Calcinoses, ossifications et lésions cartilagineuses cutanées Cours de dermatologie
Introduction
:
Les calcifications ou calcinoses cutanées correspondent à des dépôts
dans la peau de cristaux d’hydroxyapatite.
L’ossification y fait
parfois suite au cours de l’évolution, mais le plus souvent
ossification et calcinose se distinguent l’une de l’autre.
Les
calcifications cutanées sont des masses anhistes, mal organisées,
dures, situées le plus souvent dans le derme ou l’hypoderme.
Au
contraire, les ossifications sont un tissu très organisé, dur, formé de
lamelles concentriques comme le véritable os haversien, pourvu de
cellules (ostéoblastes et ostéoclastes) et parfois même de moelle
osseuse.
La radiographie montre dans les deux cas une structure
très radio-opaque et ne permet pas de les distinguer. Seul l’examen
histopathologique permet un diagnostic précis.
Enfin, on peut
trouver du cartilage dans la peau dans diverses situations, le plus
souvent en raison de l’extension dans la peau d’une lésion
squelettique.
Calcinoses cutanées
:
Beaucoup des classifications habituelles sont confuses, en particulier
les termes de « métastatique » ou « métabolique ».
Nous proposons
une classification simplifiée, fondée sur le mécanisme supposé.
– calcinoses secondaires à des altérations tissulaires locales ou à la
pénétration de sels de calcium dans la peau ;
– calcinoses secondaires à une anomalie du métabolisme
phosphocalcique ;
– calcinoses apparemment primitives.
Le diagnostic positif des calcinoses repose sur l’aspect dur et blanc
jaunâtre des lésions, qu’il s’agisse de papules, de nodules ou de
plaques infiltrées, qui ont tendance à s’éliminer à travers l’épiderme.
La nature calcique est confirmée par la radiographie. Dans de
nombreux cas, on peut découvrir diverses lésions calcifiées à
l’examen histologique.
La coloration de von Kossa permet
d’identifier ce matériel très dur, résistant parfois au microtome, lors
de la réalisation de coupes histologiques.
Il faut alors utiliser des
techniques de décalcification avant de pouvoir sectionner le bloc.
A - CALCINOSES EXOGÈNES OU CONSÉCUTIVES
À DES ALTÉRATIONS TISSULAIRES :
1- Calcinoses exogènes
:
Lors de divers traumatismes accidentels ou médicaux, des sels de
calcium ou de phosphate peuvent pénétrer dans la peau et entraîner
de véritables calcifications dermiques ou hypodermiques.
Ceci a été
décrit après diffusion de gluconate et de chlorure de calcium en
perfusion, ou après utilisation de pâte au chlorure de calcium
pour la pose d’électrodes à électroencéphalogramme.
Les mêmes
lésions sont possibles chez les enfants après réalisation de potentiels
évoqués auditifs.
La pénétration de sels de calcium traumatique
a été décrite dans de nombreuses situations professionnelles :
poudre de calcium pour le salage des routes, eau des mines, salpêtre
utilisé pour fertiliser les champs, mélanges utilisés dans l’industrie
du forage.
Dans toutes ces situations, on observe, quelques semaines
après le traumatisme, la survenue de lésions dures, inflammatoires,
d’où peut sourdre un matériel blanchâtre d’aspect crayeux.
La
disposition le long d’une veine de perfusion est très évocatrice.
Ces calcinoses exogènes guérissent spontanément ou peuvent être
facilement excisées à la demande.
2- Calcinoses traumatiques sans pénétration
de calcium exogène
:
Elles sont décrites surtout chez les nourrissons subissant de
multiples ponctions des talons lors de séjours en soins intensifs
pédiatriques.
Les petits nodules durs qui en résultent s’expulsent
spontanément en 6 à 12 mois.
Des calcifications après injections
intramusculaires sont aussi décrites, même en l’absence de calcium
dans les produits injectés. Les calcifications sur plaie traumatique
sont exceptionnelles.
En revanche, la calcification des cicatrices est
un phénomène plus fréquent, dans les suites de brûlures, après
laparotomie ou même dans des chéloïdes spontanées du tronc.
Les
brûlures électriques semblent tout particulièrement induire des
calcifications et la biopsie de ces lésions à la recherche de calcinose dermique
a même été proposée pour faire la preuve rétrospective
de tortures par courant électrique.
Il semble que toutes les réactions
cutanées en rapport avec des traumatismes puissent se
calcifier ; on décrit ainsi une calcification de la zone
d’épaississement cutané du cou chez un violoniste, à
l’endroit du contact avec le violon.
3- Calcinoses vasculaires et postinflammatoires
:
La situation la plus fréquente est celle de l’insuffisance veineuse qui
induit très souvent des calcifications inapparentes cliniquement.
