Le cancer de l'endomètre est le
cancer pelvien le plus fréquent en France et touche
essentiellement la femme ménopausée (sa fréquence est d'environ
20 pour 100.000 femmes, soit 4.500 nouveaux cas par an).
L'obésité, l'hypertension artérielle et le diabète sont des
facteurs favorisant la survenue des cancers du corps utérin. Le
diagnostic repose sur la biopsie avec examen histologique. Dans
plus de 90% des cas, le traitement initial est chirurgical. Nous
ne parlerons pas des rares cas de tumeurs du tissu conjonctif et
du myomètre qui sont des cancers de l'utérus et non de
l'endomètre (sarcomes utérins).
ÉPIDÉMIOLOGIE :
Trois grands groupes de facteurs de risques peuvent être
individualisés.
Facteurs généraux :
* Age : le cancer de l'endomètre est un cancer de la femme âgée,
avec un maximum de fréquence entre 60 et 70 ans :
- la fréquence chez les femmes de moins de 40 ans ne dépasse pas
2 à 5% .
- 90% des femmes sont en période périménopausique (15%) ou de
ménopause (75%).
* Hérédité : il s'agit d'un facteur de risques peu important,
d'importance moindre que pour le cancer du sein . il y a par
contre des familles ou existe, avec une fréquence supérieure à
la normale, une association de cancers du sein, de l'endomètre,
de l'ovaire ou du côlon.
* Obésité : elle est retrouvée dans 50 à 80% des cas. Ce risque
est corrélé au degré d'obésité (risque multiplié par 1,4 si
l'indice de Quetelet est inférieur à 30 et par 2,5 si l'indice
de Quetelet est supérieur à 30) et à la taille (les obèses de
grande taille ont le risque maximal). Deux explications peuvent
être fournies :
- la diminution relative du taux de la SHBG (" sex hormon
binding globulin ") avec en conséquence augmentation du taux
d'estrogènes libres circulants .
- la production d'estrogènes (essentiellement à partir d'estrone
après la ménopause par aromatisation de l'androstènedione dans
les surrénales, les muscles et le tissu adipeux) est
proportionnelle au poids et à la taille.
* Diabète et hypertension artérielle : fréquemment retrouvés,
leur fréquence chez des femmes présentant un cancer de
l'endomètre est surtout liée aux facteurs de risques que sont
l'âge et le poids.
Facteurs utérins :
* Lésions précancéreuses : antécédents de curetage biopsique
avec découverte d'une :
- hyperplasie adénomateuse, comportant un risque d'évolution
vers un carcinome de 12 à 15% .
- hyperplasie atypique ou carcinome in situ, de l'endomètre
surtout.
* Antécédents d'irradiation pelvienne, augmentant le risque par
un facteur 10.
Facteurs hormonaux :
* Puberté précoce.
* Ménopause tardive : son caractère tardif expose l'endomètre à
une période plus longue d'hyperestrogénie relative.
* La nulliparité : elle varie de 25 à 40%, soit le double de la
population témoin.
* Hyperestrogénie endogène :
- le syndrome des ovaires polykystiques (à l'origine de cycles
anovulatoires) .
- et les tumeurs de l'ovaire sécrétant des estrogènes (tumeurs
de la thèque ou de la granulosa).
* Hyperestrogénie exogène : elle est due à la prise de
traitements estrogéniques seuls . le risque de cancer de
l'endomètre serait multiplié par 4 à 8, selon la dose
journalière, la durée d'exposition et la nature des estrogènes
utilisés.
* Les estroprogestatifs de type séquentiel : pilules normodosées
comprenant de l'éthinylestradiol seul, en première partie de
cycle, qui constituent des facteurs de risques à l'inverse des
estroprogestatifs combinés qui ont un effet protecteur.
* Traitement hormonal substitutif : augmentation du risque en
cas d'estrogénothérapie isolée sans adjonction de progestatif.
* Tamoxifène : augmentation du risque pour les patientes
traitées pour cancer du sein (mais il faut retenir que le nombre
de récidives mammaires évitées par le tamoxifène est beaucoup
plus important que le nombre de cancers de l'endomètre induits
par ce médicament).
