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Ophtalmologie
Kératoplastie transfixiante
Cours d'Ophtalmologie
 
 
 

Introduction :

La kératoplastie transfixiante est l’une des plus fréquentes des greffes de tissus et transplantations d’organes.

Chaque année, environ 3 000 kératoplasties transfixiantes sont réalisées en France.

Les besoins de la population sont estimés à environ 6 000 greffes de cornée par an.

Ceci explique l’existence de listes d’attente en France.

La greffe de cornée est pourtant une intervention relativement simple, peu coûteuse comparée aux transplantations d’organes, et dont le greffon peut être obtenu sur un donneur décédé.

Si elle répond aux mêmes lois générales de la transplantation que les autres allogreffes, elle bénéficie d’un privilège immunitaire.

Les résultats en termes de survie du greffon sont souvent excellents, mais ils varient suivant les indications.

Indications :

Les kératopathies bulleuses représentent 20 à 50 % des indications opératoires, les kératocônes 10 à 30 %, la pathologie infectieuse (séquelles de kératites interstitielles, kératites bactériennes, virales, fongiques et parasitaires) 10 à 20 %, la dystrophie de Fuchs environ 10 %, les échecs de kératoplastie 5 à 10%.

A - Pathologies cornéennes :

1- Kératopathies bulleuses :

Elles représentent la première des indications de la kératoplastie transfixiante.

Le terme de kératopathie bulleuse regroupe tous les oedèmes cornéens secondaires à une défaillance endothéliale.

Ces oedèmes cornéens s’accompagnent, après un temps d’évolution, de la formation de bulles sousépithéliales puis, secondairement, d’une fibrose sous-épithéliale.

D’une manière générale, ces défaillances endothéliales peuvent être primitives (dystrophies endothéliodescemétiques, iridocorneal endothelial syndrome [ICE]) ou secondaires à une intervention chirurgicale, un traumatisme, une brûlure, un glaucome, une hypotonie ou une uvéite.

Les défaillances secondaires peuvent être favorisées par l’existence d’une pathologie primitive endothéliodescémétique (dystrophie de Fuchs par exemple).

La cause la plus fréquente des kératopathies bulleuses est la chirurgie de la cataracte.

La défaillance endothéliale peut être la conséquence du traumatisme chirurgical initial : contact endothélial avec le cristallin, son noyau ou des fragments, l’implant, les instruments, le vitré, déformation de la cornée, passage de la sonde de phacoémulsification à proximité de l’endothélium, décollement descémétique iatrogène, toxicité de la solution d’irrigation intraoculaire.

D’une manière générale, toutes les complications peropératoires de la chirurgie de la cataracte sont autant de circonstances menaçant l’endothélium cornéen.

La défaillance endothéliale peut être également due à l’implant : essentiellement les implants de chambre antérieure, surtout à anses fermées, implants de diamètre insuffisant ou dont une anse est passée dans l’iridectomie périphérique et implants à support irien, mais aussi parfois implants de chambre postérieure.

L’épidémie de kératopathies bulleuses signalée au début des années 1980 rend compte des conséquences parfois imprévisibles de progrès techniques supposés.

À côté de la chirurgie de la cataracte, d’autres interventions intraoculaires peuvent se compliquer d’une défaillance endothéliale : chirurgie filtrante antiglaucomateuse, chirurgie vitréorétinienne avec utilisation d’huiles de silicone, notamment.

Dans cette dernière indication, il semble que les chances de succès de la greffe n’existent que lorsque le silicone a pu être enlevé avant la kératoplastie.

Deux raisons peuvent amener l’ophtalmologiste à proposer une kératoplastie à un patient souffrant d’une kératopathie bulleuse : la restauration d’une acuité visuelle utile et l’effet antalgique.

La kératopathie bulleuse est volontiers très douloureuse et la greffe fait disparaître la symptomatologie douloureuse.

Il faut prendre en compte l’état de l’angle iridocornéen et le contrôle pressionnel avant de porter l’indication opératoire.

Ces patients ont souvent des goniosynéchies extensives et évolutives, ainsi qu’une hypertonie.

Le contrôle de la pression intraoculaire, si possible préopératoire, est un élément capital du pronostic de la greffe.

2- Kératocône :

Le kératocône est la deuxième indication des kératoplasties transfixiantes.

Cette affection d’étiologie encore inconnue a une prévalence de 50 à 230 pour 100 000 habitants.

Les formes familiales représentent un cas sur dix.

Au cours de l’évolution d’un kératocône, l’indication opératoire est fonction des possibilités de correction optique (lunettes, puis lentilles de contact).

Lorsque les lentilles ne permettent plus d’obtenir une acuité visuelle suffisante, ou que l’adaptation ou le port deviennent impossibles, la kératoplastie transfixiante est indiquée.

En règle, ces patients ont un kératocône de stade IV.

L’âge de la kératoplastie varie en fonction du potentiel évolutif du kératocône.

Certains patients doivent être opérés pendant l’adolescence du fait de la survenue d’un hydrops.

Habituellement, la greffe est réalisée chez l’adulte jeune, mais il n’est pas exceptionnel d’opérer des patients de 50 ans ou plus dont le kératocône est resté longtemps stable.

Enfin, certains kératocônes n’évoluent jamais vers le stade de la greffe.

3- Dystrophies cornéennes :

Parmi les dystrophies cornéennes, les dystrophies endothéliodescemétiques représentent la pathologie la plus pourvoyeuse de kératoplasties.

La dystrophie de Fuchs est de loin la plus fréquente.

Elle peut être héréditaire, de transmission autosomique dominante à pénétrance variable avec une évolution rapide vers la greffe (vers 40-50 ans), ou sporadique, d’évolution souvent plus lente conduisant à la greffe vers 60-70 ans.

L’indication de la kératoplastie transfixiante au cours de la dystrophie de Fuchs est posée lorsque l’oedème cornéen, d’abord matinal, devient permanent et entraîne une baisse importante de l’acuité visuelle notamment en vision de près.

Il faut noter que la plupart des cornea guttata rencontrées en pratique clinique n’évolueront jamais vers l’oedème cornéen.

D’autres dystrophies endothéliodescemétiques peuvent nécessiter une kératoplastie.

Il s’agit de la dystrophie postérieure polymorphe dans sa forme diffuse et de la dystrophie cornéenne endothéliale héréditaire (CHED [congenital hereditary endothelial dystrophy]). Ces deux pathologies sont rares, comparées à la dystrophie de Fuchs.

Il faut mentionner un syndrome qui n’est pas une dystrophie endothéliodescemétique, mais une pathologie de l’endothélium cornéen d’étiologie encore inconnue, le plus souvent sporadique et unilatérale, qui entraîne souvent un oedème cornéen nécessitant une greffe.

Il s’agit des syndromes endothéliaux iridocornéens (ICE syndromes) qui regroupent le syndrome de Chandler, l’atrophie essentielle de l’iris et le syndrome de Cogan-Reese.

Les dystrophies stromales sont des pathologies relativement rares comparées au kératocône ou à la dystrophie de Fuchs.

Il s’agit d’affections bilatérales et avasculaires, familiales : dystrophie granulaire (Groenouw I), dystrophie maculaire (Groenouw II), dystrophie grillagée, dystrophie d’Avellino, dystrophie de Turpin, dystrophie cristalline...

Leur transmission génétique fait l’objet, actuellement, de nombreuses études et des mutations du gène de la kératoépithéline ont été identifiées dans les dystrophies granulaire et grillagée, d’Avellino et de Reis-Bücklers (qui, elle, est une dystrophie épithéliale).

L’indication de la kératoplastie, au cours de ces dystrophies, est portée sur la baisse de l’acuité visuelle.

Il faut prendre en compte le caractère récidivant, chez le patient greffé, des dystrophies grillagée, granulaire et maculaire.

À l’opposé de ces dystrophies stromales et endothéliodescemétiques, les dystrophies épithéliales ne sont en règle pas des indications à la kératoplastie transfixiante.

4- Kératites infectieuses :

Les séquelles de kératite interstitielle congénitale ou de l’enfance (kératite syphilitique, rougeole...) sont une indication à la kératoplastie qui doit être évaluée avec soin.

En effet, la taie laissée par ces kératites est souvent compatible avec une acuité visuelle encore correcte de l’ordre de 5/10.

Ces séquelles cornéennes peuvent compromettre la vision par l’opacification du stroma cornéen qu’elles entraînent ou par la déformation parfois pseudokératoconique de la cornée, secondaire à l’amincissement du stroma cornéen.

Il n’est pas rare que la question de l’indication d’une kératoplastie se pose après l’âge de 50 ans alors qu’une cataracte s’est développée.

