On désigne sous le terme de livedo un aspect sémiologique cutané
très particulier qui correspond à une coloration érythrocyanotique
de la peau, plus ou moins marquée, inflammatoire ou non, qui
dessine des mailles plus ou moins régulières, ouvertes ou fermées.
La distinction classique entre livedo réticulaire (livedo reticularis)
où les mailles sont assez régulières et fermées, et livedo racemosa,
où les mailles sont moins régulières, ouvertes, ressemblant aux
ramifications d’un arbre, n’est plus retenue actuellement, même si
l’aspect racemosa est peut-être plus souvent lié à une affection
organique que le livedo strictement réticulaire.
La littérature anglosaxonne
ne retient toutefois que le terme de livedo reticularis, peu
spécifique et a donc imposé cette nosologie unitaire.
La présence
d’un livedo est sous-tendue dans un grand nombre de cas par une
baisse de la perfusion cutanée de mécanisme variable
(vasoconstriction, occlusion luminale, altération des parois
vasculaires, etc) et s’explique en fait sur le plan géométrique par la
disposition de la vascularisation cutanée organisée en cônes
adjacents dont la base est tournée vers la surface, chaque cône étant
alimenté par une artériole ascendante.
La découverte d’un livedo
impose une démarche étiologique très précise car il peut s’agir de
la première étape vers l’apparition d’une nécrose cutanée, parfois
très extensive, notamment en cas d’occlusion luminale ou
d’altération pariétale.
Un diagnostic étiologique rapide permet
dans un certain nombre de cas de découvrir une affection sousjacente
précise, accessible à un traitement qui permettra
d’empêcher l’évolution vers cette nécrose.
La démarche
diagnostique se heurte toutefois au grand nombre d’étiologies et
doit par conséquent être menée de façon très rigoureuse afin de
n’omettre aucune possibilité, même rare.
Cette démarche pourra
être répétée si nécessaire en cas de persistance des symptômes si
aucune étiologie spécifique n’a pu être dégagée lors des
investigations initiales.
Physiopathologie
:
Le mécanisme physiopathologique fondamental du livedo est dans
la grande majorité des cas un ralentissement circulatoire au niveau
des plexus veineux cutanés superficiels.
Le dessin en mailles plus
ou moins régulières est lié à l’organisation de la vascularisation
cutanée.
Celle-ci s’effectue à partir d’artères efférentes dermohypodermiques qui sont issues d’artères sous-cutanées de
moyen calibre et qui traversent de façon grossièrement verticale
les septums interlobulaires de l’hypoderme.
Les artères efférentes
s’anastomosent en un plexus dermique profond à partir duquel se
détachent des artérioles dermiques qui montent quasi
verticalement jusqu’au derme superficiel où elles vont
s’anastomoser en un plexus sous-papillaire.
De ce plexus, se
détachent des artérioles efférentes qui parviennent aux papilles
dermiques, situées en position immédiatement sous-épidermique,
où elles vont donner naissance à un réseau capillaire drainé par des veinules qui sont elles-mêmes drainées par un plexus veineux sous-papillaire,
des veines dermiques puis un plexus dermique veineux profond qui
alimente des veines septales hypodermiques parallèles aux artères.
Sur un plan fonctionnel, chacune des artères dermiques verticales
alimente une sorte de cône cutané centré sur cette artère, cône à
sommet profond et à base superficielle et qui représente une
véritable unité fonctionnelle vasculaire cutanée.
L’apparition d’un livedo est liée à une stase dans les plexus
veineux superficiels situés à la périphérie de la base de ces cônes
fonctionnels, à l’endroit le plus éloigné des artères dermiques qui
les alimentent. La coloration érythrocyanotique est probablement
liée à une désaturation de l’hémoglobine, liée à cette stase.
L’érythrocyanose qui en résulte va donc dessiner plus ou moins
grossièrement la circonférence de la base du cône, et c’est la
réunion de ces dessins élémentaires qui va créer l’aspect en mailles
plus ou moins régulières.
L’étiologie de cette stase veinulaire
représente évidemment le point fondamental de la démarche
étiologique puisqu’elle peut être reliée soit à une vasodilatation
globale mais qui se manifeste surtout en périphérie des unités
fonctionnelles vasculaires, soit à un obstacle veineux en aval, soit,
et c’est le mécanisme le plus menaçant, à une baisse de débit des
artères dermiques par occlusion luminale et/ou altération
pariétale.
Ce dernier mécanisme peut évidemment, s’il dépasse un
certain seuil d’hypoperfusion cutanée, aboutir à une authentique
nécrose qui est souvent bordée sur sa périphérie par une zone de
livedo de coloration très sombre qui représente souvent une zone
d’extension et d’activité des perturbations circulatoires en cause.
Il
peut également s’y associer des lésions inflammatoires qui peuvent
se traduire cliniquement, notamment par des nodules ou des
aspects plus directs de vasculite nécrosante avec purpura pétéchial
centré par des nécroses punctiformes.
La démarche étiologique du clinicien se calquera donc sur les trois
principales étiologies du livedo qui sont les phénomènes
vasomoteurs, les occlusions de la lumière des artères dermiques
ou les altérations pariétales de ces mêmes artères, mais il faudra
toujours garder à l’esprit que ces mécanismes peuvent être associés
au cours de la même affection causale, notamment en ce qui
concerne les altérations pariétales qui peuvent se compliquer d’une
obstruction luminale par un mécanisme thrombotique, en
particulier dans les vasculites inflammatoires.
