Ulcère gastrique et ulcère duodénal (syndrome de Zollinger-Ellison exclu)
Cours de gastrologie
Anatomie pathologique
:
A - Maladie ulcéreuse
:
1- Macroscopie :
L’ulcère correspond à une perte de substance de taille
variable (2 à 20 mm) généralement de forme ovalaire ou
arrondie le plus souvent.
Le fond de l’ulcère a une couleur
blanchâtre, correspondant à un dépôt de fibrine.
Les berges sont légèrement surélevées, nettes, taillées à pic.
Les localisations préférentielles de l’ulcère sont, pour
l’ulcère gastrique, la petite courbure au voisinage de
l’angulus, pour l’ulcère duodénal, le bulbe dans sa partie
initiale.
L’ulcère peut perforer toute la paroi et s’extérioriser
dans le péritoine ou dans un viscère adjacent.
2- Microscopie
:
L’ulcère chronique entaille toujours la musculeuse.
Il
existe un infiltrat inflammatoire polymorphe autour de
la lésion et un socle scléreux.
Du point de vue évolutif,
l’ulcère a une tendance spontanée à la cicatrisation en
quelques semaines.
La perte de substance se comble par
un tissu fibreux et une muqueuse réapparaît mais avec
une perte de glandes et un amincissement localisé.
Une
cicatrice d’ulcère chronique est donc toujours visible du
point de vue anatomopathologique.
L’ulcère rechute au même niveau que l’ulcère initial.
B - Ulcères aux anti-inflammatoires
non stéroïdiens :
La perte de substance peut ne toucher que la muqueuse
et la sous-muqueuse, mais peut traverser la musculeuse
et perforer la séreuse. Il n’y a pas de fibrose et la guérison
se fait sans séquelle.
Les lésions sont souvent
multiples.
Épidémiologie
:
La prévalence de la maladie ulcéreuse est très variable
selon les pays et est en relation avec le taux d’infection
par Helicobacter pylori.
La prévalence des ulcères aux
anti-inflammatoires non stéroïdiens est directement reliée
à la consommation médicamenteuse de chaque pays.
La fréquence de l’ulcère gastroduodénal connaît ainsi
des variations séculaires importantes.
Dans les pays industrialisés, on assiste depuis 1960 à une stabilisation
de la prévalence annuelle qui correspond en fait à une
diminution chez l’homme et à une augmentation chez la
femme, avec également une augmentation de l’âge
moyen de survenue (55 à 65 ans). Le sex ratio
(hommes/femmes) est actuellement pour l’ulcère duodénal
de 2/1 et pour l’ulcère gastrique de 1/1.
La prévalence
est de 2 % pour l’ulcère gastrique et de 7 % pour
l’ulcère duodénal.
La mortalité est plus fréquente avec l’ulcère gastrique
que l’ulcère duodénal.
Elle est en rapport avec l’âge de
survenue des complications et double par tranche d’âge
de 5 ans à partir de 65 ans.
Au total, la maladie ulcéreuse
entraîne environ 250 à 300 décès par an en France.
Physiopathologie
:
A - Maladie ulcéreuse :
La muqueuse gastroduodénale se renouvelant rapidement,
la survenue d’une ulcération résulte d’une façon
générale d’un déséquilibre entre les facteurs d’agression
de cette muqueuse (sécrétion chlorhydro-peptique
essentiellement) et les facteurs de défense (mucus, revêtement
épithélial, flux sanguin muqueux).
Les lésions
sont provoquées par une rétrodiffusion des ions H+ dans
la muqueuse.
On connaît de façon assez précise les
mécanismes généraux qui concourent à l’ulcérogenèse
mais les raisons qui font de l’ulcère une maladie locale,
récidivant au même endroit, sont mal appréhendées.
La maladie ulcéreuse est associée dans 9 cas sur 10 à
une infection gastrique par une bactérie gram-négative
appelée Helicobacter pylori, découverte en 1983.
Cette
bactérie colonise uniquement la muqueuse gastrique.
Il s’agit de l’infection bactérienne la plus fréquente
au monde après la carie dentaire.
La prévalence de
l’infection à H. pylori est voisine de 30 % en France
dans la population adulte. Elle est de 80 à 90 % dans les
pays en voie de développement.
