Cancer fréquent et grave, il est la première cause de morbidité
et de la mortalité par cancer de la femme en France, avec une
incidence de 85 cas pour 100.000 femmes par an et environ 28
décès pour 100.000 femmes par an (soit une femme sur trois qui
meurt de son cancer).
* L'âge moyen de diagnostic est de 60 ans. 60% des patientes ont
entre 45 et 75 ans.
* Son pronostic, lié à la dissémination métastatique précoce,
devrait être amélioré par :
- les progrès de l'hormonothérapie et de la chimiothérapie
prenant en compte ce risque.
- le dépistage systématique.
HISTOIRE NATURELLE :
La maladie locale :
L'adénocarcinome mammaire est une maladie diffuse de
l'épithélium glandulaire avec passage de l'hyperplasie atypique
au carcinome in situ puis à la tumeur invasive avec rupture de
la membrane basale.
Cela explique la fréquence des formes plurifocales (30 à 40%) à
l'intérieur d'un même sein, de la dissémination au mamelon (par
voie intracanalaire ou lymphatique), de la migration le long des
vaisseaux et des cloisons avec possibilité de nodules de
perméation.
Il faut en moyenne 8 ans pour qu'une tumeur atteigne un volume
décelable (temps de doublement moyen : 95 jours avec des
extrêmes de 25 à 220 jours).
L'atteinte régionale :
Le rôle de la barrière anatomique (ganglionnaire) à
l'envahissement métastatique n'est plus admis.
* L'envahissement ganglionnaire est un reflet du potentiel
métastatique et constitue, d'autant plus que le nombre de
ganglions atteints est élevé, un important facteur pronostique.
Sa présence est corrélée à la taille de la tumeur et au grade
histologique.
* L'extension se fait pour les tumeurs externes vers les
ganglions axillaires de bas en haut avec une atteinte successive
des trois étages puis vers le creux sus-claviculaire. Ainsi, il
n'existe pas d'atteinte sus-jacente si le premier relais est
indemne (possibilité de curage limité à visée pronostique).
* Pour les tumeurs internes et centrales, l'envahissement se
fait vers la chaîne axillaire et aussi mammaire interne.
La maladie générale :
L'étude de la cinétique de croissance des métastases a prouvé
leur précocité au cours de la maladie à un stade infraclinique.
* Cela explique :
- que le mode de traitement locorégional a peu d'influence sur
le taux de survie et que les interventions par exérèse monobloc
délabrantes (Halsted) sont de moins en moins pratiquées.
- que le cancer du sein est souvent une maladie d'emblée
généralisée.
- que la probabilité des métastases est fournie par les facteurs
pronostiques.
- l'intérêt d'un traitement médical adjuvant (traitement médical
prescrit devant une tumeur localisée qui peut être entièrement
traitée par la chirurgie et/ou la radiothérapie, en adjonction
de celles-ci, pour diminuer les récidives métastatiques et
locales).
* La chimiothérapie est théoriquement plus efficace au stade
infraclinique car la petite taille des métastases est associée à
une cinétique de prolifération plus rapide et à une moindre
fréquence de cellules résistantes aux drogues. Ce traitement
médical adjuvant est d'autant plus efficace qu'il est institué
précocement.
* Les sites métastatiques les plus fréquents sont par ordre
décroissant : le foie, l'os, les poumons et la plèvre, les
glandes surrénales, la peau, le cerveau. Les tumeurs
métastasées, de longueur d'évolution variable, ne peuvent être
guéries actuellement.
ANATOMOPATHOLOGIE :
Épithélioma glandulaire :
Épithélioma galactophorique :
Il représente 80% des cancers du sein. On distingue
l'épithélioma :
* in situ (carcinome intracanalaire) :
- il n'a pas franchi la basale. Il ne donne pas d'envahissement
ganglionnaire.
- son pronostic est excellent (il est traité par mastectomie
simple, mastectomie sous-cutanée) ou, pour les carcinomes
canalaires in situ localisés, par l'exérèse de la zone
suspectée, suivie d'irradiation au sein.
* invasif :
- carcinome canalaire infiltrant de forme commune (75% des
adénocarcinomes).