La
radiographie démontre de multiples zones radio-opaques très
superficielles des jambes.
Tous les phlébolites peuvent se calcifier,
en particulier dans les malformations vasculaires, ce qui peut
d’ailleurs aider au diagnostic.
Ce phénomène est fréquent aussi dans
les hématomes.
L’inflammation de divers tissus peut entraîner des
dépôts d’hydroxyapatite, comme c’est le cas dans les foyers
d’ostéomyélite chronique, dans les adénites chroniques ou dans les
pavillons auriculaires après des engelures, en cas d’eczéma
chronique ou de chondrites diverses.
4- Calcifications postinfectieuses :
Les plus classiques sont les calcinoses parasitaires, observées dans
la cysticercose, la dracunculose, les loases, la filaire de Bancroft, les
kystes hydatiques et surtout l’onchocercose.
Les onchocercomes se
calcifient fréquemment avec le temps.
Il s’agit souvent de parasites
s’enkystant dans la peau où ils entraînent une fibrose, formant un
petit nodule contenant un ou des parasites qui y finissent leur vie.
On trouve aussi des calcifications dans la lèpre, le long des nerfs
atteints.
On décrit enfin d’exceptionnelles calcifications aux sites de
lésions virales, comme l’herpès ou le zona, voire sur des
intertrigos.
5- Calcifications de tumeurs et de kystes
:
Il s’agit là de découvertes fortuites à l’examen histopathologique.
Le
cas le plus fréquent est celui du trichoépithéliome (épithélioma
calcifié de Malherbe) et du pilomatricome, ce dernier étant
souvent très dur cliniquement et de couleur blanc jaune.
Dans ces
deux tumeurs, les plages calcifiées sont entourées de granulomes gigantocellulaires.
Des calcifications peuvent occasionnellement être
observées dans les syringomes, les lipomes, les histiocytofibromes
et diverses autres tumeurs bénignes.
Ceci peut aussi être le cas de
tumeurs malignes, comme le carcinome basocellulaire, les
liposarcomes ou des métastases cutanées.
Enfin, les kystes sont
régulièrement le siège de calcifications, principalement les kystes trichilemmaux et épidermoïdes.
Un cas de calcinose cutanée diffuse a été rapporté chez un bébé
atteint d’une leucémie congénitale.
Il est possible que les lésions
cutanées de cette leucémie de type FAB M5 (monocytaire) aient servi de « point
d’appel » pour ces calcifications.
Calcinoses des maladies systémiques
Les calcifications cutanées font souvent partie intégrante du tableau
clinique des sclérodermies et des dermatomyosites.
On les
trouve dans le syndrome de Thibierge Weissenbach, principalement
dans les pulpes des doigts, mais aussi dans toutes les zones
périarticulaires, le long de la colonne vertébrale ou de l’os iliaque.
Elles surviennent aussi bien en peau scléreuse que dans des zones
apparemment saines.
Ces calcifications sont situées dans le
derme et n’entraînent que peu de réactions inflammatoires locales.
Elles sont le plus souvent petites et cliniquement inapparentes, mais
présentes à la radiographie dans près de 40 % des cas de
sclérodermie systémique.
Il n’y a en général pas de disparition
spontanée, même si certaines calcinoses peuvent s’éliminer à travers
l’épiderme.
On a pu montrer que les tissus des malades sclérodermiques contiennent cinq à 20 fois plus de calcium que ceux
des sujets normaux et qu’il pourrait y avoir en outre une discrète
hyperparathyroïdie.
Localement, les mastocytes pourraient
favoriser les calcifications.
Dans la dermatomyosite, les calcifications touchent la peau, les
muscles et les tendons.
L’atteinte est beaucoup plus importante que
dans la sclérodermie, surtout chez les enfants chez qui elles peuvent
entraîner une impotence fonctionnelle.
On les trouve dans plus de
deux tiers des cas de dermatomyosite de l’enfant et chez environ
20 % des adultes.
Les formes très graves sont appelées
« calcinoses universelles », mais il existe aussi des calcinoses
identiques en l’absence de dermatomyosite.
Les localisations
habituelles sont les régions périarticulaires, les cuisses, les bras et le
tronc.
Elles se compliquent souvent de phénomènes inflammatoires
douloureux, d’élimination transcutanée, de nécroses aux points de pression et surtout de limitation de l’amplitude des mouvements
des articulations.
Le traitement en est très décevant : on utilise
principalement l’hydroxyde d’aluminium, les diphosphonates et
la chirurgie en cas de complications.
Les calcifications cutanées peuvent être présentes dans d’autres
maladies avec altérations tissulaires comme la porphyrie cutanée
tardive, le lupus érythémateux et surtout le pseudoxanthome
élastique (PXE).
Dans le PXE, les calcifications des fibres élastiques
sont visibles au microscope et les calcifications « macroscopiques »
touchent d’abord les vaisseaux.
