Tumeurs rachidiennes et intrarachidiennes
Cours de Neurologie
Rappel anatomique
:
A - RACHIS :
Le rachis constitue la partie axiale du squelette du tronc qui
comprend également le thorax et le bassin.
Maintenu par un système musculoligamentaire puissant, il joue un rôle fondamental dans la
station érigée chez l’homme.
Il engaine et protège la moelle épinière
et ses enveloppes contenues dans le canal vertébral.
Ainsi, il possède
principalement trois fonctions : statique, cinétique et protectrice.
Le rachis est constitué d’éléments osseux superposés, les vertèbres,
dont le nombre est assez constant (33 à 35).
Elles se répartissent en
sept vertèbres cervicales (C1 à C7), 12 vertèbres thoraciques (Th1 à
Th12), cinq vertèbres lombales (L1 à L5), cinq vertèbres sacrées (S1 à
S5) et quatre à six vertèbres coccygiennes.
La charnière lombosacrée,
qui assure la liaison entre le rachis mobile et le rachis fixe, représente
le segment articulaire vertébral dont les conditions de travail ont été
les plus bouleversées par le passage de la station quadripède à la
station debout lors de l’évolution phylogénétique.
Les variations du
nombre des vertèbres sont d’autant plus fréquentes que l’on descend
du rachis cervical vers le coccyx.
Ainsi, une anomalie transitionnelle, conséquence d’un trouble de la segmentation des sclérotomes, peut
être observée dans 5 à 10 % à la charnière lombosacrée, réalisant soit
une sacralisation de L5, soit une lombalisation de S1.
La vertèbre L3
possédant de façon constante les processus transverses les plus
longs, il est possible d’éviter toute erreur d’interprétation de
repérage du niveau vertébral sur une radiographie de face.
L’étude phylogénétique de l’embranchement des vertébrés montre
que l’apparition première de la lordose cervicale détermine l’adaptation à la quadripédie, tandis que la bipédie chez les
anthropoïdes plus évolués dont l’homme est possible par la
constitution d’une lordose lombosacrée.
1- Constitution
:
Les vertèbres ne sont pas toutes semblables, mais elles possèdent
des caractères communs.
La vertèbre « fondamentale » est constituée
par une partie antérieure renflée, le corps vertébral, et par un arc
osseux à concavité antérieure, l’arc postérieur, circonscrivant avec la
face postérieure du corps vertébral, le foramen vertébral.
L’arc
postérieur est formé de chaque côté par des pédicules en avant, par
des lames en arrière et par une saillie médiane et postérieure, le
processus épineux.
À l’union des lames et des pédicules, l’arc
postérieur porte, de chaque côté et symétriquement, deux saillies
horizontales, les processus transverses et quatre saillies verticales,
les processus articulaires supérieurs et inférieurs.
Ces dernières
permettent à la vertèbre de s’unir aux vertèbres sus- et sous-jacentes.
L’isthme, terme d’anatomie radiologique, désigne le segment osseux
qui relie le processus articulaire supérieur au processus articulaire
inférieur.
Sertis entre deux plateaux vertébraux, il existe de C2 à S1
des structures fibrocartilagineuses, les disques intervertébraux, qui
jouent un rôle articulaire et d’amortissement des contraintes.
Un important système ligamentaire vertical contribue à la stabilité
de l’ensemble.
Il s’agit essentiellement des ligaments longitudinaux
antérieur et postérieur, du ligament jaune et des ligaments inter- et supraépineux.
2- Rachis cervical
:
Il est composé de deux segments, un supérieur et un inférieur.
L’ensemble du rachis cervical présente une courbure concave en
arrière : la lordose cervicale.
* Rachis cervical supérieur :
Il est constitué par l’atlas (C1) et l’axis (C2), sans disque interposé.
L’atlas a une forme d’anneau étiré transversalement.
Les surfaces
articulaires supérieures des masses latérales de C1, ou cavités
glénoïdes, s’articulent avec les condyles occipitaux, réalisant
l’articulation craniorachidienne.
Deux arcs osseux antérieur et
postérieur réunissent les masses latérales.
L’axis est particulière,
surtout du fait de l’existence d’un processus odontoïde (dent de
l’axis) implanté à la face supérieure du corps vertébral et s’articulant
avec l’arc antérieur de C1.
Le processus odontoïde représente
embryologiquement le corps de C1, séparé de cette vertèbre et soudé
à l’axis, constituant ainsi un pivot autour duquel tourne l’atlas.
L’appareil ligamentaire C1-C2 est constitué essentiellement de trois
formations :
– la membrana tectoria (ligament occipitoaxoïdien), située
directement en avant de la dure-mère et unissant la face postérieure
du corps de l’axis au bord antérieur du foramen occipital ;
– le ligament cruciforme de l’atlas, constitué par le ligament
transverse de l’atlas et ses faisceaux longitudinaux supérieur et
inférieur ;
– les ligaments occipito-odontoïdiens, reliant l’apex du processus
odontoïdien au bord antérieur du foramen occipital (ligaments
occipito-odontoïdiens médians) et à la face médiale des condyles
occipitaux (ligaments occipito-odontoïdiens latéraux ou alaires).
