Tumeurs vasculaires des os Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
Les tumeurs vasculaires des os représentent une entité tumorale
particulière, caractérisée par une prolifération anormale des cellules
du tissu vasculaire, sanguin et/ou lymphatique.
Elles sont rares et
peuvent survenir à tout âge.
Les tumeurs vasculaires à stroma
sanguin et à stroma lymphatique présentent des caractéristiques
cliniques et histologiques très proches.
Certaines tumeurs bénignes
peuvent parfois prêter à confusion avec certaines tumeurs malignes.
Malgré l’absence dans la littérature d’une classification claire et
univoque, une bonne connaissance des différentes présentations
cliniques et des aspects histologiques est nécessaire et conditionne
la qualité de la prise en charge orthopédique.
Tumeurs vasculaires bénignes :
Les tumeurs vasculaires bénignes nécessitent rarement une
intervention chirurgicale dans un but diagnostique ou thérapeutique.
Elles sont souvent asymptomatiques, isolées et de
découverte fortuite.
Cependant, elles peuvent atteindre plusieurs
segments osseux d’une même extrémité, avec envahissement des
parties molles adjacentes, produisant, dans de très rares cas, des
altérations anatomiques et fonctionnelles sérieuses.
L’hémangiomatose
squelettique diffuse est une maladie rare au cours de laquelle
les lésions osseuses siègent essentiellement au rachis, aux côtes, au
bassin, au crâne et aux épaules.
Quand elle s’associe à des lésions
viscérales, le pronostic s’assombrit.
A - HÉMANGIOME :
1- Définition
:
L’hémangiome osseux est une lésion primitive bénigne de l’os,
caractérisée par la néoformation et l’agglomération de vaisseaux
sanguins anormaux.
2- Épidémiologie
:
L’hémangiome de l’os est une tumeur rare.
Elle reste silencieuse
dans la plupart des cas, ce qui rend impossible d’établir sa fréquence
avec exactitude.
Le sexe féminin serait deux à trois fois plus souvent
atteint que le sexe masculin.
Il s’agit d’une tumeur
principalement de l’adulte, survenant le plus souvent entre l’âge de
30 et 60 ans, avec des extrêmes rapportés dans la littérature de 2 et
77 ans.
3- Localisations :
Les vertèbres et le squelette craniofacial totalisent environ 70 % des
cas.
Le fémur arrive en deuxième position, suivi par les côtes et le
bassin, mais tous les os peuvent être atteints.
Au rachis, la tumeur siège essentiellement au segment thoracique,
suivi par le segment lombaire.
La grande majorité des hémangiomes
rachidiens rapportés dans la littérature occupent le corps vertébral.
L’atteinte de l’arc vertébral postérieur semble plus liée à une
extension à partir d’un hémangiome antérieur.
Plusieurs vertèbres
peuvent être atteintes.
Au crâne, l’hémangiome atteint surtout les os frontal et pariétal.
Les localisations aux côtes et aux os longs et courts des membres
sont rares.
La métaphyse et la diaphyse sont indifféremment
atteintes.
L’hémangiome sous-périosté est exceptionnel.
4- Étude clinique
:
* Forme habituelle
:
Le retentissement clinique de l’hémangiome est essentiellement
fonction de sa localisation et de son extension.
Le plus souvent, il
est asymptomatique, découvert fortuitement à l’occasion d’un
examen radiologique pratiqué pour une autre raison.
Dans certains
cas, la symptomatologie peut se réduire à quelques douleurs.
Une
tuméfaction peut être un signe révélateur dans les cas où
l’hémangiome souffle l’os et entraîne une réaction périostée
manifeste. Une fracture pathologique peut permettre de le découvrir.
La présence d’un hémangiome cutané permet d’attirer l’attention
sur la coexistence possible d’un hémangiome osseux.
* Formes particulières :
L’hémangiome vertébral peut provoquer des douleurs locales, plus
sévères lorsqu’il se complique de tassement pathologique.
Il peut
parfois être à l’origine de compression médullaire, en rapport soit
avec l’expansion même de l’hémangiome qui souffle la vertèbre, soit
avec une fracture pathologique avec un recul du mur postérieur.
Les conséquences, parfois très graves, sont liées au
niveau de la compression (quadriplégie, paraplégie, syndrome de la
queue-de-cheval…).
Les paralysies sont en général d’installation
rapide, précédées ou non de douleurs.
Dans certains cas, la
symptomatologie (douleurs en ceinture, paresthésies) se révèle à
l’occasion d’une grossesse.
Les douleurs sont exacerbées par la
toux et les efforts.
Cependant, un grand nombre d’hémangiomes
vertébraux reste asymptomatique.
Au crâne, comme pour les autres localisations, l’hémangiome peut
rester silencieux.
Dans certains cas, il se manifeste par une
tuméfaction dont la croissance est très lente, et dans de rares cas,
par une légère coloration, ou même des signes neurologiques.
L’hémangiomatose squelettique diffuse est une maladie rare au
cours de laquelle les lésions affectent plusieurs os à la fois : rachis,
côtes, bassin, crâne, épaules...
Le plus souvent, elle reste
asymptomatique.
Dans certains cas, elle se complique de lésions
viscérales qui assombrissent la présentation clinique et le pronostic.
5- Étude radiologique
:
La plupart des lésions rachidiennes restent confinées au corps
vertébral, épargnant les corticales et le disque intervertébral, mais
certaines peuvent s’étendre à l’arc postérieur (lame, apophyse
épineuse, apophyse transverse), voire aux côtes.
* Forme habituelle typique :
+ Radiologie conventionnelle :
L’image radiologique de l’hémangiome vertébral est assez
caractéristique dans sa forme typique.
La vertèbre est plus « claire »
que les vertèbres sus- et sous-jacentes.
Le corps vertébral paraît strié,
peigné, en rapport avec la raréfaction du spongieux à larges mailles
et la seule persistance des travées osseuses, peu nombreuses et
grossières, surtout verticales.
Dans certains cas, la
raréfaction du spongieux prend un aspect en « nid d’abeilles », sans
être clairement strié.
Ces aspects sont si caractéristiques qu’on les
considère comme pathognomoniques, et parfois même suffisants
pour formuler le diagnostic.
Une fracture pathologique se manifeste
radiologiquement par un effondrement du corps vertébral qui
obscurcit l’image striée ou l’image en « nid d’abeilles » préexistante.
Sur les os longs des membres, la zone d’ostéolyse est assez bien
limitée, parfois même bordée d’un liseré de sclérose, évoquant dans
certains cas plus un kyste qu’un hémangiome.
