Carcinome épidermoïde de la langue Cours
de Stomatologie
Épidémiologie
:
Les chiffres d’incidence ou de mortalité donnent aux
cancers de la langue en matière de santé publique une
place malheureusement privilégiée en France.
L’incidence brute se définit comme le nombre de nouveaux
cas apparus au cours d’une année pour
100 000 habitants : elle est évaluée à 7,4 (contre 3,8 en
Italie et 0,7 en Allemagne) avec quelques variations géographiques
(incidence plus forte dans l’Ouest, le Nord et
le grand Est du pays : image en « chapeau de
gendarme »).
La répartition par sexe est de 9,8 hommes
pour 1 femme.
L’incidence varie avec l’âge : elle est forte
entre 55 et 66 ans (40), mais demeure élevée à 80 ans (30).
La mortalité brute liée aux cancers de la langue est en
France la plus forte : 16 pour 100 000.
Alors qu’elle
avait augmenté de manière significative jusqu’en 1990,
elle semble aujourd’hui stabilisée.
Les taux standardisés
confirment une surmortalité en milieu urbain, affectant
une population d’ouvriers et d’employés.
Cette mortalité
augmente avec l’âge.
L’épidémiologie analytique s’efforce de déterminer les
facteurs de risque, de dégager la notion de risque relatif
afin, dans la mesure du possible, de prévoir une politique interventionnelle de dépistage.
Facteurs de risque
:
1- Tabac et alcool
:
• Expérimentalement prouvé, le rôle carcinogène du
tabac fait augmenter le risque de voir apparaître un cancer
de la langue de 6 à 25 chez les fumeurs.
Ce risque
augmente après 20 ans d’intoxication tabagique.
Si le
type de tabac a peu d’influence, le risque est plus grand
chez le fumeur de cigarettes que chez le fumeur de
cigares ou de pipe.
D’autre part, la persistance de l’intoxication
tabagique fait passer le risque de récidive des
cancers de langue de 3 à 30 ou 40 %.
Quatre-vingt-huit
pour cent des patients porteurs d’un cancer de la langue
sont des fumeurs.
• Par contraste, l’alcool n’est pas carcinogène, son
ingestion habituelle est cependant retrouvée chez la plupart
des malades porteurs d’un cancer des voies digestives.
C’est le couple alcool-tabac, habituellement rencontré,
qui est nocif.
L’alcool aurait une action nulle
chez les non-fumeurs.
Les facteurs de risque sont multipliés
par 4 en cas d’intoxication conjointe.
Le rôle potentialisateur de l’alcool semble indépendant de la
nature de la boisson (bière, vin…).
2- Facteurs hygiéno-diététiques
:
Une mauvaise hygiène dentaire est retrouvée chez 80 %
des patients porteurs de carcinomes des voies aérodigestives
supérieures.
Ce chiffre, qui pourrait être lié aux
conditions socio-économiques de cette population,
recouvre en fait une réalité : le risque relatif lié à cet état
bucco-dentaire est ainsi multiplié par 2 pour les cancers
de la cavité buccale.
Par contre, aucune étude chiffrée
n’étaye l’hypothèse de la responsabilité directe des prothèses
dentaires.
De manière corollaire, la dénutrition
vitaminique et protidique est fréquemment retrouvée
chez ces patients, même si des études plus fines suggèrent
que non seulement quantité, mais aussi qualité des
nutriments, sont en cause.
3- Facteurs toxiques
:
Même si nombre de cancers de la langue sont répertoriés
chez les travailleurs de métaux, la notion de maladie
professionnelle n’est pas reconnue, ne serait-ce qu’à
cause de l’intrication de facteurs multiples.
De même,
hors cas ponctuels, l’irradiation préalable ne peut être
mise en cause.
4- Lésions préépithéliomateuses
:
Si la plupart des cancers de la langue se déclarent sur
une muqueuse saine, des dysplasies préépithéliomateuses,
longtemps suivies et traitées, peuvent être retrouvées
dans 15 % des cas environ.
Alors que la leucoplasie
peut être simplement liée à l’usage du tabac, certaines
formes de lichen (lichen atrophique, érosif), l’érythroplasie,
dégénèrent à parité chez l’homme et la femme.
La papillomatose orale floride, qui évolue vers le cancer à
un moment de son histoire, suggère en outre le rôle possible
de certains virus (PVH 11 : papillomavirus humain
qui a été mis en évidence dans certaines papillomatoses
orales florides) dans la carcinogenèse de ces lésions.