* Rachis cervical inférieur :
Il est constitué par les cinq dernières vertèbres cervicales qui sont à
peu près identiques.
La face supérieure des corps vertébraux est
reliée latéralement par deux saillies osseuses sagittales, les uncus.
La surface articulaire possède un grand axe oblique en haut et en
avant, orientation favorisant les mouvements de flexion.
Latéralement, les processus transverses délimitent un orifice, le
foramen transversaire, où passe l’artère vertébrale.
3- Rachis thoracique
:
La description est proche de celle de la vertèbre fondamentale.
Les
surfaces articulaires sont orientées dans un plan frontal et les
processus épineux sont longs et très obliques vers le bas.
Les
vertèbres thoraciques sont surtout caractérisées par la présence de
fossettes articulaires costales transversaires supérieure et inférieure.
Ainsi, les articulations avec les côtes rendent compte de la faible
mobilité du rachis thoracique.
4- Rachis lombal :
Les vertèbres lombales sont les plus grosses, avec un volumineux
corps vertébral d’aspect réniforme.
Les surfaces articulaires
postérieures sont dans un plan sagittal, favorisant la mobilité en flexion-extension et limitant les mouvements transversaux.
Les
processus transverses ont subi de profondes modifications car ils
sont formés par la fusion de processus transverses et de côtes
rudimentaires, d’où la dénomination de processus costiformes que
l’on leur donne parfois.
5- Sacrum :
Il est formé par la fusion de cinq vertèbres sacrées et il apparaît
comme un large coin osseux enfoncé entre les deux os coxaux avec
lesquels il s’articule.
Il forme avec le rachis lombal un angle faisant
saillie dans le bassin : le promontoire.
Sa face antérieure, concave et
lisse, est creusée de chaque côté par quatre foramens sacrés
antérieurs, tandis que la face postérieure, convexe, est creusée de
chaque côté de la ligne médiane par quatre foramens sacrés
postérieurs.
B - MOELLE ÉPINIÈRE ET RACINES :
1- Moelle épinière
:
Il s’agit d’un long cordon cylindrique (45 cm chez l’adulte en
moyenne), pesant environ 30 g et s’étendant de la jonction avec la
moelle allongée en regard de la charnière occipitocervicale jusqu’au
bord supérieur de L2.
Elle se poursuit caudalement par un
prolongement filiforme, le filum terminale, qui devient le ligament
coccygien en se fixant à la face postérieure de S4.
Située à l’intérieur
du canal vertébral, elle en épouse les différentes courbures sur toute
sa hauteur et elle est entourée par les méninges : dure-mère,
arachnoïde et pie-mère.
Ainsi, se trouvent délimités les espaces
épidural (contenant du tissu graisseux et des plexus veineux) et subarachnoïdien (contenant le liquide cérébrospinal [LCS]).
L’espace subdural est normalement virtuel et peut être créé par un
traumatisme, un geste chirurgical, ou la constitution d’un
épanchement liquidien.
Légèrement aplatie dans le sens
antéropostérieur, d’un diamètre moyen de 10 mm, elle a un calibre
plus important aux niveaux cervical et lombal, réalisant
respectivement les intumescences cervicale (C4 à Th1) et lombale
(Th9 à L1).
Elle est constituée de substance grise centrale et de
substance blanche périphérique.
Cette dernière contient de
nombreux faisceaux ascendants à destinée sensitive et des faisceaux
descendants à destinée motrice.
2- Racines rachidiennes :
Elles naissent par la réunion des radicelles antérieures (motrices) et
postérieures (sensitives) d’un segment médullaire appelé métamère.
Il existe 31 métamères, donc 31 paires de racines rachidiennes
droites et gauches (huit paires de racines cervicales, 12 paires de
racines thoraciques, cinq paires de racines lombales, cinq paires de
racines sacrées et une paire de racines coccygiennes).
La
métamérisation de la moelle épinière permet de définir des
territoires cutanés sensitifs (dermatomes) et des territoires
musculaires moteurs (myotomes).
Du fait de l’accroissement différentiel moelle-canal vertébral,
débutant chez l’embryon de 4 mois, les racines rachidiennes ont des
directions et des longueurs variables selon leur niveau d’émergence.
Ainsi, elles sont courtes et horizontales au niveau cervical, et elles
s’allongent et deviennent obliques et verticales au fur et à mesure
que l’on progresse caudalement.
Les racines lombosacrées, situées
dans le canal lombal, sont dénommées racines de la queue de cheval.
À leur sortie des foramens intervertébraux, les nerfs spinaux
s’anastomosent entre eux et avec des ganglions végétatifs par
l’intermédiaire des rameaux communicants.
C - VASCULARISATION
:
1- Artères de la moelle épinière
:
Elles sont constituées par de nombreuses artères radiculaires et radiculospinales réalisant un système transversal, et par un système
longitudinal fait d’un axe spinal ventral (antérieur) et de deux axes
spinaux dorsaux (postérieurs).
Au niveau cervical supérieur, l’axe spinal ventral est formé par
l’anastomose de deux branches artérielles provenant chacune d’une
artère vertébrale et constituant ainsi l’artère spinale ventrale
cheminant dans le sillon médian ventral de la moelle épinière.