Toutefois, la
recherche d’un mécanisme dominant tel qu’il peut être mis en
évidence par un examen histologique reste d’un grand intérêt pour
guider cette démarche étiologique.
Diagnostic différentiel
:
Celui-ci ne pose en principe aucun problème réel et porte en
général sur les pigmentations et les capillarites purpuriques
réticulées.
A - PIGMENTATIONS RÉTICULÉES
:
– Poïkilodermies congénitales ou non qui associent télangiectasies,
atrophie cutanée et pigmentation réticulée : poïkilodermies
héréditaires (de Rothmund-Thomson, de Weary-Kindler avec
bulles acrales, syndrome de Bloom) ou acquises (postradiothérapie,
réaction du greffon contre l’hôte [GVH],
parapsoriasis atrophique en grandes plaques, dermatomyosite,
lupus érythémateux, etc).
– Affections cutanées héréditaires comportant une pigmentation
réticulée : xeroderma pigmentosum lié à des anomalies de
réparation des lésions UV-induites de l’ADN et se manifestant par
une photosensibilité, des troubles pigmentaires, une atrophie
cutanée et surtout la survenue très précoce de tumeurs malignes
épithéliales et mélaniques ; syndrome de Zinsser-Cole-Engman lié
à des mutations du gène codant pour la dyskérine, se manifestant
par une pigmentation réticulée du cou et du tronc, des anomalies
des ongles, une dysmorphie et pouvant s’associer à une anémie de
Fanconi.
– Dermatoses pigmentogènes régulièrement réticulées telles la
pigmentation réticulée des plis de Dowling-Degos, la pigmentation
réticulée de Dohi, l’acropigmentation réticulée de Kitamura,
l’érythème réticulé du tronc avec mucinose (REM), l’incontinentia
pigmenti, la pigmentation a calore des zones exposées de façon
chronique à des sources de chaleur encore appelée érythème des
chaufferettes.
– Dermatoses pigmentogènes parfois réticulées : lichen plan,
mélanose de Riehl ou mélanose des vagabonds, arsenisme
chronique, urticaire pigmentaire, papillomatose confluente et
réticulée des plis de Gougerot et Carteaud, acanthosis nigricans
peuvent prendre une disposition réticulée.
– Pigmentation réticulée iatrogène : liée à l’utilisation chronique
d’antipaludéens de synthèse ou de quinidine.
B - CAPILLARITES PURPURIQUES ET RÉTICULÉES
:
Seule une variété de capillarite purpurique, l’eczématide-like
purpura, peut poser un réel problème diagnostique ; il s’agit d’une
affection chronique qui associe des lésions discrètement
inflammatoires, érythémateuses et finement squameuses, de type
eczématides, à des éléments purpuriques qui prennent parfois une
disposition réticulée, notamment sur les membres inférieurs.
Cette
affection évolue de façon fluctuante sur plusieurs années et relève
de diverses étiologies : eczéma de contact, notamment aux
colorants vestimentaires bleus ou noirs, toxidermie
médicamenteuse, insuffisance veineuse chronique ou encore, dans
de rares cas, lymphome T cutané épidermotrope.
En fait, aucune
cause définie n’est retrouvée le plus souvent.
En pratique, le diagnostic de livedo ne pose en général aucun
problème réel, la présence ou l’absence des mailles érythrocyanotiques caractéristiques étant le plus souvent évidentes
cliniquement. Dans les cas litigieux, une histologie peut se révéler
nécessaire, montrant alors une hyperpigmentation et/ou une
capillarite « simple ».
Il faut noter toutefois qu’un authentique
livedo inflammatoire peut évoluer vers une pigmentation réticulée séquellaire et que des aspects cliniques divers peuvent s’associer
chez un même patient en fonction des poussées de la maladie
causale.
C’est dire que le bilan étiologique pratiqué devant
certaines hyperpigmentations réticulées peut être le même que
celui proposé dans les authentiques livedos, quand l’aspect
géométrique des lésions évoque fortement un livedo préalable,
notamment quand il s’agit d’une hyperpigmentation réticulée
suspendue, et ce d’autant plus que le patient rapporte la présence
de lésions érythrocyanotiques initiales.
Diagnostic étiologique
:
Il s’agit du point le plus difficile à élucider puisque la présence
d’un livedo peut révéler un très grand nombre d’affections dont
certaines peuvent se comporter de façon menaçante pour le
pronostic fonctionnel, voire vital, en raison des éventuelles
complications viscérales associées.
Le livedo se comporte alors
comme un authentique signal d’alarme visuel, auquel il faut
donner toute sa valeur, et qui impose dans beaucoup de cas une
exploration approfondie qui doit tenir compte de la majorité des
étiologies, même peu fréquentes.
Ce diagnostic étiologique doit
donc reposer sur une démarche à la fois systématique et
rigoureuse, qui sera détaillée ultérieurement.
Il est d’ailleurs très
difficile d’être absolument exhaustif sur les causes du livedo, qui
sont extrêmement nombreuses et dont certaines d’entre elles ne
sont illustrées que par une seule observation.
