Physiopathologie
:
C’est au pathologiste Rudolph Virchow que revient le
mérite d’avoir décrit les principaux mécanismes impliqués
dans la survenue des thromboses dans une triade
(triade de Virchow) qui reste d’actualité :
ralentissement
de l’écoulement sanguin (stase) ; altération de la paroi
vasculaire (lésion) ; modification de l’hémostase (hypercoagulabilité
ou thrombophilie).
Les éléments de la triade de Virchow agissent souvent
en conjonction pour expliquer une thrombose, mais
inversement aucun de ces éléments lorsqu’il est présent
n’entraîne constamment une thrombose.
Ainsi, un sujet
ayant un déficit en inhibiteur de la coagulation peut ne
jamais faire de thrombose, ou bien elle ne surviendra
qu’à l’occasion d’une circonstance favorisante.
Inversement, une thrombose veineuse ambulatoire peut
survenir en l’absence de tout facteur de risque reconnu.
A - Stase
:
Les thrombus veineux sont constitués essentiellement
de fibrine et de globules rouges avec un contenu en plaquettes
et en leucocytes variable.
Ils se développent préférentiellement au niveau des valvules veineuses, région
où la stase est importante.
Les veines les plus souvent
intéressées par la thrombose sont les veines surales.
La
stase en elle-même ne suffit pas à expliquer la survenue
d’une thrombose.
En effet, les expériences anciennes de
nombreux auteurs ont montré qu’un segment veineux
isolé entre 2 ligatures n’aboutit à la thrombose qu’en
présence d’un autre stimulus, tel qu’une lésion pariétale
ou l’injection de substances procoagulantes.
En pathologie
humaine, le rôle de la stase a été démontré par l’étude
de patients hémiplégiques, chez lesquels la fréquence
des thromboses est supérieure dans le membre paralysé.
Inversement, la compression pneumatique intermittente
du mollet, qui permet de combattre la stase, est une prophylaxie
efficace des thromboses veineuses.
B - Lésion endothéliale :
L’endothélium normal exprime à la fois des propriétés procoagulantes et anticoagulantes. Un déséquilibre en
faveur de l’activité procoagulante favorise l’apparition
des thromboses.
En dehors des lésions macroscopiques
induites expérimentalement ou après un traumatisme
vasculaire direct (chirurgie, cathéter), des lésions microscopiques
voire un dysfonctionnement de l’endothelium
ont été incriminés.
En pathologie, une thrombose peut
débuter au niveau d’une lésion pariétale, comme cela est
observé au niveau de la veine fémorale après une opération
d’une prothèse totale de hanche.
De même, une
séquelle de thrombose veineuse constitue un point d’appel
à une récidive ultérieure.
C - Anomalies de l’hémostase :
La coagulation est une succession de réactions enzymatiques
permettant une activation de zymogènes (facteurs XII, XI, IX, X et II) qui vont aboutir, au sein de complexes
enzymatiques contenant du calcium et des phospholipides,
à la génération de la thrombine.
Cette dernière
va activer le fibrinogène circulant pour former un réseau de fibrine insoluble qui participe avec les globules
rouges et les plaquettes à la formation du thrombus.
La coagulation est contrôlée par des inhibiteurs :
l’antithrombine III, la protéine C et la protéine S.
Un
déficit héréditaire en inhibiteur de la coagulation (antithrombine III, protéine C, protéine S) ou une anomalie
responsable d’une accélération de la génération de
thrombine peuvent être la cause, ou du moins constituer
un facteur de risque, de thrombose.
Le système fibrinolytique
contribue, après activation du plasminogène en
plasmine par le tPA (activateur tissulaire du plasminogène),
à limiter la progression du thrombus. Le tPA peut
lui-même être inhibé par un inhibiteur (PAI-1, plasminogen
activator inhibitor).
Le rôle des anomalies de la
fibrinolyse dans la survenue des thromboses veineuses
reste encore discuté.
D - Progression du thrombus initial
:
Une fois le thrombus formé au niveau d’une valvule veineuse,
sa progression s’effectue vers la lumière du vaisseau
par strates successives.
Quand la veine est complètement
occluse, l’absence de flux aboutit à la
progression rapide du thrombus vers l’amont et l’aval.
