Boiterie de l’enfant
Cours de l'appareil locomoteur
Définition
:
La boiterie se définit par une asymétrie du pas ; en fonction
du mécanisme et de la topographie de l’atteinte,
il n’existe pas une mais des boiteries.
Elle doit être distinguée
des anomalies de la démarche (en rotation interne
par exemple), fréquentes entre 2 et 8 ans qui sont en
fait des étapes physiologiques du développement.
Rappelons que la marche, formée par la succession harmonieuse
de phases d’appui, d’oscillation des membres
inférieurs est un phénomène complexe qui suppose
l’intégrité des muscles, des os, des articulations et du
système nerveux (central et périphérique).
Ainsi peut-on classer les boiteries en 3 groupes :
– les boiteries par esquive (antalgique) ;
– les boiteries mécaniques (boiterie « plongeon ») par
inégalité des membres inférieurs, ou par instabilité ou
ankylose d’une articulation ;
– les boiteries neuromusculaires (paralysie périphérique
comme la poliomyélite centrale, l’hémiplégie ou les
myopathies).
Examen clinique
:
L’étude de la démarche de l’enfant, en slip et déchaussé,
sera à la fois auditive (signe du « maquignon » témoin
de l’esquive) et surtout visuelle, appréciant la longueur
du pas, l’inclinaison du tronc et des épaules.
En fait, il n’est pas toujours aisé de préciser le côté de la boiterie
(parce qu’elle peut être intermittente ou bilatérale) ni
son siège (hanche, genou, pied) d’autant qu’il faut se méfier
du piège classique des douleurs projetées (comme une
gonalgie, symptomatique d’une affection de la hanche).
L’interrogatoire précise l’ancienneté et le mode de début
des troubles (aigu, progressif) ; les antécédents néonatals
éventuels, l’âge d’acquisition de la station debout,
de la marche ; la notion de traumatisme ou d’infection.
L’examen des membres inférieurs est fait debout, appréciant
l’équilibre ou la bascule du bassin, puis couché,
mesurant les longueurs et les périmètres segmentaires,
les amplitudes articulaires.
Deux signes ont une grande valeur : une amyotrophie
(cuisse, mollet) et une limitation des amplitudes articulaires
(abduction et rotation de hanche) qui signent l’organicité
de la boiterie.
On recherche les réflexes ostéotendineux, les empreintes
plantaires, les anomalies superficielles de la région lombosacrée
(témoin d’un dysraphisme spinal), l’existence
d’adénopathies, d’une tuméfaction osseuse ou des parties
molles.
Examens complémentaires :
A - Examens simples :
• Radiographies du bassin de face et de la hanche de
profil à la recherche d’une anomalie des hanches.
La
lecture sera attentive, comparative, à la recherche
« perspicace » des signes de début d’une affection acquise.
Elles seront complétées éventuellement par :
• échographie de hanche (détection d’un épanchement
articulaire) ;
• téléradiographie des membres inférieurs ;
• radiographie du rachis face et profil ;
• numération-formule sanguine (NFS), vitesse de sédimentation
(VS), protéine C réactive (CRP).
B - Examens spécialisés :
• Imagerie (comme la scintigraphie, le scanner ou la
résonance magnétique).
• Biologiques (enquête rhumatismale par exemple).
Ces examens ne seront jamais systématiques, mais
demandés en fonction du contexte clinique et en confrontant
toujours leur intérêt pour l’affection suspectée et leur
caractère plus ou moins « invasif » pour l’enfant.
Au terme de cette enquête le diagnostic peut être évoqué.
Étiologie
:
Certaines causes sont évidentes dès l’examen clinique :
c’est le cas des malformations congénitales des
membres inférieurs ou des causes mineures (tel un ongle
incarné).
Quant aux inégalités de longueur des membres inférieurs
(qui entraînent une boiterie dès qu’elles dépassent
1,5 cm), elles représentent à elles seules un grand chapitre
de l’orthopédie pédiatrique (allongement ou raccourcissement
congénital ou acquis).
Les causes plus rares où la boiterie n’est pas au premier
plan mais associée à un syndrome inflammatoire, à des
douleurs ou à une tuméfaction sont : ostéomyélite ou ostéo-arthrite ; polyarthrite rhumatoïde ; tumeur osseuse
(bénigne ou maligne), domaine où il faudra recourir
volontiers aux techniques d’imagerie [imagerie par
résonance magnétique (IRM), scanner, scintigraphie].
Enfin en pratique, 4 ou 5 causes expliquent la majorité
des boiteries.
Un fil conducteur permet de s’orienter, car
chacune s’observe dans une tranche d’âge bien distincte.
Celles-ci sont au nombre de 3.
A - Période des premiers pas :
On évoque 4 diagnostics :
• la fracture incomplète (tibiale ou fémorale) est une
cause fréquente.
Le traumatisme n’est pas toujours
retrouvé parce que méconnu, ou nié (enfants maltraités).