Seules les étiologies
les plus fréquentes et/ou les plus importantes en termes de
pronostic seront détaillées. Un certain nombre de causes
« mineures ».
Il est de règle de séparer d’une part les livedos liés à des
modifications vasomotrices et qui très généralement ne
s’accompagnent pas de risque nécrotique cutané, et d’autre part
les livedos dits organiques par occlusion de la lumière des
artérioles dermiques ascendantes ou liés à des anomalies pariétales
de ces artérioles, qui peuvent en revanche se compliquer de
nécroses cutanées.
Cette séparation est commode sur le plan
didactique, mais l’association de divers mécanismes est tout à fait
possible dans la réalité, notamment entre occlusion luminale et
altération pariétale, qui peuvent également s’associer à des troubles
vasomoteurs réactionnels aux modifications de perfusion locale.
A - LIVEDO PAR TROUBLES VASOMOTEURS
:
Ces livedos sont liés à des inégalités de perfusion avec baisse
régionale du débit artériolaire dans certains territoires cutanés, par
vasospasme notamment.
Dans d’autres cas plus rares, le
mécanisme est plutôt une vasodilatation des plexus veineux
superficiels.
Ce type de livedo ne s’accompagne que très rarement
de troubles trophiques et la biopsie ne retrouve que d’éventuelles
anomalies de calibre et/ou d’organisation des vaisseaux cutanés
superficiels, sans altération organique de ces vaisseaux de type
occlusion ou anomalie pariétale ou inflammation.
1- Avec baisse de la perfusion tissulaire globale
:
Dans ce cas, le livedo cutané n’est qu’une expression sémiologique
parmi d’autres de la baisse de la perfusion tissulaire qui atteint
également d’autres organes, notamment le rein, le tube digestif et
le système nerveux central.
On observe ce type de livedo dans les
situations de collapsus cardiovasculaire et on parle alors de
marbrures.
Les lésions dominent sur les extrémités et sur les saillies
osseuses telles que les coudes et les genoux et s’accompagnent d’un
refroidissement parfois intense de la peau en général et des
extrémités en particulier.
La situation clinique d’ensemble est le
plus souvent très évocatrice et la signification pronostique du
livedo est alors considérée en général comme particulièrement
péjorative, parfois pre-mortem.
2- Sans baisse de la perfusion tissulaire globale
:
Il s’agit alors de modifications régionales de débit en général sans
grande conséquence cutanée et qui ne s’accompagnent pas de
troubles viscéraux.
* Livedo acquis
:
La situation la plus fréquente est le livedo de stase qui est lié à des
mécanismes divers (vasospasme artériolaire, dilatation permanente
des plexus veinulaires sous-épidermiques) qui se manifestent en
général sous la forme d’un livedo peu intense, essentiellement
localisé aux membres inférieurs, et notamment dans la région susmalléolaire,
un peu plus rarement sur les extrémités.
L’aspect est
alors plutôt celui d’une simple cyanose réticulée, sans aucun
caractère inflammatoire.
Ce type de livedo peut s’accompagner
d’un acrosyndrome permanent se renforçant au froid, lié à une
dilatation des anses capillaires efférentes bien vue en
capillaroscopie périunguéale, et d’une hypersudation distale.
L’atteinte prédominante des femmes jeunes est classique.
Le livedo
est alors isolé, souvent suspendu, mais peut s’étendre à l’ensemble
du membre.
Il dessine souvent des mailles régulières, parfois peu
visibles et est surtout très fluctuant, sensible à la position (s’efface
lors du décubitus) et à la température.
Un aspect assez voisin est représenté par les taches de Bier.
Il s’agit
d’une pâleur cutanée mouchetée, qui correspond à une
vasoconstriction artériolaire associée à une vasodilatation réflexe
des plexus veineux sous-épidermiques.
Ces taches de Bier
dominent aux extrémités et quand le membre est en situation
déclive, et peuvent être très étendues, atteignant l’ensemble du
tégument.
Les zones érythrocyanotiques entourant les mouchetures
pâles forment une sorte de livedo mais dont les mailles sont alors
très fines.
Il s’agit dans la plupart des cas de manifestations
vasomotrices simples, quasi physiologiques, mais certains cas sont
liés à d’authentiques troubles de la coagulation, notamment à une cryoglobulinémie.
Un certain nombre de livedos vasomoteurs sont liés à des prises
médicamenteuses, notamment l’amantadine (30 % environ des
parkinsoniens traités), les interférons alpha et bêta avec
possibilité de phénomènes de Raynaud associés évoluant parfois
vers la nécrose distale voire vers des complications viscérales tels
les infarctus cérébraux multiples en cas d’association interféroninterleukine
2, les dérivés de l’ergot de seigle avec là aussi
possibilité d’un vasospasme important conduisant à la nécrose
cutanée ou linguale, ou l’association diphénhydramine et
pyrithyldione.
D’autres situations plus disparates sont responsables d’un livedo
vasomoteur : affections endocriniennes (phéochromocytome,
notamment lors des crises hypertensives paroxystiques avec
quelquefois nécrose distale si la crise est prolongée),
hyperparathyroïdie par action vasospastique directe de la
parathormone et pouvant s’associer à des troubles de coagulation
avec occlusion intraluminale, ou encore infections bactériennes
(borrélioses, endocardites, etc) et virales (primo-infection à parvovirus B19).
