Dermatoses bulleuses auto-immunes de la jonction
(Suite) Cours de dermatologie
Dermatose à immunoglobuline A
linéaire
:
Le concept de dermatose à IgA linéaire a été défini par Chorzelski
en 1978 par le dépôt linéaire d’IgA au niveau de la jonction
dermoépidermique.
Son individualisation par rapport aux autres
dermatoses bulleuses auto-immunes sous-épidermiques soulève
toujours de nombreuses controverses.
A - SIGNES CLINIQUES :
Dans la forme typique de l’adulte, la dermatose à IgA linéaire atteint
des sujets d’âge moyen (50 ans), sans prédominance de race ni de
sexe.
Les lésions cutanées sont très hétérogènes, les bulles sont de
taille variable, le plus souvent inférieure à 1 cm ; elles peuvent être
associées en placards herpétiformes et apparaissent, soit en peau
saine, soit sur une base érythémateuse ou urticarienne.
La
topographie de l’éruption ne présente aucune spécificité en dehors
d’une plus grande fréquence de l’atteinte du visage.
Le prurit est
variable, parfois intense.
L’éruption guérit sans cicatrice. Dans 20 à
30 % des cas, une atteinte muqueuse est associée : ulcérations endobuccales, atteinte génitale et oculaire avec risque de
symblépharon.
L’éruption de la dermatose à IgA linéaire se caractérise donc par un
polymorphisme qui doit faire évoquer le diagnostic devant toute
maladie bulleuse.
B - HISTOPATHOLOGIE :
L’examen d’une bulle associe des signes de pemphigoïde et de
dermatite herpétiforme.
La bulle est sous-épidermique,
accompagnée d’un infiltrat inflammatoire dermique polymorphe
contenant des polynucléaires neutrophiles, des éosinophiles et des
lymphocytes.
Dans 50 % des cas, des microabcès papillaires peuvent
être observés.
La biopsie d’un patch-test à l’iode, lorsqu’il est réalisé
et positif, donne dans un tiers des cas un aspect histologique
similaire.
L’étude ultrastructurale d’une bulle montre des niveaux de clivage
variables.
Il est situé le plus souvent sous la lamina densa mais peut
également se produire dans la lamina lucida et parfois aux deux
niveaux.
C - IMMUNOPATHOLOGIE :
1- Immunofluorescence directe
:
L’IF directe met en évidence, en peau péribulleuse, les dépôts fins et
linéaires d’IgA sur la zone de la membrane basale qui caractérisent
la maladie.
Il s’agit d’IgA1.
Dans 50 % des cas, ces dépôts sont isolés,
dans les autres cas ils sont associés par ordre de fréquence
décroissante à des dépôts de C3, d’IgG, plus rarement d’IgM, mais
restent prédominants par leur intensité.
Ils persistent longtemps,
même après évolution favorable de la maladie.
2- Immunofluorescence indirecte
:
Des anticorps circulants de type IgA sont mis en évidence par IF
indirecte sur peau humaine totale dans environ 15 % des cas.
On
peut retrouver parfois des anticorps de type IgG.
L’IF indirecte sur
peau séparée par le NaCl augmente considérablement la sensibilité de la
technique et retrouve un marquage le plus souvent situé
au niveau du toit.
3- Immunomicroscopie électronique
:
La situation des dépôts de complexes immuns en immunomicroscopie électronique directe est extrêmement variable.
L’aspect le plus caractéristique correspond à une double localisation
des dépôts en miroir de part et d’autre de la lamina densa.
Dans
cette situation les dépôts sont situés dans la partie supérieure de la
lamina lucida en regard des hémidesmosomes et séparés de la
lamina densa par un espace clair et également dans le derme
superficiel sous forme de petits amas linéaires associés aux fibrilles
d’ancrage et séparés de la lamina densa.
Cet aspect en miroir n’est
retrouvé que dans le cadre de la dermatose à IgA linéaire.
L’aspect le plus fréquent, mais moins caractéristique, est constitué
de dépôts situés sous la lamina densa, dans la zone des fibrilles
d’ancrage.
Leur caractère linéaire permet le plus souvent de les
différencier des dépôts plus épais de l’épidermolyse bulleuse
acquise.
Parfois les dépôts d’IgA sont retrouvés seulement dans la partie
haute de la lamina lucida en regard des hémidesmosomes
semblables en tous points aux dépôts observés dans la pemphigoïde
et ne permettant pas le diagnostic entre les deux maladies.
Les travaux en immunomicroscopie électronique indirecte ne portent
que sur un très faible nombre de patients.
Dans la plupart des
observations, les anticorps sont fixés sous la lamina densa.
4- Immunotransfert :
Les premiers résultats concernant la caractérisation biochimique de
l’antigène cible de la dermatose à IgA linéaire sont dus à Zone qui a
montré que l’antigène cible de la dermatose à IgA linéaire
correspondait à une molécule de 97 kDa extraite à la fois de
l’épiderme et du derme normal.
D’autres travaux ont ensuite mis
en évidence un antigène dermique de 285 kDa et un antigène de
120 kDa à partir de cultures de kératinocytes humains.
