La mucoviscidose, ou fibrose
kystique du pancréas (cystic fibrosis) est la plus fréquente des
maladies autosomiques graves des populations d’origine
européenne (incidence en France environ 1/3 000 naissances). La
maladie, qui touche différents organes, est liée à un
dysfonctionnement des transferts transépithéliaux de chlorure.
La prise en charge médicale doit être précoce, spécialisée,
constante. La prévention des carences nutritionnelles reste le
facteur déterminant de l’évolutivité de la maladie. L’atteinte
de l’épithélium bronchique est responsable de la majeure partie
de la morbidité et de la mortalité liées à la maladie. La
surinfection bronchopulmonaire représente le problème majeur,
elle est pratiquement constante, caractérisée par des
exacerbations aiguës intercurrentes, dominée initialement par le
Staphylococcus aureus puis le Pseudomonas aeruginosa. Ce dernier
constitue un tournant évolutif de la maladie.
La mucoviscidose, de transmission récessive autosomique, est la
plus fréquente des maladies génétiques létales des sujets de
race blanche. Son incidence en France est de 1 pour 2500
naissances. Il ne s'agit plus, aujourd'hui, d'une maladie
exclusivement pédiatrique: un patient sur trois atteint l'âge
adulte.
Cette amélioration du pronostic rend compte :
- d'une meilleure connaissance de la maladie aux niveaux
tissulaire, cellulaire et même moléculaire.
- d'une prise en charge précoce, "agressive", dans des centres
spécialisés multidisciplinaires.
- des progrès enregistrés en matière d'antibiothérapie,
notamment antipyocyanique, d'assistance nutritionnelle, de
diversification et de systématisation de la kinésithérapie
respiratoire.
Génétique :
* Le gène de la mucoviscidose est situé sur le bras long du
chromosome 7. Plus de 700 mutations ont à ce jour été
identifiées. La plus fréquente d'entre elles, la delta F508,
touche 70% des allèles.
* Ce gène code pour une protéine baptisée CFTR ("cystic fibrosis
transmembrane conductance regulator").
- Elle est exprimée dans les cellules de revêtement des
bronches, de l'intestin, des canaux pancréatiques et biliaires,
des canaux sudoripares, du tractus génital (canaux déférents en
particulier).
- Cette protéine est un canal chlore apical AMP-cyclique
dépendant, qui joue par ailleurs un rôle de régulation d'autres
canaux ioniques adjacents (canal sodium amiloride sensible,
canal chlore calcium dépendant).
Physiopathologie :
* Le dysfonctionnement ou l'absence de la protéine CFTR se solde
par des anomalies de transfert ionique dont le dénominateur
commun est l'imperméabilité au chlore.
- La résultante est une déshydratation chronique du mucus, qui
en limite considérablement sa fluidité.
- La maladie constitue donc une exocrinopathie généralisée.
* A cette composante rhéologique s'associe, au niveau
broncho-pulmonaire, une augmentation de l'adhésion de certaines
souches bactériennes à l'épithélium. L'inflammation bronchique,
dont le mécanisme n'est pas élucidé et qui pourrait précéder
l'infection, joue probablement un rôle important dans
l'évolution de la maladie.
Manifestations cliniques :
Les manifestations cliniques sont diverses, témoignant de
l'expression plus ou moins marquée, d'un malade à l'autre, des
organes atteints.
- Les phénotypes sont peu corrélés aux génotypes, en dehors de
l'insuffisance pancréatique exocrine, associée à la mutation
delta F508.
- Certaines mutations, rares, sont associées à des situations
cliniques caractérisées (suffisance pancréatique, agénésie
isolée des canaux déférents...).
Dans sa forme classique, la maladie est dominée par
l'insuffisance pancréatique exocrine et la bronchopathie
chronique obstructive. Cette dernière détermine à la fois la
qualité de vie par la contrainte des soins et le pronostic.
MANIFESTATIONS BRONCHO-PULMONAIRES :
Présentation clinique :
Les manifestations respiratoires sont présentes chez environ 75%
des nourrissons et 95% des adultes.
* La symptomatologie n'est pas spécifique:
- toux prolongée, sèche, quinteuse, plus souvent productive.
- bronchites récidivantes avec ou sans sibilance.