Quelle que soit la forme, la prévalence de ces lésions préépithéliomateuses diminue à mesure que l’on pénètre
dans le fond de l’oropharynx.
Les études épidémiologiques isolent une population
sujette à développer un cancer de la langue (comme des
autres localisations des voies aérodigestives supérieures) :
homme de 50 ans, de bas niveau socio-économique,
alcoolo-tabagique avec dénutrition et mauvaise hygiène
dentaire.
Isolant des groupes d’individus à risque, s’aidant au
besoin des colorations vitales (bleu de toluidine), les
enquêtes qui ont pu être menées se sont révélées peu
rentables, car les populations à risque sont difficiles à
atteindre et le taux des faux positifs est encore important.
L’absence de marqueurs biologiques spécifiques
rend par ailleurs ce dépistage compliqué.
Diagnostic
:
A - Circonstances de découverte :
Partant des principes que plus la lésion est postérieure,
plus sa reconnaissance est difficile, et que le cancer est
volontiers asymptomatique dans sa phase initiale de
développement, les circonstances de diagnostic sont
variables :
• découverte fortuite lors d’un examen de la cavité buccale
pour un autre motif (odontologique, anesthésique…)
;
• suivi régulier d’une lésion préépithéliomateuse
connue qui vient se modifier cliniquement ou dont l’aspect
cytologique ou histologique révèle des signes de
dégénérescence ;
• reconnaissance par le malade lui-même d’une anomalie
volontiers indurée du revêtement muqueux ;
• à un stade plus évolué, gêne fonctionnelle exprimée
sous la forme d’un défaut d’élocution, d’un trouble ou
d’une douleur à la déglutition (odynophagie), d’une
limitation à la protection linguale ;
• mise en évidence d’une lésion suspecte lors du diagnostic
étiologique d’une adénopathie cervicale, étant
entendu qu’il n’y a pas de correspondance obligée entre
la taille de la tumeur et le degré d’envahissement ganglionnaire
;
• altération de l’état général…
B - Caractéristiques de la lésion :
1- Aspect macroscopique
:
Quelles que soient ces circonstances, la lésion, volontiers
circonscrite, revêt de multiples aspects :
simple plage érythroplasique non ulcérée ; ulcération à
l’emporte-pièce d’un bord libre ; tumeur bourgeonnante,
parfois exophytique, rarement pédiculée ; ombilication
de surface recouvrant une infiltration profonde ; fissuration
en feuillet de livre de la face inférieure de la
langue ; volumineux cratère sphacelé de la base de la
langue ; plus rarement abcédation chronique ou masse
centrolinguale.
Tout le revêtement lingual peut être également concerné,
même si, macroscopiquement, il est très différent.
Si
la répartition portion mobile-base de langue, à la mesure
de leur surface respective, est de l’ordre de deux tiers-un
tiers, l’atteinte de la face dorsale de la langue est rare,
alors que bords marginaux et face ventrale sont plus
souvent atteints.
Les premiers sont accessibles à la
vision directe par opposition aux seconds qui doivent,
pour être vus, être examinés au miroir.
2- Palpation
:
Davantage que la vision de la lésion elle-même, c’est la
palpation de la tumeur, de l’ulcération, qui, peu douloureuse
au stade initial de la maladie, révèle l’induration
des tissus et permet d’apprécier l’infiltration tumorale.
Certes, cette appréciation demeure grossière, et elle ne
permet pas de faire la part de l’inflammation péritumorale
constante, mais si elle n’est pas totalement spécifique,
elle doit conduire l’observateur à effectuer le
geste unique et obligé du diagnostic positif : la biopsie
chirurgicale de la lésion.
3- Biopsie
:
Obligatoire sur le plan médico-légal avant toute mise en
oeuvre thérapeutique, la biopsie chirurgicale obéit à des
règles de réalisation : on prélève un fragment suffisamment
important, en pleine tumeur, et profondément dans
l’induration ; la biopsie est effectuée par le même praticien
que celui qui participe à la mise en oeuvre des
modalités du traitement ; elle est réalisée immédiatement
avant la phase thérapeutique, de peur de lui voir
reprocher d’avoir accéléré l’évolution du processus
tumoral.