Le problème est alors celui du rôle respectif de la cornée et de la cataracte dans la baisse de la vision.

Il peut être alors prudent de n’opérer, dans un premier temps, que la cataracte et de ne réaliser la kératoplastie que secondairement, si la récupération fonctionnelle est insuffisante.

Un deuxième problème courant est celui de l’amblyopie.

En effet, un certain nombre de kératites interstitielles sont franchement asymétriques.

Comme cette pathologie survient habituellement chez le petit enfant, il peut en résulter une amblyopie parfois profonde de l’oeil le plus atteint.

Une kératoplastie sur un tel oeil est vouée à un échec fonctionnel.

Les séquelles de kératite herpétique peuvent conduire à la kératoplastie, du fait de l’opacification du stroma cornéen qui entraîne une baisse importante de la vision.

S’il n’y a pas d’indication de kératoplastie en cas de forme épithéliale pure de kératite herpétique, les kératites disciforme et métaherpétique peuvent conduire à la greffe.

Celle-ci ne peut s’envisager que lorsque le virus herpétique est parfaitement contrôlé et quiescent depuis au moins 6 à 12 mois.

Le risque de récidive de l’herpès sur le greffon est important et impose une prévention postopératoire par un traitement antiherpétique oral, poursuivi au moins pendant la durée de la corticothérapie orale.

De plus, la cornée est souvent vascularisée avec un risque majoré de rejet.

Les abcès de cornée bactériens ou fongiques, secondaires au port de lentilles de contact ou d’origine autre, peuvent amener à la greffe.

Citons également la kératite amibienne du porteur de lentilles.

Il faut éviter, dans la mesure du possible, de greffer ces patients à chaud et attendre environ 1 an par rapport à l’épisode infectieux pour faire la kératoplastie.

Les séquelles cornéennes du trachome posent des problèmes de surface oculaire difficiles (sécheresse oculaire notamment, mais aussi mauvaise qualité de l’épithélium cornéen) qui peuvent compromettre le résultat d’une éventuelle kératoplastie.

5- Autres indications :

Certaines dysgénésies cornéennes peuvent nécessiter une kératoplastie : anomalie de Peters, sclérocornée.

Le problème est alors celui du jeune âge du receveur qui s’accompagne d’un risque important de rejet. Les pathologies sévères de la surface oculaire (Stevens-Johnson, pemphigoïde oculaire cicatricielle, brûlures caustiques) peuvent entraîner une opacification de la cornée.

Néanmoins, une kératoplastie ne pourra être réalisée qu’après restauration d’un épithélium cornéen normal.

Ceci fait actuellement appel à la greffe de limbe. L’échec d’une précédente kératoplastie représente actuellement une indication non négligeable de greffe.

Il faut déterminer la cause de cet échec (rejet, hypertonie, implant laissé en place, déficit épithélial) et les possibilités de corriger ces désordres (traitement immunosuppresseur, traitement ou chirurgie hypotonisants, changement d’implant, greffe de limbe) avant de poser l’indication d’une nouvelle greffe.

En effet, si les désordres persistent, le pronostic de la greffe ultérieure est d’emblée défavorable.

B - Indications des interventions combinées :

1- Cataracte :

Une chirurgie de la cataracte, associée à une kératoplastie, est indiquée à chaque fois qu’une pathologie cornéenne nécessitant une kératoplastie s’accompagne d’une opacification du cristallin, entraînant par elle-même une baisse de la vision.

La pathologie cornéenne la plus fréquente dans cette indication est la dystrophie de Fuchs, suivie par les séquelles de kératite interstitielle.

La chirurgie de la cataracte peut être réalisée dans le même temps que la kératoplastie (triple procédure), ce qui a l’avantage de ne faire subir au patient qu’une seule intervention.

Néanmoins, il faut noter que la chirurgie du cristallin à ciel ouvert s’accompagne d’un risque de rupture capsulaire postérieur plus important qu’une intervention standard de cataracte.

Dans certaines pathologies cornéennes pouvant laisser assez longtemps une certaine visibilité du segment antérieur (dystrophie de Fuchs notamment), l’intervention de la cataracte (phacoémulsification avec implantation dans le sac capsulaire, en première intention) peut être réalisée en premier, suivie par la kératoplastie (soit dans le même temps opératoire, soit après quelques mois).

Cette alternative présente l’avantage d’opérer la cataracte sur globe fermé, avec donc moins de risque de rupture capsulaire.

Enfin, la troisième alternative consiste à opérer la cataracte dans un deuxième temps.

Cette situation se rencontre lorsque l’on avait sous-estimé l’opacification du cristallin en préopératoire et que, sous l’influence de l’inflammation intraoculaire postopératoire et des corticoïdes, la cataracte progresse après la greffe.

Parfois, le cristallin est parfaitement clair avant la greffe et la cataracte ne se développe qu’après celle-ci.

Dans ces conditions, l’intervention de la cataracte (phacoémulsification avec implantation dans le sac capsulaire, en première intention) est réalisée après un délai suffisant pour que la cicatrice ait acquis un minimum de solidité et, si possible, avant ablation des fils.

Cette troisième alternative présente l’inconvénient, au moins théorique, d’altérer le capital cellulaire endothélial du greffon, mais ne semble pas compromettre la survie du greffon.

Au cours des kératopathies bulleuses sur implant de chambre antérieure, il peut être nécessaire d’enlever l’implant ou de le remplacer par un autre implant de chambre antérieure, ou par un implant suturé à la sclère.

Ceci est nécessaire à chaque fois que l’on pense que l’implant est à l’origine de la décompensation endothéliale : implant d’un modèle ancien, implant à anses fermées, implant d’un diamètre insuffisant pour la taille de la chambre antérieure, implant mobile ou dont une haptique est passée dans l’iridectomie.

En revanche, un implant à anses ouvertes d’un modèle récent, non mobile, dont les haptiques sont correctement positionnées dans l’angle iridocornéen, et ne s’accompagnant pas d’une tendance aux goniosynéchies extensives ni d’une hypertonie, pourra être laissé en place.

Le choix de laisser le patient aphake peut s’envisager lorsque l’oeil est unique ou que l’autre oeil est aphake, lorsque la chambre antérieure est très étroite et qu’il existe des goniosynéchies et un glaucome associés.

La comparaison de la réimplantation en chambre antérieure, avec la suture à la sclère, d’un implant de chambre postérieure ne fait pour l’instant pas apparaître d’argument majeur pour l’une ou l’autre des techniques.

La survie du greffon et l’évolution postopératoire de la densité endothéliale du greffon ne sont pas meilleures avec un implant suturé à la sclère.

Les implants suturés à la sclère se compliquent volontiers d’hypertonie.

2- Vitrectomie :

La vitrectomie au cours de la kératoplastie transfixiante est indiquée à chaque fois qu’une mèche de vitré est présente en chambre antérieure, quelle que soit son abondance.

En effet, lorsqu’une mèche de vitré, même minime, est laissée en chambre antérieure, elle vient invariablement s’insérer dans la cicatrice de kératoplastie, entraînant une inflammation chronique et des tractions vitréorétiniennes.

3- Chirurgie filtrante :

La chirurgie filtrante doit être associée à la kératoplastie à chaque fois qu’il existe une hypertonie non contrôlée médicalement.

Dans la mesure du possible, il est souhaitable de résoudre le problème pressionnel avant de réaliser la greffe.

Ainsi, en cas d’hypertonie sévère, il est souhaitable de faire précéder la kératoplastie par la chirurgie filtrante. Néanmoins, les deux interventions peuvent être réalisées dans le même temps.

C - Classification pronostique en fonction de l’indication opératoire :

Si l’on considère les chances de succès de la greffe, on peut classer les indications opératoires en quatre groupes pronostiques :

– pronostic excellent (90 %de succès) : kératocône, taie centrale avasculaire, dystrophie granulaire, dystrophie de Fuchs peu évoluée ;

– pronostic bon (80 à 90 % de succès) : dystrophie de Fuchs évoluée, kératopathie bulleuse, kératite herpétique inactive, ICE syndrome, kératite interstitielle, dystrophie maculaire ;

– pronostic moyen (50 à 80 %de succès) : kératite infectieuse active, kératite herpétique active, brûlure modérée, CHED, dystrophie grillagée, glaucome congénital ;

– pronostic réservé (moins de 50 % de succès) : brûlure sévère, maladie de Lortat-Jacob, syndrome de Stevens-Johnson, kératite neuroparalytique, syndromes de clivage du segment antérieur, échecs multiples de greffe.

D - Bilan préopératoire :

Il doit évaluer l’état anatomique et rechercher les facteurs pronostiques.