La corticale est
souvent amincie et soufflée, sans rupture.
Au squelette cervicofacial, l’hémangiome a un aspect radiologique
caractéristique en « nid d’abeilles ».
C’est une zone d’ostéolyse
arrondie, aux contours nets, avec des travées osseuses irradiant du
centre vers la périphérie.
+ Tomodensitométrie (TDM)
:
La coupe transversale des travées donne à la trame osseuse un
aspect grossier. Au crâne, la TDM permet d’observer un renflement
de la table externe, souvent sans déformation de la table interne.
+ Imagerie par résonance magnétique (IRM)
:
À l’opposition de la plupart des tumeurs rachidiennes,
l’hémangiome vertébral montre un hypersignal en T1 et en T2.
La
composante extraosseuse est en hyposignal en T1.
Ross et al
ont attribué ces modifications à la graisse présente dans la
composante osseuse de l’hémangiome vertébral.
+ Angiographie
:
L’angiographie de l’hémangiome vertébral montre une lésion hypervascularisée, irriguée par les artères intercostales.
+ Scintigraphie osseuse :
Elle est parfois utilisée pour rechercher des lésions osseuses
multiples.
Cependant, l’aspect scintigraphique n’est pas
caractéristique et certains hémangiomes peuvent ne pas fixer le
traceur.
* Autres formes radiologiques
:
+ Hémangiomes des os plats (autres que le crâne)
:
Un aspect en « éclat de soleil » peut s’observer au bassin, une
expansion de l’os avec une réaction périostée importante aux côtes,
et même parfois une destruction corticale avec envahissement des
parties molles et un aspect en « nid d’abeilles » à la clavicule.
+ Hémangiomes médullaires des os longs
:
Ils sont hétérogènes, montrant rarement un aspect purement lytique
sur les radiographies standards.
À l’(IRM), il existe une diminution
du signal en T1 et une augmentation en T2.
La plupart des
hémangiomes caverneux sont localisés à la métaphyse.
+ Hémangiomes périostés des os longs
:
Ils sont très rares, souvent retrouvés en région mi-diaphysaire.
Ils se
présentent comme une masse dans les parties molles, avec un
épaississement et même parfois une dépression corticale.
L’association à une sclérose importante pourrait prêter à confusion
avec un ostéome ostéoïde.
+ Hémangiomes corticaux des os longs
:
Ils sont exceptionnels.
La plupart siègent à la diaphyse tibiale,
pouvant simuler un ostéome ostéoïde ou un abcès de Brodie.
L’IRM montre un épaississement cortical au sein duquel se trouve
une zone de signal intermédiaire en T1 et en T2.
+ Lésions vasculaires bénignes multiples de l’os
:
Elles peuvent être divisées, selon Karlin et Brower, en deux groupes :
l’angiomatose kystique diffuse et les hémangiomes primaires
multiples.
La première entité est caractérisée par des zones kystiques
multiples, de destruction osseuse, sans réaction périostée.
La
seconde consiste en une agglomération d’hémangiomes solitaires et
son aspect radiologique dépend de l’os atteint.
+ Ostéolyse massive :
Elle est caractérisée par une dissolution progressive, partielle ou
totale, d’un ou de plusieurs os adjacents.
Ce processus agressif peut
même traverser les articulations.
Les lésions initiales peuvent
prendre origine aussi bien au niveau de l’os qu’au niveau des tissus
mous avoisinants.
+ Calcifications
:
La découverte radiologique de calcifications peut être compatible
avec l’association d’une chondromatose. Un syndrome de Maffucci
doit être éliminé en premier.
6- Bilan d’extension
:
* Extension locale
:
Dans certains cas, cette lésion bénigne asymptomatique est
spontanément résolutive, en quelques années.
À l’opposé, cette
lésion peut augmenter en taille, avec parfois un envahissement de
toute la largeur de l’os, prédisposant aux fractures pathologiques et
entraînant une compression des tissus avoisinants, notamment la
moelle épinière pour les hémangiomes vertébraux.
Elle reste
cependant bénigne, n’ayant pas d’extension générale en dehors des
atteintes multiples citées ci-dessus, et ne se compliquant pas de
dégénérescence maligne.
Quand elle est asymptomatique et découverte fortuitement, aucun
bilan d’extension n’est nécessaire. Dans le cas contraire, au rachis, la
radiographie simple est complétée par la TDM ou l’IRM afin de
mieux étudier l’extension locale de la lésion et de rechercher des
signes de compression radiculomédullaire.
L’angiographie est
pratiquée dans les hémangiomes symptomatiques et évolutifs,
essentiellement dans le but d’évaluer les possibilités d’embolisation.
La TDM est plus indiquée dans les lésions atteignant les os plats,
essentiellement le crâne.
* Extension générale :
La scintigraphie osseuse, à la recherche de lésions à distance, n’est
pratiquée que dans les cas où il existe une suspicion clinique
d’atteinte multiple.
Le taux relativement considérable de faux
négatifs rend cet examen non indispensable dans le cas d’un
hémangiome en apparence solitaire.
7- Anatomie pathologique
:
* Biopsie
:
Devant une lésion asymptomatique aux caractéristiques
radiologiques typiques, la biopsie n’est pas nécessaire.
Dans les cas
où la lésion est atypique par sa présentation clinique (douleur,
tuméfaction, signes neurologiques…), son siège (os longs, diaphyse,
corticale…), ou son aspect radiologique (grande taille, compression radiculomédullaire, hétérogène…), une confirmation diagnostique
anatomopathologique peut devenir nécessaire.
Quand elle est
indiquée, la biopsie peut être faite, selon les cas, à l’aiguille ou au
trocart, sous contrôle par amplificateur de brillance ou par TDM, ou
à ciel ouvert, en prenant les précautions pour éviter un saignement
sévère.
Dans certains cas, et afin d’éviter cette complication
redoutable, il est préférable de pratiquer une biopsie excisionnelle
après embolisation.
* Aspects macroscopiques et microscopiques
:
Il s’agit de tumeurs vasculaires bénignes développées à partir des
cellules endothéliales des vaisseaux sanguins de l’os.
Macroscopiquement, la lésion prend l’aspect d’une masse
hémorragique, friable, intraosseuse.
Des localisations préférentielles
(vertèbre, bassin, os longs) sont à retenir.
En microscopie, il s’agit d’hémangiomes de type caverneux,
constitués de cavités vasculaires plus ou moins gorgées d’hématies
et revêtues d’une assise de cellules endothéliales aplaties reposant
sur une fine paroi fibromusculaire.
