne se conçoit
qu’après la prise en charge des urgences immédiates et vitales.
Elle
s’inscrit dans une stratégie thérapeutique de prise en charge globale
avec les lésions associées.
A - TRAITEMENT DES FRACTURES SIMPLES
DES OS PROPRES DU NEZ ET DU SEPTUM
:
1- Buts
:
Ils sont fonctionnels et esthétiques :
– but fonctionnel : rétablir une fonction ventilatoire normale ;
– but esthétique : rétablir les galbes osseux.
2- Moyens
:
Il doivent toujours être mis en oeuvre dans un bloc opératoire.
* Orthopédiques :
La réduction avec le pouce par simple pression d’une fracture des
os propres du nez est théoriquement possible en situation précaire
et chez un patient stoïque, mais dans ce chapitre, il est question de
la réduction à foyer fermé par manoeuvre instrumentale, réalisée
après méchage ou pulvérisation de chaque fosse nasale à l’aide d’un
produit vasoconstricteur comme la lidocaïne 5 % à la naphazoline et
aspiration d’éventuels caillots.
En ce qui concerne la réduction des os propres du nez, les fragments
osseux sont désengrenés grâce à un élévateur.
Celui-ci est
introduit dans la fosse nasale et appliqué à la face interne des os
propres du nez.
Il faut se méfier de ne pas l’introduire trop
profondément vers le haut afin de ne pas blesser la lame criblée de
l’ethmoïde.
Des efforts sont pratiqués sur l’élévateur dans différentes
directions et à différents emplacements afin d’obtenir une réduction adéquate.
Les instruments utilisés pour cette réduction varient selon
la catégorie de fracture et les habitudes du chirurgien : ciseaux
mousses protégés, élévateur de Claude Martin qui permet un contreappui
au niveau des fosses nasales, pince-forceps d’Asch ou de
Walsham.
Ce temps de l’intervention est volontiers hémorragique et nécessite
une aspiration, surtout en l’absence d’intubation trachéale.
À
l’utilisation de ces instruments, il faut adjoindre de façon
concomitante des manoeuvres externes sur le dorsum permettant un
modelage.
La réduction de la déformation septale peut être obtenue
par manipulation directe du septum grâce à un forceps type Asch.
* Chirurgicaux
:
Dans le cas de fractures nasales simples, la réduction chirurgicale
intéresse certaines catégories de fractures septales.
La déformation
septale est abordée comme pour une septoplastie par une incision
interseptocolumellaire.
On réalise un décollement mucopérichondral
jusqu’à la zone de déformation septale.
À ce niveau, les résections
cartilagineuses sont pratiquées de façon économe pour obtenir le
réalignement septal.
Par exemple, en cas de déformation classique
en C, il suffit de réséquer une bandelette cartilagineuse et osseuse
située sur la déformation.
3- Type d’anesthésie
:
Le choix de l’anesthésie se pose essentiellement en cas d’indication
de réduction à foyer fermé d’une fracture simple des os propres du
nez de l’adulte où l’on peut choisir entre une anesthésie générale et
une anesthésie locale.
Dans les fractures nasales plus complexes,
ainsi que chez l’enfant, la règle est de réaliser une anesthésie
générale.
Les études portant sur les réductions orthopédiques de fractures
nasales de l’adulte montrent que la technique d’anesthésie
n’influence pas de façon statistique le résultat esthétique ou
fonctionnel.
* Anesthésie générale :
Elle fait appel à des protocoles variables mais doit être profonde
lors de la réduction de la fracture du nez proprement dite.
Elle
est responsable d’une augmentation du saignement.
Elle est
particulièrement indiquée en cas de patient pusillanime.
Elle est
habituellement complétée d’une anesthésie de contact à l’aide d’un
coton imbibé de lidocaïne naphazolinée afin de diminuer le
saignement.
La ventilation est assurée le plus souvent avec une
intubation orotrachéale.