* Livedos congénitaux
Le livedo physiologique du nouveau-né est extrêmement fréquent,
sinon constant, lié à l’immaturité de la microcirculation cutanée.
Il est plus marqué chez les prématurés.
Il se présente sous la forme
d’un livedo à petites mailles bien régulières, souvent renforcé aux
extrémités et accentué par le froid.
Ces éléments peuvent durer
quelques jours et aucun trouble trophique n’est observé.
La cutis marmorata telangiectatica congénitale représente en
revanche une véritable dystrophie vasculaire qui est à la limite des
livedos vasomoteurs et des livedos par atteinte organique des
artères dermiques.
Contrairement au livedo physiologique, les
mailles sont souvent de taille variable, ouvertes, associées à des
télangiectasies siégeant ou non sur le réseau livédoïde.
Les lésions
sont habituellement bilatérales et diffuses, mais peuvent être monoméliques, voire hémicorporelles.
L’évolution est parfois
marquée par la survenue d’ulcérations sur les mailles, notamment
sur les saillies osseuses, laissant des zones scléroatrophiques.
Le
livedo s’efface en général progressivement au fil des années, mais
peut rester visible chez l’adulte dans environ 30 % des cas.
Le
problème essentiel est en fait celui d’anomalies viscérales associées
qui sont présentes dans 30 à 50 % des cas, sous forme notamment
d’anomalies vasculaires du système nerveux central, mais
également de malformations de l’appareil locomoteur, notamment
sur les membres.
Sur le plan histologique, on note essentiellement
une dilatation des vaisseaux dermohypodermiques qui sont
souvent organisés en pelotons. Ce syndrome est parfois familial,
mais la transmission génétique précise ne suit pas des lois
mendéliennes simples.
La physiopathologie est mal connue, mais
impliquerait une immaturité du système nerveux végétatif qui
serait directement à l’origine des dilatations vasculaires et donc
des diverses altérations cliniques.
B - LIVEDO PAR OCCLUSION DE LA LUMIÈRE
ARTÉRIOLAIRE :
Il s’agit de la première catégorie d’étiologie des livedos organiques
où la baisse de la perfusion cutanée est liée à une obstruction située
dans la lumière des vaisseaux dermiques ascendants.
Cet obstacle
peut donc théoriquement être mis en évidence par une biopsie
effectuée au centre de la maille, l’aspect histologique pouvant
d’ailleurs orienter grossièrement vers le mécanisme en cause.
Toutefois, le caractère souvent segmentaire de l’occlusion fait que
l’examen histologique est parfois tout à fait normal et qu’il faut
savoir répéter les prélèvements ainsi que demander au
pathologiste de multiplier les coupes en série, les occlusions
pouvant être très limitées dans l’espace.
L’occlusion peut être liée à une thrombose intraluminale, à une
précipitation de protéines anormales ou à un mécanisme
embolique, ces différents mécanismes pouvant d’ailleurs s’associer
entre eux, mais également aux troubles vasomoteurs et aux
anomalies pariétales qui peuvent en elles-mêmes favoriser, par
exemple, une thrombose intraluminale.
1- Occlusions par troubles de coagulation
:
Toutes les affections responsables d’une thrombophilie sont
potentiellement génératrices d’un livedo :
– déficit génétique en inhibiteurs de la coagulation
(essentiellement mutation hétéro- et homozygote du gène codant
pour la protéine C, plus rarement déficit en protéine S, en
antithrombine III et en activateur du plasminogène).
Ces déficits
peuvent se révéler soit spontanément, soit surtout, notamment en
ce qui concerne la protéine C, en présence d’un facteur déclenchant
(intervention chirurgicale, infection notamment septicémie à
méningocoque avec purpura fulminans mais aussi brucellose,
endocardite, ou encore mise en place d’un traitement par
antivitamine K en raison de l’asynchronisme du déficit induit en
protéine C et en facteurs de coagulation vitamine K-dépendants) ;
– coagulation intravasculaire disséminée : de causes très diverses,
liée ou non à des anomalies préalables des inhibiteurs de
coagulation, et qui se manifeste entre autres par un livedo souvent
associé à des nécroses distales ;
– microthromboses et thrombopénies lors d’un traitement par
l’héparine liées à l’apparition de microthrombus multiples par
agrégation plaquettaire induite par l’héparine, notamment en
présence d’anticorps antihéparine ;
– homocystinémie, surtout homozygote où le livedo reste un signe
rare ;
– syndrome des anticorps antiphospholipides de divers types
(anticardiolipine, anticoagulant circulant lupique à activité
antiprothrombinase, mais aussi antiphospholipides neutres,
notamment anticorps antiphosphatidyléthanolamine).
Ces
anticorps sont responsables d’une maladie macro- ou microocclusive,
artérielle ou veineuse, pouvant toucher potentiellement
tous les territoires vasculaires, y compris la peau avec un livedo
souvent irrégulier, fixe, suspendu, se situant en priorité sur les
membres, évoluant parfois vers des nécroses en grandes plaques
associées ou non à une gangrène distale.
La sévérité des lésions
cutanées semble corrélée à la présence de manifestations occlusives
viscérales, notamment du système nerveux central et du rein.
