Urgences chirurgicales : douleurs abdominales aiguës
Cours de médecine interne
Les douleurs abdominales aiguës recouvrent chez l’enfant des pathologies organiques ou fonctionnelles très
diverses.
Deux écueils sont à éviter.
D’une part banaliser l’existence de douleurs abdominales en méconnaissant une urgence
chirurgicale avec parfois des conséquences graves : lésions irréversibles d’un organe et/ou mise en jeu du pronostic
vital.
À l’inverse il est dangereux de poser une indication chirurgicale inutile chez un enfant ayant une pathologie
médicale qui peut être décompensée par l’anesthésie et /ou l’intervention.
Introduction :
Il s’agit de douleurs abdominales évoluant depuis
quelques heures ou quelques jours (moins de trois)
et qui sont en rapport avec une pathologie
chirurgicale nécessitant un traitement en urgence
(dans les 24 heures d’après la définition de
l’Organisation mondiale de la santé).
Il est nécessaire de procéder par étapes et de
reconnaître :
– la douleur abdominale aiguë évocatrice d’une
urgence chirurgicale : ceci nécessite de connaître la
sémiologie propre à chaque âge ;
– la pathologie chirurgicale la plus vraisemblablement
responsable de ces douleurs abdominales
aiguës ;
– le degré d’urgence du traitement.
La sémiologie des douleurs abdominales aiguës
varie en fonction de l’âge.
Pour tous il faut retracer
l’anamnèse (intervention, traumatisme), l’histoire de
l’épisode récent, les signes d’accompagnement
(généraux, digestifs, urinaires).
L’examen doit être
minutieux, et complet avec : la prise de la tension
artérielle, un examen ORL et pulmonaire, l’examen
de l’abdomen, des bourses, des orifices herniaires, et
éventuellement en fonction du contexte un toucher
rectal.
L’ensemble de ces renseignements suffit le
plus souvent pour avoir une orientation
diagnostique.
Des examens complémentaires
simples peuvent être utiles : la numération formule
sanguine et la CRP (protéine C réactive), la
radiographie d’abdomen sans préparation et
l’échographie abdominale ou abdominopelvienne.
Sémiologie des douleurs
abdominales en fonction de l'âge :
A - Chez le nourrisson :
* Affirmer qu’il existe des douleurs abdominales,
et surtout les localiser peut être difficile.
Un
comportement inhabituel, que ce soient des pleurs
inexpliqués ou à l’opposé une atonie ou une
hypotonie, doit conduire systématiquement à la
recherche d’une anomalie abdominale.
L’existence
de troubles digestifs associés est un excellent
argument d’orientation.
Le refus du biberon est
l’équivalent de vomissements. Si les rejets sont
fréquents à cet âge, des vomissements, surtout s’ils
sont verts, signent quasiment l’existence d’une
pathologie chirurgicale.
La diarrhée et la constipation
sont recherchées comme à tout âge.
* Le premier temps de l’examen consiste à
observer le comportement spontané de l’enfant (par
exemple dans les bras de sa mère) : sa mimique, ses
gesticulations, ses réponses aux gestes de réconfort.
Un nourrisson inconsolable, avec des sourcils
froncés, un visage crispé, des jambes repliées en
permanence sur le ventre a probablement une
lésion chirurgicale aiguë. Il faut ensuite observer
l’abdomen lui même.
Le ballonnement abdominal
est de bonne valeur mais parfois difficile à apprécier.
La peau luisante, les anses visibles sont deux signes
rares mais très significatifs.
Il n’y a pas de défense ni
de contracture chez le nourrisson.
En revanche, on
peut reconnaître une zone électivement
douloureuse, et surtout une asymétrie dans les
réactions déclenchées par la palpation.
Les orifices
herniaires et les bourses sont examinés
systématiquement.
Devant une hernie ombilicale
douloureuse : se rappeler que celle-ci ne s’étrangle
qu’exceptionnellement, il faut donc de principe
rechercher une autre cause à la douleur.
* Le toucher rectal n’est pas systématique :
principalement à la recherche de sang dans les selles
lorsque l’on évoque une invagination.
Il est fait avec
le 5e doigt et peut entraîner un malaise vagal.
