Introduction
:
La présence d’oedème est la conséquence d’une augmentation de
volume des liquides interstitiels réalisant une hyperhydratation
extracellulaire.
L’inflation liquidienne peut être localisée ou diffuse,
mais elle touche prioritairement les territoires les plus déclives.
L’oedème des membres inférieurs (OMI) constitue donc la situation
clinique le plus fréquemment rencontrée.
Si le syndrome oedémateux
s’accentue, il peut concerner d’autres parties du tissu sous-cutané
(paroi abdominale, lombes) ou atteindre les séreuses (plèvre, péritoine,
péricarde), aboutissant alors au tableau d’anasarque.
Sur les plans physiopathologique et étiologique, il est très important
de distinguer les oedèmes généralisés qui relèveront d’une cause
générale, des oedèmes localisés qui orienteront vers une étiologie
locorégionale.
Devant des OMI, la même distinction clinique,
théoriquement aisée mais souvent beaucoup plus délicate, devra être
opérée entre oedèmes prédominant aux membres inférieurs à
rapprocher des oedèmes systémiques, et oedèmes localisés à un
segment du membre inférieur évoquant une étiologie locorégionale.
OEdèmes généralisés prédominant
aux membres inférieurs
:
A - APPROCHE PHYSIOPATHOLOGIQUE
:
C’est l’hypertrophie du secteur extracellulaire et l’augmentation du
pool sodé de l’organisme qui sont à l’origine des oedèmes
généralisés. Une prise de poids de 1 kg correspond à
l’augmentation du secteur extracellulaire et à une rétention de 9 g
(NaCl) soit à 154 mEq de sodium.
Leur approche physiopathologique doit prendre en compte deux
phénomènes principaux, d’une part un mécanisme capillaire
faisant intervenir les mouvements liquidiens transcapillaires, et
d’autre part le rôle du rein.
1- Mouvements liquidiens transcapillaires
:
L’oedème est une augmentation du volume du liquide interstitiel.
Le compartiment extracellulaire de l’organisme comprend deux
fractions plasmatique et interstitielle.
Des échanges entre elles sont
possibles grâce à des mouvements liquidiens transcapillaires
dépendant des différences de pression de part et d’autre de la
membrane selon la loi de Starling.
À l’état basal, il existe un
équilibre entre les pressions hydrostatique et oncotique intravasculaires d’une
part, et interstitielle d’autre part.
Toute modification d’un ou de plusieurs de ces éléments peut
entraîner une accumulation d’eau et de sel dans le secteur
interstitiel.
Ces modifications peuvent consister en une diminution
de la pression oncotique vasculaire (hypoprotidémie), en une
augmentation de la pression hydrostatique au pôle veineux du
capillaire (insuffisance cardiaque) ou encore en une augmentation
de la perméabilité de la paroi capillaire (oedèmes cycliques
idiopathiques).
Quel que soit le mécanisme de l’oedème, cette
modification de la répartition des liquides de l’organisme engendre
une hypovolémie efficace et une cascade de réactions visant à
rétablir l’équilibre initial où le rôle du rein est prépondérant.
2- Rôle du rein
:
Le rein a un rôle primordial car il s’agit du seul site régulant le
bilan du sodium de l’organisme.
La positivité du bilan sodique
rénal est la conséquence d’une réabsorption sodée inappropriée.
Celle-ci peut résulter d’une anomalie primitivement néphrologique
lors de laquelle le rein ne réagit plus à l’expansion extracellulaire
(oedème rénal primitif) ou d’une stimulation des barorécepteurs
rénaux, parce qu’une hyperhydratation extracellulaire n’est pas
perçue par les mécanismes régulateurs (insuffisance rénale fonctionnelle) qui majore la rétention de sodium alors que le rein a
un fonctionnement normal (oedème secondaire).
Les mécanismes régulateurs sont complexes ; ils font intervenir
l’angiotensine II et l’aldostérone sous l’influence de la rénine, mais
également la baisse des prostaglandines (PGI2, F2, G2).
La mise en
jeu de l’hormone antidiurétique et du facteur atrial natriurétique
est également importante mais plus tardive.
B - APPROCHE CLINIQUE
:
Le retentissement clinique de la rétention hydrosodée dépend de
son intensité. Schématiquement elle se manifeste cliniquement
lorsqu’elle atteint ou dépasse 5 % du poids du corps.
En deçà,
l’anomalie n’est perceptible que sous la forme d’une prise de poids.