De petites calcifications cutanées des
pieds, des jambes et des bras sont décrites dans la maladie d’Ehlers-
Danlos.
Les calcifications surviennent rarement au cours du lupus,
surtout dans les formes systémiques, mais aussi dans les formes
subaiguës.
B - CALCINOSES ASSOCIÉES À DES ANOMALIES
DU MÉTABOLISME PHOSPHOCALCIQUE
:
1- Hypercalcémies :
Les causes classiques que sont l’intoxication à la vitamine D et le
syndrome des « buveurs de lait » ne s’accompagnent
qu’exceptionnellement de calcifications cutanées, alors que les
localisations viscérales sont courantes (rein, poumon, coeur), ainsi
que celle de l’oeil et des muscles.
Malgré l’hypercalcémie majeure de
l’hyperparathyroïdie primitive, les calcifications cutanées sont rares,
probablement en raison de l’hypophosphorémie initiale.
Or on pense
que c’est l’hyperphosphorémie qui est le facteur majeur de
développement des calcifications, indépendamment de la calcémie.
Dans les causes diverses d’hypercalcémie comme la sarcoïdose,
les phénomènes ostéolytiques, certaines maladies infectieuses
comme la tuberculose ou l’histoplasmose, quelques rares cas de calcinoses
cutanées sont rapportés.
2- Hyperphosphorémie et calcémie normale ou basse
:
La pseudohypoparathyroïdie et la pseudo-pseudohypoparathyroïdie
s’accompagnent surtout d’ossifications, plus que de calcifications
véritables.
C’est dans l’hyperparathyroïdie secondaire à
l’insuffisance rénale que se développent le plus de signes cutanés
liés aux calcinoses.
Dans cette situation en effet, le défaut de
synthèse rénal de la vitamine D entraîne une hypocalcémie et une hyperphosphorémie, qui sont à l’origine d’une hyperparathyroïdie
secondaire.
Ceci se traduit par une résorption osseuse, qui permet
une normalisation de la calcémie mais aggrave l’hyperphosphorémie.
Il faut en plus de ces anomalies métaboliques divers
facteurs locaux, qui permettront la cristallisation de l’hydroxyapatite.
Ce phénomène a été qualifié depuis les expériences de Selye de
« calciphylaxie ».
Les expressions cliniques de ces anomalies sont
multiples :
– les nécroses cutanées des membres associées à des calcifications
artérielles ; ce tableau associe un livedo nécrotique douloureux des
jambes à des placards escarrotiques et des nécroses parfois
mutilantes.
Les tableaux s’observent chez les malades dialysés
souvent mal contrôlés ; on trouve de multiples calcifications des
artérioles de la peau.
Le pronostic est mauvais et les lésions cutanées
ne régressent habituellement pas spontanément, l’ensemble pouvant
entraîner le décès assez fréquemment.
Le traitement de choix est
la parathyroïdectomie précoce ; dans de rares cas, une dialyse
pauvre en calcium a pu améliorer les lésions ; un déficit en
protéine S ou en protéine C préexistant pourrait favoriser ces
lésions ;
– la panniculite calcifiante, qui se traduit par la survenue de
nodules douloureux, nécrotiques des zones de pannicule adipeux
épais ; de larges plaques de gangrène et des surinfections peuvent
compliquer ce tableau caractérisé par une calcification en « cadre »
des adipocytes, sans calcification artérielle.
La panniculite
calcifiante peut être favorisée par des injections ou par divers
traumatismes ;
– la calcinose dermique ou hypodermique, souvent appelée « calcinose
métastatique », terme à bannir pour éviter les confusions.
Les
lésions cutanées surviennent rarement en comparaison des
calcifications vasculaires, pulmonaires et rénales ou gastriques.
On
les trouve surtout dans les zones périarticulaires, ou aussi dans les plis
inguinaux, les plis de flexion ou à la face antérieure
des cuisses.
La normalisation de la fonction rénale ne
suffit pas à guérir ces calcifications et on donne ici
de l’hydroxyde d’aluminium et des régimes pauvres en
phosphates.
3- Calcinose tumorale de Teuschlander
ou lipocalcinogranulomatose :
Cette forme très particulière de calcinose est souvent classée à tort
dans les calcinoses idiopathiques.
En fait, plusieurs études ont
montré qu’il existe une hyperphosphorémie, malgré une calcémie et
une fonction rénale normales ; ce phénomène est dû à une
réabsorption tubulaire anormale des phosphates.
Il existe de plus
une élévation fréquente de la 1-25 dihydroxyvitamine D, qui est insensible à l’élévation des phosphates.
La maladie touche deux
hommes pour une femme et débute le plus souvent dans l’enfance.