Il est
alimenté par des rameaux naissant des artères cervicales ascendantes
et profondes, respectivement branches collatérales de l’artère
thyroïdienne inférieure et du tronc costocervical.
Au niveau thoracique, les artères radiculospinales proviennent de
l’aorte par l’intermédiaire des artères intercostales.
Cependant, il
n’existe pas autant d’artères radiculospinales que d’artères
intercostales, de telle sorte que, de Th3 à Th7, une seule artère
radiculospinale accompagne la racine Th4 ou Th5.
Ainsi, il existe
une insuffisance vasculaire relative de la moelle thoracique, tout
particulièrement dans sa partie moyenne.
Le segment inférieur de la moelle épinière, de Th8 jusqu’au cône
terminal, est sous la dépendance prédominante d’une artère
analogue, l’artère de l’intumescence lombale (ou artère
d’Adamkiewicz), unilatérale et plus souvent située à gauche.
Elle
naît d’une artère intercostale basse ou d’une artère lombale entre
Th9 et L2 dans 85 % des cas.
2- Veines de la moelle épinière :
Les veines spinales ont une disposition transversale radiaire et se
drainent dans deux axes médians, ventral et dorsal.
Le drainage
s’effectue ensuite par des plexus veineux épiduraux et périrachidiens vers les systèmes cave et azygos.
Ces dispositions
provoquent, lors des manoeuvres d’hyperpression abdominothoracique
(efforts physiques, toux, éternuement...), une gêne au
retour veineux et une augmentation de pression au niveau des
veines épidurales et dans les foramens intervertébraux.
Clinique
:
Les tumeurs rachidiennes et intrarachidiennes s’expriment
classiquement par trois syndromes, de façon isolée ou associée :
– un syndrome rachidien où la douleur est le « maître » symptôme,
localisée au niveau de la tumeur et souvent associée à une
contracture musculaire paravertébrale, une raideur segmentaire du
rachis et une douleur provoquée à la palpation d’un processus
épineux ; rarement, on peut palper une tuméfaction douloureuse
paravertébrale ; dans certains cas, il peut exister des déformations
rachidiennes telles une scoliose et/ou une cyphose ;
– un syndrome lésionnel caractérisé par l’atteinte d’une ou plusieurs
racines spinales ;
– un syndrome sous-lésionnel traduisant la compression médullaire
et s’exprimant par des signes des voies longues motrices et/ou
sensitives selon la localisation tumorale.
Bien évidemment, dans les atteintes sous-jacentes à L2, seuls les
deux premiers syndromes peuvent être observés, puisqu’il n’existe
plus de moelle en dessous de ce niveau.
Enfin, l’examen clinique doit comporter également un examen
général de l’ensemble du squelette, des aires ganglionnaires, de
l’abdomen et la réalisation des touchers pelviens.
SYMPTÔMES CLINIQUES :
Les douleurs rachidiennes sont le signe initial précédant souvent de
plusieurs semaines, parfois de plusieurs mois, le diagnostic.
Elles
sont localisées au niveau de la tumeur, d’intensité variable au début,
ayant tendance à s’accroître avec le temps, classiquement nocturnes,
mais en réalité de rythme mixte le plus souvent.
Parfois, elles
peuvent avoir un rythme mécanique, accentuées par l’effort
physique, la marche, l’éternuement, la défécation, et ainsi mises sur
le compte d’une affection dégénérative.
La douleur majorée à la
palpation d’une épineuse, l’existence d’une contracture paravertébrale, d’une tuméfaction douloureuse et/ou de l’apparition
récente d’une déformation rachidienne doivent orienter le
diagnostic.
Les douleurs radiculaires sont habituellement unilatérales, du moins
au début.
Elles ont une topographie systématisée correspondant au
trajet et au territoire périphérique de la ou des racines concernées.
Souvent, ces douleurs s’associent à des paresthésies ou à des
dysesthésies qui conservent toujours une distribution radiculaire.
Classiquement, elles prédominent la nuit et sont peu ou pas calmées
par le repos, à l’opposé des douleurs radiculaires d’origine discale.
Il faut rechercher une hypoesthésie ou une anesthésie dans le ou les
territoires concernés, un déficit moteur périphérique associé ou non
à une amyotrophie, une diminution ou une abolition des réflexes ostéotendineux.
Les signes médullaires sont le plus souvent d’apparition progressive
et comprennent des troubles sensitifs sous-lésionnels : syndrome
cordonal postérieur responsable de douleurs fulgurantes, sensation
de courant électrique et/ou de brûlures, sensation d’écoulement de
fluides chauds ou froids sur la peau, mais également sensation
d’avoir un ou plusieurs segments de membre serrés comme dans
un étau.
Il faut rechercher une atteinte de la sensibilité
proprioceptive et un éventuel niveau sensitif concernant
particulièrement la sensibilité superficielle fine, épicritique et
thermoalgique.
Les signes moteurs peuvent être limités à un syndrome pyramidal
réflexe, une claudication à la marche de type médullaire ou
radiculaire, et à l’extrême, une para- ou une tétraparésie ou une
para- ou tétraplégie.
