Introduction
:
Au cours des 25 dernières années, les méthodes de revascularisation endovasculaire se sont peu à peu imposées comme une alternative à
la chirurgie dans un grand nombre d’indications.
Depuis les premiers
cathéters d’angioplastie, les progrès des matériels sont constants et
les indications s’élargissent de plus en plus.
Le but de cet article est de présenter les matériels disponibles, les
indications et les résultats actuels des différentes techniques, en
s’attachant à présenter leur intérêt théorique, leurs limites et leur
place actuelle dans l’arsenal des outils dont dispose le radiologue
interventionnel.
On décrira donc successivement l’angioplastie par ballonnet, les endoprothèses, les méthodes de désobstruction des occlusions
artérielles aiguës et les méthodes de revascularisation mécanique dans
le cadre de l’obstruction chronique.
Les artères rénales et les troncs supra-aortiques ont été exclus de cette revue.
Angioplastie par ballonnet
:
A - RAPPEL HISTORIQUE
:
L’idée originale d’intervenir par voie percutanée sur une lésion athéroscléreuse obstructive revient à Dotter en 1964.
Le père de
l’angioplastie utilisait une méthode de dilatateurs de calibre
croissant pour réaliser l’équivalent d’un bouginage.
Cette méthode
initialement popularisée par Van Andel et Zeitler en Europe fut
ensuite modifiée de façon radicale par l’invention du cathéter à
ballonnet par Gruntzig.
Après des débuts difficiles où les
indications étaient limitées aux lésions simples, c’est à partir de
1983 que de nouveaux progrès technologiques (numérisation, petits
cathéters, ballonnet en polyéthylène), et la victoire sur le
scepticisme de certains, permirent l’accès à des lésions de plus en
plus complexes.
Enfin, l’invention des premières endoprothèses
reprenant là encore une idée originale de Dotter a permis d’étendre
encore les indications des techniques endovasculaires, si bien
qu’actuellement, en pathologie artérielle périphérique comme en
pathologie coronaire, l’angioplastie est une technique qui doit être
discutée par principe dans la plupart des situations
anatomocliniques.
B - MATÉRIELS ACTUELS
:
Le premier cathéter d’angioplastie type Gruntzig était fabriqué en
polychlorure de vinyle (PVC).
Ce matériel compliant supportait
mal les hautes pressions entraînant un haut risque de rupture traumatique de l’artère traitée.
Rapidement, les ballons ont été
modifiés en utilisant du polyuréthanne ou du polyéthylène, et
actuellement on distingue les cathéters type Gruntzig (double
lumière) et les cathéters type Olbert (gaine externe constituant le
ballon lorsqu’elle se dilate).
Le deuxième type de ballon n’est que
rarement utilisé.
Signalons quelques innovations comme les ballons
recouverts de substance hydrophile (type « hydrogel » qui peuvent
adsorber des drogues de différents type et les relarguer au site de
dilatation), et les ballons de délivrance locale (channel ballon,
Wolinski,..) au travers desquels on peut perfuser, dans la paroi
artérielle, certaines substances (oligonucléotides, héparine ou
donneur de NO...).
C - PLACE ACTUELLE DE L’ANGIOPLASTIE
PAR BALLONNET
:
Les résultats cliniques de l’angéoplastie endoluminale percutanée
(AEP) varient en fonction d’un certain nombre de facteurs, au sein
desquels les plus importants sont le type de la lésion traitée et
surtout l’artère considérée.
En première approche, on peut
considérer que les résultats sont meilleurs si l’artère est de gros
calibre et si le flux est important.
Cela vient du fait que le flux
élevé réduit l’hyperplasie intimale par réduction des forces de
cisaillement, et qu’une croissance cellulaire myo-intimale
comparable aura moins de retentissement hémodynamique sur une
artère de gros calibre.
Après un bref rappel technique nous exposerons successivement
les résultats publiés territoire par territoire.
Généralités sur la technique de l’angioplastie
:
La procédure d’angioplastie suit toujours les étapes suivantes :
cathétérisme prudent de la sténose par un guide souple, montée
du ballon sur le guide et inflation en regard de la sténose.
Après
déflation, guide en place, on réalise le premier contrôle angiographique.
On fait ensuite un nouveau contrôle en retirant le
guide et la procédure est terminée.
S’il existe une irrégularité
pariétale à type de dissection, une inflation prolongée à basse
pression sera tentée. Enfin, on discute la pose d’une endoprothèse
s’il existe une dégât pariétal important (dissection) ou une sténose
résiduelle hémodynamique (gradient).