Cependant, un certain nombre
d’auteurs prônent l’utilisation du masque laryngé lors de
réduction des fractures des os propres du nez.
Choufane, dans
une étude portant sur 116 patients ayant bénéficié d’une réduction
de fracture des os propres du nez sous anesthésie générale à l’aide
d’un masque laryngé, ne rapporte aucune complication.
Les
partisans du masque laryngé font remarquer que sa mise en place
ne nécessite pas de curarisation et que celui-ci provoque moins de
complications pharyngées et laryngées traumatiques ou
douloureuses que l’intubation orotrachéale, cela associé à un réveil
de meilleure qualité.
Les opposants à l’utilisation du masque
laryngé insistent sur une protection insuffisante des voies
aériennes inférieures.
Par ailleurs, des auteurs considèrent qu’en
plus du risque de déplacement du masque laryngé dans 30 % des
cas environ malgré l’expérience des opérateurs, l’usage du propofol
(Diprivant), associé à l’anesthésie locale par spray de lidocaïne,
permet d’éviter les curares.
* Anesthésie locale :
Elle peut être réalisée par infiltration ou par application percutanée,
précédée d’une prémédication.
+ Anesthésie par infiltration :
Elle est réalisée avec de la lidocaïne 1 % adrénalinée pour limiter le
risque de saignement.
L’injection se fait après un méchage endonasal
de lidocaïne naphazolinée.
L’injection est faite par voie endonasale :
infiltration de la muqueuse nasale au niveau du dôme muqueux et
infiltration sous-cutanée du dorsum à partir de la plica nasi.
Elle
peut être complétée par une infiltration du septum et du cornet
moyen, mais aussi par une infiltration externe, cutanée, au niveau
des nerfs infraorbitaires et infratrochléaires.
L’injection est toujours douloureuse et il est utile d’administrer 2 g
de proparacétamol par voie intraveineuse 1 heure avant la
réalisation du geste.
Il est important d’attendre au moins 15 minutes
de tamponnement imbibé de l’anesthésique local avant d’effectuer
le geste de réduction.
+ Anesthésie de contact
:
Récemment, Jones insiste sur la supériorité d’une anesthésie
purement de contact avec application de pommade Emlat sur la
région nasale et paranasale, associée à une anesthésie de contact de
la muqueuse nasale avec une solution de cocaïne à 5 %.
En fait, l’intérêt de la pommade Emlat avait déjà été souligné par
El-Kholy.
D’un point de vue pratique, les auteurs recommandent
de nettoyer la peau à l’alcool, puis d’appliquer la pommade en
couche épaisse selon une ligne supérieure tangente aux sourcils et
selon une perpendiculaire passant par les trous sous-orbitaires, puis
de couvrir avec un plastique occlusif pendant 1 heure.
Les auteurs
considèrent que cette technique est moins invasive et moins
douloureuse que l’anesthésie locale par infiltration et qu’elle ne
présente pas les inconvénients propres à cette dernière qui sont de
modifier les reliefs superficiels nécessaires pour apprécier la bonne
réduction finale, risquant une blessure nerveuse.
Beaucoup
d’auteurs confirment que la réduction d’une
fracture simple des os propres du nez peut se faire sous anesthésie
locale sans dommage pour le patient, et avec un maximum de
confort.
De plus, cette attitude présente un intérêt économique
certain.
4- Moyens de contention
:
Une contention interne est réalisée par la majorité des auteurs.
Son
but est de constituer un support interne et de réaliser l’hémostase
locale, évitant l’affaissement des structures en cas de fracture
instable après réduction.
Elle fait appel à un méchage de tissu non
résorbable ou résorbable et à des attelles septales en Silastict en cas
de septoplastie.
La durée de cette contention est variable selon les
auteurs, allant de 3 à 7 jours.
Les attelles septales sont en revanche
laissées en place pendant au moins 10 jours.
La contention externe a pour but de réaliser un modelage
postopératoire et une protection vis-à-vis des traumatismes pendant
la période postopératoire immédiate.
