Introduction :
La transplantation hépatique (TH) est
devenue une thérapeutique courante depuis 1980.
L’amélioration de la
survie a alors été spectaculaire, passant à 80 % à 1 an et 60-70 % à
5 ans (European Liver Transplant Registry, 2000).
Les progrès
considérables effectués depuis une dizaine d’années en
transplantation d’organe sont en partie liés à l’amélioration des
traitements immunosuppresseurs.
Ceux-ci ont néanmoins
encore d’importantes limitations : l’incidence du rejet aigu reste
élevée (30 à 50 %) ; on est encore loin d’atteindre un état de
tolérance spécifique, comme en témoigne le risque de survenue de
rejet après interruption ou simplement réduction, même tardive, de
l’immunosuppression ; la prévalence du rejet chronique reste notable
(de l’ordre de 5 % en TH) ; les immunosuppresseurs actuels
comportent des effets secondaires réduisant la qualité de vie et la
survie à long terme des patients.
De nouveaux immunosuppresseurs
sont apparus : ciclosporine micronisée (Néoralt), tacrolimus,
mycophénolate mofétil, sirolimus et rad, anticorps antirécepteur de
l’IL2 (basiliximab et daclizumab).
De nouveaux médicaments sont dans
les pipe-lines des grandes firmes (FTY 720, anticorps monoclonaux
contre des molécules d’adhésion).
La philosophie de l’immunosuppression
change : la réduction du rejet aigu à court terme n’est plus le seul
enjeu.
La réduction des effets secondaires à moyen et long terme (en
particulier effets secondaires des corticoïdes, néphrotoxicité des
anticalcineurines, risque de néoplasie) est devenue une
préoccupation essentielle.
En France, le nombre de TH réalisées est
actuellement de l’ordre de 700 à 800 par an.
Depuis 1990, l’offre
des greffons est devenue insuffisante du fait de l’élargissement des
indications et de l’augmentation du nombre des refus de prélèvements
(actuellement de l’ordre de 50 %).
Améliorer le nombre des
prélèvements, multiplier les « greffons partagés », favoriser le don
de donneurs vivants, recourir à des greffons « marginaux » est
actuellement un souci majeur des transplanteurs.
Les indications ont
beaucoup changé depuis 10 ans (European Liver Transplant Registry,
2000) : la cirrhose alcoolique a progressé du fait de ses résultats
satisfaisants et de la chute de barrières psychologiques ; en
revanche, la cirrhose posthépatitique B et les tumeurs sont des
indications qui ont reculé du fait de leurs résultats plus
médiocres, liés au risque de récidive.
La cirrhose posthépatitique C
est devenue également une indication majeure.
Seules sont abordées
ici les suites précoces, des 3 premiers mois, après TH.
Le rejet
chronique, la majorité des récidives de la maladie initiale, les
complications métaboliques et les autres complications à long terme
des traitements, la qualité de vie après TH ne sont pas abordés.
Complications précoces après transplantation hépatique : facteurs
prédictifs
Les complications précoces, survenant au cours des 3
premiers mois, mais surtout pendant l’hospitalisation
postopératoire, sont responsables des deux tiers des décès, environ.
La mortalité immédiate, de l’ordre de 5 à 10%, est dominée par
l’hémorragie périopératoire, la non-fonction primaire (NFP) du
greffon, les défaillances multiviscérales et l’infection.
En ce qui
concerne le receveur, l’âge, la gravité de la maladie initiale,
jugée sur la biologie hépatique et la présence d’une
encéphalopathie, la fonction rénale, la présence d’une infection
évolutive, l’hospitalisation en unité de soins intensifs ou la
nécessité d’une assistance rénale ou ventilatoire représentent les
facteurs prédictifs essentiels de la mortalité après TH.
En
particulier, une bilirubinémie supérieure à 100 μmol/L, un taux de
prothrombine (TP) inférieur à 30 %, une créatininémie supérieure à
100 μmol/L et une infection systémique récente augmentent
significativement la mortalité postopératoire.
L’urgence de la TH et
la retransplantation s’accompagnent également d’un risque de
mortalité accru.
Si l’âge du receveur reste un facteur pronostique,
les résultats sans cesse meilleurs de la TH ont fait progressivement
reculer l’âge des receveurs.
Près de 20 % des receveurs américains
avaient plus de 60 ans en 1998.
L’excès de mortalité liée à l’âge du
receveur est lié à des causes infectieuses, cardiaques (insuffisance
cardiaque et infarctus) et neurologiques (accidents ischémiques ou
hémorragiques).
Cette surmortalité, liée à des complications extrahépatiques, impose une recherche plus systématique de
contreindications à la TH lors du bilan prégreffe chez les sujets
âgés.
La dénutrition est pratiquement constante chez les patients en
attente de TH (réduction des apports alimentaires liée à la perte
d’appétit et à l’ascite, malabsorption, augmentation des besoins
énergétiques).
La dénutrition est un facteur de surmortalité
postopératoire, augmente la durée d’hospitalisation, ainsi que les
complications chirurgicales et les complications infectieuses et
respiratoires.
La supplémentation protéique induit une augmentation
significative des paramètres nutritionnels et peut réduire la
mortalité.
La durée de l’attente est diversement appréciée.
Pour
certains, 50 jours supplémentaires réduisent les chances de survie
de 1 à 2 %.
Parmi les paramètres peropératoires, l’introduction de
l’aprotinine en 1990, même si elle a permis de réduire
significativement le volume transfusionnel, n’a pas modifié la
valeur pronostique du volume de sang transfusé au cours de la TH qui
reste le facteur de risque peropératoire essentiel de mortalité.
Les
principaux facteurs pronostiques postopératoires sont la fonction
initiale du greffon, la créatininémie postopératoire et l’apparition
de complications neurologiques d’une pneumopathie bactérienne ou
d’une infection fungique systémique.
Une surveillance étroite a lieu
pendant cette période, afin de détecter précocement la survenue de
complications.
Complications liées au greffon
:
La pénurie relative en
greffon hépatique a conduit les transplanteurs à utiliser plus
volontiers des greffons « marginaux » : greffons issus de donneurs
plus âgés, en instabilité hémodynamique ou présentant des sérologies
positives pour les hépatites (sérologies de l’hépatite C, présence
d’anticorps anti-HBc), porteurs de maladies malignes du système
nerveux central ou ayant des antécédents ou un comportement sexuel
ou social à risque.
A - PROBLÈMES LIÉS À LA CONSERVATION DU GREFFON
HÉPATIQUE :
Malgré les progrès apportés par le liquide de l’Université
du Wisconsin, la durée de conservation du foie reste inférieure à
celle du rein (moins de 20 h).
En outre, les premiers jours
postopératoires sont constamment caractérisés par une cytolyse et
une insuffisance hépatocellulaire, conséquences de la conservation
et de la reperfusion.
Au maximum est réalisé le tableau de NFP du
greffon qui nécessite la retransplantation.
1- Dysfonction, non-fonction du greffon
:
Une classification des dysfonctions du
greffon (DFG) en plusieurs grades a été proposée : ces
classifications tiennent notamment compte du pic de transaminases alanineaminotransférases (ALAT) ou aspartate-aminotransférases (ASAT),
du débit biliaire, du TP spontané au cours des 3 premiers jours (ou
des besoins de plasma frais congelé) et éventuellement de la
bilirubinémie au cours des premiers jours.
La DFG ainsi définie
s’accompagne d’un séjour plus long en unité de soins intensifs et
d’un séjour à l’hôpital également plus long.
La survie du patient et
du greffon est réduite en cas de DFG.
Ces classifications restent
cependant discutables, car aucun paramètre ne permet actuellement de
prévoir l’évolution vers la NFP, c’est-à-dire le moment où la
retransplantation s’impose.
L’utilisation de prostacycline (PGE1) a
été proposée en cas de DFG.
Elle pourrait améliorer la fonction
rénale.
La NFP est une reprise insuffisante de fonction du greffon,
incompatible avec la survie du receveur.
Sa fréquence, diversement
appréciée selon les critères utilisés et les centres, atteint 10 %
des greffons hépatiques en Amérique du Nord.
Son incidence est plus
proche de 5 % en Europe. Le diagnostic repose sur des signes
d’insuffisance hépatocellulaire, un débit biliaire faible ou nul, et
par une forte élévation des transaminases, une hypoglycémie, des
anomalies de l’hémostase, puis une hyperkaliémie, une acidose
métabolique et une insuffisance rénale.
Il est important de faire un
diagnostic précoce de NFP, afin de proposer rapidement la
retransplantation.
À ce jour, les paramètres expliquant la qualité
du greffon sont encore mal connus.