Il comporte les antécédents de greffe et de rejet, l’acuité visuelle, l’état de la surface oculaire (recherche d’un syndrome sec, d’une insuffisance en cellules souches limbiques) et des paupières, la topographie et le siège d’éventuels néovaisseaux cornéens, la microscopie spéculaire en cas d’oedème cornéen débutant ou de cornea guttata, la pression intraoculaire, la recherche de goniosynéchies, l’état de la macula, l’échographie en mode B lorsque le fond d’oeil n’est pas analysable, la biométrie en cas d’implantation et l’évaluation de l’état général.

Technique opératoire et soins postopératoires :

A - Greffon :

Dans le respect de la législation, le greffon doit provenir d’une banque de tissus agréée.

Avant l’intervention, le chirurgien doit prendre connaissance de la fiche du greffon et vérifier l’identification de celui-ci sur le flacon.

Il doit vérifier que les résultats des sérologies du donneur reportés sur la fiche du greffon sont conformes aux exigences légales et que la qualité du tissu (contrôle de qualité endothélial) est suffisante pour le succès de la kératoplastie.

L’aspect macroscopique du greffon doit être contrôlé.

Dans le cadre d’un programme d’assurance-qualité, il convient d’envoyer le liquide de conservation et la collerette cornéosclérale du greffon au laboratoire de microbiologie pour un contrôle bactériologique et mycologique.

B - Anesthésie :

L’intervention peut être réalisée sous anesthésie locale péribulbaire ou bien générale.

Si l’on a recours à l’anesthésie péribulbaire, il est important d’obtenir une bonne akinésie du globe oculaire et de faire une compression suffisante afin d’avoir une hypotonie.

L’anesthésie générale peut être particulièrement utile chez les patients jeunes et émotifs et chez les patients ayant un kératocône (la cornée réceptrice, très fine et déformable, ne permet pas de maintenir la chambre antérieure tant que le greffon n’est pas suturé et il est important de n’avoir aucune poussée postérieure à ciel ouvert chez ces patients).

C - Kératoplastie simple :

L’antibioprophylaxie, ainsi que la décontamination de la peau et de la surface oculaire, sont réalisées comme au cours de la chirurgie de la cataracte.

1- Trépanation du greffon :

Le premier temps de l’intervention est la trépanation du greffon.

Celle-ci peut être réalisée par voie endothéliale ou épithéliale, en utilisant alors une chambre antérieure artificielle.

Pour obtenir un greffon de même diamètre que celui de la trépanation de la cornée réceptrice (cas le plus courant), il faut surdimensionner le greffon de 0,25 mmen cas de trépanation par voie endothéliale, car la trépanation de la cornée réceptrice par voie épithéliale crée une ouverture antérieure plus grande que la trépanation du greffon par voie endothéliale.

La trépanation par voie épithéliale sera en revanche réalisée au même diamètre.

Si l’on veut un greffon de diamètre supérieur à celui de la trépanation du receveur (essentiellement chez l’aphake et en cas de chambre antérieure étroite), on le surdimensionnera de 0,50 mm en cas de trépanation par voie postérieure et de 0,25 mmen cas de trépanation par voie antérieure.

Le diamètre de trépanation est fonction du diamètre cornéen du receveur, qu’il faut mesurer à l’aide d’un compas avant de trépaner le greffon, et de l’étendue de la zone pathologique de la cornée réceptrice.

Toutes indications confondues, le diamètre de trépanation du receveur le plus courant est de 8 mm avec un greffon trépané à 8,25 mm par voie postérieure ou 8 mm par voie antérieure.

Ce diamètre correspond à un compromis.

En effet, un grand diamètre de trépanation permet de greffer un grand nombre de cellules endothéliales, de diminuer le risque d’astigmatisme géant postopératoire, mais s’accompagne d’un risque majoré de rejet immunologique.

À l’inverse, une trépanation de petit diamètre permet de diminuer le risque de rejet mais diminue également le nombre de cellules endothéliales greffées et augmente le risque d’astigmatisme géant postopératoire.

Ceci peut être utile lorsque la cornée réceptrice est néovascularisée.

En cas de trépanation par voie postérieure, le greffon est centré sur un bloc de Téflont concave.

Il est maintenu pendant la trépanation par un système d’aspiration automatique ou manuelle (seringue).

La trépanation est réalisée à l’aide d’un système de guillotine (trépan de Hanna à lame à usage unique, trépan à usage unique de Heesburg-Barron) ou à main levée (trépan à usage unique).

En cas de trépanation par voie antérieure, le greffon est monté dans une chambre antérieure artificielle et trépané avec le même dispositif que celui utilisé pour la trépanation de la cornée réceptrice.

Le greffon est ensuite placé dans une cupule contenant du liquide de conservation jusqu’à utilisation.

Le deuxième temps opératoire est la trépanation de la cornée réceptrice.

Il faut tout d’abord repérer le centre de la trépanation.

Il est important, pour cela, que l’oeil soit parfaitement positionné, le plan de l’iris devant être perpendiculaire à l’axe du microscope opératoire.

Le centrage de la trépanation représente également un compromis entre le centre anatomique de la cornée, le centre de la pupille et l’étendue de la zone de tissu pathologique.

Il est utile d’utiliser un compas pour déterminer le centre de la trépanation et de faire une marque à l’aide d’une pointe mousse.

On peut également ensuite marquer une zone optique ronde de 4 mm à l’aide d’un marqueur de kératotomie radiaire, ce qui permet de mieux vérifier que l’on reste centré en cours de trépanation.

Enfin, les huit hémiméridiens principaux peuvent être marqués également, afin de mieux placer les points cardinaux.

Certains utilisent, essentiellement chez l’aphake, un anneau de Flieringa qui est suturé au globe dans la région de la pars plana par des points séparés de Vicrylt 5/0.

Ceci permet de maintenir la conformation du segment antérieur pendant la trépanation à main levée et d’éviter le collapsus du globe, surtout en cas de vitrectomie préalable.

Lorsque l’on utilise un trépan à succion, cette étape n’est pas utile.

La trépanation est réalisée sous microscope opératoire, en vérifiant que le centrage précédemment déterminé est bien respecté.

Elle est réalisée soit à main levée à l’aide d’un trépan à usage unique, soit avec un dispositif à succion qui permet de maintenir fixe le trépan.

Dans ce dernier cas, la trépanation est réalisée par un mouvement de rotation et de descente de la lame.

Les deux principaux dispositifs à succion sont le trépan de Hanna (aspiration automatisée, lame à usage unique) et celui de Heesburg-Barron (aspiration manuelle à l’aide d’une seringue, trépan à usage unique).

La trépanation est secondairement complétée, après avoir rempli la chambre antérieure avec une substance viscoélastique, avec une lame ou des ciseaux de microchirurgie.

Il faut éviter un excès tissulaire chez le receveur et obtenir une berge bien perpendiculaire à la surface cornéenne.

La cornée trépanée est conservée dans du liquide de conservation du greffon jusqu’à la suture de celui-ci.

Certains utilisent une technique de trépanation au laser Excimer pour le greffon et la cornée réceptrice.

Cette technique semble permettre un plus faible décentrement de la trépanation et une moindre rupture de la barrière hématoaqueuse en période postopératoire.

2- Suture du greffon :

Le troisième temps opératoire est la suture du greffon à la cornée réceptrice, l’endothélium étant protégé par une substance viscoélastique.

Le greffon est délicatement déposé dans le lit de la greffe à l’aide d’une spatule.

Le premier temps de la suture consiste à placer quatre points séparés cardinaux en monofilament 10/0 de type Nylont monté sur une aiguille spatulée.

Les sutures devraient théoriquement permettre une simple apposition du greffon et de la cornée réceptrice.

En fait, un vecteur de compression est toujours nécessaire pour assurer l’étanchéité.

L’emplacement des points cardinaux est essentiel à la prévention de l’astigmatisme postopératoire.

Ils doivent être profonds (75-90 %) et parfaitement perpendiculaires à l’incision. Ils doivent délimiter quatre quadrants de taille identique.

Le greffon pourra ensuite être maintenu, soit par des points séparés seuls, soit par un surjet seul, soit par une combinaison de points séparés et d’un surjet, soit enfin par un double surjet.

Le fil utilisé est habituellement un monofilament 10/0.

Lorsque l’on réalise un double surjet, on peut utiliser deux monofilaments, un 10/0 et un 11/0.

Le surjet 10/0 sera alors enlevé après plusieurs mois et le surjet 11/0 sera laissé en place.

Les points séparés et les surjets doivent permettre de bien affronter les membranes de Bowman du greffon et de la cornée réceptrice.

En effet, l’oedème du greffon, qui se résorbera progressivement après l’intervention, entraîne une différence d’épaisseur importante entre le greffon et la cornée réceptrice.