Il s’agit classiquement d’une maladie à transmission récessive, mais
des études récentes suggèrent plutôt une transmission en dominance
à expressivité variable avec des anomalies métaboliques sans
traduction clinique chez les sujets de la même famille.
La maladie se
traduit par des masses pseudotumorales situées dans au moins deux
localisations juxta-articulaires : autour des trochanters, des épaules,
des coudes ou des genoux.
Les mains sont plus rarement atteintes.
On parle en Afrique de maladie des « hanches de pierre ».
Ces
masses peuvent atteindre jusqu’à 20 cm de diamètre ; de ce fait, elles
créent des compressions musculonerveuses ou peuvent être le siège
de phénomènes inflammatoires douloureux aux points de pression.
On observe alors une élimination du matériel calcique à travers la
peau.
L’association à des dents hypoplasiques et à une obturation
des cavités pulpaires est typique de cette forme de calcinose.
La
radiographie montre d’énormes masses radio-opaques arrondies,
formant des conglomérats.
Histologiquement, on trouve des
calcifications hypodermiques rondes à contour régulier entourées de
cellules épithélioïdes.
Le traitement est chirurgical en cas de
complications, mais la récidive est observée dans plus de 90 % des
cas. Seuls l’hydroxyde d’aluminium ou les diphosphonates
peuvent éventuellement améliorer la maladie.
C - CALCINOSES IDIOPATHIQUES :
Ce groupe de lésions correspond à des calcifications de cause
inconnue ou discutée.
Il s’agit dans la majorité des cas de petites
tumeurs papulonodulaires isolées ou multiples.
1- Calcinoses génitales
:
La plus fréquente est la calcinose scrotale, mais il en existe des
équivalents vulvaires et même péniens.
On a, depuis la description
de cette entité discuté les rapports avec d’éventuels kystes épidermoïdes, certains auteurs démontrant des résidus kystiques,
d’autres au contraire montrant des images de dizaines de calcinoses
scrotales sans aucun argument en faveur de l’origine kystique.
On a
aussi suggéré une origine sudorale. Les lésions sont des nodules
durs et jaunes, au nombre de 1 à 20, qui sont enchâssés dans la peau
du scrotum.
L’image histologique est très particulière : autour d’une
grande masse calcique dermique se développe une large zone granulomateuse faite de macrophages et de cellules géantes.
L’excision en est facile.
De la même façon qu’au scrotum, il existe des calcifications
apparemment idiopathiques des grandes lèvres.
Ces cas sont
décrits chez des adultes, mais semblent pouvoir débuter tôt dans la
vie.
La discussion reste la même qu’au scrotum, car les kystes épidermoïdes des grandes lèvres sont fréquents.
Il existe enfin de
rares formes de calcifications idiopathiques du pénis.
Les calcifications mammaires ne sont en général pas
dermatologiques et sont découvertes lors de bilans mammographiques.
Des calcifications idiopathiques de
l’aréole mammaire sont toutefois exceptionnellement
rapportées.
2- Calcinome de Winer :
Il s’agit d’une petite lésion dure, jaune, isolée, congénitale ou
apparaissant dans la petite enfance et localisée préférentiellement à
la tête et au cou, puis aux extrémités.
Contrairement à la calcinose scrotale, il
s’agit de multiples petits éléments calcifiés dermiques
superficiels entourés de fibrose, mais presque sans
réaction inflammatoire.
3- Calcinoses idiopathiques des extrémités
:
Diverses dénominations ont été utilisées pour décrire des lésions
somme toute assez voisines : calcinosis circumscripta, calculs cutanés, nodules
calcifiés sous-épidermique.
On trouve en effet des calcifications
multiples prédominant aux mains et aux pieds, sans
sclérodermie associée.
Plusieurs publications ont montré
l’existence de ces calcifications dans la trisomie 21.
4- Calcinoses idiopathiques étendues
:
On parle souvent de calcinosis universalis, terme qui prête à
confusion car il est utilisé pour désigner les lésions de la
dermatomyosite.
Il existe toutefois d’authentiques calcinoses diffuses
sans sclérodermie, touchant la peau, les tendons, les aponévroses,
qui se rapprochent de la « myosite ossifiante » des enfants, maladie
gravissime quant à son pronostic fonctionnel.
On trouve, comme
dans toutes les grandes calcinoses, des complications non
spécifiques liées aux compressions ou aux réactions inflammatoires
aux points de pression.
D - TRAITEMENT DES CALCINOSES :
Il n’existe pas le plus souvent de traitement médical réellement
efficace de toutes les grandes calcinoses.
On fait appel en général
aux régimes alimentaires, à l’hydroxyde d’aluminium, aux diphosphonates ou à la corticothérapie.
La warfarine a parfois été
essayée.
Pour toutes les lésions localisées ou compliquées, la
chirurgie est indiquée en première intention.