Ce sont notamment : un TP allongé
chez le receveur, l’attente en unité de soins intensifs, une
bilirubinémie du receveur élevée, l’âge du donneur supérieur à 60
ans, une hospitalisation d’au moins 3 jours du donneur, l’acidose du
donneur, une durée d’ischémie froide supérieure à 15 heures, la
stéatose du greffon.
Un aspect médiocre du greffon,
l’incompatibilité ABO seraient également des éléments prédictifs de DFG.
En ce qui concerne l’âge, un âge du donneur supérieur à 60 ans
serait associé à un risque plus élevé de DFG et à une survie réduite
du greffon et du patient.
Les greffons âgés pourraient être plus
sensibles aux différentes agressions, peut-être du fait de
mécanismes de cytoprotection réduits dans les greffons âgés.
Environ
25 % des greffons présentent un degré quelconque de stéatose.
Cependant, seules les stéatoses majeures (> 60 % des hépatocytes)
comportent un risque majeur de NFP ; au-dessous de 30 %, il n’existe
probablement pas d’augmentation du risque ; entre 30 et 60 %, on
doit considérer qu’il existe un risque potentiel, additionnel avec
les autres facteurs de risque de DFG.
Il est raisonnable de penser
que l’association de handicaps, soit chez le donneur, soit chez le
receveur, augmente significativement le risque de DFG.
En
conséquence, il paraît sage de déconseiller l’utilisation d’un
greffon marginal chez un receveur à risque, et de cumuler les
facteurs de gravité : stéatose de plus de 60 %, âge du donneur
supérieur à 60 ans, aspect médiocre du greffon, durée d’ischémie
froide supérieure à 16 heures, incompatibilité ABO.
2- Défaillance multiviscérale
:
La défaillance multiviscérale est fréquemment la
cause directe du décès postopératoire précoce.
Elle associe de façon
diverse DFG, insuffisance rénale, syndrome de détresse respiratoire,
infection, troubles neuropsychiques, insuffisance circulatoire.
La
cause initiale en est souvent la DFG, qui favorise les autres
défaillances viscérales.
Elle est favorisée par les facteurs
précédemment définis (mauvais état du receveur, dénutrition,
insuffisance rénale préopératoire, âge élevé, en particulier).
3- Lésions tardives d’ischémie-reperfusion
:
Les lésions d’ischémie-reperfusion
peuvent se traduire de façon retardée (en moyenne 7 jours) par une
cholestase biologique, et histologiquement par des signes de
souffrance hépatocytaire prédominant dans la région centrolobulaire,
une cholestase, une infiltration polymorphe comportant des
polynucléaires neutrophiles.
Ces signes disparaissent spontanément.
Les conséquences à long terme de ces lésions sur le greffon ne sont
pas connues.
B - TRANSPLANTATION HÉPATIQUE EFFECTUÉE À PARTIR D’UN
DONNEUR VIVANT :
La TH à partir d’un donneur vivant apparenté est
couramment pratiquée chez l’enfant.
Plus récemment, la TH à partir
d’un donneur vivant apparenté a été proposée chez l’adulte.
Elle est
légalement possible, en France, à partir d’un donneur apparenté de
premier degré (parents, enfants, fratrie) ou du conjoint en cas
d’urgence.
La TH à partir d’un donneur vivant s’est longtemps
heurtée chez l’adulte au problème des greffons trop petits, surtout
lorsque ces greffons provenaient du foie gauche.
Pour pallier cette
difficulté, de nombreux auteurs proposent actuellement la
transplantation à partir d’un lobe droit.
L’étude du volume du
greffon potentiel reste néanmoins essentielle, car les greffons trop
petits (< 40 % du volume idéal) s’accompagnent d’un risque de DFG.
Les receveurs d’un geffon partagé ou d’un greffon issu de donneur
vivant ont les mêmes chances que ceux d’un greffon conventionnel.
C - GREFFONS « DOMINO »
:
La neuropathie amyloïde familiale est une
maladie métabolique d’origine hépatique, caractérisée par la
production et l’accumulation d’une préalbumine (transthyrétine)
mutée, et par l’absence de maladie hépatique associée.
L’accumulation de transthyrétine mutée est responsable d’une
polyneuropathie à prédominance neurovégétative susceptible d’engager
le pronostic vital vers 30 ans.
La maladie neurologique peut être
stabilisée par la TH.
Le foie explanté de ces malades est sain à
l’exception de la mutation génétique.
La carence en greffons
cadavériques a conduit certaines équipes à proposer la réutilisation
de ces foies explantés pour les transplanter à des malades dont le
pronostic était menacé à court terme, et incompatible avec le délai
d’attente d’un greffon cadavérique conventionnel.
D - GREFFON PROVENANT
D’UN DONNEUR AcHBc + :
Le risque d’infection du receveur par le virus
de l’hépatite B (VHB) dépasse 50 % lorsque le greffon provient d’un
donneur porteur de l’anticorps anti-HBc (AcHBc +).
Cet anticorps
doit donc être systématiquement recherché chez les donneurs d’organe
potentiels.
Le statut de l’AcHBs chez le donneur ne modifie pas le
risque de transmission virale B.
Le risque de lésions hépatiques
importantes dans 90 % des cas est un argument important pour rejeter
les greffons hépatiques provenant de patients AcHBc + .
Une
exception est peut-être possible lorsque le receveur est lui-même AcHBs +, ce qui le protège probablement de la récidive virale
(donnée à confirmer).
La vaccination des futurs receveurs contre
l’hépatite B est utile, mais pas toujours possible compte tenu du
statut immunitaire déficient de ces patients.
Une autre possibilité
est d’utiliser systématiquement lamivudine + immunoglobulines (Ig)HBs,
comme chez les receveurs transplantés pour une maladie virale B, au
décours de la TH.
L’avenir à long terme de ces patients reste
cependant incertain : il est possible que le virus B continue à se
répliquer à bas bruit dans le greffon, qu’il apparaisse une mutation
à la lamivudine, et que quelques patients deviennent porteurs de l’AgHBs
(mutant YMDD) à long terme.
Rejet aigu et immunosuppression
:
A - REJET
AIGU :
L’incidence du rejet aigu est de l’ordre de 30 à 50 %. Le
premier épisode de rejet survient habituellement entre le septième
et le 28e jour.
Les signes biochimiques (élévation de la
bilirubinémie et des activités sériques des phosphatases alcalines, gamma-GT et transaminases) sont essentiels au diagnostic, qui doit
être confirmé par l’histologie.
Les lésions histologiques
essentielles sont l’infiltrat portal de cellules mononucléées, les
lésions biliaires et l’endothélite.
Les lésions sont hétérogènes, et
un nombre minimal d’espaces portes (> 5) doit être exigé pour porter
le diagnostic de rejet. Le rejet aigu est habituellement quantifié
en trois grades (minime, modéré, sévère), selon les propositions d’Hubscher
ou la classification de Banff de 1995.
La plupart des équipes
traitent le rejet, dans un premier temps, par un à trois bolus
successifs de 500 mg ou 1 g de méthylprednisolone.
En cas de corticorésistance, c’est-à-dire lorsque la biologie et/ou
l’histologie restent perturbées malgré la corticothérapie à forte
dose, le traitement fait appel à des anticorps antilymphocytaires,
mono- (Orthoclone OKT3t) ou polyclonaux.
Ce type de traitement
s’accompagne d’effets indésirables importants (syndrome de relargage
de cytokines).
Il est également possible de convertir les patients
au tacrolimus (chez les patients initialement traités par la
ciclosporine) ou par une augmentation des doses de tacrolimus (chez
les patients déjà traités par ce médicament).
Le rejet aigu corticorésistant et les rejets aigus récidivants sont des facteurs
de risque d’évolution vers le rejet chronique.
L’incidence du rejet
chronique, élevée dans les publications initiales, est réduite à
moins de 5 %, actuellement, avec l’amélioration de l’immunosuppression
prophylactique.
L’appariement human leukocyte antigen (HLA) exerce
un effet différent sur la survie du greffon selon que l’étiologie
est autoimmune (hépatite auto-immune ou cirrhose biliaire
primitive), ou non auto-immune.
Dans le deuxième cas, la présence de
deux incompatibilités HLA-B réduit significativement la survie.
Dans
le groupe des patients avec une maladie auto-immune, la présence de
nombreuses incompatibilités améliore au contraire la survie du
greffon.
L’appariement HLA joue également un rôle sur la survenue du
rejet aigu : que les patients soient atteints d’une maladie
auto-immune ou non, la présence de misappariements HLA-A ou DR
augmente le risque de rejet.
La transplantation en ABO compatible
mais non identique ne s’accompagne ni d’un risque accru de rejet
aigu ni d’une augmentation de la mortalité des patients.
En
revanche, elle s’accompagne d’un risque accru de rejet chronique.