Ceci rend impossible l’affrontement des membranes de Descemet en peropératoire.

Les noeuds sont enfouis dans le stroma du greffon afin de minimiser la formation de néovaisseaux au contact des fils.

Le nombre total de points séparés et de passages du surjet est habituellement compris entre 16 et 24.

Lorsque l’on réalise un surjet, il faut répartir harmonieusement sa tension avant de faire le noeud autoenfoui.

La tension du surjet doit être suffisante pour qu’il ne se desserre pas après la période de déturgescence postopératoire du greffon.

En fin d’intervention, l’étanchéité de la suture est vérifiée et une pommade ou un collyre antibiotique et corticoïde sont appliqués. Une lentille-pansement peut être mise en place.

D - Interventions combinées :

Au cours des triples procédures, la chirurgie de la cataracte est réalisée à ciel ouvert après trépanation de la cornée réceptrice.

Il faut s’efforcer de respecter le plan capsulaire postérieur et de mettre en place un implant dans le sac capsulaire.

L’ouverture de la capsule antérieure peut être réalisée par une technique de capsulorrhexis proche de celle utilisée au cours de la phacoémulsification, par capsulotomie aux ciseaux ou par capsulotomie en timbre-poste à l’aiguille.

Un capsulorrhexis intact permet une implantation intrasacculaire sûre.

Néanmoins, la poussée postérieure à ciel ouvert le rend plus difficile à réaliser qu’au cours d’une phacoémulsification standard.

Il a facilement tendance à filer vers la périphérie et doit donc ne pas être de trop grande taille (4 à 5 mm).

La capsulotomie aux ciseaux permet également une implantation intrasacculaire, mais la présence inévitable de traits de refend peut entraîner le déplacement secondaire d’une haptique dans le sulcus ciliaire.

Enfin, la capsulotomie en timbre-poste n’autorise qu’une implantation dans le sulcus.

Après ouverture de la capsule antérieure, une hydrodissection permet, dans un grand nombre de cas, d’expulser le noyau.

Lorsque le noyau est dur et volumineux et que l’on a réalisé un capsulorrhexis, il peut être utile d’utiliser la pièce à main de phacoémulsification pour fragmenter et extraire le noyau, après avoir réalisé un ou deux sillons.

Le lavage des masses doit être prudent pour ne pas léser la capsule postérieure qui, à ce temps opératoire, a tendance à bomber vers le haut.

La pièce à main d’irrigation-aspiration automatisée est très utile au lavage des masses.

Le sac capsulaire (ou le sulcus ciliaire) est ensuite rempli d’une substance viscoélastique et l’implant est inséré dans le sac (ou dans le sulcus).

En cas de rupture capsulaire postérieure peropératoire, il faut faire une vitrectomie et implanter, soit dans le sulcus s’il reste un support capsulaire suffisant, soit en chambre antérieure (et réaliser alors une iridectomie périphérique), soit suturer un implant à la sclère.

L’intervention se poursuit par la suture du greffon.

L’ablation d’un implant de chambre antérieure est réalisée après trépanation de la cornée réceptrice.

Il est fréquent de trouver une fibrose de l’angle qui bloque une haptique.

Il faut alors sectionner l’anse bloquée, enlever l’implant ainsi libéré et essayer d’enlever l’anse sectionnée en la faisant coulisser dans le tunnel fibreux.

La mise en place d’un nouvel implant de chambre antérieure ne pose pas de problème particulier.

Il faut placer les haptiques à distance de l’iridectomie périphérique afin d’éviter une rotation secondaire de l’implant avec passage d’une haptique dans l’iridectomie.

La vitrectomie, au cours d’une greffe, est réalisée à ciel ouvert, soit à l’éponge et aux ciseaux, soit au vitréotome au travers de l’aire pupillaire et d’une éventuelle iridectomie.

La mise en place d’un implant suturé à la sclère nécessite la réalisation, avant trépanation, de deux volets scléraux sur le méridien horizontal de part et d’autre du limbe, après ouverture d’une boutonnière conjonctivale.

Après trépanation de la cornée réceptrice, une vitrectomie antérieure est réalisée à travers l’aire pupillaire.

L’implant est maintenu par quatre fils de polypropylène 10/0 (Prolènet).

Les fils, protégés par les volets scléraux, sont passés de dehors en dedans et noués aux haptiques.

L’implant doit être placé juste en arrière de l’iris pour éviter un mouvement de bascule autour d’un axe horizontal.

Les noeuds sont faits dans le lit des volets scléraux et ceux-ci sont suturés en fin d’intervention par un point séparé ainsi que les boutonnières conjonctivales.

En cas de kératoplastie combinée à une chirurgie filtrante, plusieurs techniques peuvent être utilisées.

La plus courante consiste à réaliser une trabéculectomie classique.

Celle-ci sera réalisée en deux temps.

Le premier temps est réalisé avant la trépanation : désinsertion conjonctivale au limbe dans une zone épargnée par la fibrose sous-conjonctivale et confection du volet scléral à charnière limbique.

Une application d’antimitotique (mitomycine, 5-fluoro-uracile [FU]) peut être réalisée à cette étape entre la sclère et la conjonctive.

La trabéculectomie proprement dite sera réalisée après suture du greffon.

Le volet scléral est suturé par un ou deux points séparés et la conjonctive est réinsérée au limbe. Certains glaucomes sévères et réfractaires peuvent nécessiter la pose d’une valve de drainage de l’humeur aqueuse, type valve de Molténo.

Nous ne connaissons pas encore la place de la sclérectomie profonde au cours de la kératoplastie transfixiante.

La chirurgie rétinovitréenne au cours d’une kératoplastie transfixiante est rendue possible par l’utilisation d’une kératoprothèse transitoire de type Eckhart.

E - Traitement postopératoire :

1- Traitement local :

* Corticoïdes :

Le traitement postopératoire comporte habituellement un collyre corticoïde associé à un collyre antibiotique.

Les corticoïdes utilisables sont la dexaméthasone (Chibro-Cadront, Maxidrolt), la fluorométholone (Flucont) et la prednisolone (Solucortt, Désocortt).

En période postopératoire, les deux molécules les plus utilisées sont la dexaméthasone en France et la prednisolone dans les pays anglo-saxons.

La fréquence d’instillation des collyres varie suivant le risque de rejet et les habitudes du chirurgien.

Elle est diminuée très progressivement en fonction de la disparition des signes inflammatoires.

Chez les patients à faible risque de rejet (cornée avasculaire, pas d’antécédent de rejet), on peut débuter le traitement par trois ou quatre instillations quotidiennes et le terminer avec une instillation tous les 2 jours, le collyre corticoïde étant habituellement arrêté après un délai de 6 à 24 mois.

La corticothérapie locale peut être arrêtée lorsque tous les fils sont enlevés, ou plus tôt si l’on n’envisage pas de les enlever.

L’ablation de fils est un facteur déclenchant du rejet et doit être suivie d’une reprise ou d’une augmentation transitoire de la corticothérapie locale.

Chez les patients à haut risque de rejet (deux quadrants de néovascularisation stromale et/ou antécédent de rejet) et chez les patients aphakes ou pseudophakes, le rythme initial d’administration sera plus soutenu.

Il est, de plus, prudent de garder au long cours une corticothérapie locale minimale.

La prévention du second set syndrome peut être faite en prescrivant un collyre corticoïde sur le premier oeil lors de la greffe du deuxième oeil.

+ Effets secondaires :

Les deux principaux effets secondaires des collyres corticoïdes au cours des kératoplasties transfixiantes sont l’augmentation de la pression intraoculaire, elle-même nocive pour l’endothélium du greffon, et l’effet cataractogène.

Ces effets sont d’autant plus importants que l’activité anti-inflammatoire de la molécule est importante.

Ainsi, la dexaméthasone et la prednisolone peuvent être relayées par de la fluorométholone lorsque l’inflammation postopératoire est parfaitement contrôlée ou qu’une hypertonie, induite par les corticoïdes, survient.

Un autre effet secondaire possible est la diminution de la cicatrisation.

Cet effet secondaire n’est habituellement pas gênant mais il peut le devenir dans les situations de defect épithélial persistant avec libération de collagénase entraînant une lyse du stroma sous-jacent.

* Ciclosporine :

La place de la ciclosporine dans la prévention du rejet est encore discutée.

L’utilisation d’un collyre à la ciclosporine a été proposée chez les receveurs à haut risque de rejet sans que nous ayons, à l’heure actuelle, d’argument majeur pour préférer le collyre à la ciclosporine aux collyres corticoïdes.

De plus, lorsque ce collyre est préparé magistralement à partir de la forme injectable (Sandimmunt injectable), le collyre obtenu contient un taux non négligeable d’alcool qui rend les instillations douloureuses.

