Déshydratation et hyperhydratation cellulaires et extra-cellulaires
Cours d'urologie
Il s’agit d’une question
difficile qui nécessite de bien connaître la physiologie des
compartiments liquidiens de l’organisme, de l’eau et du sodium.
La conduite à tenir doit être stéréotypée. Schématiquement,
l’eau représente 60 % du poids du corps, 40 % dans le
compartiment intracellulaire et 20 % dans le compartiment
extracellulaire qui comprend lui-même les secteurs interstitiel
(15 %) et vasculaire (5 %). L’osmolalité de ces compartiments
est équivalente (environ 285 mOsm/kg). Les mouvements d’eau à
travers la membrane cellulaire sont régis par des différences
d’osmolalité tandis que les mouvements d’eau à travers la paroi
capillaire sont régis par des différences de pressions
hydrostatique et oncotique.
PHYSIOLOGIE DU SECTEUR EXTRA-CELLULAIRE :
L'eau représente 60% du poids corporel d'un homme normal (50% chez
la femme).
Secteurs intracellulaire et extra-cellulaire :
L'eau est répartie entre les secteurs intracellulaire (deux tiers
de l'eau totale) et extra-cellulaire (un tiers de l'eau totale).
L'eau du secteur extra-cellulaire est elle-même répartie entre les
secteurs plasmatique (un tiers de l'eau extra-cellulaire) et
interstitiel (deux tiers de l'eau extra-cellulaire).
Bilan du sodium :
* La concentration du sodium intracellulaire est d'environ
15mmol/l, contre 140mmol/l pour le sodium extra-cellulaire
(natrémie).
* Puisque la natrémie est maintenue constante par les systèmes de
régulation d'entrées et sorties d'eau, le volume
extra-cellulaire est déterminé par son contenu total en sodium
et non par la concentration de celui-ci. En effet, toute
élévation du contenu total en sodium du secteur extra-cellulaire
conduit à une élévation proportionnelle de la quantité d'eau de
ce secteur, afin de préserver une natrémie constante et
inversement.
* Le bilan du sodium, chez le sujet normal, est réalisé par deux
variables: les entrées alimentaires (100 à 200mmol) et les
sorties rénales.
* La filtration glomérulaire étant d'environ 125ml/min, 180 litres
de plasma contenant 140mmol/l de sodium sont filtrés chaque jour
par les glomérules, soit environ 25000mmol de sodium contenues
dans l'urine primitive.
* Pour assurer un bilan nul du sodium, une réabsorption de plus de
99% du sodium filtré est donc indispensable. Elle est réalisée
par les cellules épithéliales tubulaires: deux tiers au niveau
du tube proximal, un quart par la branche ascendante de l'anse
de Henlé et le reste par le tube distal et le canal collecteur.
Sortie rénale du sodium :
L'élément important est que la sortie rénale du sodium est
régulable selon les entrées pour maintenir un bilan sodé nul et
un état d'hydratation extra-cellulaire stable.
* Ainsi, la filtration glomérulaire est-elle diminuée et la
réabsorption tubulaire du sodium augmentée, dans un but
d'épargne sodée, en cas de diminution des entrées alimentaires
de sodium.
* Inversement, la filtration est augmentée et la réabsorption
diminuée en cas d'élévation des apports sodés.
* Les effecteurs de cette régulation agissent en réponse à la
stimulation de barorécepteurs et volorécepteurs; ce sont
notamment divers systèmes neuro-endocriniens dont le système
rénine-angiotensine-aldostérone, le facteur natriurétique
atrial, l'innervation végétative ou le système des
prostaglandines.
HYDRATATION INTRA-CELLULAIRE :
Osmolalité plasmatique :
Le contenu en eau du secteur intracellulaire est régulé
indirectement via la régulation de l'osmolalité plasmatique
efficace.
Les osmolalités efficaces intracellulaires et extra-cellulaires
tendent vers un état stable où elles sont égales. Puisque, par
définition, l'osmolalité efficace est constituée d'osmoles non
diffusibles (passivement) d'un secteur à l'autre, cette
égalisation est réalisée par des mouvements d'eau entre les
secteurs extra-cellulaires et intracellulaires, visant à diluer
ou concentrer, jusqu'à un état d'équilibre.
Il est donc aisément compréhensible que l'état d'hydratation
intracellulaire dépende de l'osmolalité plasmatique efficace:
son élévation extra-cellulaire est à l'origine d'un mouvement
d'eau cellulaire vers le secteur extra-cellulaire et
inversement.
* L'osmolalité normale du plasma mesurée par cryoscopie est de 290
±5mOsm/kg d'eau.