C - Bilan d’extension :
La présomption d’une tumeur maligne de la langue doit
faire réaliser l’examen de l’ensemble des voies aérodigestives
supérieures accessibles avec les moyens
optiques habituels au cabinet (laryngoscopie indirecte,
nasofibroscopie…) ; à la recherche d’une 2e localisation,
elle doit étendre cet examen aux aires ganglionnaires
cervicales et interroger sur les signes d’une éventuelle
métastase (hépatique, pulmonaire…).
Schéma et mensuration de la tumeur (et des adénopathies)
concluent ce premier examen clinique et permettent
la classification première selon le barème de l’UICC
(Union internationale contre le cancer).
Faute de posséder marqueurs tumoraux spécifiques et
éléments objectifs de vitesse d’évolution tumorale, la
classification TNM (tumor-node-metastasis) demeure,
en l’état actuel de nos connaissances, le meilleur élément
pronostique des cancers des voies aérodigestives
supérieures.
1- Examen locorégional
:
Lymphophilie et 2e localisation sont les caractéristiques
des épithéliomas épidermoïdes de la muqueuse oropharyngée.
Le bilan d’extension locorégional suit donc,
de manière obligée, l’étape du diagnostic clinique et,
sans aucun doute, c’est au moment de la panendoscopie
que se situe le meilleur moment pour réaliser la biopsie
chirurgicale, quand le diagnostic clinique a été fortement
présomptif.
La panendoscopie au tube rigide permet d’explorer en
une étape, sous anesthésie générale, l’ensemble des
muqueuses des voies aériennes et digestives supérieures.
L’usage des colorants vitaux est utile, notamment
pour l’oesophage, afin de dépister les lésions débutantes.
L’endoscopie bronchique, en l’absence de signes
d’appel, demeure peu contributive, elle n’est pas systématique.
Cette vision locorégionale, qui est répétée à
intervalles réguliers au long de la surveillance du malade,
se justifie par la fréquence des lésions synchrones ou métachrones.
La vision directe d’une lésion, même aidée de la palpation,
donne une certaine idée de la surface tumorale
(encore que le relief lingual soit fait tout de courbes et
de replis), moins du volume de la tumeur, de son extension
aux structures de voisinage.
C’est donc à l’imagerie médicale (tomodensitométrie,
imagerie par résonance magnétique…) que revient ce
rôle d’appréciation d’atteinte des structures nobles (os
mandibulaire, par exemple) ou des espaces de diffusion
(loge hyothyro-épiglottique).
Il est remarquable de
constater comment les coulées tumorales suivent le chemin
indiqué par l’orientation des fibres musculaires et
qu’il n’y a guère de barrières anatomiques qui bloquent
la diffusion tumorale.
Certes, périoste et corticale osseuse
résistent un temps à l’envahissement, de même que les
cloisonnements fibreux qui isolent la langue des espaces
laryngés.
Mais il faut comprendre que les « septums »
intermusculaires sont, au sein de la masse musculaire
linguale, des espaces de glissement, donc de propagation.
L’imagerie médicale, étendue à la région cervicale,
complète et affine l’appréciation clinique de l’atteinte
ganglionnaire.
La mise en évidence d’adénopathies supracentimétriques constitue a priori un signe d’envahissement
et justifie l’évidement cervical chirurgical,
seul moyen d’apporter la preuve histologique de la
métastase ganglionnaire (avec ou sans rupture capsulaire).
2- Recherche de métastases à distance
:
Quelle que soit sa forme histologique, le cancer tumeur
de la langue est devenu cancer maladie.
La dimension
générale de l’examen clinique évalue donc l’état leucode
« l’hôte » dans sa nouvelle relation avec la tumeur.
La recherche de métastases à distance est positive dans 1
cas sur 2, souvent infraclinique et dont la présence
témoigne d’un stade évolué de la maladie.
Si radiographie pulmonaire (complétée sur signe d’appel
par un examen tomodensitométrique et bronchoscopique)
et échographie hépatique, complétant l’examen
clinique général orienté par des signes d’appel, sont
simples à effectuer avant tout traitement, aucune autre
investigation invasive n’est indiquée de principe, risquant
de surcharger chez un malade fatigué un bilan
important.
Mais métastases osseuses et (ou) cérébrales
(rarement uniques) peuvent se révéler très tôt dans l’histoire
de la maladie.
Découvertes, elles remettent totalement
en cause thérapeutique et pronostic du cancer.
3- Bilan préthérapeutique
:
• Score d’état général : les indices de performance,
qu’il s’agisse de l’échelle établie par l’Organisation
mondiale de la santé (OMS) en 1979 ou celle de
Karnofsky ne constituent qu’une approche globale du
caractère plus ou moins valide et autonome du malade.