Les collyres réalisés avec un véhicule huileux entraînent également une irritation conjonctivale importante et présentent une toxicité pour l’épithélium cornéen.

2- Traitement général :

* Corticoïdes :

Les bolus intraveineux de méthylprednisolone (Solu-Médrolt), 500 mg/24 h sur 3 jours, peuvent être utilisés à titre systématique ou en cas de greffe à haut risque de rejet, en l’absence de contre-indication.

Ce traitement implique de prendre en compte les contre-indications, notamment les antécédents de pathologie gastroduodénale, le diabète, l’hypertension artérielle, les antécédents de psychose grave, les anguilluloses, l’hypokaliémie.

En cas de contre-indication, un avis spécialisé doit être demandé pour distinguer la contre-indication absolue, qui interdira l’utilisation de la corticothérapie systémique, de la contre-indication relative qui autorisera cette utilisation sous couvert d’une surveillance rapprochée et d’un traitement adjuvant de la pathologie.

Dans tous les cas, la corticothérapie systémique doit être accompagnée d’un régime désodé, d’une supplémentation en potassium et d’une protection gastrique.

La kaliémie doit être surveillée régulièrement et la pression artérielle doit être surveillée de manière rapprochée.

* Antiherpétique :

En cas de kératite herpétique, un traitement oral antiherpétique préventif est prescrit (aciclovir).

* Ciclosporine :

L’utilisation systémique de la ciclosporine par voie orale est proposée par certains dans le cas des greffes à haut risque de rejet.

La ciclosporine par voie orale, associée à une corticothérapie topique et orale, améliore significativement la survie du greffon chez des receveurs à haut risque de rejet par rapport à la corticothérapie topique seule, ou topique et orale.

Un traitement de 12 mois est plus efficace pour prévenir le rejet qu’un traitement de 6 mois.

L’efficacité et la durée optimale du traitement restent encore discutées.

En outre, les effets secondaires potentiellement graves du produit (néphrotoxicité, hypertension artérielle, hépatotoxicité, hirsutisme, tumeurs induites, sensibilité aux infections, hypertrophie gingivale...) doivent inciter à une grande prudence dans son utilisation et obligent à informer le patient de ces effets secondaires, dont certains peuvent être vitaux.

La prise en compte des contre-indications et des nombreuses interactions médicamenteuses, la surveillance régulière du taux sanguin du produit, ainsi que des marqueurs de la fonction rénale et du bilan hépatique, sont obligatoires en cas de traitement par voie systémique.

F - Gestion des sutures :

La gestion postopératoire des sutures doit permettre de guider la cicatrisation et de diminuer l’astigmatisme induit par la greffe.

Celui-ci est étudié en vidéokératoscopie.

D’une manière générale, un fil desserré doit être enlevé car il est source d’irritation, d’infection, de néovascularisation et, finalement, de rejet.

Lorsque le mode de suture choisi comporte des points séparés, la gestion de l’astigmatisme peut être réalisée par ablation sélective de points.

Celle-ci peut être faite après quelques mois, temps nécessaire à la déturgescence du greffon et à un début de cicatrisation.

Il faut noter que la cornée ne cicatrise jamais ad integrum : la cicatrice n’acquiert jamais la solidité d’une cornée normale.

La cicatrisation est particulièrement longue chez les patients ayant un kératocône.

Lorsque le mode de suture fait appel à un surjet seul, le seul moyen pour gérer l’astigmatisme consiste à faire tourner le surjet à l’aide d’une pince en détendant les zones bombées et en retendant les zones plates.

Le but de la gestion des sutures est de diminuer l’astigmatisme subjectif.

Le choix des points à enlever, ou celui des zones de surjet à détendre, peut être fait à partir d’une topographie cornéenne ou d’un examen de la cornée greffée en lumière bleue après instillation de fluorescéine (les zones bombées par les points trop serrés sont alors bien visibles).

La physiopathologie de l’astigmatisme postkératoplastie est parfois complexe et peut nécessiter un traitement adapté.

Ainsi, un décalage peut nécessiter une reprise de cicatrice, un excès tissulaire une résection...

Le choix de laisser en place à long terme ou d’enlever la totalité des sutures est parfois difficile à faire.

En effet, il n’est pas rare de voir un astigmatisme postopératoire modéré devenir géant après ablation de toutes les sutures, même plusieurs années après la greffe.

À l’inverse, lorsqu’il existe une néovascularisation traversant la cicatrice, celle-ci est en règle solide et l’astigmatisme est moins modifié par l’ablation des sutures.

Les fils doivent alors impérativement être enlevés (quel que soit le délai postopératoire) pour éviter l’étape suivante (le rejet).

Chez l’enfant, les fils doivent être enlevés beaucoup plus tôt que chez l’adulte.

Enfin, il n’y a pas d’inconvénient à laisser en place les fils d’un patient dont on aura fait diminuer l’astigmatisme postopératoire à une valeur raisonnable qui lui autorise une bonne acuité visuelle avec une correction en lunette bien supportée, si par ailleurs la cornée reste parfaitement avasculaire et que les fils ne se desserrent pas.

Il faut avertir le patient qu’il doit consulter sans attendre en cas de gêne ou de douleur.

À long terme, le monofilament finit par se désagréger et se rompre. Les sutures rompues doivent alors être enlevées.

G - Suivi du patient :

Le suivi des patients greffés est un élément majeur du pronostic de la greffe.

Les complications postopératoires sont le plus souvent réversibles, à condition qu’elles soient diagnostiquées et traitées précocement.

Le rythme du suivi est d’abord quotidien dans la période postopératoire immédiate, puis hebdomadaire, puis mensuel, trimestriel, semestriel et enfin annuel.

Les éléments minimaux du suivi sont l’acuité visuelle, la réfraction subjective, l’examen à la lampe à fente et le fond d’oeil (sans dilatation), la prise de pression intraoculaire à l’aplanation, la mesure de l’épaisseur du greffon (pachymétrie optique ou ultrasonore).

En fonction du délai postopératoire, on aura recours à la topographie cornéenne et à la microscopie spéculaire.

Après kératoplastie, le greffon est habituellement fluo + .

Il se réépithélialise de la périphérie vers le centre en un temps variable en fonction des patients, de l’ordre de quelques jours (4 ou 5 en moyenne).

Les greffons conservés en organoculture (technique de conservation de référence en Europe) ont une épaisseur qui se modifie avec le délai postopératoire.

Globalement, on distingue trois phases : déturgescence postopératoire pendant environ 1 mois, puis amincissement temporaire avec un minimum vers 6 mois et enfin retour progressif à une épaisseur normale vers 12-18 mois.

Après kératoplastie, l’endothélium cornéen subit des modifications morphologiques et s’appauvrit avec le temps.

Au niveau de la cicatrice se forme une nouvelle membrane de Descemet qui va relier la Descemet du greffon à celle du receveur pendant le premier semestre.

Si cette cicatrisation descemétique ne se fait pas, une membrane fibreuse issue du stroma peut se développer en arrière du greffon.

La diminution de la population cellulaire endothéliale après greffe se fait en plusieurs phases, avec une perte cellulaire endothéliale précoce, fonction des lésions de conservation et du traumatisme chirurgical, et maximale au voisinage de la cicatrice.

Le modèle classique de Bourne décrit une perte de 20 %/an pendant 3 ans, puis une perte physiologique due au vieillissement (0,5 %/an).

Néanmoins, le même auteur décrit par la suite une perte cellulaire entre 3 et 5 ans de 7,8 %/an, ce qui est plus important que la perte physiologique.

Ceci pose la question de l’existence d’un rejet chronique endothélial et de la migration des cellules du greffon vers la cornée du receveur (mais les kératocônes perdent autant de cellules que les dystrophies de Fuchs).

Les facteurs influençant la perte cellulaire endothéliale sont controversés.

Il s’agit de la densité endothéliale préopératoire (après conservation en organoculture, plus le greffon est riche, plus la densité endothéliale postopératoire est grande ; après conservation à + 4 °C, plus le greffon est riche et plus la perte cellulaire postopératoire est importante), de l’âge du receveur (après conservation à + 4 °C, plus le receveur est âgé, plus la perte (%) à 1 an est grande), de l’indication opératoire (les kératopathies bulleuses ont une perte cellulaire à 1 an plus grande que les kératocônes).

En microscopie spéculaire, on retrouve également un polymégatisme et un pléomorphisme, marqueurs d’instabilité endothéliale.

La réinnervation du greffon est un processus lent.

En microscopie confocale, les nerfs sont détectés dans le stroma moyen et superficiel de la zone centrale du greffon 7 mois après la kératoplastie.