Elle est réalisée à l’aide de
matériaux variés, il peut s’agir d’attelles plâtrées, métalliques ou thermoformables.
Les multiples avantages des attelles thermoformables sont : parfaite application sur la peau,
possibilité d’être enlevées et remoulées sur le patient après avoir été
lavées, absence de risques de conjonctivite (à la différence des
attelles plâtrées), couleurs différentes pour le plus grand plaisir des
enfants.
La durée de cette contention est variable allant de 10 à 14 jours.
Enfin, au vu de la littérature, il ne semble pas exister de
corrélation nette entre le résultat final et la durée de la contention,
que celle-ci soit interne ou externe.
5- Place du traitement médical
:
Le traitement médical a pour but de traiter la douleur et l’oedème et
de prévenir les infections, notamment après le geste de réduction.
Les anti-inflammatoires, en réduisant les phénomènes oedémateux,
facilitent le geste de réduction.
Les antibiotiques sont prescrits
pendant la durée du méchage.
En cas de fracture ouverte ou de
complication par hématome de cloison, cette durée est prolongée de
8 jours.
Les antalgiques utilisés sont habituellement de palier 1 ou 2.
On n’oublie pas avant la réduction les petits moyens comme l’usage
d’Icepakt ou de compresses fraîches sur la pyramide nasale et le
maintien de la tête en position surélevée.
6- Indications thérapeutiques :
La réduction de fracture nasale n’est indiquée qu’en cas de
modification de la forme du nez, visible malgré l’oedème, ou sur
déplacement prouvé radiologiquement.
L’évaluation du
déplacement peut parfois être aidée par des radiographies du
patient, antérieures au traumatisme.
* Quand les traiter ?
Le traitement des fractures du nez doit être réalisé en urgence dans
trois circonstances : en cas de fracture ouverte, en cas d’hématome
de cloison, en cas d’épistaxis grave.
En dehors de ces cas, le délai idéal de réduction se situe entre 5 et
14 jours.
Ce délai permet une diminution de l’oedème et facilite
l’appréciation de la déformation et de la correction apportée.
Dans
une thèse récente portant sur l’analyse de 144 réductions à foyer
fermé de fractures nasales de l’adulte, le délai moyen de réduction
était de 8 jours.
Si l’on opte pour une anesthésie locale, la réduction
doit intervenir avant 10 jours, car au-delà, la fracture est souvent
engrenée et la réduction difficile.
Une réduction précoce (inférieure à 5 jours) est préconisée en cas de
nécessité de réduction septale chirurgicale pour prévenir la
constitution de lésions fibreuses et de zones de dévascularisation au
niveau septal.
Enfin, une réduction très précoce juste après le traumatisme et avant
l’apparition des phénomènes oedémateux est prônée par certains
auteurs.
* Comment les traiter ?
En l’absence de fracture septale, le consensus est pour une technique
de réduction à foyer fermé, associée à une contention, qu’il s’agisse
d’une fracture unilatérale ou bilatérale des os propres du nez.
Une fracture septale (suspectée systématiquement en cas de fracture
bilatérale importante des os propres du nez) peut compromettre le
résultat à moyen terme par déplacement secondaire du dorsum.
Van
Der Gucht a réalisé dans sa thèse une étude rétrospective sur les
résultats à distance du traitement primaire par réduction à foyer
fermé de 86 cas de fractures nasales de l’adulte avec un recul moyen
de 28 mois : 79 % des malades se déclaraient satisfaits mais selon
l’examen clinique, il n’y avait que 38 % de résultats corrects.
L’auteur conclut que la technique par réduction à foyer fermé,
appliquée à la globalité des fractures nasales, paraît de toute
évidence insuffisante.
Cela est particulièrement vrai pour ce qui
concerne les fractures avec participation septale pour lesquelles
l’auteur ne relève que 25 % de bons ou très bons résultats.