Le
livedo représente un signe d’appel très important vis-à-vis de ce
syndrome et la présence de ces anticorps doit être
systématiquement recherchée, éventuellement à plusieurs reprises
si la suspicion persiste.
Ce syndrome peut être primitif ou
secondaire à diverses affections sous-jacentes, notamment
connectivites, néoplasies diverses, infections.
La présence de ces
anticorps peut être suspectée sur un allongement du temps de céphaline activée (TCA), souvent accompagné d’une
thrombopénie, mais ces éléments ne sont pas toujours présents et
le dosage spécifique de ces anticorps doit être réalisé dans tous les
cas ;
– syndromes myéloprolifératifs quels qu’ils soient, mais surtout
thrombocytémie essentielle où un livedo des membres, souvent
distal, douloureux et symétrique, peut s’associer à un
acrosyndrome a frigore ou a calore et à des nécroses distales.
On
peut en rapprocher les livedos observés dans le myélome multiple
avec activité de type cryoglobuline ou cristaglobuline de la
protéine monoclonale ;
– afibrinogénémie et dysfibrinogénémie congénitales souvent
génératrices d’un livedo distal douloureux pouvant évoluer vers
la nécrose ;
– en revanche, d’autres troubles de la coagulation, telles la
résistance à la protéine C activée (RPCA) liée à la présence d’un
facteur V muté de type Leyden ou la présence de l’allèle 20210 de
la thrombine, ne semblent pas se compliquer particulièrement de
livedo, en dehors peut-être de la vasculite livédoïde pour
la RPCA.
2- Occlusion de mécanisme embolique
:
– Embolies fibrinocruoriques ou septiques d’origine cardiaque
(cardiopathie emboligène, endocardite bactérienne, notamment à
Coxiella ou à levures) ou vasculaire (thrombose et/ou infection de
prothèses vasculaires).
– Myxome de l’oreillette gauche.
– Embolie de cholestérol libérée par des plaques athéromateuses
artérielles : il s’agit d’une affection redoutable souvent déclenchée
par un geste intra-artériel thérapeutique ou exploratoire, ou par la
mise en place d’un traitement anticoagulant fibrinolytique.
Ces
embolies surviennent souvent en pluie dans l’ensemble du lit
artériel d’aval et prennent le plus souvent leur origine sur une
plaque athéromateuse de l’aorte avec alors des lésions rénales,
digestives, musculaires et cutanées.
Le signe d’appel essentiel est
cutané avec association de divers éléments : douleurs abdominales
et des membres inférieurs, purpura pétéchial distal, parfois
nécrotique (notamment des plantes), troubles vasomoteurs avec
aspect érythrocyanotique d’un ou de plusieurs orteils (« orteil pourpre »), et
livedo d’allure inflammatoire à prédominance distale ou d’aspect
suspendu présent dans au moins 50 % des cas.
Il peut s’y associer une nécrose distale d’évolution subaiguë et des nodules qui peuvent en imposer pour une périartérite noueuse.
Les lésions viscérales sont parfois très menaçantes avec ischémie
et perforation intestinale, altération de la fonction rénale.
L’examen
histologique met en évidence, dans les cas favorables, les emboles
de cholestérol dans les artères sous-cutanées sous forme de cristaux
lancéolés biréfringents, mais l’aspect est souvent peu spécifique,
marqué par une simple réaction granulomateuse, ou au contraire
assez trompeur avec des aspects de vasculite des artères de moyen
calibre pouvant, là encore, en imposer pour une périartérite
noueuse.
L’examen histologique doit donc être très précis avec des
coupes multiples, les cristaux n’étant parfois visibles que sur une
seule coupe.
Les prélèvements peuvent être répétés si le doute
persiste. Le traitement de cette affection repose essentiellement sur
l’ablation chirurgicale du foyer emboligène en évitant autant que
possible les anticoagulants.
– Dermite livédoïde de Nicolau, liée à une injection intra-artérielle
accidentelle de produits huileux, mais également de solutions
aqueuses, suivie de l’apparition rapide d’un livedo très douloureux
dans le territoire artériel d’aval, qui peut évoluer vers une nécrose
subaiguë, souvent génératrice d’une cicatrice dystrophique.
3- Occlusion par précipitation endoluminale
de protéines anormales
:
– Cryoglobulinémie, notamment de type I monoclonal, pure, qui
se manifeste par un livedo distal des membres souvent
douloureux, parfois ecchymotique voire nécrosant sous la forme
de nécroses parcellaires étoilées laissant des cicatrices de type
atrophie blanche.
Ces anomalies cutanées précèdent ou
accompagnent souvent des lésions viscérales, notamment rénales
ou neurologiques, parfois très menaçantes.
On peut également
rencontrer des ulcères de jambe particulièrement torpides et
douloureux, des lésions nécrotiques distales et des manifestations
a frigore (urticaire au froid, phénomène de Raynaud).
L’aggravation de la symptomatologie au froid n’est pas toujours
évidente.
Le diagnostic biologique est souvent difficile et il faut
savoir répéter les prélèvements qui seront au mieux effectués dans
le laboratoire qui effectue la recherche.
– Autres cryoprotéines : agglutinines froides surtout de type IgM
et cryofibrinogène avec un tableau assez similaire à celui de la
cryoglobulinémie.