L’oedème apparaît initialement dans les régions déclives, au niveau
des doigts, des mains et du visage le matin, il migre aux membres
inférieurs, aux chevilles le soir ; cette mobilité selon la position de
l’individu et suivant la gravitation est une caractéristique des
oedèmes généralisés, qui persiste quelle que soit l’intensité du
syndrome oedémateux.
À un stade de plus, les oedèmes des
membres inférieurs seront permanents, s’accentuant toujours le
soir.
En décubitus, des oedèmes des lombes apparaissent.
L’aspect de ces oedèmes généralisés est celui d’une infiltration
blanche, pâle, en règle symétrique, prenant le godet (la pression
digitale laisse persister une dépression cupuliforme qui disparaît
progressivement).
Ce signe peut disparaître si l’intensité du
syndrome oedémateux est majeure, ou si celui-ci est très ancien.
Les téguments pourront alors prendre un aspect et une consistance
cartonnée, voire inflammatoire.
Le retentissement fonctionnel de ces oedèmes est variable.
Il peut
aller de la simple plainte d’ordre esthétique jusqu’à la gêne à la
marche, voire la perte d’autonomie chez le sujet âgé. Une
impression de lourdeur des membres inférieurs et de tension de la
peau des extrémités sont ses expressions les plus courantes.
Une rétention hydrosodée majeure peut s’accompagner
d’épanchements des séreuses : cavité péritonéale, plèvre et
péricarde.
Il s’agit toujours d’un liquide stérile, pauvre en protides
et en nombre de cellules.
L’association d’oedèmes diffus,
d’épanchements des séreuses et d’oedèmes viscéraux (pulmonaire)
réalise le tableau clinique d’anasarque.
Un certain nombre de signes cliniques et biologiques
accompagnent les oedèmes généralisés. Quand le secteur interstitiel
s’expand, une oligurie avec réduction de la natriurèse (<
10 mmol/j) apparaît.
Lorsque l’hyperhydratation concerne
l’ensemble du secteur extracellulaire (plasmatique et interstitiel),
la baisse de l’hématocrite et de la protidémie traduit
l’hémodilution.
La baisse de l’osmolalité extracellulaire peut
favoriser une hyperhydratation globale avec ses manifestations
cliniques (céphalée, asthénie, troubles de la vigilance, nausée,
vomissement) et biologiques habituels (hyponatrémie,
hypo-osmolarité).
C -
APPROCHE ÉTIOLOGIQUE :
1- OEdèmes généralisés cardiaques
:
* Insuffisance cardiaque congestive
:
Dans l’insuffisance cardiaque à bas débit, il existe une
augmentation de la pression de remplissage ventriculaire et une
augmentation de la pression dans tout le secteur plasmatique
d’amont.
Celle-ci décroît au fur et à mesure que l’on s’éloigne à
contre-courant de la pompe cardiaque.
La réduction du gradient
de pression hydrostatique entre le capillaire et le système veineux
entraîne l’inflation hydrosodée interstitielle.
D’autre part, la
diminution du débit cardiaque génère une hypoperfusion rénale efficace favorisant la rétention rénale de sodium.
On retiendra que
c’est l’insuffisance ventriculaire droite qui constitue le déterminant
essentiel des oedèmes d’origine cardiaque.
Les premiers signes de
la surcharge hydrosodée sont, avant les oedèmes, la prise de poids
et l’oligurie.
Les oedèmes vont épargner classiquement le thorax,
les membres supérieurs et la face.
Ils s’associent aux autres signes
d’insuffisance cardiaque droite, hépatalgie, tachycardie,
turgescence des veines jugulaires, hépatomégalie sensible à bord
inférieur mousse, reflux hépatojugulaire.
En fonction de l’étiologie,
on rencontrera également des signes d’insuffisance ventriculaire
gauche.
Ces oedèmes cardiaques sont en rapport : soit avec une insuffisance
ventriculaire droite compliquant une insuffisance cardiaque gauche
(d’origine ischémique, hypertensive, valvulaire, cardiomyopathique,
etc), soit avec une insuffisance cardiaque droite sans
insuffisance cardiaque gauche lors de l’existence de maladie
péricardique, de complications de maladie de l’artère pulmonaire
(embolie, fibrose, etc) ou de l’appareil pulmonaire proprement dit
(bronchopathie chronique obstructive, etc).