Au total :
Au total, pendant la période d'activité génitale, tout ce qui
modifie l'équilibre estroprogestatif, soit par un apport
endogène ou exogène d'estrogènes, soit par une insuffisance en
progestérone, peut favoriser l'apparition d'un cancer de
l'endomètre.
Cancer de l'endomètre de la femme de 65 ans :
CIRCONSTANCES DU DIAGNOSTIC :
Les métrorragies résument en règle la symptomatologie (97%).
- Elles sont spontanées, indolores, peu abondantes.
- Parfois, elles sont moins typiques : perte brunâtre ou
noirâtre ou suintement minime.
- Quoi qu'il en soit, le cancer de l'endomètre est la première
cause à évoquer devant des métrorragies postménopausiques.
Si les métrorragies ne sont absentes qu'exceptionnellement,
elles peuvent s'associer parfois à :
* une infection postménopausique :
- simple leucorrhée qu'il ne faut pas banaliser .
- annexite .
- voire pyométrie qui incite à une grande prudence dans les
examens complémentaires .
* de vagues signes pelviens :
- sensation de pesanteur, de gêne .
- petits troubles urinaires ou rectaux .
* des coliques expulsives utérines.
Parfois, le cancer est latent et découvert à l'occasion de
frottis de dépistage, en cas d'extension au col.
Ailleurs enfin, une métastase est révélatrice (c'est assez
rare).
On peut conclure que toute métrorragie (voire leucorrhées
louches) en période postménopausique doit être considérée
jusqu'à preuve du contraire comme un cancer de l'endomètre et
doit faire pratiquer au minimum une hystéroscopie avec curetage
biopsique.
EXAMEN CLINIQUE :
Interrogatoire :
Au cours de l'interrogatoire, on recherche des facteurs
favorisants (voir " Epidémiologie ").
Examen général :
L'examen général est pratiqué à la recherche :
- d'un risque opératoire (voir infra) .
- ou de signes d'extension (voir infra).
Examen gynécologique :
L'examen gynécologique apporte peu d'informations (la patiente
étant le plus souvent obèse et la tumeur limitée à la cavité
utérine). Il est pratiqué sur table, la vessie et le rectum de
la patiente doivent être vides.
* Au spéculum :
- la vaginite atrophique est banale, c'est un diagnostic
d'élimination .
- un vagin humide et trophique témoignerait d'une
hyperestrogénie .
- surtout le col est sain le plus souvent et le saignement
provient de la cavité utérine .
- rarement l'envahissement tumoral du col peut être visible s'il
s'agit d'un cancer de l'endomètre stade II.
* Au TV, gêné par l'atrophie vaginale et l'obésité :
- le plus souvent le TV est normal, l'utérus est petit et mobile
.
- rarement l'utérus est mou et globuleux, cela est évocateur et
incite à la prudence .
- parfois l'examen découvre un fibromyome, mais celui-ci
n'explique pas une métrorragie postménopausique ou un polype de
l'endocol.
Ainsi, l'examen clinique n'apporte le plus souvent rien. Les
examens complémentaires s'imposent du fait de la pauvreté des
éléments cliniques.
EXPLORATIONS COMPLEMENTAIRES :
Cytologie :
* Les frottis cervico-vaginaux seront systématiques mais ils
sont souvent négatifs. Leur positivité (25%) témoigne de formes
étendues qui desquament abondamment.
* Les frottis endo-utérins (par aspiration à la pipette de
Cormier) seront réalisés car ils peuvent établir le diagnostic,
mais un col sténosé ou une infection peuvent les fausser ou les
rendre impossibles à réaliser . ils n'ont de valeur que s'ils
sont positifs, leur négativité n'éliminant aucunement le
diagnostic.
Biopsie d'endomètre :
Elle est réalisée :
- en ambulatoire (canule de Novak ou de Cormier) .
- à l'aveugle.
En conséquence, une biopsie négative ne doit pas éliminer le
diagnostic.
Sa pratique diminue avec le développement de l'hystéroscopie.