* L'osmolalité extra-cellulaire efficace est cette valeur moins
l'osmolalité de l'urée (car l'urée diffuse librement dans les
deux secteurs): 5mOsm/kg, soit 285mOsm/kg. Puisqu'elle est liée
au sel de sodium et au glucose, on peut la calculer: osmolalité
efficace= (natrémie x 2) + glycémie= 140 x 2 + 5= 285mOsm/kg.
Ce calcul fait apparaître la relation directe qui existe entre
l'osmolalité efficace et la natrémie. C'est pourquoi cette
dernière est couramment utilisée en pratique quotidienne pour
évaluer l'hydratation du secteur cellulaire.
Bilan de l'eau :
* Entrées:
- apports endogènes estimés à 500cc/j issus du métabolisme.
- alimentaires: boissons et aliments.
- la régulation des entrées d'eau alimentaires est établie par la
soif qui répond à deux principaux stimuli: l'élévation de
l'osmolalité plasmatique et la survenue d'une hypovolémie.
* Sorties:
- extra-rénales estimées à 500cc/j, respiratoires et cutanées:
obligatoires.
- rénales: comme pour le sodium, la majeure partie de l'eau
filtrée, 180 l/j, est réabsorbée: les deux tiers par le tube
proximal, le reste par l'anse de Henlé et le tube collecteur. Le
tube collecteur est le site de la principale régulation des
sorties d'eau de l'organisme: le 1/6 environ de l'eau filtrée
non réabsorbé à l'arrivée dans le tube collecteur peut l'être
selon l'état d'hydratation intracellulaire. L'effecteur de cette
régulation est l'hormone antidiurétique (ADH).
Hormone antidiurétique :
L'ADH (ou arginine vasopressine chez l'homme) est synthétisée par
le thalamus et est stockée dans la neurohypophyse de laquelle
elle est libérée en réponse à des stimuli identiques (pour les
principaux) à ceux de la soif: élévation de l'osmolalité
plasmatique et hypovolémie.
* L'ADH exerce son action hormonale sur le canal collecteur qu'elle
perméabilise à l'eau. Puisque le tube collecteur est entouré par
une médullaire rénale dont l'osmolalité est plus élevée que
celle de l'urine, et ce d'autant plus que l'on va vers la
médullaire profonde (gradient cortico-papillaire), la
perméabilisation du canal collecteur par l'ADH a pour
conséquence un transfert de l'eau du canal collecteur vers la
médullaire, d'où la concentration des urines et la baisse de la
clairance de l'eau libre. Ainsi l'osmolalité urinaire peut-elle
s'échelonner entre 60 et 1200mOsm/kg.
* Il est important de noter que les capacités rénales d'élimination
hydrique sont liées aux apports osmotiques alimentaires. Puisque
la capacité de dilution minimale des urines est de 60mOsm/kg, il
faut donc, par exemple, pour éliminer une surcharge hydrique de
10 litres, des apports osmotiques minimaux de 600mOsm, d'où
l'incapacité à éliminer l'eau en excès pour les individus non
alimentés.
Eau et secteur intracellulaire :
Comme on a assimilé précédemment le sodium au secteur
extra-cellulaire, on assimilera l'eau au secteur intracellulaire
(et donc à l'osmolalité plasmatique).
* En cas d'entrées hydriques, l'eau se répartit pour deux tiers au
secteur cellulaire et pour un tiers au secteur extra-cellulaire
(voir figure 1).
Il n'existe cependant pas d'hyperhydratation extra-cellulaire, car
le secteur extra-cellulaire possède une régulation propre (voir
"Physiologie du secteur extra-cellulaire"), sauf en cas
d'anomalie de la régulation extra-cellulaire: insuffisance
rénale....
Un raisonnement identique s'applique lors de sorties hydriques.
En définitive, seul le secteur intracellulaire est "affecté":
expansion intracellulaire lors d'entrées d'eau, contraction
extra-cellulaire lors de sorties d'eau, avec une régulation
propre au secteur intracellulaire.
Troubles isolés de
l'hydratation extra-cellulaire :
PHYSIOPATHOLOGIE :
La natrémie (ou l'osmolalité plasmatique) étant régulée
étroitement, toute modification du bilan sodé n'entraîne pas, en
général, de modification de la natrémie.
Cela suppose cependant des fluctuations hydriques extra-cellulaires
accompagnant les fluctuations du capital sodé afin de préserver
la natrémie.
* Aussi, toute élévation du capital sodé sera-t-elle accompagnée
d'une expansion volémique du secteur extra-cellulaire
(hyperhydratation extra-cellulaire).
* Inversement, toute négativation du bilan sodé se traduira par une
contraction du volume extra-cellulaire (déshydratation
extra-cellulaire).
Compte tenu de l'existence de mécanismes de régulation du bilan
sodé (voir "Physiologie"), seul leur dépassement, ou leur
anomalie, peut conduire à un trouble de l'hydratation
extra-cellulaire.
