L’ischémie aiguë des membres, conséquence de l’interruption brutale
du courant sanguin et de l’irrigation tissulaire par une oblitération
artérielle aiguë, est une véritable urgence médicochirurgicale.
Elle
doit être rapidement diagnostiquée et rapidement traitée.
Le diagnostic clinique est en règle aisé, les examens complémentaires
ont une place précise et limitée, et ne doivent pas retarder la mise en
oeuvre du traitement.
Les interventions pour ischémie aiguë des
membres sont actuellement les premières interventions de chirurgie
vasculaire d’urgence.
Physiopathologie
:
L’ischémie se définit comme une insuffisance d’apport sanguin
tissulaire.
L’occlusion brutale d’une branche artérielle entraîne
rapidement des perturbations du métabolisme cellulaire dans les
territoires qui en dépendent.
Deux phénomènes se produisent :
tout d’abord une chute de la production énergétique par blocage
de la phosphorylation oxydative, et une suppression de la fonction
de détersion entraînant l’accumulation de déchets métaboliques et
l’acidification des tissus.
Les conséquences au niveau cellulaire de
cette ischémie sont : une fuite de potassium, un oedème et une
augmentation de la concentration de calcium intracytoplasmique
en partie responsable de l’activation des enzymes protéolytiques.
Les muscles squelettiques et les nerfs périphériques résistent
environ 6 heures à l’ischémie.
Cette tolérance relative du muscle
strié semble liée à deux phénomènes, d’une part sa faible demande
d’énergie au repos et ses importantes réserves métaboliques
(adénosine triphosphate [ATP], glycogène).
La peau résiste à une
ischémie sévère pendant environ 24 heures.
L’évolution
naturelle de cette ischémie est évidemment la mort cellulaire.
La reperfusion d’une extrémité ischémique est une phase
extrêmement critique qui menace non seulement le membre
ischémié, mais aussi le reste de l’organisme.
Une aggravation des
dommages cellulaires au moment de la reperfusion est en rapport
avec une production excessive de radicaux libres.
La libération
de potassium en excès dans la circulation peut entraîner de graves
troubles de la fonction cardiaque.
La myoglobine libérée peut être
responsable d’insuffisance rénale aiguë (nécrose tubulaire aiguë).
D’autres facteurs sont libérés dans la circulation : aggrégats
plaquettaires, facteurs procoagulants, cytokines inflammatoires
causes des complications pulmonaires et cérébrales.
La gravité de l’ischémie dépend de plusieurs facteurs : l’existence
d’une circulation collatérale fonctionnelle, la qualité du lit d’aval,
l’extension du thrombus, la pression artérielle systémique,
l’association à une thrombose veineuse, la viscosité sanguine, le
taux d’hémoglobine plasmatique.
L’existence ou non d’une
circulation collatérale fonctionnelle est à l’origine de la diversité
des tableaux cliniques observés. Les embolies sur artères saines
donnent des ischémies brutales et sévères car elles interrompent
totalement la circulation dans tous les segments du membre sousjacent.
Lors des thromboses, si la lésion préexistante originelle est
modérée, la circulation collatérale ne s’est pas développée et la
situation est comparable.
En revanche, il existe des circonstances
où la circulation collatérale assure, pendant quelques heures ou
jours, une survie cellulaire car elle s’est développée avant la
thrombose ou l’accident embolique.
La présence de cette circulation
collatérale détermine un état d’ischémie subaiguë.
C’est une des
situations ou l’artériographie a une place importante dans la
stratégie thérapeutique.
Enfin, il ne faut pas négliger les lésions pariétales artérielles
provoquées par le thrombus qui surviennent en quelques heures
et peuvent être à l’origine de rethrombose après une
désoblitération réussie.
Ces lésions pariétales sont : une désendothélialisation avec mise à nu de la couche sousendothéliale
qui est très thrombogène, l’apparition de foyer
ischémique de la média et l’inflammation de l’adventice par
congestion des vasa vasorum.
Étiologie
:
A - EMBOLIE
:
Les embolies représentent la première cause d’ischémie aiguë des
membres.
Le membre inférieur est cinq fois plus souvent atteint,
en général au niveau des bifurcations du fait du changement brutal
du calibre artériel.
Les territoires les plus touchés sont dans l’ordre :
la bifurcation fémorale, l’artère poplitée, l’étage aorto-iliaque.