- encombrement bronchique et expectoration mucopurulente
persistant entre deux épisodes aigus.
* L'auscultation pulmonaire est souvent pauvre, contrastant avec
la richesse des signes radiologiques.
Aspects radiologiques :
Radiographie standard :
Les aspects de la radiographie standard ne sont guère plus
spécifiques.
* Les lésions sont diffuses, de distribution parfois
asymétrique. Les images traduisent des lésions à point de départ
bronchique.
* Les lésions les plus précoces associent:
- des opacités en rails traduisant l'épaississement
péribronchique.
- et une distension pulmonaire prédominante aux deux bases.
- responsables d'une ptose diaphragmatique.
* Au fil de l'évolution apparaîtront:
- des opacités linéaires (atélectasies segmentaires ou
sous-segmentaires), des impactions micronodulaires ou
macronodulaires.
- des foyers alvéolaires mal systématisés.
- des bronchectasies prenant parfois un aspect kystique,
débutant le plus souvent aux sommets.
Tomodensitométrie :
La TDM précise l'étendue des lésions, repère des bulles
juxtapleurales, note l'existence d'adénomégalies médiastinales
méconnues par la radiographie standard.
Aspects fonctionnels :
* Les épreuves fonctionnelles respiratoires sont perturbées
précocement.
- Les résistances pulmonaires sont augmentées chez les
nourrissons.
- L'obstruction bronchique débute au niveau des petites
bronches.
- Distension thoracique et obstruction bronchiolaire peuvent
être en partie réversibles sous bronchodilatateurs
(bêta-2-mimétiques et/ou atropiniques de synthèse). Cette
réponse est inconstante et variable dans le temps.
- Secondairement, le syndrome obstructif est global et s'associe
ensuite à un syndrome restrictif.
* L'étude des saturations en oxygène à l'effort et au cours du
sommeil permet de mieux apprécier le retentissement de la
maladie.
Aspects microbiologiques :
L'examen cytobactériologique de l'expectoration profonde,
recueillie au cours d'une séance de kinésithérapie respiratoire
selon un protocole rigoureux, permet, par l'analyse qualitative
et quantitative de la flore, de connaître la colonisation
bactérienne de l'arbre bronchique et d'en suivre l'évolution
dans le temps.
* Les trois germes les plus souvent isolés sont:
- Staphylococcus aureus, retrouvé dès les premières années de
vie.
- Haemophilus influenzae, responsable de colonisations
transitoires au cours de la première enfance.
- Pseudomonas aeruginosa. Ce dernier développe progressivement
un caractère mucoïde très spécifique à l'affection. Le passage
de la colonisation simple à l'infection chronique à bacille
pyocyanique marque un tournant évolutif péjoratif de la maladie.
* D'autres bactéries multirésistantes peuvent être en cause:
Stenotrophomonas maltophilia, Achromobacter xylosoxydans, et
surtout Burkholderia cepacia. Ce dernier, dont la transmission
est essentiellement interhumaine, est parfois responsable,
surtout lors d'épidémies, de déclin rapide de la fonction
respiratoire aboutissant au décès en quelques semaines ou mois.
Plus souvent, il s'agit d'une colonisation simple, avec parfois
éradication spontanée de la bactérie (2 à 3% des patients
français sont aujourd'hui infectés). Le rôle des mycobactéries
atypiques est encore mal précisé.
* Aspergillus fumigatus est la levure la plus fréquemment
rencontrée dans l'expectoration. Il s'agit le plus souvent d'un
simple portage, volontiers au décours d'une antibiothérapie à
large spectre. La fréquence de l'aspergillose broncho-pulmonaire
allergique est diversement appréciée..
* Tous les virus à tropisme respiratoire peuvent jouer un rôle
aggravant.
Evolution :
L'évolution est insidieuse, lentement progressive, émaillée de
poussées au cours desquelles l'infection domine le plus souvent.
Ces exacerbations peuvent se manifester par une aggravation de
la toux, de l'encombrement bronchique, une purulence de
l'expectoration, une asthénie, une anorexie, un amaigrissement,
une fièvre parfois, rarement élevée.
Le décès survient en règle au décours d'une exacerbation des
signes respiratoires d'allure infectieuse. Le tableau
d'insuffisance respiratoire terminal s'accompagne d'une
intoxication progressive par le gaz carbonique, accompagnée de
signes d'insuffisance cardiaque droite ou globale dans environ
25% des cas.
