Infections aiguës naso-sinusiennes et pharyngées de l'enfant
Cours de pédiatrie
Les pathologies rhino-pharyngées
de l'enfant sont d'une extrême fréquence et les
rhino-pharyngites constituent le motif de consultation le plus
fréquent entre 6 mois et 7 ans. Les rhino-pharyngites peuvent
être isolées, exposent à des complications éventuelles, avec
extension à d'autres appareils (sinusien, otologique,
broncho-pulmonaire). Ces complications, rarement graves,
constituent également des motifs fréquents de consultation, et
incitent à une surveillance de leur apparition. * Le problème le
plus fréquent est celui des rhino-pharyngites récidivantes,
source d'inquiétude pour les parents et de gêne dans la vie
quotidienne pour les enfants. * La sinusite, chez l'enfant, est
intimement liée à la pathologie de la muqueuse nasale. Elle est
souvent indissociable de la rhinite ou de la rhino-pharyngite,
et sera donc difficile à identifier en tant qu'entité
spécifique. Seule l'ethmoïdite constitue un tableau à part,
reflétant à lui seul la pathologie sinusienne de l'enfant.
PHYSIOPATHOLOGIE :
Les voies respiratoires jouent un rôle capital à deux titres.
Fonctions respiratoires
Les voies respiratoires jouent un rôle d'humidification, de
réchauffement et de filtration de l'air inspiré. Le système
muco-ciliaire permet le drainage des sécrétions.
Il faut souligner une caractéristique propre aux nouveau-nés et
aux nourrissons, à savoir le caractère obligatoire de la
respiration nasale. Toute obstruction à ce niveau engendrera un
tableau de dyspnée plus ou moins important.
Mécanismes de défense
* Les voies aériennes supérieures constituent le premier
contact, par le biais de l'air inspiré, avec l'environnement
extérieur. Elles seront la cible d'agressions exogènes, en
particulier par les agents infectieux que sont les virus et les
bactéries. Par le biais de ces contacts répétés, le système
immunitaire absent à la naissance se mettra progressivement en
place durant les premières années de la vie (en moyenne 7 à 8
ans). A noter que les anticorps maternels protègent l'enfant
durant les 6 premiers mois de la vie.
* Les sinus de la face sont des cavités aériennes développées à
partir des structures osseuses du massif facial et de la base du
crâne. Leur développement se poursuit jusqu'à l'adolescence.
* Les parois sont tapissées d'une muqueuse de type respiratoire,
identique à celle des fosses nasales. L'ensemble des cavités
présentes chez le jeune enfant (cellule ethmoïde et sinus
maxillaire) communique largement avec la fosse nasale. Toute
agression des voies aériennes supérieures engendrera une
atteinte des fosses nasales mais aussi une participation
sinusienne associée. On parlera donc plutôt de rhino-sinusite
que de sinusite vraie chez l'enfant, à l'exception de
l'ethmoïdite aiguë.
* Sur le plan physiopathologique, il existe un double processus
pathologique: l'obstruction de l'ostium (soit anatomique, soit
par inflammation muqueuse), les anomalies de l'activité
muco-ciliaire.
Rhino-pharyngites :
DÉFINITION :
Les rhino-pharyngites se définissent par un état inflammatoire
de la muqueuse des voies aériennes supérieures (nez, sinus et
pharynx).
Il s'agit de la première cause de consultation entre 6 mois et 7
à 8 ans. Du fait des récidives et des complications éventuelles,
elles sont à l'origine d'une grande partie de la consommation
médicale chez l'enfant.
ÉTIOLOGIE :
Les défenses immunitaires sont assurées, lors des premiers mois
de la vie, par les IgG maternelles qui vont laisser place
progressivement aux anticorps développés par l'enfant à
l'occasion d'agressions virales ou bactériennes.