• L’état nutritionnel est apprécié par la mesure du
poids, de la circonférence musculaire brachiale, de
l’épaisseur du pli cutané tricipital.
Toute perte de poids
supérieure à 15 % doit être considérée comme grave et
justifie une renutrition avant traitement.
La mesure de la
protidémie (souvent élevée) doit être corrigée du facteur
d’hémoconcentration : celle-ci est constante.
En corollaire,
l’urémie est basse alors que la créatinémie est normale.
• L’équilibre métabolique : l’incidence du diabète sur la
capacité de cicatrisation, le risque de nécrose et la sensibilité
aux infections justifie un équilibrage soigneux de
la glycémie avant et pendant la phase du traitement.
La fonction respiratoire : de sa qualité dépendent les
suites opératoires éventuelles.
Il faut prendre la mesure,
en s’aidant le cas échéant des tests spirométriques, de la
fréquente insuffisance respiratoire du fumeur invétéré,
des risques inhérents aux troubles de la déglutition du
sujet opéré de l’oropharynx, ou à l’oedème laryngé postirradiation.
La kinésithérapie orientée, si le sevrage
tabagique a pu être obtenu, facilite la prise en charge
chirurgicale éventuelle.
• Les fonctions cardiaque et rénale : parce que les protocoles
actuels de chimiothérapie néoadjuvante font
volontiers appel à des médicaments cardio- (5 fluorouracile*)
ou néphrotoxiques (sels de platine), les fonctions
cardiaques et rénales (clairance de la créatinine)
sont évaluées avec précision.
• La crase sanguine : si le bilan hépatique montre
volontiers les signes indirects de toxicité alcoolique,
il est rare qu’un net retentissement sur le bilan d’hémostase
soit retrouvé.
Le cas échéant, cette insuffisance,
même traitée par vitaminothérapie K, peut constituer
une contre-indication au traitement sanglant.
• L’état vasculaire : on est en droit d’attendre d’une
population tabagique une forte proportion de manifestations
artéritiques, même si le territoire céphalique est relativement protégé.
L’appréciation de l’état veineux
périphérique est utile dès lors qu’une chimiothérapie est
envisagée (recours fréquent à la mise en place d’un dispositif
implantable).
• Prise en charge bucco-dentaire : même en cas de traitement
palliatif, un bilan de l’état bucco-dentaire est
indispensable ; denture, parodonte, muqueuse sont
examinés.
Cette évaluation précise l’hygiène et la motivation
du malade pour la poursuivre ou l’améliorer,
facteur essentiel d’une prophylaxie fluorée ultérieure.
La radiographie (panoramique, rétro-alvéolaire) est
indiquée, même chez l’édenté.
Complications à long terme
du traitement :
Il n’y a pas de thérapeutique du cancer de la langue
(chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie…) qui ne soit,
à plus ou moins longue échéance, iatrogénique.
L’inégalité des malades devant ces complications, le
caractère difficilement prévisible de leur survenue, compliquent
encore le difficile compromis que constitue la
décision thérapeutique établie par le comité qui ne saurait
se résoudre à n’appliquer que des protocoles.
Qui
plus est, l’association des moyens de traitement multiplie
les effets délétères de chacun d’entre eux.
A - Complications de la chimiothérapie :
1- Toxicité aiguë
:
La toxicité aiguë des médicaments efficaces dans le traitement
des carcinomes linguaux est bien connue : accidents
allergiques liés à la bléomycine, au VP16 (étoposide),
à l’interféron… ; accidents gastro-intestinaux (sels
de platine) ; hypoplasie médullaire (anthracyclines,
alkylants) ; insuffisance rénale en rapport avec l’usage
du méthotrexate et des sels de platine ; nécrose myocardique
(cyclophosphamide et 5 fluoro-uracile) ; neurotoxicité
centrale (comitialité) ou périphérique (paresthésies).
À cette toxicité générale, liée à la dose instituée, en
règle réversible, il faut ajouter les conséquences d’une
possible extravasation du produit injecté aux lieux de
perfusion.
2- Toxicité chronique
:
À l’opposé, la toxicité chronique de la chimiothérapie,
également appelée toxicité cumulative, n’est pas toujours
réversible.
Cette toxicité, évaluée selon la sévérité
de ces manifestations est exprimée en grades (0 à 4) par
l’Organisation mondiale de la santé.