Dans les pays industrialisés,
la prévalence augmente avec l’âge ; cela n’est
pas dû à une acquisition progressive au cours de la vie
mais à un effet génération : le risque est plus grand pour
les générations d’après-guerre par rapport aux individus
nés il y a 20 à 30 ans.
La prévalence d’H. pylori dans
une population est un bon marqueur de niveau de vie
d’un pays, l’acquisition de l’infection étant favorisée par
la promiscuité et par les mauvaises conditions d’hygiène.
L’acquisition de l’infection se fait surtout dans l’enfance.
Le seul réservoir de la bactérie est l’estomac humain, la
transmission étant plutôt oro-orale que féco-orale.
La
bactérie de forme spiralée, mobile car munie de 4 à 6 flagelles
polaires engainés, résiste à l’acidité gastrique
grâce à la production d’uréase qui hydrolyse l’urée du
liquide gastrique en ammoniac élevant ainsi le pH autour
du microbe.
Des mécanismes d’adhérence permettent à
la bactérie de se lier aux cellules à mucus.
La bactérie
n’est pas invasive et va exercer un effet à distance.
H. pylori possède des activités enzymatiques pouvant
altérer le mucus et les cellules épithéliales.
La bactérie
induit par ailleurs une réaction inflammatoire, notamment
par l’induction de la production d’interleukine 8
par les cellules épithéliales (cytokine responsable du
recrutement de polynucléaires).
Cette réaction inflammatoire
va se traduire sur le plan anatomopathologique
par la survenue d’une gastrite chronique active définie
par la présence de polynucléaires et de monocytes.
Toutes les souches d’H. pylori ne sont pas également
virulentes et on connaît certains gènes (cag A, vac A par
exemple) qui induisent une virulence accrue.
H. pylori
va par ailleurs induire une augmentation de la gastrinémie
basale et stimulée (produite par les cellules G
antrales) par baisse de la sécrétion de somatostatine par
les cellules D antrales.
L’augmentation de la masse cellulaire
pariétale peut conduire à une hypersécrétion
acide responsable de l’apparition de zones de métaplasie
gastrique au niveau du bulbe duodénal, zones secondairement
colonisées par la bactérie et pouvant conduire à
un ulcère duodénal.
Inversement, dans certains cas, le développement d’une
gastrite chronique atrophiante va induire une baisse de
sécrétion acide et favoriser l’apparition d’un ulcère
gastrique.
On voit que l’infection à H. pylori interagit
avec des facteurs de l’hôte (masse cellulaire pariétale
notamment) et peut conduire à des lésions variées selon
l’évolution de la gastrite et donc de la sécrétion acide :
gastrite essentiellement antrale avec hyperacidité et
association à l’ulcère duodénal, gastrite antrocorporéale
(« pangastrite ») avec hypoacidité et association à l’ulcère gastrique ainsi
qu’à l’adénocarcinome gastrique. Dans 10 % des cas, la maladie ulcéreuse n’est pas associée
à H. pylori.
Il existe généralement dans ces cas une
hypersécrétion acide.
B - Ulcères aux anti-inflammatoires
non stéroïdiens :
Le mécanisme d’action principal se fait par voie systémique
par inhibition de la cyclo-oxygénase (cox 1) permettant
la transformation au niveau de la muqueuse gastrique
de l’acide arachidonique en prostaglandines.
Les
anti-inflammatoires non stéroïdiens actuels inhibent les
deux iso-enzymes de la cyclo-oxygénase, cox 1 constitutive
protégeant la muqueuse digestive et cox 2 inductible
intervenant seule dans l’inflammation.
Les prostaglandines
sont des facteurs protecteurs de la muqueuse
en stimulant le flux sanguin muqueux, la synthèse du
mucus et la production de bicarbonates.
La mise au
point d’anti-inflammatoires non stéroïdiens sélectifs sur cox 2 permettra de diminuer la toxicité digestive.
L’ulcère peut survenir sur une muqueuse gastrique saine
ou sur une gastrite chronique due généralement à une
infection à H. pylori.
Diagnostic :
A - Maladie ulcéreuse :
1- Diagnostic clinique :
• Douleur ulcéreuse typique : elle n’est actuellement le
signe révélateur que dans environ un tiers des cas.
Il s’agit
d’une douleur de siège épigastrique à type de crampe, rythmée
par les repas (survenant 1 heure et demie à 3 heures
après les repas), sans irradiation.