Les voies aériennes supérieures constituent le premier site
d'interaction entre les antigènes viraux et bactériens de l'air
inspiré et les moyens de défense constitués par le tissu
lymphoïde de l'anneau de Waldeyer (végétations adénoïdes,
amygdales palatines et amygdales linguales), les végétations
adénoïdes étant les premières et les plus sollicitées.
Il en résulte l'acquisition d'une immunité propre à l'enfant,
faisant parler de maladie d'adaptation.
* La plupart des rhino-pharyngites sont d'origine virale.
- Les principaux agents responsables sont: le Rhinovirus (50%),
les Coronavirus, les Myxovirus, les Entérovirus et les
Adénovirus.
- Le virus syncytial respiratoire (Paramyxovirus), à l'origine
des bronchiolites, est souvent impliqué chez le nourrisson.
- La surinfection bactérienne secondaire, fréquente, est
responsable des complications.
* Il existe des facteurs favorisant la répétition des épisodes:
vie en collectivité (crèche), carence martiale, allergie,
tabagisme passif, reflux gastro-œsophagien, déficit immunitaire.
DIAGNOSTIC :
Tableau clinique :
La rhino-pharyngite concerne les enfants âgés de 6 mois à 7-8
ans en moyenne, avec une nette prédominance hivernale.
* Signes fonctionnels: obstruction nasale avec respiration
buccale, rhinorrhée antérieure et postérieure muqueuse ou
muco-purulente.
* Signes généraux: fièvre variable, rarement supérieure à 38,5°C
en l'absence de complication.
* Examen clinique:
- érythème diffus de la muqueuse nasale et pharyngée.
- rhinorrhée antérieure muqueuse ou muco-purulente bilatérale.
- écoulement muqueux ou muco-purulent sur la paroi postérieure
du pharynx.
- adénopathies cervicales bilatérales, sensibles.
- l'examen otoscopique retrouve souvent des tympans congestifs
ou dépolis.
Évolution et pronostic :
La résolution est habituellement spontanée en 4 à 6 jours.
Cependant, des complications peuvent survenir: leur recherche
doit être systématique.
Il s'agit essentiellement de complications infectieuses
locorégionales.
Complications otitiques
Ce sont de loin les plus fréquentes, en particulier chez le
nourrisson. Elles peuvent revêtir deux formes:
- otite moyenne aiguë, dont la clinique est franche. L'otoscopie
permet de retrouver un tympan rouge, bombant, avec parfois une
otorrhée spontanée.
- l'otite séro-muqueuse, peu parlante en matière de
symptomatologie. Les aspects otoscopiques sont divers: tympans
rétractés, tympans épaissis avec hypervascularisation, tympans
bombants avec épanchement séro-muqueux avec ou sans bulle
aérique.
L'atteinte est le plus souvent bilatérale.
Complications sinusiennes
On observe essentiellement chez le jeune enfant des ethmoïdites
aiguës, dont nous reverrons plus tard le tableau. Chez le grand
enfant, il peut exister une sinusite maxillaire.
Complications ganglionnaires
* Les réactions ganglionnaires cervicales sont habituelles dans
les rhino-pharyngites. Le ganglion peut parfois évoluer pour son
propre compte vers l'adénite, puis l'adénophlegmon, réalisant le
tableau d'une tuméfaction cervicale dure, puis fluctuante avec
une peau inflammatoire en regard.
* L'adénite prévertébrale (l'espace rétropharyngé étant une voie
de drainage lymphatique du cavum) est une autre complication, la
rhino-pharyngite s'accompagnant alors d'un torticolis, réalisant
le syndrome de Grisel.
Complications laryngées
Les laryngites sous-glottiques dyspnéisantes surviennent le plus
souvent dans un contexte de rhino-pharyngite.
Elles sont le fait de la diffusion à cet étage de l'infection
virale plus qu'une complication proprement dite.
Complications broncho-pulmonaires
Les complications à type de bronchite relèvent du même mécanisme
que les laryngites.