Elle affecte les mêmes organes cibles : accidents hématologiques
avec un risque de cytopénies irréversibles ;
accidents rénaux : insuffisance rénale chronique pour
des doses cumulées de cisplatine supérieures à
600 mg/m2 ; accidents gastro-intestinaux à type de cirrhoses
hépatiques ; accidents neurologiques : leucoencéphalopathies liées au méthotrexate ; accidents
cardiaques : insuffisances cardiaques (anthracycline) ;
accidents métaboliques : hyperuricémie…
L’âge souvent avancé de certains malades porteurs de
cancers linguaux (sans parler de leur âge physiologique)
les rend particulièrement exposés aux complications à
long terme des traitements médicaux.
L’indication de
leur emploi, à quelque niveau de l’évolution de la
maladie cancéreuse, demeure donc liée étroitement aux
complications engendrées.
B - Accidents de la radiothérapie :
La iatrogénie post-radiothérapique, acceptable à long
terme pour certaines complications correctement tolérées
(xérostomie), peut mettre en jeu le pronostic vital.
Elle est favorisée par les associations thérapeutiques
(chirurgie et radiothérapie, chimiothérapie et radiothérapie)
et certains protocoles d’irradiation.
Même s’il existe une
susceptibilité individuelle, elle est proportionnelle à la
dose délivrée.
• La radiomucite précoce précède la xérostomie, la radio-épithélite précède la pigmentation cutanée.
Dépilation et jabot mentonnier constituant les conséquences
précoces et tardives obligées de la radiothérapie
faciale. Les séquelles sévères apparaissent dans un peu
moins de 10 % des cas.
• L’ostéoradionécrose mandibulaire, bien que prévenue
en principe grâce à la « mise en état » de la cavité buccale
et la fluoration préventive des dents restantes, est la plus fréquente de ces complications et
semble favorisée par une chimiothérapie préalable.
La
curiethérapie est souvent mise en cause.
Ostéite spontanée,
ou plus souvent provoquée par un geste d’extraction
dentaire post-irradiation survient en moyenne une
année et demie après la fin de l’irradiation.
Les traitements
médicaux (antibiothérapie, oxygénothérapie
hyperbare) guérissent certaines formes débutantes.
La
chirurgie (amputation mandibulaire terminale, apport
d’os vascularisé) est le seul moyen de limiter l’évolution
de cette ostéoradionécrose vers l’oropharyngostome.
• L’oedème laryngé post-radique expose à la dyspnée
aiguë, et donc à la trachéotomie.
Il est plus fréquent dans
les lésions basilinguales irradiées, comme la chondrite
des cartilages laryngés.
• La rupture carotidienne tardive, classique mais rare
(5 ‰), est favorisée par l’association radiothérapiechirurgie,
sans qu’il ait pu être statistiquement admis
que le recouvrement de l’axe vasculaire par les lambeaux
de reconstruction en ait diminué la fréquence de
survenue.
• Les nécroses cutanées ou muqueuses tardives (les
nécroses muqueuses post-curiethérapie sont habituelles)
surviennent en moyenne 2 années après la fin des traitements.
Elles sont accessibles à une thérapeutique chirurgicale
réparatrice.
• Des lésions neurologiques (myélite, plexite cervicale,
paralysie du XII) ont pu être rapportées à l’irradiation
d’un carcinome lingual.
• Les cancers radio-induits, sténoses carotidiennes,
scléroses cervicales (cou de bois), peuvent apparaître
au-delà de 10 années chez tout malade irradié sur les
aires cervicales.
• Si nombre de complications peuvent être prévenues,
la simulation préalable à toute irradiation, les fractionnements,
la multiplication des champs d’incidence
diminuent d’autant l’atteinte des tissus sains.
Mais, certains
protocoles de réirradiation récemment mis en
oeuvre vont délivrer des doses cumulées telles que les
malades qui en bénéficient (2e localisation) développeront
inéluctablement de telles complications.
C - Complications de la chirurgie :
L’acte chirurgical d’exérèse d’une tumeur linguale
engendre à long terme une mutilation que les techniques
de reconstruction immédiate s’efforcent de diminuer.
Le
principe des exérèses en monobloc (évidement uni- ou
bilatéral/tumeur), admis par tous aujourd’hui, met en
communication espaces cervicaux et cavité oropharyngée,
majorant les risques septiques précoces.