La douleur est calmée par
les aliments et les antiacides. Elle peut réveiller le patient la
nuit.
Il n’y a pas de syndrome postural. Si on laisse évoluer
la symptomatologie, cette douleur durera 2 à 4 semaines, et
disparaîtra spontanément. La douleur est dite périodique car
elle revient à intervalles variables généralement de 6 mois à
1 an.
L’appétit est par ailleurs conservé et il n’y a pas
d’amaigrissement. L’examen clinique est normal.
• Symptômes atypiques : la douleur peut être atypique
par ses caractéristiques (brûlure, sensation de mauvaise
digestion), l’existence d’irradiations, notamment dorsales
en cas d’ulcère duodénal, l’association à des nausées
ou des vomissements.
L’association d’un syndrome ulcéreux à une diarrhée hydroélectrolytique doit faire suspecter un syndrome de
Zollinger-Ellison.
• Révélation par une complication : l’ulcère peut se
révéler par une hémorragie digestive ou par une perforation,
sans douleurs préalables.
2- Examens complémentaires :
Le seul examen à pratiquer est l’endoscopie oesogastroduodénale,
examen simple, de risque nul, réalisé le plus
souvent sous anesthésie locale oropharyngée.
L’ulcère
se présente sous forme d’une perte de substance arrondie
à contours nets, à fond blanchâtre, souvent entourée
d’un bourrelet muqueux inflammatoire.
• L’ulcère duodénal siège dans la quasi-totalité des cas
dans le bulbe et essentiellement dans sa partie initiale.
L’endoscopiste note son siège (face antérieure, postérieure,
courbures), sa taille, son aspect (rond, irrégulier,
linéaire), l’association éventuelle à une duodénite érosive,
l’existence d’une sténose.
Les biopsies de l’ulcère ou
de la muqueuse duodénale sont inutiles car il n’existe
pas de possibilité de néoplasme à ce niveau. Une
recherche d’H. pylori est faite de façon systématique
grâce à la réalisation d’au moins deux biopsies (une
dans l’antre, une dans le corps gastrique).
Il existe de
rares ulcères siégeant dans la partie haute du deuxième
duodénum, au-dessus de la papille. L’existence d’ulcères
multiples ou de localisations atypiques doit faire
suspecter un syndrome de Zollinger-Ellison.
• L’ulcère gastrique est habituellement situé sur la petite
courbure et est particulièrement fréquent dans la
région de l’angulus séparant la petite courbure verticale
de la petite courbure horizontale.
Il peut être masqué par un pli et l’exploration endoscopique doit être minutieuse,
comportant un temps en vision directe et un temps en rétrovision, l’extrémité de l’endoscope étant tournée
vers la grosse tubérosité.
Toute ulcération gastrique doit être biopsiée afin de permettre
le diagnostic des rares cancers ulcériformes.
Il
s’agit d’adénocarcinomes gastriques se présentant
macroscopiquement sous l’apparence d’un ulcère bénin
avec une ulcération arrondie, un bourrelet muqueux, des
plis convergents vers l’ulcération.
Certains critères
macroscopiques peuvent faire suspecter la malignité
(rigidité, bords un peu irréguliers, plis gastriques renflés
en massue à leur extrémité et s’arrêtant à des distances
différentes de l’ulcère) mais seul l’examen anatomopathologique
peut apporter le diagnostic avec certitude.
Le
nombre de biopsies nécessaires varie selon la taille de
l’ulcère (4 à 12).
Elles portent sur les berges de l’ulcère
(il est inutile de biopsier le fond fibrineux) et sur toute la
circonférence de l’ulcère (dans certains cas, la malignité
n’intéresse qu’une partie de celle-ci).
Il est difficile de
savoir s’il s’agit d’un cancer de novo prenant une apparence
macroscopique particulière ou si dans certains cas
un ulcère bénin ancien peut dégénérer au niveau de ses
berges.
La gastrite chronique à H. pylori est un facteur
favorisant commun de l’ulcère et de l’adénocarcinome
de l’estomac.
Par ailleurs, deux biopsies à distance (antre et corps gastrique)
ont pour but de rechercher l’existence d’une infection
à H. pylori.
La gastrite antrale et/ou corporéale est gradée selon le
système de Sydney, avec appréciation notamment de
l’existence d’une atrophie et recherche d’une éventuelle
dysplasie péri-ulcéreuse.