Une autre
thèse, réalisée en 1998 et portant sur l’analyse postopératoire de
42 réductions à foyers fermés de fractures nasales de l’adulte, note
47,5 % de mauvais résultats objectifs bien que 62 % des patients
soient satisfaits.
Pech avait d’ailleurs déjà souligné la difficulté de
réduire orthopédiquement une fracture du septum nasal du fait de
l’oedème sous-muqueux, de fréquentes déformations septales
préexistantes et enfin, de certains télescopages de la cloison qui
échappent complètement à la réduction manuelle ou instrumentale.
Dans ces cas d’atteinte du septum nasal se discute donc une
réduction chirurgicale.
Ainsi, des auteurs considèrent qu’il
faut réaliser une septoplastie, voire une rhinoseptoplastie en cas
d’échec de la réduction orthopédique du septum nasal, ou si cette
réduction s’avère instable.
Pour Simmen, il faut élargir les
indications chirurgicales en cas d’atteinte septale.
Elles doivent être
donc reconnues et cela passe par un examen clinique minutieux de
la cloison nasale à l’aide d’un endoscope.
Enfin, d’autres auteurs
préconisent d’emblée une réduction à foyer ouvert en cas
d’obstruction nasale majeure, d’hématome de cloison ou de fractures
ouvertes.
B - TRAITEMENT DES FRACTURES NASALES
COMMINUTIVES OU COMPLEXES :
Pour Strunski, les fractures comminutives de la pyramide nasale
sont le plus souvent traitées orthopédiquement.
D’autres auteurs
traitent ces fractures plutôt chirurgicalement à foyer ouvert.
Burm
propose une technique consistant à réaliser une réduction ouverte
indirecte de la fracture par une incision intercartilagineuse et à
effectuer une fixation des foyers fracturaires comminutifs, à l’aide
d’un fil métallique intranasal type broche de Kirshner, placé en souspériosté
à la face interne des os propres jusque dans l’épine nasale
du frontal pendant 10 à 14 jours.
L’auteur présente 27 cas de
fractures nasales comminutives traitées selon cette technique, avec
un délai opératoire de 6 à 9 jours ; 85 % eurent un très bon résultat
esthétique.
Kunihiro présente 43 cas de fractures nasales
comminutives traitées par réduction ouverte avec ostéosynthèse par
fil métallique sous anesthésie générale.
Pour l’auteur, la réduction
ouverte est indiquée en cas d’impossibilité de correction suffisante
par les manoeuvres de réduction manuelle.
En cas de fracture
ouverte, la plaie est utilisée comme voie d’abord, en cas de fracture
fermée, l’auteur réalise une incision horizontale au niveau de la
glabelle qui permet d’exposer pratiquement tout le dorsum.
Le
périoste est décollé afin d’exposer la fracture.
D’ailleurs, une des
raisons de la difficulté à réduire certaines fractures nasales serait la
présence de périoste ou de tissus mous dans le foyer de fracture.
L’auteur insiste cependant sur la nécessité de préserver au
maximum le périoste côté cavité nasale.
La pyramide nasale est ainsi
reconstruite comme un puzzle en commençant par la base et en
réalisant des ostéosynthèses avec des fils très fins, suivies d’un
méchage sous l’os propre uniquement et sans attelle externe.
Certains auteurs utilisent des attelles externes bilatérales,
solidarisées par des fils transfixiant la pyramide nasale ; d’autres
utilisent des miniplaques en titane en sachant qu’elles sont
susceptibles d’entraîner une érosion de la peau surtout si des
lunettes sont portées.
Enfin, en cas de fracture comminutive ne
permettant pas de réaliser une ostéosynthèse, on peut mettre en
place un greffon osseux ou cartilagineux.
Selon les cas, le
greffon osseux peut être fixé à la bosse nasale à l’aide de plaques, ou
être directement vissé sur les os propres sous-jacents.
En l’absence
d’ostéosynthèse, la contention endonasale est importante, elle peut
se faire au niveau de la cloison par une plaque de Silastict retournée
au niveau de l’auvent nasal et complétée d’un méchage léger qui
peut être changé tous les 2 jours.