Les lésions angiomateuses
entraînent une expansion de l’espace médullaire de l’os, avec un
amincissement et une raréfaction des travées osseuses d’alentour.
Il convient de noter l’absence de toute atypie cellulaire ou d’activité
mitotique anormale au niveau des cellules endothéliales dans ce
type de lésion.
8- Diagnostic différentiel :
Dans la majorité des cas, la présentation clinique (asymptomatique)
et radiologique est typique, et le diagnostic est évident, sans recours
à l’histologie.
Cependant, certaines lésions, atypiques dans leur siège
ou leur présentation, surtout si elles sont étendues dans les parties
molles, doivent faire rechercher d’autres diagnostics.
– Les hémangiomes localement agressifs peuvent être confondus,
cliniquement et à l’imagerie, avec un processus malin, vasculaire ou
non.
L’histologie apporte la confirmation diagnostique.
– Les hémangiomes des os longs peuvent être confondus avec d’autres
tumeurs kystiques de l’os.
Un hémangiome médullaire peut être pris
à tort pour un kyste anévrismal ou un fibrome non ossifiant.
Un
hémangiome cortical peut se présenter radiologiquement comme un
ostéome ostéoïde ou un abcès de Brodie.
– Les hémangiomes des os plats peuvent simuler un granulome
éosinophile, ou même une tumeur maligne, en particulier aux côtes
où l’hémangiome peut entraîner une expansion de l’os avec une
réaction périostée importante.
– Les hémangiomes périostés des os longs entraînent parfois une
sclérose corticale importante, pouvant prêter à confusion avec un
ostéome ostéoïde.
Une dépression corticale produite par un
hémangiome périosté peut ressembler à l’image radiologique offerte
par un fibrome chondromyxoïde.
– Les lésions vasculaires multiples de l’os peuvent être confondues
radiologiquement avec les formes disséminées de l’histiocytose à
cellules de Langerhans.
– La présence de calcifications doit faire évoquer, parmi les
diagnostics différentiels, celui des tumeurs cartilagineuses de l’os.
– Devant un tassement vertébral, d’autres causes plus fréquentes
doivent être éliminées, en premier un tassement ostéoporotique, une
métastase, un myélome multiple.
9- Évolution et pronostic :
À l’opposé des hémangiomes cutanés, seuls de rares cas sporadiques
d’involution spontanée d’hémangiome osseux sont rapportés dans
la littérature.
Dans la plupart des cas, il reste inchangé et
asymptomatique pendant toute la vie.
Cependant, il arrive que
l’hémangiome s’accroisse et devienne symptomatique après des
années de stabilité, à l’occasion d’une perturbation hémodynamique
ou au cours d’une grossesse, ou même en dehors de tout contexte
favorisant connu.
Il peut provoquer des douleurs rebelles, entraîner
des compressions radiculomédullaires ou des fractures
pathologiques.
Aucun cas de dégénérescence maligne n’a été
retrouvé dans la littérature.
En l’absence de réponse à un traitement
médical symptomatique bien conduit, un traitement radical peut
s’imposer.
10- Traitement
:
* Méthodes thérapeutiques et indications
:
Les hémangiomes asymptomatiques découverts fortuitement ne
nécessitent aucun traitement.
L’embolisation artérielle et l’exérèse chirurgicale de la tumeur représentent les méthodes thérapeutiques
les plus admises pour les hémangiomes symptomatiques.
L’embolisation artérielle sélective peut être utilisée avec succès
comme unique traitement, éventuellement répétée dans le temps
pour certaines localisations symptomatiques.
L’injection intralésionnelle d’éthanol absolu ou de méthylméthacrylate a
également été utilisée avec succès.
Les hémangiomes vertébraux
douloureux avec tassement vertébral pathologique entraînant une
modification de la statique rachidienne (cyphose) peuvent bénéficier
d’un traitement stabilisateur du rachis, par instrumentation
segmentaire et arthrodèse.
En présence de déficit neurologique, une
décompression médullaire s’impose, par voie antérieure ou
postérieure, associée à une arthrodèse instrumentée. Une embolisation artérielle sélective peut être indiquée en
préopératoire pour diminuer l’hémorragie peropératoire qui peut
être massive.
Aux membres, l’exérèse chirurgicale de la tumeur est
plus aisée.
Quelle que soit la localisation, le curetage et parfois même
la simple biopsie peuvent être difficiles et même dangereux à cause
du potentiel hémorragique de ces tumeurs.
La radiothérapie est parfois utilisée pour certaines formes sévères et
non accessibles au traitement chirurgical ou à l’embolisation.
Cependant, compte tenu de la bénignité de la tumeur primitive, elle
doit être gardée comme une solution de dernier recours, dans ces
cas sévères, à cause du risque bien connu de néoplasmes radioinduits.
L’amputation est exceptionnellement indiquée et n’est pratiquée que
dans les hémangiomes des os longs très étendus, envahissant
largement les parties molles, et pour lesquels toute possibilité de
reconstruction du membre après exérèse conservatrice est
impossible.
* Résultats :
Une exérèse chirurgicale intralésionnelle est souvent incomplète et
peut être compliquée de récidive tumorale.
L’exérèse marginale ou
large est préférable et s’associe à un taux élevé de guérison.
La
récupération du déficit neurologique après décompression
médullaire est fortement liée au délai qui sépare l’installation du
déficit de la date de la décompression.
L’embolisation artérielle
sélective utilisée comme unique traitement de l’hémangiome peut
aboutir à l’arrêt de son évolution.
B - LYMPHANGIOME ET LYMPHANGIOMATOSE
:
Le tissu osseux est normalement dépourvu de vaisseaux
lymphatiques.
Cependant, divers types de lésions osseuses semblent
en rapport avec la prolifération de vaisseaux lymphatiques.
Ces
lésions varient de la petite géode isolée, cliniquement silencieuse, à
la lymphangiomatose généralisée mortelle, en passant par les
ostéolyses dites « essentielles », massives ou localisées aux
extrémités.
Le lymphangiome présente une grande similitude avec
l’hémangiome.
En effet, un hémangiome vidé de son sang ressemble
particulièrement à un lymphangiome.
D’autre part, si l’on introduit
du sang dans des espaces lymphatiques, ces derniers prennent un
aspect similaire à celui d’un hémangiome.
Ces deux types de
prolifération vasculaire peuvent coexister dans certains cas.
Le
lymphangiome osseux se définit comme une zone de raréfaction du
squelette liée à une prolifération anormale de vaisseaux
lymphatiques.
