Détection par ultrasons des thromboses veineuses profondes des membres inférieurs Cours de Angéiologie
Introduction
:
Le diagnostic de TVP ne peut être basé sur une simple présomption
clinique mais nécessite d’être confirmé par des méthodes objectives.
C’est actuellement l’échographie-doppler qui constitue la méthode de
choix pour la détection des TVP et qui est utilisée dans des stratégies
variables en fonction de sa performance et de son utilité dans les
différentes situations cliniques.
C’est une méthode non invasive qui permet l’abord direct des
structures vasculaires et extravasculaires et fournit des
renseignements morphologiques et fonctionnels incomparables grâce
au couplage de l’ultrasonographie en mode B au doppler (continu,
pulsé ou couleur).
Bien que les modalités de l’exploration et les critères du diagnostic
varient selon les auteurs, la performance des US est reconnue de
façon unanime dans la détection des TVP des membres inférieurs
chez les patients symptomatiques, mais elle est conditionnée par de
nombreux facteurs, étroitement liés aux circonstances cliniques, dont
la qualité technique de l’exploration, le site veineux exploré et le type
de TVP.
Technique
:
Véritable examen clinique des veines par sonde interposée, la
technique comporte une inspection des vaisseaux et des structures
avoisinantes, une palpation par la sonde (test de compression
veineuse), une auscultation et une « percussion » grâce au système
duplex. Nous recommandons l’utilisation systématique du doppler
continu au préalable et seulement occasionnelle du doppler
couleur.
A - CONDITIONS TECHNIQUES
:
De bonnes conditions techniques sont nécessaires pour obtenir une
exploration adéquate :
– d’abord, un équipement de haute résolution et un choix de
sonde adapté en fonction de la profondeur des structures sont
primordiaux ;
– ensuite, le patient doit être en parfaite résolution musculaire, la
vessie vide.
Sa position varie selon la région examinée ;
– enfin, la réalisation pratique obéit à des règles strictes :
– examen bilatéral et comparatif du réseau veineux superficiel
et profond, de la veine cave inférieure aux veines de jambe ;
– balayage progressif d’emblée en coupe transversale, complété
ensuite en coupe longitudinale ;
– si l’« inspection » et la « palpation » sont systématiques,
l’auscultation doppler n’est indispensable qu’au carrefour
poplité et fémoro-iliaque et de toute façon sera réalisée dans des
conditions optimales de gain, de filtre et d’angle doppler ; le
doppler couleur (± duplex) est réservé aux zones douteuses,
difficiles à comprimer par la sonde ou réservé au diagnostic des
récidives de TVP et pour l’évaluation des reflux.
B - INTERPRÉTATION DES RÉSULTATS
:
Pour nous, le diagnostic de certitude est basé sur l’association de
matériel endoluminal à l’incompressibilité de la veine ; lorsque
celle-ci est isolée, sans image directe du thrombus et très limitée
(moins de 1 cm), dans une zone habituellement facile à comprimer
chez un patient relâché, le test doit être considéré comme douteux.
C - AVANTAGES ET LIMITES
:
Il s’agit d’une technique non invasive, sans risque, trois fois moins
coûteuse que la phlébographie ; elle est fiable pour la détection et
la localisation des TVP distales et proximales.
Grâce à l’exploration
des structures extravasculaires, elle permet le diagnostic différentiel
et parfois étiologique des TVP.
Elle comporte cependant des limites
liées à l’expérience de l’opérateur, au coût de l’équipement et
parfois à de mauvaises conditions techniques et anatomiques ainsi qu’à certaines conditions pathologiques (distension abdominale,
cicatrices opératoires, contraction musculaire, grossesse,
calcifications, scléroses...).
Résultats des études et indications
:
Comparée à la phlébographie, l’échographie (± couplée au doppler
pulsé ou couleur) est une méthode performante pour le diagnostic
des TVP qu’elles soient proximales ou distales, chez les
patients symptomatiques (présentant une suspicion clinique de TVP) : sensibilité globale 98 %, spécificité 95 %, sensibilité pour la
détection des TVP proximales 100 % et des TVP distales 91-95 %
dans notre expérience ; elle est parfois supérieure à la
phlébographie.
C’est une technique reproductible au sein d’une
même équipe.
Les études de suivi après un test négatif, qu’il soit
répété par peur d’une extension de TVP distale non recherchée ou qu’il ne le soit pas, montrent une évolution rassurante
exceptionnellement compliquée d’accidents thrombotiques en
l’absence de traitement anticoagulant.
Notre stratégie d’utilisation
de l’échographie-doppler en première intention. Noter par ailleurs, l’intérêt considérable des US pour le
diagnostic différentiel et le diagnostic étiologique de la TVP
(cancer, syndrome de Cockett, anévrysme veineux...).
La détection des TVP asymptomatiques dans des groupes à risque,
par exemple après chirurgie orthopédique, est controversée :
sensibilité seulement de 62 % pour la détection des TVP
proximales, spécificité de 97 % dans la méta-analyse de Wells.
Ceci est lié au fait que le thrombus est parfois petit, isolé, non
occlusif et souvent distal ou parfois proximal mais partiel, pouvant
échapper à cette technique.
En cas de suspicion clinique d’embolie pulmonaire, les US ne sont
utiles qu’en cas de test positif, surtout lorsqu’une TVP est mise en
évidence, et ne permettent pas d’exclure le diagnostic en cas de
test négatif.
Les études de validité des US montrent une sensibilité
faible de 57 % pour la détection des TVP poplitées et fémorales
comme dans le dépistage et une spécificité de 98 %.
Le diagnostic de récidive est difficile ; il est basé sur la présence de
matériel « récent », l’augmentation du calibre veineux témoin de
l’aggravation de l’obstruction, et sur la disparition du reflux.
Il
requiert donc la réalisation d’une échographie-doppler de
référence, en particulier avant l’arrêt des anticoagulants.
La
récidive peut être localisée au même segment (récidive in situ),
s’étendre à un segment indemne de TVP ou encore atteindre les
veines du membre controlatéral.
La stratégie est identique à celle
du diagnostic des TVP symptomatiques.
Le diagnostic est difficile
si une obstruction complète préexistait ou s’il s’agit d’une récidive
distale.
Choix du traitement
:
- surveillance
L’échographie-doppler peut aider à la décision thérapeutique
(choix d’un traitement thrombolytique, arrêt du traitement
anticoagulant) par l’analyse séméiologique de l’échostructure du
thrombus et la quantification de l’obstruction (sévérité,
mesure du calibre veineux après compression par la sonde).