Les autres examens complémentaires longtemps utilisés
dans l’ulcère ne sont plus pratiqués que dans des
situations particulières : transit baryté gastroduodénal
pouvant permettre d’apprécier le degré de sténose en
cas d’ulcère sténosant pylorique ou bulbaire ; tubage
gastrique permettant l’étude de la sécrétion acide basale
et stimulée en cas de suspicion de syndrome de
Zollinger-Ellison.
B - Ulcères aux anti-inflammatoires
non stéroïdiens
:
Leur survenue est plus fréquente chez les sujets de plus
de 55 ans.
La survenue de complications en cas de traitement
chronique se situe plutôt en début de traitement,
pendant les deux premiers mois.
L’existence
d’ulcère peut être révélée par un syndrome douloureux
épigastrique plus ou moins typique.
Fréquemment, les
ulcères sont asymptomatiques jusqu’à la survenue
d’une complication hémorragique (hématémèse, méléna)
ou d’une perforation en péritoine libre ou en péritoine
cloisonné.
La survenue de douleurs épigastriques
sous anti-inflammatoires non stéroïdiens chez un sujet
âgé doit motiver une endoscopie haute car il n’y a pas
de corrélation étroite entre douleurs et existence d’une
ulcération.
Évolution
:
A - Histoire naturelle :
Sous traitement, l’ulcère duodénal a une tendance naturelle
à la cicatrisation (50 % à 2 mois).
L’ulcère gastrique
cicatrise plus lentement. Sous traitement antisécrétoire,
les taux de cicatrisation sont de l’ordre de 80 à
90 % en 4 à 6 semaines (cicatrisation un peu plus lente
pour l’ulcère gastrique).
Le taux de récidive est élevé, de
l’ordre de 60 à 70 %, dans l’année suivant la cicatrisation.
Il s’agit de récidives symptomatiques ou asymptomatiques.
Un tabagisme important augmente la fréquence et
la précocité des récidives.
En cas d’association à H. pylori, l’éradication de l’infection
modifie profondément l’histoire naturelle, les récidives
passant en dessous de 5 % à 1 an et étant inférieures
à 1 % les années suivantes.
En cas d’échec de l’éradication,
l’histoire naturelle de la maladie n’est pas modifiée
avec succession de rechutes pouvant s’échelonner sur plusieurs
années voire plusieurs dizaines d’années.
Le patient
est exposé à tout moment à un risque de complications,
notamment s’il prend un traitement gastrotoxique type
salicylés ou anti-inflammatoires non stéroïdiens.
B - Complications :
L’incidence globale des complications est estimée à
3 à 5 % par an dans la maladie ulcéreuse.
Les complications,
à l’exception de la sténose pyloro-duodénale, sont
souvent révélatrices des ulcères aux anti-inflammatoires
non stéroïdiens.
1- Hémorragies :
Il s’agit de la complication la plus fréquente avec une
incidence voisine de 2 % par an.
Deux mécanismes peuvent schématiquement entraîner un
syndrome hémorragique : hémorragie au niveau d’une
gastrite ou d’une duodénite périulcéreuse intense avec
érosion des capillaires.
L’hémorragie dans ces cas est
rarement grave ; hémorragie par ulcère angio-térébrant, le
cratère ulcéreux érodant un vaisseau de plus gros calibre,
soit de la paroi, soit proche de la paroi digestive.
Les vaisseaux les plus exposés sont l’artère gastroduodénale
à la face postérieure du bulbe duodénal, les
branches de l’artère coronaire stomachique au niveau de
la petite courbure verticale et, dans des cas exceptionnels,
l’artère splénique à la face postérieure du corps
gastrique.
Il s’agit dans ces cas d’hémorragies graves,
récidivantes, mettant la vie du patient en danger.
L’hémorragie se révèle soit par une hématémèse suivie
ou précédée d’un méléna, soit par un méléna isolé.
L’existence d’une hématémèse avec présence de caillots
est un signe de gravité.
La survenue d’une hémorragie digestive doit faire hospitaliser
le patient en milieu spécialisé.
Après déchoquage
éventuel, une endoscopie doit être réalisée précocement
chez un patient à l’état hémodynamique stabilisé et muni d’une voie veineuse de gros calibre.