Ce méchage qui peut être
simplement constitué de fragments de gaze résorbable, est tassé haut
de façon à assurer un soutien de l’auvent.
Ducic présente une
technique originale de méchage endonasal avec un rouleau de
Surgicelt serré, monté sous les os propres du nez à l’aide d’un fil
relié à une aiguille, transfixiant la peau du dorsum.
Il utilise cette
technique lors de fractures nasales instables, comme les fractures
comminutives, ce qui évite de réaliser un méchage endonasal de
contention classique.
C - TRAITEMENT DES FRACTURES NASALES OUVERTES :
Il s’agit le plus souvent de plaies linéaires.
Après désinfection et
parage très économe de la plaie, on réduit la fracture et les berges
de la plaie sont soigneusement suturées par points séparés.
La peau
est isolée du plâtre par une plaque de biogaze.
Dans certains cas de
fractures ouvertes, la plaie peut être utilisée comme voie d’abord pour réduire la fracture.
En cas de plaies transfixiantes, les
principaux points mis sur le rebord des orifices narinaires et sur la
columelle doivent être réalisés avec minutie.
D - TRAITEMENT DES FRACTURES NASALES DE L’ENFANT
:
La majorité des auteurs considèrent que le traitement des fractures
des os propres du nez de l’enfant doit se faire de façon quasi
exclusive par réduction orthopédique.
1- Nouveau-né
:
La déformation nasale peut se réduire spontanément.
Toutefois, en
cas de luxation septale, une réduction orthopédique est requise.
Elle
est réalisée immédiatement avec un élévateur, surtout si elle entraîne
une gêne respiratoire évidente dans la période néonatale, ou
secondairement, si elle persiste après quelques jours. Le méchage
est à proscrire afin de ne pas gêner la respiration nasale du
nouveau-né.
2- Enfant :
Chez le jeune enfant, l’anesthésie générale avec intubation, associée
à une rétraction muqueuse, est la règle. Beaucoup d’auteurs sont
partisans d’une réduction à foyer fermé avec un résultat
éventuellement incomplet, sans exclure la possibilité de
réaliser un geste chirurgical complémentaire : septoplastie ou
rhinoseptoplastie à distance de la période de croissance.
Berthet,
dans sa thèse portant sur l’étude rétrospective du devenir nasal de
102 enfants opérés de réduction de fracture des os propres du nez
par méthode orthopédique, conclut à l’efficacité de cette méthode
sur le plan fonctionnel bien qu’un déficit esthétique résiduel objectif
soit présent dans 58,4 % des cas (avec un recul moyen de 30 mois).
Si la plupart des techniques orthopédiques de l’adulte sont
adaptables à l’enfant, il faut se rappeler que chez l’enfant, la lame
criblée est plus proche.
Chez le petit enfant, la contention externe
est difficilement utilisable du fait de la petite taille de la pyramide
nasale et de la mauvaise tolérance chez les jeunes enfants qui ont
tendance à l’arracher spontanément.
La place du traitement
chirurgical est définie par Berthet après étude de la littérature :
– en l’absence de fracture septale, un traitement orthopédique est
proposé ;
– en cas de fracture septale :
– chez l’enfant de moins de 5 ans, aucune réduction chirurgicale
ou une réduction fermée ;
– chez l’enfant de plus de 5 ans, en cas d’importantes lésions, on
pratique d’abord une réduction fermée qui, si elle s’avère
impossible ou insuffisante, fait discuter le passage direct à une
réduction chirurgicale.
En cas de lésions septales minimes, on
utilise toujours une technique fermée.
Une septoplastie ou une
rhinoseptoplastie est éventuellement réalisée secondairement.