Il s’agit souvent d’une simple fissure peu visible d’emblée
mais plus nette sur le cliché réalisé au 10e jour, avec
un décollement périosté ;
• l’ostéo-arthrite infectieuse associe hyperthermie,
impotence du membre inférieur et douleurs à la mobilisation.
Le diagnostic s’appuie sur les examens biologiques
et sur l’échographie qui objective l’épanchement
articulaire.
La ponction confirme le diagnostic, identifie
le germe et assure le début du traitement ;
• la luxation congénitale de la hanche n’est plus
aujourd’hui dépistée à l’âge de la marche.
La radiographie
du bassin montre à l’évidence la luxation plus ou
moins haute de la tête fémorale ;
• l’infirmité motrice d’origine cérébrale, parfois discrète,
avec une simple monoparésie ou hémiparésie, une
démarche le pied en équin. Une souffrance néonatale,
une prématurité, un retard d’acquisition de la marche
sont souvent retrouvés.
B - Pendant la première enfance :
Il faut évoquer en même temps la synovite aiguë transitoire
(rhume de hanche) et l’ostéochondrite primitive
(maladie de Legg-Perthes-Calvé) : leur tableau clinique
peut être voisin, associant en proportion variable douleur
et boiterie.
• La synovite aiguë transitoire (communément appelée
« rhume de hanche ») est fréquente chez le petit enfant
de 3-4 ans.
Dans les antécédents, on retrouve souvent un
épisode ORL 15 à 21 jours auparavant. Son début est
aigu, marqué par une impotence du membre inférieur ;
la radiographie du bassin est normale ; l’échographie
montre une petite lame liquidienne ; la vitesse de sédimentation
peut être augmentée.
La bénignité du tableau contraste avec l’inquiétude initiale
: la résolution sera rapide sous simple traitement
médical anti-inflammatoire et un repos de quelques
jours mais un contrôle radiographique du bassin sera
toujours pratiqué 2 mois après l’épisode pour écarter
une ostéochondrite à son tout début.
• L’ostéochondrite est beaucoup plus rare mais préoccupante.
Il s’agit d’une nécrose ischémique de la tête
fémorale, volontiers observée chez le jeune garçon vers
l’âge de 5-6 ans.
Son début est en général progressif, et l’examen objective
une limitation des amplitudes de la hanche (abduction,
rotation interne) et une amyotrophie de la cuisse.
C’est la radiographie du bassin qui représente la clé du
diagnostic, évident dès le stade de densification.
Le plus important est de savoir reconnaître les « petits
signes » de début : élargissement apparent de l’interligne
articulaire et rétraction du noyau fémoral ; coup
d’ongle épiphysaire ; irrégularités du cartilage de croissance.
La maladie évolue selon un cycle radiologique de plusieurs
mois. L’indication thérapeutique éventuelle
(traitement orthopédique
– par traction collée ou orthèse
d’abduction
– ou traitement chirurgical) dépendra de
plusieurs critères cliniques et radiologiques.
• Entre ces 2 tableaux schématiques existent des cas
douteux : la radiographie semble normale, mais la boiterie
persiste ou récidive.
On peut demander alors une
scintigraphie osseuse au technétium qui distingue nettement
les 2 affections (fixation normale dans le rhume de
hanche ; trou épiphysaire dans l’ostéochondrite).
Une imagerie par résonance magnétique apporterait des
renseignements similaires.
C - À l’approche de la puberté :
• On doit penser à l’épiphysiolyse fémorale supérieure.
C’est un glissement de la tête fémorale, en bas et en
arrière du col (comme un béret de chasseur alpin).
Elle se manifeste habituellement chez un enfant souvent
obèse prépubère (« adiposo-génital »), sur un mode progressif
avec boiterie et attitude en rotation externe du
membre inférieur.
Les radiographies du bassin de face et
surtout de la hanche de profil montrent le glissement de la
tête (en bas et en arrière du col) que l’on mesure.
Plus rarement, c’est le tableau d’épiphysiolyse aiguë,
inaugurale ou venant compliquer la forme progressive.
Elle se présente cliniquement comme une fracture du
col du fémur.
Le traitement est toujours chirurgical :
fixation par vis (précédée ou non d’une réduction douce)
pour éviter l’accentuation du glissement. Une fixation
préventive sur la hanche saine peut être envisagée (20 %
de formes bilatérales).
Conclusion :
La boiterie est un symptôme qu’il ne faut pas négliger.
Si des « douleurs de croissance » peuvent être évoquées
chez l’adolescent en présence de très fréquentes épiphysites
ou apophysites localisées au tibia, à la rotule ou
aux os du pied, elles doivent constituer un diagnostic
d’exclusion et jamais un aveu déguisé d’ignorance.
Les nombreuses causes des boiteries ne doivent pas faire
perdre de vue l’extrême fréquence des affections de la
hanche.