- carcinome canalaire infiltrant avec composante intracanalaire
prédominante.
- carcinome médullaire à stroma lymphoïde.
- carcinome colloïde.
- carcinome tubulaire.
- cylindrome.
- squirrhe atrophique de la femme âgée qui rétracte le sein.
* inflammatoire, lié à des embolies lymphatiques disséminées
avec invasions multiples, présentes également dans le derme
profond. Il a un haut risque métastatique (survie à 5 ans : 10%
par traitement locorégional seul).
Epithélioma lobulaire :
Il représente 5 à 15% des cancers du sein.
* In situ, volontiers bilatéral ; le risque d'évolution vers un
cancer invasif est faible, mais il s'agit d'un facteur de haut
risque.
* Invasif, fréquemment bilatéral et multicentrique.
Maladie de Paget du mamelon :
Elle est responsable d'un " eczéma " du mamelon et est associée
à une prolifération intragalactophorique ou invasive. Elle
correspond à la localisation intraépidermique du carcinome.
Grade histopronostique de Scarff et Bloom :
Il est fondé sur le degré de différenciation de la tumeur, le
pléomorphisme de ses noyaux et l'importance maximale de
l'activité mitotique ; chacun est coté de 1 à 3.
- La somme va donc de 3 à 9 et permet le classement en trois
catégories : I (3, 4, 5), II (6, 7), III (8, 9).
- Il n'est pas applicable aux cancers non infiltrants et aux
médullaires.
Formes rares :
* Cancers spinocellulaires : exceptionnels.
* Tumeurs phyllodes : tumeurs bitissulaires avec un composant
épithélial et conjonctif de malignité variable.
* Sarcomes : le plus fréquent est l'angiosarcome, de très
mauvais pronostic.
* Lymphomes.
ÉPIDÉMIOLOGIE :
Incidence :
85 nouveaux cas pour 100.000 femmes en France et par an, soit
environ 22.000 cas annuels.
- Il touche ou touchera une femme sur 15.
- Sa fréquence est en augmentation.
Le cancer de l'homme est 100 fois plus rare.
Mortalité :
Le cancer du sein est responsable de 11.000 décès par an en
France.
Facteurs de variation :
Age :
* Sa fréquence augmente avec l'âge.
* Rare avant 40 ans (10%).
Pays :
Il est souvent très fréquent en Amérique du Nord (touchant 1
femme sur 11), un peu moins en France.
Il est rare au Japon, en rapport avec l'environnement et
peut-être les habitudes alimentaires, puisque l'émigration des
Japonaises aux Etats-Unis entraîne une augmentation du risque à
partir de la 2e génération.
Facteurs de risque :
Facteurs familiaux :
Le risque relatif est multiplié par 2 à 3 pour une femme ayant
un parent au 1er degré ayant fait un cancer du sein.
Il existe des formes familiales de cancer du sein lié à la
transmission héréditaire d'un gène muté, le gène BRCA1 porté par
le chromosome 17, et du gène BRCA2 situé sur le chromosome 13.
Les antécédents familiaux compatibles avec une telle mutation
sont :
- 3 cancers du sein invasifs chez des parents des 1er ou 2e
degré.
- 2 cancers du sein, dont un bilatéral, ou survenu à moins de 40
ans.
- 2 cancers du sein et un cancer de l'ovaire.
Il n'est pas possible, actuellement, en pratique courante,
d'identifier chez une patiente appartenant à une telle famille
si elle est porteuse ou non de la mutation.
Caractéristiques de la vie génitale :
* Certaines augmentent le risque :
- puberté précoce.
- nulliparité.
- absence d'allaitement.
- faible fécondité (cycles anovulatoires).
- première grossesse tardive (après 35 ans).
- ménopause tardive.
La majorité de ces facteurs témoignent de l'exposition prolongée
aux estrogènes de la glande mammaire n'ayant pas subi les
épisodes de différenciation liés à la grossesse.
* La castration avant la ménopause diminue d'autant plus le
risque qu'elle est plus précoce.
* La contraception par estroprogestatifs ne modifie pas le
risque.
* Le rôle de l'irradiation a été prouvé par les explosions
atomiques au Japon.