Andrieu-Guitrancourt rappelle les règles à respecter en cas de
décision de réaliser une septoplastie avant l’adolescence :
– préserver le vomer et la lame perpendiculaire de l’ethmoïde ;
– reposer les fragments mobilisés ;
– réséquer le strict minimum de septum cartilagineux et de toutes
façons, en dehors des zones de croissance bien connues ;
– enfin et surtout, respecter le périchondre, seul capable de
régénérer du cartilage dans les zones de fractures ou d’incision.
Chez le jeune enfant, le phénomène de consolidation osseuse
survient plus précocement d’où la nécessité d’intervenir en moyenne
plus tôt que chez l’adulte.
E - FRACTURES NASALES ET PARANASALES :
Il s’agit là des fractures naso-orbitaires et des fractures du complexe
naso-ethmoïdo-maxillo-fronto-orbitaire.
Le traitement de ces fractures est essentiellement chirurgical et est
conditionné par le bilan clinique et TDM du patient.
En fait, nous ne donnons que les grands principes thérapeutiques
de ce chapitre et renvoyons le lecteur aux articles de Monteil et
de Breton.
Les voies d’abord sont de trois types :
– voies périorbitaires continues ou discontinues.
Deux voies canthales médianes peuvent être réunies par une incision
horizontale à cheval sur le dos du nez ;
– voie bicoronale qui permet de bien exposer la région fronto-nasoethmoïdale
et les parois médiales des orbites ;
– les voies translésionnelles utilisant les plaies cutanées qui ont été
suturées en urgence.
Les déformations osseuses nécessitent une réduction des fragments
et une contention par ostéosynthèse avec des miniplaques ou des
fils fins d’acier.
C’est ainsi que Hilko utilise des miniplaques
en forme de H ou de Y en cas de fractures du complexe
nasal, en utilisant une incision paralatéronasale ou une incision
bicoronale d’Unterberger.
En cas de comminution nasale, une greffe osseuse peut être indiquée
d’emblée à l’aide d’un greffon calvarial ou iliaque. Frodel
présente 21 cas de fractures nasoethmoïdales dont neuf ont bénéficié
d’une reconstruction du dorsum nasal par un greffon osseux
calvarial fixé par une vis.
En cas de section ou d’arrachement du ligament palpébral interne, il
faut réaliser une canthopexie transnasale dont la technique est
décrite dans l’article de Monteil.
Par ailleurs, il est fondamental de rechercher une atteinte des voies
lacrymales dont la réparation est réalisée après les temps de
réduction et d’ostéosynthèse, de préférence en collaboration avec un
ophtalmologiste.
F - TRAITEMENT DES COMPLICATIONS
DES FRACTURES NASALES :
1- Hématome de cloison
:
Il doit être incisé et évacué complètement afin d’éviter une
surinfection et/ou une nécrose cartilagineuse, mais aussi une fibrose
secondaire responsable d’une obstruction nasale.
En fait, son
traitement est variable selon les auteurs.
Certains réalisent une
incision mucopérichondrale, d’autres réalisent une simple
incision en regard de la collection, enfin, un dernier groupe
d’auteurs effectue des ponctions itératives craignant que l’incision
muqueuse soit une porte d’entrée pour l’infection.
Tous les auteurs
sont unanimes pour associer au méchage serré uni- ou bilatéral, une
antibiothérapie.
La contention se fait au mieux par des plaques de Silastict enlevées au 10e jour.
2- Abcès de cloison
:
Il expose à des complications :
– mécaniques : la fonte du cartilage entraîne une ensellure nasale
avec troubles de la perméabilité nasale ;
– infectieuses à type de méningites, thrombophlébites cérébrales et
du sinus caverneux, abcès cérébral.
Le traitement nécessite le drainage maintenu par une lame pendant
plusieurs jours, associé à un méchage des deux fosses nasales pour
favoriser l’accolement des deux surfaces muqueuses et une
antibiothérapie adaptée au germe.
3- Complications rares :
Ahmmed décrit le premier cas de thrombose septique du sinus
caverneux après réduction de fracture du nez sous anesthésie
générale.