B - Enfant à l’âge de la maternelle
(de 2 à 5 ans)
:
Les difficultés de l’examen du nourrisson viennent
du fait qu’il ne s’exprime pas.
Après 2 ans il existe
plus de possibilités de communication avec l’adulte
qui examine. Deux types de communications
méritent d’être soulignés.
C’est l’âge de l’enfant dit « inexaminable » : il faut
s’en méfier.
Une attitude d’opposition peut
correspondre à une attitude normale pour un enfant
de cet âge mais il peut également s’agir d’un enfant
qui souffre et qui ne veut pas laisser examiner son
ventre.
Il est alors souvent utile d’observer l’enfant,
en renouvelant l’examen en particulier lors des jeux,
du sommeil.
La persistance de réactions d’opposition
déclenchées spécifiquement par l’examen de
l’abdomen, surtout d’une région précise, permet d’en
affirmer l’origine organique.
À l’opposé l’enfant communique facilement mais
les réponses sont très variables d’un instant à l’autre
et sans rapport avec l’examen physique.
Il n’a pas
une organisation spatiale et temporelle adaptée
pour répondre aux questions de l’examinateur.
Il a
mal depuis « hier » (c’est-à-dire quelques heures, une
journée ou une semaine)... et il a mal à l’ombilic,
zone sur laquelle il projette toutes les douleurs
abdominales.
Au moins dans cette situation
l’examen physique se déroule sans difficulté et
permet de juger facilement de signes locaux : une
zone douloureuse ou une défense sont reconnues.
C - Enfant de plus de 6 ans
:
L’examen est strictement superposable à celui de
l’adulte.
Très facilement à cet âge le diagnostic de
constipation banale ou de douleur abdominale
d’origine « psychologique » est évoqué.
Il faut être
vigilant, systématique dans l’examen clinique, et s’en
tenir aux constatations objectives.
D - Chez l’adolescent :
Il n’y a pas de particularité sémiologique propre à
cet âge.
Il faut penser à examiner systématiquement
les bourses chez l’adolescent qui vient pour une
douleur abdominale aiguë et qui n’osera pas
toujours dire qu’il existe une douleur testiculaire.
Chez la jeune fille penser également à la
pathologie annexielle et situer les douleurs
abdominales par rapport au cycle menstruel.
Faire
un examen gynécologique : examen de la vulve et
toucher rectal.
Il est bien sûr essentiel de ne pas
méconnaître une grossesse et penser à demander
un dosage de âhCG (human chorionic
gonadotropin).
Si à chaque âge l’examen doit être adapté, il faut
également connaître les pathologies à évoquer en
fonction de l’âge.
Bien sûr la hernie étranglée et la
torsion de testicule peuvent survenir à tout âge,
cependant il existe des pics de fréquence corrélés à
l’âge qui vont guider le diagnostic.
Causes chirurgicales
des douleurs abdominales
en fonction de l'âge
:
Nous ne traiterons pas des douleurs abdominales
d’origine chirurgicale véritablement néonatales
(occlusion néonatales et entérocolites du
nouveau-né).
A - Étranglement herniaire
:
La hernie inguinale se voit à tout âge.
Mais
l’étranglement est d’autant plus fréquent que l’enfant
est petit et que la hernie elle-même est à petit collet.
Près de 30 % des étranglements herniaires
surviennent avant 3 mois, le plus souvent c’est un
accident inaugural.
B - Invagination intestinale aiguë :
Elle est exceptionnelle en période néonatale, et
plus fréquemment en rapport avec une anomalie
anatomique, par exemple une duplication.
Entre 2 mois et 2 ans c’est l’urgence chirurgicale
véritablement abdominale la plus fréquente.
La
cause n’est pas clairement identifiée, elle est dite
idiopathique en incriminant des facteurs viraux et
une immaturité de la motricité digestive.
Chez l’enfant plus grand on observe encore des
invaginations intestinales aiguës idiopathiques.
Après 6 ans elles sont plus volontiers en rapport
avec une cause organique : diverticule de Meckel
souvent, lymphome parfois.
Volvulus par anomalie de rotation
Les formes suraiguës de volvulus sont néonatales.
Les formes aiguës et chroniques peuvent survenir
à n’importe quel moment (même à l’âge adulte),
mais avec prédilection dans la première année de
vie.