La réinnervation de la couche basale de l’épithélium central du greffon prend 2 ans.

Complications :

A - Complications peropératoires :

La complication peropératoire majeure de la kératoplastie transfixiante est l’hémorragie expulsive à ciel ouvert.

Sa fréquence varie, suivant les études, de 0,5 à 2 %.

Elle est plus fréquente en cas d’oeil multiopéré et aphake, de forte myopie, de glaucome et chez le patient ayant une athérosclérose.

Elle peut parfois se présenter comme un hématome choroïdien découvert après l’intervention.

Les manoeuvres entraînant une traction sur l’iris à ciel ouvert doivent être considérées comme dangereuses.

Il peut être prudent, en cas de chirurgie combinée, de travailler derrière une cornée trépanée et maintenue en place par une zone de Descemet non découpée, afin de diminuer le temps opératoire hypotonique.

En cas d’hémorragie expulsive à ciel ouvert, il faut faire des sclérectomies postérieures pour drainer l’hémorragie et suturer le greffon par des points séparés de soie.

Le pronostic est en règle catastrophique avec la perte fonctionnelle, voire anatomique, de l’oeil.

Les tentatives de chirurgie rétinovitréenne, après cet accident, se soldent souvent par un échec.

D’autres complications, moins sévères, peuvent survenir : lésion de l’iris ou du cristallin lors de la trépanation, issue de vitré chez un patient aphake ou pseudophake.

Ces incidents imposent un traitement peropératoire : suture irienne si nécessaire, extraction du cristallin et implantation dans le sac capsulaire, vitrectomie.

Ils ont habituellement peu de conséquences sur le résultat de la greffe.

B - Complications postopératoires :

1- Rejet d’allogreffe de cornée :

Le rejet d’allogreffe de cornée, décrit sous le terme de « maladie du greffon », est la première cause d’échec des kératoplasties transfixiantes.

Cliniquement, on distingue quatre formes de rejet en fonction de la couche cornéenne cible du processus immunologique (rejet épithélial, sousépithélial, stromal et endothélial).

Ces formes cliniques peuvent être associées ou, au contraire, survenir isolément.

Parmi ces quatre formes cliniques, la plus grave est le rejet endothélial.

* Épidémiologie :

La fréquence du rejet varie suivant la forme clinique : rejet épithélial 10 à 15 %, rejet sous-épithélial 2 à 15 %, rejet endothélial 10 à 40 %.

Elle dépend également de la vascularisation de la cornée du receveur : 3,5 % en cas de cornée avasculaire, 13,3 % en cas de cornée faiblement vascularisée, 28,0 % en cas de cornée moyennement vascularisée et 65,0 % en cas de cornée fortement vascularisée.

Les rejets sont réversibles sous traitement dans un cas sur deux.

La fréquence du rejet au cours des greffes pour kératocône varie en fonction des antécédents de greffe : 13 %en cas de greffe unilatérale et 27 % en cas de greffe bilatérale.

Ceci définit le second set syndrome : rejet du greffon du premier oeil après la greffe du deuxième oeil.

Les greffes de cornées sur cornée avasculaire, chez des receveurs n’ayant jamais été greffés, ont un taux de survie du greffon à 2 ans supérieur à 90 %.

Dans l’étude de Völker-Dieben, le taux de survie du greffon à 1 an en fonction de la néovascularisation est de 100 % si absente, 91 % si faible, 70 % si modérée et 69 % si sévère.

Le taux de survie en fonction du diamètre du greffon est de 82 % entre 7,0 et 8,4 mm, 57 % entre 8,5 et 8,9 mm, 56 % au-delà de 8,9 mm.

Une étude du Collaborative Corneal Transplantation Studies (CCTS) chez des patients à haut risque de rejet retrouve 62 % de réactions de rejet avec un délai médian de 6 mois pour la première réaction.

La présence de signes fonctionnels (douleur, rougeur, baisse de vision, photophobie) est un indicateur peu sensible (22 à 76 %) de l’existence d’une réaction de rejet.

La présence d’une baisse de la vision est un indicateur assez spécifique (> 80 %) de l’existence d’une réaction de rejet. Des signes fonctionnels sont présents dans 48 % des cas de réaction de rejet modérée et 69 % des cas de réaction sévère.

* Facteurs de risques :

Deux critères sont unanimement reconnus comme facteurs de risque de rejet : la néovascularisation de la cornée du receveur (au moins deux quadrants de néovascularisation stromale) et les antécédents de rejet d’allogreffe de cornée (receveur préimmunisé).

D’autres facteurs de risque ont été identifiés : néovascularisation superficielle, antécédents de greffe de cornée (80 % de succès en l’absence d’antécédent, 42 % pour une deuxième greffe, 12 % en cas de troisième greffe ou plus), greffe pour kératite herpétique, présence de leucocytes dans la cornée réceptrice, taille du greffon supérieure à 8,5 mm, inflammation oculaire, âge du receveur inférieur à 50 ans et, plus particulièrement, les greffes chez l’enfant.

Certains facteurs remarquables n’ont pas d’influence sur la survenue du rejet : disparité de sexe ou d’origine ethnique entre donneur et receveur, antécédents de transfusions, antécédents de grossesses, immunisations anti-human leucocyte antigen (HLA), méthodes de conservation du greffon.

Si une kératoplastie chez un patient n’ayant jamais fait de rejet et ayant une cornée avasculaire ne nécessite pas de sélection du tissu à greffer, il est souhaitable, chez les patients à haut risque de rejet, de faire un appariement tissulaire entre donneur et receveur.

La technique la plus étudiée a été l’appariementHLAen sérologie.

Il paraît raisonnable, à l’heure actuelle, de considérer que l’appariementHLAA, B etDR après typage sérologique ne permet pas significativement de prévenir le rejet et est donc inutile.

Une voie de recherche est l’appariement HLA en biologie moléculaire.

Le problème pratique majeur que pose cette technique d’appariement HLA est celui de la probabilité d’apparier parfaitement un donneur avec un receveur.

En effet, le polymorphisme génétique du système HLAest majeur, rendant le nombre de combinaisons possibles incompatible avec la possibilité pratique de trouver un donneur pour un receveur donné.

Une autre possibilité consiste à faire un cross-match par microlymphocytotoxicité entre le sérum du receveur et les lymphocytes du donneur. Roy rapporte 533 cas de greffes précédées d’un cross-match par microlymphocytotoxicité.

La présence d’un cross-match positif avant greffe n’influence pas le risque de rejet dans son étude.

En revanche, l’apparition d’anticorps lymphocytotoxiques néoformés après la greffe augmente significativement le risque d’échec de la greffe.

Dans l’étude du CCTS chez les receveurs à haut risque de rejet, aucune influence du cross-match sur la survenue du rejet n’est retrouvée.

La dernière possibilité consiste à faire un appariement ABO en respectant les lois de la transfusion sanguine.

Cette compatibilité ABO semble efficace pour diminuer le risque de rejet irréversible d’allogreffe de cornée chez les receveurs à haut risque de rejet.

À l’inverse, elle n’a pas d’effet chez les receveurs standards.

Elle constitue donc, actuellement pour nous, la méthode d’appariement entre donneur et receveur que nous utilisons en cas de greffe à haut risque de rejet.

* Aspects cliniques :

Les signes cliniques du rejet épithélial sont les suivants : ligne blanche de cellules nécrosées fluo+ et rose Bengale+, surélevée, d’évolution centripète, avec un greffon clair.

L’oeil est peu ou pas inflammatoire. Souvent méconnu, le rejet épithélial est difficile à différencier de la ligne de réépithélialisation du greffon.

Le rejet sous-épithélial se manifeste par des infiltrats sousépithéliaux blanchâtres de 0,2 à 0,5 mm de diamètre n’intéressant que le greffon, avec un oedème discret de celui-ci.

Le rejet épithélial ou sousépithélial ne compromet pas, par lui-même, le pronostic de la greffe.

Mais il est souvent associé ou suivi par d’autres formes de rejet.

Le rejet stromal se caractérise par une opacification brutale localisée périphérique du greffon, avec un infiltrat dans le stroma du greffon, une injection périkératique, des néovaisseaux envahissant le greffon.

Il s’y associe un oedème du greffon lorsqu’un rejet endothélial survient simultanément (ce qui est le cas le plus fréquent).

Le rejet endothélial survient plus de 10 jours après une première greffe sur un greffon clair.

Ce délai peut être raccourci chez les receveurs ayant des antécédents de rejet.

Les signes fonctionnels sont une baisse d’acuité visuelle, une photophobie, une irritation, un larmoiement, des douleurs et une rougeur oculaire.