* Insuffisance cardiaque à débit conservé
:
Les grosses fistules artérioveineuses, le béribéri, les anémies
sévères, la thyrotoxicose, certains états infectieux, la maladie de
Paget et la grossesse normale peuvent être à l’origine d’un
syndrome oedémateux par insuffisance cardiaque à débit élevé.
Dans ces situations cliniques, le volume sanguin artériel efficace
est diminué du fait de la baisse primitive de la résistance
périphérique totale.
L’hypotension artérielle active les systèmes
sympathique et rénine-angiotensine-aldostérone, et favorise la
rétention hydrosodée rénale.
Le volume sanguin total, tout comme
le débit cardiaque, sont augmentés créant un syndrome hypercinétique (insuffisance cardiaque à débit élevé).
Le débit
sanguin rénal et la filtration glomérulaire sont préservés, voire
augmentés ce qui tend à limiter l’importance des oedèmes.
Un tel
syndrome hypercinétique peut également être constaté au cours de la cirrhose
hépatique.
2- OEdèmes généralisés hépatiques
:
* Cirrhose hépatique
:
Lors de la cirrhose du foie, quelle qu’en soit la cause, la survenue
d’oedèmes des membres inférieurs et d’une ascite est l’une des
modalités de décompensation de l’affection et constitue un facteur
de mauvais pronostic.
Le mécanisme des oedèmes de la cirrhose est plurifactoriel.
L’insuffisance hépatocellulaire est à l’origine d’un défaut de
synthèse protéique, d’une hypoalbuminémie et d’une baisse de la
pression oncotique des protéines essentiellement plasmatique.
L’hypertension portale associée, peut s’accompagner d’une ascite
importante, elle-même à l’origine d’une hyperpression abdominale
et d’une diminution du retour par la veine cave inférieure.
Un syndrome hypercinétique où la baisse de la résistance
périphérique totale est due aux diverses anastomoses
artérioveineuses, aux angiomes stellaires et à l’érythrose palmaire,
s’observe également dans la cirrhose et contribuerait à la rétention
hydrosodée.
L’existence d’une néphropathie avec rétention rénale
de sodium surviendrait très précocement dans l’évolution de la
maladie ; son existence est démontrée chez le chien mais sa
pathogénie reste à élucider.
Les caractéristiques cliniques des oedèmes de la cirrhose hépatique
sont superposables à celles des oedèmes cardiaques ; la
prédominance aux membres inférieurs pour des raisons
« hydrostatiques » est encore cependant plus nette. Il n’existe pas
de reflux hépatojugulaire ou d’atteinte faciale.
La palpation du foie
retrouve souvent une hépatomégalie indolore ferme, à bord
inférieur tranchant.
Il s’y associe des signes cliniques et paracliniques d’insuffisance hépatocellulaire et d’hypertension
portale.
* Autres hypertensions portales
:
Beaucoup plus rarement peuvent s’observer des oedèmes des
membres inférieurs lors d’hypertension portale globale
(thrombose des veines sus-hépatique ; syndrome de Budd -
Chiari, maladie veino-occlusive du foie, bilharziose hépatique) ou
segmentaire (tumeur pancréatique, pseudokyste comprimant ou
obstruant le tronc porte sous-hépatique) sans cirrhose du foie associée.
3- OEdèmes généralisés uronéphrologiques
:
*
Syndrome néphrotique :
Défini par une protéinurie (> 3 g/24 h), une hypoalbuminémie
(< 30 g/L) et une hypoprotidémie (< 60 g/L), le syndrome
néphrotique ou syndrome de néphropathie glomérulaire est l’une
des causes cardinales de syndrome oedémateux généralisée.
L’inflation hydrosodée dans le secteur interstitiel est classiquement
mise sur le compte de l’hypoalbuminémie consécutive à la
protéinurie et à l’hypercatabolisme protidique, dépassant les
capacités de synthèse protéique du foie.
La diminution de la
pression oncotique vasculaire engendre une accentuation des
mouvements liquidiens transcapillaires, au détriment du secteur
plasmatique, et une hypovolémie réelle ; cette dernière activant les
mécanismes de la rétention rénale de sodium.
Mais des éléments
récents, réninémie et aldostéronémie basses avec un volume
plasmatique normal, amènent à s’interroger sur la réalité de cette
approche classique.