Initialement, le thrombus n’adhère pas à la paroi vasculaire
et son extrémité supérieure peut flotter librement
dans la lumière veineuse.
La rupture de la base du
thrombus, favorisée par la fibrinolyse physiologique est
responsable de la survenue d’une embolie pulmonaire.
L’extension proximale de la thrombose dépend du flux
des collatérales d’aval, expliquant que le pôle supérieur
du thrombus s’arrête le plus souvent au niveau des
confluences veineuses.
Elle dépend aussi du bon fonctionnement
de la défense de l’organisme contre la
thrombose (inhibiteurs de la coagulation, fibrinolyse) et
de la persistance ou de la correction d’une stase ou
d’une lésion vasculaire.
Une fois la veine totalement occluse, le thrombus
devient adhérent à la paroi et s’organise progressivement.
Il est colonisé par des cellules inflammatoires
avec formation progressive d’un tissu de granulation qui
prend la place du thrombus.
Cela entraîne une rétraction
et un épaississement de la paroi veineuse, et conduit
éventuellement à la recanalisation et réendothélialisation
de la veine.
Ce processus conduit invariablement à
la destruction du jeu des valvules intéressées par le processus
thrombotique.
L’incontinence valvulaire et l’augmentation
de la pression dans le réseau veineux d’amont
qui en découle sont responsables de la survenue de la
maladie veineuse post-thrombotique.
Étiologie
:
Les causes ou facteurs de risque de la maladie thromboembolique
sont nombreux.
On peut les différencier en
situations cliniques à risque et anomalies de l’hémostase
constitutionnelles ou acquises.
A - Situations cliniques à risque
de thrombose :
• Chirurgie et traumatisme : ce sont les situations cliniques
ayant été les mieux étudiées, et qui ont certainement
le plus haut risque de thrombose.
Ce dernier varie
de 10 % en chirurgie générale à 50 % en chirurgie orthopédique
non réglée, en l’absence de prophylaxie.
Ces
données globales doivent être modérées selon les procédures
chirurgicales utilisées mais aussi selon la pathologie
sous-jacente. Le risque de thrombose est majoré en
chirurgie carcinologique.
• Infarctus du myocarde et insuffisance cardiaque :
une incidence de thrombose veineuse de 25 à 40 % est
observée après un infarctus du myocarde, en l’absence
de prophylaxie.
L’insuffisance ventriculaire gauche,
l’existence d’une arythmie, et un âge élevé sont des facteurs
de risque supplémentaires.
On ne dispose pas de
données d’études bien conduites concernant l’association
insuffisance cardiaque et maladie thrombo-embolique.
• Maladies neurologiques : l’étude de patients hémiplégiques
a montré une fréquence de thromboses veineuses
plus importante dans le membre paralysé par rapport au
membre controlatéral.
Après intervention neurochirurgicale
la fréquence de la maladie thrombo-embolique est
de l’ordre de 23 à 40 %.
• Cancer et chimiothérapie : les mécanismes responsables
de thrombose en cas de cancer sont nombreux et
peuvent intéresser des anomalies des fonctions plaquettaires,
la sécrétion par la tumeur de substances procoagulantes
(facteur tissulaire), ou encore la synthèse d’anticoagulants
circulants, la compression directe d’une
veine par la tumeur n’étant pas le mécanisme le plus
souvent en cause.
Les thromboses chez le cancéreux ont
une incidence générale de 15 %.
Inversement, devant
une thrombose veineuse profonde dite idiopathique le
risque de voir apparaître un cancer dans les 6 mois est
multiplié par 3 à 4 (8 %), par rapport aux patients ayant
une thrombose veineuse profonde après une circonstance
favorisante.
Le rôle thrombogène des chimiothérapies,
pendant l’administration du traitement, a été bien
démontré.
• Immobilisation : après une semaine d’alitement, la
fréquence des thromboses veineuses profondes est estimée
à 15 %.
• Âge : il existe une liaison positive entre fréquence de
la maladie thrombo-embolique et âge.
Le problème est
de savoir si l’âge est un facteur de risque indépendant,
ou s’il n’est que le reflet des pathologies et des situations
à risque de thrombose qui lui sont liées.