La sémiologie sous-lésionnelle dépend
beaucoup de la localisation de la lésion par rapport au cordon
médullaire.
Les compressions antérieures ont une composante
motrice prédominante, tandis que les lésions postérieures se
traduisent d’abord par des troubles de la sensibilité.
Les lésions
latérales peuvent provoquer un syndrome de Brown-Séquard plus
ou moins typique, associant un syndrome pyramidal et un
syndrome cordonal postérieur homolatéral et un syndrome
thermoalgésique controlatéral à la lésion.
En outre, le niveau
lésionnel permet d’individualiser certaines formes topographiques.
Ainsi, dans les compressions de la moelle épinière cervicale, on peut
observer des signes bulbaires et/ou des dernières paires crâniennes
dans les formes hautes, un syndrome de Claude Bernard-Horner
dans les formes basses.
Les compressions du cône terminal et des
racines de la queue de cheval peuvent donner des névralgies
obturatrices et/ou abdominogénitales, un déficit génitosphinctérien
(impuissance, incontinence...) et des troubles du transit.
La suspicion clinique de compression médullaire traduit un risque
fonctionnel parfois imminent.
En effet, si la plupart des patients ont
des déficits sensitifs et/ou moteurs partiels au moment du
diagnostic, une atteinte flasque est parfois observée. Dans cette
situation, le pronostic fonctionnel est extrêmement péjoratif.
Enfin, parfois, le diagnostic est réalisé dans le cadre de la recherche
systématique d’une pathologie néoplasique primitive ostéophile
(prostate, sein, poumon...) dont on connaît le risque de
dissémination au niveau rachidien.
Examens complémentaires
:
A - BIOLOGIE :
Outre les examens biologiques usuels, comportant en particulier la
numération formule sanguine (NFS) et la recherche d’un syndrome
inflammatoire, il existe des examens spécifiques (marqueurs
tumoraux, électrophorèse et immunoélectrophorèse des protéines)
qui sont envisagés avec les pathologies correspondantes.
L’étude du LCS, prélevé par ponction lombaire, est peu contributif
car peu spécifique :
– l’existence d’une dissociation albuminocytologique peut
s’observer dans une compression médullaire et correspond à une
franche élévation de la protéinorachie contrastant avec l’absence de
pléiocytose ;
– la recherche de cellules néoplasiques s’avère le plus souvent
infructueuse dans les pathologies malignes intradurales.
B - IMAGERIE
:
1- Radiographies standards :
Les examens radiologiques standards conservent tout leur intérêt
lorsque l’on suspecte une atteinte rachidienne.
Les clichés de face et
de profil, accompagnés de trois quarts à l’étage cervical ou lombal,
doivent étudier la totalité du segment considéré.
Les clichés localisés
sont nécessaires, soit au niveau d’une région difficile à analyser
(charnière craniorachidienne ou lombosacrée), soit sur la région
cliniquement suspecte.
Cependant, si le syndrome lésionnel ou rachidien, lorsqu’il existe, est relativement localisateur, il existe
volontiers, dans les syndromes médullaires isolés, un décalage entre
le niveau neurologique et le niveau de la lésion, plus haut situé.
L’analyse des radiographies doit être rigoureuse, étudiant à chaque
niveau et sur toutes les incidences les contours et la structure des
corps vertébraux, des pédicules, des lames, des processus
transverses, articulaires et épineux.
Il faut vérifier la hauteur et la
régularité des espaces intersomatiques et les foramens
intervertébraux.
Enfin, il ne faut pas oublier de regarder l’aspect des
parties molles paravertébrales qui peuvent être déformées ou
envahies par une prolifération tumorale. Ainsi, on peut observer :
– un processus expansif d’origine osseuse associant, à des degrés
divers, lyse et condensation, et déformant la structure atteinte ;
– une ostéocondensation localisée, intéressant le plus souvent le
corps vertébral et prenant l’aspect d’une vertèbre « d’ivoire » ;
– une ostéolyse localisée, mal limitée, atteignant le corps vertébral
ou encore un pédicule, réalisant un aspect de vertèbre « borgne »,
orientant avant tout vers une étiologie métastatique ;
– un tassement d’un ou plusieurs corps vertébraux ;
– une déformation scoliotique et/ou cyphotique, parfois témoin
d’une lésion intrarachidienne, surtout chez l’enfant ;
– une déformation localisée telle l’augmentation de l’espace interpédiculaire (signe d’Elsberg) ou l’élargissement d’un foramen
intervertébral (neurinome en « sablier ») ;
– un aspect de spondylodiscite en faveur d’un processus infectieux ;
– une augmentation de taille des parties molles avoisinantes (espace prévertébral cervical sur une incidence de profil, espaces
prévertébraux sur un cliché de face du rachis thoracique,
élargissement d’un muscle psoas sur un cliché de face du rachis
lombal).
Les radiographies du rachis standards sont souvent anormales dans
les tumeurs d’origine osseuse.
En revanche, elles sont souvent
normales lors d’un processus expansif intracanalaire épidural,
intradural extramédullaire ou intramédullaire.
Quoiqu’il en soit,
l’existence de signes neurologiques doit conduire à la réalisation
d’autres explorations radiologiques.