Au
niveau du membre supérieur l’artère humérale est le siège
préférentiel des embolies.
L’origine est cardiaque dans 90 % des cas :
– arythmie complète par fibrillation auriculaire (60 à 70 %),
survenant le plus souvent dans le cadre d’une cardiopathie
d’origine ischémique (l’incidence du rhumatisme articulaire aigu
ayant nettement diminué) ;
– infarctus du myocarde (20 %), le thrombus est le plus souvent
situé à l’apex du ventricule gauche (VG) et survient après un
infarctus transmural antérieur.
L’embolie artérielle se produit en
général dans le premier mois après l’infarctus (14 jours, en
moyenne) ;
– d’autres causes moins fréquentes : anévrysme cardiaque,
endocardite bactérienne, tumeur cardiaque (myxome), thrombose
des valves cardiaques mécaniques, cardioversion.
L’origine est extracardiaque dans 5 à 10% des cas ;
– lésions d’athérosclérose ulcérées ou végétantes ;
– embolie à partir d’un site d’implantation d’une prothèse thrombosée ;
– embolie paradoxale ;
– embolie septique ;
– complications d’un cathétérisme artériel ;
– tumeur de l’aorte (exceptionnel).
Dans 5 à 10% des cas, la cause reste inconnue dans la plupart des
séries.
B - THROMBOSE
:
1- Occlusions d’artères athéromateuses
:
C’est la première cause de thrombose artérielle in situ, survenant
le plus souvent au niveau des segments les plus sténosés de
l’artère. Plusieurs facteurs favorisants sont à connaître : hémorragie
intraplaque, hypovolémie, polyglobulie, bas débit cardiaque,
traumatisme.
En général, ces patients ont développé une
circulation collatérale et l’ischémie est moins sévère, néanmoins
celle-ci peut être grave et révélatrice de la maladie sous-jacente.
2- Thromboses d’anévrysmes
:
Elles représentent la deuxième cause de thrombose artérielle in
situ.
L’accident le plus fréquent étant la thrombose d’un anévrysme
poplité qui est un accident grave, de traitement difficile (la lésion
anévrysmale ayant de façon presque constante embolisé à bas bruit
au cours de son évolution).
La thrombose d’un anévrysme
fémoral, iliaque ou aortique peut également être à l’origine d’une
oblitération artérielle aiguë.
3- Thromboses des pontages
:
Elles sont en règle faciles à reconnaître puisqu’elles surviennent
dans un contexte évocateur.
4- Causes médicamenteuses
:
Elles ne sont pas négligeables.
Il s’agit de l’ergotisme, de la prise
au long cours d’estroprogestatifs, d’injection intra-artérielle de
certains médicaments (drogue vasoconstrictive, produits
sclérosants veineux, barbituriques).
L’allergie à l’héparine tient une
place à part, elle doit être recherchée dans tous les cas
d’oblitération vasculaire aiguë survenant chez un patient traité par
héparine.
5- Compression extrinsèque
:
On peut citer : artère poplitée piégée, kyste adventiciel poplité,
syndrome des loges, syndrome du défilé thoracobrachial, tumeur
au voisinage d’un axe artériel.
6- Autres cas
:
– Artériopathie non athéromateuse des gros troncs (maladie de Takayashu, périartérite noueuse) et des artères de petits calibres
(maladie de Buerger, sclérodermie).
– États d’hypercoagubilité sanguine : syndrome myéloprolifératif,
néoplasie, lupus érythémateux aigu disséminé, déficit en facteurs
de l’hémostase (antithrombine III, protéine C ou S).
C - CAS PARTICULIERS
:
1- Traumatisme vasculaire
:
La plaie artérielle peut être franche, la solution de continuité
intéressant les trois tuniques (intima, média, adventice).
Elle peut
être contuse, il s’agit alors d’une rupture sous-aventicielle de la
média ou de l’intima.
Les ruptures intimales isolées sont très
importantes à connaître car elles respectent souvent la perméabilité
immédiate, la thrombose aiguë pouvant survenir dans un
deuxième temps par dissection ou décollement du lambeau
intimal.
2- Dissection aortique
:
À partir de la rupture (porte d’entrée), la dissection se propage
vers l’aval et vers l’amont.
Toutes les artères naissant de l’aorte
peuvent être intéressées, déterminant autant de territoires ischémiés.
Le mécanisme habituel de ces complications vasculaires
périphériques est une compression extrinsèque de l’orifice artériel
(lumière) par le faux chenal ou par le décollement intimal.