MANIFESTATIONS ORL :
La sinusite maxillaire est pratiquement constante.
Une polypose nasale récidivante, parfois invalidante, est
retrouvée chez environ 20% des patients.
MANIFESTATIONS DIGESTIVES :
Les manifestations digestives expriment d'une part, l'atteinte
pancréatique et, d'autre part, les propriétés physiques des
selles.
Atteinte pancréatique :
* Les lésions du pancréas exocrine sont constantes, mais ne
s'expriment par une stéatorrhée pathologique que lorsque le
niveau d'activité lipase résiduelle est inférieur à 5%.
- C'est le cas chez 90% des patients qui présentent alors des
selles abondantes, nauséabondes et graisseuses, des douleurs
abdominales, parfois une hypotrophie pondérale contrastant, chez
le jeune enfant, avec un appétit longtemps conservé, voire
exacerbé.
- L'étude du débit fécal des graisses et le coefficient
d'absorption digestive lipidique, sur les selles recueillies 3
jours de suite, chiffrent l'importance de la maldigestion
lipidique.
- Les patients "suffisants pancréatiques" représentent 10% de la
population (30% au cours de la première année de vie). Leur
fonction pancréatique doit être régulièrement évaluée.
- A l'inverse, les adolescents et les adultes voient fréquemment
leurs symptômes s'amender, alors que leur stéatorrhée se majore.
- Cette maldigestion s'accompagne de carences secondaires :
vitamines liposolubles, oligo-éléments, acides gras essentiels.
* Au fil du temps, la fibrose pancréatique peut s'étendre aux
îlots de Langherhans. Il apparaît alors un diabète sucré
insulinodépendant, plus fréquent chez l'adolescent et l'adulte.
* Rarement, des poussées de pancréatite se révèlent par
d'intenses douleurs abdominales.
* Récemment, des épisodes de subocclusion sont venus révéler des
sténoses coliques avec importante fibrose sous-muqueuse. Elles
ont pu être rapportées à des surdosages en enzymes pancréatiques
gastroprotégées hautement concentrés.
* Une dénutrition importante reflète habituellement la sévérité
de l'atteinte respiratoire, déséquilibrant la balance
énergétique, parfois associée à un mauvais équilibre de
l'insuffisance pancréatique.
Atteinte intestinale :
* Au cours de la vie fœtale, l'iléus méconial est fréquent: il
concernerait 70 à 80% des fœtus entre la 18e et la 20e semaine
de gestation. L'évolution est le plus souvent spontanément
résolutive, puisque l'iléus méconial néonatal révèle la maladie
chez 10% des nouveau-nés malades.
- Dans la moitié des cas environ, cette occlusion est simple et
peut être levée par des lavements évocateurs hyperosmolaires.
- Ailleurs, l'association à une atrésie iléale, un volvulus du
grêle ou à une péritonite méconiale par perforation imposent le
recours à la chirurgie (résection plus ou moins étendue du grêle
avec anastomose termino-terminale en un ou deux temps).
* Chez l'enfant, l'adolescent ou l'adulte, une occlusion de même
nature peut survenir, réalisant un iléus stercoral pouvant se
compliquer d'invagination.
* Chez le nourrisson, un prolapsus rectal peut compliquer des
exonérations difficiles.
Reflux gastro-œsophagien :
Le reflux gastro-œsophagien est d'autant plus fréquent que la
broncho-pneumopathie chronique est évoluée.
Il est, en règle, acquis, lié à la distension pulmonaire et aux
modifications du gradient de pression abdomino-thoracique
(quintes de toux).
Sa responsabilité dans l'aggravation des troubles respiratoires
est difficile à démontrer.
Atteinte hépato-biliaire :
L'atteinte hépato-biliaire est fréquente mais ne conduit à la
cirrhose que dans 10 à 15% des cas. Un ictère rétentionnel par
sludge biliaire peut être révélateur en période néonatale.
* La cirrhose de type biliaire est précédée par des élévations
transitoires et inconstantes des transaminases, plus fréquentes
des gamma-glutamyl-transpeptidases. Cette cirrhose est
d'évolution le plus souvent lente, mais peut se compliquer
d'hypertension portale avec son risque hémorragique,
d'insuffisance hépato-cellulaire, et de décompensations
œdémato-ascitiques.
