Démarche clinique :
INTERROGATOIRE :
Caractéristiques de la diarrhée
L'interrogatoire précise les caractéristiques de la diarrhée et
recherche en faveur :
- d'une diarrhée hydroélectrolytique, des selles aqueuses,
abondantes avec peu ou pas de douleurs abdominales ;
- d'une diarrhée invasive, des émissions glaireuses et/ou
sanglantes, un syndrome dysentérique avec des faux besoins, un
ténesme et un syndrome douloureux abdominal fébrile.
Il recherche d’autres troubles digestifs (nausées,
vomissements).
Circonstances de survenue
L'interrogatoire précise les circonstances de survenue :
- un antécédent de séjour dans une région tropicale.
- la consommation d'un aliment particulier avant l'apparition de
la diarrhée.
- un contexte de toxi-infection alimentaire avec plusieurs cas
de diarrhée, dans une collectivité ;
- une prise médicamenteuse récente, notamment des antibiotiques.
Terrain
Il évalue le terrain en précisant :
- les tares viscérales éventuellement associées, en particulier
une immunodépression acquise liée à la présence du VIH.
- les antécédents personnels ou familiaux de maladies de
l'appareil digestif.
EXAMEN PHYSIQUE :
Terrain
L'examen physique apprécie le terrain :
- âge.
- pathologies chroniques et évolutives associées.
Signes de gravité
Recherche des signes de gravité imposant l'hospitalisation :
- déshydratation :
- soif.
- perte de poids.
- pli cutané persistant.
- sécheresse des muqueuses.
- pouls mal frappé.
- hypotension artérielle.
- syndrome septicémique et collapsus :
- hypothermie ou hyperthermie.
- hypotension.
- obnubilation.
- marbrure.
- oligurie.
Tableau digestif
L'examen physique précise le tableau digestif :
- recherche d'une défense ou d'une contracture, une
hépato-splénomégalie.
- recherche de sang au toucher rectal.
- écarte une fausse diarrhée sur fécalome.
Signes extra-digestifs
Recherche des signes extra-digestifs qui peuvent orienter vers
une étiologie particulière :
- éruption cutanée ;
- adénopathies ;
- autres foyers infectieux.
Examens paracliniques :
Les examens paracliniques précisent le diagnostic étiologique et
évaluent le retentissement des pertes hydroélectrolytiques.
Diagnostic étiologique :
En première intention
Les examens réalisés en première intention sont :
- la coproculture :
- elle est réalisée sur des selles fraîchement émises,
acheminées rapidement au laboratoire ou, à défaut, conservées au
réfrigérateur (0 à 4 °C).
- elle comporte à l'état frais une coloration de Gram et une
coloration au bleu de méthylène.
- la mise en culture est systématique sur des milieux enrichis
choisis en fonction de l'orientation clinique.
- les résultats sont obtenus en 48 à 72 heures.
- la numération formule sanguine et les hémocultures.
En fonction du contexte
Les autres examens sont à réaliser en fonction du contexte :
- examen parasitologique des selles qu'il faut répéter sur
plusieurs jours, et qui est également orienté par la clinique.
- sérodiagnostics de Widal et Félix, de la yersiniose, de
la salmonellose, de l'amibiase, de la bilharziose...
- radiographie de l’abdomen sans préparation, pour dépister une
colectasie en cas de signes inquiétants à l'examen clinique. En
dehors de cette circonstance, l'ASP ne doit pas être fait ; la
mise en évidence de niveaux hydroaériques y est banale s'il est
quand même réalisé.
- une recto-sigmoïdoscopie prudente permettra d'objectiver les
lésions muqueuses, de réaliser des prélèvements orientés et de
reconnaître une colite inflammatoire débutante ou de visualiser
des fausses membranes. Elle sera réalisée devant :
- une diarrhée glairo-sanglante.
- un syndrome dysentérique.
- ou une diarrhée aux antibiotiques persistante.
Évaluation du retentissement des pertes hydroélectrolytiques :
On pratique :
- un ionogramme sanguin, un dosage de l'urée, de la
créatininémie, à la recherche d'une hypokaliémie et d'une
insuffisance rénale ;
- une étude de l'équilibre acidobasique, à la recherche d'une
acidose métabolique qui peut masquer une hypokaliémie.