C’est
l’oblitération de la lumière d’une ou des artères iliaques qui est à
l’origine des ischémies des membres inférieurs au cours de la
dissection aortique.
Diagnostic
:
Le diagnostic d’ischémie aiguë des membres est clinique.
Les cinq signes essentiels sont : la douleur, l’abolition des pouls, la
pâleur, les paresthésies et la paralysie. L’abolition des pouls distaux
est la règle.
Les pulsations juste en amont de l’obstruction peuvent
être anormalement fortes.
Dans le cas d’une embolie, les pouls
d’aval sont parfois normaux au début de l’évolution, transmis par
un embole frais.
La douleur est en général intense, de début brutal,
localisée, englobant le groupe de muscles au-dessous du niveau de
l’occlusion.
Le membre est pâle, froid et les veines sont vides et collabées.
Les signes neurologiques sont inconstants, lorsqu’ils sont présents,
ils témoignent de la gravité de l’ischémie.
Les paresthésies avec diminution de la sensibilité au tact fin et de la sensibilité
proprioceptive sont les premiers signes neurologiques qui
apparaissent (fibres les plus sensibles à l’ischémie).
La perte de la
sensibilité à la douleur est un signe tardif (fibres nociceptives plus
résistantes).
Il faut rechercher une certaine faiblesse des muscles
les plus distaux ainsi qu’une abolition des réflexes ostéotendineux.
La paralysie complète est un signe tardif. La palpation des muscles
est nécessaire, de consistance élastique au début, ils deviennent
fermes puis durs à un stade tardif.
Dans la plupart des cas, un interrogatoire précis et un examen
clinique complet permettent :
– d’estimer le niveau d’obstruction, ce qui est en règle facile par la
disparition des pouls à partir du niveau supérieur de l’oblitération,
par la réapparition d’une coloration, d’une chaleur cutanée, d’une
sensibilité immédiatement au-dessus de la zone d’oblitération ;
– de déterminer la cause probable de l’occlusion artérielle :
embolie ou thrombose (importance de l’interrogatoire qui précise
les antécédents cardiaques et vasculaires, et de l’examen clinique à
la recherche d’une cardiopathie méconnue, d’un anévrysme) ;
– d’évaluer le degré d’ischémie.
Examens complémentaires,
prise en charge :
La prise en charge optimale d’une ischémie aiguë des membres
nécessite une structure disponible 24 heures sur 24 avec une
coopération radiomédicochirurgicale effective afin d’envisager la
revascularisation dans les meilleures conditions.
Certains examens sont systématiques et doivent être réalisés en
urgence : numération-formule sanguine, glycémie, ionogramme
sanguin, créatinine et urée plasmatique, recherche de
myoglobinémie et de myoglobinurie, dosage des créatinine-kinases
(CPK), groupe, Rhésus, recherche d’agglutinines irrégulières [RAI],
bilan d’hémostase complet (international normalised ratio [INR],
taux de céphaline activée, fibrinogène, plaquettes),
électrocardiogramme (ECG).
L’échographie
doppler fait également partie de cette liste, car elle est rapide à
réaliser et apporte des renseignements précieux.
L’examen doppler
contribue à la quantification du degré d’ischémie, permettant la
mesure des pressions distales en doppler continu ainsi que
l’enregistrement du flux veineux.
Il apporte une
aide au diagnostic topographique de l’ischémie en précisant le siège
de l’occlusion et la qualité de la réentrée.
L’échographie
permettra, dans le bilan étiologique, de rechercher une source de
thrombose (anévrysme ou piège localisé), de même qu’une source
potentielle d’emboles comme un anévrysme de l’aorte abdominale.
Elle évaluera
également la qualité de la paroi artérielle au site occlus,
l’existence ou non d’une sténose calcifiée, par exemple.
L’artériographie
lorsqu’elle est pratiquée, offre cinq pôles d’intérêt : elle montre
l’aspect de l’occlusion, visualise l’état des
vaisseaux d’amont, apprécie la qualité du réseau collatéral, établit
un pronostic sur la possibilité de restauration artérielle et peut
mettre en évidence, en cas d’origine embolique, un certain nombre
d’emboles (homo- ou controlatéraux) cliniquement latents.
L’artériographie ne doit entraîner aucun retard thérapeutique qui
pourrait être fatal, notamment lorsque le patient présente des
signes sensitivomoteurs à son arrivée, et que l’opacification ne peut
être obtenue immédiatement.