Il s’agissait d’un patient diabétique qui, dès le diagnostic
posé, fut traité par antibiotiques par voie intraveineuse à fortes
doses, mais qui développa néanmoins, secondairement, une
endocardite avec cécité de l’oeil gauche.
Keller décrit un cas de toxic shock syndrome, dû à Staphylococcus
aureus, après réduction à foyer fermé d’une fracture des os propres
du nez chez un enfant de 10 ans.
Le patient avait alors été traité par oxacilline par voie intraveineuse.
L’auteur signale qu’une
antibiothérapie préventive antistaphylococcique ne prévient pas
totalement le risque de toxic shock syndrome, dont la morbidité ne
peut être diminuée que par un diagnostic et un traitement précoces.
Ces deux complications exceptionnelles mais graves imposent donc
de ne jamais banaliser le traitement d’une fracture du nez.
G - TRAITEMENT DES SÉQUELLES
DES FRACTURES NASALES ET PARANASALES :
1- Séquelles morphologiques
:
* Séquelles nasales :
Il peut s’agir de déformations dans un plan frontal (scoliose, nez
couché) ou dans un plan sagittal (ensellure).
En cas d’atteinte septale
antérieure, il peut résulter une dépression du dorsum ou nez en
selle.
Dans sa thèse, Van Der Gucht met en évidence le caractère
dynamique des lésions au décours de fractures nasales puisque 90 %
des malades présentaient un résultat satisfaisant lors du contrôle
clinique final effectué entre le 14e et le 21e jour postopératoire, contre
38 % 2 ans plus tard.
Le traitement de choix est la rhinoseptoplastie.
Un délai de 6 mois après le traumatisme semble souhaitable afin
d’améliorer les conditions opératoires.
* Déformations orbitaires
:
L’énophtalmie secondaire à un enfoncement de la paroi médiale de
l’orbite (labyrinthe ethmoïdal) peut justifier une greffe osseuse par
voie paralatéronasale ou coronale.
La dystopie canthale médiale
peut justifier une canthopexie transnasale associée ou non à une
greffe osseuse.
2- Séquelles fonctionnelles
:
* Respiratoire :
Il peut s’agir d’une obstruction nasale due à une déviation ou à une
fibrose septale qui est corrigée par une septoplastie.
* Lacrymale :
L’obstruction résiduelle du canal lacrymonasal peut être à l’origine
d’un épiphora et d’une rétention au niveau du sac lacrymal à
l’origine d’une dacryocystite à répétition, le traitement de choix est
alors la dacryo-cysto-rhinostomie.
* Infectieuse :
Le traitement des séquelles infectieuses sinusiennes est, selon les cas,
médical ou chirurgical ; dans ce dernier cas, on peut être amené à
réaliser une septoplastie ou des méatotomies.
Incidences médico-légales :
L’incidence médico-légale des fractures nasales doit être appréciée,
d’une part, dès la phase précoce et d’autre part, à la phase des
séquelles éventuelles.
La phase précoce est concernée par le biais du certificat initial
descriptif dont l’importance doit être soulignée.
Ce certificat doit
être rédigé le jour même de la première constatation des lésions.
Il
constitue la pièce fondamentale d’une future expertise médicolégale
dans le cadre d’une procédure juridique.
Il doit mentionner
l’identité du rédacteur, l’identification du traumatisé, l’énoncé de ses
dires, la description précise des symptômes et des lésions constatées,
la description radiologique éventuelle, la réalisation ou non d’une
intervention chirurgicale et enfin, la durée d’arrêt des activités ou
incapacité totale temporaire (ITT).
À propos de l’ITT, rappelons que selon le Code pénal, une ITT se définit comme la période
d’incapacité complète durant laquelle une victime ne peut accomplir
elle-même aucun des actes quotidiens de la vie.
Il faut différencier
cette période de celle de l’arrêt maladie qui concerne l’incapacité
temporaire à reprendre une activité professionnelle.
Dans le cadre
de la fracture du nez simple, l’ITT ne peut être que rarement
supérieure à 48 heures, alors que l’arrêt peut être supérieur.