L’examen retrouve une ligne de rejet endothéliale, d’évolution centripète, ou bien des précipités rétrocornéens diffus sur le greffon, avec un oedème stromal du greffon en regard, des plis descemétiques, des signes inflammatoires du segment antérieur (Tyndall, injection ciliaire), une néovascularisation du greffon.

On distingue deux formes de rejet endothélial, l’une est progressive (ligne de Khodadoust), l’autre est d’emblée diffuse (précipités rétrocornéens diffus sur le greffon).

L’oedème stromal peut être diagnostiqué précocement par une augmentation de l’épaisseur cornéenne centrale mesurée en pachymétrie ultrasonore ou optique.

La probabilité d’échec de la greffe est d’autant plus grande que l’augmentation de l’épaisseur cornéenne est importante.

Une augmentation de la pression intraoculaire peut être un signe de rejet endothélial.

En microscopie spéculaire, on retrouve des précipités rétrocornéens sombres de petite taille et une perte cellulaire endothéliale.

Le rejet endothélial compromet le pronostic de la greffe (échec définitif) lorsque la densité endothéliale devient inférieure au seuil de décompensation endothélial (300- 600 cellules/mm2).

Il évolue vers l’échec définitif irrémédiable en l’absence de traitement.

Il peut être réversible ou non réversible sous traitement.

Le traitement doit donc être précoce.

Le patient doit connaître les signes d’appel.

Le délai moyen de survenue est de 8 mois, 50 % des cas avant 6 mois, 80 % dans la première année, 95 % dans les 2 ans.

Le délai maximal connu est de 31 ans. Rejets endothélial et stromal sont souvent associés.

* Traitement :

Le traitement curatif du rejet doit être le plus précoce possible afin de minimiser la perte cellulaire endothéliale induite par le rejet et ainsi augmenter les chances de récupération de la transparence du greffon après traitement.

Ceci implique que le patient soit parfaitement informé des signes fonctionnels et qu’il consulte dès leur apparition.

Le traitement repose sur la corticothérapie par voie locale et/ou générale.

En cas de rejet, la corticothérapie topique doit être reprise ou intensifiée avec des instillations très fréquentes et peut être complétée par des injections latérobulbaires ou sous-conjonctivales.

L’adjonction d’une corticothérapie systémique (méthylprednisolone par voie intraveineuse en flashs sur 3 jours, prednisone per os à 1 mg/kg/24 h) est indiquée en cas de signes de gravité : précocité du rejet, sévérité de l’inflammation, importance de l’atteinte endothéliale, absence de réponse à la corticothérapie locale et receveur à haut risque de rejet.

Globalement, le taux d’efficacité du traitement du rejet est supérieur à 50%.

Le taux de succès est d’autant plus grand que le traitement est précoce.

Il semble que les flashs intraveineux de corticoïdes entraînent une diminution du taux de récidives ultérieures du rejet, comparés à la corticothérapie orale.

2- Hypertonie oculaire :

L’hypertonie oculaire est la deuxième cause d’échec des kératoplasties transfixiantes.

Elle est favorisée par les antécédents d’hypertonie, la présence d’un implant de chambre antérieure ou d’un implant suturé à la sclère, l’aphakie, les goniosynéchies, l’inflammation postopératoire, la corticothérapie.

Elle est source de neuropathie optique glaucomateuse et d’une perte cellulaire endothéliale.

Il faut noter qu’un greffon anormalement clair et fin le lendemain d’une kératoplastie traduit habituellement une hypertonie.

La prise de la pression intraoculaire chez un patient greffé doit être effectuée au tonomètre par aplanation de Goldmann en prenant deux mesures sur les deux méridiens principaux.

L’oedème du greffon donne des chiffres moins élevés que la réalité.

La correction de l’hypertonie fait appel à une diminution des collyres corticoïdes (par exemple remplacement de la dexaméthasone par de la fluorométholone), la prescription de collyres hypotonisants (bêtabloquant, inhibiteur de l’anhydrase carbonique...), la prescription d’acétazolamide per os, voire la chirurgie filtrante (trabéculectomie avec ou sans antimitotique, sclérectomie profonde, valve de dérivation de l’humeur aqueuse) ou la cyclodestruction (cyclophotocoagulation au laser YAG-néodynium, cyclocryoapplication).

3- Complications infectieuses :

* Endophtalmie postopératoire :

C’est une complication redoutable de la kératoplastie dont la fréquence est de l’ordre de 0,5 %.

Son étiologie peut être un germe transmis par le greffon.

Il faut noter que le risque d’endophtalmie est multiplié par environ 20 lorsque le greffon utilisé n’est pas stérile.

Actuellement, seule l’organoculture permet d’assurer la stérilité des greffons avec une fiabilité de l’ordre de 99 %.

Ailleurs, le germe peut être transmis par l’implant ou provenir de la flore conjonctivale et palpébrale du patient.

Les signes cliniques, le diagnostic et le traitement d’une endophtalmie postopératoire après kératoplastie transfixiante sont les mêmes que ceux de l’endophtalmie après chirurgie de la cataracte.

Les kératites bactériennes et fongiques sont des complications qui intéressent habituellement le greffon ou la cicatrice.

Elles sont favorisées par les corticoïdes, les defects épithéliaux, les sutures desserrées, le terrain (diabète notamment).

Elles se présentent sous forme d’ulcération épithéliale, d’abcès stromal, voire s’accompagnent d’un hypopion.

Une forme particulière est la kératopathie cristalline qui donne un aspect de cristaux ramifiés en « arbre de Noël ».

Le germe habituel de cette forme clinique est le streptocoque. Le diagnostic étiologique doit être fait à partir d’un prélèvement cornéen fait à la lampe à fente (grattage de la lésion), avec ensemencement de milieux appropriés (gélose, bouillon de Shaedler, milieu de Sabouraud).

Le traitement fait appel aux collyres antibiotiques renforcés, à l’amphotéricineBen collyre, voire aux injections intracamérulaires ou intravitréennes d’amphotéricine B ou de vancomycine et aux antibiotiques par voie systémique.

* Kératites herpétiques sur le greffon :

Elles correspondent le plus souvent à la récidive de la pathologie initiale.

Elles peuvent néanmoins survenir chez un patient n’ayant jamais fait de kératite herpétique et greffé pour une autre pathologie.

La présentation de ces kératites est variée : kératite épithéliale, kératite disciforme, segmentite antérieure, hypertonie.

Leur diagnostic doit être fait par grattage de la lésion et ensemencement d’un milieu de culture pour herpès, recherche des antigènes par immunocytologie, voire mise en évidence du virus par réactions en chaîne de la polymérase (PCR [polymerase chain reaction]).

Elles ont pour particularité de déclencher souvent un rejet.

Leur traitement doit donc comporter des drogues antivirales, par voie topique et souvent générale, associées à des corticoïdes.

4- Defects épithéliaux :

Les defects épithéliaux sont sources de baisse visuelle, d’infection, de rejet, d’ulcérations stromales et perforations et, enfin, d’échec de la kératoplastie.

Leur causes sont multiples. Le diabète et l’âge sont des facteurs favorisants.

La conservation du greffon lèse partiellement l’épithélium cornéen.

La persistance des réserves épithéliales en glycogène après décès varie en fonction du mode de conservation : chambre humide à + 4 °C, 48 heures ; milieux liquides à + 4 °C, 79 heures ; organoculture à + 34 °C, 35 jours.

Si le receveur n’a pas d’insuffisance limbique, la réépithélialisation se fera normalement après kératoplastie.

Le traumatisme chirurgical a un rôle dans la genèse des defects épithéliaux postopératoires : lésions de la membrane basale épithéliale, manipulation du greffon et du lit receveur peropératoire (pinces) source de defects périphériques, dessiccation épithéliale possible due à l’éclairage du microscope opératoire.

Les causes postopératoires des defects épithéliaux comprennent les traumatismes, les anomalies palpébrales, la toxicité épithéliale de certains collyres (antiviraux, antibiotiques renforcés, bêtabloquants), la sécheresse oculaire, la maladie primitive (Stevens-Johnson, pemphigoïde, brûlure caustique), les dellen (notamment au voisinage d’une suture desserrée), les anomalies de réinnervation du greffon, les infections de la surface oculaire, notamment l’herpès.

La prévention des defects épithéliaux repose sur la correction des facteurs étiologiques, la protection épithéliale peropératoire par un viscoélastique et l’ablation des sutures desserrées en postopératoire.

Le traitement repose sur la correction des facteurs étiologiques, les traitements favorisant la cicatrisation (vitamine A), la protection de l’épithélium en cours de cicatrisation (lentille pansement souple à haut Dk [perméabilité à l’oxygène] qui engendre un risque infectieux, voire tarsorraphie latérale).