– Protéine monoclonale à activité cristaglobulinémique, déjà
signalée ci-dessus, qui peut cristalliser dans les vaisseaux de petite
taille, mais sans activité cryoglobuline.
4- Occlusion de mécanisme plus discuté
:
– Micro-occlusion d’origine médicamenteuse : interféron alpha ou
bêta où le livedo est souvent associé à un phénomène de Raynaud
parfois nécrosant.
– Microangiopathie thrombotique liée à certains cytostatiques
(gemcitabine, melphalan).
– Maladie micro-occlusive des patients infectés par le virus de
l’immunodéficience humaine (VIH), peut-être liée à la présence
d’anticorps antiphospholipides.
– Angiodermite des membres inférieurs des diabétiques et des
hypertendus, qui se manifeste en fait sous la forme d’un livedo
très douloureux d’extension rapide se compliquant de nécrose puis
d’ulcérations cutanées superficielles ; la baisse de débit est
vraisemblablement de mécanisme mixte avec micro-occlusion
thrombotique et altération inflammatoire des parois.
– Livedo nécrosant des insuffisants rénaux dialysés plus connu
sous le nom de calciphylaxie depuis la publication initiale de Selye
en 1962 où le livedo peut s’associer à une panniculite calcifiante
nécrosante et/ou à une acrocyanose très sévère à évolution
nécrosante distale.
Le tableau
clinique est stéréotypé avec apparition brutale d’un livedo débutant
à l’extrémité distale des membres inférieurs et progressant
rapidement vers la racine des membres, puis sur le tronc ; les lésions nécrotiques
secondaires sont parfois très impressionnantes et une évolution
fatale est rapportée dans plus de la moitié des cas publiés,
notamment par septicémie.
L’histologie montre une microocclusion
thrombotique des artérioles dermiques et
hypodermiques accompagnée d’une calcification importante de ces
vaisseaux et parfois de dépôts calciques extravasculaires.
Ces
calcifications sont parfois visibles sur des clichés radiologiques
standards sous la forme d’un fin réseau calcifié s’étendant jusqu’à
la surface du membre.
Le mécanisme de la micro-occlusion est
discuté et peut relever de diverses causes qui ne s’excluent pas
mutuellement : hyperparathyroïdie d’autant plus qu’un tableau
similaire peut être vu dans l’hyperparathyroïdie primitive (action
vasoconstrictrice directe et prothrombotique de la parathormone), troubles de la coagulation avec déficit quantitatif et/ou fonctionnel
en protéine C ou S notamment dans la dialyse péritonéale, carence
en vitamine K, anticorps antiphospholipides liés à la cause de la
néphropathie, etc.
En revanche, le mécanisme de précipitation
aiguë du calcium invoqué par Selye paraît très difficile à retenir
dans la grande majorité des cas.
L’hyperparathyroïdie est souvent
ancienne et importante, faisant discuter une parathyroïdectomie
subtotale qui permet souvent un arrêt brutal de l’évolution
clinique.
Le principal diagnostic différentiel est représenté par
l’oxalose, qu’elle soit primitive et alors responsable à la fois de
l’atteinte rénale et d’un livedo nécrosant ou secondaire à
l’insuffisance rénale chronique quelle que soit son origine.
– Maladies micro-occlusives associées aux néoplasies viscérales,
liées ou non à la présence d’anticorps antiphospholipides.
– Livedo lié à une pancréatite chronique, situé notamment sur les
flancs.
C - LIVEDO PAR ANOMALIE PARIÉTALE
:
Il s’agit en général d’une inflammation et/ou de dépôts anormaux
dans les parois des artères dermohypodermiques, anomalies surtout visibles sur
des biopsies profondes au centre des mailles, effectuées si possible
sur des lésions récentes.
1- Vasculites
:
Toutes les vasculites peuvent être responsables d’un livedo, mais
c’est sans conteste la périartérite noueuse qui domine largement ce chapitre.
Les lésions
cutanées associent en effet un livedo d’allure inflammatoire,
souvent suspendu sur un segment de membre ou une région du tronc, à
mailles irrégulières, souvent ouvertes,
des nodules dermohypodermiques parfois douloureux et, plus
rarement, des nécroses situées ou non sur les zones du livedo.
Les
signes cutanés peuvent être associés d’emblée à des anomalies
viscérales évocatrices comme une atteinte rénale avec hypertension
artérielle ou une multinévrite, mais peuvent rester très longtemps
isolés, notamment dans le cadre discuté des périartérites noueuses
cutanées pures.
Le diagnostic repose sur la biopsie cutanée qui
doit être assez profonde, effectuée au centre d’une maille ou sur
un nodule dermoépidermique, et qui retrouve une vasculite des
artères de moyen calibre avec nécrose fibrinoïde de la paroi,
thrombose intraluminale et parfois une réaction granulomateuse
au contact.
Quelques cas de périartérites noueuses cutanées pures
liées à la prise de minocycline ont été rapportés, particuliers par
leur association à des anticorps anticytoplasmes des polynucléaires
neutrophiles.
En dehors de la périartérite noueuse, toutes les
vasculites, s’intégrant ou non dans le cadre des connectivites,
peuvent être responsables d’un livedo, de mécanisme souvent
mixte (inflammation pariétale et thrombose intraluminale), qu’il y
ait ou non des anticorps antiphospholipides associés.