La place des endoprothèses
sera discutée territoire par territoire dans les paragraphes suivants.
Il faut savoir, qu’actuellement, la tendance est de plus en plus à
réaliser l’angiographie diagnostique et le traitement endovasculaire
dans le même temps, ce qui est possible grâce à l’échodoppler
préartériographie qui guide le geste diagnostique et thérapeutique.
* Étage iliaque :
C’est certainement là que la technique d’angioplastie donne les
meilleurs résultats et qu’elle est le plus souvent pratiquée.
2- Résultats immédiats
:
Le taux de succès angiographique est de 89 à 97 %, avec un succès
clinique immédiat entre 70 et 95 %, actuellement plus proches des
valeurs hautes grâce à d’importants progrès sur les matériels
(cathéters souples et de petits calibres, guides hydrophiles...), et à
une meilleure expérience des opérateurs. Ce dernier élément est
particulièrement sensible en matière de recanalisation d’occlusion
chronique.
La qualité du résultat clinique immédiat est liée d’une
part à la qualité du succès hémodynamique au site dilaté, mais
aussi à la perméabilité des artères d’aval, et cela quel que soit le
stade clinique préthérapeutique.
Les quelques cas d’échecs initiaux qui persistent à cet étage sont
certaines occlusions longues et anciennes surtout si elles sont
calcifiées.
Les complications sont évaluées à environ 6 %, représentées par
les hématomes, fistules artérioveineuses ou faux anévrysme au
point de ponction, et par les exceptionnelles embolies distales.
La
mortalité est très faible, le décès étant lié en général à une
complication au point de ponction, ou à une allergie grave à l’iode.
* Résultats à long terme, facteurs pronostiques
et aspects économiques :
La perméabilité à 2 ans est de 81 %.
La perméabilité à 5 ans varie
en fonction du type de lésion traité entre 70 et 85 %.
À plus
long terme, des taux de perméabilité primaire de 85 à 90 % à 7 ans
ont été rapportés.
Les facteurs prédictifs de succès à long
terme sont le siège (60 % à 5 ans pour une sténose en iliaque
primitive contre 47 % en iliaque externe) pour Johnston et le stade
clinique initial.
Nous avons déjà souligné le rôle que la
qualité du lit d’aval joue sur les résultats immédiats et à long
terme.
En terme de coût, l’angioplastie est reconnue comme moins coûteuse que la chirurgie de revascularisation (moindre
durée d’hospitalisation, moindre immobilisation, moindre morbimortalité)
comme cela a été démontré par Doubilet ou
Kinnison.
En particulier, l’étude de Doubilet a parfaitement
mis en évidence l’intérêt économique d’une stratégie angioplastie
première, chirurgie en cas d’échec primaire ou secondaire.
* Indications en 1998
:
On peut considérer que la très grande majorité des lésions iliaques
sont techniquement accessibles à l’angioplastie : sténoses de tout
type, occlusions, lésions iatrogènes postcathétérisme, plaques
emboligènes, et il faut plutôt garder en mémoire certaines contreindications.
On retiendra les occlusions longues et anciennes, les
sténoses tubulaires longues, d’artérite engainante iliaque externe,
du sujet jeune fumeur, les bourgeons calcaires disséminés qui sont
plus volontiers des indications de pontage car l’angioplastie, même
avec les endoprothèses, donne des résultats décevants à long terme.
Il faut savoir
aussi tenir compte de la diffusion des lésions, et en particulier de
l’état de l’axe controlatéral pour proposer, dans certains cas, un
traitement chirurgical qui traitera les deux côtés en même temps.
3- Étage fémoropoplité
:
C’est dans ce territoire que la première angioplastie a été faite par
Dotter en 1964.
Avant de présenter les résultats et les indications
de l’angioplastie à cet étage, rappelons que l’artère fémorale
superficielle est une artère de passage, qu’elle est aussi une des
artères les plus longues de l’organisme et qu’elle présente la
particularité de pouvoir être très bien compensée par la fémorale
profonde.
Le traitement des lésions fémorales superficielles au
stade de claudication est encore sujet à controverse, car certains
pensent, qu’à ce stade, la rééducation par la marche et la
suppression des facteurs de risque peuvent à eux seuls permettre
une augmentation du périmètre de marche.
Par conséquent,
actuellement, un traitement invasif endovasculaire n’est proposé
qu’en cas de claudication intermittente invalidante après un essai
de rééducation, sur une durée d’au moins 3 mois.