E2- xamen tomodensitométrique (scanner) :
C’est un examen essentiel dans les tumeurs d’origine osseuse.
Il
permet, grâce à la réalisation de coupes millimétriques, les
possibilités de reconstruction sagittale, frontale et tridimensionnelle
et une analyse fine des structures osseuses mais aussi des parties
molles adjacentes.
En revanche, les possibilités d’analyse des
structures neuroméningées sont réduites, en particulier pour le
segment thoracique.
L’injection intraveineuse de produit de
contraste iodé doit être réalisée systématiquement en l’absence de
contre-indication pour apprécier la vascularisation tumorale.
Elle
permet également de souligner certaines tumeurs extra-axiales
comme les neurinomes.
La sensibilité du scanner est augmentée s’il
est couplé à une myélographie (myéloscanner), car il permet de
limiter avec plus de précision la taille et l’aspect du cordon
médullaire ou de visualiser une tumeur épi- ou intradurale.
3- Myélographie opaque :
Elle est de moins en moins utilisée et est remplacée le plus souvent
par l’imagerie par résonance magnétique (IRM).
Cependant, dans
certaines situations d’urgence et en l’absence de disponibilité de
l’IRM, elle permet de montrer l’existence d’une compression
médullaire et/ou radiculaire.
Elle implique systématiquement la
réalisation d’une ponction sous-arachnoïdienne et un prélèvement
de LCS.
Trois voies de ponction sont possibles :
– la voie lombaire, la plus utilisée, permet chez un patient en
décubitus dorsal de réaliser une position de Trendelenburg en
basculant la table de façon à abaisser la tête par rapport au bassin ;
cette position permet de faire progresser le produit de contraste vers
les régions thoracique et cervicale ;
– les voies latérocervicale C1-C2 et sous-occipitale, devenues
exceptionnelles, permettent de délimiter le niveau supérieur de
l’obstacle.
Le produit de contraste utilisé doit être un produit iodé
hydrosoluble, exclusivement non ionique. Après opacification, de
multiples incidences sont réalisées avec, le cas échéant, des clichés
centrés sur la région pathologique.
Un tatouage cutané labile, en
regard de la lésion, peut être réalisé pour guider le geste
thérapeutique.
La lésion dépistée peut être :
– épidurale : les espaces sous-arachnoïdiens contenant le produit de
contraste sont rétrécis au niveau de la lésion ; dans ce cas, l’arrêt du
produit de contraste est irrégulier, frangé, en « bec de flûte » ;
– intradurale et extramédullaire, avec élargissement progressif de la
bande opaque périmédullaire, la moelle épinière étant refoulée du
côté opposé ; l’arrêt du produit de contraste possède un aspect en
« dôme » ou en « cupule » ; cependant, sur l’incidence perpendiculaire,
on peut observer un pseudoélargissement du cordon
médullaire par écrasement ;
– intramédullaire, avec un aspect de « grosse moelle », lui donnant
une image fusiforme plus ou moins étendue, le plus souvent sur
toutes les incidences.
Les compressions médullaires peuvent s’accompagner d’une
dilatation des veines périmédullaires du fait d’une stase par obstacle,
qu’il faut différencier des images serpigineuses observées dans les
malformations artérioveineuses.
4- Scintigraphie
:
Réalisée à l’aide du technétium 99m (99mTc) polyphosphate, elle est
surtout utilisée pour détecter des localisations secondaires dans le
cadre d’une néoplasie primitive ostéophile.
Cependant, cette
technique n’est pas spécifique de la pathologie tumorale et une
fixation osseuse anormale peut s’observer dans de multiples
processus de remaniement osseux : traumatisme, infection,
processus dégénératif.
5- Imagerie par résonance magnétique :
C’est l’examen clé en pathologie vertébromédullaire.
Les modalités
d’explorations restent dépendantes des possibilités techniques
différentes des appareillages, et en particulier des antennes
disponibles (antennes de surface).
Il faut obtenir la meilleure
résolution spatiale possible, et donc un bilan lésionnel optimal, ainsi
qu’un bilan global de la lésion et un repérage topographique
préopératoire précis.
Ainsi, il est possible d’obtenir rapidement des
coupes dans tous les plans de l’espace et de réaliser une analyse
extrêmement précise de la morphologie et de la structure des
différents éléments contenus dans le canal vertébral.
L’IRM est
cependant contre-indiquée chez les patients porteurs d’un pacemaker
ou de valve cardiaque mécanique (sauf celles en carbone).
Les coupes sagittales fines, complétées systématiquement par des
coupes dans une incidence perpendiculaire (axiale et/ou coronale),
permettent une analyse précise du contenant et du contenu.
L’approche tridimensionnelle est possible et permet d’obtenir des
images dans tous les plans en une seule acquisition et des coupes
très fines avec un signal suffisant.
Le radiologue dispose de plusieurs séquences d’acquisition :
– les séquences pondérées en T1, définies par un temps d’écho (TE)
et un temps de répétition (TR) courts, fournissent une bonne analyse
morphologique ; elles font apparaître :
– l’air, le LCS, la corticale osseuse et les ligaments en hyposignal
(noir) ;
– la moelle épinière et le spongieux des corps vertébraux en isosignal (gris) ;
– la graisse sous-cutanée ou épidurale en hypersignal (blanc).