Il est maitenant démontré que les antigènes de 97 kDa et de 120 kDa sont
des fragments protéolytiques de la portion extracellulaire de BP 180.
Ces données sont confirmées par l’absence d’expression de
l’antigène de 120 kDa par un tissu d’épidermolyse bulleuse
jonctionnelle déficient en Ag BP 180.
Le séquençage de la portion aminoterminale de la protéine de
97 kDa montre qu’elle débute 42 acides aminés sous la portion
transmembranaire de BP 180.
Ainsi, une partie des patients
atteints de dermatose à IgA linéaire présentent une réactivité en IgA
vis-à-vis d’un site antigénique avec lequel des patients atteints de
pemphigoïde bulleuse réagissent en IgG.
D - FORMES CLINIQUES :
1- Formes symptomatiques
:
Elles sont multiples du fait de la grande diversité de la maladie ;
citons :
– la forme bipolaire avec atteinte du visage associée à une atteinte
des extrémités et/ou de la région périnéale ;
– la forme vésiculeuse, herpétiforme ou simulant un érythème
polymorphe ;
– les formes muqueuses pures, l’atteinte isolée de la muqueuse
buccale prédomine et est parfois de diagnostic difficile.
2- Formes associées :
* Entéropathie sensible au gluten :
L’association est fréquente, elle est pratiquement toujours
cliniquement muette mais des signes histologiques d’atrophie villositaire sont retrouvés dans plus de 20 % des cas.
Cette atrophie villositaire asymptomatique est le plus souvent modérée.
* Pathologie maligne
:
Une affection maligne est retrouvée dans 5 % des observations.
Il
s’agit le plus souvent d’hémopathies lymphoplasmocytaires qui
semblent associées significativement avec la dermatose à IgA
linéaire.
Quelques cas de tumeurs viscérales malignes ont été
rapportés (cancer du sein, de l’estomac).
* Pathologie auto-immune :
Chez un certain nombre de patients, des dysfonctionnements
immunitaires ont pu être mis en évidence : présence d’anticorps antimuscle lisse, anticellule gastrique, complexes immuns circulants,
parfois des anticorps antiréticuline ou antigliadine sont aussi
retrouvés.
Quelques cas de maladies auto-immunes ont été
rapportés : lupus érythémateux aigu disséminé, hépatite chronique,
néphropathie à dépôts d’IgA.
* IgA linéaire et médicaments
:
Certains médicaments peuvent induire le dépôt d’IgA sur la zone
de jonction dermoépidermique (anti-inflammatoires non stéroïdiens,
antibiotiques).
Ces dépôts sont réversibles à l’arrêt du traitement.
3- Dermatose à IgA linéaire de l’enfant
:
Sa place à côté de la dermatose à IgA linéaire de l’adulte n’est pas
encore bien précisée : maladie différente ou expression d’une même
pathologie à des âges différents.
L’aspect clinique chez l’enfant est
beaucoup plus stéréotypé.
La maladie débute généralement au cours
de la deuxième enfance sans prédominance de sexe.
L’atteinte périorale et périnéale est caractéristique.
L’éruption est très
prurigineuse et le plus souvent vésiculeuse. Les vésicules sont
disposées en rosettes ou en bouquets herpétiformes.
L’atteinte du tronc et des membres est fréquente ; en revanche,
l’atteinte muqueuse est inconstante mais peut être sévère lorsqu’elle
existe.
L’association avec une entéropathie au gluten et avec
l’haplotype HLA B8 DR3 est moins fréquente que dans la dermatite
herpétiforme.
Les aspects immunopathologiques identiques à ceux
de la forme de l’adulte suggèrent une identité de l’antigène cible
chez l’adulte et chez l’enfant.
E - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
Il se pose avec les autres dermatoses bulleuses sous-épidermiques
avec dépôts d’IgA.
– Le diagnostic avec la dermatite herpétiforme se fera sur les dépôts
d’ IgA au sommet des papilles dermiques et leur caractère granuleux
sur la zone de jonction mais il peut être délicat si une entéropathie
au gluten est associée.
– Les pemphigoïdes peuvent s’accompagner de dépôts linéaires
d’IgA en IF directe, mais ces dépôts sont moins intenses que les
dépôts d’IgG et de C3.
L’étude des antigènes cibles par immunotransfert et les aspects ultrastructuraux redressent alors le
diagnostic.
– Dans le lupus bulleux et l’épidermolyse bulleuse acquise, les
dépôts sont plus épais sur la zone des fibrilles d’ancrage, en
immunomicroscopie électronique.
Les critères biologiques et l’étude
en immunotransfert permettent également le diagnostic.
F - ÉVOLUTION ET TRAITEMENT :
Sous traitement, l’évolution est favorable en 2 ans en moyenne.
Chez
quelques patients, des évolutions plus longues, jusqu’à 10 ans, ont
pu être rapportées.
Les rémissions spontanées sont
exceptionnelles.
Le traitement local fait appel aux antiseptiques locaux et à la
désinfection des lésions postbulleuses.