Lorsque la
clinique est plus sévère (troubles trophiques, douleur de décubitus)
les indications sont plus larges.
En respectant cette conduite
thérapeutique, c’est environ chez 25 % des patients que l’on va
finalement être amené à faire une artériographie pour discuter un
geste invasif chirurgical ou radiologique.
* Résultats immédiats et à long terme
:
La mortalité est de 0,5 %, la morbidité est de 5 à 10%, dont 2,4 %
de complications nécessitant un traitement chirurgical.
Les études publiées font état de taux de perméabilité différents
parce que les patients inclus sont différents d’une étude à l’autre
(stade de Leriche, diabète, caractéristiques morphologiques des
lésions), mais aussi pour des raisons méthodologiques (critères de
perméabilité).
À titre d’exemple, on peut citer l’étude de Matsi qui,
dans une série de 140 angioplasties fémoropoplitées consécutives,
montre que la perméabilité à 3 ans varie de 42 à 82 % en fonction
des critères utilisés pour l’apprécier...
Dans la littérature, la
perméabilité à 1 an varie entre 48 et 81 % et la perméabilité à 5 ans
entre 40 et 67 %.
Pour essayer de s’affranchir de ce problème méthodologique, Adar
réalise une méta-analyse basée sur 12 articles de la littérature, et trouve
ainsi des chiffres de perméabilité qui sont probablement les plus
fiables : à 3 ans, la perméabilité est de 62 % ± 9 % pour les
patients claudicants et de 43 % ± 7 % pour les patients en sauvetage
de membre.
* Facteurs
pronostiques et indications en 1998 :
On a souligné la perméabilité obtenue à cet étage en
fonction du stade clinique.
En résumé, l’expérience clinique et
l’analyse de la littérature montrent que les meilleurs candidats à
l’angioplastie fémoropoplitée sont les patients claudicants non
diabétiques, ayant une sténose courte, avec peu d’atteinte
athéromateuse et un bon lit d’aval.
Par exemple, les
lésions de moins de 5 cm évoluent mieux que les lésions de plus
de 10 cm, les lésions de plus de 10 cm ayant seulement une
perméabilité de 20 % à 1 an.
Si l’on compare, à cet étage, les résultats de l’angioplastie à ceux
de la chirurgie de pontage, en intégrant les avantages des
méthodes endovasculaires (moindre morbi-mortalité, moindre coût
immédiat), mais aussi ses inconvénients (traitement d’une ou deux
lésions cibles, alors que les pontages « traitent » tout l’axe), un
consensus que nous suivons quotidiennement peut être proposé
(recommandations 1991 de la Society of cardiovascular and
interventional radiology (SCVIR) et 1994 de l’American heart
association).
Chez les patients symptomatiques, il est
raisonnable de proposer une angioplastie en première intention en
cas de lésion courte isolée avec un bon lit aval, ainsi qu’aux
patients qui ont de « moins bonnes » lésions mais qui sont à haut
risque de chirurgie.
On réservera la chirurgie de première intention
aux lésions diffuses chez les patients opérables.
Enfin signalons le cas de l’ischémie critique, dans lequel le
consensus européen a prescrit l’utilisation des méthodes
percutanées de première intention avant les méthodes
chirurgicales.
4- Étage sous-poplité
:
Grâce aux ballonnets de petite taille, il est possible de réaliser des
angioplasties au niveau des troncs jambiers.
Il faut d’emblée
souligner que ces interventions ne se conçoivent que pour des patients cliniquement sévères, en particulier pratiquement
uniquement en cas d’ischémie critique.
Rappelons aussi qu’il s’agit
le plus souvent de patients diabétiques dont on connaît la gravité
des lésions artérielles jambières.
Sivanathan rapporte les résultats du suivi de 38 patients (73 artères
de jambes dilatées), et retrouve un taux d’amélioration clinique de
58 % à 13 mois, Wack suit 42 patients et rapporte un taux de
sauvetage de membre de 82 % à 2 ans.
En revanche, Treiman
qui suit 25 patients rapporte un taux de succès clinique à 59 % à 1
an et seulement de 20% à 3 ans.
Il recommande une grande
prudence dans les indications à cet étage, et préfère la chirurgie de
pontage le plus souvent possible.
En fait, l’angioplastie permet le plus souvent d’obtenir la
cicatrisation d’un trouble trophique, mais ses résultats sont parfois
temporaires, en rapport avec la petite taille des vaisseaux
concernés, leur faible flux et la diffusion des lésions.