C - Appendicite aiguë
:
Elle est exceptionnelle avant 2 ans, rare avant
5 ans, et l’âge moyen de survenue est entre 6 et
12 ans.
Avant 5 ans le diagnostic est le plus souvent fait
au stade d’abcès ou de péritonite.
Il y a deux
explications à cela.
D’une part le grand épiploon est
peu développé : la perforation se fait en péritoine
libre.
D’autre part, l’examen clinique est plus difficile,
l’appendicite simule une gastroentérite ou une autre
affection virale très fréquente à ce âge : il existe donc
un retard au diagnostic.
D - Diverticule de Meckel :
Le risque pour un sujet ayant un diverticule de
Meckel de se compliquer est d’environ 4 % et
diminue avec l’âge.
Il peut se révéler par une
occlusion intestinale, soit dans un tableau
d’invagination chez le nourrisson, soit comme une
occlusion sur bride à n’importe quel âge.
La diverticulite est un mode de présentation rare :
l’âge de survenue et la symptomatologie étant tout à
fait comparables à ceux de l’appendicite, il s’agit en
règle d’une découverte peropératoire.
Le mode de révélation le plus fréquent chez
l’enfant est l’hémorragie digestive basse,
habituellement sans douleurs abdominales.
E - Occlusion sur bride
:
Elle peut s’observer après toute laparotomie.
Le
pic de fréquence d’appendicectomie se situant à
6-12 ans, avec un risque majeur d’occlusion sur
bride survenant dans l’année suivante.
F - Torsion du cordon spermatique :
Il existe deux pics de fréquence de cette
pathologie.
La forme néonatale n’entre pas dans le cadre du
diagnostic des douleurs abdominales.
La torsion est
généralement prénatale, et le diagnostic fait au stade
de nécrose : il n’y a plus de douleurs.
La torsion de l’enfant pubère ou prépubère : le
motif de consultation est soit d’emblée la douleur
testiculaire, soit des douleurs abdominales.
Entre ces deux âges la torsion de testicule peut
être observée, mais le diagnostic différentiel le plus
fréquent est la torsion d’hydatide.
Dans ce cas, la
douleur est localisée à la bourse, plus précisément à
la tête de l’épididyme, sans irradiation abdominale.
G - Torsion et tumeurs de l’ovaire
:
Comme pour la pathologie testiculaire, deux pics
de fréquence avec les mêmes constatations.
En période néonatale la pathologie la plus
fréquente est le kyste de l’ovaire, tordu ou non tordu.
Le diagnostic est fait sur des échographies
systématiques.
Le traitement n’est pas codifié et
certains de ces kystes sont simplement surveillés.
La
survenue de douleurs abdominales dans ce contexte
conduit à suspecter une complication pouvant
nécessiter un traitement chirurgical urgent.
Chez la grande fille et l’adolescente la douleur
aiguë abdominopelvienne très brutale doit faire évoquer en premier lieu une
torsion d’annexe.
H - Pathologies de l’adulte :
– Les perforations d’ulcère.
– Les cholécystites.
– Les pancréatites.
– Les lithiases urinaires.
Toutes ces pathologies peuvent être rencontrées
chez l’enfant, mais elles sont beaucoup plus rares.
Leur fréquence augmente à l’adolescence.
Une fois le diagnostic établi ou suspecté : le
traitement doit être organisé en urgence, mais il existe des degrés
d’urgence différents selon qu’il s’agit d’un mécanisme vasculaire ou
infectieux.
Urgences chirurgicales : quel degré d'urgence ?
A - Urgences immédiates : pathologies à
composante vasculaire
L’ischémie fait classiquement courir un risque de
nécrose tissulaire irréversible au-delà de 6 heures sur des tissus
tels que le testicule, l’ovaire, le rein, l’intestin.
L’hémorragie est longtemps bien tolérée chez
l’enfant, et la décompensation survient souvent de façon brutale et
grave.
Dans ce type d’urgences, on ne saurait trop
insister sur l’intérêt d’un contact direct entre le médecin qui voit
l’enfant le premier et le chirurgien à qui il va l’adresser, afin
d’éviter tout retard au traitement.