À long
terme, les complications peuvent affecter chacun des
temps de la chirurgie.
Elles sont plus fréquentes et plus
graves si cette chirurgie est effectuée en terrain irradiée.
1- Complications liées à la voie d’abord
:
L’accessibilité à la lésion linguale oblige à contourner ou
à franchir le rempart osseux de l’arc mandibulaire.
L’ostéotomie symphysaire ou parasymphysaire de la
mandibule, en avant du trou mentonnier, permettant par
transpelvitomie latérale, l’accès aux tumeurs de la zone
de jonction linguale, peut malgré une reconstitution soigneuse
de la continuité osseuse par ostéosynthèse, entraîner
une pseudarthrose (infectée ou non) retardant la radiothérapie
ou transformée par elle en ostéoradionécrose.
La buccopharyngectomie transmandibulaire (qui en réalité
se transforme en une mandibulectomie terminale d’accès)
laisse persister une latérodéviation mandibulaire
avec défaut d’articulé dentaire et hypoesthésie du V3 du
côté amputé.
2- Complications liées à l’exérèse
:
En dépit des techniques de reconstruction (lambeaux musculo-cutanés, lambeaux libres) l’amputation linguale
engendre des séquelles fonctionnelles à la mesure de
son volume (hémiglossectomie, glossectomie des deux
tiers, basiglossectomie, glossectomie totale…) et de la
localisation plus postérieure (oropharyngée) : simple
défaut d’élocution (articulation du langage), stase salivaire
et alimentaire, gêne à la déglutition, voire impossibilité
complète à recouvrer une déglutition efficace :
à cette extrémité rare, la laryngectomie de totalisation
avec trachéostomie peut s’avérer nécessaire.
3- Complications liées à l’évidement chirurgical
:
La voie d’abord cervicale rendue nécessaire par la réalisation
de l’évidement ganglionnaire est bien souvent en
même temps voie d’accès à la tumeur (pull through lingual) et voie de passage de la reconstruction.
S’il n’y
a pas de complication septique précoce, la séquelle cicatricielle
s’intègre bien aux rides naturelles du cou.
Le volume des adénopathies, les difficultés de dissection
exposent les malades à des séquelles à long terme (souvent
liées aux sacrifices obligés de nerfs, muscles, vaisseaux…)
telles que : paralysie du rameau mentonnier du
nerf facial ; paralysie spinale (avec chute du moignon de
l’épaule) ; scapulalgies (à type de périarthrite scapulohumérale)
; paralysie récurrentielle (quand le X doit être
réséqué) ; syndrome de Claude Bernard-Horner ;
oedème facial (lymphoedème majoré par les sacrifices
veineux) ; rupture carotidienne secondaire (en cas d’irradiation
secondaire ou de mauvaise protection des vaisseaux
du cou).
4- Complications liées aux techniques
de reconstruction :
Censées corriger les séquelles fonctionnelles de l’amputation
tumorale et prévenir certaines complications
infectieuses ou vasculaires, les lambeaux (musculocutanés,
libres…) ont leurs propres complications :
• au site donneur : séquelles nerveuses ou cicatricielles
d’un site de prélèvement antibrachial, séquelles fonctionnelles de l’épaule d’un prélèvement de lambeau
musculo-cutané de grand dorsal ou de grand pectoral ;
• au site récepteur : pilosité intrabuccale d’une palette
cutanée, en l’absence d’irradiation, sécrétion acide d’un
lambeau digestif.
Le passage cervical des pédicules d’un lambeau musculocutané,
tout en apportant une bonne couverture à l’axe
vasculaire dénudé par l’évidement radical, peut induire
des rétractions cicatricielles, sorte de cordes
cervicales, qui loin d’améliorer la mobilité linguale
résiduelle ajoutent à la gêne cervicale.
5- Complications liées à un traitement antérieur
:
Chacune de ces complications tardives sera amplifiée ou
consacrée par la radiothérapie adjuvante.
Mais l’acte
chirurgical peut être indiqué chez un patient antérieurement
irradié (chirurgie de rattrapage, chirurgie de 2e
localisation, chirurgie des complications de la radiothérapie).
Les conditions locales étant moins favorables
(hypovascularisation, terrain cicatriciel), les complications
en sont majorées dans leurs conséquences : pharyngostomies,
orostomies.
Seule une nouvelle chirurgie,
avec ses propres risques, et donc dans une spirale potentielle
de complications, peut conduire à la guérison.