La corticothérapie
locale injectable est efficace dans certains cas.
L’étidronate de sodium (10 mg/kg/j) a pu améliorer certaines
calcinoses des sclérodermies, mais son utilisation dans la
dermatomyosite ou les calcinoses universelles est décevante.
Le
traitement le plus utilisé est l’hydroxyde d’aluminium (chélateur des
phosphates) à la dose de 2 g/j, pendant de très longues durées.
Quelques cas d’enfants atteints de dermatomyosite répondant bien
à ce traitement ont été publiés, mais on sait que la résolution
spontanée est possible.
Ce produit est souvent prescrit à titre
préventif chez les insuffisants rénaux, mais son utilisation est limitée par le risque d’encéphalopathies.
Les régimes pauvres en calcium
et/ou en phosphates n’ont pas fait la preuve de leur efficacité dans
les formes étendues des calcinoses.
Tous les autres traitements
peuvent être considérés comme symptomatiques : colchicine 1 mg/j
en cas de phénomènes inflammatoires, injections intralésionnelles
ou sous-lésionnelles de corticoïdes.
La corticothérapie générale
est souvent tentée dans les calcinoses universelles de toutes causes,
mais elle est souvent inefficace.
Au contraire, il faut insister sur la
nécessité d’utiliser la corticothérapie dans la dermatomyosite de
l’enfant avant l’apparition des calcifications.
Dans l’insuffisance rénale, le traitement des manifestations de
« calciphylaxie » fait appel avant tout à la parathyroïdectomie.
Un
succès spectaculaire a pu être obtenu avec des dialyses pauvres en
calcium.
Ossifications et ostéomes :
Il existe deux types d’ossification : l’ossification mésenchymateuse
(chez l’embryon) dans laquelle les cellules mésenchymateuses se
différencient en ostéoblastes et sécrètent l’ostéoïde, et l’ossification
enchondrale utilisant un précurseur cartilagineux (os longs).
Il existe
des phénomènes d’ossification hétérotopique en dehors du squelette,
qui peuvent être de type mésenchymateux ou enchondral.
L’os peut
naître dans divers tissus conjonctifs ou épithéliaux après certaines
stimulations (anoxie tissulaire, facteurs de croissance, protéines morphogéniques de l’os ou BMP).
Comme pour les calcinoses, on
peut schématiquement distinguer des ostéomes primitifs et des
ossifications secondaires.
A - OSTÉOMES PRIMITIFS DE LA PEAU (OSTEOMA CUTIS)
:
L’ostéome solitaire est un nodule dur de 2 à 3 cm, opaque aux
rayons X, situé surtout sur le cuir chevelu, mais toutes les
localisations sont décrites.
Il s’agit souvent d’une lésion congénitale,
pouvant être confondue avec le calcinome de Winer en raison des
localisations communes et de leur caractère dur.
Il peut exister
aussi une extrusion de matériel dur à travers la surface si la lésion
s’ulcère.
L’excision est curative et permet de visualiser à l’examen histopathologique une formation osseuse parfaitement limitée,
souvent pourvue d’une cavité médullaire au sein de laquelle on peut
trouver une moelle avec des cellules hématopoïétiques.
Outre la
forme classique, il existe des ostéomes en plaques du nourrisson.
Ces ostéomes en plaques sont aussi souvent localisés au front.
Certains peuvent être de très grande taille ; ils sont aussi
localisés au cuir chevelu ou, plus rarement, sur les membres et le
tronc.
Les critères de diagnostic sont l’absence de lésion tissulaire
préalable, un métabolisme normal et le caractère congénital de la
plaque.
L’histologie est identique à celle des ostéomes nodulaires.
Il
faut les distinguer des ostéomes en plaques secondaires dans
l’insuffisance veineuse ou dans les morphées.
Par analogie, on décrit d’exceptionnels ostéosarcomes primitifs de
la peau qui n’ont aucune connexion avec le squelette.
B - OSTÉOMES CUTANÉS PRIMITIFS MULTIPLES
:
Il en existe tout d’abord une forme miliaire localisée au visage
appelée parfois « maladie d’Arzt » par les auteurs allemands.
Le
visage est couvert de minuscules papules jaunâtre très dures, au
nombre de 10 à 100.
Ces lésions surviennent hors de tout contexte
d’acné, principalement chez des femmes d’âge mûr.
Le seconde
forme est disséminée à l’ensemble des téguments, regroupant
diverses entités hétérogènes d’ostéomes disséminés, parfois
congénitaux.
On décrit même de rares formes familiales
autosomiques dominantes. Il s’agit d’ostéomes sans rapport avec
la maladie d’Albright, laquelle doit toujours être évoquée.
Ces
lésions sont parfois associées à des malformations diverses qui ont
en commun des anomalies de l’os squelettique ; ceci pourrait
suggérer une anomalie du développement osseux embryonnaire.