La maladie thrombo-embolique est extrêmement rare chez l’enfant,
et une recherche étiologique soigneuse doit donc
toujours être effectuée chez un enfant ayant présenté une
thrombose.
• Grossesse : le risque de thrombose veineuse concerne
essentiellement la période du post-partum, avec un
risque absolu qui reste faible dans la population générale
(inférieur à 2 %).
La grossesse est une situation nécessitant une prophylaxie de la maladie thrombo-embolique
chez les patientes ayant une anomalie de l’hémostase
responsable de thrombose.
• Contraception oestroprogestative : le risque de thrombose
veineuse profonde est multiplié par 3 à 4 chez les
patientes utilisant une contraception oestroprogestative.
Si la contraception oestroprogestative augmente indiscutablement
le risque relatif de thrombose, le risque absolu
reste faible.
• Traitement hormonal substitutif de la ménopause : le
risque relatif de thrombose veineuse observé avec ces
traitements apparaît identique à celui de la pilule oestroprogestative.
Il a donc les mêmes contre-indications que
cette dernière.
• Autres facteurs de risque : d’autres facteurs de risque
tels qu’une obésité, l’existence de varices ou d’une
maladie de Crohn, une rectocolite hémorragique ont été
incriminés, mais les preuves de leur association avec la
maladie thrombo-embolique sont ténues.
• Antécédent de maladie thrombo-embolique : l’existence
d’antécédent de thrombose veineuse profonde est
un facteur de risque de récidive.
L’incidence des récidives
est estimée à 5 % par an.
• Groupe sanguin : le groupe sanguin O a été retrouvé
comme étant protecteur vis-à-vis de la maladie thromboembolique.
B - Anomalies de l’hémostase responsables
de thromboses :
1- Anomalies acquises :
Il s’agit principalement du syndrome des antiphospholipides.
Il se définit par des manifestations cliniques
(thromboses veineuses ou artérielles, fausses couches à
répétition) associées à la présence d’une thrombopénie
et d’anticorps antiphospholipides. L’anticorps antiphospholipide
peut s’exprimer soit sous forme d’antiprothrombinase
(ou anticoagulant circulant de type lupique,
qui allonge le temps de céphaline activée), soit sous
forme d’anticardiolipine, soit enfin par une sérologie
syphilitique dissociée (VDRL – pour Veneral diseases
research laboratory – positif et TPHA – pour Treponema
pallidum haemagglutination assay – négatif).
2- Anomalies constitutionnelles :
• Déficits en inhibiteurs de la coagulation : un déficit
en inhibiteur de la coagulation est retrouvé chez moins
de 10 à 15 % des patients avec une thrombose veineuse
profonde.
Ce pourcentage augmente si on s’intéresse
aux thromboses veineuses profondes idiopathiques,
récidivantes et (ou) survenant chez un sujet jeune.
La
transmission des déficits en antithrombine III, protéine
C, et protéine S s’effectue sur le mode autosomique
dominant.
• La résistance à l’action de la protéine C activée
(RPCa) : cette anomalie fréquente est due à une mutation
arginine 506 en glutamine du facteur V (facteur V
Leiden) qui empêche son inactivation par la protéine C
activée.
Cette mutation est retrouvée chez 15 à 20 % des patients ayant eu une thrombose veineuse profonde,
contre environ 5 % dans la population générale.
Il s’agit
de la cause génétique la plus fréquente de thrombose
veineuse profonde.
• La mutation 20210A du gène de la prothrombine : il
s’agit d’un facteur de risque génétique plus faible que le
précédent.
Sa fréquence dans la population générale est
de 2 à 3 % et la mutation 20210A est retrouvée chez 6 à
8 % des sujets ayant eu une thrombose veineuse profonde.
Diagnostic
:
Le diagnostic repose d’une part sur l’examen clinique et
d’autre part sur la nécessité d’une confirmation systématique
par des examens complémentaires.
A - Diagnostic clinique :
Le diagnostic clinique d’une thrombose veineuse profonde
est difficile en raison de l’absence de sensibilité et
de spécificité de ces signes cliniques.
