Introduction
:
La pratique régulière et intensive du sport peut induire ou révéler
précocement une pathologie vasculaire et plus particulièrement au
niveau de l’artère poplitée.
L’artère poplitée peut être le siège de
pathologies qui lui sont spécifiques : le piège poplité et le kyste adventiciel.
Ces deux pathologies s’expriment par une symptomatologie
souvent identique et sans particularité clinique, ce sont les examens
complémentaires qui peuvent permettre de faire le diagnostic.
Les
deux affections ont un traitement chirurgical.
Syndrome de l’artère poplitée
:
A - GÉNÉRALITÉS
:
1- Définition
:
Le syndrome de l’artère poplité est dû à la compression de l’artère
poplitée par des structures musculaires ou tendineuses
avoisinantes, dans son trajet depuis l’arcade des adducteurs jusqu’à
l’arcade du soléaire.
2- Historique
:
En 1965, Love et Whelant ont proposé le terme universellement
accepté de « syndrome de l’artère poplitée piégée » (popliteal
entrapment syndrome).
En 1985, Rignault a décrit le syndrome de l’artère poplitée
piégée d’origine fonctionnelle.
B - ANATOMOPATHOLOGIE
:
La mise en tension des éléments tendineux et musculaires dans les
mouvements d’extension de la jambe et de dorsiflexion du pied
provoque une compression de l’artère poplitée à l’effort.
Le traumatisme répété de l’artère engendre des lésions de l’intima,
qui peuvent conduire à des complications graves : thrombose,
embolie, anévrisme artériel.
Il existe de nombreuses classifications des anomalies du piège de
l’artère poplitée.
Sur le plan pratique, nous retenons trois groupes :
– les anomalies musculaires ;
– les anomalies du trajet artériel ;
– les compressions d’origine fonctionnelle.
1- Anomalies musculaires
:
Le trajet de l’artère poplitée est normal, mais il existe une insertion
haute, ou trop externe ou trop courte, sur le condyle fémoral
interne du muscle gastrocnémien médial ; il peut également exister des faisceaux
surnuméraires musculaires ou tendineux du
muscle gastrocnémien médial qui s’insèrent dans l’échancrure
intercondylienne : ces faisceaux passent habituellement entre l’artère et la
veine poplitée et compriment l’artère poplitée.
Les anomalies
musculaires représentent environ 50 % des cas.
2- Anomalies
de trajet artériel :
Lors du développement embryonnaire de l’artère poplitée au stade
de remodelage à la septième ou huitième semaine de l’embryon, une anomalie de développement fait passer l’artère poplitée en
dedans et en avant du muscle gastrocnémien médial.
Les anomalies de trajet représentent environ 30 à 40 % des cas.
3- Compressions d’origine fonctionnelle
:
Il n’existe parfois aucune anomalie de trajet artériel ou d’insertion
musculaire ; la compression de l’artère est due au développement
d’une hypertrophie musculaire par l’entraînement sportif.
B - TABLEAU CLINIQUE
:
1- Circonstances de découverte
:
La fréquence de la pathologie est rare, bien qu’elle soit
fréquemment évoquée.
Son diagnostic n’est pas facile à confirmer,
surtout si l’artère est totalement oblitérée.
Le sexe masculin (90 %) est beaucoup plus souvent atteint que le
sexe féminin.
L’affection est reconnue le plus souvent chez l’adulte
jeune.
Chez 30 % des sujets, le piège poplité est bilatéral.
La pratique de certains sports favorise le déclenchement de la
symptomatologie par hypertrophie des muscles du genou : ce sont
le cyclisme, la danse, la natation, le basket, la marche.
2- Signes fonctionnels
:
En fonction de l’état de perméabilité artérielle, et en dehors des
formes latentes, on est amené à voir le patient dans trois
circonstances.
* Stade de compression simple
:
La pathologie se manifeste par une claudication intermittente à
type de douleurs vives et de crampes du mollet, et qui parfois se
singularise par un mode d’apparition particulier :
– sous la forme d’une claudication paradoxale survenant à la
marche alors que la course est normale ;
– la claudication peut prendre une expression classique à l’effort ;
– certains signes peuvent être atypiques, ce sont une cyanose de la
jambe et du pied à la station debout prolongée ou lors d’efforts
musculaires et un oedème de jambe ou de la cheville ; ils orientent
vers un piège veineux associé au piège artériel.
* Stade d’oblitération chronique
:
Le tableau clinique prend l’aspect d’une artériopathie de type
athéromateux, s’exprimant par une claudication intermittente
d’effort.
Le diagnostic est évoqué par son apparition chez un
sujet jeune, sportif, n’ayant pas de facteur de risque athéroscléreux.
* Stade d’ischémie artérielle aiguë
:
Le tableau d’ischémie artérielle aiguë pulmonaire peut être
inaugural, ou avoir été précédé par une claudication intermittente,
évocatrice ou non.
Il est habituellement dû à la thrombose plus ou
moins étendue de l’artère poplitée ou à l’embolie artérielle distale.