Déshydratation extra-cellulaire :
La déshydratation extra-cellulaire est liée à un bilan sodé
négatif.
Un défaut d'apport isolé (non prolongé) est en règle générale sans
conséquence sur l'hydratation extra-cellulaire du fait de
l'annulation de la natriurèse.
Deux mécanismes non exclusifs peuvent conduire à une négativation
du bilan sodé et à une déshydratation extra-cellulaire:
- des pertes sodées importantes dépassant les capacités de
régulation rénales: pertes extra-rénales.
- une anomalie du système régulateur conduisant à une perte rénale
de sodium (déficits en minéralocorticoïdes, tubulopathies
rénales...): pertes rénales.
Hyperhydratation extra-cellulaire :
L'hyperhydratation extra-cellulaire est liée à un bilan sodé
positif.
Là encore, un excès isolé d'apport sodé ne s'accompagne que
rarement d'hyperhydratation extra-cellulaire du fait de la
régulation rénale (augmentation de la natriurèse).
L'installation d'un bilan sodé positif répond à plusieurs
mécanismes le plus souvent intriqués:
* toute anomalie des mécanismes régulateurs conduisant à un défaut
d'élimination sodée urinaire adaptée:
- anomalies des systèmes effecteurs (système
rénine-angiotensine-aldostérone par exemple).
- ou anomalies de l'organe régulateur, cible des systèmes
effecteurs: le rein (défaut de filtration dans l'insuffisance
rénale ou réabsorption tubulaire inadaptée dans la
glomérulonéphrite aiguë...).
* la perception d'une contraction, réelle ou non, du secteur
plasmatique conduit à la positivation du bilan sodé. La
correction du volume plasmatique étant soit non perçue
(insuffisance cardiaque, cirrhose hépatique...), soit non
réalisée, la rétention sodée persiste et conduit à une
hyperhydratation extra-cellulaire (insuffisance cardiaque,
cirrhose hépatique, transfert hydrosodé du secteur plasmatique
vers le secteur interstitiel des hypoalbuminémies et syndrome de
fuite capillaire).
DÉSHYDRATATION EXTRA-CELLULAIRE EN PRATIQUE
CLINIQUE :
Diagnostic positif :
Le diagnostic est essentiellement clinique et porté devant
l'existence d'un des signes suivants:
* signes cutanés, liés à la contraction du secteur interstitiel:
- pli cutané.
- peau sèche (en l'absence de pertes cutanées).
- cernes sous les yeux.
* signes vasculaires, liés à la contraction du secteur plasmatique:
- veines plates.
- pression veineuse centrale basse, voire négative.
- hypotension orthostatique.
- hypotension artérielle, voire collapsus.
- tachycardie secondaire.
* perte de poids modérée.
* soif modérée.
* muqueuses humides (signe de déshydratation intracellulaire
absent).
* hémoconcentration (élévation des protides et de l'hématocrite).
* alcalose métabolique de contraction.
* insuffisance rénale fonctionnelle.
* natrémie normale.
* petit cœur sur la radiographie pulmonaire.
L'existence d'une hypotension artérielle est un signe de gravité
témoignant d'une menace du pronostic vital, qui nécessite une
thérapeutique d'urgence.
Diagnostic étiologique :
On considère des causes liées à des pertes sodées extra-rénales et
des causes liées à des pertes sodées rénales.
La première démarche consiste donc à identifier des signes en
faveur de pertes rénales ou extra-rénales. Pour cela, on doit
connaître ou prélever avant tout traitement:
- diurèse ou son estimation.
- ionogramme urinaire.
- urée et créatinine sériques et plasmatiques.
Perte sodée extra-rénale :
Lorsque la perte sodée est extra-rénale, la réponse rénale est
appropriée à la situation: on trouve les critères d'insuffisance
rénale fonctionnelle:
* oligurie.
* urines concentrées.
* Na urinaire <10mmol/l.
* urée urinaire/urée plasmatique >10.
* créatinine urinaire/créatinine plasmatique >40.
* urée plasmatique/créatinine plasmatique >100.
Perte sodée rénale :
Lorsque la perte sodée est rénale, il n'existe pas de réponse
rénale appropriée:
* diurèse "normale" ou polyurie.
* Na urinaire >30mmol/l.
* urée urinaire/urée plasmatique <8.
* créatinine urinaire/créatinine plasmatique <20.
* urée plasmatique/créatinine plasmatique <60.
La démarche ultérieure consiste à reconnaître une cause parmi
celles reconnues de déshydratation extra-cellulaire. Il n'est
pas rare d'en voir plusieurs intriquées (interrogatoire, examen
clinique).