1- Hernie inguinale étranglée :
Chez le nourrisson, l’étranglement herniaire
conduit à une compression du pédicule spermatique
dans le canal inguinal, avec ischémie testiculaire.
L’ischémie intestinale survient à un stade plus tardif.
Il est possible de tenter immédiatement la réduction,
sans forcer, en calmant l’enfant.
Il faut éviter un excès de manipulations responsables d’oedème et
d’hématome du cordon spermatique.
L’enfant doit
être orienté en milieu chirurgical dans les plus brefs
délais : si l’état local et général le permettent, une
réduction par taxis sera tentée après sédation par
diazépam (Valiumt, 0,5 mg/kg intrarectal) ou
midazolam (Hypnovelt, 0,3 mg/kg intrarectal) avec monitorage de la fréquence
cardiaque et de la saturation périphérique en oxygène, en raison du
risque d’apnée.
La sédation s’accompagne d’une myorelaxation
entraînant un relâchement de l’orifice inguinal profond, qui peut
permettre la réduction de la hernie.
En cas de succès, la hernie sera opérée
habituellement 48 heures plus tard, après diminution de l’oedème
local.
En cas d’échec de la réduction sous sédation,
l’enfant est opéré en urgence.
Dans tous les cas, même si la hernie a pu être
réduite sous sédation, il existe un risque d’atrophie testiculaire
secondaire dont doivent être prévenus les parents.
2- Autres hernies étranglées :
Elles sont rares, mais doivent néanmoins être
recherchées en raison du risque d’ischémie intestinale.
La hernie ombilicale s’étrangle rarement, et dans
ce cas, contient habituellement de l’épiploon.
La hernie crurale, une éventration, peuvent aussi
s’étrangler.
3- Invagination intestinale aiguë :
Dans l’invagination, le méso de l’anse invaginée
est comprimé dans le boudin.
Il en résulte une stase
veineuse (à l’origine des rectorragies) puis une
ischémie complète de l’anse invaginée.
À l’inverse de la hernie c’est plus l’anamnèse que
l’examen clinique qui fait le diagnostic. Un
nourrisson avec un comportement anormal, des
épisodes de pleurs intermittents ou d’hypotonie, un
refus du biberon est suspect d’invagination même s’il
n’a pas vomi, n’a pas de sang dans les selles et n’a
pas de boudin palpable.
Un retard au diagnostic va
en compliquer le traitement, méconnaître le
diagnostic peut conduire au décès de l’enfant.
Dans la plupart des équipes, le diagnostic est
fait par échographie, mais le lavement opaque garde
ses indications si la fiabilité de l’échographie est
incertaine et dans les cas de diagnostic douteux.
Le bilan, réalisé en milieu chirurgical, doit
apprécier le retentissement général et le risque de
nécrose intestinale constituée, dont dépendent les
possibilités de réduction par lavement hydrostatique
ou pneumatique.
Il faut également rechercher des
éléments en faveur d’une invagination à deux
niveaux, qui comporte le plus souvent une
composante iléo-iléale, avec syndrome occlusif du
grêle, et dont le traitement est chirurgical.
4- Volvulus du grêle sur bride
:
Le diagnostic d’occlusion sur bride est le premier à
évoquer devant un enfant (ou un adulte...) qui
présente des douleurs abdominales et une cicatrice
de laparotomie, avant même la constitution d’un
tableau plus complet d’occlusion du grêle.
Toute
intervention intrapéritonéale, même par un abord
limité (coelioscopie) peut créer des adhérences ou
des brides à l’origine d’accidents occlusifs.
Les
éléments qui orientent vers un mécanisme de
strangulation, avec ischémie intestinale, plutôt que
vers une simple obstruction, sont un début brutal,
une douleur très intense (ischémie intestinale aiguë),
un silence auscultatoire, une défense pariétale, un
état de choc, une convergence des anses occluses
vers la bride (aspect « en fleur ») sur les radiographies
d’abdomen sans préparation, et enfin l’absence
d’amélioration sous aspiration gastrique aux
examens cliniques et radiologiques répétés à
quelques heures d’intervalle.
Il faut se méfier de la
fausse amélioration liée à la constitution de la
nécrose intestinale complète, qui s’accompagne
d’une diminution des douleurs.