C - OSTÉOMES SECONDAIRES :
1- Ostéonævus de Nanta et autres tumeurs ossifiées
:
L’ostéonævus est découvert plus souvent de façon fortuite à
l’examen histopathologique (1 à 2 % de la totalité des nævus)
.
Ils sont exceptionnels dans l’enfance et surviennent en
général après 40 ans.
On décrit parfois une dureté inhabituelle du
nævus. Le nævus composé ou intradermique est associé à une ou
quelques formations osseuses rondes bien limitées, séparées les unes
des autres, sous les thèques næviques.
Ces ostéomes miniatures
suivent parfois le trajet d’un follicule, ce qui suggère qu’ils sont
secondaires à des phénomènes de folliculite.
La présence de petits
foyers d’ossification est rapportée dans le nævus bleu, le nævus de
Spitz et le mélanome.
Diverses autres tumeurs peuvent s’accompagner d’ossification : les
carcinomes basocellulaires tout d’abord, les trichoépithéliomes, le
fibrome et le fibroxanthome atypique, les hémangiomes, etc.
Les
tumeurs les plus fréquemment ossifiées sont le pilomatricome (10 à 20 % des cas) et le syringome chondroïde, dont le stroma
cartilagineux peut facilement s’ossifier.
De la même façon, les kystes épidermoïdes et trichilemmaux peuvent s’ossifier.
L’ossification des
carcinomes basocellulaires est parfois si massive que seules certaines
zones à la périphérie permettent l’identification de la tumeur.
Dans certains cas, l’ossification du carcinome peut être la
conséquence d’interventions incomplètes (curetage,
électrocoagulation) ou d’injections intralésionnelles d’interféron.
2- Lésions inflammatoires
:
Les ostéomes postacnéiques doivent être distingués de l’ostéomatose
miliaire idiopathique de la face.
Ils font suite à des folliculites
chroniques du visage et du dos, et sont décrits surtout chez les
femmes.
Certains peuvent même être de coloration bleue en cas de
traitement à la minocycline.
Cliniquement, on voit quelques
papules dures, parfois légèrement pigmentées.
On trouve
beaucoup plus fréquemment une ossification cutanée dans
l’insuffisance veineuse, mais qui n’a pas de traduction clinique ; elle
est au contraire très bien visible aux clichés radiologiques.
Les
cicatrices peuvent s’ossifier, et ce phénomène semble encore plus
fréquent que celui de la simple calcification.
Histologiquement, on
trouve des formations osseuses irrégulières et spiculées au sein de
la cicatrice.
Il peut s’agir de cicatrices chirurgicales ou de points
d’injection veineuses.
Enfin, on trouve des ossifications de
plaques de morphées, de lupus érythémateux chronique ou dans
d’autres maladies systémiques.
D - OSTÉOMES DU SYNDROME D’ALBRIGHT
:
Les signes cutanés de cette maladie sont représentés par les
ostéomes multiples apparaissant dès la plus jeune enfance ou
présents à la naissance.
Ils sont souvent mieux palpés que visibles
et leur dureté est caractéristique.
On les trouve aux zones
exposées aux traumatismes, au cuir chevelu et aux extrémités.
Certains s’ulcèrent et des fragments osseux s’éliminent à travers la
peau.
Ils sont présents dans près de la moitié des cas de syndrome
d’Albright.
Les autres anomalies caractéristiques sont la petite
taille et le faciès arrondi, le cou court, une bradymétacarpie touchant
le quatrième métacarpien, une bradymétatarsie et d’autres
anomalies squelettiques.
Il existe fréquemment un retard mental, un
hypogonadisme, une hypothyroïdie et une cataracte.
La
transmission semble autosomique dominante, mais une
hétérogénéité génétique est très probable.
La physiopathologie de la
maladie permet de distinguer deux situations :
– la pseudohypoparathyroïdie, avec hypocalcémie et
hyperphosphorémie, associées à un taux élevé de parathormone en
raison d’une résistance périphérique à cette hormone ;
– la pseudo-pseudohypoparathyroïdie, où le bilan hormonal et
phosphocalcique est normal ; dans cette deuxième situation, il existe
un déficit en protéine G, qui est nécessaire à l’activation de
l’adénylcyclase par la parathormone.
E - DIVERS :
Des fragments osseux peuvent s’éliminer à travers les téguments
dans les ostéomyélites chroniques.
On trouve à l’examen
histologique des séquestres osseux, entourés d’un infiltrat dense et
parfois colonisés par de nombreuses bactéries.
La peau peut aussi être le siège de métastases de sarcomes
ostéogéniques, qui reproduisent un tissu plus ou moins différencié,
rappelant la structure osseuse classique.