Traitement :
Le traitement est fondé sur une positivation du bilan sodé.
Situations d'urgence :
L'existence de signes vasculaires importants et, notamment, d'une
hypotension artérielle, nécessite une thérapeutique urgente:
* pose de deux voies veineuses de bon calibre.
* correction immédiate de l'hypovolémie par perfusion de solutés
macromoléculaires, par exemple: Plasmion* 500cc en 30 minutes.
Une fois la détresse hémodynamique corrigée, le traitement
"habituel" peut être mis en œuvre.
Traitement symptomatique :
Le traitement symptomatique est fondé sur un apport de sodium et
d'eau sous forme NaCl à une concentration idéalement isotonique
au plasma de 9 g/l.
* Plusieurs voies d'administration sont envisageables:
- voie orale, en l'absence de trouble digestif:
bouillon salé (4 g de NaCl/l, donc attention: hypotonique).
augmentation de la ration sodée par des sachets de 1 g de NaCl à
chaque repas, en plus de l'apport sodé habituel.
consommation d'aliments riches en sodium.
voire sonde naso-gastrique pour l'administration d'eau et de sel.
- voie sous-cutanée utilisable chez les sujets au capital veineux
réduit.
- voie intra-osseuse possible chez l'enfant (voir "Pédiatrie").
- voie intraveineuse en cas de déshydratation extra-cellulaire
importante: sérum physiologique (NaCl: 9 g/l).
* Les quantités à administrer dépendent des données cliniques. Le
déficit en NaCl correspond à la perte de poids enkg x 9 g. Les
pertes sodées doivent être quantifiées directement ou
indirectement (poids) pour être intégrées à l'apport de NaCl.
* La rapidité de correction dépend de l'importance du déficit et de
l'existence ou non d'une insuffisance cardiaque. En règle
générale, on propose: pertes de sodium journalières + 150 à
300mmol de sodium (9 à 18 g de NaCl) par jour.
Traitement étiologique :
Ne pas oublier d'arrêter un médicament responsable de la
déshydratation extra-cellulaire ou contre-indiqué par la
déshydratation extra-cellulaire (voir questions
correspondantes).
Surveillance :
La surveillance recherche l'efficacité thérapeutique et la
tolérance cardiaque:
* pouls, TA, auscultation cardio-pulmonaire, signes de
déshydratation extra-cellulaire, poids, diurèse, voire pression
veineuse centrale.
HYPERHYDRATATION EXTRA-CELLULAIRE EN PRATIQUE
CLINIQUE :
Diagnostic positif :
Diagnostic clinique :
Le diagnostic est clinique grâce aux signes suivants:
* signes d'expansion du secteur interstitiel:
- expansion inférieure à 3kg: marque des draps.
- expansion supérieure à 3kg: œdèmes blancs (non inflammatoires),
prenant le godet, symétriques, déclives.
* signes d'expansion du secteur plasmatique: inconstants (signant
l'urgence thérapeutique):
- HTA.
- œdème pulmonaire hémodynamique.
* épanchements des séreuses (transsudat): inconstants:
- épanchements pleuraux.
- ascite.
* prise de poids chiffrant l'hyperhydratation extra-cellulaire.
* natrémie et osmolalité plasmatique normales.
Le tableau clinique réalise au maximum une anasarque.
Remarque :
Des deux secteurs extra-cellulaires, seul le secteur interstitiel
peut être concerné par l'expansion.
Il est même courant d'observer des situations au cours desquelles
l'hyperhydratation extra-cellulaire, définie par une expansion
du secteur extra-cellulaire pris dans sa globalité, est associée
à une hypovolémie, c'est-à-dire une contraction du secteur
plasmatique.
Le traitement est fondé sur une négativation du bilan sodé.
Traitement symptomatique :
* L'existence de signes vasculaires importants (OAP, HTA) nécessite
une thérapeutique urgente.
* Repos au lit (prévention des complications de décubitus).
* Réduction des apports sodés:
- régime désodé strict: 1 g de NaCl/j: dangereux au-delà de
quelques jours.
- régime désodé: 2 g de NaCl/j.
- régime désodé modéré: 4 g de NaCl/j; il vise à éliminer les
aliments riches en sodium.
* Déplétion hydrosodée:
- diurétiques (voir question correspondante).
- ponction des épanchements.
- épuration extra-rénale chez l'insuffisant rénal, voire chez
l'insuffisant cardiaque (ultrafiltration).
* Traitement spécifique d'un œdème aigu du poumon.
Traitement étiologique :
Surveillance :
La surveillance doit déterminer la tolérance de la situation
d'hyperhydratation extra-cellulaire et l'efficacité
thérapeutique: pouls, TA, auscultation cardio-pulmonaire, signes
d'hyperhydratation extra-cellulaire, poids, diurèse.