La nécessité de soins
d’hygiène rigoureux est à souligner chez l’enfant et dans les
localisations périnéales.
Le traitement général de la maladie repose en première intention
sur la Disulonet, débutée à une posologie de 100 mg/j qui sera
augmentée en cas d’inefficacité.
L’action de la Disulonet est en
général rapide, avec une nette régression des lésions dès les premiers
jours de traitement dans 75 % des cas.
Il semble que dans les formes
de l’enfant, la Disulonet soit moins constamment efficace.
La posologie de la Disulonet est à adapter en fonction du poids de
l’enfant (2-3 mg/kg/j).
La sulfapyridine est efficace dans 70 % des cas pour des posologies
de 1,5 à 3 mg/j.
Une corticothérapie générale (prednisone) est instituée dans les
formes résistantes à la Disulonet.
L’association prednisone-
Disulonet peut être proposée avec un effet favorable dans 95 % des
cas.
Les immunosuppresseurs (azathioprine) sont assez peu efficaces
dans la dermatose à IgA linéaire.
La Disulonet reste donc le
traitement de choix de la dermatose à IgA linéaire sous réserve
d’une bonne tolérance hématologique.
Le traitement doit être
poursuivi longtemps jusqu’à négativation de l’IF directe.
Épidermolyse bulleuse acquise
:
L’épidermolyse bulleuse acquise, ou pemphigoïde dermolytique, est
une dermatose rare, dont l’incidence est méconnue ; elle appartient
au groupe des dermatoses bulleuses auto-immunes de la jonction.
En 1895, Elliot introduisait la notion de maladie acquise ressemblant
aux épidermolyses bulleuses héréditaires.
En 1971, Roenick a établi les critères modernes de diagnostic,
montrant l’existence d’un marquage, en IF directe, similaire à celui
de la pemphigoïde bulleuse.
Au début des années 1980, Gammon, Niebauer et Yaoita ont individualisé différentes formes
d’épidermolyse bulleuse acquise, sur le plan clinique et
ultrastructural ; l’épidermolyse bulleuse acquise devenait ainsi une
entité séparée du groupe des pemphigoïdes.
Si l’épidermolyse
bulleuse acquise partage des caractéristiques immunologiques avec
certaines dermatoses bulleuses auto-immunes, elle en partage
également certains signes cliniques, mais la forme « classique »
d’épidermolyse bulleuse acquise peut simuler certaines
épidermolyses bulleuses héréditaires, en particulier les
épidermolyses bulleuses dystrophiques.
La maladie débute, généralement, chez un adulte d’âge moyen, sans
antécédent.
Les bulles, flasques ou tendues, à liquide séreux ou sérohémorragique, reposent sur une peau « saine » et sont
provoquées par un traumatisme minime.
Elles siègent donc,
préférentiellement, sur les zones de frottement : articulations, faces
d’extension des jambes, pieds et mains.
Les bulles laissent place à
des excoriations, puis à des cicatrices dystrophiques avec nombreux
grains de milium.
Le prurit est absent ou modéré.
L’atteinte, fréquente, des phanères peut provoquer des
dystrophies unguéales et/ou une alopécie cicatricielle.
L’atteinte muqueuse peut être également
sévère : atteinte buccale, oesophagienne, trachéale et
oculaire évoluant vers des sténoses et des synéchies.
L’évolution générale des atteintes
cutanées et muqueuses est chronique, par poussées, avec
cicatrisation lente et dystrophique.
2- Épidermolyse bulleuse acquise inflammatoire
:
Il s’agit d’une forme plus aiguë, similaire à un tableau de pemphigoïde bulleuse.
Les bulles, beaucoup plus nombreuses,
associées à des érosions et à des vésicules, sont situées sur les faces
de flexion des membres.
Elles apparaissent en peau saine et sur des
plaques urticariennes ou érythémateuses.
Ces placards peuvent être
isolés, sans bulle. Le prurit, beaucoup plus constant, est parfois
intense, la peau est beaucoup moins fragile, et l’évolution peut se
faire vers une guérison sans cicatrice.
Dans cette forme, l’atteinte
muqueuse est variable.
Ces deux formes, inflammatoire et chronique, de la maladie ne
s’excluent pas ; la forme inflammatoire peut être le premier stade ou
apparaître lors de poussées évolutives d’une épidermolyse bulleuse
acquise chronique.
Les deux aspects peuvent s’observer chez un
même patient.
3- Autres formes cliniques
:
* Formes localisées :
Ont été rapportés une observation avec localisation muqueuse pure,
oesophagienne, associée à une maladie de Crohn, et bien caractérisée
sur le plan immunopathologique, une forme endonasale
exclusive, une forme localisée à la face, enfin, le tableau clinique
de « pemphigoïde de Brunsting-Perry » avec les localisations du
tronc et du cuir chevelu.