Le diagnostic
d’ulcère hémorragique est fait dans 80 à 90 % des cas
lors de l’endoscopie initiale.
La classification de Forrest
est utilisée pour apprécier le risque de récidive maximum
pour les Forrest I (saignement lors de l’endoscopie), IIA et IIB (vaisseau visible sectionné ou caillot
adhérent ne partant pas au lavage).
Les Forrest IIC
(tache noire au fond de l’ulcère) et III (pas de stigmate
d’hémorragie) ont un risque faible de récidive ; 8
hémorragies sur 10 s’arrêtent spontanément.
L’endoscopie permet également un geste thérapeutique
en cas d’hémorragie active.
Le pronostic vital est engagé en cas d’hémorragie initiale
gravissime (rare) et surtout d’hémorragie récidivante
incontrôlable chez un malade âgé, avec tares associées,
rendant le geste chirurgical risqué.
Il faut signaler que l’éradication d’H. pylori permet de
réduire le risque de récidive dans les années suivantes à
0 % alors que les récidives spontanées sont de l’ordre de
30 % à 2 ans et que celles sous traitement antisécrétoire
continu sont environ de 10 % à 2 ans.
2- Perforations :
Le risque est voisin de 0,5 à 1 % par an.
La perforation
révèle la maladie ulcéreuse dans un quart des cas.
L’association à H. pylori est plus rare que pour les ulcères
compliqués d’hémorragie.
Le tableau le plus fréquent et le
plus typique est celui de la perforation en péritoine libre.
Il
s’agit d’un tableau de survenue brutale avec douleur en
coup de poignard rapidement suivie d’un malaise général
et de vomissements.
À l’examen, il existe une contracture
dans le creux épigastrique, qui s’étend à tout l’abdomen en
l’absence de traitement précoce.
Le diagnostic est généralement
facile cliniquement et confirmé par la présence
d’un pneumopéritoine à l’abdomen sans préparation en
station verticale, ou au scanner en cas de besoin.
Le tableau peut être plus trompeur, notamment chez les
sujets âgés, lorsqu’il existe une perforation en péritoine
cloisonné ou dans un organe de voisinage (perforation
bouchée).
Le pneumopéritoine est absent et le scanner est
le meilleur moyen diagnostique.
3- Sténose pyloro-duodénale :
Les sténoses sont devenues rares avec la meilleure prise en
charge de la maladie ulcéreuse.
Il ne s’agit jamais d’une
complication révélatrice mais d’un tableau clinique survenant
après plusieurs poussées ulcéreuses.
La sténose est de
siège pyloro-bulbaire et complique un ulcère du canal
pylorique ou du bulbe duodénal.
La sténose peut être
réversible (oedème péri-ulcéreux susceptible de disparaître
avec le traitement de la poussée ulcéreuse) ou irréversible
(sténose fibreuse).
Le tableau évolue en deux phases, sthénique
avec douleurs post-prandiales violentes soulagées
par des vomissements puis asthénique avec diminution ou
disparition des douleurs et vomissements devenant plus
espacés mais plus abondants et contenant des aliments
ingérés quelquefois plusieurs jours auparavant.
L’examen montre un clapotis épigastrique.
Après évacuation de l’estomac
par aspiration, l’endoscopie confirme le diagnostic
et permet d’éliminer un cancer antral pouvant donner le
même tableau clinique.
Traitement
:
A - Maladie ulcéreuse non compliquée
:
L’approche thérapeutique de la maladie ulcéreuse gastroduodénale
a été révolutionnée depuis une dizaine
d’années, en raison de la mise au point de thérapeutiques
d’éradication de la bactérie efficaces, bien tolérées,
conduisant à une modification radicale de l’histoire
naturelle de cette maladie.
Le problème actuel est
constitué par le développement des résistances de la
bactérie à certains antibiotiques utilisés, amenant à un
pourcentage d’échecs d’éradication et donc à la nécessité
d’un traitement antisécrétoire continu.
Le développement
de nouvelles armes thérapeutiques contre
H. pylori, voire de la vaccination contre cette bactérie,
est l’enjeu majeur des prochaines années, grâce au développement
des connaissances sur le génome bactérien
(le génome a été entièrement cloné en 1997).