En pratique,
ces patients doivent être discutés avec le radiologue et le
chirurgien, car chaque cas est particulier.
En fonction de l’état
général, du capital veineux et de la diffusion des lésions, les
méthodes percutanées doivent être proposées en première
intention en ayant conscience du fait que la chirurgie sera réalisable
en cas de récidive ou d’échec clinique.
Endoprothèses
:
A -
RAPPEL HISTORIQUE
:
Dotter, en 1964, en analysant les premiers échecs de l’angioplastie,
a pu poser les jalons d’une autre avancée majeure dans le
domaine : les endoprothèses artérielles.
Il écrit en effet : « une fois
qu’un passage a été créé à travers le segment artériel occlus, une redilatation ou l’emploi d’un implant temporaire endovasculaire
pourrait maintenir un chenal adéquat jusqu’à ce que la fibrose
naturelle et la réintimalisation se fassent ».
Il ajoute aussi « nous
pensons que la réintimalisation se produira grâce aux tissus
propres du patient, comme sur les fibres d’une prothèse
plastique ». Après une première expérimentation animale
décevante (un fort taux de thromboses aiguës était lié au caractère
non ajouré des tubes implantés), une longue période de latence
s’est écoulée entre 1969 et 1982, et ce n’est finalement qu’en 1983
que le transfert de technologie de l’industrie militaire vers le
biomédical a permis à Dotter et à Cragg de disposer d’un alliage
métallique à mémoire thermique de forme qui avait été développé
par l’US naval ordinance laboratory dans les années 1950.
B - BASES PHYSIOPATHOLOGIQUES D’UTILISATION
:
On sait que l’angioplastie peut être obérée par l’échec immédiat et
la resténose à moyen terme. L’échec immédiat postangioplastie est
lié, par ordre de fréquence, à la dissection occlusive, au retour
élastique de la paroi artérielle (elastic recoil) et plus rarement au
spasme artériel.
Dans les artères périphériques, on estime la
survenue d’une occlusion aiguë entre 1 et 2 % des cas. Pour
l’angioplastie iliaque en particulier, il semble que le taux de
dissection extensive compromettant le flux représente 4 à 5% des
cas au maximum.
Lors des angioplasties coronaires, l’occlusion
aiguë représenterait 2 à 8% des cas, et serait liée pour moitié aux
dissections extensives.
La dissection extensive occlusive est
en fait l’exagération du mécanisme de base de l’angioplastie
(fracture de la plaque, dissection médiale localisée et augmentation
du diamètre luminal).
La resténose tardive (de quelques semaines à 6 mois) est, elle, en
relation avec le retour élastique, la reprise d’une fonction
contractile des cellules musculaires lisses et la réponse
restructurante pariétale à la dilatation, incluant la réponse
proliférative fibrocellulaire et le remodelage (hyperplasie myointimale).
Cette réaction de la paroi artérielle est comparable à celle
que l’on connaît depuis longtemps après traumatisme chirurgical
(endartériectomie, suture).
En résumé, le stent s’oppose au retour élastique de la paroi
(meilleur gain initial en diamètre) et « réaccole » les dégâts
pariétaux obstructifs.
Ces deux effets sont partiellement obérés par
leur thrombogénicité (risque d’occlusion aiguë) et par une certaine
potentialisation de la croissance néo-intimale dans certains
territoires (coronaires, fémorales superficielles).
Le bénéfice en
terme de resténose s’explique donc, là où il est démontré, par un
meilleur gain luminal immédiat que la réponse hyperplasique ne
réduit que partiellement.
C - CLASSIFICATION
:
Un grand nombre de stents différents sont aujourd’hui
disponibles : certains sont encore en phase d’étude expérimentale,
d’autres sont couramment utilisés en pratique clinique.
La seule
constante que l’on puisse retenir aujourd’hui est que tous les stents
utilisés en clinique sont métalliques, car seul le métal peut offrir
des constantes mécaniques suffisantes sans nécessiter l’utilisation
d’un implant de trop grosse taille.
Les stents peuvent être classés de différentes manières.
Selon le
métal utilisé (acier chirurgical 316 L pour le Palmazt, le Perflext
ou le Gianturcot ; Tantale pour le Streckert ; stents Nitinol pour le
Craggt, le Memothermt ; aciers au cobalt pour le Wallstentt) selon
le mode de largage du stent (stents largables sur ballon type
Palmazt, Perflext ou Streckert ; ou stent autoexpansibles comme
le Craggt stentt, le Memothermt...).