* Associations pathologiques
:
De très nombreuses associations ont été rapportées :
– à des états dysimmunitaires : thyroïdite chronique, lupus
systémique, cryoglobulinémie, polyarthrite rhumatoïde, diabète,
amylose, fibrose pulmonaire et maladies inflammatoires digestives ;
– à un cancer métastatique du col utérin ; à une leucémie lymphoïde
chronique ; aux lymphomes ; à l’hépatite C ; à un syndrome polymalformatif ; à un schwannome ; au psoriasis vulgaire et au
psoriasis pustuleux …
Parmi toutes ces associations pathologiques, seule l’association à la
maladie de Crohn semble significative.
* Formes induites :
Certains médicaments ont été incriminés dans le déclenchement
d’épidermolyse bulleuse acquise : la D-pénicillamine, le furosémide,
le sulfonamide, le sulfaméthoxypyridazine, le naproxène, le
granulocyte-macrophage colony stimulating factor (GM-CSF)…
L’imputabilité est souvent faible au regard, soit de la chronologie,
soit du niveau de preuve diagnostique sur un plan immunopathologique, mais surtout liée à l’introduction de
traitements spécifiques de l’épidermolyse bulleuse acquise.
Quelques cas exceptionnels d’exacerbation par un traitement oestroprogestatif ou une photothérapie ont été signalés.
* Formes de l’enfant
:
De rares cas ont été rapportés chez le jeune enfant.
L’atteinte
muqueuse domine alors souvent le tableau clinique. Des formes
graves ont été décrites avec décollement très étendu.
L’évolution
cicatricielle dystrophique peut poser des problèmes thérapeutiques ;
mais il semble que le pronostic à long terme soit meilleur que chez
l’adulte avec guérison.
B - HISTOPATHOLOGIE :
L’étude histopathologique apporte le diagnostic de maladie bulleuse
sous-épidermique ; il montre une bulle sous-épidermique, dont le
toit est formé par un épiderme intact non nécrotique.
Dans la forme
« classique », chronique, l’infiltrat inflammatoire est modéré ; on
note un aspect cicatriciel du derme avec formation de grains de milium et densification des faisceaux de collagène.
Les images sont
souvent superposables aux images de porphyrie cutanée tardive.
Dans la forme inflammatoire, l’infiltrat, plus abondant, est constitué
de polynucléaires neutrophiles, de lymphocytes, et plus rarement
de polynucléaires éosinophiles.
Il existe un certain degré d’oedème
dermique. Cet aspect est proche de celui de la bulle de pemphigoïde.
À l’échelle ultrastructurale, le clivage se produit sous la lamina
densa, dans le derme superficiel, la lamina densa limitant le toit de
la bulle.
On observe parfois un clivage au sein d’un matériel
amorphe situé sous la lamina densa et disposé en bande dans la
zone des fibrilles d’ancrage.
À proximité immédiate des lésions
bulleuses, les fibrilles d’ancrage apparaissent raréfiées et
amincies.
C - IMMUNOPATHOLOGIE :
1- Immunofluorescence directe
:
L’examen en IF directe d’une biopsie de peau périlésionnelle de
patients atteints d’épidermolyse bulleuse acquise confirme le
diagnostic positif de dermatose bulleuse sous-épidermique autoimmune
; il montre des dépôts linéaires, épais, de complexes
immuns d’IgG et de C3, le long de la jonction dermoépidermique.
Des dépôts d’IgA, d’IgM, de C1q, et de C4 peuvent être associés
plus rarement.
Plus récemment ont été proposées des techniques
d’IF cutanée directe sur peau séparée par le NaCl molaire qui
permet d’observer la localisation des dépôts fluorescents in vivo par
rapport à un clivage induit, les dépôts étant situés au niveau du
plancher du clivage dans l’épidermolyse bulleuse acquise.
Enfin,
les technique de fluorescence overlay antigen mapping (FOAM)
nécessitent l’emploi d’un microscope confocal pour localiser les
dépôts immuns par rapport aux structures normales de l’épiderme
identifiées par un autre type de fluorescence (anticorps anti-BP 230,
laminine 5 et collagène IV).
2- Immunofluorescence indirecte sur peau clivée
:
L’examen en IF indirecte d’un fragment de peau clivée par le NaCl
molaire dans la lamina lucida est, en cas de suspicion
d’épidermolyse bulleuse acquise, préférée à l’IF indirecte simple.
Cette dernière ne détecte que la présence ou l’absence d’anticorps
sériques antimembrane basale, de type IgG, sur peau totale, chez 25
à 50 % des patients atteints des formes chroniques d’épidermolyse
bulleuse acquise.
Dans les formes inflammatoires, le pourcentage de
patients présentant des anticorps circulants est plus élevé.
L’IF
indirecte, sur peau clivée, permet théoriquement d’établir la
différence entre pemphigoïde et épidermolyse bulleuse acquise ; les
anticorps circulants se fixent sur le plancher du clivage dans
l’épidermolyse bulleuse acquise et sur son toit dans les
pemphigoïdes.
3- Immunomicroscopie électronique
:
En immunomicroscopie électronique directe, dans l’épidermolyse
bulleuse acquise « classique », les dépôts d’Ig et de complément se situent dans la zone microfibrillaire du derme superficiel sous la
lamina densa, sous forme d’agrégats masquant les fibrilles
d’ancrage.