La lymphangiomatose diffuse est une forme généralisée de
lymphangiome.
L’ostéolyse massive, également appelée ostéolyse essentielle, os
« fantôme », ou syndrome de Gorham, est à la fois considérée
comme une forme d’hémangiome ou comme une forme de
lymphangiome osseux.
Elle se traduit par la résorption progressive
des structures osseuses contiguës.
1- Épidémiologie
:
C’est une tumeur rare, souvent découverte dans l’enfance ou
l’adolescence, mais pouvant se rencontrer à tout âge.
La forme kystique isolée semble très rare et d’un diagnostic très
difficile. Mazabraud affirme avoir « osé » porter ce
diagnostic trois à quatre fois durant toute sa carrière.
La lymphangiomatose diffuse est découverte habituellement chez
l’adolescent, à l’occasion des déformations osseuses qu’elle
provoque (inégalité de longueur des membres, attitudes vicieuses,
fractures pathologiques…) et qui apparaissent souvent dans
l’enfance.
L’ostéolyse massive s’observe chez les enfants et les adultes, deux fois
plus fréquemment dans le sexe féminin.
Devlin et al suggèrent
que l’interleukine 6 pourrait en être un médiateur potentiel.
2- Localisations :
Le lymphangiome kystique solitaire envahit, par ordre de fréquence, le
rachis, le bassin, les os longs, ainsi que les os courts de la main.
La lymphangiomatose diffuse envahit le plus souvent les os longs des
membres.
Elle est souvent associée à une atteinte plus ou moins
sévère des tissus mous avoisinants et des viscères.
L’ostéolyse massive atteint la région maxillofaciale, les os longs,
la ceinture pelvienne, la ceinture scapulaire, les côtes et les vertèbres
adjacentes, rarement la main et le pied. Les lésions
peuvent être uniques ou multiples et peuvent prendre naissance à
partir de l’os ou des tissus mous avoisinants.
Dans le dernier cas,
elles peuvent « étrangler » l’os, entraînant son rétrécissement
concentrique.
Elle est rarement multifocale.
3- Étude clinique
:
* Lymphangiome :
À l’instar de l’hémangiome, son retentissement clinique dépend de
sa localisation et de son extension.
La symptomatologie peut se
réduire à quelques douleurs ou à la présence d’une tuméfaction.
* Lymphangiomatose diffuse
:
Elle est souvent découverte chez l’adolescent grâce aux déformations
orthopédiques qu’elle entraîne, ou à l’occasion d’un chylothorax.
La généralisation à partir d’un lymphangiome peut être rapide,
entraînant impotence et fractures spontanées qui peuvent être
révélatrices.
La perturbation de la croissance qui s’ensuit
entraîne des déformations des membres (inégalité de longueur,
déformations articulaires).
Il existe souvent une
hyperpigmentation cutanée et l’une des zones d’élection des lésions
cutanées est le scrotum.
* Ostéolyse massive :
Le premier stade de destruction osseuse active est légèrement
douloureux.
Plus tard, des fractures pathologiques, des déformations
osseuses et d’autres complications à distance (chylothorax) peuvent
apparaître.
4- Étude radiologique
:
Le lymphangiome solitaire et la lymphangiomatose diffuse se présentent
à la radiographie simple sous forme de géodes bien limitées (unique
ou multiples confluentes), mais peuvent être découverts à
l’occasion d’une fracture pathologique.
Une variante condensante est rapportée par certains auteurs. Une image de
gaz intraosseux peut exister dans certains cas.
La lymphographie
montre des vaisseaux anormaux et dilatés, remplissant les lésions
osseuses.
La scintigraphie osseuse n’est pas spécifique.
L’ostéolyse massive se présente radiologiquement sous forme de
multiples zones transparentes ou d’ostéoporose mouchetée.
Une
discrète hypervascularisation est visible à l’angiographie.
La TDM
et l’IRM permettent d’étudier l’extension de la lésion osseuse, ainsi
que l’envahissement des tissus mous avoisinants.
5- Anatomie pathologique
:
Il s’agit de tumeurs rares développées à partir des cellules
endothéliales des vaisseaux lymphatiques de l’os.
* Aspect macroscopique :
La lésion prend l’aspect d’une masse kystique, multiloculaire, intraosseuse, à contenu séreux. Des localisations multiples
(lymphangiomatose kystique) ont été décrites.
* Aspect microscopique :
On retrouve des espaces vasculaires lymphatiques caverneux
revêtus de cellules endothéliales aplaties, sans aucun signe d’atypie.
Ces lacs contiennent un liquide éosinophile protéique de type
lymphatique.
Quelques agrégats lymphocytaires sont souvent notés
au niveau du tissu interstitiel.
6- Diagnostic différentiel :
* Radiologique :
Dans la plupart des cas, la présentation clinique et radiologique est
typique, surtout dans le cas de la lymphangiomatose diffuse ou de
l’ostéolyse massive.
Le lymphangiome solitaire kystique est très rare,
et peut prêter à confusion avec plusieurs lésions kystiques de l’os.
* Anatomopathologique
:
Le diagnostic différentiel se pose essentiellement avec l’hémangiome
de l’os, duquel il peut être très difficile à séparer, en l’absence d’un
contenu sanguin franc de la lésion, d’autant que les espaces
vasculaires du lymphangiome peuvent contenir de rares globules
rouges.
Le contexte clinique et le site de la tumeur (l’hémangiome
osseux ayant certaines localisations préférentielles) peuvent être
utiles dans ce cas.
7- Évolution et pronostic :
* Lymphangiome et lymphangiomatose diffuse
:
Les lésions osseuses grandissent lentement, et certaines d’entre elles
peuvent régresser spontanément.
La plupart des cas avec un
envahissement des tissus mous et une atteinte viscérale ont un
mauvais pronostic.
Dans certains cas, le patient peut devenir
grabataire et mourir quelques mois ou années après les premières
manifestations.
L’atteinte isolée des membres inférieurs et/ou de
la ceinture pelvienne semble s’accompagner d’un meilleur pronostic.
Certains cas de dégénérescence maligne sont rapportés dans la
littérature.
* Ostéolyse massive
:
Un envahissement étendu des côtes ou des vertèbres peut entraîner
la mort, mais en général le pronostic reste bon malgré la destruction
osseuse et les déformations qui s’ensuivent.
L’arrêt spontané de
l’évolution est possible, d’où la difficulté de juger de l’éventuel
intérêt de traitements dangereux comme la radiothérapie.