Enfin, l’os peut arriver directement dans le derme dans les exostoses,
qui sont parfois biopsiées avant d’en avoir fait le diagnostic clinique
ou radiologique, quand la zone d’attache à la phalange est très
mince.
F - TRAITEMENT :
Il n’y a aucun traitement spécifique de ces lésions assez hétérogènes.
La chirurgie est évidemment indiquée en première intention pour
toutes les lésions gênantes.
Le tissu osseux étant aussi fait
d’hydroxyapatite, l’hydroxyde d’aluminium et les diphosphonates
ont été utilisés dans les ostéomatoses disséminées, mais ne sont pas
efficaces.
Quand il existe une hypocalcémie dans le syndrome
d’Albright, elle doit être corrigée en raison du risque de cataracte
(calcium et vitamine D).
Dans l’ostéomatose faciale, on peut donner
de la trétinoïne à 0,05 % ou extraire les ostéomes par de petites
incisions au scalpel, ou par dermabrasion.
Le laser YAG : erbium
peut donner aussi de bons résultats, alors que d’autres auteurs
préconisent le curetage associé au laser CO2.
Tumeurs et lésions cartilagineuses
:
Il existe trois types de cartilage :
– le cartilage hyalin dans les articulations, la cloison nasale et le
larynx ;
– le cartilage élastique plus flexible du pavillon de l’oreille, de
l’épiglotte et de la trompe d’Eustache ;
– le fibrocartilage très dur des disques intervértébraux, des capsules
articulaires, des tendons et des ligaments.
A - TUMEURS CUTANÉES CARTILAGINEUSES BÉNIGNES
OU CHONDROMES :
Elles sont rares.
La plupart des chondromes cutanés sont localisés
aux mains (95 %), surtout aux doigts, mais aussi aux orteils.
Beaucoup plus exceptionnels sont les chondromes de la muqueuse
buccale, de la langue ou du nasopharynx.
Certains sont découverts
dans les muscles ou les tendons.
Les chondromes cutanés sont des
tumeurs dures, indolores, de taille inférieure à 3 cm, touchant les
adultes entre 30 et 60 ans.
Ils sont moins radio-opaques que les
ostéomes, sauf quand ils sont calcifiés.
Le signe radiologique typique
est une masse des parties molles parsemée de microcalcifications.
Histologiquement, la tumeur est bien circonscrite, faite de cartilage
hyalin immature.
On y trouve des chondrocytes à cytoplasme
éosinophile et petit noyau central typiquement entouré d’une zone
optiquement vide.
La matrice extracellulaire est riche en mucines
bien colorées par la quadrichromie ou le bleu Alcian.
Des
calcifications sont possibles, de même qu’une réaction inflammatoire granulomateuse.
Une récidive après excision est notée dans environ
15 % des cas.
B - CHONDROSARCOMES DES PARTIES MOLLES :
On est ici à la limite de la dermatologie, mais il existe de véritables
chondrosarcomes sans lien avec les os sous-jacents et qui
envahissent donc la peau en surface.
Ils représentent moins de
2 % des sarcomes des parties molles et sont donc très rares.
Il en
existe deux types : le chondrosarcome myxoïde et le chondrosarcome mésenchymateux.
La forme myxoïde (cellules
rondes et allongées au sein d’une abondante matrice extracellulaire
myxoïde) survient chez des adultes d’âge moyen (40 à 70 ans),
principalement aux fesses, aux épaules et aux extrémités.
Leur
croissance est lente et se fait dans la partie profonde de l’hypoderme
et dans le muscle sous-jacent.
L’imagerie met en évidence une
tumeur des parties molles parsemée de petites calcifications.
L’évolution est plutôt favorable par rapport aux chondrosarcomes
osseux, les métastases survenant dans environ 15 % des cas.
La
forme mésenchymateuse touche de jeunes adultes, surtout au cou et
au visage.
Les métastases sont beaucoup plus fréquentes.
C - TUMEURS CARTILAGINEUSES NAISSANT DE
L’OS :
1- Enchondromes :
Ce sont des tumeurs intraosseuses bénignes, qui déforment l’os et
sont donc visibles sous la peau.
Dans la forme solitaire, on observe
une déformation des phalanges des doigts, qui peut entraîner une paronychie chronique.
Il en existe aussi aux pieds.
Cette tumeur,
observée chez les adultes autour de la quarantaine, est en général
indolore.
L’apparition de douleurs doit faire suspecter une
transformation maligne.
Radiologiquement, on voit une tumeur intraosseuse, avec érosions et calcifications, qui peut entraîner des
fractures pathologiques.
Il faut un examen histologique pour une
identification formelle : le cartilage hyalin y est facilement
identifiable, entouré d’os lamellaire qui est en contact avec
l’hypoderme.
Les enchondromes multiples sont présents dans deux syndromes :
la maladie d’Ollier et le syndrome de Maffucci.