Le certificat médical initial est le plus souvent rédigé par un médecin
généraliste ou urgentiste dont l’inexpérience fréquente en oto-rhinolaryngologie,
associée à une absence de matériel d’examen
rhinologique adéquat, concourent à des erreurs de diagnostics,
souvent par excès.
Dans l’étude d’Illum, 25 % des patients
adressés pour bilan spécialisé suite à un diagnostic de fracture
nasale se révèlent être en fait exempts de fracture récente
directement liée au traumatisme.
De même, les clichés radiologiques
conventionnels peuvent pécher soit par excès en montrant des
solutions de continuité correspondant au cal fibreux non ossifié
d’une ancienne fracture, soit par défaut en ne montrant pas les
lésions cartilagineuses.
La phase tardive concerne l’expertise médicale en vue d’une
indemnisation éventuelle du préjudice subi.
L’expertise comporte
plusieurs temps :
– l’étude du dossier médical : certificats initial et de consolidation,
comptes-rendus opératoire et d’hospitalisation, radiographies... ;
– l’interrogatoire étudie les antécédents personnels et familiaux de
déformation congénitale, la notion de traumatisme antérieur dans
l’enfance, les circonstances de l’accident initial et les doléances du
patient.
La gêne fonctionnelle est le plus souvent respiratoire,
rarement sensorielle.
L’aspect esthétique est différemment ressenti
selon le sexe, la personnalité et la profession du patient ;
– l’examen clinique recherche les éléments objectivant le dommage.
La difficulté est de faire la part entre ce qui est congénital et ce qui
est traumatique.
En particulier une bosse nasale est très rarement
d’origine traumatique et l’étude de documents photographiques
antérieurs au traumatisme est d’une aide précieuse.
De même, les
déformations septales obstructives ne peuvent être que difficilement
rapportées à un traumatisme.
Elles concernent alors plutôt le
cartilage quadrangulaire avec vision en rhinoscopie de séquelles de
fracture à arête vive, de luxation septale ;
– les examens complémentaires peuvent objectiver une insuffisance
respiratoire nasale (rhinomanométrie, rhinométrie acoustique), un
cal osseux hypertrophique (radiographies).
Outre l’imputabilité, la discussion médico-légale finale doit
apprécier :
– l’incapacité temporaire totale ;
– la date de consolidation, fixée en général à 3 semaines après le
traumatisme ;
– l’incapacité permanente partielle correspondant à une réduction
du potentiel physique du patient entraîné par un déficit
physiologique.
Une obstruction nasale accorde un taux de 2 à 6%
en fonction de sa sévérité en précisant qu’une chirurgie réparatrice
est toujours possible.
Chez l’enfant, l’expert doit préciser une
possibilité d’aggravation des lésions et signaler l’intérêt d’une
nouvelle expertise à l’âge adulte ;
– le quantum doloris regroupe l’ensemble des phénomènes
douloureux ou pénibles provoqués par le traumatisme ou son
traitement.
Il est quantifié selon une échelle de sept adjectifs
(également cotés par des chiffres croissants de 1 à 7) et, dans le cadre
des fractures nasales, il est rarement plus élevé que nul ou léger (0
ou 1) ;
– le préjudice esthétique est un élément important de cette expertise.
Ces séquelles sont évaluées également selon l’échelle des sept
adjectifs ;
– le préjudice d’agrément par gêne dans la pratique d’un sport ;
– le préjudice professionnel, qui peut porter sur deux aspects :
– esthétique pour certaines professions : cette séquelle doit alors
être appréciée soit dans le préjudice esthétique, soit dans le
préjudice professionnel mais en aucun cas dans les deux ;
– sensoriel chez les professionnels du nez en cas d’hypo- ou
d’anosmie.
Enfin, l’expert a également pour mission d’informer des possibilités
de la chirurgie réparatrice, sur son coût et ce que l’on peut en
attendre.
Nombre d'affichage de la page 74 |