* Le rôle de facteurs alimentaires avec excès de graisse
animale, souvent source d'une obésité, est suspecté, expliquant
l'incidence croisée avec les cancers de l'endomètre.
* Les femmes ayant des mastopathies bénignes (mastopathie
fibrokystique) ont un risque multiplié par deux environ de
développer un cancer.
* Une hyperestrogénie absolue ou relative liée à une
insuffisance lutéale serait la cause de ces augmentations par le
biais d'une prolifération non suivie d'une différenciation
induite par les progestatifs.
Une population à risque peut ainsi être définie et être l'objet
d'un dépistage particulier (clinique et par mammographie) mis en
place plus précocement dans certains cas.
Dépistage :
Même si le dépistage du cancer du sein n'est pas un problème
réglé, il est important de préciser que son intérêt est de faire
le diagnostic tôt, quand la lésion est petite (inférieure à 2cm)
et localisée au sein (absence d'envahissement ganglionnaire).
Le seul dépistage qui ait, à ce jour, fait la preuve indéniable
de son efficacité pour réduire la mortalité par cancer du sein,
est la pratique de la mammographie dans la population de 50 à 70
ans.
Les programmes les plus performants permettent d'obtenir une
diminution de la mortalité par cancer du sein de 30% par rapport
aux populations non dépistées.
En l'absence de son instauration, le dépistage passe par les
autres pratiques, moins efficaces :
* l'autopalpation des seins, qui est discutée car d'une part
elle est subjective, d'autre part elle augmente nettement le
nombre de consultations spécialisées, sans avoir fait la preuve
de son efficacité.
* le dépistage clinique annuel au minimum lors de tout examen
médical et surtout au-delà de 30 ans. Ce dépistage clinique ne
doit pas être limité à la population à risque et doit être
diffusé au maximum pour être rentable.
* quant à la mammographie, il n'y a pas d'attitude homogène pour
l'instant en France :
- certains pratiquent la mammographie sur facteurs de risque
(âge, antécédents personnels ou familiaux, mastopathie bénigne).
- dans de nombreuses régions, des programmes de dépistage
systématique se développent, préconisant 1 ou 2 clichés par sein
en incidence oblique externe, tous les 2 ou 3 ans dans la
tranche d'âge 50-70 ans, avec procédure d'interprétation par
double (voire triple) lecture.
- chez les femmes ayant des facteurs particuliers de risque,
certains débutent ce dépistage à 45 ans.
Diagnostic :
CIRCONSTANCES DE DÉCOUVERTE :
- Une tuméfaction découverte par la malade et en particulier
l'autopalpation enseignée.
- Une anomalie du mamelon (écoulement sérosanglant, rétraction,
maladie de Paget).
- Une adénopathie ou une métastase faisant rechercher le cancer
primitif.
- Un sein inflammatoire.
- Une consultation, une mammographie de dépistage.
EXAMEN CLINIQUE :
Interrogatoire :
Il recherche :
- la date d'apparition de l'anomalie.
- les signes d'évolutivité récents (augmentation rapide de la
taille de la tumeur).
- les antécédents gynécologiques (facteurs de risque du cancer,
ménopause ou non).
- contraception estroprogestative ou traitement hormonal
substitutif qu'il faut arrêter si le diagnostic est confirmé.
Examen clinique :
* Bilatéral et comparatif, il précise par l'inspection (dont
bras levés) et la palpation l'état :
- du sein et du mamelon.
- de la peau.
- des aires ganglionnaires axillaires et sus-claviculaires.
- il est consigné sur un schéma daté avec mensurations.
* Le plus souvent, une tumeur unique et indolore est retrouvée.
Un examen gynécologique et général est pratiqué.
* Les arguments en faveur de la malignité sont :
- le caractère mal limité.
- la dureté.
- l'adhérence à la peau : spontanée, réalisant une fossette ou
lors du pincement avec signe du capiton.
- une peau d'orange.