Ainsi une authentique
thrombose veineuse profonde proximale (suspoplitée)
récente peut être complètement asymptomatique
et n’être découverte qu’à sa recherche
systématique (par exemple devant un tableau d’embolie
pulmonaire).
Inversement, une embolie pulmonaire
asymptomatique est présente à la scintigraphie systématique
chez 30 à 50 % des patients ayant une thrombose
proximale, témoignant bien que thrombose veineuse
profonde et embolie pulmonaire sont les 2 pôles d’une
et même maladie : la maladie thrombo-embolique veineuse.
Le contexte clinique dans lequel surviennent les
symptômes sont également importants à prendre en
considération.
Dans tous les cas, un examen clinique général et complet
(incluant les touchers pelviens) doit être effectué.
Il s’attachera
à rechercher un cancer occulte ou un lymphome.
• Signes cliniques classiques (phlegmatia alba dolens) :
– la douleur du mollet, spontanée ou provoquée par la
palpation peut siéger à la cuisse, voire à la fesse dans les
thromboses veineuses profondes proximales.
Le signe
de Homans, comme la douleur provoquée ne sont pas
spécifiques de thrombose veineuse profonde ;
– l’oedème unilatéral du pied, de la jambe ou de l’ensemble
du membre inférieur est un meilleur signe bien qu’il ne
soit pas non plus spécifique.
Un oedème bilatéral peut se
voir en cas de thrombose de la veine cave inférieure ;
– l’inflammation du membre inférieur peut mimer un
érysipèle, une lymphangite voire une cellulite de jambe.
– la dilatation veineuse témoigne du développement
d’une circulation collatérale superficielle (circulation
vicariante) qui court-circuite l’obstacle ;
– la cyanose : compte tenu de la fréquence de l’embolie
pulmonaire chez les patients présentant une thrombose
veineuse profonde, l’examen clinique doit rechercher
des signes patents d’embolie pulmonaire. Douleur thoracique,
dyspnée, tachycardie, cyanose, insuffisance
cardiaque droite, épanchement pleural.
• Phlébite bleue (phlegmatia caerulea dolens) : il s’agit
d’une thrombose veineuse profonde proximale du
membre inférieur, s’associant à une cyanose secondaire
à une ischémie du membre inférieur, provoquée par un
spasme ou une compression artérielle.
Ce tableau très
rare doit être connu car il s’agit d’une urgence vasculaire
en raison du risque d’évolution vers la gangrène et l’amputation.
Un cancer responsable de la thrombose veineuse
profonde est très fréquemment présent dans ce
cadre et doit être recherché systématiquement.
• Phlébite bilatérale et thrombose cave : elle peut être
due à une thrombose veineuse profonde bilatérale ou à
une thrombose atteignant la veine cave inférieure et
s’étendant de façon rétrograde aux membres inférieurs.
Une thrombose bilatérale incite à rechercher soigneusement
un cancer sous-jacent, car en l’absence de facteur
favorisant un cancer est retrouvé dans un tiers des cas.
Chez le sujet jeune, une thrombose cave doit faire
rechercher une maladie de Behçet.
B - Diagnostic paraclinique :
Si le traitement anticoagulant efficace (par héparine
standard ou héparine de bas poids moléculaire) doit être
institué d’emblée devant une suspicion de thrombose
veineuse profonde, c’est en revanche une erreur d’avoir
recours à un « traitement d’épreuve » ou de s’appuyer
sur la seule certitude clinique (mise en défaut 1 fois sur
2) pour affirmer le diagnostic.
Suspecter une thrombose
veineuse profonde nécessite, dans tous les cas, d’objectiver
le diagnostic par un examen complémentaire.
Au cours des dernières années, l’examen complémentaire
de première intention qui s’est imposé est l’échographie
veineuse couplée au doppler pulsé (écho-doppler).
Les D-dimères tendent également à s’imposer en première
ligne dans la démarche diagnostique.
La phlébographie reste l’examen de référence, mais elle
ne doit plus être effectuée systématiquement.
• L’échographie doppler : l’examen est pratiqué de la
veine cave inférieure, jusqu’aux veines surales, de façon
bilatérale et comparative.
La sensibilité et la spécificité
de cet examen par rapport à la phlébographie sont excellentes
(95 %), chez le patient symptomatique.