Lors de certaines glomérulopathies membranoprolifératives
ou extramembraneuses s’accompagnant d’un
syndrome néphrotique, l’initiateur de la rétention sodée rénale
serait une augmentation de la réabsorbtion tubulaire de sodium,
comme dans la glomérulonéphrite aiguë.
Ces oedèmes néphrotiques touchent l’ensemble de l’organisme, en
particulier les membres supérieurs et la face.
La recherche d’une protéinurie d’abord à la bandelette urinaire,
puis au dosage pondéral urinaire du nycthémère, les anomalies du
contenu protéique plasmatique (électrophorèse des protéines)
viendront affirmer le diagnostic de syndrome néphrotique.
L’absence ou l’existence d’une hypertension artérielle, d’une
hématurie et d’une insuffisance rénale en précisera le caractère pur
ou impur.
La ponction-biopsie rénale permettra un diagnostic
nosologique précis (glomérulopathies primitives) et sera
déterminante dans l’attitude thérapeutique.
* Syndrome néphritique
:
L’oedème fait partie des symptômes observés à la phase initiale
des glomérulonéphrites dont le prototype est la glomérulonéphrite
aiguë postinfectieuse.
Dans ce type d’affection, il existe une
anomalie du néphron, encore mal connue, à l’origine d’une
rétention sodée primitivement rénale.
Du fait que l’expansion
réalisée n’a plus d’effet sur la réabsorption tubulaire de sodium, il
existe une augmentation progressive du volume extracellulaire et
l’oedème sera surtout secondaire à l’hyperpression hydrostatique intravasculaire.
La baisse de la pression oncotique des protéines
plasmatiques secondaire à une protéinurie modérée n’a qu’un rôle
adjuvant.
Le rétention hydrosodée explique la fréquence de
l’hypertension artérielle observée.
Les oedèmes néphritiques sont en tout point semblables à ceux du
syndrome néphrotique.
Il s’y associe une hématurie le plus souvent
macroscopique, une protéinurie souvent modérée, une
hypertension artérielle (HTA) et une insuffisance rénale organique.
L’oligurie est fréquente et la natriurèse faible.
Des signes extrarénaux (articulaires, cutanées, etc) peuvent être observés selon
la nature de la maladie.
La brutalité de l’inflation hydrosodée engendre parfois un oedème
pulmonaire.
Le recours à la biopsie rénale, qui constitue un
élément diagnostique, pronostique et préthérapeutique
déterminant, est presque toujours nécessaire.
* Insuffisance rénale
:
Seule l’insuffisance rénale chronique est susceptible de
s’accompagner du type d’oedème dont il est question dans cet
article.
Les mécanismes présidant à leur formation sont les mêmes
que ceux décrits dans le syndrome néphritique.
Leurs
caractéristiques sont également superposables.
Ils peuvent
s’observer quel que soit le type de la néphropathie initiale, mais ils
apparaissent tardivement dans l’évolution de celle-ci, car la
fonction tubulaire de dilution est longtemps préservée.
Ils reflètent
des apports hydrosodés supérieurs aux pertes rénales et extrarénales.
Ils s’accompagnent des signes cliniques et paracliniques
habituels de l’insuffisance rénale chronique.
Chez l’hémodialysé, ils sont très fréquents et nécessitent
l’ajustement du poids sec et des consignes diététiques.
* Rétention chronique d’urines
:
Essentiellement chez le sujet âgé ou chez le diabétique, une
rétention chronique d’urine avec dilatation des cavités excrétrices
du rein est susceptible de se constituer insidieusement.
Elle
entraîne une baisse de la filtration glomérulaire avec rétention hydrosodée, insuffisance rénale modérée et HTA
secondaires.
La constitution
d’oedèmes des membres inférieurs (de mécanismes plurifactoriels) y
est relativement fréquente (30 % des cas) dans ce contexte.
L’examen
clinique soigneux (recherche d’un globe vésical), complété par une
échographie du petit bassin permet le diagnostic.
4- OEdèmes généralisés d’origine digestive
:
Certaines anomalies nutritionnelles ou affections de l’appareil
digestif, regroupées dans ce chapitre, sont susceptibles d’entraîner
l’apparition d’oedèmes généralisés.
Ceux-ci relèvent d’un
mécanisme commun : l’existence d’une hypoalbuminémie
(responsable d’une baisse de la pression oncotique plasmatique) à
laquelle s’ajoute une contraction du volume vasculaire engendrant
une rétention rénale de sodium.