- l'adhérence au plan profond, en obtenant de la patiente la
contraction du grand pectoral, soit par la manœuvre d'adduction
contrariée, soit en lui demandant de porter ses mains à la
taille et de serrer. La palpation de la tumeur pendant ces
manœuvres, mobile en l'absence de contraction musculaire, puis
fixe lors de la contraction, permet d'affirmer l'adhérence au
grand pectoral.
- la présence d'adénopathies dures voire fixées.
* Le siège de la tumeur, sa taille, sa mobilité sont notés.
EXAMENS COMPLEMENTAIRES :
La mammographie :
* Elle est caractéristique devant :
- une opacité dense, hétérogène.
- contenant des microcalcifications.
- à contours irréguliers, spiculés.
- dont le volume est inférieur à la masse palpée à cause d'un
halo d'œdème péritumoral.
- une rétraction cutanée.
- un épaississement cutané en regard.
* On peut parfois observer :
- une désorganisation architecturale.
- une image d'aspect bénin, homogène et bien limitée.
- un foyer de microcalcifications isolées.
- un sein dense, chez une femme jeune.
- un kyste à paroi épaisse.
- l'absence d'anomalie évocatrice.
En cas de doute, on utilise en complément des méthodes de
compression, d'agrandissement ou la réalisation d'autres
incidences.
L'échographie :
Elle complète la mammographie dans les cas douteux.
* Elle montre habituellement une lésion échogène, hétérogène, à
grand axe oblique ou vertical, à limites floues, de taille
irrégulière, sans renforcement postérieur.
* Elle peut voir des végétations à l'intérieur d'une tumeur
nécrosée d'aspect kystique.
* Elle est surtout indiquée chez la femme jeune aux seins
denses.
La galactographie :
Elle est pratiquée devant un écoulement mamelonnaire à la
recherche d'un refoulement, d'une lacune, d'un galactophore
anormal.
La cytologie ou la microbiopsie guidée :
Réalisées par ponction à l'aiguille, elles sont fiables pour un
opérateur entraîné.
* La spécificité est excellente.
* Mais la négativité n'élimine pas le diagnostic.
L'anatomopathologie :
* Obtenu par biopsie à l'aiguille, forage ou chirurgicalement,
l'examen anatomopathologique est en fait nécessaire car :
- il permet seul d'affirmer le diagnostic.
- il permet le grading histopronostique de Scarff et Bloom.
- il s'accompagne du dosage des récepteurs hormonaux aux
estrogènes et à la progestérone.
- étude en cytométrie de flux.
* Il est pratiqué au moindre doute, surtout après 35 ans, en
l'absence d'orientation clinique radiologique et cytologique de
bénignité.
Ces examens complémentaires surviennent de façon variable dans
le cheminement diagnostique.
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
Devant une tumeur :
Il se pose avec :
* le fibro-adénome : tumeur bénigne de la femme jeune :
- ferme, indolente, mobile.
- donnant une opacité régulière avec parfois
macrocalcifications.
- ses tailles clinique et mammographique sont superposables.
* le kyste :
- tumeur rénitente, douloureuse, apparue brutalement.
- variable suivant le moment du cycle, anéchogène à
l'échographie.
- la ponction permet la cytologie du liquide séreux et la
kystographie.
* un hématome : importance du contexte.
* un abcès du sein, dans les formes inflammatoires.
* un nodule d'Aschoff.
Mais, toute tumeur doit être considérée a priori comme un cancer
et le doute impose la tumorectomie pour examen histologique,
notamment extemporanée.
Devant un écoulement unilatéral de mamelon :
L'examen histologique de galactophore et du tissu glandulaire
correspondant éliminera définitivement une ectasie, un
papillome.
FORMES CLINIQUES :
Les formes cliniques sont les suivantes.
- De l'homme (rare).
- De la femme enceinte.
- Bilatéraux.
- Ecoulement sanglant du mamelon.
- Squirrhe atrophique de la femme âgée.
- De la femme jeune, d'évolution souvent rapide.
- Maladie de Paget du mamelon.
Évolution et pronostic :
BILAN PRONOSTIQUE :
Le pronostic ne peut être précisé qu'après un bilan.
Le terrain :
L'appréciation du terrain repose sur :
- l'état général (stade de Karnofsky appréciant l'activité de la
malade).