Le cross-match s’avère positif dans environ 5 % des cas. La réalisation
du cross-match par cytométrie en flux augmente la sensibilité de la
prédiction.
La présence d’un cross-match positif peut réduire la
survie du greffon, un effet inconstamment retrouvé.
B - TRAITEMENTS
IMMUNOSUPPRESSEURS ET SUIVI :
1- Ciclosporine
:
L’absorption intestinale
de la ciclosporine, liposoluble, nécessite la présence d’acides
biliaires.
La biodisponibilité, qui est normalement de l’ordre de 30
%, peut diminuer à 10 % ou moins en cas de drainage biliaire
externe, de retard à la vidange gastrique, de diarrhée, ou de
maladie intestinale associée (mucoviscidose).
La ciclosporine est
métabolisée par le foie, et les métabolites éliminés par voie
biliaire.
Ce métabolisme repose sur des systèmes enzymatiques
dépendant du cytochrome P-450 3A.
La dexaméthasone, la rifampicine,
la phénytoïne et le phénobarbital induisent ces systèmes et
diminuent la ciclosporinémie par augmentation du métabolisme
hépatique ; en revanche, le kétoconazole et l’érythromycine
augmentent la ciclosporinémie en inhibant ce métabolisme.
Les
aminosides, l’amphotéricine B, l’aciclovir et le cotrimoxazole ont
des effets toxiques additifs ou synergiques avec la ciclosporine,
sans modifier le métabolisme de cette dernière.
La ciclosporine-microémulsion (Néoralt) peut être administrée d’emblée
par voie digestive après TH, même avec drain de Kehr ouvert.
La dose
initiale nécessaire est de l’ordre de 10 mg/kg/j pour les patients
sans drainage biliaire, et de l’ordre de 15 mg/kg/j pour ceux avec
un drain de Kehr ouvert.
La dose nécessaire pour maintenir une ciclosporinémie efficace diminue rapidement, pour atteindre 5
mg/kg/j après 1 à 3 semaines.
La DFG ne modifie pas les doses
requises de Néoralt.
La concentration sanguine résiduelle souhaitée
de ciclosporine est généralement de l’ordre de 200 à 300 μg/L
au cours des premiers mois, puis de 100 à 200 ensuite.
Ces chiffres
peuvent cependant varier en fonction des habitudes, de la survenue
ou non d’épisodes de rejet, de l’administration concomitante
d’autres immunosuppresseurs.
2- Tacrolimus (Prograft)
:
Il possède des
propriétés proches de la ciclosporine.
La forme orale du tacrolimus
est associée à l’hydroxy-propyl-méthylcellulose, qui favorise
l’absorption du médicament, et la rend indépendante de la bile.
La
présence d’aliments ralentit cependant l’absorption du médicament,
qui doit donc être absorbé à jeun ou à distance d’un repas (au moins
1 h 30).
Le dosage du tacrolimus repose sur une méthode
immunoenzymatique, qui dose à la fois le tacrolimus et ses
métabolites. L’élimination du médicament se fait au niveau du foie
par le cytochrome P450 3A, comme la ciclosporine, et les mêmes
interactions sont à prévoir.
Les doses utilisées sont actuellement
de l’ordre de 0,05 à 0,1 mg/kg/j, et le tacrolimus d’emblée utilisé
par voie orale, sans passage par la voie intraveineuse.
La
concentration sanguine résiduelle souhaitée est généralement de
l’ordre de 10 à 20 μg/L au cours des premiers mois, puis de 5 à 15
ensuite.
Les effets secondaires du tacrolimus sont proches de ceux
de la ciclosporine (néphrotoxicité, hypertension artérielle [HTA],
neurotoxicité, risques infectieux et tumoral), mais sans hirsutisme
ni hypertrophie gingivale.
Hyperlipidémie et HTA sont plus
importantes sous ciclosporine, alors que le diabète et certaines
formes de neurotoxicité sont plus fréquents sous tacrolimus.
Par
rapport au Sandimmunt, le Prograft réduit l’incidence du rejet aigu,
du rejet aigu corticorésistant ou réfractaire et du rejet chronique,
et augmente la survie des patients et des greffons à 3 ans après TH.
Les apports respectifs du Prograft et du
Néoralt sont actuellement
en cours d’évaluation dans plusieurs études contrôlées.
Plusieurs
travaux non contrôlés suggèrent que le tacrolimus est également
capable d’améliorer une proportion élevée (de l’ordre de 75 % des
cas) des rejets « réfractaires » et des rejets chroniques débutants
(ductopénie inférieure à 50 %).
3- Mycophénolate mofétil (Cellceptt)
:
Il n’inhibe que la voie de novo de synthèse des purines, active au
niveau des lymphocytes, mais épargne la voie de secours qui existe
au niveau de la plupart des cellules mais pas des lymphocytes.
De ce
fait, sa spécificité d’action sur les lymphocytes est augmentée.
Les
études disponibles comparant mycophénolate et azathioprine en
transplantation rénale indiquent que le mycophénolate réduit
l’incidence du rejet aigu, et probablement du rejet chronique.
De
plus, thrombopénie et leucopénie étaient moins importantes sous mycophénolate. Son effet immunosuppresseur est synergique avec celui
de la ciclosporine ou du tacrolimus.
Les effets secondaires du mycophénolate sont essentiellement la diarrhée, qui est
dosedépendante, les nausées, la leucopénie, qui est rarement
prédominante. Le risque infectieux est semblable à celui de l’azathioprine.
Le risque de complication tumorale est encore mal apprécié. Associé
à la ciclosporine-microémulsion ou au tacrolimus, le mycophénolate
réduit le taux de rejet (20 %).
Si le mycophénolate s’avère un
excellent médicament adjuvant aux anticalcineurines, il s’avère
insuffisant comme immunosuppresseur principal, associé par exemple
aux corticoïdes et aux anticorps anti-CD25.
Après TH, le
remplacement de l’azathioprine par le mycophénolate, chez des sujets
antérieurement traités par l’azathioprine, permet de rendre
traitable un rejet réfractaire au traitement, au prix de troubles
digestifs fréquents.
Associé au Néoralt ou au tacrolimus, le
mycophénolate permet de s’affranchir des corticoïdes dans la
majorité des cas.
4- Rapamycine (sirolimus)
:
Il appartient à une
nouvelle classe d’immunosuppresseurs, qui inhibe la réponse
immunitaire en aval des corticoïdes et des inhibiteurs de l’IL2, au
niveau de la phase tardive G1 de la cellule. De ce fait, elle est
synergique avec les corticoïdes et la ciclosporine.
La cible
intracellulaire de la rapamycine est une kinase du cycle cellulaire
qui joue un rôle dans le passage de la phase G1 à la phase S. Le
sirolimus possède également des propriétés antiprolifératives qui
pourraient lui donner un avantage dans le traitement des pathologies
néoplasiques.
Le sirolimus appartient à la famille des macrolides.
Il est métabolisé par le cytochrome P450, a une demi-vie longue, de
l’ordre de 48 heures, permettant une seule prise par jour.
Il existe
une grande variabilité interindividuelle de la biodisponibilité,
d’où la possibilité d’un dosage des taux résiduels, qui sont
corrélés à l’efficacité et à la toxicité : le taux résiduel souhaité
en début de greffe est de 20 à 30 ng/mL pendant 6 mois, puis 15-20
ng/mL.
Ses effets secondaires sont nombreux : hypertriglycéridémie,
hypercholestérolémie, thrombopénie, arthralgies, leucopénie, anémie,
pneumopathies interstitielles, céphalées, diarrhées, épistaxis,
augmentation de la fréquence des aphtes.
En revanche, il n’y a pas
de néphrotoxicité et pas d’HTA.
Cependant, le sirolimus augmente la
néphrotoxicité de la ciclosporine.
Après TH, la rapamycine permet de
réduire l’incidence du rejet aigu.
L’utilisation avec une anticalcineurine peut également permettre de s’affranchir des
corticoïdes, voire d’interrompre secondairement l’anticalcineurine.
La rapamycine a été proposée pour remplacer le Néoralt en cas
d’effets secondaires de ce dernier.
Elle a également été proposée en
« sauvetage » en cas de rejet aigu réfractaire ou de rejet chronique
débutant.
Un nouveau venant du même groupe, l’everolimus, a des
propriétés très proches de la rapamycine.
5- Anticorps
:
Les sérums antilymphocytaires polyclonaux (SAL) sont des anticorps de lapin ou
de cheval dirigés contre de multiples antigènes présents à la
surface des lymphocytes T.
Ils ont un effet principalement lymphopéniant, responsable d’une déplétion lymphocytaire profonde et
durable.