On peut voir apparaître éventuellement des surinfections
broncho-pulmonaires sous forme de pneumopathie.
Chez le nourrisson, notamment vivant en collectivité, la
rhino-pharyngite aiguë peut se compliquer d'un tableau de
bronchiolites (VRS). Ces dernières évoluent sous forme
d'épidémie hivernale.
Complications liées à la fièvre
La fièvre accompagnant une rhino-pharyngite peut parfois être
élevée, supérieure à 38,5°C.
Cette hyperthermie peut être responsable de complications, en
particulier: convulsions hyperpyrétiques, déshydratation.
Complications digestives
Vomissement et diarrhée peuvent survenir.
Rhino-pharyngite chronique et récidivante
Il s'agit d'un problème très fréquent et difficile à résoudre.
Il peut s'agir soit d'épisodes aigus à répétition (on parle de
tableau chronique lorsque l'enfant a présenté plus de 6 épisodes
par an), soit de formes subaiguës ou chroniques, s'accompagnant
d'une rhinorrhée mucopurulente (pendant 5 semaines d'affilée)
plus ou moins permanente, d'une obstruction nasale chronique.
L'hypertrophie obstructive des végétations adénoïdes accompagne
et explique la symptomatologie rencontrée.
TRAITEMENTS :
Rhino-pharyngite aiguë banale :
Dans sa forme non compliquée, elle réclame un traitement
purement symptomatique et une surveillance.
Soins locaux
Ils constituent un élément fondamental du traitement, permettant
de limiter l'encombrement rhino-pharyngé et l'obstruction
nasale.
Le traitement comprendra:
- une désinfection rhino-pharyngée au sérum physiologique à
répéter plusieurs fois dans la journée.
- une aspiration des sécrétions (mouche-bébé).
- et, chez les enfants plus grands, une éducation du mouchage et
une lutte contre le reniflement.
Traitement général
Les antipyrétiques seront prescrits afin d'éviter les
complications de la fièvre (aspirine, paracétamol).
Les antibiotiques ne sont pas indiqués dans la forme banale
d'origine virale.
Cas particulier du nouveau-né
Il existe parfois des tableaux chez le nouveau-né et le petit
nourrisson de rhinite obstructive. Les enfants dans cette
tranche d'âge ne respirant que par le nez, ils sont exposés à
des difficultés respiratoires à type de dyspnée, et à une gêne
lors de la prise des biberons.
Le traitement variera selon l'état clinique de l'enfant.
Il comportera:
- en premier lieu des lavages de nez au sérum physiologique,
souvent répétés dans la journée. On pourra s'aider de sérum salé
hypertonique, qui diminue l'œdème congestif des cornets, et
permet d'améliorer la respiration nasale.
- dans certains cas rebelles, on utilisera, sous surveillance
médicale, des irrigations de sérum adrénaliné.
- on peut également être amené à prescrire une corticothérapie
par voie orale (1mg/kg/j) durant 5 à 7 jours.
Traitement des complications :
* En présence de complications bactériennes (otitiques,
sinusiennes, ganglionnaires), l'antibiothérapie par voie
générale est indiquée, adaptée à la flore responsable
(prédominance des germes à Gram positif et d'Haemophilus
influenzae). Sa durée sera d'environ 8 jours.
* La corticothérapie sera justifiée en présence d'une laryngite
sous-glottique dyspnéisante concomitante.
* Un traitement chirurgical (incision-drainage) est parfois
nécessaire en cas d'adénite, lorsque celle-ci évolue vers une
collection.
Traitement à visée préventive des formes chroniques et
récidivantes :
Traitement médical
De nombreux traitements médicaux ont été proposés. la preuve de
leur efficacité n'est pas faite, bien qu'ils soient très
prescrits.
* Les agents mucomodificateurs (mucolytiques et mucorégulateurs)
visent à améliorer le fonctionnement du couple muco-ciliaire.
* Les traitements immunostimulants (vaccin polymicrobien,
gammaglobulines) sont très prescrits, mais d'efficacité
controversée.