Hystérographie :
C'est l'examen de référence historique, mais l'hystérographie
est de moins en moins pratiquée en raison de son caractère
invasif et de ses limites (sténose du col, pas d'évaluation
précise de l'extension au col utérin, etc.).
* L'hystérographie est contre-indiquée en cas d'infection et
devant tout utérus gros et mou . de plus, elle est de peu
d'utilité en période hémorragique.
* Elle est pratiquée sous antibiotiques. On lui reproche le
risque de sepsis et d'essaimage carcinologique.
* Elle met en évidence :
- souvent une augmentation de volume de la cavité utérine .
- dans les formes localisées : une lacune irrégulière,
constante, d'une corne ou du fond utérin (plus rarement d'une
face) . parfois un aspect polypoïde, pédiculé .
- dans les formes diffuses : un aspect marécageux de toute la
cavité . des bords grignotés .
- dans les formes débutantes, l'image est moins typique et plus
difficile à interpréter, avec un aspect d'irrégularité d'un bord
ou du fond, très localisé, ou un aspect de polype banal.
* Au total, elle devient moins utile dans l'évaluation du
diagnostic, de la localisation de la lésion et de la précision
de son extension depuis l'utilisation large de l'hystéroscopie
et l'avènement de l'échographie endovaginale.
Echographie pelvienne :
Réalisée par voie abdominale et endovaginale. Intérêt :
innocuité.
- Elle montre parfois des anomalies indiscutablement suspectes
(formations intracavitaires, envahissement myométrial).
- Une épaisseur de la muqueuse utérine supérieure à 4mm doit
faire évoquer le diagnostic en cas de métrorragies
postménopausiques.
- On visualisera systématiquement les ovaires à la recherche
d'une pathologie associée.
IRM :
Technique non invasive.
- Excellent contraste spontané en pondération T2 (nécessité
d'obtenir 2 plans orthogonaux), et en T1 après injection de
gadolinium.
- La lésion se manifeste par un épaississement endométrial
localisé ou diffus, plus ou mois hétérogène. La tumeur peut être
hypo-intense ou iso-intense (en T2). L'IRM est le meilleur
examen pour apprécier la profondeur de la pénétration du
myomètre.
- L'IRM permet également une étude de l'ensemble de la cavité
pelvienne, des chaînes ganglionnaires iliaques et
lombo-aortiques, et de l'appareil urinaire.
TDM :
Elle semble moins performante que l'IRM pour le diagnostic de
cancer de l'endomètre.
Hystéroscopie :
Sous anesthésie générale ou locale, en hospitalisation de jour
ou en ambulatoire, elle permet de :
- pratiquer une hystérométrie .
- visualiser directement les lésions qui sont irrégulières,
anfractueuses, et hémorragiques au contact .
- de préciser leur topographie et notamment l'extension au canal
endocervical .
- de guider les prélèvements histologiques .
- de s'assurer que d'éventuelles lésions de petite taille n'ont
pas échappé au prélèvement biopsique.
Sa sensibilité et sa spécificité sont supérieures à 90%.
Curetage biopsique pratiqué en même temps que l'hystéroscopie :
Il est contre-indiqué en cas de pyométrie (une chirurgie
première doit alors être effectuée).
* Il s'agit d'un curetage biopsique étagé avec dans un premier
temps un curetage de la cavité endocervicale, puis de la cavité
corporéale, afin d'évaluer l'atteinte ou non du col utérin par
la lésion.
* Réalisé sous bloc paracervical ou sous anesthésie générale, il
est orienté par l'hystéroscopie ou l'hystérographie, ce qui
réduit le risque de laisser échapper des lésions de petite
taille. Lui seul permet un diagnostic de certitude grâce à
l'examen histologique (dans 95% des cas).
* Ainsi le diagnostic histologique est porté, par ordre de
fréquence :
- adénocarcinome habituel plus ou moins différencié .
- parfois, carcinome papillaire, ou indifférencié, ou avec
métaplasie .
- ou encore carcinome épidermoïde (adénoacanthome) .
- carcinome adénosquameux .
- sarcome de l'endomètre (rarissime).