- le statut hormonal (ménopausée ? depuis quand ?).
- la contre-indication à un traitement.
Extension locale :
Elle permet la classification suivant le T (extension tumorale),
le N (état clinique des ganglions régionaux) grâce à la clinique
et la mammographie.
Extension à distance :
C'est la recherche des métastases et elle comprend un examen
clinique général et des examens paracliniques systématiques.
* Elle est essentiellement :
- hépatique : dosage de la gamma-GT et des phosphatases
alcalines, transaminases, bilirubine, échographie hépatique.
- osseuse : scintigraphie osseuse.
- cutanée.
- pulmonaire et pleurale : radiographie pulmonaire de face et de
profil.
- cérébrale.
* Elle est de plus réalisée indirectement par un dosage des
marqueurs tumoraux : ACE et CA 15.3.
* Ainsi, en l'absence de signes cliniques évocateurs, le bilan
d'extension postopératoire comprend : radiographie pulmonaire,
échographie et bilan enzymatique hépatique, scintigraphie
osseuse, et dosage de référence du CA 15.3.
Classification TNM 1987 :
* Tumeur T (sur la clinique et la radiologie surtout) :
- T0 : tumeur non palpable.
- T1 : tumeur inférieure à 2cm.
- T2 : tumeur de 2 à 5cm.
- T3 : tumeur strictement supérieure à 5cm.
- T4 : tumeur avec extension à la paroi ou/et à la peau et les
tumeurs inflammatoires.
* Ganglions N :
- N0 : absence de ganglion lymphatique axillaire homolatéral
palpable.
- N1 : adénopathies axillaires homolatérales mobiles considérées
comme envahies (N1b) ou non (N1a).
- N2 : ganglions homolatéraux fixés en bloc.
- N3 : adénopathies mammaires internes.
* Métastases M :
- M0 : pas de métastase retrouvée.
- M1 : métastases (adénopathies sus-claviculaires incluses).
Il faut noter que, en l'absence de précisions suffisantes pour
les classer, ils seront cotés avec un petit x : Mx...
Facteurs pronostiques :
FACTEURS PRONOSTIQUES RECONNUS :
Parmi les facteurs pronostiques actuellement reconnus :
- la taille de la tumeur est au premier plan.
- l'envahissement cutané ou pariétal.
- l'envahissement ganglionnaire axillaire si 3 ganglions
positifs ou plus.
- le grade histologique de la tumeur (Scarff, Bloom et
Richardson) qui tient compte de la différenciation de la tumeur,
du pléomorphisme de ses noyaux et de l'importance maximale de
l'activité mitotique et qui permet le classement en trois
grades.
- la présence d'emboles tumoraux vasculaires.
- le taux des récepteurs hormonaux intratumoraux, surtout de
récepteurs à estradiol.
- la cytométrie de flux.
De nombreux autres facteurs pronostiques sont à l'étude :
facteur de croissance, etc.
ATTITUDES THERAPEUTIQUES CORRESPONDANTES :
Ces différents facteurs ont permis d'établir plusieurs groupes
de pronostics, auxquels des attitudes thérapeutiques
correspondantes sont applicables.
La grande variabilité du pronostic impose de tenir compte des
facteurs sus-jacents pour poser les indications thérapeutiques.
* Le contrôle local et la durée de survie ne sont pas meilleurs
si l'exérèse chirurgicale est large :
- pour les petites tumeurs, l'association
tumorectomie-radiothérapie est préférée.
- pour les plus grosses tumeurs, la chimiothérapie néoadjuvante
est proposée, après biopsie initiale pour avoir un diagnostic
précis afin de diminuer le volume de la tumeur, qui deviendra
alors accessible à un traitement conservateur.
- de plus, la chimiothérapie précoce semble améliorer le
contrôle de la maladie.
* Le curage ganglionnaire a un intérêt pronostique, puisqu'il
tente d'évaluer la diffusion viscérale micrométastatique.
* Le pronostic à long terme dépend de la survenue de métastases.
Le but des thérapeutiques actuelles est de diminuer leur
incidence en traitant les métastases infracliniques par
chimiothérapie ou hormonothérapie.