Il existe un espace clair non marqué, entre la lamina densa et les dépôts immuns.
Dans l’épidermolyse bulleuse acquise
inflammatoire, les dépôts sont situés dans la partie inférieure de la
lamina lucida et dans la zone du derme superficiel située
immédiatement sous la lamina densa, et en continuité avec elle.
Des
dépôts plus importants peuvent parfois masquer complètement la
lamina densa.
En immunomicroscopie électronique indirecte, sur peau humaine
normale, les dépôts immuns sont plus fins et décorent les fibrilles
d’ancrage.
Les particules d’or sont situées aux deux extrémités des
fibrilles d’ancrage : sur la jonction avec la lamina densa et sur les plaques
d’ancrage dans le derme superficiel.
4- Immunotransfert :
Sur extrait dermique, les anticorps sériques de patients atteints
d’épidermolyse bulleuse acquise réagissent avec deux protéines :
– une protéine de 290 kDa, qui est l’antigène majeur de
l’épidermolyse bulleuse acquise, formée de deux sous-unités de
145 kDa, dont l’une est sensible à l’action de la collagénase et l’autre
pas ;
– une protéine de 145 kDa qui est l’antigène mineur et qui
correspond au domaine non collagénique de la protéine de 290 kDa.
Ces protéines sont reconnues en immunotransfert sur extrait
dermique par les autoanticorps des patients.
Des techniques Elisa, plus rapides pour la caractérisation
biochimique des autoanticorps circulants dans l’épidermolyse
bulleuse acquise, sont en développement.
D - PATHOGÉNIE :
L’antigène de l’épidermolyse bulleuse acquise est exprimé tôt, dès
la huitième semaine de vie foetale, et est présent au sein de la
majorité des épithéliums.
Le site antigénique de l’épidermolyse
bulleuse acquise correspond aux fibrilles d’ancrage situées dans la
sublamina densa et qui servent à arrimer la lamina densa sur le
derme superficiel.
Ces fibrilles d’ancrage sont essentiellement
composées de collagène VII.
Les molécules de procollagène VII sont
sécrétées dans l’espace extracellulaire où elles s’organisent sous la
forme de dimères antiparallèles reliés par leur extrémité
carboxyterminale.
Ces dimères se regroupent pour former les
fibrilles d’ancrage.
Chaque molécule se compose d’un grand
domaine aminoterminal non collagénique (NC-1) qui comprend les
sites antigéniques reconnus par les autoanticorps, et un plus petit
domaine carboxyterminal (NC-2).
Entre ces deux domaines non collagéniques, il existe un domaine formé d’une triple hélice de
collagène.
Le domaine antigénique NC-1 comprend un
certain nombre de séquences fibronectin-like qui permettent la liaison
des molécules de collagène VII avec la chaine a3 de la laminine 5, ce
qui explique le phénomène d’epitope spreading que l’on peut
observer dans l’épidermolyse bulleuse acquise.
L’extrémité
antigénique NC-1 est donc située à la fois dans la lamina densa et
de manière symétrique, au niveau de l’extrémité dermique des
fibrilles d’ancrage, sur la plaque d’ancrage.
Sur un plan biochimique, le procollagène VII est une glycoprotéine
de 900 kDa, composée de trois sous-unités.
Chaque sous-unité
correspond à un dimère lui-même composé d’un domaine
collagénique avec NC-2 de 145 kDa et d’un domaine non collagénique
correspondant à NC-1 de 145 kDa.
De nouvelles avancées dans la
connaissance du collagène VII ont été publiées ces dernières années.
Le gène codant pour le collagène VII (COL7A) a été localisé sur le
bras court du chromosome 3 (3p21) ; il est codé et séquencé.
Le rôle pathogène direct des autoanticorps n’a pas été formellement
démontré sur modèle animal par transfert passif.
Cependant, Gammon a montré que le complément et les Ig étaient impliqués
dans la pathogénie : les complexes immuns fixés activent le
complément et engendrent des médiateurs qui stimulent les
polynucléaires neutrophiles qui vont sécréter des enzymes
protéolytiques et détruire la zone de la membrane basale.
Les
complexes immuns formés dans l’épidermolyse bulleuse acquise
sont plus agressifs que ceux de la pemphigoïde.
Ils induisent une
migration leucocytaire vers la zone de la membrane basale beaucoup
plus importante et sont des activateurs fonctionnels du complément
beaucoup plus puissants également.
Un facteur génétique pourrait
être impliqué dans la pathogénie comme le suggère la plus grande
fréquence du groupe HLA DR2 chez les patients atteints
d’épidermolyse bulleuse acquise.
E - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
1- Autres dermatoses bulleuses auto-immunes
sous-épidermiques :
Les principaux diagnostics différentiels sont : le lupus bulleux et la pemphigoïde cicatricielle.
Le lupus bulleux est, en pratique, un faux
problème ; même si aucun examen immunopathologique ne permet
de le différencier, il évolue dans un contexte clinicobiologique très
différent.