8- Traitement :
Le curetage-greffe osseuse peut être indiqué dans certains cas
limités, avec des résultats aléatoires.
En effet, l’introduction de
greffons osseux dans un lymphangiome cureté est souvent suivie de
la lyse de ceux-ci.
Un cas de régression spontanée d’une ostéolyse
massive a été rapporté par Campbell et al.
La radiothérapie est parfois indiquée pour arrêter ou freiner la
progression des lésions.
Cependant, compte tenu de la
bénignité histologique de la tumeur primitive, elle doit être réservée
pour les cas extrêmes, à cause du risque bien connu de néoplasmes radio-induits.
L’amputation est réservée aux formes étendues des membres, où
toute possibilité de traitement conservateur est dépassée.
C - TUMEUR GLOMIQUE DES OS
:
La tumeur glomique, également appelée glomangiome, est
exceptionnelle dans sa localisation osseuse.
1- Épidémiologie
:
La tumeur glomique osseuse est une tumeur essentiellement de
l’adulte, avec une prédominance féminine.
2- Localisations
:
L’érosion de l’os par une lésion des tissus mous, notamment dans la
région sous-unguéale des doigts, est habituelle.
L’envahissement de
l’articulation interphalangienne est exceptionnel.
En général, les
vraies tumeurs glomiques intraosseuses siègent aux phalanges
distales.
Parfois, on observe une atteinte de la phalange moyenne,
des métacarpes, et même parfois des os longs.
Les
tumeurs glomiques précoccygiennes ont été décrites à proximité du
coccyx, sans envahissement osseux, ou même parfois dans le coccyx
ou le sacrum.
3- Étude clinique :
Le tableau clinique est caractéristique : point douloureux précis ou
douleur sévère et persistante.
4- Étude radiologique
:
La tumeur glomique apparaît à la radiographie standard sous forme
d’une lésion transparente bien limitée, avec amincissement et parfois
soufflure de la corticale.
5- Anatomie pathologique :
* Biopsie :
Les présentations clinique et radiologique sont souvent typiques,
rendant la biopsie non nécessaire.
* Aspects macroscopiques et microscopiques
:
Macroscopiquement, ce sont de petites tumeurs rougeâtres, molles,
d’allure vasculaire, de quelques millimètres, dépassant
exceptionnellement le centimètre.
En microscopie, il s’agit le plus souvent d’une prolifération cellulaire
dense, d’allure épithélioïde, soutenue par un riche réseau vasculaire.
Les cellules tumorales sont disposées en amas ou en files indiennes,
et sont séparées les unes des autres par une trame réticulinique
abondante.
Parfois, la tumeur présente des remaniements myxoïdes
ou hyalins du stroma.
L’immunomarquage, rarement réalisé en
routine, montre une expression de marqueurs myogènes par les
cellules tumorales (actine musculaire lisse, myosine, ou
exceptionnellement desmine).
La microscopie électronique n’est
pas d’utilité diagnostique dans les tumeurs glomiques, mais elle a
permis de mettre en évidence des membranes basales épaisses,
péricellulaires, témoignant de l’origine musculaire lisse de ces
cellules.
6- Diagnostic différentiel :
Essentiellement radiologique, il se fait avec la plupart des lésions
lytiques bénignes de l’os, en particulier aux phalanges et aux
métacarpes (granulome éosinophile, enchondrome, hyperparathyroïdie...),
mais le diagnostic est souvent aisé.
7- Évolution et pronostic
:
Cette tumeur est d’évolution lente et ne présente pas de risque
particulier en dehors de la déformation de l’os qu’elle atteint.
8- Traitement
:
L’excision ou le curetage intralésionnel, avec ou sans greffe, donne
de bons résultats.
La récidive est exceptionnelle si le traitement
chirurgical est bien exécuté.
Tumeurs vasculaires malignes :
A - GÉNÉRALITÉS :
Les tumeurs vasculaires malignes comprennent un groupe
controversé de néoplasmes, allant des proliférations caverneuses et
capillaires malignes bien différenciées au sarcome endothélial
hautement létal, dont l’origine est parfois multicentrique.
Elles
représentent pratiquement 1 % de l’ensemble des tumeurs malignes
des os.
Les sarcomes vasculaires dont l’origine endothéliale n’est pas
prouvée présentent un problème diagnostique différentiel avec les
carcinomes métastatiques.
Les métastases osseuses d’un carcinome
peuvent être très vascularisées et les agrégats cellulaires qui s’y
trouvent peuvent avoir un aspect similaire à celui retrouvé dans
certains angiosarcomes.
La terminologie utilisée pour la désignation de ces néoplasmes
vasculaires fut pendant longtemps une source de confusion.
Les
termes hémangiosarcome, angiosarcome, hémangioendothéliome et
sarcome hémangioendothélial ont été largement utilisés, tantôt
comme synonymes, tantôt pour indiquer des entités pathologiques
différentes.
Certains auteurs utilisent le terme angiosarcome pour
désigner une tumeur vasculaire hautement maligne et le terme
hémangioendothéliome pour une lésion maligne de bas grade.
En effet, Wold et al et Campanacci et al distinguent trois
grades d’hémangioendothéliome osseux en fonction des anomalies
histologiques :
– grade I : tumeur restant longtemps asymptomatique et présentant
les caractéristiques radiologiques d’une tumeur bénigne.
À
l’histologie, les espaces vasculaires sont relativement bien
différenciés et les mitoses sont rares.
Le pronostic est bon, avec un
pourcentage de survie globale de 95 % ;
– grade II : les anomalies histologiques sont plus nettes.
L’évolution
clinique est moins favorable que pour le grade I ;
– grade III : sarcomes de haut grade avec des zones indifférenciées
à l’histologie.
C’est dans ce groupe de tumeurs que l’angiosarcome
est en général classé.
L’hémangiopéricytome osseux est extrêmement rare, seulement
13 cas sont retrouvés dans les dossiers de la Mayo Clinic jusqu’en
1996.
Quand ce diagnostic est évoqué, il est impératif d’éliminer une
lésion primitive ailleurs, surtout des méninges.
B - HÉMANGIOPÉRICYTOME :
En 1942, Stout et Murray décrivent une tumeur qu’ils distinguent
nettement de la tumeur glomique et dont les cellules sont dérivées
des péricytes de Zimmermann.
Elle diffère de l’hémangiome par la
présence de cellules périvasculaires de nature péricytaire.
Les
auteurs suggèrent le terme descriptif d’hémangiopéricytome.