– les séquences pondérées en T2, définies par un TE et par un TR
longs, fournissent un important contraste tissulaire et font
apparaître :
– l’air et la corticale osseuse en hyposignal ;
– la moelle épinière en discret hyposignal ;
– le LCS en hypersignal, tandis que les ligaments restent en
hyposignal ;
– enfin, le tissu graisseux reste en hypersignal.
Ainsi, cette séquence T2 est particulièrement utile pour apprécier
l’importance d’un rétrécissement canalaire, pour dissocier les
différentes parties d’une tumeur, ou encore pour dépister une
anomalie de la structure médullaire.
L’injection de produit de contraste (gadolinium), pendant les
séquences en T1, est un élément complémentaire indispensable au
bilan d’exploration IRM. L’IRM est sensible aux phénomènes de flux.
Cette information peut être utilisée afin d’obtenir des images
reconstruites représentant l’arborisation vasculaire au sein du
volume imagé.
Sur les images obtenues, on recherche :
– une anomalie de la taille et de la structure médullaire évoquant
un processus tumoral ou une cavité kystique ;
– une lésion périmédullaire, de siège intracanalaire, évoquant un
neurinome, un méningiome ou une pathologie ostéodiscale ;
– un processus expansif vertébral responsable d’une déformation,
d’une modification du système osseux et souvent d’un
envahissement des parties molles périrachidiennes.
Enfin, il faut souligner que les coupes sagittales
IRM permettent une exploration rapide et complète de l’ensemble du
rachis et de son contenu.
Cette propriété est surtout intéressante dans des
localisations multiples.
6- Angio-IRM :
Technique largement utilisée pour l’étude de la vascularisation
cérébrale, elle n’a encore été que peu utilisée pour l’exploration de
la moelle, mais les premiers résultats semblent prometteurs.
7- Angiographie médullaire :
Elle est réalisée par cathétérisme rétrograde après ponction de
l’artère fémorale (Seldinger).
Elle peut être utile lorsqu’il existe un
processus hypervascularisé (neurinome, hémangioblastome...).
Pour
certaines tumeurs vertébrales, l’embolisation peut être un
complément thérapeutique très utile en préopératoire.
Enfin, elle
peut permettre de définir des rapports de certaines tumeurs avec
des artères majeures (artères vertébrales et neurinome en « sablier »,
artères de l’intumescence lombale et tumeur du cône médullaire...).
Classification des tumeurs
:
Il est habituel de distinguer plusieurs formes topographiques selon
que la tumeur est localisée au niveau du rachis et/ou dans l’espace
épidural, intradural et extramédullaire, ou intramédullaire.
Certaines
formes pathologiques peuvent s’observer dans plusieurs de ces
localisations.
A - TUMEURS VERTÉBRALES ET/OU ÉPIDURALES :
1- Tumeurs secondaires : métastases
Elles représentent la forme tumorale la plus fréquente dans cette
localisation (environ deux tiers des tumeurs rachidiennes).
Le rachis
est la troisième localisation métastatique la plus fréquente après le
poumon et le foie.
L’atteinte métastatique peut être diagnostiquée
chez un malade porteur d’un cancer connu (80 à 90 % des cas) ou
révéler un cancer occulte (10 à 20 % des cas).
Il s’agit
fréquemment d’adultes de plus de 50 ans et les tumeurs primitives
le plus souvent observées sont, dans l’ordre de fréquence
décroissante : poumon, sein, prostate, rein, thyroïde, hémopathie
maligne, tube digestif et peau.
La localisation est plus
fréquente au niveau du rachis thoracique, et à un moindre degré, au
niveau lombal.
C’est le corps vertébral qui est la structure osseuse le
plus souvent atteinte.
Les métastases vertébrales et/ou épidurales peuvent s’effectuer
selon trois mécanismes :
– la dissémination par voie veineuse, en particulier dans les cancers rétropéritonéaux et du petit bassin (rein, prostate) : les épisodes
d’hyperpression abdominale favoriseraient le reflux veineux
d’emboles métastatiques vers les plexus veineux rachidiens et
épiduraux (hypothèse de Batson) ;
– la dissémination par voie artérielle par l’intermédiaire des artères
nourricières des corps vertébraux ;
– la dissémination par voie lymphatique dont la physiopathologie
est plus discutée.
Enfin, certaines tumeurs médiastinales ou rétropéritonéales
(lymphome malin, sarcome, rein...) peuvent envahir par contiguïté
les corps vertébraux, voire pénétrer l’espace épidural via les foramen
intervertébraux.
* Clinique
:
Les douleurs rachidiennes sont souvent au premier plan.
Elles
peuvent être localisées à un segment rachidien ou bien être diffuses
s’il existe des lésions multiples. De rythme mixte, elles sont peu
ou pas soulagées par les antalgiques usuels.
Parfois, elles sont plus
discrètes, d’évolution torpide, et elles doivent attirer l’attention du
praticien, en particulier lorsqu’il existe un antécédent de cancer,
même ancien.