1- Traitement d’éradication d’H. pylori :
La maladie ulcéreuse étant associée dans 8 à 9 cas sur
10 à une infection par H. pylori, son traitement passe
dans ces cas par une stratégie d’éradication de la bactérie.
Cette attitude est justifiée par la fréquence très basse
des réinfestations par la bactérie (inférieures à 1% par an).
L’acquisition de l’infection à l’âge adulte apparaît en
effet comme difficile, au contraire de ce qui se passe
pour les premières années de la vie.
Le traitement repose actuellement sur une trithérapie de
7 jours, associant un inhibiteur de la pompe à protons à
2 antibiotiques choisis parmi les 3 suivants : amoxicilline,
clarithromycine, métronidazole.
• L’inhibiteur de la pompe à protons (oméprazole
20 mg, lansoprazole 30 mg, pantoprazole 40 mg) est
prescrit à double dose avec une prise matin et soir.
• La double antibiothérapie la plus efficace est l’association
: clarithromycine 500 mg matin et soir et amoxicilline
1 000 mg matin et soir.
En cas d’allergie à la pénicilline, on utilise l’association clarithromycine 500 mg matin et soir et métronidazole
500 mg matin et soir.
L’association amoxicilline-métronidazole
paraît un peu moins efficace que les précédentes.
• Le traitement est prescrit pour 7 jours et l’observance
de cette période thérapeutique est une condition essentielle
de succès thérapeutique. Il existe aussi une autre
association : ranitidine (2 fois 300 mg/j) et 2 antibiotiques
pendant 14 jours.
• Le traitement de l’infection à H. pylori pose des problèmes
difficiles liés à l’habitat de la bactérie (la diffusion
dans le mucus gastrique des différents antibiotiques est mal connue) et notamment au pH acide dans lequel
baigne le microbe. Les antibiotiques perdent rapidement
leur pouvoir bactéricide avec une baisse du pH.
Les
inhibiteurs de la pompe à protons ont pour but d’élever
le pH pour favoriser l’action des antibiotiques.
Il n’existe pas de résistance connue d’H. pylori à
l’amoxicilline mais 25 % des souches sont résistantes au
métronidazole et 15 % à la clarithromycine en France.
• La trithérapie d’éradication est couronnée de succès
dans 60 à 70 % dans notre pays.
Des taux plus élevés de
succès ont été enregistrés dans d’autres pays européens
où les macrolides sont moins utilisés et les résistances à
la clarithromycine beaucoup moins fréquentes.
• En cas d’ulcère duodénal, le traitement d’éradication
est suivi de 3 semaines de traitement antisécrétoire.
• En cas d’ulcère gastrique, le traitement antisécrétoire
est poursuivi 5 semaines.
• Le contrôle endoscopique est obligatoire en cas d’ulcère
gastrique afin de s’assurer de la cicatrisation de l’ulcère,
ce qui permet en même temps de vérifier l’éradication
d’H. pylori.
Des biopsies sur la cicatrice ulcéreuse ainsi
que dans l’antre et le corps gastrique sont donc obligatoires.
Le contrôle d’éradication doit être fait au moins
4 semaines après la fin du traitement antibiotique. Un
contrôle à 2 mois est donc logique.
• En cas d’ulcère duodénal, un contrôle endoscopique
n’est pas nécessaire.
Si on veut s’assurer de l’éradication bactérienne, le test respiratoire est le plus adapté
mais il est difficilement utilisable (cas des ulcères compliqués
ou des patients à risque).
En cas de succès du traitement d’éradication, aucune surveillance
endoscopique, ni aucun traitement d’entretien ne
sont nécessaires.
• La réapparition de douleurs épigastriques doit faire
envisager une récidive de l’ulcère (éradication faussement
réussie) ou une autre cause (reflux gastro-oesophagien) et
nécessite donc une nouvelle endoscopie et la détermination
du statut H. pylori.
2- Traitement antisécrétoire :
Il est indiqué chez les patients non infectés par H. pylori.
Il
repose soit sur les anti-H2 (cimétidine 800 mg/j, ranitidine
300 mg/j, famotidine 40 mg/j, nizatidine 300 mg/j), soit
sur les inhibiteurs de la pompe à protons (oméprazole
20 mg/j, lansoprazole 30 mg/j, pantoprazole 40 mg/j).
La
durée du traitement est de 4 à 8 semaines.