Diagnostic étiologique :
Le tableau clinique est l'élément d'orientation initial et
permet de distinguer les diarrhées hydroélectrolytiques des
diarrhées invasives, associées ou non à un syndrome
dysentérique.
DIARRHEES HYDROELECTROLYTIQUES :
Les diarrhées hydroélectrolytiques de cause infectieuse sont les
plus fréquentes.
Leur évolution est souvent favorable.
Diarrhées d'origine bactérienne :
Escherichia coli entérotoxinogène
Escherichia coli entérotoxinogène est l’agent de la diarrhée du
voyageur (“ turista”) :
- sa pathogénie est liée à un mécanisme toxinique (deux toxines,
une thermolabile et une thermostable).
- il touche les voyageurs séjournant ou revenant des pays
tropicaux.
- il résulte de l'ingestion d'eau ou d'aliments crus ou servis à
température ambiante.
- l’incubation est de 24 à 48 heures.
- le tableau est variable ; on observe des manifestations
bénignes comme des épisodes cholériformes.
- l'apyrexie est habituelle et le diagnostic est clinique.
Choléra
Le choléra est une toxi-infection intestinale strictement
humaine :
- il sévit à l'état endémique sur le sous-continent indien ; la
pandémie actuelle touche l'Amérique latine.
- la contamination est due à l'ingestion d'eau ou d'aliments
souillés.
- l’incubation est de 2 à 7 jours.
- le tableau clinique est celui d'une diarrhée abondante
(jusqu'à 1 litre par heure), typiquement eau de riz associée à
des vomissements incoercibles ;
- la déshydratation est rapide, massive et met très vite en jeu
le pronostic vital en l'absence de traitement.
- la déclaration du choléra est obligatoire.
Diarrhée due au staphylocoque doré
La diarrhée due au staphylocoque doré est une toxi-infection
alimentaire, secondaire à l'ingestion d'aliments souillés par un
porteur de staphylocoques :
- le germe n'est à l'origine des manifestations que parce qu'il
élabore une toxine thermostable.
- le tableau est stéréotypé et comporte, après une incubation
courte de 1 à 4 heures, des signes digestifs débutant
brutalement, associant des vomissements, des coliques
abdominales vives et une diarrhée aqueuse profuse.
- l'apyrexie est la règle générale.
- l'évolution est rapidement favorable et la certitude
diagnostique repose sur la mise en évidence de la contamination
de l'aliment suspect.
- la déclaration est obligatoire.
Diarrhées liées aux salmonelles mineures
Les diarrhées liées aux salmonelles mineures :
- sont fréquentes.
- Salmonella enteritidis et Salmonella typhi murinum sont le
plus souvent observés ;
- l’incubation est de 8 à 48 heures et fait suite à l'ingestion
de viandes préparées, de laitages ou d'œufs mal cuits ou
consommés crus.
- le tableau est intermédiaire entre les diarrhées
hydroélectrolytiques et les syndromes dysentériques ;
- l'évolution est favorable en 3 à 5 jours mais un terrain
fragilisé peut faire le lit de complications septicémiques
majeures.
Diarrhée due à Clostridium perfringens
La diarrhée due à Clostridium perfringens est une toxi-infection
alimentaire engendrée par l’ingestion de viandes en sauce ou
d'aliments réchauffés contaminés :
- l’incubation est de 8 à 12 heures et le tableau clinique
associe une diarrhée aqueuse à des vomissements.
- là encore, le diagnostic de certitude repose sur l'isolement
du germe dans l'aliment incriminé.
Diarrhées d'origine virale :
Les diarrhées surviennent habituellement dans un contexte
épidémique :
- la preuve de l'origine virale n'est pas nécessaire le plus
souvent.
- les Rotavirus sont fréquemment en cause, les Entérovirus, le
virus de Norwalk (en Amérique du Nord) et les Adénovirus sont
moins souvent retrouvés.
Le tableau est celui d'une diarrhée hydroélectrolytique qui
évolue dans un contexte de céphalées, myalgies et malaise
général, qui oriente vers l'origine virale.
L’évolution est favorable le plus souvent.
Diarrhées d'origine parasitaire :
La diarrhée aiguë n'est pas la présentation habituelle des
parasitoses digestives, responsables le plus souvent de
diarrhées chroniques.
Toutefois, un mode de révélation aigu peut s'observer pour :
- la lambliase.
- l'ascaridiose.
- l'ankylostomiase.
- l'anguillulose.