Ils peuvent être utilisés, soit dans le traitement du rejet
aigu, soit dans l’induction de l’immunosuppression au cours des
premiers jours postopératoires.
Ils induisent de nombreux effets
secondaires : trombopénie, leucopénie, et un effet de première dose
par relargage de cytokines (fièvre, diarrhée, frissons, myalgies,
arthralgies, dyspnée, vomissements, céphalées).
Une maladie sérique
peut apparaître après 7 à 10 jours de traitement.
L’immunisation xénotypique apparaît fréquemment, empêchant les retraitements.
Le
premier anticorps monoclonal disponible en clinique a été
l’anticorps anti-CD3 (OKT3t), utilisé dans le traitement du rejet
aigu ou en induction.
L’OKT3t entraîne la disparition du récepteur T
de la surface des lymphocytes, une discrète lymphopénie.
Les deux
premières injections sont caractérisées par une sécrétion massive de
cytokines pro-inflammatoires, responsable d’un syndrome de première
dose.
L’immunisation xénogénique le rend souvent inefficace après 2
à 3 semaines, et empêche toute utilisation ultérieure.
L’incidence
du rejet aigu est réduite lorsqu’une induction (pendant les 7 ou 10
premiers jours post-TH) par l’OKT3t est utilisée.
Les nouveaux
anti-CD3 humanisés sont mieux tolérés que l’OKT3t.
Les anticorps
chimériques ou humanisés dirigés contre la chaîne alpha du récepteur
à l’IL2 (CD25) inhibent spécifiquement les lymphocytes activés et
ont donc une spécificité plus grande que les SAL ou l’OKT3t.
Plusieurs anticorps anti-CD25 sont disponibles : le basiliximab (Simulectt),
le daclizumab (Zenapaxt), l’inolimomab (LeukotacTM).
Il s’agit
d’anticorps où la partie FC est tout ou partie humaine, et la partie
variable provient d’un clone murin.
Chimérisme ou humanisation
permettent de diminuer le risque d’immunisation. Ils n’ont aucun
effet secondaire et ne semblent pas exposer au risque de
surimmunosuppression.
Le basiliximab a été utilisé avec succès en
transplantation rénale et hépatique : avec deux doses de 20 mg
administrées à j0 et j4, l’incidence du rejet aigu est diminuée de
façon significative.
La durée d’inhibition complète de CD25 est plus
courte (23 ± 5 jours versus 30 à 40 jours) après TH qu’après
transplantation rénale (déperdition par le drainage d’ascite et par
les pertes sanguines).
Associé au tacrolimus ou au Néoralt, le
daclizumab permet de réduire l’incidence du rejet aigu.
Dans une
étude portant sur des patients atteints d’insuffisance rénale,
l’administration de daclizumab, associé au mycophénolate et aux
corticoïdes a permis d’introduire secondairement de petites doses de
tacrolimus après TH.
La survie a été meilleure que dans deux groupes
historiques de référence, recevant de l’OKT3t ou du tacrolimus
d’emblée.
L’anticorps anti-LFA-1 (CD11A) (OdulimomabTM) n’a pas
montré d’efficacité versus le SAL.
L’anticorps anti-CD40 ligand est
en cours d’évaluation dans des protocoles d’induction de tolérance.
6- Politique actuelle : réduction ou arrêt des immunosuppresseurs
* Arrêt des corticoïdes
:
L’importance des effets secondaires de ces
médicaments pousse actuellement certaines équipes à interrompre les
corticoïdes le plus rapidement possible.
La meilleure date pour
entreprendre le sevrage des corticoïdes reste à déterminer.
De
nombreux auteurs ont entrepris le sevrage à 3 mois ; l’absence
totale de corticoïdes est possible.
Globalement :
– les effets
métaboliques et l’ostéopénie sont améliorés par le sevrage ;
– l’HTA
est réduite, alors que la fonction rénale n’est pas améliorée ;
–
les corticoïdes peuvent être interrompus chez les patients ayant
subi des épisodes de rejet aigu, même corticorésistants ;
– le rôle
de la corticothérapie sur la rédicive virale est mal déterminé : la
corticothérapie augmente la réplication virale et son interruption
peut donc s’accompagner d’une amélioration des lésions.
Cette donnée
mérite d’être confirmée.
* Réduction ou arrêt des anticalcineurines
:
Plusieurs essais ont tenté d’interrompre progressivement les
anticalcineurines.
La plupart de ces essais ont porté sur des
patients dont la fonction du greffon était stable depuis plusieurs
mois, à distance de tout rejet, et ont pris prétexte d’un effet
secondaire (en particulier la néphrotoxicité) pour réduire la dose
d’anticalcineurine.
L’arrêt est possible dans un tiers des cas,
environ ; une réduction d’au moins 50 % est possible dans un autre
tiers ; des rejets graves rendent toute réduction impossible dans le
reste des cas.
Aucun test ne permet actuellement de prédire les
patients chez qui l’arrêt sera possible.
La gravité du rejet dans un
nombre élevé de cas rend peu attrayant un arrêt complet de l’immunosuppression
dans l’état actuel.
En revanche, l’introduction d’une nouvelle
molécule, mycophénolate ou rapamycine, rend probablement la
réduction de l’anticalcineurine possible.
Cette interruption peut
améliorer la fonction rénale.
* Avenir de l’immunosuppression
:
Les
traitements immunosuppresseurs entrent dans une nouvelle période.
–
Un grand nombre de médicaments différents apparaissent sur le
marché.
Ils vont devoir trouver leur place dans le traitement
immunosuppresseur et permettront probablement de réduire les effets
secondaires liés à chacun.
– L’immunosuppression à la carte, adaptée
à l’état immunitaire de chaque patient, fait actuellement l’objet de
nombreuses réflexions : les sujets âgés, les alcooliques ou les
patients porteurs d’une hépatopathie virale B ont un risque de rejet
plus faible que les autres patients, et un risque plus élevé
d’infection ; ils bénéficieraient donc probablement d’une
immunosuppression allégée ; en revanche, les patients transplantés
pour une maladie auto-immune, ou présentant un cross-match positif,
par exemple, sont à risque accru de rejet et bénéficieraient donc
probablement d’une immunosuppression renforcée.
– L’évaluation du
statut immunitaire des patients et son suivi feront l’objet de
nombreux travaux dans les années à venir.
– L’avenir à long terme de
l’immunosuppression est probablement dans la mise au point de
traitements capables d’induire une tolérance spécifique permettant
d’interrompre le traitement immunosuppresseur au long cours.
Complications infectieuses
:
Elles sont fréquentes (50-70 % des cas)
et peuvent survenir à tout moment après la TH.
Elles sont favorisées
par le mauvais état préopératoire du receveur et sont responsables,
au moins en partie, d’une proportion importante des décès précoces :
60 % environ des patients qui décèdent précocement présentent une
infection au moment du décès.
A - INFECTIONS BACTÉRIENNES
:
Une infection
bactérienne profonde apparaît dans 25 à 50 % des cas après TH.
Ce
sont particulièrement des bactériémies et des infections urinaires,
respiratoires, intra-abdominales et pariétales.
Staphylococcus
aureus et les germes à Gram négatif sont les plus fréquemment
rencontrés.
L’agent infectieux peut pénétrer via le greffon, les
lignes vasculaires, les drains.
En revanche, la présence d’une
bactériémie chez le donneur ou d’une bactérie dans le liquide
d’ascite n’a pas de conséquence chez le receveur.
Ces infections
surviennent surtout au cours des 4 premières semaines
postopératoires.
Les facteurs de risque d’infection bactérienne
profonde sont un mauvais état préopératoire, la présence d’épisodes
de rejet, le nombre de culots globulaires transfusés. Une antibioprophylaxie périopératoire à large spectre est généralement
proposée pour en réduire la fréquence.
Les infections du site
opératoire sont fréquentes (environ 30 % des cas).
Les fuites des
anastomoses cholédochojéjunales et cholédochocholédociennes, les
durées d’interventions prolongées, les hypoalbuminémies profondes,
la présence d’une ascite et une forte imunosuppression favorisent
ces complications.
Ces infections augmentent la durée
d’hospitalisation, les coûts, et réduisent la survie du greffon.
Les
infections pulmonaires sont parmi les plus fréquentes (15 à 30 % des
cas).
Le staphylocoque méticilline-résistant, Pseudomonas aeruginosa,
les enterobactéries et autres bactéries à Gram négatif sont les
germes les plus fréquemment rencontrés. L’aspergillose invasive,
l’infection à Pneumocystis carinii sont les diagnostics
d’élimination.
La mortalité est élevée (20 à 30 %), surtout en cas
d’insuffisance rénale et de score Apache élevé.