Le cas le plus typique étant celui de
la paralysie ischémique par embolie du carrefour aortique venant
compliquer une cardiopathie.
En effet, le diagnostic est évident, et
le geste chirurgical d’embolectomie en urgence est le seul à même
de préserver le risque vital.
En général, devant une histoire embolique typique sur artères
saines et l’absence de pouls fémoral, l’artériographie conventionnelle
ne présente que peu d’intérêt.
De plus, elle pourra être
supplée au bloc opératoire par une angiographie après abord
chirurgical des vaisseaux à désobstruer.
En présence d’un pouls
fémoral, l’artériographie doit être systématique et pourra être
réalisé dans le même temps qu’un acte thérapeutique endoluminal.
Il faut retenir que, dans tous les cas, une opacification des
vaisseaux d’un membre peut être facilement obtenue au bloc
opératoire.
Quant aux examens à visée étiologique comme l’échographie
cardiaque transoesophagienne qui recherche une cardiopathie ou
un thrombus intracardiaque, ils seront réalisés après la
revascularisation effectuée.
Traitement
:
Il s’agit d’une urgence médicochirurgicale dont la prise en charge
optimale sera réalisée en unité de chirurgie vasculaire. Le
traitement médical comporte l’anticoagulation par héparine à dose
efficace par voie intraveineuse qui sera débutée dès le diagnostic
posé.
Son but est de limiter l’extension de l’occlusion artérielle afin
de préserver la collatéralité et le réseau distal, et de favoriser la
fibrinolyse physiologique.
Il est de règle d’y adjoindre des drogues
vasodilatatrices, surtout chez les patients artéritiques.
La
réanimation comporte la correction des troubles hydroélectrolytiques
et de l’acidose métabolique, elle sera guidée par
l’état clinique et le résultat des examens biologiques. L’emploi
d’antalgiques puissants est nécessaire au confort du malade.
A - DIFFÉRENTES MÉTHODES THÉRAPEUTIQUES
:
Le chirurgien
vasculaire dispose de nombreux moyens thérapeutiques. Son choix
dépend de la sévérité de l’ischémie, de l’état du réseau artériel,
de l’origine probable de l’oblitération (thrombose in situ ou
embolie) et de l’état général du patient.
1- Embolectomie chirurgicale
:
L’embolectomie par cathéter de Fogarty, introduite en 1963, a
transformé le pronostic des embolies artérielles.
Cette technique
est simple, rapide, efficace et peut être réalisée sous anesthésie
locale.
Elle permet une désoblitération rétrograde et antérograde aussi étendue que nécessaire.
La voie d’abord est dictée par la
clinique.
Pour les membres inférieurs, on aborde en général le
trépied fémoral au niveau de l’aine, ou bien l’artère poplitée
distale.
Pour le membre supérieur c’est l’artère humérale au niveau
de la gouttière bicipitale interne, ou au pli du coude qui est le plus
souvent abordée.
Le cathéter de Fogarty (dont le diamètre est adapté au calibre du
vaisseau) est introduit par l’artériotomie, après contrôle proximal
et distal du vaisseau.
Après avoir traversé le caillot, le ballonnet
est gonflé doucement et le cathéter retiré avec prudence, le
gonflage étant interrompu dès qu’apparaît une résistance au retrait.
La réapparition du flux artériel et des pouls distaux ne dispensent
en aucun cas d’un contrôle artériographique sur table.
Cette
technique est utilisée en première intention par la plupart des
équipes, dans les cas d’embolies récentes aorto-iliaques, fémorales,
humérales et axillaires sur artères saines.
2- Fibrinolyse in situ
:
Le traitement fibrinolytique a bénéficié, ces dernières années, des
progrès de la radiologie interventionnelle.
Dotter et al ont décrit,
pour la première fois en 1974, la technique de fibrinolyse locale intra-artérielle au contact du thrombus, la voie veineuse
périphérique ayant été abandonnée en raison de ses complications.
La thrombolyse intra-artérielle est réalisée après ponction de
l’artère fémorale, selon la technique de Seldinger.
Un système de
cathéters coaxiaux permet la délivrance du fibrinolytique (en
général l’urokinase) à des doses variables, selon les divers
protocoles, au contact du thrombus.