BILAN D'EXTENSION :
Terrain :
L'opérabilité sera jugée sur l'existence d'une obésité, d'une
hypertension artérielle et d'un diabète, ainsi que sur l'état
des appareils cardio-vasculaire et pulmonaire.
Extension locorégionale :
Bilan clinique
* L'examen peut être réalisé sous anesthésie générale ou sous
rachi-anesthésie . il apprécie :
- le volume de l'utérus, sa mobilité .
- la présence d'une éventuelle masse ovarienne .
- et l'atteinte des paramètres à l'aide des touchers pelviens.
* Une cystoscopie complète l'examen, à la recherche de signes
d'envahissement vésical.
* La rectoscopie n'est indiquée que dans les stades évolués,
orientée par la symptomatologie ou les signes d'examen.
Bilan paraclinique
* L'échographie pelvienne abdominale et endovaginale est un
examen important :
- participant à l'évaluation de l'envahissement de la paroi
myométriale et à la recherche de métastases ovariennes .
- elle est d'un apport majeur pour le bilan d'extension
locorégionale, même chez les sujets obèses.
* L'urographie intraveineuse est un examen systématique dont
l'intérêt est principalement préopératoire (visualisation des
uretères et de leur malformation) puisque l'exploration du haut
appareil urinaire et le diagnostic d'une dilatation
urétéro-pyélocalicielle, voire d'une urétéro-hydronéphrose, peut
être facilement fait par une simple échographie des voies
urinaires.
* La lymphographie : son intérêt est de rechercher l'existence
d'un envahissement ganglionnaire .
- et, en cas de présomption d'envahissement, d'orienter une
ponction cytologique .
- cette ponction sera réalisée par voie transpariétale sous
contrôle radioscopique aussi bien au niveau des chaînes
ganglionnaires pelviennes que lombo-aortiques .
- cet examen comporte toutefois des limites : les
micrométastases et de même les ganglions massivement envahis ne
peuvent être diagnostiqués . enfin certaines chaînes
ganglionnaires ne sont pas opacifiées, telle la chaîne
hypogastrique.
* IRM : permet l'évaluation de la profondeur de pénétration dans
le myomètre.
* TDM : son intérêt réside principalement dans l'évaluation de
l'envahissement ganglionnaire (iliaque et lombo-aortique) ou
elle serait plus performante que l'IRM.
- cérébrales : scanner cérébral en cas de suspicion clinique.
CLASSIFICATION :
Au terme de ce bilan, la tumeur peut être classée selon la
classification TNM qui a été modifiée en 1988. Il s'agit d'une
classification chirurgicale, qui nécessite donc une chirurgie
première.
FORMES CLINIQUES :
Avant la ménopause :
Avant la ménopause, il faut évoquer le cancer de l'endomètre
devant toute métrorragie chez une patiente ayant un col sain.
En période ménopausique :
Au cours de la ménopause, le saignement peut revêtir une
pseudo-rythmicité trompeuse.
Autres localisations :
Le cancer de l'endomètre siège rarement au niveau de l'isthme ou
de l'endocol. Il existe des formes associées d'un cancer du col
utérin.
Formes associées :
On peut noter l'association :
- de fibrome utérin .
- d'hyperplasie endométriale .
- d'hyperthécose ovarienne, tous témoins d'un état hormonal
prédisposant à ce cancer .
- d'une infection (pyométrie, voire pyosalpinx) en cas de
sténose de l'isthme.
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
La méconnaissance de ce diagnostic est le risque essentiel.
* Chez la femme ménopausée, il ne faut pas se laisser abuser par
:
- un saignement par atrophie endométriale .
- une vaginite .
- la prise d'anticoagulants .
- ni des leucorrhées persistantes .
* en période d'activité génitale, c'est surtout le problème :
- du fibrome utérin .
- ou des rétentions placentaires.
Évolution et pronostic :
ÉVOLUTION :
Sans traitement précoce :
Sans traitement précoce, l'évolution est lente, dominée par les
hémorragies qui entraînent anémie, infection et pyométrie.
Formes traitées :
Le pronostic est relativement bon pour les stades I et II.