On peut aussi distinguer les stents en fonction de leurs caractéristiques physiques, comme la
rigidité ou leur ferromagnéticité.
On distingue alors les stents très
rigides (Palmazt) des stents semi-souples (Perflext, Streckert,
Gianturcot) ou très souples (Wallstentt).
Les stents
ferromagnétiques sont ceux qui sont en acier, les non
ferromagnétiques sont les stents en Tantale ou en Nitinol.
D - RÉSULTATS, INDICATIONS ET LIMITES EN 1998
:
1- À l’étage iliaque
:
La pose de stent à l’étage iliaque s’est révélée, ces dernières années,
comme donnant d’excellents résultats tant en ce qui concerne le
taux de resténose faible que le taux d’occlusion aiguë.
Par exemple, avec le Wallstentt la resténose atteint un taux de 17 %
dans notre expérience, au cours d’un suivi angiographique moyen
de 29 mois, et l’on retrouve des chiffres compris entre 8 et 13 % à
2 ans.
Avec d’autres stents, les taux sont comparables :
16 % sur un suivi angiographique moyen de 17 mois dans notre
expérience avec le Streckert et 8 % à 9 mois avec le Palmazt.
Le taux de réocclusion est environ égal à 10 %.
Le succès clinique prolongé est obtenu chez 70 à 86 % des patients
à long terme (4 ans), et l’on sait maintenant clairement que
les meilleurs résultats sont obtenus chez les patients ayant une
atteinte proximale isolée, les diabétiques ayant une mauvais
évolution à long terme.
Les facteurs prédictifs de succès angiographique sont la longueur
de la lésion initiale, comme après angioplastie simple, la
qualité du lit d’aval comme cela est connu sur des modèles
animaux.
La taille du stent implanté est également
importante. Parmi les facteurs de risques d’athérosclérose,
seul le tabac joue un rôle net sur l’évolution morphologique après
pose de stent iliaque, comme c’est le cas pour la chirurgie de
pontage.
Enfin, soulignons le rôle de la combinaison des facteurs de risques :
les patients présentant la réunion des cinq facteurs de risque ont
une perméabilité seulement de 25 % à 6 mois, alors que ceux qui
n’en ont aucun ont une perméabilité de 90 % à 6 ans.
En termes d’indication, les endoprothèses ont une place à la fois
en cas d’échec d’angioplastie (dissection, retour élastique), mais
aussi devant certaines lésions où leur mise en place est indiquée
systématiquement (occlusion chronique).
Dans le premier cas la
pose du stent est décidée au cours de la procédure, alors qu’aucun
argument clinique ou morphologique ne permet de prévoir qu’un
échec d’angioplastie va survenir.
Dans le deuxième cas, au
contraire, la pose de stent est prévue d’emblée, et la sélection des
patients reposant sur les critères prédictifs de succès à long terme
peut être avantageusement utilisée.
Enfin, la question de savoir si toute angioplastie iliaque doit
entraîner la pose de stent a été tranchée récemment dans une étude
néerlandaise.
Les auteurs ont étudié deux stratégies par tirage
au sort : angioplastie et stenting systématique versus angioplastie
et pose de stent seulement si un gradient significatif de pression
translésionnelle persiste après l’angioplastie.
La perméabilité
clinique est équivalente à 1 an dans les deux groupes, mais dans le
deuxième, seuls 40 % des patients sont « stentés », et on épargne
ainsi six poses de stent sur dix, ce qui représente une économie
substantielle.
La question de la prévention de la resténose par pose de stent à
l’étage iliaque n’est aujourd’hui pas tranchée.
La principale raison
est certainement le fait que la resténose à cet étage n’est pas au
premier plan des préoccupations parce qu’elle n’est pas fréquente.
Au contraire c’est plutôt l’évolution de la maladie sur d’autres sites
qui obère, chez certains patients, des résultats qui localement sont
très bons.
En résumé, il est évident que l’angioplastie iliaque a été
transformée depuis que les endoprothèses sont disponibles, et l’on
ne peut concevoir de pratiquer ces techniques en 1998 sans avoir à
sa disposition ce type de matériel.
2- Résultats à l’étage fémoropoplité
:
Au contraire de l’axe iliaque, la pose d’un stent dans l’artère
fémorale superficielle est beaucoup moins satisfaisante, car elle
entraîne un taux important de thrombose aiguë et de resténose à
moyen terme.
La thrombose aiguë est vraisemblablement liée à la thrombogénicité propre du métal, au faible flux et au petit calibre
de l’axe fémoropoplité.