Certaines pemphigoïdes cicatricielles, pemphigoïdes
bulleuses, dermatoses à IgA linéaire présentent une discordance
entre l’anamnèse, l’examen clinique, les examens immunologiques,
l’évolution ou la réponse au traitement ; il est parfois nécessaire
d’avoir recours à des examens plus spécialisés, de semi-routine :
l’immunomicroscopie électronique directe ou indirecte,
l’immunotransfert.
2- Porphyrie cutanée tardive
:
Certaines formes localisées acrales se manifestant par une fragilité
cutanée peuvent simuler une épidermolyse bulleuse acquise.
L’examen en IF montre un marquage épais de la membrane basale
par les IgG et complément ; il existe également des dépôts épais sur
la membrane des capillaires dermiques.
Le diagnostic de porphyrie
cutanée tardive est confirmé par le dosage des uroporphyrines.
3- Épidermolyses bulleuses héréditaires
:
Elles évoluent dans un contexte de fragilité cutanée familiale le plus
souvent et l’examen en IF de la peau est toujours négatif.
F - ÉVOLUTION - TRAITEMENT :
L’évolution se fait par poussées successives et apparition de
cicatrices dystrophiques et de synéchies, qui dans les formes
chroniques peuvent mimer une épidermolyse dystrophique
récessive.
Quelques rares cas de rémission spontanée ont été
rapportés.
Le traitement est long, difficile et souvent décevant ; il
comprend :
– les soins locaux : fondamentaux dans toutes les formes de la
maladie pour prévenir la surinfection cutanée (antiseptiques,
antibiotiques locaux).
Le patient doit être averti de la fragilité anormale de sa peau, de la nécessité d’une hygiène parfaite.
L’utilisation d’émollients peut aider à diminuer les phénomènes de
friction et le risque de bulles provoquées ;
– la corticothérapie générale : la prednisone reste le médicament de
choix, plus efficace dans les formes inflammatoires que dans les
formes chroniques car elle n’agit pas sur la fragilité cutanée. Le
recours à des posologies élevées (2 mg/kg/j) est souvent nécessaire ;
– les immunosuppresseurs : l’azathioprine et le méthotrexate sont
utilisés.
L’association prednisone/azathioprine donne parfois des
résultats intéressants.
La ciclosporine, dont les mécanismes d’action
sur les maladies bulleuses sont encore mal connus, a été essayée
avec succès dans quelques cas résistants.
Elle nécessite le recours
à des posologies allant de 5 à 10 mg/kg/j.
Quelques patients ont été
traités avec succès par MMF (2 g/j) en association avec une
corticothérapie ;
– les plasmaphérèses ont pu être utilisées avec succès dans les
formes inflammatoires ;
– la colchicine peut améliorer certaines formes chroniques ;
– un certain nombre de thérapeutiques classiques sont actuellement
abandonnées : vitamine E, rétinoïdes, Disulonet, Di-Hydant, sels
d’or ;
– plus récemment ont été proposées la photochimiothérapie
extracorporelle, les Ig intraveineuses ou la mésalazine.
Ces traitements ne concernent qu’un nombre limité de malades et
doivent être réservés aux échecs des thérapeutiques classiques.
Dermatite herpétiforme :
Ce terme a été proposé par Duhring en 1884.
La description des
dépôts d’IgA dans le derme, les anomalies digestives associées,
l’association au groupe HLA B8 ont permis l’isolement définitif de
la dermatite herpétiforme.
A - PATHOGÉNIE :
La dermatite herpétiforme est associée à la maladie coeliaque. Des
mécanismes communs sont décrits pour ces deux maladies.
Le rôle
déclenchant d’une infection (adénovirus) est soulevé.
La dermatite
herpétiforme est très liée à certains antigènes HLA de classes I et II.
L’antigène HLA B8 est présent dans environ 80 % des cas, l’antigène
DR3 également.
Il existe une association forte avec la sous-région
DQ. Cette association est retrouvée pour la maladie coeliaque avec
les antigènes HLA de classe II.
La prédisposition génétique de la
dermatite herpétiforme est aussi attestée par la description de cette
maladie chez des jumeaux.
La pathogénie des lésions cutanées est encore mal connue.
Chez ces
sujets génétiquement prédisposés, la liaison de la gliadine à des
glycoprotéines de la réticuline et de la fibronectine crée des
néoantigènes.
La stimulation lymphocytaire entraîne une réponse
anticorps de type IgA.
Les complexes immuns formés se déposent
dans le derme, où ils sont préférentiellement associés aux microfibrilles.
Ces dépôts sont principalement constitués d’IgA1,
mono- et polymérique, avec chaîne J et composant sécrétoire, ce qui
suggère une origine muqueuse et sérique.
Une activation du
complément par la voie alterne est possible.
La libération d’une
protéase sérique est évoquée car l’injection sous-cutanée de sérum
du malade crée la lésion clinique vésiculeuse.
Il existe un
recrutement et une activation des éosinophiles par IL5, IL3 et GMCSF
dans les lésions cutanées et digestives.