Les échecs sont caractérisés par les récidives et les
métastases.
Les récidives
Elles peuvent être :
- vaginales hautes .
- vaginales basses .
- pelviennes.
* Le taux de récidive est d'environ 15% pour les stades I et 25%
pour les stades II.
* Plusieurs points méritent d'être soulignés :
- 80 à 90% des récidives apparaissent dans les 3 premières
années .
- les récidives constituent un tournant dans l'évolution de la
maladie, puisque seulement 15% des patientes sont encore en vie
5 ans après leur récidive .
- le taux de récidive est étroitement corrélé aux facteurs
histopronostiques.
Les métastases
* Elles apparaissent également le plus souvent dans les 3
premières années. Elles sont relativement rares (10 à 15% pour
les stades I et II).
* Elles peuvent être secondaires à une dissémination :
- ou lymphatique, au niveau des ganglions lombo-aortiques,
sus-claviculaires ou cervicaux.
* Leur pronostic est très sombre, les possibilités
thérapeutiques étant limitées.
FACTEURS PRONOSTIQUES :
L'âge
Le pourcentage de décès et de récidives augmente avec l'âge
(plus grande fréquence des formes indifférenciées et/ou
envahissant profondément le myomètre, diminution de
l'opérabilité chez les femmes âgées).
L'opérabilité
La base du traitement étant chirurgicale, il s'agit d'un facteur
important. Les patientes inopérables représentent environ 10%
des séries publiées.
Le stade
En moyenne :
- les stades I ont une survie à 5 ans de 80% .
- les stades II, une survie à 5 ans de 50 à 60% .
- les stades III, une survie à 5 ans de 30% .
- les stades IV, une survie à 5 ans de moins de 10%.
Les facteurs anatomopathologiques
* Le grade histologique est un facteur important, le pronostic
étant d'autant plus sombre que la tumeur est peu différenciée.
* Le degré de pénétration du myomètre est un facteur primordial
:
- l'examen histologique permet de distinguer l'invasion
superficielle (inférieure à 50%) ou profonde .
- la survie à 5 ans et le pourcentage de récidives sont corrélés
à l'envahissement du myomètre, lui-même étroitement lié au grade
histologique de la tumeur.
* L'envahissement ganglionnaire :
- ganglions pelviens : l'atteinte des ganglions pelviens
assombrit le pronostic .
- ganglions lombo-aortiques : ils sont encore souvent considérés
comme le témoin d'une généralisation néoplasique, synonyme
d'incurabilité .
- on sait désormais avec certitude que l'état des ganglions
pelviens et lombo-aortiques est étroitement corrélé au stade, au
degré de différenciation et au degré de pénétration dans le
myomètre.
* La cytologie péritonéale est positive dans 12% des cas tous
stades confondus et dans 25% des cas si les ganglions sont
envahis :
- la réalisation de cet examen doit donc être systématique en
début d'intervention .
- est corrélée au taux de survie et de récidives.
* Le type histologique : les carcinomes papillaires,
adénosquameux, et à cellules claires sont de moins bon pronostic
que les adénocarcinomes et les adénoacanthomes.
Autres facteurs
* La taille tumorale (le pronostic serait moins bon si la taille
tumorale dépasse 2cm), l'atteinte des annexes.
* L'index de DNA par cytométrie de flux et le degré de ploïdie :
ils ont un intérêt lorsque les autres facteurs sont peu
informatifs (par exemple, en cas de grade 2, de pénétration mal
définie, etc.). L'aneuploïdie et un index de DNA supérieur à 1,5
sont des facteurs de mauvais pronostic.
* Les marqueurs tumoraux (CA125, alpha-FP, bêta-HCG, ACE, TAG
72) sont peu fiables en raison de leur taux élevé de faux
positifs et de leur inaptitude à détecter les métastases.
* Le taux de récepteurs aux estrogènes et à la progestérone est
corrélé au degré de différenciation cellulaire.
Traitement :
TRAITEMENT PRÉVENTIF :
Les facteurs épidémiologiques du cancer de l'endomètre étant
connus, quelques mesures préventives peuvent être proposées.