Son incidence varie selon les auteurs et le
type de stent utilisé entre 15 et 19 % pour le Wallstentt, entre 3 et
6 % pour le Palmazt et 6 % pour le Streckert.
Les résultats à moyen terme donnent une perméabilité primaire à
1 an comprise entre 49 et 61 % pour le Wallstentt et de 80 % avec
le Palmazt et le Streckert.
La perméabilité secondaire à 1 an est de 67 à 84% avec le Wallstentt, de 96 % avec le Palmazt, de 80 % à 1 an avec le
Streckert
Les facteurs prédictifs de perméabilité sont des paramètres
anatomiques et lésionnels.
Pour Henry, dans une série de 126
patients, elle est moins bonne pour les occlusions que pour les
sténoses, comme c’est connu pour l’angioplastie fémorale
superficielle.
Pour notre part, nous avons démontré que les
artères de moins de 5 mm resténosent plus que les artères plus
larges, et cet élément est en accord avec nos résultats à l’étage
iliaque.
Là aussi, cette différence est probablement liée à la
différence de force de cisaillement.
Le rôle du nombre de stents implantés est aussi retrouvé par Henry
pour qui un stent unique donne une meilleure perméabilité.
De
même, la longueur de la lésion est elle-même corrélée au pronostic,
sachant qu’une lésion longue resténosera plus qu’une lésion
courte, ce qui est connu en angioplastie fémoropoplitée.
Un
mauvais lit d’aval est aussi un facteur de mauvais pronostic.
Le rôle du régime anticoagulant et antiagrégant est très important
à ce niveau. Strecker a démontré que les patients sous antivitamine
K (AVK) ont une perméabilité de 93 % alors que les patients sous
aspirine seule n’ont une perméabilité que de 70 %.
Malheureusement, dans notre expérience comme dans la
littérature, il est clair que la prise d’AVK entraîne un nombre non
négligeable de complications hémorragiques graves, et il ne nous
paraît pas fondé de prescrire ce type de drogue en routine.
Seul
dans des cas sélectionnés (ischémie critique et mauvais lit d’aval),
une telle attitude peut tout de même être proposée.
En revanche,
une des voie d’avenir est probablement une association type
aspirine Ticlidt, qui semble avoir résolu le problème des
thromboses aiguës des stents coronaires.
En résumé, à l’étage fémoropoplité, le fort taux d’occlusion aiguë
et de resténose incite à une grande prudence dans l’utilisation des
endoprothèses.
On réserve la pose de stent aux situations de
sauvetage après angioplastie (bail-out), tant que des implants
moins thrombogènes et entraînant moins d’hyperplasie n’auront
pas été mis au point.
Méthodes de désobstruction
des thromboses aiguës :
A - FIBRINOLYSE LOCALE
:
1- Contexte clinique et bases d’utilisation
:
L’occlusion artérielle aiguë est une pathologie grave,
compromettant le pronostic fonctionnel d’aval, et le pronostic vital
à court terme par les troubles métaboliques (hyperkaliémie, acidose
métabolique, insuffisance rénale), et la décompensation de tares
viscérales sur ces terrains souvent fragiles.
Le traitement doit être
rapidement efficace, en restaurant une perméabilité artérielle
satisfaisante et en traitant la cause pour éviter la récidive.
La cause
peut siéger au site même de l’occlusion (thrombose in situ), celle-ci
étant alors en général favorisée par un bas débit ou, au contraire,
provenir d’une lésion d’amont (embolie d’origine cardiaque ou
aortique).
La fibrinolyse locale proposée en 1974 par Dotter consiste à
administrer une drogue fibrinogénolytiques en perfusion locale
pour éviter la fibrinolyse générale.
La technique employée dépend
des habitudes de l’opérateur, de l’indication anatomique et de
critères pratiques.
Tous les fibrinolytiques utilisés sont des
activateurs du plasminogène et entraînent la formation de
plasmine, enzyme protéolytique ayant la propriété de dégrader les
mailles de la fibrine en produits de dégradation. Par ailleurs,
différents systèmes de perfusions locales sont disponibles.
2- Drogues utilisées
:
On distingue les drogues naturelles et les drogues obtenues par
génie génétique.
La streptokinase est dérivée du streptocoque â
hémolytique du groupe C, c’est un activateur exogène du
plasminogène dont les inconvénients sont une faible spécificité
pour la fibrine du caillot, et un caractère fortement antigénique
(risque de choc anaphylactique, réutilisation impossible).