La maladie
d’Ollier est caractérisée par des enchondromes multiples des os
longs qui sont responsables de fréquentes fractures
pathologiques.
Les localisations aux mains et pieds sont rares, et
les os longs sont le siège de masses volumineuses, palpables sous la
peau.
La transformation maligne est fréquente.
Dans le syndrome
de Maffucci, les enchondromes sont associés à des angiomes
multiples bien connus des dermatologues.
Les mains sont
déformées par de multiples hémangiomes caverneux présents dès
la naissance ou se développant dans la première partie de la vie.
La
partie distale des doigts est totalement déformée par ces angiomes,
parfois de façon monstrueuse.
Les lésions vasculaires sont associées
à des enchondromes multiples dont la transformation maligne est
fréquente.
Outre ces deux types de lésions, on observe une
dyschondroplasie entraînant des défauts d’ossification à divers
endroits du squelette, ce qui se traduit par des déformations
invalidantes et des troubles de la croissance.
La radiographie des
mains montre des cavités intraosseuses et de multiples phlébolites
au sein des hémangiomes, ainsi que des déformations des os longs.
L’aspect histologique des lésions vasculaires est celui
d’hémangiomes caverneux classiques dermiques ou hypodermiques,
dont les structures vasculaires s’accompagnent parfois d’une petite
prolifération de cellules endothéliales en périphérie.
La
transformation maligne en angiosarcome est possible.
Le syndrome
de Maffucci s’associe de façon significative à des lymphomes, des
gliomes et des tératomes ovariens.
2- Chondrome périosté :
C’est une tumeur faite de cartilage
hyalin développé à la surface de l’os.
Il se localise aux os longs et parfois
aux phalanges, entraînant une déformation des parties
molles.
Cette tumeur cartilagineuse s’étend dans
la peau mais aussi dans l’os dont elle peut rompre la
corticale.
L’image histologique de la lésion cutanée
est similaire à celle du chondrome.
Le diagnostic différentiel avec un
chondrosarcome est parfois difficile.
3- Ostéochondrome :
Cette tumeur bénigne qui se développe par un processus
d’ossification enchondrale naît du cartilage de conjugaison des os
longs.
Quand elle se développe à la partie supérieure de la phalange,
on parle d’exostose sous-unguéale.
Ces tumeurs voisines sont nettement séparées par certains auteurs.
Plus de 80 % des exostoses sous-unguéales sont localisées au gros
orteil.
Histologiquement, cette lésion est faite de cartilage fibreux
très cellulaire en surface et d’os lamellaire à la partie plus profonde.
Le traitement de cette lésion douloureuse est chirurgical, mais les
récidives sont notées dans 10 % des cas.
D - MALFORMATIONS :
On peut trouver du cartilage dans la peau dans les anomalies de
développement des arcs branchiaux.
L’exemple le plus classique est
le tragus accessoire, présent à l’avant du pavillon auriculaire.
Son
aspect histologique est très facilement reconnaissable, avec de
nombreux follicules rudimentaires en surface et un fragment de
cartilage à la partie profonde.
Il en existe un équivalent beaucoup
plus inhabituel, localisé au cou, dans le tiers inférieur du trajet du
sterno-cléido-mastoïdien ou en regard du haut du sternum.
On
l’appelle « restes cartilagineux congénitaux du cou », mais
certains auteurs l’assimilent au tragus accessoire.
Il n’y a pas de
fistule associée ni de connexion aux structures profondes, ce qui
permet un traitement chirurgical simple.
E - SYRINGOME CHONDROÏDE :
Il existe une tumeur cutanée dont le stroma est cartilagineux : il
s’agit du syringome chondroïde, aussi appelé tumeur mixte cutanée
par les pathologistes, car il s’agit d’un équivalent des tumeurs de la
parotide.
Cette tumeur bénigne se développe chez les adultes après
40 ans, à la tête ou au cou dans 90 % des cas, sous forme d’un papulonodule ferme.
Des formes malignes sont possibles.
Le
stroma est riche en mucines, parfois hyalin ou constitué de véritables chondrocytes bien différenciés.
Au sein de ces zones cartilagineuses,
on observe des cellules épithéliales formant des cavités, des amas
arrondis ou des travées.
Le contingent épithélial est soit eccrine soit
apocrine.
Le traitement en est chirurgical.
F - DIVERS :
Le cartilage de l’oreille est celui qui est le plus visible à l’examen
dermatologique.
Il peut être affecté de divers troubles
caractéristiques : le nodule douloureux de l’oreille, l’othématome,
et le pseudokyste cartilagineux de l’oreille.
Ces cartilages peuvent
se calcifier, voire s’ossifier.
Les cartilages du nez et des oreilles
subissent des poussées inflammatoires au cours de la polychondrite
chronique atrophiante.