- l'oxyurose.
- la trichinose.
- le téniasis.
- le paludisme.
Diagnostic
- Le diagnostic est évoqué devant une hyperéosinophilie (excepté
pour la lambliase et l'accès palustre) et confirmé par l’examen
parasitologique des selles.
- Une goutte épaisse est réalisée en cas de diarrhée fébrile au
retour d'une zone d'endémie, pour écarter un paludisme.
Sujet séropositif pour le VIH
Dans le cas particulier du sujet séropositif pour le VIH ou
ayant déjà présenté des infections opportunistes, on peut
observer des diarrhées liées :
- aux coccidies (Cryptosporidium parvum et Isospora belli).
- ou à des microsporidies dont l'évolution se fait volontiers
vers la chronicité.
Diarrhées d'origine médicamenteuse :
A côté des causes infectieuses les plus fréquentes, les
diarrhées hydroélectrolytiques peuvent avoir une origine
médicamenteuse.
Ces diarrhées peuvent s'observer à l'introduction du traitement
ou survenir au cours de celui-ci et devront alors faire évoquer
un surdosage possible :
- diarrhée liée à un surdosage :
- sels d'or.
- théophylline.
- digitaline.
- colchicine.
- diarrhée sans surdosage :
- anti-inflammatoires non stéroïdiens.
- quinidiniques.
- biguanides.
- ticlopidine.
- prostaglandines.
- laxatifs...
Autres causes de diarrhée hydroélectrolytique :
Parmi les autres causes de diarrhée hydroélectrolytique, il faut
retenir :
- la diarrhée motrice émotionnelle ;
- l’intoxication par les champignons, où un délai d'apparition
long des symptômes après l'ingestion, avec des signes hépatiques
associés, évoque une prise d'amanite phalloïde.
DIARRHEES INVASIVES ASSOCIEES OU NON A UN SYNDROME
DYSENTÉRIQUE :
Les diarrhées invasives associées ou non à un syndrome
dysentérique ont un potentiel évolutif et exposent à des
complications autres que celles induites par le retentissement
hydroélectrolytique.
On peut observer :
- des chocs septiques.
- des hémorragies importantes.
- des tableaux péritonéaux par perforation, précédés ou non
d'une colectasie.
La gravité potentielle de ces diarrhées impose le plus souvent
l’hospitalisation.
Diarrhées d'origine bactérienne :
Salmonelloses
Les salmonelloses :
- les formes mineures (citées plus haut) peuvent être associées
à un syndrome dysentérique.
- les salmonelles typhiques et paratyphiques sont responsables
de la fièvre typhoïde.
- le tableau clinique est caractérisé par des signes
extra-digestifs caractéristiques et la progressivité de
l'installation du tableau (voir question spécifique).
- le diagnostic repose :
- sur l'isolement du germe sur les hémocultures ou les
coprocultures la 1re semaine.
- et le sérodiagnostic durant le second septénaire.
- la déclaration est obligatoire.
Shigelloses
Les shigelloses :
- comportent quatre formes d'entérobactéries : Shigella
dysenteriæ, Shigella flexneri, Shigella boydii et Shigella
sonnei (le plus souvent incriminée en France).
- la transmission est orale, strictement interhumaine, et se
fait par l'ingestion d'eau ou d'aliments contaminés.
- le tableau clinique est caractérisé par un début brutal après
une incubation de 48 à 72 heures.
- il existe un syndrome dysentérique fébrile sévère avec une
diarrhée mucosanglante, qui peut s'associer à des manifestations
extra-digestives : toux, méningisme, manifestations
rhumatologiques dans le cadre d'un syndrome de Reiter.
- le diagnostic repose sur les coprocultures et la sérologie.
Yersinioses
Les yersinioses :
- Yersinia enterocolitica est un bacille à Gram négatif.
- la contamination est habituellement secondaire à l'ingestion
de viande insuffisamment cuite (porc) et de produits laitiers.
- le syndrome dysentérique peut s'associer à des arthralgies, un
érythème noueux :
- la douleur abdominale siège dans la fosse iliaque droite,
mimant un syndrome appendiculaire.
- on peut objectiver une atteinte iléale terminale si la
persistance des signes amène à pratiquer un transit du grêle ou
une cœlioscopie, pour écarter une maladie de Crohn par exemple.