L’intervention
réalisée à temps permet d’éviter une mutilation digestive qui peut aller jusqu’à la perte de tout le
grêle.
Les occlusions du grêle sur bride congénitale,
par hernie interne, peuvent être rapprochées de ce
cadre.
5- Volvulus du grêle sur malrotation :
Cette pathologie est le plus souvent révélée en
période néonatale, par un syndrome occlusif
(nouveau-né vomissant jaune ou vert) à ventre plat.
Elle peut toutefois survenir chez le nourrisson ou
l’enfant, avec douleurs abdominales, vomissements
bilieux.
Dans la forme aiguë, la plus fréquente, l’air
contenu dans l’intestin volvulé s’est résorbé, et
l’abdomen est plat.
Dans la forme suraiguë,
l’ischémie intestinale est totale d’emblée et l’intestin volvulé est distendu.
Le diagnostic est fait par échodoppler des vaisseaux mésentériques, qui
identifie l’anomalie de position relative de l’artère et
de la veine mésentériques supérieures, et peut suivre
la spire de torsion.
Le transit baryté oesogastroduodénal
(TOGD) confirme le diagnostic en montrant la
malposition de l’angle de Treitz, et la spire de torsion intestinale.
L’intervention urgente permet d’éviter, dans les
cas où la torsion est serrée, la perte de tout le grêle par ischémie
mésentérique.
6- Torsion du pédicule spermatique (« torsion du
testicule ») :
Des douleurs de la fosse iliaque chez le grand
enfant prépubère ou l’adolescent peuvent révéler une torsion du pédicule
spermatique.
Elles peuvent correspondre à une projection de la
douleur, ou à une gêne du jeune homme à évoquer ses organes
génitaux.
C’est pourquoi la palpation des bourses doit
rester systématique dans l’examen d’un enfant qui se plaint de
douleurs abdominales.
Une fois la bourse douloureuse identifiée, il
faut s’efforcer d’éviter toute perte de temps (notamment par des
examens complémentaires) et montrer l’enfant au plus vite au
chirurgien.
L’association douleur abdominale (en général de
la fosse iliaque) et bourse vide homolatérale doit faire évoquer la
torsion d’un testicule ectopique.
7- Urgences gynécologiques :
Le diagnostic de torsion d’annexe doit être
évoqué chez la grande fille ou l’adolescente qui
présente des douleurs abdominopelviennes
brutales.
La torsion survient habituellement sur une
annexe pathologique : kyste ovarien, voire tumeur
ovarienne.
La masse peut être palpée au toucher
rectal lorsqu’il est réalisable.
L’échographie montre
l’image de kyste ovarien échogène (= compliqué) et
le diagnostic peut être précisé par coelioscopie, qui
permet de différencier une simple hémorragie
intrakystique de la torsion d’annexe.
Ce diagnostic
est cependant rarement fait au stade où l’annexe
peut être sauvée.
La grossesse extra-utérine (GEU) rompue est
classiquement révélée par un tableau de douleurs abdominopelviennes avec collapsus chez une
adolescente.
L’échographie montre l’hémopéritoine,
la vacuité utérine et souvent la grossesse ectopique.
D’une manière plus générale, les diagnostics
gynécologiques « de femme adulte » doivent être
systématiquement évoqués chez l’adolescente, avec
en premier lieu celui de GEU en raison du risque vital.
Devant un traumatisme abdominal sévère,
l’urgence immédiate est l’hémorragie.
Les soins
immédiats visent à maintenir une hémodynamique
correcte, et après un bilan clinique rapide des lésions,
le premier examen à l’arrivée à l’hôpital est
l’échographie à la recherche d’un hémopéritoine ou
d’un hématome rétropéritonéal, et d’une lésion des
organes pleins (rate, foie, reins).
La deuxième étape
est la recherche d’une lésion ischémique, qui affecte
essentiellement les reins : même en l’absence de
lésion du parenchyme, une lésion du pédicule
(rupture sous-intimale de l’artère) peut entraîner une
ischémie complète du rein.
La traduction clinique
peut être pauvre, et l’échographie simple ne montre
pas les lésions.
C’est pourquoi devant tout
traumatisme abdominal sévère, a fortiori s’il existe
une hématurie, il convient de vérifier la
vascularisation du rein, soit par échodoppler, soit par deux clichés
d’urographie.