* La chimiothérapie adjuvante augmente le taux de survie globale
des patientes non ménopausées ayant un envahissement
ganglionnaire.
* L'hormonothérapie additive par tamoxifène augmente le taux de
survie sans récidive et de survie globale chez les femmes
ménopausées ayant un envahissement ganglionnaire et/ou des
récepteurs hormonaux présents dans la tumeur.
Évolution :
LA SURVIE :
La survie globale est de 60% à 5 ans et de 45% à 10 ans.
LA SURVEILLANCE A DISTANCE :
* La surveillance doit être en fait indéfiniment poursuivie,
mais c'est son rythme qui va se modifier au cours du temps.
* Elle est en grande partie clinique, portant :
- sur la recherche d'une récidive locale (récidive dans le sein
traité, apparition d'un nodule de perméation), régionale
(récidive ganglionnaire) ou métastatique (autre sein, palpation
abdominale).
- sur les effets indésirables du traitement : lymphœdème qui
peut être invalidant après l'association curage-radiothérapie
axillaire ; surveillance des effets de la chimiothérapie.
- cette surveillance clinique doit avoir lieu environ tous les 3
mois pendant les deux premières années et tous les 6 mois
jusqu'à 5 ans. Elle restera annuelle par la suite.
* A cette surveillance clinique s'ajoute la pratique
systématique d'un certain nombre d'examens complémentaires :
- le dosage du CA 15-3 n'est plus une pratique recommandée.
- la pratique d'une radiographie pulmonaire tous les 6 mois la
première année puis tous les ans (recherche de métastases).
- la pratique d'une mammographie annuelle, de toute façon sur le
sein controlatéral mais aussi en cas de traitement conservateur
sur le sein malade.
- la scintigraphie osseuse et l'échographie hépatique seulement
en cas de signe d'appel.
Traitement :
METHODES :
Traitement locorégional :
Il s'efforce d'être conservateur.
Chirurgie :
* Mammectomie radicale enlevant en bloc le sein, les muscles
pectoraux, le tissu cellulo-ganglionnaire de l'aisselle,
abandonnée pratiquement actuellement car très mutilante, source
de gros bras et de problèmes de cicatrisation (intervention de
Halsted).
* Mammectomie radicale modifiée avec curage axillaire conservant
le pectoral (Patey) pour les tumeurs supérieures ou égales à 3cm
ou multifocale ou résection non in sana.
* Chirurgie limitée (quadrantectomie, tumorectomie) associée en
règle à un curage limité axillaire qui nécessite une
radiothérapie complémentaire.
* A part, la chirurgie plastique de reconstruction après
amputation mammaire (dans un même temps ou à distance).
* Dans tous les cas, nécessité d'une analyse complète des pièces
opératoires.
Radiothérapie :
Elle est utilisée pour diminuer les récidives locorégionales
(répartie sur 5 à 6 semaines).
* Le traitement après mammectomie irradie la paroi thoracique,
et les aires ganglionnaires mammaires internes,
sus-claviculaires, en fonction des données histologiques à des
doses entre 45 et 50 grays.
* Le traitement conservateur du sein après la tumorectomie doit
de plus irradier l'ensemble du sein (45-50 grays) avec
complément d'irradiation sur le lit tumoral (+ 15-20 grays). Le
surdosage est parfois effectué par curiethérapie (fils
d'iridium).
* Les complications sont :
- le lymphœdème surtout après curage étendu.
- la radiodermite.
* Indications adjuvantes : traiter les métastases infracliniques
chez les patientes ayant un risque élevé d'avoir de telles
métastases.
L'hormonothérapie :
Chez la femme non ménopausée :
* La sécrétion d'estrogènes est diminuée par la castration
chirurgicale, ou radiothérapique, ou analogues de LH-RH.
* Les antiestrogènes tels le tamoxifène (Nolvadex*) inhibant
leur fixation sur les récepteurs (RO) et les progestatifs à
hautes doses (médroxyprogestérone) sont également utilisables.
Chez la femme ménopausée :
Le tamoxifène est le traitement adjuvant de référence chez la
femme ménopausée, d'autant plus efficace que les RE sont
positifs (RE : récepteurs aux estrogènes).