Les douleurs précèdent habituellement l’apparition de signes
neurologiques qui peuvent être une para- ou tétraplégie
d’installation progressive, associées ou non à un syndrome
radiculaire, en particulier névralgie intercostale dans les localisations
thoraciques.
Le niveau lésionnel peut être situé trois à quatre
niveaux au-dessous ou au-dessus du syndrome rachidien dans les
localisations multiples. Enfin, la symptomatologie déficitaire peut
être d’emblée aiguë, avec apparition brutale d’une para- ou
tétraplégie.
Dans ce cas, le syndrome rachidien peut être absent
car il peut s’agir d’une épidurite métastatique isolée.
L’examen
clinique devrait être attentif pour rechercher un point d’appel au
niveau des seins, de l’appareil urinogénital, la thyroïde, la peau, les
aires ganglionnaires, la recherche d’autres localisations osseuses.
Enfin, il convient de rechercher également une altération récente de
l’état général.
* Examens biologiques :
Si une intervention chirurgicale ou un geste biopsique à but
diagnostique sont envisagés, un bilan standard préopératoire (NFS
et plaquettes, ionogramme sanguin, bilan de coagulation) est
suffisant.
Le cas échéant, une électrophorèse ou une
immunoélectrophorèse des protéines sériques peut être réalisée, en
particulier pour rechercher un myélome.
Le dosage des marqueurs
tumoraux n’a d’intérêt que s’il existe un point d’appel clinique.
En
effet, il ne semble pas légitime de doser systématiquement toute la
batterie des marqueurs tumoraux dans ce contexte.
* Examens radiologiques :
+ Radiographies standards :
Étendues à l’ensemble du rachis, elles peuvent objectiver des lésions
ostéolytiques intéressant le plus souvent les corps vertébraux et les
pédicules donnant respectivement un aspect de vertèbres
cunéiformes (ou en « galette ») et une vertèbre « borgne ».
Parfois la
vertèbre est le siège d’une condensation isolée réalisant une
vertèbre « d’ivoire » (fréquente dans les cancers de la prostate).
Souvent, l’aspect est mixte, associant des images de condensation et
de lyse osseuse.
On recherche également l’existence d’un gonflement
des parties molles paravertébrales.
Enfin, une radiographie
pulmonaire standard de face est généralement réalisée si une
anomalie rachidienne a été décelée.
+ Examen tomodensitométrique (scanner) :
Couplé ou non à la myélographie, il est centré sur la zone suspecte
cliniquement et sur les radios standards.
Il permet une bonne
analyse des lésions osseuses et des parties molles.
Des
reconstructions tridimensionnelles peuvent être réalisées pour aider
à la stratégie chirurgicale.
En revanche, il est peu performant pour
apprécier un envahissement tumoral épidural ou pour explorer
rapidement le rachis dans sa totalité.
Il constitue le support
radiologique pour la réalisation de ponctions-biopsies à visée
diagnostique.
+ IRM :
C’est l’examen de choix pour dépister les métastases rachidiennes,
évaluer l’extension tumorale intra- et extrarachidienne, l’importance
de la compression radiculomédullaire et l’existence de lésions
multiples.
C’est certainement dans cette dernière propriété qu’elle
est la plus performante.
Certains auteurs considèrent qu’elle
peut différencier les localisations rachidiennes, dans le cadre
d’hémopathies malignes (lymphome, leucémie, myélomes
multiples), des métastases d’origine viscérale.
L’envahissement
tumoral est plus diffus dans les hémopathies malignes, tandis que
les atteintes corticales sont plus fréquentes dans les métastases.
+ Scintigraphie osseuse :
Réalisée à l’aide du 99mTc, elle n’a aucun intérêt dans le contexte de
l’urgence mais essentiellement pour rechercher des foyers
métastatiques disséminés à l’ensemble du squelette.
Ainsi, elle est
habituellement réalisée dans le cadre du bilan d’extension et de la
surveillance évolutive de certains cancers ostéophiles.
Une étude scintigraphique récente a montré que la durée moyenne entre le
diagnostic du cancer et la détection scintigraphique d’une métastase
rachidienne était très courte dans les cancers pulmonaires (3,6 à
6,1 mois), et beaucoup plus longue dans les cancers du sein (29,4 à
35,5 mois).
* Traitement médical
:
Tout d’abord, il convient de traiter les douleurs rachidiennes,
extrêmement pénibles, en utilisant rapidement des antalgiques
majeurs.
Lorsqu’il existe des signes déficitaires, l’utilisation de
corticoïdes à fortes doses peut limiter les complications
neurologiques.
En outre, leur action antalgique est loin d’être
négligeable, surtout dans les localisations rachidiennes des
hémopathies malignes.
Lorsqu’il existe des localisations osseuses
multiples, l’ostéolyse par stimulation de la résorption osseuse
d’origine ostéoclastique peut provoquer une hypercalcémie
imposant des mesures thérapeutiques urgentes (hyperhydratation,
corticothérapie, diphosphonates, calcitonine).
Enfin, lorsque la tumeur primitive est connue et chimiosensible
(cancers du sein, de la prostate, hémopathies malignes), une
chimiothérapie anticancéreuse peut être proposée.
+ Radiothérapie
:
Elle peut être utilisée dans un but curatif, en complément d’une
intervention chirurgicale et/ou à visée antalgique.