B - Urgences obstructives :
L’obstruction d’un conduit naturel peut être
menaçante par plusieurs mécanismes : d’abord par une éventuelle
ischémie associée ; ensuite
par les conséquences hémodynamiques et métaboliques de l’obstruction ; enfin par une
éventuelle surinfection, avec rétention septique.
1- Occlusions intestinales :
La constitution d’un troisième secteur entraîne hypovolémie, oligurie, perturbations ioniques et de
l’équilibre acide-base.
L’urgence est donc à la
rééquilibration hydroélectrolytique de l’enfant,
parallèlement à la vidange digestive par sonde
gastrique.
La possibilité d’une pullulation
microbienne dans l’intestin en stase doit être prise en
compte, pouvant conduire jusqu’à la dérivation en
urgence (entérocolite de la maladie de Hirschsprung).
Enfin, dans de rares cas, la dilatation peut être telle
en amont de l’obstacle qu’elle peut aboutir à la
perforation (perforation caecale diastatique de la
maladie de Hirschsprung).
2- Anurie obstructive :
Lorsqu’il s’agit d’une obstruction urétrale, le
diagnostic est souvent évident, avec douleurs
violentes liées au globe vésical.
Le drainage urinaire
peut être réalisé par sonde urétrale ou par cathéter sus-pubien, qui a l’avantage de minimiser le risque
de surinfection et de ne pas entraver le bilan
étiologique (urétrocystographie).
L’anurie par
obstruction urétérale bilatérale est rare, mais doit
être évoquée chez des enfants porteurs de maladie
lithogène (oxalose, alitement chronique).
Il faut
corriger rapidement les désordres métaboliques liés
à l’anurie (hyperkaliémie), et lever l’obstacle (pose
endoscopique de sondes urétérales).
3- Rétention urinaire ou biliaire infectée
:
Les rétentions urinaires ou biliaires infectées sont
rares chez l’enfant, mais doivent être évoquées
devant un sepsis sévère et une dilatation des cavités
urinaires ou des voies biliaires en amont d’un
obstacle.
Le traitement médical est insuffisant pour
contrôler le sepsis.
La levée de l’obstacle, et/ou un
drainage d’amont doivent être réalisés suivant les
cas par voie percutanée, endoscopique ou
chirurgicale.
C - Urgences infectieuses
:
Dans les sepsis intra-abdominaux, l’urgence
immédiate est rarement à l’intervention chirurgicale :
en effet, il s’agit d’abord de stabiliser l’état de l’enfant,
de restaurer une bonne hémodynamique, de
relancer la diurèse.
L’intervention, même si elle reste
urgente, intervient en deuxième ligne comme
traitement étiologique du sepsis.
1- Péritonites :
Le tableau classique, avec douleur abdominale
violente, fièvre et ventre de bois, se rencontre chez le
grand enfant.
Chez le jeune enfant (avant 5 ans) et le
nourrisson, la péritonite est habituellement révélée
par une occlusion fébrile : gros ventre douloureux,
fièvre et arrêt du transit.
Il n’existe pas de contracture
abdominale à cet âge, la paroi abdominale reste dépressible.
Parfois, l’irritation péritonéale peut être à
l’origine d’une « fausse diarrhée » trompeuse, et
conduire à tort au diagnostic de gastroentérite.
La
principale cause de péritonite chez l’enfant est
l’appendicite.
Le diagnostic est aidé par l’abdomen
sans préparation (ASP) (stercolithe, grisaille diffuse) et
l’échographie (épanchement ou collection
intra-abdominaux, appendice tuméfié, stercolithe
intraluminal), mais il existe des faux négatifs : ainsi un appendice perforé
peut avoir un aspect normal en échographie, et un épanchement
péritonéal purulent peut ne pas être vu.
Le diagnostic de péritonite chez le jeune enfant
reste difficile, et justifie le transfert de l’enfant en unité de
chirurgie pédiatrique au moindre doute.
2- Appendicite :
Devant une douleur de la fosse iliaque droite, il
convient de rechercher en premier lieu une origine extra-appendiculaire : urinaire, génitale,
hépatobiliaire, ORL, pulmonaire, méningée.