* La vésicule biliaire est fréquemment atrophique.
* Les lithiases sont de plus en plus souvent observées avec
l'allongement de la durée de vie. Elles sont le plus souvent
asymptomatiques.
MANIFESTATIONS GENITALES :
* La puberté est retardée dans les deux sexes.
* La stérilité est la règle chez le garçon: atrésie des canaux
déférents entraînant une azoospermie, lésions fréquentes de la
prostate et des vésicules séminales.
- Les lésions des déférents ne sont pas absolument constantes et
des cas prouvés de fertilité et de paternité ont été rapportés.
- Des cas d'agénésie des déférents isolée, sans maladie
digestive ou pulmonaire, ont été rapportés, avec mutation sur le
gène pouvant modifier l'épissage alternatif de la protéine CFTR.
Le test de la sueur n'est alors pathologique que dans la moitié
des cas environ.
* La fertilité féminine est diminuée en raison des modifications
de la glaire cervicale.
- La grossesse est cependant possible. Elle aggrave plus ou
moins transitoirement l'insuffisance respiratoire.
- Les contraceptifs oraux ne sont pas contre-indiqués.
AUTRES MANIFESTATIONS :
* Les manifestions allergiques sont fréquentes, posant des
problèmes en cas d'allergie aux antibiotiques.
* Des myocardiopathies non obstructives peuvent révéler la
maladie. Elles semblent d'origine métabolique. Plus fréquemment,
une hypoxie chronique retentit sur le cœur droit par
l'intermédiaire de l'hypertension artérielle pulmonaire.
* Manifestations rhumatismales: des arthralgies, voire des
arthrites, traduisent tantôt une ostéo-arthropathie
hypertrophiante pneumonique débutante, ou des phénomènes
immuno-allergiques dans un contexte d'hyperstimulation
antigénique.
* Autres atteintes:
- déshydratation aiguë compliquant un syndrome de perte de sel
sudorale.
- forme œdémateuse du nourrisson avec hypoprotidémie et anémie.
Diagnostic :
Test de la sueur :
Le diagnostic repose sur le test de la sueur, qui mesure la
concentration du chlore sur un échantillon d'au moins 100mg
recueillis après stimulation par iontophorèse.
* Il est pathologique au-delà de 60mEq/l (70mEq/l chez
l'adulte).
* Ce test doit être réalisé dans un laboratoire en ayant la
pratique, par un personnel entraîné.
* Deux tests pathologiques sont nécessaires pour affirmer le
diagnostic.
* Ce test est sensible, interprétable chez un enfant âgé de plus
de 1 mois et pesant plus de 4kg.
* Les faux positifs du test de la sueur sont exceptionnels
(fucosidose, certaines glycogénoses...). On en écarte toutes les
instabilités hydroélectrolytiques qui faussent l'interprétation
des résultats.
Analyse génétique :
L'analyse génétique est contributive lorsque le test de la sueur
ne peut être effectué (en cas d'iléus méconial par exemple) ou
lorsque la concentration de chlore sudoral est comprise entre 40
et 60mEq/l
* La caractéristique des deux mutations et un seul test de la
sueur pathologique apportent un diagnostic de certitude.
* Par ailleurs, l'identification des deux mutations permet un
diagnostic anténatal fiable et précoce à la 10e semaine
d'aménorrhée, et le dépistage des hétérozygotes dans la famille.
* D'authentiques cas de mucoviscidose avec test de la sueur
douteux ou négatif ont été décrits. Dans ce cas, seule
l'identification des deux mutations sur le gène CFTR permet un
diagnostic certain. Lorsqu'une seule de ces mutations est
identifiée, la mesure de la différence de potentiel nasal
transépithélial (DDP) peut amener un nouvel argument de
présomption si elle est élevée.
Au-delà des aspects techniques, l'annonce du diagnostic, lourd
d'implications dans sa forme, nécessite des conditions
permettant aux parents d'entendre et d'être entendus.
Dépistage néonatal :
Un dépistage néonatal est possible par dosage de la trypsine
immunoréactive sur éluat de sang séché.