* Les cures thermales sont parfois proposées dans des cas
sévères pour leur action trophique sur les muqueuses (eau
sulfurée).
* A l'issue d'un bilan plus ou moins complet en fonction des
nécessités, le traitement des facteurs favorisants est indiqué:
- modification de l'environnement (chauffage, humidification,
retrait de l'enfant de la crèche dans les formes très sévères).
- traitement par fer devant l'existence d'une carence martiale.
- traitement d'un reflux gastro-œsophagien.
- traitement d'une allergie (éviction des allergènes si
possible, antihistaminiques ou antiallergiques).
Traitement chirurgical
L'adénoïdectomie est une intervention chirurgicale consistant à
réduire le volume des végétations adénoïdes.
Sa fonction est double: mécanique, en réséquant l'hypertrophie
du tissu lymphoïde, biologique en éradiquant un foyer infectieux
chronique.
* Les indications sont représentées essentiellement par:
- l'obstruction ventilatoire importante (elle peut être
éventuellement associée à une amygdalectomie).
- rhino-pharyngite compliquée d'otites récidivantes ou d'otite
séro-muqueuse.
* Il n'existe pas de limite inférieure d'âge, notamment en ce
qui concerne l'obstruction nasale par hypertrophie des
végétations adénoïdes. Il faut néanmoins savoir qu'une
intervention chez un enfant très jeune (moins de 12 mois) expose
à une repousse des végétations et à d'éventuelles
réinterventions possibles.
Sinusite aiguë de l'enfant :
Les sinusites de l'enfant, pathologie inflammatoire d'origine
infectieuse des sinus de la face, sont le plus souvent
indissociables de la rhino-pharyngite, pour des raisons
anatomiques. La limite entre ces deux pathologies reste encore
floue.
ETIOPATHOGENIE :
La pathologie sinusienne de l'enfant est étroitement dépendante
de l'âge, étant donné le développement progressif dans les
premières années de la vie des sinus de la face.
* L'organogenèse des sinus de la face débute lors de la vie
fœtale, ils continuent à se développer après la naissance,
n'atteignant leur volume définitif qu'à l'adolescence. Les
cellules ethmoïdales sont les premières à apparaître, suivies du
sinus maxillaire, dès le 3e-4e mois de vie intra-utérine.
- A la naissance, les cellules ethmoïdales mesurent 2 à 3mm de
hauteur, et leur développement s'achèvera vers l'âge de 12-13
ans.
- Les sinus maxillaires sont présents à la naissance, sous forme
d'une petite cavité, avec un ostium très large par rapport à la
taille du sinus. Leur croissance se poursuit parallèlement à
l'éruption des dents du maxillaire supérieur, jusqu'à l'âge de
14-15 ans.
- Le sinus frontal est absent à la naissance, commence à
s'individualiser vers l'âge de 6 ans, le développement ne se
terminant que vers l'âge de 12 ans.
- Le sinus sphénoïdal évolue de façon presque similaire, la
pneumatisation complète n'étant réalisée que vers l'âge de 18
ans.
* Les formes cliniques des sinusites sont donc conditionnées par
le développement des sinus. Chez le jeune enfant (moins de 6
ans), la pathologie est dominée par l'ethmoïdite aiguë. Ce n'est
qu'au-delà de cette limite d'âge que l'on peut individualiser
les sinusites maxillaires aiguës.
ETHMOIDITE AIGUË DE L'ENFANT :
Dans la mesure où existe toujours une participation sinusienne,
en particulier au niveau des cellules ethmoïdales, au cours des
rhino-pharyngites, seules seront diagnostiquées les ethmoïdites
évoluant pour leur propre compte, dans leur forme extériorisée
ou compliquée.
Il s'agit d'une infection rare touchant l'enfant avec un âge de
prédilection entre 2 et 4 ans. Le septum orbitaire représente
une frontière permettant de distinguer les atteintes préseptales
des atteintes rétroseptales.