3- Examen clinique
:
Il est le plus souvent normal, l’examen des pouls révèle parfois
une diminution ou une abolition du pouls tibial postérieur ou
pédieux, en extension du genou et en flexion plantaire active
contrariée ou en flexion dorsale passive du pied.
La palpation du creux poplité peut parfois découvrir un anévrisme.
C - EXPLORATIONS ULTRASONIQUES
:
1- Doppler continu
:
Au repos, le doppler continu est le plus souvent normal en
l’absence de thrombose.
Ce sont les manoeuvres dynamiques posturales qui mettent en
évidence un frein circulatoire poplité.
La vitesse circulatoire de
l’artère tibiale antérieure enregistrée au niveau de la loge antéroexterne ou au cou-de-pied est modifiée ou abolie lorsque la
jambe est mise en extension et le pied en dorsiflexion passive, ou
lorsque le sujet met le pied en flexion active plantaire.
Ces manoeuvres sont à analyser avec prudence, car elles sont
souvent positives chez un grand nombre de sujets normaux.
2- Échographie
:
Cet examen permet de mettre en évidence un trajet anormal de
l’artère poplitée.
Il peut révéler un anévrisme poststénotique ou
un anévrisme vrai rempli de caillots endoluminaux.
Il peut
également objectiver une thrombose de l’artère poplitée.
Il peut
repérer un faisceau musculaire ou tendineux anormal ou un trajet
anormal de l’artère poplitée.
3- Artériographie
:
Elle doit toujours être bilatérale et comparative des deux membres.
L’artériographie doit visualiser l’ensemble de l’arbre artériel à
partir de l’aorte abdominale sous-rénale ; il est nécessaire de réaliser des
manoeuvres dynamiques qui sont identiques à celles réalisées pour
l’examen doppler continu.
L’artériographie
permet de visualiser une déviation artérielle interne quasi
pathognomonique d’une anomalie de trajet artériel ; lorsque le
trajet de l’artère poplitée est normal, la compression par un
faisceau musculaire surnuméraire ou anormal est visualisée par des
images variées.
Typiquement, il
peut s’agir d’une sténose en « sablier » dont les deux pointes ne
sont pas strictement juxtaposées sur l’incidence de face.
Cette sténose
siège au-dessus de l’interligne.
D’autres aspects
ont été décrits :
– sténose
régulière par compression extrinsèque ;
– sténose en «
sablier » à pointe en regard ;
– sténose
siégeant sur l’artère poplitée basse par compression de l’anneau du
soléaire ;
– thrombose
poplitée ;
– anévrisme poplité.
Ces images sont fréquemment retrouvées chez des sujets
asymptomatiques ; elles doivent être interprétées en fonction du
contexte clinique.
Parfois, il est possible de visualiser une dilatation de l’artère
poplitée poststénotique, voire un anévrisme vrai, hautement
évocateur du diagnostic d’artère poplitée chez un sujet jeune.
Lorsqu’il existe une artère poplitée piégée fonctionnelle due à une
hypertrophie musculaire, il a été décrit une image évocatrice par Turnipseed : il s’agit d’un déplacement latéral de l’artère
poplitée contre le condyle externe du fémur et la partie externe de
l’anneau du soléaire lorsque les clichés sont réalisés pied en flexion
plantaire ou dorsale forcée.
4- Scanner :
Il visualise les anomalies de trajet de l’artère poplitée et peut
également mettre en évidence des faisceaux surnuméraires
musculaires ou tendineux ou des anomalies d’insertion des
muscles poplités.
D - TRAITEMENT
:
Le traitement de l’artère poplitée piégée ne peut être que
chirurgical.
Il a deux objectifs :
– de supprimer le piège par un geste musculaire ou vasculaire en
cas d’oblitération artérielle ;
– restaurer un flux artériel distal d’aval normal.
Voies d’abord
La voie d’abord est postérieure le plus souvent ou latérale interne.
Geste chirurgical
Lorsqu’il existe une anomalie de trajet artériel, la section artérielle
et la réanastomose terminoterminale permettent de recentrer
l’artère poplitée.
Lorsqu’il existe une anomalie musculaire, on
réalise des sections musculaires ou tendineuses qui doivent libérer
la compression artérielle et parfois veineuse.
La thrombose poplitée
est habituellement réparée par une résection de la thrombose et
une interposition par une greffe veineuse grande saphène inversée.
Il peut être également réalisé un pontage de la zone pathologique
par un greffon grande saphène inversée.
Kyste adventiciel poplité
:
A - GÉNÉRALITÉS
:
Définition
:
C’est une pathologie artérielle poplitée par sténose ou par
thrombose ; elle est due au développement d’une cavité kystique
dans la paroi artérielle.
Elle siège dans l’adventice, parfois dans les
couches externes de la média.
Elle est remplie d’un liquide
visqueux.
L’affection a plusieurs appellations :
– dégénérescence colloïdale de l’adventice ;
– dégénérescence mucoïde ou kyste mucoïde ;
– dégénérescence kystique myxomateuse ;
– bursite de l’artère poplitée.
B - HISTORIQUE
:
En 1947, Atkins et Rey ont décrit pour la première fois une
localisation au niveau de l’artère iliaque externe.