Surveillance propre à l'étiologie.
Troubles de
l'hydratation intracellulaire :
PHYSIOPATHOLOGIE :
Déshydratation intracellulaire :
Il s'agit d'une négativation du bilan de l'eau. L'hyperosmolalité
efficace secondaire produit un mouvement hydrique du secteur
cellulaire vers le secteur extra-cellulaire à l'origine de la
déshydratation intracellulaire.
A son installation, est indispensable la conjonction entre une
perte d'eau, pathologique ou non, et l'absence de sa correction
par apport entéral d'eau: une anomalie de la soif ou de son
expression.
* Les pertes d'eau peuvent être extra-rénales, en général
respiratoires, avec, dans ce cas, une réponse rénale adaptée:
hyperosmolalité urinaire maximale.
* Les pertes peuvent être rénales et alors liées à un
dysfonctionnement du système régulateur ADH-canal
collecteur-hyperosmolalité médullaire rénale.
Elles peuvent être liées à une anomalie de la synthèse ou de la
libération d'ADH: diabète insipide diencéphalo-hypophysaire (ou
"central") ou à une inefficacité de l'ADH sur sa cible rénale:
diabète insipide néphrogénique.
Hyperhydratation intracellulaire :
L'hyperhydratation intracellulaire est une diminution de
l'osmolalité plasmatique efficace qui a pour conséquence un
transfert d'eau du secteur extra-cellulaire vers le secteur
cellulaire.
La natrémie est inférieure à 135mmol/l et l'osmolalité plasmatique
mesurée est inférieure à 280mOsm/kg: il s'agit d'une
hyponatrémie hypotonique.
On distingue plusieurs mécanismes d'installation selon que
l'osmolalité urinaire est adaptée ou non au bilan hydrique
positif.
Osmolalité urinaire appropriée :
Une osmolalité urinaire inférieure à 150mOsm/kg correspond à une
surcharge hydrique supérieure aux capacités d'élimination
rénale:
* un sujet s'alimentant normalement a un apport osmotique moyen de
800mOsm/j. Pour dépasser ses capacités rénales d'élimination
hydrique, il lui faut donc boire plus de 14 litres d'eau (800/60
+ pertes hydriques extra-rénales; 60 représentant la dilution
minimale des urines, il faut au minimum 60mOsm pour que le rein
élimine 1 litre d'eau (voir "Physiologie")).
* à l'opposé, un sujet s'alimentant peu et aux apports hydriques
conséquents (cas de l'éthylique chronique) présente une capacité
d'élimination hydrique rénale réduite, d'où l'installation
facile d'une surcharge hydrique malgré une régulation rénale
apparente.
Osmolalité urinaire non appropriée :
Si l'osmolalité urinaire est supérieure à 150mOsm/kg, la rétention
hydrique est associée à une réponse rénale inappropriée, du fait
de deux mécanismes non exclusifs:
* une anomalie intrarénale de la dilution des urines; c'est le cas
de la réduction néphronique de l'insuffisance rénale sévère.
* une sécrétion d'ADH inappropriée à l'hypo-osmolalité:
- soit appropriée à son deuxième stimulus principal: l'hypovolémie.
- soit inappropriée à l'osmolalité et à la volémie: on parle alors
de syndrome de sécrétion inappropriée d'ADH (SIADH) ou syndrome
de Schwartz-Bartter.
DÉSHYDRATATION INTRACELLULAIRE EN PRATIQUE
CLINIQUE :
Diagnostic positif :
Signes cliniques et biologiques :
* Soif, sauf si son défaut est à l'origine de la déshydratation
intracellulaire.
* Perte de poids importante, à quantifier.
* Sécheresse des muqueuses (face inférieure de la langue et sillon
gingivo-lingual).
* Fièvre.
* Troubles neurologiques: altération de la conscience et de la
vigilance: agitation, délire, obnubilation voire convulsions,
coma.
* Altération du rythme respiratoire: polypnée.
* Hyperosmolalité plasmatique (supérieure à 300mOsm/kg):
indispensable au diagnostic:
- soit en rapport avec une hypernatrémie (supérieure à 145mmol/l).
- soit en rapport avec une élévation de la glycémie.
- soit en rapport avec l'élévation brusque d'une autre osmole:
mannitol, urée...
Complications neurologiques centrales :
A rechercher:
* convulsions.
* hématome sous-dural, voire intraparenchymateux.
* thrombophlébite cérébrale.
Diagnostic étiologique :
Anomalie de la soif :
Au minimum, une anomalie de la soif ou de sa satisfaction doit être
identifiée:
- hypodipsie ou adipsie.
- troubles de la conscience empêchant l'expression de la soif.
- soif non exprimée (nourrisson).
- soif non satisfaite, par défaut d'eau.