Son manque de spécificité impose une procédure en deux temps,
avec reconvocation à l'âge de 3 ou 4 semaines, et test de la
sueur en cas d'hypertrypsinémie confirmée. Cette méthode est
entâchée de 10 à 12% de faux négatifs.
La recherche directe des mutations les plus fréquentes ou le
dosage de la PAP (protéine associée à la pancréatite aiguë) sont
en cours d'évaluation.
Pronostic :
Il existe une très grande variation d'évolutivité d'un patient à
l'autre, et pour un même patient, au niveau des différents
organes ou appareils concernés. En dehors de situations
privilégiées (mutation delta F508 et insuffisance pancréatique
par exemple), il n'existe pas de corrélation individuelle entre
génotype et phénotype. Le clinicien ne dispose pas d'un marqueur
fiable de l'évolutivité.
* Les éléments les plus informatifs sont:
- la cinétique annuelle du VEMS.
- le dosage pondéral des gammaglobulines sériques (sous-classes
d'IgG notamment).
- l'évolutivité des précipitines sériques antipyocyaniques.
* Le score de Shwachman prend en compte des items fonctionnels,
respiratoires, nutritionnels et radiologiques.
Principes du traitement :
MODALITES :
La prise en charge de ces patients relève de centres
hospitaliers spécialisés.
* La collaboration entre gastro-entérologue, pneumologue, ORL,
microbiologiste, kinésithérapeute, psychologue, diététicienne,
infirmière coordinatrice connaît diverses déclinaisons.
* Les schémas thérapeutiques proposés doivent prendre en compte
la chronicité de l'affection et être au mieux adaptés à la
structure familiale, à la personnalité de l'enfant.
* Les réseaux ville-hôpital, qui facilitent l'organisation des
soins et des hospitalisations à domicile, permettent une
meilleure acceptation de soins contraignants, une meilleure
observance, une limitation du risque nosocomial.
* Le suivi ambulatoire doit être régulier, effectué dans le
cadre de la consultation, mensuel à trimestriel selon la gravité
de la maladie et l'âge des patients. A chaque consultation est
réalisé un examen cytobactériologique de l'expectoration
profonde, et une spirométrie dès l'âge de 6 ans. Un bilan annuel
est réalisé en hôpital de jour.
* L'insertion scolaire, socioprofessionnelle de ces patients est
souvent bonne.
STRATÉGIE THÉRAPEUTIQUE :
Kinésithérapie respiratoire :
Quotidienne ou biquotidienne, la kinésithérapie respiratoire
doit être mise en place dès le diagnostic posé, même lorsque
l'enfant est paucisymptomatique.
* La technique de référence est l'augmentation du flux
expiratoire.
* La kinésithérapie de drainage doit être associée à une
rééducation des muscles respiratoires, à une pédagogie du
souffle et de la toux.
* Une activité sportive de complément est souhaitable.
Antibiothérapie :
Choix des antibiotiques :
* Le choix des antibiotiques se fonde sur l'analyse quantitative
et qualitative de la flore d'expectoration, les phénotypes de
résistance des germes en culture, la gravité de la maladie. La
plupart des équipes s'accordent pour fixer à 10exp6 CFU/ml le
seuil de virulence pour les bactéries pathogènes.
* On utilise des antibiotiques bactéricides par voie orale dans
les infections à Staphylocoque aureus et à Haemophilus
influenzae, par voie intraveineuse dans les infections à bacille
pyocyanique.
- Celles-ci sont habituellement traitées par l'association d'une
bêta-lactamine et d'un aminoside.
- Leurs posologies doivent être élevées, compte tenu d'un
raccourcissement de la demi-vie d'élimination.
- Le choix de la bêta-lactamine est résumé sur le schéma.
Mode d'administration :
* La mise en place de cathéters centraux à chambre implantable,
l'utilisation de diffuseurs portables améliorent le confort des
patients.
* Ces cures antibiotiques sont réalisées soit de façon
séquentielle, tous les 3 ou 4 mois, dès lors que l'infection à
bacille pyocyanique est chronique, soit à l'occasion
d'exacerbations cliniques.
- Ces cures, malgré le caractère transitoire de l'éradication
bactérienne, améliorent l'état clinique, radiologique et
fonctionnel respiratoire. Ces effets sont détectables 1 à 3 mois
après la fin de la cure.