- la coproculture peut aider au diagnostic ainsi que la
sérologie sur deux prélèvements à 3 semaines d'intervalle.
Diarrhées à Campylobacter jejuni et fetus
- Ces bacilles à Gram négatif sont transmis par le contact avec
les animaux domestiques ou l'ingestion d'aliments souillés.
- Après une incubation de 2 à 5 jours, le tableau clinique
associe volontiers une diarrhée fébrile à des émissions
sanglantes.
- La coproculture permet le diagnostic.
Diarrhées dues à Escherichia coli
Diarrhées dues à Escherichia coli entéropathogène,
entéro-invasif et entéro-hémorragique :
- la contamination est d'origine :
- soit alimentaire (produits laitiers frais, viandes
insuffisamment cuites).
- soit interhumaine ;
- leur rôle, dans les diarrhées de l'adulte, est contesté.
Diarrhées d'origine virale :
Les agents viraux n'entraînent pas de diarrhée invasive chez le
sujet immunocompétent.
- Chez un sujet porteur d'un SIDA avec moins de 100 CD4/mm3, le
Cytomégalovirus peut être responsable de diarrhées plus ou moins
profuses, avec des émissions sanglantes.
- Le diagnostic repose sur la coloscopie qui :
- met en évidence des lésions volontiers polymorphes, allant
d'un simple érythème à une colite ulcérée étendue.
- et permet la réalisation de biopsies à la recherche
d'inclusions virales caractéristiques.
- La diarrhée à Cytomégalovirus s'accompagne souvent d'une
atteinte hépatique (voir schéma).
Diarrhées d'origine parasitaire :
Amibiase
Cette pathologie est liée à un protozoaire, Entamoeba
histolytica :
- elle survient au retour des pays endémiques, mais peut aussi
s'observer chez des sujets n'ayant jamais quitté la France
métropolitaine ;
- le tableau est celui d'un syndrome dysentérique, avec
épreintes et ténesmes sans fièvre associée.
- la rectoscopie peut mettre en évidence des lésions évocatrices
dites “ en coup d’ongle ”, et le diagnostic est confirmé par
l'examen parasitologique des selles.
- le prélèvement doit être fait sur des selles fraîches pour
pouvoir identifier, dans de bonnes conditions, les amibes au
microscope ;
- une hyperthermie devra faire évoquer la possibilité d'une
complication hépatique ou d'une co-infection par un autre germe.
Bilharziose
- La bilharziose est liée à Schistosoma mansoni, intercalatum ou
japonicum, elle peut s'associer à un syndrome dysentérique lors
de la phase d'invasion.
- L’hyperéosinophilie est importante dans ce contexte, de même
que les données de l’anamnèse, qui objective le bain en eau
douce contaminant.
Autres parasitoses
Les autres parasitoses sont plus volontiers responsables d'une
diarrhée hydroélectrolytique ou chronique.
Diarrhées postantibiothérapie :
Nous classerons les diarrhées consécutives à la prise
d'antibiotiques arbitrairement dans ce chapitre, alors qu'elles
peuvent revêtir tous les niveaux de gravité.
Le mécanisme de ces diarrhées peut être lié :
- soit à une modification des composants de la flore colique
avec sélection de germes pathogènes ;
- soit par la modification et l'altération des métabolismes
endoluminaux (accumulation de sucres non dégradés par exemple).
Colite pseudo-membraneuse
La colite pseudo-membraneuse résulte de la colonisation du côlon
par le Clostridium difficile :
- une toxine produite par ce germe va déterminer des lésions
muqueuses.
- le tableau clinique est variable et comporte une diarrhée
associée à des douleurs abdominales survenant au cours ou à
distance d'une antibiothérapie à large spectre.
- les formes sévères (30 à 40 %) s'associent à un météorisme
abdominal, une hyperthermie et des signes de déshydratation.
- à l'extrême, une colectasie aiguë peut survenir.
- elle est suspectée devant l'arrêt brutal de la diarrhée.
- l’examen endoscopique confirme le diagnostic et met en
évidence des plaques jaunâtres adhérentes caractéristiques, de
diamètre variable.
- la recherche de toxine dans les selles est possible dans les
centres spécialisés.
Colites hémorragiques liées à la prise d'ampicilline
Les colites hémorragiques liées à la prise d'ampicilline
surviennent entre le 2e et 7e jour de traitement :
- le tableau est celui d'une diarrhée sanglante parfois fébrile.