Le syndrome d’hémophagocytose,
qui associe fièvre élevée, pancytopénie, syndrome de coagulation
intravasculaire et syndrome inflammatoire peut compliquer les
infections.
Son pronostic est désastreux.
B - INFECTIONS FUNGIQUES
:
Une
infection fungique, surtout liée à Candida ou Torulopsis, plus
rarement à Aspergillus, peut apparaître dans 10 à 30 % des cas.
Les
facteurs de risque de la colonisation ou de l’infection à levure
sont un mauvais état préopératoire, l’utilisation d’une antibioprophylaxie préopératoire, l’existence d’une anastomose
biliaire cholédochojéjunale, le nombre de culots globulaires
transfusés, l’existence d’une infection à cytomégalovirus (CMV), la
durée d’hospitalisation en unité de soins intensifs, la
retransplantation.
Le pronostic des infections profondes à levures
est désastreux, justifiant l’utilisation d’une décontamination
digestive (nystatine ou Fungizonet) en pré-, per- et postopératoire,
voire une prévention par amphotéricine B ou fluconazole intraveineux
chez les patients à risque.
C - COMPLICATIONS VIRALES
:
1- Infection à
cytomégalovirus :
Elle reste la plus fréquente, pouvant toucher 30 %
des patients en l’absence de prophylaxie. Dans 50 % des cas,
environ, il s’agit d’une réactivation, et dans 50 % des cas d’une
primo-infection.
Les formes symptomatiques se traduisent par de la
fièvre, une atteinte médullaire (au minimum une leucopénie), plus
rarement par des atteintes hépatiques et digestives.
Les atteintes
pulmonaires, oculaires et cérébrales sont rares après TH.
Les
facteurs de risque de la maladie à CMV sont l’utilisation
d’anticorps antilymphocytaires et le statut CMV (la combinaison
donneur + /receveur - étant la plus à risque).
L’infection peut être
prévenue par des mesures prophylactiques (produits sanguins CMV
négatifs pour les receveurs CMV négatifs).
La prophylaxie par ganciclovir ou aciclovir est efficace.
Elle peut être reservée aux
receveurs séronégatifs de donneurs séropositifs et aux receveurs
séropositifs développant un rejet aigu précoce, ou administrée
systématiquement à tous les patients, compte tenu de sa bonne
tolérance.
Le traitement préemptif, guidé par l’antigénémie, est
moins coûteux que la prophylaxie ; son efficacité est discutée.
Le
traitement par le ganciclovir est efficace dans la plupart des cas.
2- Infections à herpes simplex et à herpes zoster
:
Elles sont
également fréquentes.
Les infections à virus Epstein-Barr (EBV),
surtout fréquentes chez le jeune enfant précédemment séronégatif,
sont associées à un risque de développement d’un syndrome
lymphoprolifératif.
Aucune prophylaxie n’est possible pour l’EBV.
Complications cardiopulmonaires
:
Les maladies terminales du foie sont
souvent caractérisées par un « état hyperdynamique » (augmentation
de l’index cardiaque, diminution des résistances vasculaires
périphériques, diminution de la pression artérielle moyenne), une
hypoxémie (réalisant parfois un syndrome hépatopulmonaire), une
insuffisance respiratoire de type restrictif (liée notamment à la
présence d’ascite et/ou d’épanchements pleuraux).
La plupart de ces
anomalies régressent en quelques jours à quelques mois après TH.
Le
syndrome hépatopulmonaire régresse en quelques mois à quelques
années, selon sa gravité initiale.
En dehors de problèmes
infectieux, la période postopératoire précoce peut être caractérisée
par des infiltrats.
OEdème pulmonaire, atélectasie, syndrome de
détresse respiratoire aiguë, contusions pulmonaires sont les
diagnostics à éliminer devant une image pulmonaire suspecte.
La
défaillance circulatoire est rare après TH.
Elle entre le plus
souvent dans le cadre d’une défaillance multiviscérale. Les maladies
cardiovasculaires sont moins fréquentes qu’après transplantation
rénale ou cardiaque.
Ceci pourrait être biaisé par le fait que le
bilan pré-TH exclut la plupart des patients présentant de telles
pathologies.
Insuffisance rénale
:
Le taux de filtration glomérulaire
diminue au cours des semaines qui suivent la TH, puis atteint un
plateau à 36 mois.
La toxicité rénale des médicaments (anticalcineurines,
antibiotiques et produits de contraste iodés) en est la première
cause.
Les néphropathies préexistantes, les infections, la
défaillance multiviscérale, le diabète, la microangiopathie
thrombotique peuvent également jouer un rôle.
L’insuffisance rénale
postopératoire s’accompagne d’une surmortalité importante et
s’accompagne de complications morbides telles qu’infections,
hémorragies digestives, insuffisance respiratoire.
La néphrotoxicité
de la ciclosporine apparaît sous deux formes : une forme aiguë,
dose-dépendante, et une forme chronique, caractérisée par une
atteinte tubulo-interstitielle et vasculaire.
La fibrose
interstitielle est un marqueur classique de la néphrotoxicité
chronique induite par la ciclosporine.
La néphrotoxicité du
tacrolimus était supérieure à celle de la ciclosporine dans les
études initiales.
Cependant, ces études ont été réalisées avec des
doses élevées de tacrolimus, et cette donnée mérite d’être
réévaluée.
Diabète
:
La cirrhose s’accompagne de troubles de la
glycorégulation dans la majorité des cas et d’un diabète dans 15 à
20 % des cas.
La prévalence du diabète est particulièrement élevée
lorsque l’origine de la maladie est alcoolique ou virale C (20 à 30
% des cas).
Le mécanisme associe hyperinsulinisme (altération de la
captation hépatique de l’insuline, présence de shunts), hyperglucagonémie (résistance du tissu hépatique au glucagon), des
anomalies de l’insulinosécrétion, et insulinorésistance
(hyperinsulinisme, hyperglucagonémie, augmentation des acides gras).
Lorsque le mécanisme prédominant du diabète est une insulinorésistance, la TH peut améliorer les anomalies de la
glycorégulation (environ deux tiers des cas).
En revanche, lorsque
le mécanisme principal est un défaut de sécrétion insulinique, le
diabète perdure après TH.
De plus, après TH, un diabète de novo
apparaît dans environ 10 % des cas ; corticoïdes et anticalcineurines exercent un effet propre, et le tacrolimus aurait
un effet diabétogène (insulinorésistance et effet toxique propre sur
les îlots b) plus important que la ciclosporine.
La survie des
patients après TH est réduite chez les diabétiques.
En analyse multivariée, le type de diabète (patients traités par insuline
versus les autres) et l’origine alcoolique de la maladie étaient les
deux paramètres indépendants associés à la survie.
La cause de la
réduction de survie était multifactorielle.
Le rein pourrait être
une cible privilégiée du diabète.
Hypertension artérielle
:
L’HTA est
fréquente après TH.
Le pourcentage de patients hypertendus augmente
progressivement pour atteindre 30 à 50 % à 5 ans.
L’hypertension des
transplantés est probablement d’origine multifactorielle. Les
corticoïdes et les anticalcineurines semblent jouer un rôle
indépendant.
L’HTA semble être plus fréquente sous ciclosporine que
sous tacrolimus.
L’HTA est expliquée, au moins en partie, par une
augmentation des résistances vasculaires périphériques.
Les
médicaments antihypertenseurs doivent être choisis pour réduire la
toxicité rénale.
C’est le cas en particulier des inhibiteurs
calciques et des inhibiteurs de l’enzyme de conversion.
Ces
médicaments peuvent interagir avec le métabolisme de la ciclosporine
et nécessitent un monitorage précis de la ciclosporinémie.
Complications neurologiques
:
Elles touchent 30 %, environ, des
patients.
Elles sont favorisées par le mauvais état antérieur du
patient, la survenue de rejets ou d’une DFG, et par les médicaments,
notamment les immunosuppresseurs.
Les complications neurologiques
surviennent essentiellement au cours du premier mois (90 % des cas)
et atteignent essentiellement le système nerveux central (90 %) :
confusion ou troubles de la conscience (70 %), convulsions et
beaucoup plus exceptionnellement coma, ataxie, myoclonies, parésies,
troubles cérébelleux, cécité corticale ou mutisme akinétique.
Des
lésions cérébrovasculaires se voient dans moins de 10 % des cas :
hémorragie cérébrale, ischémie cérébrale.
Dans ces cas, il existe
souvent des anomalies de l’hémostase, une HTA ou un trouble du
rythme.
Le pronostic de ces dernières est défavorable.
La myélinolyse centropontine, heureusement rare, pourrait être
favorisée par d’autres facteurs (malnutrition, infection, oedème
cérébral, variations rapides de la natrémie, insuffisance
hépatique).
Elle est le plus souvent mortelle.