Nous prendrons comme modèle l'ethmoïdite aiguë extériorisée
(avec atteinte préseptale).
Les deux germes les plus fréquents sont Haemophilus influenzae
(75% des cas), le staphylocoque doré (il serait le plus souvent
à l'origine des complications), plus rarement le pneumocoque et
le streptocoque du groupe A.
Tableau clinique :
* L'ethmoïdite aiguë débute par une rhino-pharyngite banale.
L'apparition, qui peut être rapide, d'un œdème palpébral va
motiver en règle générale la consultation en urgence.
- Cet œdème débute au niveau de l'angle interne de l'œil (en
regard des cellules ethmoïdales), et est unilatéral.
- Il va s'étendre rapidement à l'ensemble de la paupière
supérieure puis aux deux paupières, générant éventuellement une
fermeture de l'œil.
* Les signes généraux sont souvent marqués avec une fièvre
élevée supérieure ou égale à 39°C, un enfant grognon, abattu.
* L'examen clinique confirme la présence de cet œdème
inflammatoire avec une peau rouge en regard.
- L'examen clinique s'attachera à vérifier l'absence de
complication ophtalmologique, qui n'existe pas à ce stade.
- L'examen des fosses nasales permettra de constater la présence
d'une rhinorrhée purulente homolatérale, que l'on pourra
prélever en vue d'un examen bactériologique. Cependant la
rhinorrhée est souvent bilatérale, non spécifique, ou absente.
Examens complémentaires :
* La NFS met en évidence une hyperleucocytose à polynucléaires
neutrophiles.
* Les radiographies standards de sinus, souvent réalisées, n'ont
que peu de valeur, l'opacité des cellules ethmoïdales pouvant
être le simple fait de l'œdème palpébral.
* Le scanner des sinus ne semble pas justifié à ce stade.
Diagnostic différentiel :
Les causes d'œdème palpébral sont très nombreuses, faisant toute
la difficulté diagnostique de l'ethmoïdite aiguë extériorisée
chez l'enfant.
* OEdème post-traumatique: un traumatisme de voisinage peut
générer un œdème éventuellement associé à une ecchymose de la
région palpébrale. Le contexte permettra d'évoquer en général
cette étiologie.
* Cellulite post-traumatique: une plaie du revêtement cutané
d'une paupière ou d'une arcade sourcilière peut générer un œdème
de voisinage. Là encore le contexte est évocateur.
* Erysipèle: il peut débuter au niveau de l'angle interne de
l'œil. On pourra palper un bourrelet périphérique. L'extension
déborde rapidement les paupières et s'étend vers les joues avec
un tableau très fébrile permettant alors de poser facilement le
diagnostic.
* Dacryocystite aiguë:
- elle se caractérise par l'existence d'une tuméfaction
prédominant à la paupière inférieure. La fièvre est souvent
moins élevée.
- le diagnostic est posé sur l'existence d'un cordon
inflammatoire au niveau du sillon nasogénien, traduisant
l'inflammation du sac lacrymal. La pression du sac lacrymal de
bas en haut permet l'issue de pus et fait le diagnostic.
* Conjonctivite aiguë: l'existence de pus, de rougeur
conjonctivale et d'une tuméfaction bipalpébrale permet d'évoquer
le diagnostic.
* Piqûre d'insecte:
- l'œdème palpébral après piqûre d'insecte est probablement la
cause la plus fréquente d'œdème palpébral chez l'enfant.
- Il s'agit d'un œdème non douloureux sans fièvre ni altération
de l'état général.
* OEdème allergique: il peut s'agir également de manifestations
allergiques cutanées. L'œdème cependant s'étend rapidement aux
deux orbites et aux joues.
Complications :
Complications ophtalmologiques
Ce sont les plus fréquentes, pouvant réaliser soit un abcès
sous-périosté (paroi interne de l'orbite), soit une cellulite
rétroseptale.