- la coloscopie retrouve une atteinte essentiellement colique
droite, caractérisée par une suffusion hémorragique ;
- l'agent responsable est la Klebsiella oxytoca, qui peut être
mis en évidence par les coprocultures sur milieu adapté, et par
l'examen bactériologique direct des biopsies coliques ;
- l’évolution est favorable en quelques jours après l'arrêt du
traitement antibiotique.
Autres diarrhées postantibiothérapie
- Les diarrhées liées à l'altération des fonctions
métaboliques de la flore sont dues à l'effet osmotique des
sucres non dégradés.
- Par ailleurs, certains antibiotiques ont un effet stimulant
sur la motricité propulsive du grêle, comme l’inhibiteur des
bêta-lactamases : l'acide clavulanique.
DIARRHEES GLAIRO-SANGLANTES NON INFECTIEUSES :
Mode de révélation de certaines affections
Une diarrhée aiguë glaireuse ou sanglante peut être un mode de
révélation de certaines affections du tube digestif comme une
tumeur recto-sigmoïdienne, une maladie de Crohn ou une
recto-colite ulcérohémorragique.
Cette diarrhée peut s'accompagner de signes généraux :
amaigrissement, altération de l'état général et douleurs
abdominales.
Colite ischémique non gangreneuse
L'association d'un syndrome douloureux abdominal, suivi en moins
de 48 heures d'une diarrhée fécale secondairement sanglante,
évoque une colite ischémique non gangreneuse :
- ce tableau, fréquent, survient souvent chez un sujet âgé et/ou
un patient atteint d'une affection vasculaire et traité par des
anti-inflammatoires non stéroïdiens, des diurétiques ou des
digitaliques ;
- la relation entre ces traitements et la survenue d'une colite
ischémique est d'individualisation récente.
- l'évolution est favorable le plus souvent.
Prise en charge thérapeutique en urgence :
TRAITEMENT CURATIF :
Règles fondamentales communes à tous les types de diarrhées
aiguës :
Systématiquement
- Repos.
- Régime sans résidu.
- Remplissage par macromolécules en cas de collapsus.
Réhydratation et correction des désordres ioniques
Réhydratation et correction des désordres ioniques induits par
la diarrhée : selon la sévérité du tableau et l'association ou
non à des vomissements, on aura recours ou non à la voie
parentérale :
- en cas de voie orale disponible, on utilise un mélange type
OMS d'eau, de chlorure de sodium (3 g/l), de chlorure de
potassium (1,5 g/l), de bicarbonates (2,5 g/l) et de glucose (ou
saccharose, à raison de 20 g/l).
- en cas de voie parentérale, on utilise :
- soit des solutés standardisés type Ringer Lactate*.
- soit du glucose, avec des électrolytes adaptés aux données
biologiques.
- la surveillance de ce traitement sera clinique (poids, tension
artérielle, fréquence cardiaque et diurèse) et biologique
(ionogramme sanguin et fonction rénale).
Correction des symptômes associés
Correction des symptômes associés tels les vomissements et les
douleurs abdominales par l'usage :
- d'antiémétiques (dompéridone, métoclopramide) ; l'effet
prokinétique de ces traitements peut transitoirement majorer la
diarrhée ;
- et d'antispasmodiques (type phloroglucinol ou trimébutine).
Diarrhée iatrogène
Arrêt du traitement en cause en cas de diarrhée iatrogène.
L'arrêt de la diarrhée est parfois décalé comme pour la
ticlopidine.
Traitement symptomatique de la diarrhée :
Silicates
Les silicates : suspension argileuse dont l'effet est lié à
l'adsorption d'eau. Ces traitements, type Smecta*, Actapulgite*,
n'ont donc un effet que sur la consistance des selles.
Ralentisseurs du transit
Les ralentisseurs du transit, type lopéramide, Imodium*
(gélules à 2 mg, posologie habituelle de 6 à 8 /j) ou Arestal*
(comprimés à 1 mg, posologie initiale de 2 comprimés, puis 1
comprimé supplémentaire après chaque selle non moulée sans
dépasser 8 cp/24 h) :
- cette classe thérapeutique est active par le blocage des
récepteurs µ aux opiacés.
- cet effet expose à la survenue de colectasies, lors des
colites invasives responsables de syndrome dysentérique, et
pourrait ralentir l'élimination des agents infectieux.