Environ 30 % des
complications neurologiques sont liées à une neurotoxicité des
anticalcineurines : convulsions, troubles cérébelleux, hémi- ou
quadriparésies, confusion, aphasie.
Ces signes apparaissent dans les
jours qui suivent l’opération et disparaissent spontanément,
habituellement sans récidiver.
La neurotoxicité semble plus
fréquente sous tacrolimus que sous ciclosporine.
Les symptômes
neurologiques sont comparables dans les deux cas.
D’autres
médicaments ont également des effets neurotoxiques, notamment l’amphotéricine
B ; des déficits vitaminiques (B1, B6, PP) ou ioniques (hyponatrémie,
hypomagnésémie, hypophosphorémie) pourraient également jouer un rôle
dans ces complications neurologiques courantes.
Des anomalies
neurologiques de type périphérique, à type de polyneuropathie
motrice, pourraient également être provoquées par les médicaments.
Des lésions du plexus brachial sont liées à une compression peropératoire.
Ces anomalies régressent.
Complications osseuses
:
Après TH, la densité osseuse baisse de façon significative au cours
des 3 premiers mois postopératoires.
Elle se complique fréquemment
de fractures spontanées.
L’ostéopénie est favorisée par les
hépatopathies chroniques, surtout cholestatiques, et la
corticothérapie.
En revanche, le rôle des autres immunosuppresseurs,
en particulier ciclosporine et tacrolimus, est mal établi.
L’interruption de la déminéralisation osseuse a probablement lieu
lorsque le traitement immunosuppresseur est diminué et que la
fonction hépatique se normalise.
La masse osseuse pourrait être
complètement restaurée en 2 à 3 ans.
Le traitement peut comporter
des biphosphonates ou une association de vitamine D3 et de calcium.
Ascite postopératoire
:
L’ascite postopératoire, banale après TH, est
habituellement rapidement résolutive.
Une ascite abondante et
prolongée peut poser des problèmes thérapeutiques, notamment chez
l’enfant où son incidence est proche de 25 %.
Il s’agit généralement
d’une ascite riche en protides (30 g/L ou plus) et en éléments (plus
de 1 000/mm3) à prédominance lymphocytaire, et pauvre en
triglycérides (< 3 g/L).
Cette composition suggère fortement une
participation lymphatique.
La faible concentration des triglycérides
et l’absence de chylomicrons suggèrent une origine hépatique à cette
ascite lymphatique.
La souffrance du greffon (lésions de
préservation ou rejet aigu), la disproportion morphologique entre
donneur et receveur, la gravité de l’insuffisance hépatocellulaire
préopératoire, l’existence d’une gêne à l’effluent sus-hépatique en
cas de greffon réduit implanté en terminolatéral sur la veine cave
peuvent favoriser la genèse d’une ascite.
La mortalité est plus
élevée que chez les patients sans ascite.
Le traitement est avant
tout préventif.
Il repose sur la ligature des lymphatiques
pédiculaires, sur la prévention du rejet aigu et sur la
transplantation des hépatopathies chroniques de l’enfant avant
l’installation d’une insuffisance hépatocellulaire grave.
Complications chirurgicales
:
La fréquence des reprises chirurgicales
peut atteindre 25 % des cas. Elles augmentent la durée
d’hospitalisation et la mortalité.
A - COMPLICATIONS VASCULAIRES
:
Elles
constituent une cause majeure de morbidité et de mortalité après TH.
Leur fréquence est proche de 10 %.
1- Thrombose de l’artère hépatique
:
C’est la thrombose la plus fréquente. Son incidence est plus élevée
chez l’enfant (10 à 20 %) que chez l’adulte (4 à 8 %).
Elle survient
le plus souvent pendant les 2 premières semaines postopératoires.
Elle doit être suspectée devant une fièvre ou une hémoculture
positive à bacilles à Gram négatif.
Parfois, le tableau est celui
d’une insuffisance hépatique aiguë ou d’une complication biliaire
(sténose ou fistule).
Le diagnostic peut être fait précocement grâce
à la réalisation régulière d’échographies associées au doppler des
vaisseaux hépatiques.
En cas de doute, l’angiographie en urgence
peut confirmer le diagnostic.
Le greffon peut être sauvé par
revascularisation dans la majorité des cas asymptomatiques (80 %),
mais dans moins de 50 % si la thrombose de l’artère hépatique est
symptomatique.
De nombreux facteurs prédisposent à la thrombose de
l’artère hépatique : rejet précoce, déficit en protéine C, ischémie
froide prolongée, artère de calibre inférieur à 3 mm, petit poids du
receveur ou du donneur, utilisation d’un greffon vasculaire pour
l’anastomose, retransplantation.
L’utilisation de greffons issus de
partage ou issus d’un donneur vivant ne semble pas modifier le
risque de thrombose artérielle. La chimioembolisation pour cancer
avant la TH ne semble pas augmenter considérablement le risque.
Éviter les transfusions systématiques de plasma ou de plaquettes en
l’absence de syndrome hémorragique et maintenir un hématocrite
inférieur ou égal à 30 % peuvent réduire le risque.
Dans les
thromboses précoces, l’absence de circulation collatérale expose le
greffon à une nécrose massive.
La retransplantation est la solution
radicale, au prix d’une forte mortalité.
La désobstruction
chirurgicale éventuellement associée à l’injection d’un thrombolytique dans l’artère désobstruée peut éviter la
retransplantation, mais impose la surveillance prolongée des voies
biliaires, à la recherche d’une ischémie biliaire séquellaire.
Lorsque la thrombose est révélée par des complications biliaires ou
infectieuses, c’est l’évolution des signes cliniques et biologiques
qui fait décider ou non d’une retransplantation.
Dans les thromboses
de l’artère hépatique secondaires révélées par des nécroses
biliaires ou des complications infectieuses, c’est l’évolution des
signes cliniques et biologiques qui fait décider ou non d’une retransplantation.
Les tentatives de désobstruction artérielle
chirurgicale semblent inutiles à ce stade.
Le traitement des
complications biliaires peut associer drainage percutané, hépaticojéjunostomie intrahépatique, ou hépatectomie partielle et
peut permettre, soit d’éviter la retransplantation, soit de la
différer pour la réaliser en situation élective.
Les thromboses
découvertes après le premier mois, lorsqu’elles ne s’accompagnent
pas de signes cliniques ou biologiques de dysfonction hépatique,
justifient l’abstention chirurgicale dans l’attente d’un réseau
collatéral suffisant.
La surveillance
échographique et biologique recherche l’apparition de complications
biliaires secondaires.
2- Pseudoanévrismes de l’artère hépatique
:
Ils surviennent dans environ
1 % des cas après TH.
Ils peuvent être découverts fortuitement lors
d’un bilan radiologique. Ils doivent être évoqués devant une
hémorragie digestive ou intrapéritonéale qui traduit leur rupture.
Les lésions de découverte fortuite peuvent être traitées par résection-reconstruction ou ligature de l’artère hépatique.
Dans les
formes révélées par une rupture, le traitement fait appel, soit à
une résection-ligature, soit à une résectionreconstruction, soit à
une embolisation. Lorsqu’une infection intraabdominale est associée,
la ligature chirurgicale est le plus logique.
3- Thrombose
portale :
Elle survient dans 1 à 3% des cas.
Elle est favorisée par une
hypoplasie de la veine porte, une dérivation portosystémique ou une
splénectomie antérieure.
La thrombose de la veine porte doit être
suspectée devant l’apparition d’hémorragies digestives ou d’une
ascite abondante.
Des altérations du vaisseau ou la nécessité d’une
splénectomie sont des facteurs de risque.
Le traitement dépend de la
date de survenue et des symptômes associés.
Lorsque l’échodoppler
permet un diagnostic précoce, la thrombectomie avec reconstruction
portale peut être efficace.
Dans les formes révélées par une
insuffisance hépatique aiguë, la retransplantation est seule
possible.
L’abstention peut être proposée dans les formes
asymptomatiques de découverte tardive.
Dans les formes tardives
révélées par une ascite, une dérivation portosystémique peut être
réalisée.
Elle peut également être proposée après hémorragie
digestive, en cas d’échec de la sclérothérapie.
La sténose portale
est rare.
Une résection-anastomose ou une dilatation par voie
percutanée peuvent être proposées dans les formes symptomatiques.
4- Thrombose de la veine cave inférieure
:
Elle est rarement
symptomatique, car elle n’intéresse habituellement pas la veine cave
inférieure sus-hépatique.
La sténose de la veine cave inférieure
sus-hépatique peut s’accompagner de signes d’hypertension portale,
d’insuffisance hépatocellulaire, de syndrome de Budd-Chiari ou
d’entéropathie exsudative.