* Malnutrition
:
Rare en Europe, la carence d’apport quantitative en protéines,
touche de nombreux individus, surtout des enfants dans les pays
en voie de développement.
Ses formes cliniques les plus graves
sont constituées par le Kwashiorkor et le marasme.
L’hypoalbuminémie et les oedèmes y sont constants.
Des infections
multiples, des carences vitaminiques (B1), des troubles digestifs
d’origine diverse ainsi que des comportements socioculturels
particuliers ont un rôle adjuvant.
Plus près de nous, chez des sujets âgés, dans l’anorexie mentale ou
encore lors d’affections s’accompagnant d’un hypercatabolisme
protidique, une carence d’apport (parfois relative) peut
s’accompagner d’oedèmes nutritionnels.
Leur coexistence avec des
signes cliniques de dénutrition contribue au diagnostic.
* Malabsorption
:
L’atteinte inflammatoire, infectieuse (parasitose, pullulation, etc) de
l’intestin grêle, des résections chirurgicales, l’insuffisance
pancréatique exocrine, à l’origine d’une malabsorption intestinale
peuvent conduire à la formation d’oedèmes par hypoalbuminémie.
L’altération de l’état général et une diarrhée de type malabsorption
orientent le clinicien.
D’autres signes biologiques de malabsorption
(carence martiale, calcique, vitaminique B12, D, K), ainsi que des
perturbations des tests qui l’étudient (mesure de la stéatorrhée,
épreuve au D-xylose, test de Schilling) le conforteront.
Le transit
du grêle, les examens parasitologiques et surtout l’endoscopie avec
biopsies duodénales et/ou jéjunales aideront parfois à porter un
diagnostic étiologique précis.
* Gastroentéropathies exsudatives
:
Elles comportent fréquemment des oedèmes et une ascite au sein
d’un tableau clinique intégrant presque toujours une diarrhée.
La
fuite digestive de protéines et de lymphe est la cause de
l’hypoalbuminémie et de l’hypovolémie.
L’élévation de la clairance
digestive de l’á-1-antitrypsine signe le diagnostic.
Les étiologies
sont nombreuses et ont en commun une hyperpression veinolymphatique au sein de la paroi du tube digestif.
On
retiendra des causes gastriques (maladie de Ménétrier, lymphome,
cancer), intestinales (maladie de Waldman, de Whipple, de Crohn, des chaînes
lourdes, lymphomes, certains cancers, rectocolite hémorragique,
malformations lymphatiques) et d’exceptionnelles causes générales
(insuffisance cardiaque droite, péricardite constrictive).
L’exploration
morphologique ou histologique du tube digestif permet habituellement
le diagnostic étiologique.
5- OEdèmes généralisés par hyperperméabilité
capillaire
:
* OEdème cyclique idiopathique
:
L’oedème cyclique idiopathique (ou syndrome de Mach) est une
affection relativement fréquente touchant électivement la femme
en période d’activité génitale.
Classiquement, il réalise un oedème
non inflammatoire, prenant peu le godet, apparaissant le matin à
la face et aux extrémités des membres supérieurs et s’aggravant
dans la journée (prise de poids) en même temps qu’il se déplace
vers les membres inférieurs.
En fait, sa périodicité peut être moins
marquée et il est parfois permanent bien que son caractère
fluctuant persiste presque toujours.
Une hypotension orthostatique,
une hypokaliémie et des troubles psychiques allant parfois jusqu’à
la prise cachée de diurétiques, de laxatifs sont fréquemment
observés.
La pathogénie de l’affection reste incertaine, divers
hypothèses ont été évoquées : l’altération de la perméabilité
capillaire semble certaine, des troubles du métabolisme des
oestrogènes et des catécholamines seraient possibles.
La contraction volémique entretenue par la prise de diurétiques entretiendrait la
rétention sodée.
Aucune investigation complémentaire n’est
réellement susceptible de confirmer ce diagnostic purement
clinique, dont la prise en charge thérapeutique est souvent difficile.
* Hyperperméabilité capillaire paroxystique (choc cyclique)
:
Décrit comme un état de choc associé à des oedèmes diffus, ce
syndrome est rare.
La pression veineuse centrale est basse et
s’accompagne d’une hémoconcentration, avec une hyperprotidémie
contenant parfois un composant monoclonal.
Un
trouble paroxystique de la perméabilité capillaire responsable du
syndrome oedémateux à été démontré.