* Traitement progestatif systématique en cas :
- d'hyperplasie ou de polype de l'endomètre .
- de dysovulation avec insuffisance lutéale (cycles irréguliers,
spanioménorrhées,...) .
- de traitement estroprogestatif substitutif (dysgénésie
gonadique et surtout ménopause).
* Traitement précoce et suivi des ovaires polykystiques pour
éviter les longues périodes d'hyperestrogénie.
* Abandon des pilules séquentielles utilisées au long cours.
TRAITEMENT A VISÉE CURATIVE :
Chirurgie :
C'est la base du traitement.
Opérabilité
* L'estimation de l'état général est essentielle, et ce d'autant
qu'il s'agit souvent de patientes âgées, obèses ou diabétiques.
* Cependant, la plupart des patientes peuvent être opérées
malgré l'âge, les limites de l'opérabilité étant reculées par
les progrès de l'anesthésie (anesthésie locorégionale).
Exploration peropératoire
Pratiquée de façon systématique, elle est toujours précédée par
la réalisation d'une cytologie péritonéale :
* l'abdomen est exploré à la recherche de métastases hépatiques,
péritonéales ou ganglionnaires (exploration systématique du
foie, des coupoles diaphragmatiques, du côlon, du grêle, des
gouttières pariétocoliques, de l'épiploon, recherche
d'adénopathies lombo-aortiques et iliaques externes) .
* toute lésion suspecte est biopsiée pour examen histologique.
Techniques chirurgicales
Elles comportent toujours au minimum une hystérectomie totale
avec annexectomie.
* Hystérectomie totale avec ovariectomie bilatérale, par voie
abdominale, cÏlioscopique ou mixte (hystérectomie vaginale
cÏlio-préparée).
* Colpo-hystérectomie avec lymphadénectomie, type Wertheim,
associant hystérectomie non conservatrice, lymphadénectomie
retirant les ganglions iliaques primitifs, iliaques externes,
rétro-cruraux, obturateurs, hypogastriques, et colpectomie
retirant une collerette vaginale d'environ 3cm. Il s'agit d'une
intervention dont la morbidité n'est pas négligeable.
* Hystérectomie avec prélèvement sous-veineux, le curage étant
alors limité aux premiers relais ganglionnaires (la
lymphadénectomie pouvant être cÏlio-chirurgicale).
* Hystérectomie vaginale, présentant un intérêt certain chez les
grandes obèses ou les patientes récusées pour une laparotomie
(l'intervention étant plus courte et moins hémorragique).
Cependant, l'exploration complète de la cavité abdominale est
alors impossible et les prélèvements ganglionnaires beaucoup
plus difficiles.
* Omentectomie (pour les carcinomes papillo-séreux).
* Pelvectomie.
Radiothérapie :
Le plus souvent, elle est complémentaire de la chirurgie mais
elle peut être exclusive pour les malades inopérables.
* La curiethérapie :
- permet de réduire le taux de récidives locales .
- il s'agit d'une curiethérapie vaginale (à haut ou bas débit de
dose) réalisée en postopératoire .
- la dose prescrite est variable : si elle est associée à une
irradiation externe : 20 à 30Gy . si elle est associée à la
chirurgie seule : 50Gy.
* La radiothérapie externe :
- on délivre 40 à 50Gy dans l'association radio-chirurgicale et
70Gy en cas de radiothérapie exclusive .
- pour les patientes inopérables, la radiothérapie transcutanée
précède la curiethérapie dont elle facilite l'action en
réduisant le volume tumoral .
- pour les patientes opérables, elle complétera la curiethérapie
en irradiant les métastases ganglionnaires.
- plus rarement, sigmoïdites, iléites, ostéoradionécroses,
dyspareunie.
Autres méthodes thérapeutiques :
* L'hormonothérapie : on peut utiliser :
- le MPA (acétate de médroxyprogestérone) .
- le tamoxifène (antiestrogènes) utilisé seul ou en association
avec les progestatifs à forte dose à titre palliatif dans les
formes évoluées.