B - CLINIQUE :
La dermatite herpétiforme apparaît à un âge très variable, surtout
pendant les deuxième et troisième décennies.
Elle atteint deux
hommes pour une femme.
Sa fréquence est variable selon la race et le
pays ; elle prédomine en particulier dans la race blanche.
L’incidence
la plus élevée est de 0,6 ‰ en Irlande.
Elle est peu fréquente en
France.
Des antécédents familiaux de dermatite herpétiforme ou de
maladie coeliaque sont retrouvés chez plus de 10 % des malades.
C’est une maladie prurigineuse, caractérisée par une éruption papulovésiculeuse, siégeant symétriquement sur les zones atteintes,
et d’évolution chronique.
Dans sa forme caractéristique, elle débute
par un prurit ou une sensation cutanée de cuisson douloureuse.
Par
la suite apparaissent des lésions érythématopapuleuses urticariennes
et des lésions vésiculobulleuses de petite taille, rapidement excoriées.
Moins évocateurs sont des éléments papuleux ou des plaques urticariennes chroniques, des aspects eczématiformes plus ou moins
lichénifiés.
Le siège des lésions est caractérisé par sa symétrie, signe
important dans les formes trompeuses.
Par ordre de fréquence
décroissante sont atteints les faces d’extension des membres, les
coudes et les genoux, les fesses, moins fréquemment le cuir chevelu,
la nuque, la région sacrée et les épaules, plus exceptionnellement le
visage.
L’atteinte initiale peut être localisée aux paumes.
L’atteinte
muqueuse n’est pas rare, avec une prédominance buccale réalisant
une stomatite vésiculeuse, plus souvent érosive et purpurique.
Des
modifications de couleur et de surface de l’émail dentaire sont
décrites, qui sont plus en rapport avec l’entéropathie associée.
L’interrogatoire et l’examen clinique doivent rechercher des signes
digestifs, lesquels sont rarement présents. Une malabsorption avec
diarrhée est présente dans moins de 5 % des cas.
C - AUTRES FORMES CLINIQUES :
La dermatite herpétiforme peut se présenter sous forme de prurigo
ou d’érythème annulaire centrifuge.
La dermatite herpétiforme de l’enfant est exceptionnelle.
Il existe une
prédilection des lésions cutanées pour la région génitale sur ce terrain.
D’autres pathologies ont été rapportées de façon anecdotique en
association avec la dermatite herpétiforme : maladies thyroïdiennes,
diabète insulinodépendant, anémie de Biermer, syndrome de Gougerot-Sjögren, lupus systémique….
Des autoanticorps sont
fréquemment retrouvés, en particulier antimicrosomes thyroïdiens
dans 20 % des cas, anticellules pariétales gastriques dans 10 à 25 %
des cas, antinucléaires.
D - SIGNES BIOLOGIQUES :
Ils sont rarement contributifs (éosinophilie variable à la numérationformule
sanguine), ou orientent vers un retentissement de l’atteinte
digestive (anémie…) environ une fois sur cinq.
L’exploration digestive doit rechercher une maladie coeliaque.
La
biologie montre dans 20 à 30 % des cas un test au D-xylose anormal,
une anémie par déficit en fer ou en folates.
La biopsie intestinale
montre des anomalies très variables, allant d’une muqueuse normale
à l’atrophie villositaire complète.
Le compte des lymphocytes intraépithéliaux est important.
Des explorations fonctionnelles
digestives détectent une anomalie dans la majorité des dermatites
herpétiformes, même lorsque la structure est normale.
Ces anomalies
peuvent être créées ou aggravées par un régime sans gluten.
Cette
entéropathie est toutefois moins sévère que la maladie coeliaque
isolée, ce qui explique probablement sa latence.
Une atteinte
gastrique avec achlorhydrie ou hypochlorhydrie, atrophie muqueuse
est aussi observée.
Des anticorps antigliadine sont retrouvés en pourcentage variable,
de type IgG ou IgA.
Le sous-type IgA2 est le plus fréquemment
rencontré dans le sérum, mais une étude de la réponse antigliadine
et antibêtalactoglobuline du suc digestif montre qu’elle est de type
IgA1.
Les anticorps anti-endomysium sont assez spécifiques et
révélateurs d’une maladie coeliaque.
La présence d’IgA antiendomysium
permettrait une détection accrue des cas familiaux.
Les
anticorps sériques antiréticuline sont rencontrés plus fréquemment
dans la dermatite herpétiforme.
Comme les anticorps antijéjunum,
ils reconnaîtraient en fait un même antigène de structure réticulinecollagène. Les anticorps IgA antitransglutaminase tissulaire sont
corrélés à l’atteinte digestive.
E - HISTOPATHOLOGIE :
L’examen d’une lésion récente non bulleuse ou de la peau péribulleuse montre un infiltrat dense du derme papillaire constitué
de polynucléaires neutrophiles, avec un nombre d’éosinophiles
variable.
Il existe des microabcès, avec une ébauche de décollement
sous-épidermique au sommet d’une papille.