Cette
étape nécessite une anamnèse et un examen
clinique soigneux, complétés utilement par une
échographie abdominale ou abdominopelvienne
(grande fille).
Le diagnostic d’appendicite est porté
sur un faisceau convergent d’arguments cliniques,
biologiques et radiologiques, avec dans les cas
initialement incertains une observation de l’enfant
en milieu chirurgical, et examens répétés, au
minimum biquotidiens.
L’évolution en 48 heures
permet de distinguer l’appendicite des causes non
chirurgicales de douleurs de la fosse iliaque droite, et
d’éviter des interventions inutiles, et le
recours à des examens plus invasifs.
Le choix de la
technique d’appendicectomie (chirurgicale ou coelioscopique) dépend avant tout de l’expérience de
l’opérateur.
Il existe cependant une place privilégiée
à la voie coelioscopique en cas de doute
diagnostique avec la pathologie annexielle chez
l’adolescente comme chez la femme adulte.
Chez
l’enfant obèse elle permet également d’éviter une
grande voie d’abord.
3- Autres urgences infectieuses abdominales :
Des pathologies plus rares telles que diverticule
de Meckel, lymphangiome kystique, duplication
digestive, peuvent être révélées par un accident
septique.
Le tableau est celui d’une occlusion fébrile,
le diagnostic peut être suspecté à l’échographie et
sera confirmé à l’intervention.
Traitement symptomatique
de la douleur abdominale :
Le traitement « chirurgical » va soulager la
douleur : après réduction d’une hernie étranglée
l’enfant soulagé s’endort presque immédiatement,
dès la désinvagination faite les crises douloureuses
cessent.
Mais, entre le moment où l’enfant consulte pour
ses douleurs et le moment où le traitement
« étiologique » va pouvoir être fait, il existe une
période d’attente où la douleur elle-même va
pouvoir être traitée.
Il existe deux périodes différentes.
Avant le
diagnostic établi il ne faut pas masquer les
symptômes.
Une fois le diagnostic fait et
l’intervention chirurgicale décidée la douleursymptôme
n’a plus d’intérêt mais les antalgiques utilisés ne doivent pas interférer avec l’anesthésie de
l’enfant.
Dans la période d’observation, les antispasmodiques
ont l’avantage de ne pas masquer les signes
chirurgicaux.
Il est préférable de les utiliser par voie
rectale ou par voie veineuse : Viscéralginet
injectable simple, Spasfont injectable ou Débridatt.
L’usage d’un laxatif (Microlaxt ou Normacolt)
permet de lever le spasme colique.
L’enfant est
réexaminé une fois les selles émises.
Le paracétamol
par voie injectable peut également être utilisé.
Il ne
faut pas craindre de masquer l’évolution de la
courbe de température, celle-ci doit être reprise à la
fin de la période d’action du médicament avant
l’administration d’une nouvelle dose.
De même,
l’examen clinique est renouvelé à ce moment.
En préopératoire immédiat c’est l’anesthésiste qui
aura en charge l’enfant au bloc opératoire qui
décidera des antalgiques à administrer avant
l’intervention.
Il peut prescrire des morphiniques.
Conclusion :
La douleur abdominale est un symptôme très
fréquent chez l’enfant.
L’anamnèse et l’examen
clinique permettent en général de distinguer les rares
patients ayant potentiellement une lésion dont le
traitement chirurgical doit être fait sans délai et
justiciables d’une consultation chirurgicale en urgence.
Dans ce cas, l’enfant doit être adressé au plus vite à
l’équipe chirurgicale en s’assurant de sa disponibilité
par exemple par un contact téléphonique.
L’équipe chirurgicale jugera si l’indication
opératoire peut être portée d’emblée sur la clinique
seule, ou si des examens paracliniques radiologiques
ou biologiques sont nécessaires.
En effet, la
prescription de ces examens avant cette consultation
risque de représenter un surcoût et une perte de
temps.
Pour les autres enfants il n’est pas toujours
possible dès le premier examen de faire un
diagnostic précis.
Là encore peu d’examens
complémentaires sont nécessaires, le plus utile étant
de réexaminer l’enfant soit à domicile, soit en
hospitalisation après 6 à 12 heures d’évolution en
instaurant un traitement symptomatique de la
douleur dans l’intervalle.