Le contrôle
endoscopique de cicatrisation est inutile en cas d’ulcère
duodénal si le patient ne souffre plus mais est indiqué formellement
pour l’ulcère gastrique avec biopsies de la zone
cicatricielle.
Chez les patients à risque et chez les patients
qui rechutent fréquemment, on peut instituer un traitement
d’entretien continu (à demi-doses en une prise le soir)
d’une durée de plusieurs années, ce traitement d’entretien
n’étant que suspensif des rechutes.
B - Maladie ulcéreuse compliquée :
1- Hémorragies :
Le traitement endoscopique doit être appliqué en cas
d’hémorragie active ou de vaisseau visible.
La méthode
la plus utilisée est l’injection d’adrénaline au 1/10 000
dans l’ulcère.
Le traitement antisécrétoire est débuté par
voie intraveineuse. Le traitement ultérieur dépend du
statut H. pylori.
L’éradication de la bactérie en cas d’infection
permet d’éviter les récidives hémorragiques.
2- Perforations :
En cas de perforation vue précocement, survenant à distance
d’un repas, la méthode de Taylor peut être
employée.
Elle associe une diète avec aspiration digestive
à un traitement antisécrétoire par voie intraveineuse (ranitidine
ou oméprazole) et à un traitement antibiotique.
Le
traitement chirurgical est fait dans les autres cas.
Il associe
une toilette péritonéale à une suture de l’ulcère, le traitement
étant généralement possible par coelioscopie.
Un
traitement médical est alors systématiquement associé.
3- Sténose pyloro-bulbaire :
Le traitement médical par aspiration et antisécrétoire permet
de lever les sténoses réversibles, en y associant au
besoin une dilatation endoscopique par ballonnet.
En cas
de sténose fibreuse, le traitement chirurgical est indiqué
(antrectomie-vagotomie ou gastrectomie des deux tiers).
C - Place du traitement chirurgical :
Longtemps employé de façon extensive, ce traitement
est devenu une méthode rarement utilisée pour les
ulcères non compliqués.
Classiquement, le traitement chirurgical de l’ulcère duodénal
« réfractaire » reposait soit sur la vagotomie tronculaire
associée à un geste de vidange gastrique (pyloroplastie
ou gastroentérostomie), soit sur la vagotomie
suprasélective (section des rameaux nerveux à destination
du corps gastrique en respectant l’innervation centrale
motrice).
En raison d’un taux de récidive variant de 5 à 20 %, un
traitement chirurgical associant la vagotomie à une antrectomie avec anastomose gastroduodénale terminoterminale
était fréquemment proposé avec des taux de
récidive de 1 à 2 %.
Pour l’ulcère gastrique, le traitement chirurgical repose
sur la gastrectomie des deux tiers enlevant l’ulcère avec
anastomose gastroduodénale termino-terminale (intervention
de Péan) ou anastomose gastrojéjunale terminolatérale
(interventions de Polya ou de Finsterer).
Toutes ces interventions sont grevées d’une morbidité à
distance non négligeable (diarrhée, dumping syndrome)
et favorisent probablement la survenue d’un adénocarcinome
gastrique à long terme.
Le traitement chirurgical de l’ulcère duodénal ou
gastrique est donc actuellement réservé aux ulcères
compliqués (traitement de la complication) et aux rares
ulcères résistants à un traitement médical bien conduit
(éradication d’H. pylori ou traitement antisécrétoire
puissant par inhibiteurs de la pompe à protons en doublant
au besoin la dose habituelle).
Dans ces cas, le
traitement de l’ulcère duodénal repose sur la vagotomieantrectomie,
celui de l’ulcère gastrique demeurant la
gastrectomie des deux tiers.
D - Ulcères aux anti-inflammatoires
non stéroïdiens :
En dehors des formes compliquées, le traitement repose
sur l’arrêt des anti-inflammatoires non stéroïdiens et la
prescription d’un antisécrétoire pendant 4 à 8 semaines
selon le siège de l’ulcère et sa taille.
Si une infection
à H. pylori est retrouvée, un traitement d’éradication de
la bactérie est indiqué mais l’éradication ne met pas à
l’abri d’une récidive ulcéreuse si le malade prend de
nouveau des anti-inflammatoires non stéroïdiens.
Le
rapport bénéfice
– risque de ceux-ci doit ainsi être évalué
pour chaque malade.