Réadaptation fonctionnelle de l’amputé vasculaire Cours de Angéiologie
Données épidémiologiques
et facteurs pronostiques
:
Il y a une grande dispersion des sources d’information statistique :
un amputé pour 1 000 habitants en France, 6 000 amputations par
an dont 70 % de cause vasculaire, 85 % des patients ont plus de
60 ans, dont 1 500 AF par an, 2 à 3 000AT par an.
L’âge apparaît comme un facteur de pronostic fonctionnel
important et de pronostic vital indéniable.
Le pronostic fonctionnel est meilleur pour les AT que pour les
AF.
Une étude anglaise ne montre pas de différence significative
d’autonomie entre AF et AT mais, dans cette étude, seuls les AF les
plus dynamiques sont appareillés.
La survie est meilleure chez les amputés qui utilisent leur
prothèse.
Une amputation de Gritti serait préférable à une amputation tibiale
chez les patients grabataires.
L’analyse des causes d’échec de la réadaptation est un bon
révélateur des points fondamentaux à prendre en compte :
– un moignon défectueux, une mauvaise estimation du handicap
par l’équipe, l’isolement social, la non-prise en charge des
problèmes psychologiques ou des douleurs ;
– un appareillage trop peu ou, au contraire, trop performant, un
patient ne gérant pas correctement son appareillage ;
– les complications générales (insuffisance cardiaque, thrombose
veineuse, prise de poids, alitement, interventions...) déstabilisent
le moignon.
Grandes règles de l’amputation
:
Il ne faut pas laisser passer le moment de l’amputation chez des
patients souvent épuisés et, essayer de garder le genou.
Chez les patients très âgés, faire un « beau moignon » d’emblée
paraît logique car les délais de cicatrisation des moignons
ischémiques sont difficilement tolérables :
– le niveau optimal de l’amputation tibiale se situe à l’union du
tiers supérieur et du tiers moyen, avec une nécessaire recoupe
tibiale selon l’angle de Farabeuf et une recoupe du péroné 2 cm
au-dessus du tibia. L’absence de recoupe tibiale est à l’origine de
très fréquents problèmes d’appareillage ;
– en cas d’amputation fémorale, plus le moignon est long, meilleur
est le guidage de la prothèse.
Trois phases de la rééducation
de l’amputé :
A - EN COURT SÉJOUR
:
Parallèlement aux pansements, à la rééquilibration nutritionnelle
et cardiaque, au traitement des douleurs (le plus souvent par des
antalgiques majeurs), la rééducation est débutée.
Elle comprend la
lutte contre les attitudes vicieuses (flessum de hanche et de genou),
la surveillance de l’état trophique (en particulier du membre
restant), l’entretien respiratoire et musculaire, le travail des
transferts avec l’apprentissage du maniement du fauteuil roulant,
le lever précoce avec déambulateur et parfois un appareillage
plâtré provisoire.
Les contre-indications à la poursuite de la rééducation sont : un
état grabataire définitif, une insuffisance cardiorespiratoire trop
importante, la démence.
Les cas particuliers (séquelles d’accident
vasculaire cérébral, biamputation) feront l’objet d’une étude, cas
par cas, en fonction de la demande du patient et de son adaptation
au premier handicap.
L’âge n’est pas une contre-indication à
l’appareillage.
Parfois, un retour à domicile, en hospitalisation à domicile (HAD),
permettra à un patient très affaibli, de récupérer, entouré par sa
famille et de pouvoir ensuite être appareillé en centre.
B
- EN CENTRE DE RÉADAPTATION FONCTIONNELLE :
L’amputé entre dans une phase d’éducation, d’appareillage et
d’autonomisation préparant la réinsertion.
Dès la première réunion de l’équipe du centre, un bilan complet
est réalisé, envisageant les possibilités de réinsertion, en tenant
compte du fait que le patient âgé a souvent un conjoint du même
âge.
Le patient isolé sera souvent placé en hébergement collectif.
Les techniques utilisées en court séjour sont reprises et intensifiées :
lutte contre les attitudes vicieuses, lever et déambulation précoces
avec un appareil dès que cela est possible, rééducation
cardiorespiratoire à l’effort et vasculaire du membre restant. Nous développons
ci-après les points essentiels de cette réadaptation.
1- Prise en
charge psychologique :
Elle est
réalisée par l’équipe au courant des objectifs, renforcée par le
psychologue, voire le psychiatre.
Cette étape est
nécessaire, car tout amputé, y compris celui qui a été soulagé par
l’amputation, doit faire son deuil.
Plusieurs étapes
plus ou moins marquées ont été décrites : celle du refus et de la
négation, puis une phase de colère et d’agressivité contre la
famille et le médecin, enfin une dépression réactionnelle qui peut
être masquée.
Le travail de
groupe en rééducation et ergothérapie facilite l’acceptation de
l’amputation.