Une veine
normale est vide d’écho et est facilement dépressible
sous la sonde.
Deux signes échographiques sont recherchés
: l’image de matériel endoluminal et l’incompressibilité
de la veine, qui est dilatée en cas de thrombose
récente.
L’examen s’attachera à définir l’étendue de la
thrombose veineuse profonde et notamment à délimiter
le pôle supérieur du thrombus.
Le caractère flottant du
thrombus témoigne du caractère récent de ce dernier et
n’est pas en lui-même péjoratif.
• Les D-dimères : produits lors de la dégradation de la
fibrine par la fibrinolyse physiologique, leur présence
au-delà d’un seuil de 500 μg/L est positive.
Les Ddimères
(mesurés selon une technique ELISA) ont une
excellente valeur prédictive négative (absents, la probabilité
d’une thrombose veineuse profonde ou d’une
embolie pulmonaire évolutive est faible) mais une très
mauvaise valeur prédictive positive (ils sont augmentés
en cas d’inflammation, de traumatisme, de cancer, en
postopératoire…).
Ainsi, en cas de suspicion clinique de
thrombose veineuse profonde, on peut éliminer ce diagnostic
s’ils sont négatifs, mais il faut impérativement
poursuivre la démarche diagnostique par une échographie
doppler s’ils sont positifs.
• La phlébographie : il s’agit d’un examen invasif et
douloureux nécessitant la perfusion d’un produit de
contraste iodé au niveau des veines du pied.
La thrombose
veineuse se révèle à la phlébographie par 2 signes
spécifiques, la lacune cernée par le produit de contraste
ou l’arrêt en cupule.
L’absence de visualisation d’un
tronc veineux profond et le développement de la collatéralité
sont moins spécifiques.
La phlébographie est
contre-indiquée en cas d’allergie à l’iode et pendant la
grossesse. Elle est maintenant rarement effectuée pour
le diagnostic positif de thrombose veineuse profonde.
• Autres examens :
– la pléthysmographie étudie et quantifie les variations
du volume sanguin contenu dans le membre après relâchement
d’un garrot veineux gonflé à la cuisse.
En cas
d’obstacle au retour veineux, le remplissage et la vidange
veineuse sont ralentis.
Cet examen est exceptionnellement
utilisé en France ;
– le test au fibrinogène marqué à l’iode 125 permet
grâce à un comptage externe de la radioactivité de dépister
une thrombose récente.
Longtemps utilisé après la
chirurgie et pour évaluer les traitements prophylactiques,
il ne l’est plus aujourd’hui ;
– la scintigraphie pulmonaire et le scanner spiralé : en
cas de signe patent d’embolie pulmonaire une scintigraphie
pulmonaire peut être demandée pour évaluer son
importance et avoir une scintigraphie de référence afin
de pouvoir objectiver une éventuelle récidive embolique
sous traitement anticoagulant.
Le scanner spiralé tend
maintenant à remplacer la scintigraphie pour le diagnostic
non invasif de l’embolie pulmonaire ; il n’a de valeur
que positif et son intérêt pour le diagnostic de récidive
d’embolie pulmonaire sous traitement n’a pas été formellement
validé.
Évolution - Pronostic
:
Spontanément l’évolution de la thrombose veineuse
profonde peut être défavorable avec extension de la
thrombose, survenue d’une embolie pulmonaire et décès
du patient.
Le traitement anticoagulant a complètement
modifié le pronostic de la maladie thrombo-embolique
veineuse, mais la contrepartie de leur efficacité est leur
risque hémorragique.
Sous traitement anticoagulant, l’évolution d’une thrombose
veineuse profonde est le plus souvent rapidement
favorable, avec disparition de la douleur, diminution de
l’inflammation et de l’oedème.
L’évolution à distance
peut se compliquer d’une maladie post-thrombotique
responsable d’oedèmes des membres inférieurs, d’une
dermite ocre avec fragilisation cutanée et survenue d’ulcères
veineux.
Le pronostic dépend essentiellement de la cause responsable
de la thrombose veineuse profonde ; ainsi la découverte
d’un cancer dans les suites d’une thrombose veineuse
profonde l’assombrit de façon considérable.