Certaines vasculites sont plus fréquemment en cause telles la maladie de
Takayashu et les vasculites associées au lupus érythémateux
systémique, à la dermatomyosite, à la polyarthrite rhumatoïde,
ainsi que la maladie de Wegener.
2- Syndromes ischémiques cutanés et cérébraux
:
Il s’agit surtout du syndrome de Sneddon qui associe des accidents
vasculaires cérébraux ischémiques à un livedo inflammatoire fait
de lésions suspendues à mailles souvent irrégulières, évoluant très
rarement vers la nécrose. Cette affection rare décrite en 1965 atteint
en priorité les femmes entre 20 et 40 ans, souvent hypertendues
et/ou tabagiques.
Le livedo précède en général les accidents
vasculaires cérébraux qui peuvent toucher tous les territoires
vasculaires encéphaliques.
La biopsie cutanée effectuée au centre
des mailles a une bonne valeur diagnostique à condition de répéter
les prélèvements (au moins trois prélèvements) ; elle montre
typiquement une inflammation des artères de moyen et petit
calibre, suivie d’une occlusion cellulofibrineuse, puis d’une
prolifération de cellules musculaires lisses avec obstruction
artérielle définitive.
Ces lésions sont également visibles sur les
artériographies cérébrales avec sténoses segmentaires multiples à
l’origine d’accidents récidivants de topographie variée.
On
retrouve parfois également des aspects d’angiomatose cérébroméningée diffuse qui ne sont pas sans rappeler le syndrome
de Divry-Van Bogaert dont les relations avec le syndrome de
Sneddon sont donc discutées.
L’étiopathologie du syndrome de
Sneddon est encore relativement obscure puisque la présence
d’anticorps antiphospholipides ou anticellules endothéliales est
assez souvent retrouvée bien que leur rôle reste incertain (cause ou
conséquence ?).
Il semble d’ailleurs que les zones de livedo
soient plus importantes dans les cas sans anticorps antiphospholipides alors que les crises d’épilepsie, l’insuffisance
mitrale et la thrombocytopénie sont plus fréquentes dans les cas
associés aux anticorps antiphospholipides.
Des associations entre
livedo réticulé et migraines ont également été rapportées, ces
associations se comportant peut-être comme un facteur de risque
vis-à-vis de l’apparition ultérieure d’accidents vasculaires
cérébraux, et leurs relations avec le syndrome de Sneddon sont
donc discutées.
Il a également été décrit un complexe migrainelivedo
réticulé-accidents vasculaires cérébraux-thrombose veineuse profonde et atteinte
artérielle coronaire.
3- Oxalurie primitive et secondaire
:
L’hyperoxalurie ou oxalose primitive est une anomalie
métabolique congénitale rare qui se transmet sur un mode
autosomique récessif. Elle est liée à un déficit en alanineglyoxylate
aminotransférase (oxalose de type I, la plus fréquente)
ou en D glycérate deshydrogénase (type II plus rare), voire à un
trouble de l’absorption de l’oxalate (type III), avec dans tous les
cas accumulation d’oxalate dans les tissus et hyperoxalurie.
Elle
se caractérise en effet par une précipitation d’oxalate de calcium
dans divers tissus, notamment dans les vaisseaux périphériques,
le coeur, les reins, les voies urinaires, les yeux et la peau.
Quelle
que soit l’anomalie biochimique exacte, sous-jacente le tableau
clinique et biologique est assez similaire avec lithiase urinaire
précoce, dépôts cristallins d’oxalate de calcium dans le
parenchyme rénal à l’origine d’une insuffisance rénale terminale
avant l’âge de 20 ans.
D’autres organes peuvent être touchés,
notamment le coeur avec bloc auriculoventriculaire, les os, la
moelle osseuse, et la paroi des vaisseaux périphériques qui se
manifeste au niveau de la rétine et de la peau avec livedo
réticulaire nécrosant et nécroses distales qui restent en fait assez
rares.
Le diagnostic est évoqué sur une insuffisance rénale
chronique précoce associée à une lithiase, également précoce, et
repose sur le dosage de l’excrétion urinaire d’oxalate ainsi que
sur la biopsie cutanée faite sur les mailles qui montre un dépôt
de cristaux biréfringents d’oxalate de calcium dans le derme et
les parois des artères dermohypodermiques, où ils sont souvent
associés à une thrombose intraluminale.
Le principal diagnostic différentiel est le livedo nécrosant des insuffisants rénaux
chroniques dialysés où l’on peut retrouver une hyperoxalurie secondaire à
l’insuffisance rénale qui est d’ailleurs peut-être également
impliquée dans la physiopathologie du livedo.
4- Vasculite livédoïde de Winkelman ou vasculite
hyalinisante segmentaire :
Cette entité rare, décrite en 1967 par Winkelman reste contestée
dans son individualisation par rapport à d’autres tableaux
cliniques assez voisins.
Il s’agit typiquement d’un livedo
suspendu, évoluant par poussées très douloureuses, atteignant
essentiellement les femmes jeunes, souvent associé à des
éléments purpuriques nécrotiques qui laissent des cicatrices
atrophiques de type atrophie blanche.
La face antéroexterne du
tiers inférieur et du tiers moyen de la jambe est le plus souvent
atteinte.