Cette technique impose le
respect strict de ses contre-indications à savoir : celles de la
fibrinolyse elle-même, l’ischémie sensitivomotrice (délai d’action
trop long) et les occlusions huméroaxillaires (en raison du risque
réel d’embolie dans le territoire vertébrobasilaire, à partir de
thrombus se formant le long du cathéter dans une artère sousclavière
avec un flux ralenti).
Les indications principales sont : les occlusions aiguës récentes
(inférieures à 15 jours) des pontages fémoropoplités, certains
sauvetages de membres chez des patients porteurs d’occlusions
fémoropoplitées longues sur artères pathologiques, en
préopératoire dans les thromboses des anévrysmes poplités.
On
peut associer à la fibrinolyse une thromboaspiration en cas de
thrombus résiduel, ou une angioplastie en cas de sténose
athéromateuse préexistante.
La fibrinolyse intra-artérielle peut
aussi être associée à la chirurgie pour pallier à une embolectomie
incomplète.
Récemment Armon et al ont rapporté de bons
résultats après utilisation de fibrinolyse avec pulse-spray chez
100 malades.
La technique de pulse-spray
permet d’accélérer la thrombolyse par administration de l’agent
fibrinolytique sous haute pression dans le thrombus.
3- Thromboaspiration
:
La thromboaspiration par voie percutanée est une technique qui a
été utilisée pour la première fois par Greenfield et al en 1960 pour l’aspiration d’un caillot de l’artère pulmonaire.
En 1978,
Horvath et al, puis Sniderman en 1984, l’ont utilisée avec
succès dans le traitement d’embolies distales survenant après
angioplastie. Cette technique nécessite pour être employée une
bonne connaissance des procédures endovasculaires.
Le principe
consiste à aspirer le thrombus par l’intermédiaire d’un cathéter
introduit par voie percutanée (Désilett) présentant un orifice
unique.
L’orifice distal est mis au contact du thrombus, une
seringue de 50 mL permet de récupérer le thrombus fragmenter
par effet ventouse.
L’ensemble de la procédure est réalisée sous anticoagulation à dose efficace.
Les indications sont les occlusions à l’étage fémoropoplité (partie
terminale de la fémorale superficielle et trépied jambier) récentes
(moins de 10 jours), courtes (inférieures à15 cm), sur artères saines
ou pathologiques.
Elle est parfaitement adaptée au traitement des
occlusions emboliques du trépied jambier.
En cas de thrombose in
situ localisée, la thromboaspiration associée à une angioplastie,
précédée si besoin d’une courte fibrinolyse in situ est une
technique de remplacement intéressante chez des patients à haut
risque chirurgical.
Cette technique présente l’avantage d’un moindre traumatisme de
l’endothélium par rapport à l’utilisation de la sonde de Fogarty.
Elle est plus rapide, moins dangereuse, moins coûteuse et présente
beaucoup moins de contre-indications que la fibrinolyse in situ.
4- Chirurgie restauratrice
:
Les pontages artériels en urgence sont indiqués, en première
intention, dans certains cas de thrombose sur artères
pathologiques, ou, en seconde intention, après réalisation des
techniques endovasculaires.
La réalisation de ces pontages nécessite de trouver un axe donneur
et un axe receveur, avec un lit d’aval satisfaisant.
Le trajet du
pontage peut être physiologique ou extra-anatomique.
Le choix des
matériaux à utiliser (veines, polytétrafluoéthylène [PTFE],
Dacront) est fonction de la localisation de l’oblitération.
Pour les
occlusions iliaques le pontage pourra être aortofémoral, croisé
fémorofémoral ou axillofémoral.
Pour les occlusions poplitées, ils
seront réalisés au mieux à l’aide de la veine saphène interne en
position fémoropoplité ou fémorojambiers.
Dans le cas particuliers de la dissection aortique, lorsque l’ischémie
est unilatérale, le traitement consiste à effectuer un pontage fémorofémoral ; en cas d’ischémie bilatérale, la revascularisation
est alors assurée par un pontage axillobifémoral.
5- Gestes associés
:
* Aponévrotomies
:
Un oedème important après le geste de revascularisation est
responsable d’une augmentation de pression dans les loges
musculaires (surtout dans la loge antérieure).
Cela empêche le
retour veineux, et une circulation distale adéquate au niveau du
membre menacé membre ischémié.
Les aponévrotomies de
décharge permettent de diminuer la pression dans le compartiment
musculaire, et donc d’améliorer la circulation distale en ouvrant
les loges ostéofibreuses.