Acétorphan
- L’acétorphan (Tiorfan*), en comprimés à 100 mg, est prescrit à
la posologie usuelle de 300 mg/j, à réserver aux diarrhées
abondantes sur un terrain fragile ou ayant résisté à l'Imodium*.
- Le mécanisme d'action est l'inhibition de l'enképhalinase et
donc la protection des enképhalines endogènes possédant un effet
antisécrétoire.
Il n'existe pas de contre-indication chez l'adulte, en dehors de
la grossesse et de l'allaitement.
Modulateurs de la flore intestinale
Les modulateurs de la flore intestinale (Ultra-Levure*) peuvent
avoir un intérêt dans le cadre des diarrhées où il existe une
rupture de l'équilibre de la flore intestinale par leur action
de compensation de ce déséquilibre, en particulier dans le cadre
d'un traitement antibiotique.
Traitement des diarrhées bactériennes :
De manière systématique
Le traitement des diarrhées bactériennes non infectieuses
comporte :
- l’isolement du malade, le respect des mesures de désinfection
du linge et des sanitaires ;
- une déclaration obligatoire pour la fièvre typhoïde, le
choléra et les toxi-infections alimentaires.
Place de l'antibiothérapie
- La place de l'antibiothérapie reste controversée :
- elle n'est pas systématique et sera réservée aux sujets
fragilisés, où elle limite la diffusion du sepsis, et aux formes
fébriles de syndromes dysentériques sévères.
- outre le vieillard, les indications de choix sont données pour
les patients porteurs d'un déficit immunitaire, d'une
drépanocytose ou de matériel prothétique cardiovasculaire ou
ostéoarticulaire.
- Le choix de l'antibiothérapie initialement empirique sera
adapté aux données de l'antibiogramme.
- En première intention, on peut utiliser des fluoroquinolones
type ofloxacine, péfloxacine, ciprofloxacine ou le
cotrimoxazole.
- La nifuroxazide (Ercéfuryl*), antibactérien intestinal dont
l'activité est essentiellement de contact, intraluminale, est
indiquée en l'absence de suspicion de phénomènes invasifs.
- La durée du traitement sera :
- de 5 à 7 jours dans les formes habituelles.
- et de 10 jours en cas de typhoïde.
- En dehors des formes sévères, l'antibiothérapie allonge la
durée du portage.
Choléra
Le choléra est traité :
- par la correction des désordres hydroélectrolytiques.
- et par des cyclines.
Cas particulier de la colite pseudo-membraneuse
- La colite pseudo-membraneuse relève du métronidazole, 250 mg
quatre fois par jour pendant 10 jours, ou de la vancomycine,
mieux tolérée mais plus coûteuse, 125 mg quatre fois par jour
administrés par voie orale.
- En cas de forme sévère, seul est utilisable par voie IV le
métronidazole.
- Les rechutes (10 %) peuvent être traitées par le même
antibiotique, car il n'existe pas de résistance.
- La prévention des rechutes peut comporter l'administration
d'une levure, le Saccharomyces boulardii (Ultra-Levure*).
Traitement des diarrhées parasitaires :
- Amibiase intestinale aiguë : métronidazole (Flagyl*),
1,5 g/j pendant 10 jours, suivi d'un amoebicide de contact type
Bemarsal*.
- La lambliase : métronidazole pendant 5 jours associé à une
seconde cure après quelques jours.
- Les diarrhées liées aux helminthes relèvent du flubendazole
(Fluvermal*).
- Les diarrhées liées aux anguillules et aux trichines seront
traitées par tiabendazole (Mintezol*).
Traitement des diarrhées virales :
En dehors des diarrhées à Cytomégalovirus, qui relèvent du
ganciclovir en milieu spécialisé, les autres diarrhées virales
ne doivent bénéficier que d'un traitement symptomatique.
TRAITEMENT PRÉVENTIF :
La prévention est un problème majeur dans les pays du tiers
monde :
- elle doit s'appliquer comme pour la diarrhée des voyageurs.
Même dans ce cas, un traitement suspensif par cotrimoxazole peut
être proposé ;
- la prévention repose sur la lutte contre le péril fécal par
l'application de mesures d'hygiène simples, comme le lavage des
mains et l'éviction des aliments à risque.
La déclaration obligatoire des toxi-infections alimentaires doit
permettre un meilleur contrôle de ces affections.
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