* L'abcès sous-périosté se caractérise par le développement
d'une collection entre le périoste et la paroi osseuse
ethmoïdale.
- Il se traduit par un œdème inflammatoire palpébral surtout
supérieur, une exophtalmie, et un refoulement en bas et en
dehors du globe oculaire.
- Il peut s'y associer un chémosis, une altération de la
motricité du globe et une baisse de l'acuité visuelle.
- L'examen tomodensitométrique de la région, indispensable,
permet de confirmer le diagnostic.
- Le drainage chirurgical associé à l'antibiothérapie permettra
d'amener la guérison rapidement.
* La cellulite rétro-orbitaire est la conséquence de
l'ensemencement bactérien de la graisse orbitaire.
- L'œdème important des paupières peut rendre difficile l'examen
ophtalmologique qui reste néanmoins indispensable.
- Il existe à ce stable un chémosis marqué associé à une
exophtalmie.
- L'existence d'une immobilité du globe oculaire, d'une mydriase
aréflectique, ou d'une baisse de l'acuité visuelle (difficile à
tester chez le petit enfant), peut traduire l'évolution vers un
abcès rétro-orbitaire et doit poser l'indication d'un bilan
tomodensitométrique, en urgence, en vue d'évaluer une indication
de drainage en urgence (orbitotomie).
Complications neurologiques
Elles sont rares mais graves, souvent dues à des anaérobies.
* Thrombophlébite du sinus caverneux:
- conséquence des étapes précédentes, elle associe aux signes
orbitaires (mydriase, paralysie du globe oculaire, exophtalmie)
des signes méningés, voire des signes ophtalmologiques
controlatéraux.
- le pronostic vital peut être engagé.
- la ponction lombaire est indispensable.
- le traitement comportera une antibiothérapie et un traitement
thrombolytique associés à un traitement de drainage chirurgical.
* Méningite, encéphalite, abcès cérébraux:
- en présence de signes méningés, la ponction lombaire apparaît
indispensable, permettant de retrouver des germes type
pneumocoque ou Haemophilus influenzae, anaérobies.
- une antibiothérapie par voie parentérale est nécessaire.
* Complications infectieuses générales:
- elles sont dominées par des septicémies, qui restent
exceptionnelles.
- des hémocultures permettront parfois d'isoler le germe.
- un traitement antibiotique par voie parentérale est
indispensable.
Traitement :
Il est essentiellement médical. Il s'agit d'une urgence
infectieuse nécessitant un séjour en milieu hospitalier.
Antibiothérapie
* Elle est instituée dès les prélèvements bactériologiques et
sanguins effectués (NFS, hémocultures, antigènes solubles).
* Le traitement repose sur une antibiothérapie parentérale qui
doit être active sur Haemophilus influenzae (75% des cas),
éventuellement sécréteurs de bêta-lactamase, et le staphylocoque
doré, éventuellement méthicilline-résistant.
* On utilise fréquemment l'association d'une céphalosporine de
3egénération et de fosfomycine. Certains auteurs prônent une
trithérapie associant aux deux antibiotiques précédents soit un
antianaérobie, soit un aminoside.
* La durée du traitement par voie parentérale est d'environ 5 à
7 jours, avec un relais oral, en fonction des résultats
bactériologiques, le plus souvent sous forme d'association acide
amoxicilline-acide clavulanique.
Anti-inflammatoires
Certains auteurs préconisent l'administration de corticoïdes en
cure courte après 24 heures d'antibiothérapie efficace.
Chirurgie
Il s'agit exclusivement d'indications au drainage soit d'un
abcès sous-périosté d'orbite soit d'un abcès rétro-orbitaire.
SINUSITE MAXILLAIRE AIGUË :
La sinusite maxillaire aiguë concerne généralement les enfants
âgés de plus de 8 à 10 ans. La symptomatologie est proche des
sinusites de l'adulte.