La famille doit également faire son deuil. L’équipe
soignante peut, après une phase d’optimisme, présenter une phase
de rejet si les espoirs fonctionnels sont déçus, aggravant ainsi l’état
dépressif du patient.
2- Prise en charge des douleurs
:
Les sensations de membre fantôme retrouvées chez 75 % des
patients, s’améliorent avec le port de la prothèse.
L’« algohallucinose », véritable douleur de membre fantôme,
présente jour et nuit, constitue chez 25 % des sujets un frein à la
réadaptation, elle fait l’objet d’un traitement médical et
physiothérapique (neurostimulation transcutanée).
Les douleurs
locales, par conflit avec la prothèse, sont fréquentes.
Parmi les
causes plus rares on trouve : le névrome, l’algoneurodystrophie,
les douleurs projetées (sciatiques...), les douleurs référées
(coxarthrose...).
3- Amaigrissement et stabilité du moignon
:
Cette phase est primordiale.
En cas de moignon ischémique, la
diminution de l’oedème se fait par le drainage lymphatique
manuel.
Dans les autres cas, une contention est appliquée, d’abord
le jour, puis jour et nuit, et quand le patient ne porte pas sa
prothèse.
On utilise soit une bande élastique, soit des bonnets élastocompressifs.
L’utilisation d’emboîtures plâtrées contentives
permet d’accélérer, en outre, la cicatrisation.
4- Appareillage
:
Il est bien connu.
L’essentiel, pour les différents intervenants qui
ont peu d’amputés dans leur clientèle, est de savoir :
– que la première prothèse doit être réalisée en CRRF spécialisé ;
– qu’un AT non cicatrisé peut marcher avec un appareil de
décharge ;
– que l’exactitude du chaussage est capitale. Le moignon étant
souvent instable, l’appareillage doit être adapté de façon
quotidienne grâce à l’adjonction d’épaisseurs dans l’emboîture
inextensible ;
– à qui se référer en cas de problème ? on peut demander un avis
à une consultation d’appareillage émanant du CRRF ou au centre
d’appareillage des Anciens combattants de la région ;
– que l’appareil doit être adapté à chaque patient.
La prescription
est soumise à une entente préalable selon le cahier des charges du
Tarif interministériel des prestations sanitaires (TIPS).
Pour les AF, l’association : légèreté, confort, sécurité, chaussage
facile serait l’idéal. Une emboîture dite « à ischion intégré »(non
encore agréée), moulant avec exactitude le fémur, permet un
meilleur guidage et un meilleur confort en position assise.
Pour
permettre un chaussage facile, un manchon viscoélastique (non
encore référencé) permet un chaussage par déroulement sur le
moignon en position assise, l’accrochage se faisant sur l’emboîture
par un système de fixation terminale.
Chez la personne âgée, un
alignement spécifique avec une légère triple flexion donnée à
l’ensemble et une ligne de charge avancée, assureront un effet
pilon.
Pour les AT, la réalisation d’une prothèse tibiale contacte en résine
fine avec pied gériatrique de 1,2 kg ne pose pas de problème si le
moignon est de bonne qualité.
Un manchon en silicone standard
ou sur moulage (non référencé au TIPS), accentue le confort et
diminue les risques de blessure.
5- Éducation
:
L’éducation complétée par la remise d’une brochure insiste
sur :
– la nécessité de porter soit la prothèse, soit la contention ;
– le contrôle de l’adaptation de l’appareillage (épaisseurs par
gaine, bonnets, jersey), et sa mise en place précise (repères
osseux) ;
– le contrôle quotidien de la peau du moignon et du membre
restant ;
– les conseils en cas de blessure : arrêter le port de la prothèse,
mettre une contention, demander une consultation d’appareillage ;
– les conseils d’hygiène de vie : une variation de 5 kg de poids
retentit sur le moignon ;
– la nécessité du suivi kinésithérapique et médical (contrôle
angiologique tous les ans) doit être bien perçue.
C - RETOUR AU DOMICILE
:
Il est préparé par les permissions, la mise en situation en atelier
d’ergothérapie, une visite à domicile avec conseil d’aménagement
du lieu de vie (WC, baignoire...).
L’amputé âgé ne peut pas se
passer de fauteuil roulant.
Après la sortie, les erreurs de chaussage, les mauvaises
compensations des variations de volume du moignon sont très
fréquentes, expliquant les blessures.
Médecin appareilleur et
prothésiste sont là pour répondre aux besoins du patient ; mais
l’appareillage, si bien fait soit-il, ne pourra compenser l’existence
d’un moignon défectueux.
Le suivi médical et kinésithérapique est
indispensable et doit être régulier.
La mise à disposition par le CRRF, d’une équipe d’ergothérapie à domicile, associée à la
rééducation en hospitalisation de jour pendant une dizaine de
jours, permettrait un relais efficace entre la phase d’hospitalisation
et le retour à domicile.