La principale complication de
l’aponévrotomie est le sepsis qui risque de compromettre le
membre ischémié, mais aussi la vie du patient.
Ses indications varient selon les équipes chirurgicales, quasi
systématiques pour certains, plus rares pour d’autres.
Un
enregistrement des pressions intramusculaires peut aider à la
décision, une valeur supérieure à 30 mmHg impose la
décompression de manière urgente.
En cas d’interventions
précoces, elles seront faites à ciel ouvert à l’approche de la sixième
heure d’ischémie.
Ces aponévrotomies doivent être larges et
intéresser les quatre loges musculaires (antérieure, externe,
postérieures, profondes et superficielles) ; on réalise deux incisions
antéroexterne et postéro-interne qui s’étendent du genou à la
malléole.
* Lavage de membre
:
Le lavage de membre a des indications précises : ischémie grave
(sensitivomotrice) vue tardivement et/ou ischémie de territoire très
important (carrefour aortique).
Il est réalisé, après canulation
artérielle, avec du sérum physiologique ou bicarbonaté ou des
solutés de reperfusion (solution de Fabiani).
L’axe veineux étant
ouvert pour évacuer le retour du liquide de lavage, on perfuse 1 L
de sérum par membre inférieur.
* Amputation :
L’amputation doit parfois être réalisée d’emblée lorsqu’il existe des
signes d’ischémie dépassée, en particulier lorsque le pronostic vital
du patient est mis en jeu.
Insistons sur le fait qu’une artériographie est indispensable après
tout geste de revascularisation quelle que soit la technique employée.
Une angioscopie peut remplacer ou compléter cette
artériographie peropératoire.
B - PÉRIODE POSTOPÉRATOIRE
:
1- Surveillance du membre opéré
:
La surveillance est indispensable, un bon résultat initial pouvant
se dégrader brutalement.
Il faut palper les pouls distaux toutes les
demi-heures dans les premières heures, noter la coloration et la
chaleur de la peau, ainsi que la qualité du remplissage veineux.
Il
est important que les pouls les plus distaux obtenus en fin
d’intervention soient notés au bloc opératoire, sur la peau du
malade, grâce à un crayon dermographique.
On peut s’aider dans
les cas d’examens cliniques difficiles (obèse, revascularisation
poplitée) d’un examen doppler.
2- Réanimation postopératoire
:
Elle s’attache essentiellement à corriger les troubles métaboliques
(hypoxémie, acidose, hyperkaliémie), surveiller la fonction rénale
et l’état hémodynamique.
L’hémodialyse est parfois nécessaire.
3- Traitement anticoagulant
:
Il doit être poursuivi et surveillé après l’intervention pour une
période à définir en fonction de chaque patient et de chaque
pathologie.
C - TRAITEMENT DE LA CAUSE
:
Il est primordial, car lui seul permettra d’éviter les récidives.
D - COMPLICATIONS
:
– Récidive de l’oblitération artérielle.
– Complications liées à l’ischémie aiguë et à la revascularisation :
syndrome des loges, insuffisance rénale, complications
pulmonaires et cardiaques.
– Complications liées au traitement : traumatismes artériels lors
des manoeuvres endoartérielles (perforation, déchirure intimale,
dissection), embolisation distale, complications hémorragiques
secondaires à l’héparinothérapie et/ou à la fibrinolyse, sepsis
notamment après aponévrotomie.
– Décompensation de tares et complications de décubitus, très
importantes à considérer chez ces patients souvent âgés et fragiles.
E - RÉSULTATS
:
L’utilisation de la sonde de Fogarty a révolutionné depuis plus de
30 ans le pronostic fonctionnel des embolies.
La grande diffusion
de cette technique ayant permis de descendre le taux d’amputation
au-dessous de 10 %.
La thrombose aiguë sur artère pathologique
garde, pour sa part, un pronostic assez sombre, avec un taux
d’amputation avoisinant les 30 %.
Malgré les progrès réalisés, la mortalité globale d’environ 25 %
reste très élevée, essentiellement du fait des complications
générales qu’elles entraînent et de l’âge de plus en plus élevé des
patients.
Au total, l’ischémie aiguë des membres est une affection grave
nécessitant, de la part du chirurgien, une bonne connaissance de
son éthiopathogénie et de sa physiopathologie, afin de mettre en
route le traitement optimal dans un délai le plus court possible.