L’aspect histologique est assez particulier avec une
atteinte des petites artères dermiques, siège d’une inflammation
peu importante, avec hyalinisation des parois et parfois
obstruction par une fibrose ou une thrombose luminale.
Il peut
s’y associer, mais rarement, des atteintes extracutanées de type
maladie micro-occlusive.
L’étiologie est encore très controversée
et pourrait être liée à des anomalies diverses de la coagulation,
notamment anticorps antiphospholipides, résistance à la protéine
C activée et déficit en protéine C.
Certaines formes sont
secondaires à des connectivites et peuvent également s’associer à
un diabète, une athéromatose diffuse ou à une néoplasie
viscérale.
Le traitement de cette affection récidivante est difficile
et peut faire appel aux anticalciques, aux antiagrégants, aux
corticoïdes, à la PUVAthérapie, à la prostacycline ou aux
immunoglobulines intraveineuses.
Il faut insister sur le fait que les mécanismes physiopathologiques
en cause dans le livedo sont donc rarement purs avec très souvent
une association de deux ou trois des mécanismes fondamentaux
qui sont les troubles vasomoteurs, l’occlusion intraluminale et les
anomalies pariétales.
Il faut en particulier insister sur le caractère prothrombotique fréquent des anomalies pariétales inflammatoires
et c’est la biopsie qui fait alors la part entre les phénomènes
inflammatoires et les phénomènes occlusifs.
Toutefois, il est
souvent bien difficile sur des lésions déjà évoluées de déterminer
l’ancienneté relative de ces éléments et de mettre en évidence le
mécanisme initial.
La physiopathologie des lésions fait donc
souvent appel à un mécanisme cumulatif avec un seuil de
perfusion tissulaire en deçà duquel le livedo apparaît, un deuxième
seuil étant probablement responsable de l’apparition de zones
nécrotiques.
La correction d’un des mécanismes en cause pourrait
alors suffire à faire disparaître le livedo, permettant à la perfusion
de repasser au-delà du seuil critique.
Cette notion est
particulièrement illustrée par le livedo nécrosant des insuffisants
rénaux où la correction d’un des mécanismes (hyperparathyroïdie)
permet souvent de sauver la situation.
Conduite pratique devant un livedo
:
La démarche du
clinicien, peut s’appuyer :
– sur l’interrogatoire et un examen clinique rigoureux, orienté
notamment sur les antécédents du patient, l’ancienneté, la
topographie du livedo, les signes associés, notamment cutanés
(acrosyndrome, vasculite, nécrose), mais également extracutanés
notamment vasculaires, néphrologiques et neurologiques ;
– dans tous les cas où il ne s’agit pas à l’évidence d’un livedo
banal de stase, deux types d’exploration doivent être
systématiquement envisagés :
– une biopsie profonde au centre de la maille, mais également
sur la zone érythrocyanotique, ainsi que sur toute autre lésion
cutanée significative, notamment du type vasculite, afin
d’éclairer le mécanisme physiopathologique : occlusion et/ou
anomalie pariétale avec ou sans inflammation, embolie de
cholestérol, dépôts de cristaux d’oxalate de calcium ou au
contraire aucune lésion visible franche ;
– des examens biologiques systématiques : numération formule
sanguine, vitesse de sédimentation, bilan de coagulation avec
notamment étude du TCA, biologie hépatique, calcémie,
phosphorémie, dosage de la protéine C, de la protéine S,
recherche d’anticorps antinucléaires, d’un anticorps
anticardiolipine, d’un anticoagulant circulant lupique,
d’anticorps antiphospholipides, d’une cryoglobulinémie, d’une
protéine monoclonale.
Ces explorations seront complétées en
fonction du contexte anatomoclinique, notamment sous la forme
d’une étude plus fine de la coagulation, de la recherche
d’autoanticorps circulants plus spécifiques dans le cadre d’une
connectivite, du dosage de la parathormone, d’explorations
microbiologiques adaptées, d’examens morphologiques divers.
Enfin, une extension extracutanée doit être recherchée de
principe, notamment en ce qui concerne le fond d’oeil et une
éventuelle atteinte rénale.
Il n’y a pas de traitement standard du livedo puisque celui-ci relève
en principe du traitement de l’affection en cause.
Toutefois, d’un
point de vue général, si l’histologie révèle une occlusion ou une
anomalie pariétale, mais que les explorations ne révèlent aucune
étiologie précise, un traitement symptomatique par corticoïdes
et/ou anticoagulants peut être envisagé selon les cas, en sachant
bien sûr qu’une affection précise pourra se démasquer
ultérieurement ce qui justifie la répétition d’investigations quand
elles ne sont pas démonstratives au départ.
Conclusion
:
Le livedo ou érythrocyanose en mailles est un élément sémiologique de
reconnaissance en général facile, mais de signification étiologique très
diverse.
Il est capital d’en rechercher la cause sans délai par les
moyens histologiques et biologiques adaptés. Certaines étiologies
peuvent en effet se révéler menaçantes pour le pronostic fonctionnel,
voire vital, et nécessitent une reconnaissance rapide ainsi qu’un
traitement adapté et urgent afin d’éviter une évolution péjorative vers
des lésions nécrotiques cutanées, voire viscérales.