* Astigmatisme :

L’astigmatisme est la principale source de limitation de l’acuité visuelle après kératoplastie transfixiante chez les patients dont le greffon est clair et qui ne présentent pas de pathologie maculaire.

En effet, l’importance de l’astigmatisme (valeur du cylindre) et son irrégularité limitent la meilleure acuité visuelle corrigée.

L’astigmatisme géant complique environ 10 % des greffes de cornée.

L’étude de l’astigmatisme après kératoplastie transfixiante fait appel à la réfraction subjective, à la kératométrie et à la vidéokératoscopie (topographie cornéenne).

Il faut noter que la kératométrie donne la meilleure mesure de l’axe de l’astigmatisme, alors que la topographie cornéenne, en algorithme axial ou en pouvoir réfractif, donne la meilleure mesure de la valeur de l’astigmatisme.

De plus, le cylindre topographique en pouvoir réfractif est significativement corrélé à la meilleure acuité visuelle corrigée, alors que les indices fournissant une estimation de la régularité de la surface cornéenne sont moins bien corrélés à l’acuité visuelle.

Les formes possibles de la topographie cornéenne après kératoplastie sont variées : sablier asymétrique (cas le plus fréquent), profil plat/bombé caractéristique de la greffe de cornée, sablier symétrique, profil irrégulier, profil rond et profil ovale.

Les profils en sablier sont les plus astigmatogènes.

Il faut noter que, à la différence des astigmatismes congénitaux, des astigmatismes postkératoplastie ayant des topographies similaires peuvent évoluer différemment après le même traitement chirurgical.

Plusieurs facteurs concourent à créer un astigmatisme après kératoplastie : trépanation du greffon, trépanation de la cornée réceptrice, astigmatisme de la cornée réceptrice, état du cristallin, décalage entre le greffon et la cornée réceptrice, astigmatisme du greffon, sutures, qualité de la cicatrisation, expérience du chirurgien.

Si l’astigmatisme lié aux sutures peut être corrigé par la gestion postopératoire des sutures, l’astigmatisme lié aux défauts de qualité de la trépanation (trépanation ovalaire) ne peut être corrigé que chirurgicalement.

Il est probablement à l’origine des astigmatismes géants apparaissant après ablation de toutes les sutures.

En pratique, le problème le plus difficile est celui de l’astigmatisme géant (> 5 d) chez un patient dont toutes les sutures ont été enlevées.

Lorsque cet astigmatisme limite l’acuité visuelle corrigée et qu’une correction en lunettes n’est pas supportable, il faut envisager une chirurgie de l’astigmatisme.

Celle-ci ne doit être faite qu’à distance (environ 6 mois minimum) de l’ablation du dernier fil et chez un patient dont l’astigmatisme est stable sur au moins deux examens à plusieurs mois d’intervalle.

Les techniques le plus couramment utilisées actuellement sont les kératotomies arciformes faites à l’aide du kératome arciforme de Hanna, les incisions transverses faites à main levée au couteau diamant de kératotomie radiaire et le laser Excimer (PhotoAstigmatic Refractive Keratotomy [PARK] ou LASIK [laser in situ keratomileusis]).

D’autres techniques sont moins utilisées : kératotomie trapézoïdale, suture compressive, résection en coin.

Globalement, toutes les techniques sous-corrigent l’astigmatisme de l’ordre de 50 %.

Les grandes séries utilisant des incisions relaxantes font état d’un astigmatisme résiduel moyen allant de 3 à 5 d.

Ceci permet en règle une amélioration de l’acuité visuelle corrigée et la prescription d’un verre correcteur.

Les complications des incisions relaxantes sont la perforation, l’infection et le rejet.

L’utilisation du laser Excimer est encore en évaluation.

Les résultats préliminaires font état d’un haze néfaste pour la vision après PARK.

Ils sont plus encourageants après LASIK.

* Autres complications :

Les autres complications cornéennes de la kératoplastie transfixiante sont la décompensation endothéliale primitive du greffon, le défaut d’étanchéité de la cicatrice (Seidel dû à un point perforant, un nombre insuffisant de points) ; l’invasion épithéliale du segment antérieur, conséquence de la complication précédente ; la formation d’une membrane rétrocornéenne, secondaire à l’absence d’affrontement des deux membranes de Descemet ou à un processus immunologique, et la récidive de la pathologie initiale sur le greffon (herpès, dystrophies familiales, peut-être le kératocône à très long terme).

Le syndrome d’Urrets-Zavalia comporte une mydriase irréversible et une hypertonie.

Il peut être déclenché par les mydriatiques et correspondrait vraisemblablement à une ischémie irienne. Dans notre expérience, la mydriase irréversible après kératoplastie, souvent sans hypertonie, est une complication non exceptionnelle et très handicapante sur le plan visuel, qui nous fait proscrire l’utilisation de mydriatiques chez les patients greffés en dehors d’une nécessité impérative (angiographie, examen de la périphérie rétinienne).

Les principales complications rétiniennes sont le décollement de rétine et l’oedème maculaire.

La fréquence du décollement de rétine est de l’ordre de 2 %. Une hypotonie, puis une atrophie du globe oculaire peuvent survenir sur des yeux multiopérés.

Enfin, la kératoplastie transfixiante peut transmettre au receveur le virus de la rage et la maladie de Creutzfeldt-Jakob.

Résultats :

A - Échecs de la kératoplastie transfixiante :

On définit par échec de la kératoplastie une opacification irréversible du greffon.

Les échecs peuvent être primaires si le greffon ne s’est jamais éclairci après la greffe, ou secondaires si le greffon était clair après l’intervention.

Les causes des échecs primaires sont la décompensation endothéliale primitive du greffon (défaut de qualité du greffon), l’endophtalmie et l’hémorragie expulsive.

Les causes des échecs secondaires sont le rejet, l’hypertonie, la décompensation endothéliale secondaire non immunologique du greffon, les defects épithéliaux, les infections, la récidive de la maladie initiale, les membranes rétrocornéennes et l’invasion épithéliale.

En pratique, l’échec de la kératoplastie est plus souvent dû à une défaillance endothéliale.

L’étude de Price portant sur 1 806 kératoplasties, avec un suivi de 5 ans pour 214, retrouve une survie du greffon à 5 ans de 91 % globalement, 98 % pour les kératocônes et les dystrophies de Fuchs, 70 % pour les deuxièmes greffes et 82 %en cas de néovascularisation stromale.

Les échecs sont dus à un rejet dans 27 % des cas, des defects épithéliaux et kératites dans 25 % des cas et à une décompensation endothéliale non immunologique dans 23 %.

Il faut noter que ces résultats en matière de survie du greffon paraissent anormalement bons par rapport aux autres études de la littérature.

La survie du greffon à 1 an, toutes indications confondues, est habituellement comprise entre 80 et 90 % et diminue au cours des années suivantes.

B - Résultats fonctionnels de la kératoplastie transfixiante chez les patients ayant un greffon clair :

La récupération visuelle est souvent difficilement prévisible après kératoplastie.

Si l’on excepte les patients ayant une pathologie maculaire sévère, l’acuité visuelle postopératoire est influencée par l’acuité visuelle préopératoire du patient, la pathologie initiale et l’état du cristallin, l’existence d’un glaucome, la nécessité d’une vitrectomie peropératoire et l’astigmatisme postopératoire.

La récupération visuelle est très progressive et l’acuité visuelle peut s’améliorer au cours des 2 ou 3 premières années suivant l’intervention.

Globalement, une bonne acuité visuelle (³ 5/10) est obtenue chez 50 à 70 %des patients ayant un greffon clair, alors que 10 à 20 % de ceux-ci ont un résultat décevant (acuité visuelle £ 1/10).

Sur le plan de la réfraction subjective, l’astigmatisme moyen après kératoplastie transfixiante est de l’ordre de 3 à 5 d.

La greffe induit souvent une myopisation, mais la variation de l’équivalent sphérique après kératoplastie peut également se faire dans le sens d’une hypermétropisation.

En conclusion, la kératoplastie transfixiante est une intervention qui permet d’améliorer de manière importante la vision des patients ayant une malvoyance d’origine cornéenne.

Ses résultats sont bons si l’on s’astreint à bien évaluer l’indication opératoire, à prendre des précautions thérapeutiques en cas de risques de rejet et à suivre le patient régulièrement et avec soins, afin de diagnostiquer et traiter rapidement les complications qui surviennent dans la plupart des cas.

À l’inverse, un suivi défaillant entraîne, dans la plupart des cas, un échec de la chirurgie.

La kératoplastie requiert une démarche de qualité à toutes les étapes depuis le prélèvement jusqu’au suivi du patient.

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