Les enfants âgés de moins de 8 ans peuvent présenter les
tableaux de rhino-sinusite, dont le diagnostic sera difficile,
du fait de l'intrication avec les symptômes de rhino-pharyngite.
Tableau clinique :
* La sinusite maxillaire s'associe à une rhinite banale au
départ.
- Elle s'accompagne à des degrés divers de douleurs faciales au
niveau maxillaire, de fièvre variable souvent modérée, de
rhinorrhée purulente et d'obstruction nasale le plus souvent
unilatérale.
- D'autres signes indirects peuvent être présents: toux
nocturne, mauvaise haleine, œdème péri-orbitaire variable.
* L'examen clinique retrouve parfois une douleur à la pression
maxillaire, la présence de pus dans la fosse nasale
homolatérale, au niveau du méat moyen. On retrouve parfois une
traînée de muco-pus au niveau de la paroi postérieure du
pharynx.
* Chez l'enfant âgé de moins de 8 ans, deux signes peuvent faire
suspecter la présence d'une sinusite:
- une rhino-pharyngite avec une persistance des symptômes
au-delà de 10 jours.
- un tableau clinique plus sévère avec une fièvre élevée et une
rhinorrhée purulente abondante, parfois des manifestations
algiques de la face et une asthénie.
Examens complémentaires :
Ils se limitent à des examens radiologiques de sinus lorsqu'un
doute persiste. Seul un niveau liquide permet d'affirmer avec
certitude une sinusite aiguë.
Formes cliniques :
Sinusite chez l'enfant immunodéprimé
* Les sinusites maxillaires peuvent se voir précocement chez les
enfants immunodéprimés. Un prélèvement à visée bactériologique
est indispensable en vue d'orienter les traitements
antibiotiques. Les mycoses ne sont pas rares, en particulier les
aspergilloses.
* Le traitement sera orienté par les données microbiologiques
(antibiotiques, ± antifongiques) et souvent associé à des
drainages chirurgicaux.
Mucoviscidose
Les manifestations naso-sinusiennes sont fréquentes.
Sur le plan bactériologique, on retrouve fréquemment Pseudomonas
aeruginosa.
Les surinfections sinusiennes sont favorisées par l'existence de
polypes naso-sinusiens.
Traitement :
Antibiotiques
* Le traitement repose sur l'antibiothérapie par voie générale.
Les germes les plus fréquents sont Haemophilus influenzae et
Streptococcus pneumoniae.
* Le traitement repose sur l'association amoxicilline-acide
clavulanique, ou une céphalosporine (1re, 2e ou 3eme génération)
ou une synergistine pour une durée de 8 à 10 jours. En cas
d'allergie aux pénicillines, on pourra prescrire un macrolide.
Soins locaux
Ils visent à décongestionner le méat. Il faut demander à
l'enfant de se moucher correctement, et réaliser une
désinfection rhino-pharyngée au sérum physiologique, et
instiller différents produits: corticoïdes, antibiotiques,
soufre.
Les vasoconstricteurs par voie nasale peuvent être utilisés chez
les enfants de plus de 7 ans.
Autres traitements médicaux
* On prescrira des anti-inflammatoires stéroïdiens à la
posologie de 1mg/kg/j pendant 4 à 6 jours.
* Des antalgiques et des antipyrétiques seront délivrés à la
demande.
Traitement chirurgical
* Il n'est indiqué qu'en cas de complications, ou chez un enfant
immunodéprimé.
* Il consiste à réaliser une ponction du sinus maxillaire par
voie nasale, sous le cornet inférieur, avec un gros trocart.
* On réalisera un prélèvement bactériologique, suivi de la mise
en place d'un drain ressortant par la fosse nasale, et
permettant d'effectuer des lavages quotidiens ou biquotidiens
pendant 5 à 7 jours, à l'aide de sérum physiologique et/ou
d'autres produits (antibiotiques, corticoïdes).