L’urokinase est un activateur endogène du plasminogène, produit
par génie génétique. Elle n’est pas antigénique, mais son prix est
beaucoup plus élevé que celui de la streptokinase, tout en n’ayant
pas plus de spécificité pour le caillot.
L’activateur tissulaire du plasminogène (rTPA) est une sérine protéase recombinante non
antigénique obtenue par génie génétique.
Elle possède une grande
affinité pour la fibrine du thrombus, ce qui réduit a priori les
risques de fibrinogénolyse générale.
Son coût était très élevé
jusqu’à maintenant même par rapport à l’urokinase, ce qui a réduit
son application en pratique clinique. Une réduction récente des
coûts pourrait faire reconsidérer son intérêt.
3- Cathéters et techniques d’administration
:
On peut perfuser le fibrinolytique soit de façon continue, soit en
technique pulsée dite pulse-spray.
Dans le premier cas, on peut
utiliser un protocole sur 1 à 4 jours, ou un protocole dit haute dose
initié par Mac Namara où, par exemple, une dose de 1 million
d’unités d’urokinase est administrée sur 4 à 6 heures. Nous
avons l’expérience du protocole à haute dose qui est réalisé sur
une journée et donne de bons résultats avec très peu d’accidents.
La technique pulsée grâce à des cathéters multiperforés consiste à
injecter, sous pression au sein du thrombus, de petits flushs de
fibrinolytique.
Cette technique est réputée réduire le temps de
procédure et les doses totales de fibrinolytiques, mais elle implique
l’utilisation de cathéters plus coûteux que les techniques
standards.
4- Indications et résultats
:
Il est à
noter que l’absence de fibrinolyse générale réduit le risque de
complication hémorragique, et donc permet d’assouplir certaines
de ces contre-indications.
Les contre-indications cliniques sont
l’absence de symptomatologie sévère après traitement médical, et
surtout l’ischémie sensitivomotrice, car ce type de traitement n’agit
pas assez vite pour éviter la nécrose tissulaire.
Le taux de reperméabilisation est équivalent dans les thromboses
in situ et dans les embolies, et est évalué entre 80 et 90 % avec
l’urokinase. Les résultats à long terme sont liés aux lésions
sous-jacentes, et il est démontré que la découverte d’une lésion
causale qui peut être dilatée est un facteur de bon pronostique.
Dans les pontages, la fibrinolyse locale est pour nous la méthode
de choix, et les critères pronostiques sont l’existence d’un moignon
visible et la découverte d’une lésion causale accessible à un
traitement.
Les complications hémorragiques sont évaluées entre 3 et 6 % avec
l’urokinase, en protocole à haute dose.
L’emploi de streptokinase
ou d’urokinase à faible dose entraîne des complications plus
fréquentes. Le risque d’embolie distale est compris entre 11
et 14 %, mais est le plus souvent résolu par poursuite de la
fibrinolyse ou l’association à la thromboaspiration.
Dans notre expérience, depuis plus de 5 ans d’emploi du protocole
à haute dose à l’urokinase, aucun décès par complication
hémorragique n’a été enregistré.
B - MÉTHODES DE DÉSOBSTRUCTION MÉCANIQUES
:
Plusieurs méthodes mécaniques d’usage percutané sont venues
concurrencer la classique technique chirurgicale de Fogarty ces
dernières années. La plus simple est certainement la
thromboaspiration décrite initialement par Starck et appliquée couramment dans
notre expérience pour les occlusion artérielles aiguës, qu’elles
soient liées à une embolie sur artère saine ou par thrombose in
situ.
Cette technique
consiste à venir aspirer le thrombus au site occlus, grâce à une
sonde à large lumière et à bout mousse.
On ramène ainsi,
en plusieurs passages, la totalité du thrombus à l’extérieur, tout
en se guidant sous scopie et en utilisant pour rendre les
manipulations peu traumatiques des guides et des cathéters angulés.
Dans notre expérience, les
occlusions récentes (datant de moins de 10-15 jours) et courtes
(inférieures à 10 ou 15 cm) sont celles dans lesquelles les meilleurs résultats sont obtenus, au moyen d’une procédure qui dure en
général 20 à 30 minutes.
Dans les occlusions in situ les résultats
sont moins bons, au prix de procédures souvent plus difficiles,
mais les techniques concurrentes type Fogarty sont très limitées
dans ces occlusions.
En ce qui concerne les complications, le plus important à retenir
pour le clinicien est l’importance du point de ponction.