1- Définition :
Cette tumeur est définie par Forest comme une tumeur formée
de cellules néoplasiques, en rapport avec les cellules musculaires
lisses (cellules contractiles spécialisées, normalement présentes dans
les parois capillaires, appelées péricytes) et un réseau capillaire riche.
2- Épidémiologie :
Il s’agit d’une tumeur très rare au niveau de l’os.
Une cinquantaine
de cas est rapportée dans la littérature, avec un pic de fréquence au
cours de la quatrième et la cinquième décennies et une
prédominance masculine (2 : 1).
3- Localisations
:
Tous les os peuvent être atteints, même les os de la main et le
sternum, mais les localisations les plus fréquentes sont le bassin, le
rachis, les os longs des membres inférieurs, surtout en proximal, et
la mandibule.
Les localisations osseuses multifocales
sont rares.
4- Étude clinique
:
Le maître-symptôme est la douleur qui peut être locale ou
locorégionale.
Cette tumeur peut grandir et rester longtemps
indolore, avant de se manifester sous forme de tuméfaction souscutanée
qui amène le malade à consulter.
5- Étude radiologique
:
L’image radiologique est non spécifique.
Elle est lytique dans la
grande majorité des cas. Certaines tumeurs restent relativement bien
circonscrites pendant longtemps, entourées par un liseré
d’ostéocondensation.
D’autres peuvent manifester une légère
expansion de l’os, avec un aspect bulleux ou en « nid d’abeilles ».
Une destruction corticale, avec extension dans les parties molles,
peut s’observer dans toutes les localisations, mais semble plus
fréquente aux os plats.
Une réaction périostée est retrouvée dans un
tiers des cas.
Des calcifications intratumorales sont parfois visibles.
La TDM et/ou l’IRM sont pratiquées pour évaluer l’étendue
de la tumeur dans l’os et dans les tissus mous.
L’angiographie
pourrait compléter les informations en montrant une vascularisation
radiaire.
6- Bilan d’extension :
L’hémangiopéricytome est une tumeur à malignité variable.
Elle
présente un potentiel élevé de récidive locale, mais peut également
se présenter sous une forme métastatique d’emblée aux poumons,
aux ganglions, ou à d’autres parties du squelette.
Après confirmation
du diagnostic, un scanner pulmonaire, ainsi qu’une scintigraphie
osseuse, sont pratiqués à la recherche de localisations secondaires.
7- Anatomie pathologique :
Il s’agit d’un ensemble de tumeurs développées à partir des péricytes des vaisseaux sanguins de l’os.
Ces tumeurs sont de degré
variable de malignité.
Macroscopiquement, ce sont des tumeurs brunâtres expansives
soufflant l’os et dont les tranches de section révèlent une formation
tumorale mal limitée, d’aspect focalement hémorragique.
En microscopie, on retrouve une prolifération cellulaire relativement
dense entourant un réseau vasculaire anastomotique bien
développé.
Les cellules tumorales sont polygonales ou fusiformes,
aux limites cytoplasmiques nettes, et peuvent contenir des granules intracytoplasmiques acide périodique Schiff (PAS) positifs.
La
coloration à la réticuline met en relief la position extravasculaire des
cellules néoplasiques (par opposition à l’hémangioendothéliome ou
à l’angiosarcome).
La densité cellulaire, l’activité mitotique
élevée (plus de cinq mitoses par dix gros champs microscopiques)
et la présence de zones de nécrose tumorale ont été associées à un
taux plus élevé de récidive.
L’immunohistochimie, souvent
pratiquée dans ce contexte, révèle une réactivité des cellules
tumorales à la vimentine, au CD57 et parfois au CD34.
L’immunomarquage au facteur VIII-R, aux marqueurs épithéliaux
(kératine), myogènes (actine musculaire lisse et desmine) ou
neurogènes (protéine S-100) est négatif.
8- Diagnostic différentiel
:
* Radiologique
:
L’aspect radiologique et TDM de l’hémangiopéricytome n’est pas
spécifique et peut ressembler à celui de la majorité des tumeurs
lytiques de l’os.
Dans sa forme polylobée en « nid d’abeilles », cernée
d’un fin liseré d’ostéocondensation, il peut être confondu avec une
tumeur bénigne, surtout un hémangiome.
En présence d’une
rupture corticale, avec ou sans réaction périostée, le diagnostic
différentiel se pose avec les autres tumeurs malignes de l’os.
* Anatomopathologique
:
Devant un hémangiopéricytome de l’os, il convient d’exclure en
premier lieu l’éventualité plus fréquente d’une métastase osseuse
d’un hémangiopéricytome méningé.
L’histopathologie étant
identique, seule l’anamnèse ou le bilan d’extension permettent de
faire la distinction.
Par ailleurs, de nombreuses tumeurs bénignes et malignes peuvent
parfois présenter un aspect architectural d’hémangiopéricytome.
Cependant, la discussion du diagnostic différentiel de ces différentes
entités dépasse le cadre de cet exposé.
9- Traitement :
Le traitement de choix de l’hémangiopéricytome est l’exérèse
chirurgicale.
Celle-ci doit être au moins marginale et de préférence
large.
Dans les cas où la résection chirurgicale est impossible ou très
risquée, la radiothérapie et l’amputation peuvent être discutées.
La
chimiothérapie n’a pas de place dans le traitement de
l’hémangiopéricytome osseux.
10- Évolution et pronostic
:
L’évolution de l’hémangiopéricytome est imprévisible.
S’il est bien
admis que cette tumeur fait partie du groupe des tumeurs
vasculaires malignes de l’os, il n’en reste pas moins que, dans
certains cas, elle présente une évolution tout à fait favorable.
En
effet, certaines publications font état de guérisons, suivies depuis
plus de 10 ans, après traitement local.
À l’opposé, de nombreuses
publications rapportent des récidives après exérèse chirurgicale
(pouvant dépasser la moitié des cas opérés), avec un essaimage
métastatique tardif, essentiellement aux poumons, 15 et même
parfois 20 ans après le traitement initial.
Dans une revue de la
littérature, Tang et al ont trouvé que le taux de survie était de
75 % à 5 ans et de 44 % à 10 ans.
Parmi les 15 patients rapportés par Wold et al, seulement trois étaient vivants et en rémission au
dernier recul.
C - ANGIOSARCOME :
1- Définition :
Qu’elle soit appelée hémangiosarcome, sarcome hémangioendothélial,
hémangioendothéliome malin, ou même hémangioendothéliome
de grade III, cette tumeur, composée de cellules
endothéliales, se définit par le degré histologique d’anaplasie,
l’agressivité radiologique, l’évolution clinique rapide et un fort
potentiel métastatique.