Perte d'eau pathologique :
Une perte d'eau pathologique doit être recherchée.
Pour orienter le diagnostic étiologique doivent être prélevés avant
tout traitement:
- osmolalités urinaires et plasmatiques (cryoscopie).
- ionogrammes urinaires et plasmatiques.
- glycémie, urée et créatinine sériques.
- ADH plasmatique.
Perte rénale d'eau :
Si l'osmolalité urinaire est inférieure à 850mOsm/kg et/ou si le
rapport entre l'osmolalité urinaire et l'osmolalité plasmatique
est inférieur à 2, il existe une perte rénale d'eau:
* si ADH plasmatique effondrée: diabète insipide vrai:
* si l'ADH plasmatique est basse: sidération
hypothalamo-hypophysaire du potomane.
* si l'ADH plasmatique est élevée: diabète insipide néphrogénique:
- néphropathies interstitielles chroniques.
- drépanocytose.
- hypercalcémie, hypokaliémie.
- médicaments: lithium, amphotéricine B.
- déméclocycline.
- formes familiales.
Perte d'eau extra-rénale :
Si l'osmolalité urinaire est supérieure à 850mOsm/kg et/ou si le
rapport entre l'osmolalité urinaire et l'osmolalité plasmatique
est supérieur à 3: la perte d'eau est extra-rénale:
* pertes respiratoires des patients intubés ou ayant subi une
trachéotomie.
* pertes cutanées et respiratoires dans une atmosphère dite
"saharienne".
Explorations fonctionnelles :
Une autre stratégie diagnostique étiologique peut être réalisée
après la correction de la déshydratation intracellulaire. Il
s'agit du recours à des explorations fonctionnelles.
* Le patient est hospitalisé (car il existe un danger potentiel)
pour une épreuve de restriction hydrique au cours de laquelle
son poids, sa diurèse, ses osmolalités urinaire et plasmatique,
son ADH plasmatique sont régulièrement mesurés.
* Si la situation de déshydratation intracellulaire avec perte
hydrique rénale est reproduite, un test de correction de
celle-ci par un analogue de l'ADH (desmopressine(Minirin*)) est
tenté afin de discriminer diabète insipide vrai et
néphrogénique.
Traitement :
Le traitement doit positiver le bilan hydrique.
L'hyperosmolalité doit être corrigée progressivement afin d'éviter
la survenue d'un œdème cérébral: en règle sans dépasser 2mOsm/h,
en général sur 48 heures.
Traitement symptomatique :
* Quantité d'eau à apporter= (poids x 0,6) x (natrémie - 140)/140.
* Patient conscient, pouvant boire, déshydratation intracellulaire
peu profonde: apport d'eau par voie orale ou par une sonde
gastrique.
* Dans les autres cas, la voie veineuse est utilisée: l'eau est
contre-indiquée en raison du risque d'hémolyse; on utilise du
sérum glucosé à 2,5% ou 5%.
Surveillance
La surveillance s'assure de la disparition des signes de
déshydratation intracellulaire et de l'absence de complication
neurologique: examen neurologique, soif, poids, température,
muqueuses, natrémie et osmolalité plasmatique.
Traitement étiologique :
* Diabète insipide vrai: traitement par analogue de l'ADH:
desmopressine (Minirin*): 10 à 20mg/j par voie intranasale.
* Diabète insipide néphrogénique: pas de traitement efficace; un
régime désodé et/ou diurétique thiazidique est proposé parfois
pour réduire la polyurie (effet indirect par une contraction des
volumes extra-cellulaires).
Le traitement préventif est fondamental pour les sujets présentant
d'importants troubles de la soif ou de son expression: apport
d'eau suffisant, surveillance du poids...
HYPERHYDRATATION INTRACELLULAIRE EN PRATIQUE
CLINIQUE :
Diagnostic positif :
Signes cliniques et biologiques :
* Signes digestifs:
- dégoût de l'eau.
- nausées, vomissements.
* Signes neurologiques:
- crampes musculaires.
- troubles neurologiques: altération de la conscience et de la
vigilance: agitation, délire, obnubilation voire convulsions,
coma.
* Empreinte des dents sur la langue.
* Hypo-osmolalité plasmatique (inférieure à 280mOsm/kg) et
hyponatrémie (inférieure à 135mmol/l) sont constantes et
nécessaires au diagnostic.
Complication :
ædème cérébral menaçant le pronostic vital.
Diagnostic différentiel :
Deux situations s'accompagnent d'une hyponatrémie sans
hypo-osmolalité plasmatique efficace, donc sans hyponatrémie
hypertonique.