Le montage de type piggy-back peut
augmenter le risque de sténose cave.
B - COMPLICATIONS BILIAIRES ET
PANCRÉATIQUES :
La fréquence des complications biliaires varie de 7 à
22%, avec une mortalité de 10 %.
L’incidence des complications
biliaires n’est pas augmentée par la transplantation de foie réduit.
En revanche, la transplantation à partir de greffons issus de
partage s’accompagne d’un taux de complications biliaires plus élevé
(données personnelles).
La reconstruction biliaire après TH est le
plus souvent réalisée par une anastomose cholédochocholédocienne sur
un drain de Kehr, dont le bénéfice n’est pas démontré.
L’anastomose cholédochojéjunale est le plus souvent utilisée chez l’enfant, pour
des indications particulières chez l’adulte (cholangite sclérosante,
mucoviscidose), et lors de la transplantation de greffons partagés.
Le taux de complications biliaires ne semble pas influencé par le
mode de reconstruction biliaire.
Les complications biliaires
incluent les fistules biliaires, les sténoses anastomotiques et les
sténoses non anastomotiques.
La plupart des complications biliaires
apparaissent dans les 3 mois suivant la greffe, les fistules
survenant plus précocement que les sténoses.
Les fistules biliaires
surviennent, soit sur l’anastomose biliaire, soit sur l’orifice de
sortie du drain de Kehr (précocement avec le drain en place, ou
tardivement lors de son ablation), soit encore il s’agit d’une
fistule de la tranche d’hépatectomie en cas de greffon réduit ou
partagé.
En l’absence de thrombose artérielle, la grande majorité de
ces fistules se tarit spontanément en quelques jours, par le
maintien du drainage chirurgical ou par la réouverture du drain de Kehr.
En cas d’échec, le traitement non opératoire par drainage
percutané d’un bilome, éventuellement associé à un drainage
nasobiliaire avec sphinctérotomie endoscopique, permet le plus
souvent d’éviter la chirurgie pour les fistules biliaires
compliquant les anastomoses cholédochocholédociennes.
En revanche,
la majorité des fistules biliaires survenant sur une anastomose hépaticojéjunale requièrent une reprise chirurgicale.
Les sténoses
biliaires anastomotiques sont les complications biliaires les plus
fréquentes.
Leur diagnostic est le plus souvent facile devant
l’apparition d’une cholestase associée à une dilatation des voies
biliaires intrahépatiques.
L’histologie montre une péricholangite
avec infiltrats de polynucléaires associée à une néogenèse
ductulaire.
La plupart de ces sténoses peuvent se compliquer
d’angiocholite et d’accumulation de sludge, de débris ou de moules
endobiliaires en amont de la sténose.
Le traitement de ces sténoses
anastomotiques est, en première intention, non chirurgical :
dilatation au ballonnet, parfois répétée ; plus rarement, mise en
place d’un stent.
Pour les anastomoses cholédochocholédociennes, le
traitement peut être réalisé, soit par voie endoscopique avec mise
en place transitoire d’un stent, soit par dilatation et mise en
place d’un drain biliaire percutané.
Le problème essentiel de la cholangioplastie endoscopique ou percutanée est représenté par les
difficultés d’évacuation des débris et moules endobiliaires, ce qui
explique l’échec du traitement non chirurgical dans 40-50 % après
anastomose biliobiliaire et dans 20-30 % après anastomose
biliodigestive.
Dans ces cas, le traitement chirurgical consiste en
une désobstruction des voies biliaires et la conversion (ou la
réfection) en anastomose hépaticojéjunale.
Les sténoses biliaires
non anastomotiques posent les problèmes les plus difficiles.
Elles
regroupent les sténoses hilaires prenant tout ou partie de la
convergence et les cholangites intrahépatiques diffuses.
Les
sténoses hilaires sont volontiers bilatérales et de traitement
difficile.
Elles requièrent des dilatations percutanées répétées
avec drainage biliaire externe prolongé, responsables de lésions de cholangite associées.
La resténose survient dans plus de la moitié
des cas rendant la chirurgie nécessaire.
Celle-ci comporte une
anastomose biliodigestive sur la convergence, ou sur les deux canaux
droits et gauches et peut nécessiter une segmentectomie IV
d’exposition.
Les cholangites intrahépatiques diffuses ou les
sténoses hilaires multifocales sont favorisées par une ischémie
froide prolongée, une ischémie artérielle (thrombose ou sténose
artérielle), un rejet chronique ou une transplantation
ABO-incompatible.
Il a été également suggéré que le lavage extensif
des voies biliaires lors du prélèvement pourrait réduire la survenue
de ce type de complications, en raison des propriétés toxiques de la
bile sur l’épithélium biliaire ischémique.
Le traitement percutané
répété des sténoses, combiné au traitement chirurgical associant
reconstruction biliodigestive intrahépatique et/ou hépatectomie
partielle du greffon peut parfois permettre de sauver des greffons,
ou de retarder la retransplantation qui s’avère nécessaire une fois
sur deux.
La pancréatite aiguë apparaît dans 2 à 3% des cas.
Elle
est plus fréquente chez les hommes que chez les femmes, chez les
alcooliques, en cas de manipulations biliaires prolongées, ou en cas
d’antécédent de cancer.
Un traitement chirurgical est nécessaire
dans près de 50 % des cas.
Récidive de la maladie initiale
:
La
récidive de la maladie initiale peut apparaître précocement après la
TH.
Elle est une cause importante de mortalité tardive (50 à 60 %
des décès au-delà de 1 an).
A - CARCINOME HÉPATOCELLULAIRE (CHC)
:
Les
petits CHC sur cirrhose, dont le taux de récidive après résection
est élevé (jusqu’à 100 % à 5 ans), pourraient être une bonne
indication de TH.
La récidive survient surtout dans le greffon et
dans les poumons.
Les traitements immunosuppresseurs pourraient
favoriser la croissance de micrométastases dormantes laissées en
place au moment de la TH.
La fréquence de la récidive dépend de
l’extension tumorale.
La survie actuarielle à 3 ans est meilleure
lorsque la TH est effectuée sur une tumeur de diamètre inférieur à 3
cm que lorsque la tumeur a un diamètre supérieur à 3 cm.
La
fréquence de la récidive dépend également de l’extension
ganglionnaire : la survie actuarielle passe de 40 à 0 % à 1 an en
cas d’extension ganglionnaire, avec une récidive constante dans ce
dernier cas.
Le scanner est supérieur à la laparotomie exploratrice
pour dépister les adénopathies.
Plusieurs études pilotes ont suggéré
que l’association d’une chimiothérapie adjuvante était susceptible
de diminuer le risque de récidive, même chez des malades porteurs de
tumeurs avancées.
B - CHOLANGIOCARCINOME
:
La survie à 1 et 5 ans est de
53-70 % et 18-25 %, respectivement.
La récidive est le problème
majeur : son incidence dépasse 50 %.
Le délai médian de survenue de
la récidive est de 10 mois. Le rôle accélérateur de l’immunosuppression
dans la chronologie de la récidive après TH reste hypothétique.
L’extension ganglionnaire, la taille de la tumeur, des localisations
multiples, la reconnaissance préopératoire (versus une découverte
fortuite) sont de mauvais pronostic.
C - MÉTASTASES HÉPATIQUES DE
TUMEURS ENDOCRINES :
Ce sont des métastases des tumeurs suivantes :
carcinome, gastrinome, insulinome, glucagonome, vipome, tumeurs
neuroendocrines non sécrétantes.
La plupart de équipes ont retenu
comme indication les métastases hépatiques bilatérales,
symptomatiques (syndrome sécrétoire ou syndrome tumoral), sans
extension extrahépatique, et dont la tumeur primitive avait été
réséquée.
Les résultats sont difficiles à analyser en raison des
effectifs faibles des séries publiées et de l’évolution lente de ces
tumeurs, même en cas de récidive.
Des résultats meilleurs pour les
tumeurs carcinoïdes que pour les tumeurs non carcinoïdes (survie à 5
ans de 69 % versus survie à 4 ans de 8 %) ont été rapportés.
D - RÉCIDIVE DE L’HÉPATITE B
:
L’infection du greffon hépatique par le VHB
survient dans près de 80 % en l’absence de prophylaxie.
La récidive
virale B s’accompagne, dans environ 60 % des cas, de lésions
hépatiques graves, et est responsable de la perte du greffon dans 20
à 40 % des cas, par hépatite chronique active, hépatite fulminante
ou subfulminante, ou hépatite cholestatique fibrosante.
Dans
quelques cas, la récidive virale B se traduit par une hépatite aiguë
résolutive ou des lésions hépatiques minimes.
Le traitement
immunosuppresseur favorise la réplication du VHB et pourrait réduire
la réponse immunitaire antivirale.