Cinq
à 10 % des patients ayant une thrombose idiopathique
ont un cancer qui apparaît dans l’année suivant la thrombose
veineuse profonde.
Enfin, quelle que soit la cause
de la maladie thrombo-embolique, cette dernière est souvent
récidivante à l’arrêt du traitement anticoagulant,
avec une fréquence des récidives évaluée à 5 % par an.
Traitement
:
Le traitement d’une thrombose veineuse profonde est
une urgence médicale.
Après un bilan biologique (groupe,
recherche des anticorps irréguliers anti-érythrocytaires,
numération formule sanguine-plaquettes, ionogramme,
créatinémie, taux de prothrombine, temps de céphaline
activée), le traitement anticoagulant par héparine non
fractionnée ou héparine de bas poids moléculaire doit
être débuté, avec un relais précoce par anticoagulant
oral.
Le traitement anticoagulant a démontré son efficacité
dans la prévention des embolies pulmonaires et
dans la prévention des récidives thrombo-emboliques.
Classiquement, le patient doit être alité 24 heures, jusqu’à
l’obtention d’une anticoagulation efficace.
La
démonstration de l’efficacité du traitement ambulatoire
de la thrombose veineuse profonde rend cet alitement
facultatif en cas de thrombose restant sous l’arcade crurale.
En l’absence d’embolie pulmonaire, la mise en
place d’une perfusion (pour avoir une voie d’abord)
n’est pas indispensable.
A - Traitement initial : l’héparine
1- Héparine standard ou non fractionnée :
C’est le traitement classique de la thrombose veineuse
profonde, qui reposait sur l’administration d’héparine
non fractionnée, administrée en continu à la seringue
électrique.
Après un bolus initial de 70 UI/kg (5 000 UI en intraveineux
pour un patient de 70 kg), l’héparine est ensuite
administrée initialement à une posologie de 20 UI/kg/h
à la seringue électrique.
L’efficacité biologique doit être
contrôlée systématiquement à la 4e heure afin d’obtenir
un temps de céphaline activée entre 1,5 et 2,5 fois la
valeur du témoin ou une héparinémie (activité anti-Xa)
comprise entre 0,2 et 0,6 U/mL.
Les adaptations posologiques
devront être effectuées en modulant la dose selon le temps de céphaline activée (ou l’héparinémie), de
façon à obtenir l’hypocoagulabilité désirée.
L’héparine
non fractionnée impose d’effectuer un contrôle journalier
du temps de céphaline activée, en raison de la variabilité
d’anticoagulation d’un jour à l’autre.
L’héparine non fractionnée injectée par voie sous-cutanée
en 2 ou 3 injections est aussi sûre et aussi efficace
que la voie intraveineuse.
Dans ces cas, la surveillance
du taux de céphaline activée s’effectue à mi-distance
entre 2 injections selon les mêmes critères que la voie
intraveineuse.
2- Héparines de bas poids moléculaires
:
Leurs propriétés pharmacocinétiques (demi-vie longue,
biodisponibilité de 90 % par voie sous-cutanée, élimination
rénale) rendent leur prescription et leur surveillance
beaucoup plus simples que celles de l’héparine non fractionnée.
Elles tendent à devenir le traitement de première
intention de la thrombose veineuse profonde.
La posologie curative des héparines de bas poids moléculaire
est indiquée dans l’encadré 2 ; elles sont prescrites
en 2 injections par jour, sauf pour 2 d’entre elles
qui peuvent être prescrites en une seule injection journalière.
Avec leur posologie adaptée au poids, il n’est pas
nécessaire d’effectuer de surveillance de l’activité anti-Xa.
Les contrôles biologiques, effectués 4 heures après une
injection, sont réservés aux patients âgés, insuffisants
rénaux (chez lesquels il existe un risque d’accumulation)
ou en cas de complications du traitement telle que
récidive embolique ou hémorragie.
L’activité anti-Xa
souhaitée avec les héparines de bas poids moléculaire est
entre 0,5 et 1 U/mL (pour 2 injections par jour).
B - Traitement anticoagulant oral
:
Le traitement par antivitamines K prend la suite de l’héparinothérapie,
car la durée du traitement d’une thrombose
veineuse profonde doit être de 3 à 6 mois.