La physiopathologie exacte,
notamment le fait que le complément total et certaines de ces
fractions (C3, C4) soient abaissés à distance des accès, est inconnue.
Il s’agit d’une affection grave (50 % de décès) dont le traitement
relève de la réanimation médicale.
* OEdèmes récurrents hyperéosinophiliques
:
Probablement à rattacher au syndrome hyperéosinophilique
(hyperéosinophilie > 1,5 giga/L persistant durant plus de 1 an sans
étiologie retrouvée), ce tableau clinique, qui associe oedèmes
généralisés, fièvre, urticaire et hyperéosinophilie, régresse
spontanément ou après corticothérapie.
* Myopathies :
Des oedèmes aigus généralisés ont été rapportées lors de rhabdomyolyse et de polymyosite.
Leur pathogénie
est inconnue.
6- OEdèmes d’origine médicamenteuse
:
Diverses thérapeutiques peuvent être à l’origine d’un syndrome
oedémateux.
Celui-ci reste le plus souvent modéré, ne s’observant
que dans les territoires déclives.
Les mécanismes de ces oedèmes
médicamenteux permettent de distinguer trois classes de produits
responsables.
* Intervention sur le tonus et/ou la perméabilité capillaire
:
Les anticalciques sont des vasodilatateurs qui peuvent induire des
oedèmes douloureux des mollets, des chevilles et des pieds.
Ces
oedèmes sont volontiers discrètement inflammatoires, prenant peu le godet, dont la recherche est douloureuse.
Leur fréquence varie
selon les produits, mais cet effet indésirable concerne toutes les
molécules.
Il apparaît au début du traitement et régresse lors de
son arrêt.
Il est plus fréquent en cas d’association à un dérivé nitré
ou un autre vasodilatateur. À l’inverse, un diurétique ou un
inhibiteur de l’enzyme de conversion en diminuera l’importance.
Les dérivés nitrés et les sympatholytiques peuvent également
induire des oedèmes modérés, surtout en cas d’insuffisance
veineuse et d’insuffisance cardiaque congestive associée.
* Modification de la réabsorption rénale de sodium
:
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont des inhibiteurs des
prostaglandines qui peuvent favoriser la rétention sodée.
La
survenue d’oedème est plus fréquente avec la phénylbutazone.
Les gluco- et minéralocorticoïdes, le minoxidil et le diazoxide
augmentent la rétention hydrosodée.
Les oestroprogestatifs entraînent un hyperréninisme.
L’insuline à
forte dose par voie veineuse peut exceptionnellement entraîner la
formation d’oedèmes.
La toxicité rénale de la ciclosporine peut se traduire par un
syndrome oedémateux.
* Apport direct de sodium
:
Les pénicillines à fortes doses par voie veineuse, les alcalinisants
et les pansements gastriques à base de sodium constituent des
apports sodés importants qui peuvent être, tout comme
l’administration rapide de perfusion de solutés salés, la cause
d’oedèmes.
Le lithium
favorise la rétention sodée par compétition tubulaire.
7- OEdèmes généralisés et endocrinologie
:
– L’oedème de l’hypothyroïdie n’est pas un oedème mais un
myxoedème.
Il s’agit d’une infiltration diffuse du derme profond
de la face et de la racine des membres par des glycosaminoglycanes
hydrophiles.
Cependant, il s’y associe parfois des oedèmes par
surcharge sodée secondaire à la baisse de la filtration glomérulaire,
elle-même favorisée par l’hypersécrétion d’hormone antidiurétique
à l’origine d’une hyponatrémie de dilution.
– L’hyperthyroïdie peut s’accompagner d’oedèmes transitoires à
sa phase initiale qui pourront perdurer en cas de survenue d’une
insuffisance cardiaque.
Au cours de la maladie de Basedow, le myxoedème prétibial réalise une infiltration localisée des mollets,
nodulaires ou en placard, qui ne doit pas être confondu avec un
oedème.
– L’hypercorticisme peut s’accompagner, du fait de l’hyperminéralocorticisme,
d’un syndrome oedémateux toujours modéré.
Lors d’une hypersécrétion d’hormone antidiurétique isolée,
rappelons qu’il est inhabituel d’observer des oedèmes.
En effet, s’il
existe une rétention d’eau libre, la rétention sodée est généralement
absente d’où la persistance d’une natriurèse.
8- OEdèmes généralisés et gynécologie
:
– La grossesse normale s’accompagne fréquemment (1 fois/3)
d’oedèmes qui sont multifactoriels.