2- Épidémiologie :
Il s’agit d’une tumeur rare.
Elle survient essentiellement chez
l’adulte, avec une distribution presque homogène entre la deuxième
et la septième décennies et une légère prédominance masculine
(1,5 : 1).
3- Étiologie :
Elle est inconnue, mais certains angiosarcomes se sont développés
sur des lésions préexistantes telles qu’une maladie de Paget, un
infarctus osseux, une ostéomyélite, ou au contact d’un
matériel métallique (plaque d’ostéosynthèse, produit de corrosion
métallique, prothèse de hanche ou de genou).
Un angiosarcome peut également être associé à un chondrosarcome
dédifférencié de bas grade.
4- Localisations
:
Tous les os du squelette peuvent être atteints, avec une
prédominance au squelette axial. Un tiers semble atteindre le
rachis et les os du bassin.
L’atteinte peut être multifocale, avec
parfois plusieurs lésions sur un même segment osseux.
Dans la série
de la Mayo Clinic, la présentation la plus fréquente d’atteinte
multifocale était celle de l’atteinte d’une même zone géographique,
c’est-à-dire l’atteinte de plusieurs os d’une même extrémité.
Aux os
longs, la tumeur peut se localiser aussi bien à la métaphyse qu’à la
diaphyse.
Au rachis, le corps vertébral est plus souvent atteint que
l’arc postérieur.
5- Étude clinique :
Les symptômes et les signes ne sont pas spécifiques.
La douleur
spontanée et à la palpation domine le tableau clinique, suivie par la
présence d’une tuméfaction.
6- Étude radiologique :
* Forme habituelle typique :
La plupart des angiosarcomes produisent une image purement
lytique.
Dans certains cas, la lésion est hétérogène, avec un
mélange de lyse et de sclérose.
La lésion est mal
limitée, avec l’impression que la lyse diminue progressivement du
centre à la périphérie où elle se confond progressivement avec le
tissu osseux normal.
L’image radiologique rappelle ce que l’on
observe dans les sarcomes ostéogènes anaplasiques
télangiectasiques.
La présence de réaction périostée est souvent synonyme de rupture corticale et d’envahissement des parties
molles.
La présence de lésions lytiques multiples, surtout dans des
segments osseux adjacents, doit faire fortement suspecter le
diagnostic.
* Autres formes radiologiques
:
Certaines lésions de bas grade peuvent se présenter sous forme
d’ostéolyses aux limites relativement nettes, avec un cloisonnement
en « nid d’abeilles » et une soufflure de la corticale sans rupture.
7- Bilan d’extension :
L’angiosarcome est une tumeur hautement maligne ayant un
potentiel d’extension locale et à distance très élevé.
La TDM et l’IRM
permettent de compléter la radiographie standard, en précisant les
limites osseuses de la tumeur, en particulier l’atteinte corticale, ainsi
que l’envahissement des parties molles avoisinantes.
Les sites
d’élection des métastases sont l’os et les poumons.
Le bilan
d’extension initial et pratiqué à intervalles réguliers doit comporter
une TDM pulmonaire et une scintigraphie osseuse.
8- Anatomie pathologique :
* Biopsie
:
Elle ramène un tissu osseux déchiqueté baignant dans une nappe
hémorragique, mais cet aspect n’est pas spécifique et n’est pas
suffisant à lui seul pour orienter le diagnostic.
* Aspects macroscopiques et microscopiques
:
Il s’agit de tumeurs hautement malignes développées à partir des
cellules endothéliales des vaisseaux sanguins de l’os.
Macroscopiquement, ce sont des tumeurs brunâtres, expansives,
soufflant l’os et s’étendant fréquemment aux tissus mous ou à la
cavité articulaire d’alentour.
Les tranches de section révèlent une
formation tumorale mal limitée, d’aspect hémorragique, par endroits kystisée, souvent accompagnée d’une lyse importante de l’os dont il
ne persiste que de rares travées irrégulières.
Microscopiquement, on retrouve, dans les formes relativement
différenciées, de larges espaces vasculaires anastomotiques revêtus
de cellules endothéliales atypiques, hyperchromatiques, à noyaux
irréguliers, siège d’une activité mitotique élevée, avec parfois des
figures de mitose atypique.
Des zones de nécrose hémorragique
tumorale et des dépôts d’hémosidérine sont souvent notés.
Parfois,
la tumeur est très faiblement différenciée, formée uniquement de
plages solides de cellules fusiformes atypiques évoquant un sarcome
indifférencié.
Le degré de différenciation tumorale peut varier au
sein de la même tumeur.
Les cellules de l’angiosarcome, par
analogie avec les cellules endothéliales, expriment le facteur VIII-R
et le CD34.
La vimentine (filament intermédiaire retrouvé dans
les cellules mésenchymateuses) est également exprimée dans
l’angiosarcome.
Parallèlement, les marqueurs des cellules
musculaires lisses (actine musculaire lisse, desmine), ainsi que la
protéine S-100 (exprimée dans les tumeurs malignes d’origine
neurogène) sont constamment négatifs dans l’angiosarcome.
À noter
que la cytokératine (marqueur épithélial) est exprimée dans de très
rares cas d’angiosarcome. L’explication de ce phénomène n’est pas
claire à ce jour.
La microscopie électronique, non utilisée en routine, pourrait
montrer des granules denses intracytoplasmiques (corps de
Weibel-Palade).
9- Diagnostic différentiel :
* Radiologique :
La lésion ostéolytique agressive de l’angiosarcome est difficile à
distinguer radiologiquement de la plupart des autres lésions lytiques
agressives du squelette.
En effet, l’image observée peut être
confondue avec celle d’une métastase épithéliale, d’un histiocytofibrome malin ou d’un ostéosarcome télangiectasique.
Dans les lésions de bas grade présentant un aspect ostéolytique
bourgeonnant ou polycyclique, à contours réguliers, le diagnostic
différentiel se pose avec les tumeurs bénignes, en particulier
vasculaires (hémangiome, lymphangiome, etc).
* Anatomopathologique
:
Les sarcomes à cellules fusiformes des tissus mous envahissant
secondairement l’os (léiomyosarcome, histiocytofibrome malin,
tumeur maligne des nerfs périphériques) doivent être évoqués
systématiquement devant tout angiosarcome faiblement
différencié.
Le diagnostic différentiel est parfois difficile du fait
d’une riche vascularisation de ces tumeurs pouvant mimer un angiosarcome.