La dose totale
délivrée est de 20 à 25 Gy, et elle est toujours associée à une corticothérapie.
L’existence d’une atteinte déficitaire motrice ne
constitue pas une contre-indication, car des récupérations sont
observées dans une proportion importante de cas.
En revanche, si une intervention chirurgicale est
réalisée au décours d’une irradiation, le risque d’infection et de
retard de cicatrisation est plus important.
C’est l’une des raisons pour laquelle il est
préférable de réaliser une intervention chirurgicale lorsqu’elle est
indiquée, avant la réalisation d’une radiothérapie.
+ Embolisation et vertébroplastie :
Certaines métastases, en particulier d’origine rénale ou thyroïdienne,
sont extrêmement vascularisées ; la réalisation d’une embolisation
préopératoire peut réduire la perte sanguine de façon significative
et faciliter le geste chirurgical.
Ce geste est évidemment
difficilement réalisable dans le contexte fréquent d’une intervention
réalisée en urgence.
La vertébroplastie consiste en l’injection percutanée dans le corps
vertébral d’un biomatériau, habituellement du méthylmétacrylate.
Cette technique permet de diminuer les douleurs et de consolider le
corps vertébral.
Elle est surtout indiquée dans les métastases
ostéolytiques et le myélome.
Cependant, le passage épidural de méthylmétacrylate durant la vertébroplastie peut provoquer une
compression médullaire et/ou radiculaire et nécessiter une
intervention chirurgicale en urgence.
Ainsi, la décision de réaliser
une vertébroplastie doit être prise par une équipe multidisciplinaire,
car le choix entre cette technique, la chirurgie, la radiothérapie, le
traitement médical isolé ou combiné dépend de nombreux
facteurs.
*
Chirurgie
:
Les objectifs du traitement chirurgical sont de :
– permettre le diagnostic histologique de la lésion ;
– réaliser une décompression rapide des structures nerveuses ;
– réaliser l’exérèse la plus carcinologique possible en tenant compte
évidemment des limites imposées par l’envahissement tumoral et
des risques d’un geste chirurgical lourd ;
– enfin, assurer la stabilité vertébrale si elle apparaît nécessaire par
une ostéosynthèse postérieure ou antérieure, ou combinée.
Cependant, l’intérêt de l’intervention chirurgicale chez les patients
avec une maladie métastatique est encore soumis à controverse.
En
effet, de nombreux facteurs de risque rendant compte d’un taux
élevé de complications postopératoires ont été rapportés.
En
outre, l’espérance de vie souvent réduite de ces patients doit faire
réfléchir aux rapports risque/bénéfice et la décision doit être dictée
par la qualité de vie que l’on peut leur apporter.
Quelles que soient la localisation et la fréquence respectives des
différents cancers primitifs, la moyenne de survie après
l’intervention chirurgicale varie de 10 à 16 mois.
La médiane
de survie varie considérablement selon le cancer primitif : 7 mois
pour le poumon, 12 mois pour le sein, 24 mois pour la prostate.
Soixante quinze à 80 % des patients opérés sont améliorés sur le
plan de la qualité de vie : amélioration fonctionnelle, diminution des
douleurs, diminution ou disparition d’un déficit neurologique.
Les complications le plus fréquemment observées sont l’aggravation
neurologique, le risque infectieux, les retards de cicatrisation et les
complications thromboemboliques.
Dans environ 5 à 10% des cas,
la progression de la maladie est extrêmement rapide et la survie du
patient très limitée (inférieure à 2 mois), rendant a posteriori
l’indication opératoire peu légitime.
Les techniques chirurgicales sont variées, tenant compte du niveau
lésionnel, de la partie la plus atteinte de la vertèbre (corps vertébral,
arc postérieur), du nombre de vertèbres touchées, de l’expérience
du chirurgien.
Ainsi, une simple laminectomie ou laminoarthrectomie
sans instrumentation peut suffire, en particulier au
niveau thoracique lorsque l’atteinte postérieure et/ou épidurale
prédomine.
Il faut parfois envisager un abord postérolatéral au
niveau thoracolombaire, ou antérieur au niveau cervical lorsque la
lésion intéresse préférentiellement le segment antérieur.
Plus
rarement, un abord combiné peut être proposé. Cependant, dans un
souci de limiter la morbidité opératoire, il faut essayer de ne réaliser
qu’une seule intervention.
Dans cet esprit, certains auteurs
proposent une voie d’abord postérieure unique permettant la
réalisation d’une vertébrectomie subtotale avec une reconstruction
antérieure et postérieure au niveau du rachis thoracolombaire.
C’est
également dans ce souci de réduire la morbidité, la durée
d’hospitalisation et le coût global, que d’autres auteurs proposent
des abords vidéoendoscopiques, en particulier au niveau du rachis
thoracique.
Au total, l’indication d’un traitement chirurgical doit tenir compte
de plusieurs facteurs : la nature et l’existence d’autres localisations
secondaires, la localisation au niveau du rachis, l’âge et l’état général
du patient, l’existence ou non de signes neurologiques, l’utilisation
possible des alternatives thérapeutiques que nous avons
précédemment exposées.