* La chimiothérapie : plusieurs protocoles peuvent être utilisés
: FAC, cisplatine, 5-fluoro-uracile. Certains protocoles
associent hormono- et chimiothérapie.
Indications :
Dans tous les cas, les indications dépendent du stade évolutif
du cancer et de l'état général de la patiente, mais la chirurgie
reste la base du traitement. L'attitude " classique " peut se
résumer de la façon suivante.
* Stade I :
- malades opérables : hystérectomie extra-fasciale avec
prélèvement sous-veineux, curiethérapie vaginale et
radiothérapie externe si les ganglions sont envahis et/ou en cas
d'infiltration massive du myomètre ou de tumeur très
indifférenciée .
- malades à opérabilité limitée : hystérectomie non
conservatrice simple ou hystérectomie vaginale complétée par une
curiethérapie vaginale .
- malades inopérables : on pratique un traitement
radiothérapique exclusif.
* Stade II :
- on propose soit une hystérectomie totale non conservatrice,
avec curage sous-veineux, soit une chirurgie plus large
(intervention de Wertheim), puis une curiethérapie vaginale, et
une radiothérapie externe en cas d'envahissement ganglionnaire .
- de nombreuses équipes proposent la radiothérapie externe de
principe pour le stade II, mais aussi pour les stades I de
mauvais pronostic (envahissement myométrial supérieur à 50%,
grade histologique 3).
* Stade III :
- une chirurgie de réduction volumétrique, lorsqu'elle est
réalisable, est complétée par la radiothérapie externe
postopératoire .
- si la chirurgie est impossible, on pratique une irradiation
transcutanée associée à une curiethérapie et une
hormonothérapie.
* Stade IV : le traitement est le plus souvent palliatif, le
pronostic étant dans tous les cas très péjoratif. On utilise le
plus souvent les progestatifs. Quelques rares cas peuvent
relever d'une pelvectomie.
Cas particuliers : les malades inopérables sont traitées par
irradiation exclusive.
* En cas de récidives :
- récidives du fond vaginal : elles sont en général traitées par
une curiethérapie secondaire .
- récidives pelviennes : elles ne peuvent être irradiées qu'en
l'absence de radiothérapie pelvienne antérieure. La pelvectomie
reste une indication très limitée en raison du terrain.
* Les métastases : l'hormonothérapie voire la chimiothérapie
sont alors proposées à titre palliatif.
PRONOSTIC :
Le taux de survie à 5 ans est le suivant :
- T1N0, 75% .
- T2, de 50 à 60% .
- T3, 30% .
- T4, inférieur à 10%.
SURVEILLANCE POST-THÉRAPEUTIQUE :
La surveillance post-thérapeutique doit être programmée de façon
stéréotypée et toute patiente symptomatique doit être explorée :
* l'examen clinique tous les 6 mois dans les trois premières
années, puis tous les ans, afin d'évaluer la possibilité d'une
récidive vaginale, la souplesse du pelvis et des paramètres ou
d'une métastase à distance. Il comprendra :
- la recherche de signes fonctionnels (métrorragies, entre
autres) .
- la palpation des creux sus-claviculaires .
- la palpation des seins .
- la palpation abdominale (hépatomégalie, entre autres) .
- l'examen de la vulve et de la région sous-urétrale (+++) .
- enfin l'examen du fond vaginal ainsi que les touchers pelviens
(TV et TR) .
* une surveillance cytologique du fond vaginal sera faite par
frottis tous les ans pendant au moins trois ans .
* une échographie rénale sera faite dans les suites opératoires
précoces, environ 3 mois après la colpohystérectomie, afin de
vérifier l'intégrité du haut appareil urinaire (absence de
dilatation pathologique des cavités pyélocalicielles).
Conclusion :
Le pronostic favorable des stades précoces rend compte de la
nécessité d'évoquer le cancer de l'endomètre devant toute
métrorragie postménopausique.
La base du traitement est chirurgicale.
Le pronostic est classiquement bon, tout au moins pour les
stades I qui représentent la grande majorité des cas. Le
problème est d'individualiser les formes de mauvais pronostic,
afin de les traiter de façon adaptée, et surtout de ne pas
surtraiter les autres.