Des dépôts fibrinoïdes sont parfois présents. Le derme sous-jacent montre un
infiltrat périvasculaire lymphohistiocytaire. Une lésion plus ancienne
montre une bulle sous-épidermique.
F - IMMUNOPATHOLOGIE :
1- Immunofluorescence directe :
L’examen en IF directe d’une biopsie cutanée est le critère
diagnostique fondamental.
Il faut souvent étudier plusieurs coupes,
voire répéter les biopsies car les dépôts sont irrégulièrement répartis,
pour aboutir au diagnostic.
Il existe en effet des variations selon le
site chez un même malade et sur une même biopsie.
En peau
malade et surtout en peau saine périlésionnelle, des dépôts d’IgA
granuleux situés au sommet des papilles dermiques sont observés
dans 85 à 90 % des cas.
Ces dépôts d’IgA sont parfois
associés à de l’IgG et du C3, ce dernier se retrouvant en peau saine.
2- Immunofluorescence indirecte :
La recherche d’anticorps antizone de la membrane basale de classe
IgA ou IgG est constamment négative.
Des anticorps IgA antiendomysium
peuvent être retrouvés sur oesophage de singe.
L’étude
en immunotransfert est négative.
3- Microscopie électronique
:
La bulle est sous la lamina densa, qui peut être altérée.
La cytolyse
observée des cellules basales est probablement un phénomène
secondaire.
En immunomicroscopie électronique directe, les dépôts d’IgA se
retrouvent le long des microfibrilles ou des fibres d’ancrage, à distance
de la lamina densa qui est épargnée, donnant un marquage différent
de celui observé dans l’épidermolyse bulleuse acquise chronique.
G - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
Il se pose avec les autres dermatoses bulleuses auto-immunes sousépidermiques
qui sont différenciées sur la base des examens
immunopathologiques simples (IF directe) : l’érythème polymorphe,
surtout avec les eczémas, les prurigos et la gale, plus rarement avec
une dermatophytie, voire une vasculite.
Il faut évoquer la dermatite
herpétiforme devant la symétrie des lésions et la résistance au
traitement symptomatique.
Chez le petit enfant, une épidermolyse
bulleuse herpétiforme de Dowling-Meara peut aussi être discutée.
H - ÉVOLUTION :
L’évolution est essentiellement chronique et les rémissions
spontanées sont rares.
Les poussées peuvent être provoquées par
des infections, le stress ou les halogénés.
La sensibilité à l’iode,
auparavant utilisée comme test diagnostique, est en fait non
spécifique. Les complications sont essentiellement iatrogènes.
D’autres complications évolutives ont été rarement rapportées :
lymphome à point de départ intestinal, parfois avec IgA
monoclonale, glomérulonéphrite avec dépôts mésangiaux d’IgA,
ataxie cérébelleuse avec neuropathie sensitive, cette dernière étant
plus classiquement rencontrée dans la maladie coeliaque.
I - TRAITEMENT :
Le traitement est dominé par la dapsone (Disulonet) et le régime
sans gluten.
La dapsone est active sur les lésions cutanées mais pas sur
l’entéropathie, ce qui s’expliquerait par son effet antichimiotactique
et par l’inhibition de l’adhérence des polynucléaires neutrophiles.
La réponse rapide est un test diagnostique.
Une dose quotidienne
de 100 à 300 mg est nécessaire au début, la diminution étant ensuite
progressive jusqu’à une dose-seuil de 25 à 50 mg/j, variable selon
les sujets.
Le dosage de l’enzyme G6PD est fait chez le malade à
risque.
Cette thérapeutique impose une surveillance hématologique
stricte et continue (risque d’anémie hémolytique et de
méthémoglobinémie), en raison notamment de sa durée. Plus
rarement peuvent être rencontrés une hépatite, un syndrome
d’hypersensibilité, une agranulocytose.
En cas d’intolérance, la sulfapyridine (1 à 1,5 g/j) ou la sulfasalazine (Salazopyrinet)
peuvent constituer une alternative thérapeutique.
Le régime sans gluten réduit les troubles digestifs mais son effet sur
la dermatose est plus aléatoire.
Ce régime nécessite un malade
motivé ; il permet d’obtenir une régression des signes cliniques au
bout de plusieurs mois dans 50 à 75 % des cas, malheureusement
assez souvent incomplète.
Un régime strict entraîne une diminution
des dépôts cutanés d’IgA, des anticorps antigluten antiréticuline et
anti-endomysium.
La réintroduction du gluten entraîne
généralement une poussée évolutive de la dermatose en moins de
3 semaines.
Des essais avec des régimes pauvres en protéines
amènent des résultats similaires, ce qui fait actuellement discuter le
rôle d’autres antigènes alimentaires.
L’avoine peut être ingérée
sans risque. Un régime sans gluten bien suivi diminuerait le risque
de lymphome et de maladies cardiaques ischémiques.
L’association des deux thérapeutiques (dapsone et régime sans
gluten) semble plus efficace et permet de diminuer les doses
d’entretien de dapsone.
Enfin, il faut signaler des essais de
traitement par la colestyramine, le cromoglycate de sodium, la
colchicine sur de petites séries.