La rétention hydrosodée est
consécutive à l’augmentation des taux d’oestrogènes, de
minéralocorticoïdes et d’angiotensinogène.
Elle est accentuée par
l’hypoprotidémie physiologique et par la gêne mécanique au
retour veineux de la partie inférieure du corps.
– Lors du syndrome prémenstruel, un syndrome oedémateux
fugace, secondaire à l’hyperoestrogénie relative, peut s’observer.
– Dans la toxémie gravidique, des oedèmes des membres
inférieurs s’associent à l’hypertension artérielle.
Ils accompagnent
la protéinurie et doivent faire craindre une complication
éclamptique.
D - APPROCHE THÉRAPEUTIQUE
:
Compte tenu de la multiplicité des situations cliniques que nous
venons d’énumérer, il n’est pas possible de détailler le traitement
étiologique de tous les oedèmes généralisés.
Il doit cependant
constituer l’objectif essentiel de la démarche thérapeutique.
Il est
conditionné par la qualité et la rigueur de la démarche
diagnostique observée.
Dans l’attente de sa mise oeuvre, il sera nécessaire de mettre en
place des mesures symptomatiques.
La composante commune de
la plupart de ces situations cliniques étant une augmentation de la
rétention rénale de sodium, tenter de la limiter sera le but du
traitement symptomatique.
Un repos au lit relatif (afin de tenter de
réduire l’hyperaldostéronisme secondaire), une restriction sodée,
puis le traitement diurétique pourront être proposés.
Rappelons
que tant qu’il n’existe pas d’hyperhydratation intracellulaire et
d’hyponatrémie la restriction hydrique n’a pas de justification.
OEdèmes localisés
des membres inférieurs
:
A - APPROCHE PHYSIOPATHOLOGIQUE
:
L’oedème localisé est la conséquence de la présence en excès de
liquide dans un territoire du secteur interstitiel.
La perturbation
localisée des mouvements liquidiens transcapillaires et d’un ou de
plusieurs de leurs déterminants sont les seuls mécanismes
physiopathologiques impliqués.
En effet, dans la plupart des cas, l’importance de la rétention hydrosodée n’est que très modérée, et insuffisante pour avoir un
retentissement volémique nécessitant l’intervention des
mécanismes régulateurs notamment rénaux.
L’origine de ces
perturbations peut être une obstruction veineuse responsable d’une
hyperpression hydrostatique capillaire d’amont (thrombose
veineuse), une gêne à la circulation lymphatique (lymphoedème secondaire à une
radiothérapie, à une chirurgie ou à une compression par une
adénopathie métastatique) ou une altération permanente ou
transitoire de la perméabilité de la paroi capillaire (oedème
allergique).
B -
APPROCHE CLINIQUE :
Un certain
nombre de caractéristiques permettent d’opposer l’oedème localisé à
l’oedème généralisé ; il est limité, asymétrique, non mobile, ne
prend habituellement pas le godet.
Il ne
s’accompagne pas d’oligurie, d’anomalie hémodynamique ou biologique
particulière.
Tout autre
constatation clinique ou biologique devra être considérée comme un
argument du diagnostic étiologique.
C -
APPROCHE ÉTIOLOGIQUE :
Les étiologies
des oedèmes locorégionaux sont reprises en détail dans les divers
chapitres de cet ouvrage.
D -
APPROCHE THÉRAPEUTIQUE
:
Dans l’attente d’un éventuel traitement étiologique, la contention
et le drainage déclive constituent un traitement symptomatique
simple adapté à presque toutes les étiologies des oedèmes localisés
aux membres inférieurs
Conclusion
:
En dépit de la multiplicité des causes et des formes cliniques d’OMI,
l’interrogatoire, l’examen clinique bien conduit et un minimum
d’examens complémentaires amènent souvent à un diagnostic rapide.
La distinction entre expression d’un syndrome oedémateux
systémique et phénomène locorégional est la pierre angulaire de cette
démarche diagnostique.
Dans le premier cas, l’instauration de
mesures thérapeutiques simples, régime désodé et alitement, est
toujours adaptée et permet la réflexion et la réalisation du bilan paraclinique nécessaire au diagnostic étiologique précis.
Dans le
second cas, la crainte d’une thrombose veineuse profonde et son
risque embolique doivent faire envisager rapidement les examens
complémentaires adaptés.
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