L’incidence de la récidive dépend
de la réplication virale au moment de la TH : 96 % des patients ADN
- VHB + en hybridation conventionnelle avant la TH se sont
réinfectés, contre 29 % des ADN - VHB - (chez des patients recevant
des Ig anti-HBs).
Les patients co-infectés par le virus delta ont
moins de récidives.
La récidive est également moins fréquente après
TH pour hépatite fuminante que pour hépatopathie chronique liée au
VHB.
Cependant, le risque de récidive existe et un traitement
prophylactique est justifié dans tous les cas.
L’administration d’Ig
anti-HBs après la TH a fait la preuve de son efficacité en
prophylaxie de la récidive.
Elle doit être prolongée, comportant de
fortes doses initiales (10 000 UI pendant les 6 premiers jours
postopératoires), puis des doses maintenant la concentration des
AcHBs au-dessus de 100 UI/L.
La lamivudine est capable de négativer
la réplication virale dans la majorité des cas.
Néanmoins, en
monothérapie, elle s’accompagne d’un taux élevé de mutations, qui
atteint 20 % entre 6 mois et 1 an, et 30 à 40 % à 2 ans.
L’arrêt de
la réplication virale B sous lamivudine est rapide, que les patients
soient traités avant ou après TH.
La lamivudine a donc clairement un
intérêt pour interrompre la réplication virale B avant TH, chez les
patients encore répliquants au moment de l’évaluation prégreffe.
Néanmoins, le bon sens suggère de traiter les patients le plus près
possible de la TH et d’éviter des durées de traitement supérieures à
6 mois, dans la mesure du possible.
D’autre part, le devenir de ces
patients au décours de la TH reste inconnu.
L’intérêt de l’adefovir
dans ce contexte reste à préciser.
E - HÉPATITE C
:
En fonction des
centres, 20 à 40 % des patients sont porteurs du virus de l’hépatite
C (VHC) au moment de l’inscription en liste d’attente.
Après TH, la
réinfection par le VHC est quasi constante.
La récidive virale C se
traduit souvent par une hépatite aiguë bénigne, survenant en médiane
3 mois après TH.
Le problème principal associé à la récidive virale
C est le développement d’une hépatite chronique, dont la fréquence
est estimée entre 50 et 80 % des cas.
Les transaminases reflètent
mal l’intensité des lésions histologiques, et seule la ponction-biopsie hépatique permet d’évaluer les lésions hépatiques.
L’évolution est souvent plus rapide que chez les patients non
transplantés, et 20 % environ des patients atteints d’hépatite
chronique évoluent vers la cirrhose en 5 ans.
Les facteurs capables
d’expliquer la variabilité des lésions hépatiques sont encore mal
connus : la réplication virale est plus intense après TH et le
traitement immunosuppresseur est probablement responsable de cette
augmentation de réplication.
La présence d’une hépatite chronique
active ou d’une cirrhose est plus fréquemment constatée chez les
sujets porteurs du génotype 1b que chez les sujets porteurs d’un
autre génotype viral.
Certains auteurs ont suggéré que les lésions
hépatiques pourraient être favorisées par des rejets plus fréquents.
La survie des patients porteurs d’hépatite C n’est pas différente à
court terme de celle des autres transplantés hépatiques.
Cependant,
il est vraisemblable que la survie sera moins bonne audelà de 5 ans.
Le traitement de la récidive virale C par l’interféron a seul donne
un taux de réponse faible et expose au risque de syndrome de
disparition des voies biliaires.
La ribavirine seule, qui est
capable de diminuer l’activité des aminotransférases pendant la
durée de son administration, semble dénuée d’effet sur la
réplication virale.
L’association de la ribavirine et de
l’interféron semble en revanche prometteuse, avec un taux élevé de
réponse, sans rejet.
F - SYNDROME DE BUDD-CHIARI (SBC)
:
Le traitement du SBC par TH s’accompagne d’un risque de rethrombose des veines
sus-hépatiques et de thrombose portale ou artérielle.
La plupart des SBC surviennent sur une maladie thrombogène avérée ou latente, et
cette maladie persiste après TH, à l’exception des déficits en
protéine C, protéine S et antithrombine III qui sont corrigés par la
TH.
La prévention de la rethrombose après TH repose sur
l’utilisation d’un traitement anticoagulant au long cours et sur le
traitement éventuel du syndrome myéloprolifératif.
G - MALADIES
AUTO-IMMUNES :
Elles récidivent surtout au-delà de 3 mois.
H - TRANSPLANTATION HÉPATIQUE POUR CIRRHOSE ALCOOLIQUE
:
Elle a été
longtemps contestée.
Cependant, plusieurs constatations ont été
faites. – Les résultats à court et long termes de la TH pour maladie
alcoolique du foie sont équivalents, voire meilleurs, que ceux des
autres indications.
De plus, le bénéfice en termes de qualité de vie
est équivalent à celui observé dans les autres indications.
Ces
données doivent être tempérées par l’existence d’un risque accru de
cancers des voies aériennes et digestives supérieures chez ces
patients.
Ce type de complications peut être prévenu au moins en
partie par un bilan oto-rhino-laryngologique et respiratoire
extensif avant la transplantation, mais toutes les dysplasies
prénéoplasiques ne sont probablement pas détectées avec les
techniques couramment en usage.
– L’incidence de la récidive
alcoolique est très diversement appréciée en fonction des critères
utilisés : elle est de l’ordre de 85 % si l’on utilise des tests
très sensibles tels que la recherche d’une alcoolurie ou le dosage
de la transferrine désialylée ; ces tests détectent en effet des
prises minimes de boissons alcoolisées, qui ont probablement un
effet bénéfique sur la survie du greffon et sur les risques
cardiovasculaires.
En tenant compte des déclarations du patient, le
risque varie de 11 à 49 %, selon la précision de l’interrogatoire
utilisé.
Il est de 10 % environ, si l’on ne considère ques les
consommations « à risque » (supérieures à 40 g/j).
Enfin, pas plus
de 5 % des patients ont des lésions du greffon liées à la
consommation d’alcool.
– La compliance des patients atteints d’hépatopathie
alcoolique est équivalente à celle des autres patients.
Ceci résulte
probablement de la sélection effectuée avant la greffe, qui a permis
d’éliminer à la fois les patients à plus haut risque de récidive
alcoolique, et ceux à faible compliance.
Le seul critère
habituellement utilisé pour prédire le risque de récidive alcoolique
est la durée de sevrage avant TH : une durée supérieure ou égale à 6
mois est le critère usuel.
Il n’a cependant qu’une valeur prédictive
positive et une sensibilité relativement faibles pour prédire les
récidives alcooliques graves, et d’autres critères seraient
probablement plus utiles.
Cancers induits
:
La fréquence des cancers
est anormalement élevée chez les patients transplantés.
Leur
fréquence augmente régulièrement avec le temps.
Après TH, une
fréquence de 6, 20 et 55 % a été observée après 5, 10 et 15 ans.
Les
cancers observés après TH sont des lymphomes (20 %), des cancers spinocellulaires, des sarcomes de Kaposi, des cancers urogénitaux
(rein, vessie, col utérin, testicule, ovaire), des cancers des voies
aérodigestives supérieures.
Le risque de cancer colique est
également augmenté par rapport à la population générale.
L’incidence
des cancers après transplantation semble liée plus au degré d’immunosuppression
qu’à un médicament particulier. Ils peuvent survenir précocement
après la transplantation.
C’est en particulier le cas des syndromes lymphoprolifératifs (SLP) et des cancers des voies aérodigestives
supérieures. Les SLP sont plus fréquents chez l’enfant que chez
l’adulte (5 %, environ, versus moins de 1 %).
Plus le traitement
immunosuppresseur est intense, plus le risque de SLP est élevé.
La
positivité du cross-match pourrait également être un facteur
favorisant.
Les SLP après TH ont un mauvais pronostic (50 % de
mortalité).
La présence d’Ig monoou oligoclonales à l’immunofixation
a été détectée dans 8 à 18%des cas après TH.
Ce type d’anomalie, qui
témoigne de la présence de clones anormaux de lymphoplasmocytes,
pourrait être un facteur prédictif de SLP, surtout dans les formes
où l’Ig monoclonale est persistante.
Des lymphomes non liés à l’EBV,
notamment T-lymphocytaires, peuvent également apparaître après TH.
L’incidence du sarcome de Kaposi est élevée après TH.
Globalement,
le sarcome de Kaposi apparaît 5 mois après la transplantation.
Il
s’agit essentiellement d’hommes. Le seul facteur de risque commun
est l’appartenance au Bassin méditerranéen (47 % des cas) ou à
l’Afrique (24 % des cas). |