L’immunomarquage est souvent nécessaire dans ce
cas pour confirmer le diagnostic.
L’ostéosarcome présente également des cellules de haut grade et une
forte vascularisation.
La démonstration de l’élaboration par la
tumeur de substance ostéoïde et la négativité des cellules tumorales
aux anticorps dirigés contre le facteur VIII-R ou le CD34 permettent
de redresser le diagnostic.
Enfin, les carcinomes métastatiques à l’os, et en particulier le
carcinome d’origine rénale, souvent ostéophile par ailleurs, peuvent
prêter à confusion histologiquement avec un angiosarcome.
Les
antécédents de malignité et l’aspect plutôt polygonal que fusiforme
des cellules tumorales représentent autant d’appoints au diagnostic
de carcinome.
L’analyse immunohistochimique pourrait trancher le
cas échéant.
10- Traitement
:
Une atteinte multifocale doit être recherchée avant toute décision
thérapeutique.
Les méthodes de traitement utilisées n’ont presque pas évolué
depuis deux ou trois décennies.
Elles associent, à des degrés
variables et en fonction du cas (sévérité, résécabilité), la chirurgie, la
radiothérapie et la chimiothérapie.
* Chirurgie
:
Elle doit être de préférence large, au moins marginale, mais jamais intralésionnelle dans le cas d’un angiosarcome avéré (grade III
histologique).
* Radiothérapie :
La radiothérapie, dont l’efficacité n’est pas tout à fait démontrée, est
parfois utilisée seule ou en complément à la chirurgie, dans les cas
où une résection en « bloc » ne peut pas être pratiquée.
Dans les lésions de bas grade histologique, la radiothérapie est à éviter,
compte tenu du risque de sarcome radio-induit.
Dans la série de la
Mayo Clinic, une patiente porteuse d’une lésion de bas grade,
traitée par radiothérapie, est décédée 7 ans et demi plus tard d’une
leucémie radio-induite.
Un autre patient est décédé d’un sarcome radio-induit, 17 ans après une radiothérapie pratiquée pour un
hémangioendothéliome de bas grade.
* Chimiothérapie :
Elle n’a pas prouvé son efficacité dans le traitement de l’angiosarcome,
comme c’est le cas pour le sarcome ostéogène.
Cependant, certains
auteurs continuent à l’utiliser dans des cas sévères, avec des protocoles
identiques à ceux utilisés pour le sarcome ostéogène, en association
aux deux méthodes thérapeutiques précédentes.
11- Évolution et pronostic :
À l’opposé des hémangioendothéliomes grades I et II,
l’angiosarcome (ou hémangioendothéliome grade III) présente une
forte mortalité.
Parmi les 15 cas que rapportent Campanacci et
al, le taux des métastases était de 92 % et la mortalité de 63 %, en
dépit de thérapeutiques complexes associant les diverses possibilités
actuelles. Dans la série rapportée par Wold et al, la survie sans
maladie était de 20 % uniquement.
En effet, l’évolution est souvent
rapide ; dans les semaines ou les mois qui suivent le diagnostic d’un angiosarcome, apparaît souvent une diffusion métastatique
atteignant d’autres parties du squelette (os longs des membres,
vertèbres, bassin), en même temps que se développent des
localisations pulmonaires.
En l’absence de réponse au traitement, la
mort survient habituellement dans les 2 ans qui suivent l’apparition
des premiers symptômes.
Dans le travail de Wold et al, aucune
différence pronostique n’a été retrouvée entre les patients ayant une
lésion unique et ceux présentant une atteinte multifocale.
Dans la
série de la Mayo Clinic comportant 24 patients porteurs
d’angiosarcomes, trois seulement étaient encore vivants 12, 13 et 14
ans après le traitement.
Les 21 restants étaient morts à des délais
variables de 0 à 8,1 ans depuis le diagnostic.
Conclusion
:
Les tumeurs vasculaires des os sont rares.
L’hémangiome et le lymphangiome ont des présentations cliniques et
radiologiques proches.
Leur évolution est en général favorable, puisque
l’on peut assister dans certains cas à leur involution spontanée.
Le
traitement est indiqué en présence d’une tumeur qui augmente de
volume, compromettant la qualité mécanique de l’os où elle se trouve, ou
mettant en danger des structures nobles avoisinantes (compression
médullaire pour un hémangiome vertébral).
Il est souvent chirurgical,
basé sur l’excision intralésionnelle ou marginale de la tumeur, associé ou
non à une ostéosynthèse préventive dans les cas où un danger mécanique
existe.
L’hémangiome peut bénéficier d’une embolisation artérielle, soit
comme traitement unique, soit en préparation à la chirurgie d’exérèse,
afin de diminuer le risque hémorragique peropératoire.
En dehors des
angiomatoses diffuses et de l’ostéolyse massive, le pronostic est en général
favorable.
Les traitements plus agressifs (amputation, radiothérapie) sont
rarement indiqués et doivent être discutés uniquement dans les cas
sévères ayant une évolution rapide et incontrôlable, à cause du taux élevé
de complications iatrogènes.
La tumeur glomique des os prédomine aux phalanges.
Son traitement
est souvent l’exérèse chirurgicale, avec un bon pronostic.
L’hémangiopéricytome osseux est une tumeur maligne très rare,
caractérisée par un potentiel élevé de récidive locale après chirurgie
d’exérèse et d’essaimage métastatique au reste du squelette et aux
poumons.
Son traitement reste néanmoins essentiellement chirurgical,
basé sur une exérèse large, ou tout au moins marginale.
La
radiothérapie, bien que parfois efficace, est réservée aux formes
inaccessibles à la chirurgie, ou en complément d’une chirurgie d’exérèse
non « carcinologique ».
La chimiothérapie n’a pas de place dans le
traitement de l’hémangiopéricytome osseux.
L’angiosarcome osseux continue à présenter un problème de
classification avec l’hémangioendothéliome.
Si la plupart des auteurs
sont d’accord pour considérer l’angiosarcome comme étant un
angioendothéliome de haut grade de malignité, il n’en reste pas moins
que l’évolution et le pronostic de ces deux entités sont nettement
différents.
En effet, l’angiosarcome est une tumeur hautement maligne
et souvent létale, quel que soit le traitement utilisé.
Même si la
radiothérapie et la chimiothérapie sont parfois utilisées en complément à
la chirurgie, le meilleur garant de la survie reste une excision
chirurgicale adéquatement large, aussitôt le diagnostic posé.