Hyponatrémies isotoniques :
Les hyponatrémies isotoniques ou fausses hyponatrémies, au cours
desquelles l'osmolalité est normale:
* la baisse de la natrémie est liée à la présence, dans le sérum,
de substances de poidsmoléculaire élevé en quantité anormalement
haute.
* ces substances, occupant "une place" importante, limitent la
quantité d'eau par litre de plasma et donc la quantité de sodium
qui conserve toutefois une osmolalité normale.
* c'est le cas des hyperprotidémies majeures, des hyperlipidémies
majeures ou après la perfusion de quantités importantes de
macromolécules (dextran).
Hyponatrémie hypertonique :
L'hyponatrémie hypertonique où il existe une hyperosmolalité
plasmatique efficace liée à l'excès extra-cellulaire d'une autre
substance que le sodium, de faible poidsmoléculaire et active
sur le plan osmotique (non diffusible au secteur cellulaire):
l'hyperglycémie du diabète décompensé, retrouvée moins
fréquemment au cours de perfusions de mannitol ou de glycérol.
Diagnostic étiologique :
L'investigation étiologique d'une hyperhydratation intracellulaire
(hyponatrémie hypotonique) découle de sa physiopathologie.
* Doivent être connus et/ou prélevés avant tout traitement:
- l'état d'hydratation extra-cellulaire avec appréciation de la
volémie.
- l'osmolalité urinaire.
- l'ionogramme urinaire.
- l'urée et la créatinine sériques et urinaires.
Il est alors possible de déterminer l'étiologie ou à défaut le
mécanisme de l'hyperhydratation intracellulaire (voir figure 2).
* Pour simplifier, on parle:
- d'hyponatrémie de dilution lorsqu'une hydratation
extra-cellulaire normale ou une hyperhydratation
extra-cellulaire existe.
- d'hyponatrémie de déplétion lorsqu'une déshydratation
extra-cellulaire existe.
Traitement :
Traitement symptomatique: la correction devra être progressive pour
éviter tout risque de myélinolyse centropontine: en règle
2mOsm/h.
Hyponatrémie de dilution :
* Devant une hyperhydratation intracellulaire d'installation aiguë
et des signes de gravité neurologiques:
- dans un service de réanimation, en urgence.
- diurétique de l'anse: furosémide par voie intraveineuse.
- perfusion de soluté salé hypertonique compensant les seules
pertes sodées liées au diurétique: 10 à 20ml de NaCl à 20%,
toutes les 2 heures, à adapter aux pertes urinaires.
* S'il y a insuffisance rénale sévère: épuration extra-rénale.
* Dans tous les cas: restriction hydrique à 500cc/j (comprenant les
apports parentéraux).
* Si la restriction hydrique est insuffisante: déméclocycline per
os pour créer un "pseudo-diabète insipide néphrogénique".
* Traitement d'une hyperhydratation extra-cellulaire associée.
Hyponatrémie de déplétion :
Apport de NaCl per os ou perfusion d'un soluté salé isotonique (9
g/l, hypertonique par rapport au patient) ou hypertonique.
Traitement étiologique :
Voir question correspondante.
Surveillance :
La surveillance s'assure de la disparition des signes
d'hyperhydratation intracellulaire et de l'absence de
complications neurologiques: examen neurologique, poids,
muqueuses, natrémie et osmolalité plasmatique.
Troubles mixtes de
l'hydratation :
Les items ""hyperhydratation extra-cellulaire et intracellulaire"
(globale) et "déshydratation extra-cellulaire et
hyperhydratation intracellulaire" sont traités dans
"Hyperhydratation intracellulaire".
DÉSHYDRATATION INTRACELLULAIRE ET EXTRA-CELLULAIRE
GLOBALE :
Physiopathologie :
Il s'agit d'un bilan négatif de l'eau et du sodium; le déficit en
eau étant proportionnellement plus important que celui du
sodium.
La physiopathologie de la déshydratation globale est celle de la
déshydratation extra-cellulaire, à laquelle s'ajoute celle de la
déshydratation intracellulaire.
Il s'agit, dans la majorité des cas:
* soit de pertes rénales de sodium et d'eau, liées à la présence
intratubulaire, en excès, de substances actives sur le plan
osmotique, endogènes ou exogènes, qui limite la réabsorption de
l'eau et du sodium et réalise une diurèse osmotique.
* soit de pertes extra-rénales d'eau et de sodium; la réponse
rénale est alors appropriée.
Diagnostic positif :
La symptomatologie clinique et biologique regroupe les signes de
déshydratation intracellulaire et de déshydratation
extra-cellulaire, particulièrement l'hypovolémie et
l'hyperosmolalité plasmatique efficace.
Le calcul de l'osmolalité efficace comprend l'osmolalité d'une
éventuelle substance exogène.
Diagnostic étiologique :
Pour réaliser un diagnostic étiologique, on doit avoir prélevé
avant le traitement symptomatique:
- la diurèse ou une approximation.