En 1954, Ejrup et Hierton
ont rapporté la première observation de dégénérescence kystique de
l’artère poplitée.
C -
ANATOMOPATHOLOGIE :
1- Aspect
macroscopique :
La lésion se présente sous la forme d’une tuméfaction oblongue,
de coloration foncée qui tranche avec celle de l’artère ; elle est
longue de 2 à 3 cm, le diamètre varie de 1,5 à 3 cm.
Le siège est
habituellement à la partie haute de l’artère poplitée sus-articulaire ;
le kyste peut être circonférenciel ou localisé à une face de l’artère. Dans
quelques cas, il a été retrouvé une véritable communication avec
l’articulation du genou.
L’incision du
kyste fait s’écouler une substance gélatineuse épaisse plus ou moins
brunâtre, décrite comme une « gelée de groseilles ».
2- Aspect
histologique :
Il existe dans la paroi artérielle des cellules mucosécrétantes, dont
l’inclusion remonte vraisemblablement au développement
embryologique.
D - TABLEAU CLINIQUE
:
1- Circonstances de découverte
:
L’affection se révèle en règle générale chez un adulte jeune, l’âge
moyen est environ de 43 ans, les extrêmes allant de 11 à 70 ans.
Près de 70 % des cas sont diagnostiqués entre 25 et 55 ans.
L’affection est retrouvée le plus souvent chez l’homme (85 % des
cas).
L’affection touche indifféremment le côté gauche ou le côté droit,
elle est unilatérale, les sujets le plus souvent exposés sont des
sportifs (cyclistes et coureurs de fond).
2- Signes fonctionnels
:
Le tableau clinique est en général celui, au moins au début, d’une
forme classique d’artériopathie chronique des membres inférieurs.
3- Examen clinique
:
En règle générale, l’inspection est normale : à la palpation, on ne
perçoit pas habituellement la tuméfaction kystique et la palpation
des pouls en position basale est habituellement normale.
E - EXAMENS COMPLÉMENTAIRES
:
1- Doppler continu
:
Au repos, le doppler continu permet d’apprécier le degré de
sténose par compression du kyste.
Le frein circulatoire peut être
accentué par la mise en extension du genou.
Après effort de marche sur home-trainer, les signes doppler peuvent
apparaître ou être accentués.
En effet, s’il existe une
communication entre le kyste et l’articulation du genou,
l’augmentation de la pression intrasynoviale aggrave la
compression de l’artère poplitée par le kyste.
2- Échographie
:
Elle visualise le kyste sous la forme d’une image iso- ou hypoéchogène
; cette image doit être distinguée de celle d’une dissection
artérielle ou d’un anévrisme de l’artère poplitée.
3-
Artériographie :
Elle permet de
faire le diagnostic de sténose de l’artère poplitée.
Des aspects
morphologiques variés ont été décrits :
– sténose en «
sablier » à pointe en regard ;
– empreinte
latérale cupuliforme décrite comme une image en « verre de montre »
;
– arrêt complet
en « bec d’oiseau » ou en « bec de flûte » du produit de contraste.
Les images
siègent habituellement au-dessus de l’interligne.
4- Scanner :
L’examen tomodensitométrique peut être réalisé avec injection de
produit iodé.
On réalise les coupes axiales et des reconstructions
qui permettent de visualiser le kyste développé dans la paroi de
l’artère poplitée.
5- Imagerie par résonance magnétique
:
Les images réalisées en écho de spin T1 et T2 montrent les images hypodenses du kyste poplité.
F - TRAITEMENT
:
Le traitement du kyste adventiciel de l’artère poplitée ne peut être
fait que selon les deux modalités suivantes.
1- Ponction du kyste
:
Sous contrôle échographique ou scanner, cette technique est l’objet
de récidives nombreuses.
2- Traitement chirurgical
:
Le traitement chirurgical est réalisé le plus souvent par une voie
postérieure selon Triquet :
– si le kyste est de petit volume et ne semble pas avoir engendré
de lésion de la média et de l’intima, il est possible de faire la
résection de la poche kystique sans restauration vasculaire ;
– devant un kyste étendu avec des lésions pariétales, il est fait une
résection du segment artériel sur toute la zone pathologique et le
remplacement par une greffe veineuse réalisée à partir d’un
segment de veine grande saphène inversée.
Conclusion
:
Lorsqu’il existe une pathologie artérielle de l’artère poplitée chez un
sujet jeune de moins de 40 ans, l’apparition d’une claudication
intermittente ou d’une ischémie subaiguë doit faire évoquer le
diagnostic d’artère poplitée piégée ou de kyste adventiciel.
Ce sont les examens complémentaires qui permettent habituellement
de confirmer le diagnostic de lésion de l’artère poplitée par la
réalisation d’un échodoppler et le diagnostic étiologique par scanner
ou IRM.
Les deux pathologies relèvent d’un traitement chirurgical le plus
souvent réalisé par une voie postérieure.
Dans la grande majorité des cas, le pronostic de ces affections, quand
elles sont traitées, est excellent.
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