La latence
d’efficacité des anticoagulants oraux (4 à 6 jours)
explique la nécessité de réaliser un relais durant lequel
l’anticoagulation immédiate est assurée par l’héparinothérapie
qui est maintenue jusqu’à l’obtention d’un
INR (international normalized ratio) supérieur à 2
Les anticoagulants peuvent être débutés très précocement,
dès le premier jour.
On privilégie habituellement
l’utilisation des anticoagulants de demi-vie
longue, tels que la fluindione ou la warfarine.
La posologie de départ d’un anticoagulant oral est de un
comprimé par jour (20 mg de fluindione ou 10 mg de
warfarine), et la posologie doit ensuite être adaptée à
l’INR effectué toutes les 48 heures en début de traitement
(la posologie d’antivitamines à l’équilibre n’est
pas prévisible en début de traitement).
Il faut se souvenir
que toute modification de posologie des anticoagulants
oraux retentit au moins 6 jours sur l’INR, et qu’un
contrôle à la 48e heure est nécessaire, mais inutile plus
précocement.
Par ailleurs, un INR supérieur à 2,48
heures après le début du traitement, témoigne d’un surdosage
nécessitant de réduire la posologie. Dans la
thrombose veineuse profonde, la fourchette thérapeutique
recherchée est comprise entre 2 et 3.
Dès qu’elle
est atteinte, l’héparine doit être arrêtée. Le contrôle de
l’INR est hebdomadaire pendant un mois, puis mensuel
si la stabilité du traitement est bonne.
C - Surveillance du traitement :
Toute prescription d’héparine (non fractionnée ou de
bas poids moléculaire) nécessite une surveillance bihebdomadaire
des plaquettes, afin de dépister une
thrombopénie à l’héparine (d’origine immuno-allergique)
qui peut être redoutable par ses complications
thrombotiques.
L’INR sera contrôlé toutes les 48 heures en début de
traitement, et le temps de céphaline activée tous les
jours en cas d’utilisation d’héparine non fractionnée, de
façon à adapter les posologies d’anticoagulants.
Le pourcentage d’hémorragies majeures sous traitement
anticoagulant est de l’ordre de 5 % par an.
D - Lever précoce et contention élastique :
Le lever précoce et la contention élastique font partie
intégrante du bilan et ne doivent pas être négligés.
La
contention élastique qui lutte contre la stase doit être
mise en place dès le premier lever et poursuivie au minimum
3 à 6 mois.
C’est le seul traitement qui ait prouvé
son efficacité sur le syndrome post-thrombotique.
E - Autres traitements :
• Traitement thrombolytique et chirurgie : ces deux
traitements ont le même but : reperméabiliser le plus
précocement possible la veine afin de diminuer, théoriquement,
les séquelles de thrombose.
L’efficacité de la thrombolyse ou de la chirurgie n’a pas été démontrée
dans cette indication, et ne doit donc pas être recommandée.
La fibrinolyse multiplie le risque d’hémorragie
par 3 par rapport au traitement anticoagulant.
• Interruption de la veine cave inférieure : les filtres
définitifs posés par voie percutanée sont les dispositifs
les plus souvent utilisés, le clip cave n’ayant que de
rares indications et nécessitant une laparotomie.
Les indications indiscutables de barrage cave définitif
sont :
– une thrombose veineuse profonde proximale (suspoplitée)
et une contre-indication aux anticoagulants
(contre-indication initiale ou hémorragie sous anticoagulants)
;
– l’inefficacité du traitement anticoagulant.
Il s’agit
d’une extension de la thrombose ou de la survenue
d’une embolie pulmonaire sous traitement bien conduit
(anticoagulation efficace).
Dans ces cas, l’événement
doit être parfaitement documenté.
F - Traitement préventif
:
Certaines situations cliniques, énumérées dans l’étiologie,
sont à haut risque de complications thromboemboliques.
Dans ces cas, une prévention systématique
de la maladie thrombo-embolique doit être prescrite.
Le plus souvent, la prévention est assurée par une injection
par jour d’héparine de bas poids moléculaire. En
cas d’immobilisation prolongée (plâtre, paraplégie…), il
est préférable de proposer une prévention par anticoagulants
oraux.
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