- les osmolalités plasmatique et urinaire.
- les ionogrammes, urée et créatinine sériques et urinaires.
Pertes rénales d'eau et de sodium
* Les pertes d'eau et de sodium sont rénales (diurèse osmotique)
si:
- les urines sont abondantes.
- isotoniques: rapport entre l'osmolalité urinaire et l'osmolalité
plasmatique égal à 1.
- la natriurèse est élevée: le sodium urinaire est supérieur à
50mmol/l.
* Les étiologies à envisager le plus souvent sont:
- diabète décompensé: coma hyperosmolaire.
- syndrome de levée d'obstacle, après levée d'obstacle urinaire
bilatérale ou sur rein unique ou levée d'une sténose artérielle
rénale sur rein unique.
- apports excessifs d'une substance osmotiquement active, exemple:
le mannitol.
Pertes d'eau et de sodium extra-rénales :
* Les pertes d'eau et de sodium sont extra-rénales si la réponse
rénale est appropriée:
- oligurie.
- urines concentrées: rapport entre l'osmolalité urinaire et
l'osmolalité plasmatique supérieur à 3.
- la natriurèse est basse: sodium urinaire inférieur à 10mmol/l.
* Les étiologies les plus courantes à envisager sont alors:
- les pertes digestives: diarrhées, vomissements.
- les pertes cutanées.
Traitement :
Son but est de positiver les bilans sodé et hydrique par un apport
d'eau et de sodium.
Il faut d'abord corriger la déshydratation extra-cellulaire.
Traitement symptomatique :
* En cas de collapsus: traitement en urgence (voir "Déshydratation
extra-cellulaire").
* Sinon, correction de la déshydratation extra-cellulaire par un
apport isotonique de NaCl (voir "Déshydratation
extra-cellulaire"); cet apport est de toute façon hypotonique
par rapport au plasma du patient, ce qui corrigera la
déshydratation intracellulaire en partie.
* Puis adapter, si besoin (en fonction des ionogrammes de
surveillance) par des apports en NaCl hypotoniques (par exemple,
glucosé à 5% + NaCl: 6 g/l).
Surveillance :
La surveillance reprend celle des surveillances des déshydratations
extra-cellulaires et des déshydratations intracellulaires.
DÉSHYDRATATION INTRACELLULAIRE ET HYPERHYDRATATION
EXTRA-CELLULAIRE :
Physiopathologie :
Le cas d'une déshydratation intracellulaire et celui d'une
hyperhydratation extra-cellulaire est une situation rare,
souvent d'origine iatrogène.
A son origine se trouve une surcharge enmolécules osmotiquement
actives (sodium, mannitol) créant une hyperosmolalité efficace
majeure, responsable d'un mouvement d'eau du secteur cellulaire
vers le secteur extra-cellulaire à l'origine d'une
hyperhydratation extra-cellulaire. Cela est d'autant plus vrai
quand il s'agit du cas d'un sujet présentant une insuffisance
rénale.
Une autre possibilité est une restriction hydrique trop importante
chez un sujet présentant une hyperhydratation extra-cellulaire.
Diagnostic positif :
La symptomatologie regroupe:
* les signes de déshydratation intracellulaire, avec notamment une
soif importante et une hyperosmolalité plasmatique.
* et les signes d'hyperhydratation extra-cellulaire (signes de
surcharge interstitielle: œdèmes, signes de surcharge vasculaire
possible: œdème aigu du poumon...).
Diagnostic étiologique :
L'étiologie est en général facilement identifiable:
* apports excessifs d'une substance osmotiquement active:
- sodium: perfusion de bicarbonate hypertonique (84 g/l); noyade en
mer (eau de mer: NaCl: 35 g/l).
- mannitol.
* restriction hydrique importante chez un sujet présentant une
hyperhydratation extra-cellulaire.
Traitement :
Traitement symptomatique :
* Si le pronostic vital est menacé par un œdème pulmonaire, traiter
l'hyperhydratation extra-cellulaire en premier lieu (voir
"Hyperhydratation extra-cellulaire"). Sinon, il convient de
traiter en premier lieu la déshydratation intracellulaire avec
des apports d'eau per os ou IV (sérum glucosé): voir
"Déshydratation intracellulaire".
* Chez l'insuffisant rénal sévère, recours à l'épuration
extra-rénale.
Traitement étiologique :
Arrêt de l'apport hyperosmolaire ou arrêt de la restriction
hydrique.
Surveillance :
La surveillance recherche la disparition des signes cliniques et
biologiques de déshydratation intracellulaire, la survenue d'une
aggravation des hyperhydratations extra-cellulaires lors du
traitement de la déshydratation intracellulaire.