- Le bénéfice de la voie parentérale semble renforcé par une
antibiothérapie administrée par voie d'aérosols (les plus
utilisées sont les aminosides et la colimycine), ou par le
recours aux fluoroquinolones orales.
Autres traitements à visée respiratoire :
* La DNase recombinante, utilisée après l'âge de 5 ans en
nébulisation quotidienne, diminue la viscosité des sécrétions en
hydrolysant l'ADN extra-cellulaire, libérée par les fortes
concentrations de globules blancs dans la lumière bronchique;
elle diminuerait le nombre d'infections respiratoires.
* Une hyperréactivité bronchique est retrouvée dans environ 30%
des cas aux épreuves fonctionnelles respiratoires.
- Bronchodilatateurs et corticoïdes inhalés peuvent alors être
indiqués.
- La précocité et l'intensité de l'inflammation endobronchique
ont conduit à démontrer l'efficacité des corticoïdes par voie
générale, qui réduisent le déclin de la fonction respiratoire,
en même temps que leur mauvaise tolérance. L'ibuprofène
(anti-inflammatoire non stéroïdien) semble bien supporté et
également efficace.
* Les hémoptysies massives sont traitées par embolisation
artérielle bronchique; les pneumothorax par drainage et/ou
pleurodèse en cas de récidive.
* L'insuffisance respiratoire chronique bénéficie de
l'oxygénothérapie, voire de la ventilation assistée sur masque
nasal, dans le cadre de la préparation à la transplantation.
Prise en charge digestive et nutritionnelle :
Traitement de fond :
Le traitement de fond repose sur:
* une opothérapie par extraits pancréatiques gastroprotégés au
début de chaque repas.
* un régime hypercalorique normolipidique.
* une supplémentation en vitamines liposolubles et en acides
gras essentiels.
* une supplémentation en chlorure de sodium en cas de forte
chaleur.
* une supplémentation en sélénium chez le nourrisson.
Traitement des complications :
* Une dénutrition débutante nécessite des suppléments
hypercaloriques par voie orale. En cas d'échec, une nutrition
entérale à débit constant nocturne prolongée, par sonde
nasogastrique ou mieux, gastrostomie, améliore l'état général et
stabilise la fonction respiratoire.
* L'acide urso-désoxycholique semble ralentir l'évolutivité
d'une hépatopathie débutante.
* En cas d'hypertension portale, avec complications
hémorragiques, peut se discuter une sclérose de varices
œsophagiennes, un shunt intrahépatique, une splénectomie
partielle.
* Une greffe hépatique isolée a déjà été tentée avec succès
devant une cirrhose sévère compliquée en l'absence d'atteinte
pulmonaire marquée.
* Des lavements à la gastrografine permettent de lever un iléus
stercoral.
Transplantation pulmonaire :
La transplantation pulmonaire est proposée au stade
d'insuffisance respiratoire chronique grave échappant à un
traitement maximaliste. La transplantation peut être
bipulmonaire ou cardio-pulmonaire selon les équipes.
* Les complications postopératoires sont fréquentes, et le taux
de survie à 1 an se situe entre 60 et 80%. Il est d'environ 50%
à 5 ans.
- La bronchiolite oblitérante, manifestation de rejet chronique,
grève le pronostic.
- Contestée, la "retransplantation", est l'ultime recours.
* Il existe une inadéquation fondamentale entre le nombre de
receveurs en attente et le nombre de greffons disponibles.
Perspectives :
Depuis le clonage du gène, en 1989, les travaux de recherche ont
permis de remarquables avancées.
- Les essais de phase I de thérapie génique de l'épithélium
bronchique in vivo ont débuté en 1993.
- Les essais en cours suggèrent la faisabilité d'une telle
approche, mais indiquent les limites des vecteurs de première
génération (Adénovirus, liposomes...).
L'approche pharmacologique tente de corriger les anomalies de
transferts ioniques. L'amiloride et l'UTP semblent donner in
vitro des résultats encourageants.
La surexpression des protéines ABC, famille à laquelle
appartient la CFTR, par certaines drogues (colchicine) pourrait
rétablir une fonction "CFTR like".
On peut raisonnablement espérer que la poursuite de ces travaux
permettra une radicale transformation du pronostic dans un
avenir proche.