Les
hématomes diagnostiqués trop tard sont à la fois plus fréquents et
plus graves chez les patients âgés qui tolèrent mal la spoliation
sanguine et l’instabilité hémodynamique, mais qui ont aussi des
artères rigides et calcifiées difficiles à comprimer et des troubles
des fonctions supérieurs qui empêchent le respect des consignes
de décubitus.
La technique de thromboaspiration doit être proposée devant toute
occlusion artérielle sévèrement symptomatique, ni trop longue ni
trop ancienne.
Si la symptomatologie s’est franchement amendée
sous héparine, et que la situation angiographique n’apparaît pas
très favorable, ou pourra surseoir à la revascularisation.
D’autre méthodes mécaniques ont été proposées soit basées sur
l’effet Venturi, soit sur l’effet vortex.
Ces systèmes sont coûteux et
n’ont pas clairement fait la preuve de leur supériorité par rapport
à la thromboaspiration ou à la fibrinolyse.
À titre d’exemple on
peut décrire l’hydrolysert (Cordis) qui est un cathéter de 7 F qui
fonctionne sur la création d’un effet Venturi en bout de cathéter, et
qui permet de réaspirer les débris de caillot.
Son avantage est un
coût relativement faible car ne nécessitant pas une console spéciale,
son inconvénient principal est le risque d’embolies distales.
C - SYNTHÈSE SUR LES INDICATIONS RESPECTIVES
DES DIFFÉRENTES TECHNIQUES :
L’occlusion artérielle aiguë doit être traitée en urgence ou en semiurgence.
Il est certain que les stratégies sont variables en fonction
des équipes.
Nous donnerons notre expérience constituée sur plus
de 15 ans de pratique quotidienne au sein d’une équipe
multidisciplinaire.
Les occlusions aiguës de pontages sont au
mieux traitées par fibrinolyse en protocole à haute dose.
Les
thromboses in situ ou les embolies récentes (de moins de 15 jours)
et courtes (inférieures à15 cm) doivent être traitées par thromboaspiration de première intention.
Si les lésions sont plus
longues ou plus anciennes, la fibrinolyse locale première permet
d’obtenir de bons résultats en complétant le plus souvent par une thromboaspiration.
Autres méthodes mécaniques
de désobstruction des lésions
oblitérantes chroniques :
A - ATHÉRECTOMIE DIRECTIONNELLE
:
L’athérectomie directionnelle trouve son intérêt théorique dans la
résection sélective de la plaque athéroscléreuse, en réduisant le
traumatisme pariétal.
Le cathéter de Simpson permet, au moyen
d’une fenêtre à guillotine plaquée sur la lésion par un ballon gonflé
à basse pression, de réséquer la plaque et de la ramener à
l’extérieur.
On n’emploie ce type d’approche qu’à l’étage fémoropoplité ou sur des artères iliaques de petit calibre.
Les
résultats de la méthode sont masqués par la nécessité
d’angioplastie complémentaire dans de nombreux cas.
Il s’agit
d’une technique coûteuse et difficile à mettre en oeuvre, dont les
résultats ne sont pas meilleurs, en particulier en terme de resténose
que l’angioplastie simple.
Elle n’est donc pas utilisée en routine.
Son intérêt clinique actuel reste l’ablation de lésion type
hyperplasie, en particulier à l’intérieur de stents précédemment
posés.
B - ATHÉRECTOMIE ROTATIONNELLE
:
Il s’agit d’une méthode permettant la pulvérisation de la plaque
par une fraise diamantée de petit calibre tournant à très haute
vitesse.
On recrée donc un chenal utile que l’angioplastie
complémentaire va élargir ensuite.
Les complications sont
l’hémoglobinurie et le spasme distal (phénomène de no reflow). Les
résultats rapportés sont un succès primaire de 95 % et un taux de
resténose de 24 %.
Nous réservons cette méthode aux lésions
distales calcifiées, en particulier chez le diabétique, car ces lésions
sont résistantes à l’angioplastie simple et que le Rotablator donne
dans ces indications de bons résultats.
Conclusion
:
Il est clair que les thérapeutiques endovasculaires ont pris, ces
dernières années, un importance croissante dans la prise en charge
des lésions artérielles oblitérantes aiguës et chroniques.
L’approche
multidisciplinaire pour la prise en charge de ces patients polyvasculaires est fondamentale et la discussion doit être menée,
dans chaque cas particulier, pour permettre un choix rationnel entre
traitement médical, traitement chirurgical et revascularisation
radiologique endovasculaire.
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