L'hormonothérapie est bien tolérée.
* La réponse peut être prédite par le dosage des récepteurs
hormonaux :
- RE positifs, RP (récepteurs à la progestérone) positifs : 70%
à 80% de réponses.
- RE positifs, RP négatifs : 30%.
- RE négatifs, RP négatifs : 10% de réponse.
* Les femmes âgées sont les plus sensibles à ce traitement.
* Parfois l'aminoglutéthimide (avec des corticoïdes) qui inhibe
la synthèse des estrogènes résiduels à partir des androgènes
surrénaliens est utilisé.
* Les inhibiteurs non stéroïdiens de l'aromatase (anastrozole
(Arimidex*), létrozole (Fémara*)) sont utilisés en cas
d'échappement aux antiestrogènes et aux progestatifs.
La chimiothérapie :
La chimiothérapie de référence chez les femmes non ménopausées
utilise le schéma classique actuel FAC ou FEC, ou le schéma
ancien CMF. Une chimiothérapie adjuvante est parfois utilisée
chez la femme de moins de 60 ans qui le tolère et est RE
négatif.
Les agents les plus utilisés sont la vincristine, le 5-FU, la
cyclophosphamide, le méthotrexate, la vinorelbine, les taxoïdes
(Taxol*, Taxotère*) et les anthracyclines qui sont les plus
actives (Adriamycine*, Novantrone*, Mitoxantrone*) mais qui
exposent à une toxicité cardiaque cumulative.
Elle est utilisée sous forme de cycles de polychimiothérapie
dans trois circonstances :
* à titre adjuvant pour diminuer la fréquence des métastases où
elle n'a démontré son efficacité que chez les femmes
préménopausées ayant un envahissement axillaire.
* tumeur très évoluée localement, en particulier tumeurs en
poussée évolutive où elle a permis d'améliorer la survie
(30-40%) en étant utilisée d'emblée suivie du traitement
locorégional (indication dite néoadjuvante).
* cancer métastasé où les taux de réponse sont de l'ordre de 50
à 60%, où elle a permis d'augmenter la survie (médiane un peu
inférieure à 2 ans) sans permettre de réelles guérisons ; place
des taxoïdes en deuxième ligne, parfois du platine.
La chimiothérapie n'améliore pas le pronostic à long terme mais
retarde surtout la survenue des métastases.
Indications thérapeutiques :
Les indications varient d'un centre à un autre, les patientes
sont souvent incluses dans des protocoles mais, globalement, les
principes thérapeutiques se rejoignent.
MALADIE LOCALISEE :
(T1, T2, N0, N1, M0).
* Les petites tumeurs (T1, petits T2 inférieurs à 3cm, N0, N1)
bénéficient d'un traitement conservateur associant tumorectomie,
curage axillaire (sous-veineux) et irradiation.
* Les tumeurs plus importantes non adhérentes sont traitées par
mammectomie conservant le pectoral et curage axillaire avec
souvent une irradiation postopératoire si les ganglions sont
envahis (N+) :
- plus la tumeur est grosse, plus il y a risque de récidive dans
le sein.
- certains auteurs proposent donc une mammectomie d'emblée.
- d'autres une réduction tumorale initiale par chimiothérapie
afin de proposer un traitement conservateur, le sein restant
devant alors être irradié.
* Un traitement général adjuvant est associé s'il existe un
envahissement axillaire histologique (N+). Il comporte :
- une chimiothérapie pendant 6 à 12 mois.
- et/ou une hormonothérapie (castration en préménopause,
antiestrogènes en postménopause).
TUMEURS PLUS EVOLUEES :
T3, T4, N2, N3, tumeurs inflammatoires et à temps de doublement
rapide sont traitées par chimiothérapie première suivie du
traitement locorégional puis chimiothérapie complémentaire (±
hormonothérapie).
Les femmes âgées (par exemple plus de 65 ans) sont traitées par
hormonothérapie et radiothérapie suivies de chirurgie.
TUMEURS METASTASEES :
Elles sont traitées par chimiothérapie et éventuellement
hormonothérapie si les récepteurs sont positifs.
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